House grogna quand un bruit le tira hors de son sommeil. Il ouvrit un œil et regarda l'heure. Il n'y avait décidément que Cuddy pour se lever à 8h un jour de repos. Il fourra sa tête sous son coussin et râla en réalisant qu'il n'arriverait plus à se rendormir. Il soupira et tenta de rationnaliser : Après tout, ça aurait pu être Wilson sous sa douche en ce moment. Une image de la jeune femme sous le jet d'eau lui apparut et il roula sur le dos, fixant le plafond avec un sourire rêveur. Pas de doute, c'était beaucoup plus agréable à imaginer.
Finalement, il décida de se lever et boita jusqu'à la cuisine, remerciant le ciel que Lisa soit si prévoyante et ait déjà fait couler un café. Il se servit un tasse et bût une longue gorgée.
La vieille, il avait étrangement regretté qu'elle ne lui pose la question à laquelle il savait qu'elle pensait. Il n'aimait pas parler de sentiments et ils ne l'avaient jamais vraiment fait jusqu'ici, mais si elle avait demandé, il lui aurait répondu en toute sincérité. Il avait eu envie de lui raconter ce qu'il s'était passé avec Stacy, il avait eu envie de se confier à elle, mais la jeune femme n'était visiblement pas prête à franchir ce pas dans leur relation et il le comprenait parfaitement. Il n'avait pas un caractère facile et Wilson mieux que personne savait que son confident devenait généralement la cible de ses attaques. Se livrer le rendait agressif et avait toujours le don de le rendre encore plus mauvais que d'habitude. Il se sentait vulnérable quand il dévoilait ses sentiments et ne pouvait s'empêcher de rejeter la personne à qui il s'était livré. C'était stupide, contradictoire, mais c'était un moyen de défense contre lequel il ne pouvait lutter.
Finalement, peut-être n'était-il pas prêt non plus à répondre à la question muette de la jeune femme, songea-t-il.
Cuddy apparut soudain sur le seuil de la cuisine dans sa jupe de tailleur rouge et son haut rose. Ces deux couleurs n'étaient pas faites pour aller ensemble, mais elle avait le don de rendre les choses incompatibles compatibles. Ils se jaugèrent un instant, incertains de où ils en étaient vraiment.
« Je vois que c'est la journée porte ouverte chez les jumelles », dit-il en fixant son décolleté.
Elle sourit, plus détendue. Il était appuyé dos au comptoir et quand elle arriva à son niveau, elle lui donna un léger coup de hanche pour qu'il dégage la machine à café. Il bailla bruyamment et partit à la recherche d'un petit déjeuner. Il découvrit vite que les options de la jeune femme étaient très limitée.
« Alors », annonça-t-il. Tu as le choix entre des Fruit Loops ou….du café.
« Tu n'aurais pas plutôt un petit déjeuner pour individus de plus de dix ans ? », grimaça-t-elle.
« Je ne vois pas l'intérêt, s'ils n'ont pas de jouet dans la boite », répondit-il sérieusement.
Elle rit légèrement et alla s'asseoir à la table. Il prit ça comme un acquiescement et posa un bol, devant elle, y mettant du lait et des Kellogg multicolores.
« Ce n'est pas parce que j'accepte de manger de la nourriture pour enfant que j'en suis une, je sais encore me servir », fit-elle remarquer.
« Pas question que tu me pique mon jouet », déclara-t-il en serrant sa précieuse boite de Kellogg contre lui comme pour éviter qu'elle ne lui la prenne.
Elle lui lança un regard lourd de sens alors qu'il s'asseyait en face d'elle. Il plongea la main dans le paquet avec un air concentré qui se fit triomphant en sortant un petit jouet. Il tourna l'objet dans sa main en grimaçant.
« C'est pour les filles ! Y a pas une loi qui interdit d'offrir des jouets sexués dans les Kellogg ? »
Elle leva les yeux au ciel et enfourna une cuillère de son petit déjeuner.
« Je crois que je viens de me donner une carie rien qu'en une bouchée de ce truc », critiqua-t-elle sous le gout excessivement sucrée.
« Finis ton bol et t'auras un cadeau », affirma-t-il, joueur.
« En parlant de cadeau, tu me dois une demi-heure de piano ».
Il grimaça et avala la moitié de son bol en une seule cuillère. Elle se força à manger, commençant curieusement à apprécier ce gout qui n'avait pourtant rien de naturel. Elle s'interrogea sur une éventuelle drogue additive présente dans les Fruit Loops et observa les différentes couleurs qui se mélangeaient à la surface de son lait où plus un Kellogg ne flottait.
Un petit objet rentra soudain dans son champs de vision et elle remarqua que House lui tendait la bague en plastique rose qu'il avait trouvé. Elle prit l'objet et l'enfila à son petit doigt avant de le lui montrer.
« Splendide, elle est même accordée à ton string ! »
Elle rit légèrement et débarrassa la table, tandis qu'il allumait la radio pour écouter la météo. Il avait cessé de neiger, mais apparemment une autre tempête approchait et il était toujours recommandé de rester chez soi. A cette nouvelle, elle fut partagée entre la directrice qui voulait profiter de l'accalmie pour rejoindre son hôpital et la femme qui passerait bien encore un peu de temps avec son ami.
Quand elle se retourna, House avait disparu et elle le retrouva assis à son piano où un verre de scotch était posé.
« Du whisky à 9h du matin ? »
« Rien de mieux pour se réveiller », éclaira-t-il simplement, le regard perdu dans le liquide ambré.
Elle lui accorda les quelques minutes dont il avait visiblement besoin pour réfléchir à dieu sait quoi et en profita pour aller prendre des nouvelles de son précieux hôpital.
« Comment ça se passe ? », questionna-t-elle dés que les salutations d'usage furent faites.
« Bien. On a du piquer tous les jouets à l'étage pédiatrique pour occuper le personnel qui s'ennuyait. »
« Je vais prendre leur ennui pour un bon signe », affirma-t-elle en souriant.
« Comment ça se passe avec House ? »
Elle sourit en se souvenant de l'appel de House à Wilson la veille au soir. Elle jeta un coup d'œil vers le piano auquel il était toujours assis.
« Très bien. »
« Très bien ? », répéta-t-il, surpris.
« Oui, pourquoi ? »
« Heu…Rien. J'ai juste eu un étrange coup de fil hier soir et je me demandais quelle en était la raison. »
« Aucune idée », mentit-elle, un sourire évident dans sa voix.
« Cuddy ! », l'appela House. « J'ai trouvé ta chanson! »
Il commença à jouer le thème de la sorcière d'Alice au pays des merveilles.
« Je dois vous laisser, Wilson. N'hésitez pas à appeler s'il y a un soucis », précisa-t-elle avant de raccrocher au nez d'un oncologiste dubitatif.
Elle s'avança vers le piano en souriant alors que House adaptait le rythme de la musique au son de ses pas.
« Je peux déjà t'entendre me dire « Je vais t'avoir mon joli ! Et ton petit Chase aussi ! » »
« Chase ? », s'étonna-t-elle.
« C'est ce que j'ai de plus proche d'un chien ».
Elle rit.
« Mets une jolie robe bleue, fais toi des anglaises avec des petits flots et je te dirais ce que tu voudras »
Il rit à son tour avant d'arrêter de jouer.
« Alors, qu'est ce que désir madame pour ma demi-heure à son service ? », dit-il de sa voix la plus charmeuse.
« Un peu de Gershwin ? »
« Un morceau en particulier ? »
Elle secoua la tête et il se mit à jouer. Elle admira ses longs doigts qui glissaient sur les touches, fascinées par la vitesse et la précision de ses gestes autant que par la sublime mélodie qu'il créait. C'était réellement un bon pianiste. Quand il eut fini son morceau, il lui sourit et se décala un peu sur le banc. Elle s'assit à côté de lui, ne quittant pas des yeux ses mains qui enchaînaient avec un morceau de Mozart.
TBC…
