L'emploi du temps de Drago Malefoy est très cadré. De 6h à 6h30, il choisit un livre à Fleury et Bott et en profite pour discuter un peu avec Ambre. Il demande tous les jours de mes nouvelles.

De 6h30 à 6h45, il remonte l'Allée des embrumes avant de s'arrêter à une autre librairie dont je n'avais jamais entendu parler avant : « Lis tes ratures ». A vrai dire, il ne s'agit pas tout à fait d'une librairie mais plutôt d'un magasin en piteux état qui revend des livres d'occasion. Ça me fend le cœur de voir tous ces livres aussi mal conservés… Ce sont pour la plupart des vieux livres couverts de poussière, sans doute remplis de sorts de magie noire, rien de très tentant en somme.

Mais tous les matins, Malefoy s'y arrête et je l'écoute parler au vendeur. Tous les matins, il revient et repose la même question qui semble lui tenir tant à cœur. Tous les matins, le vendeur lui répond d'une voix lassée la même chose : « Non monsieur Malefoy, le livre n'a toujours pas été vendu. Vous pouvez aller vérifier par vous-même. ». Et tous les matins, Malefoy s'approche d'un livre, en caresse le dos, pousse un soupir, et s'en va. Toujours le même livre, et je ne comprends pas pourquoi.

Le plus dur dans une filature, c'est de ne pas se faire repérer quand la personne que l'on suit sort d'un lieu. La première fois, j'ai failli me faire avoir. Dès que j'ai entendu les mots « au revoir » prononcés par Malefoy, j'ai dû cacher avec hâte ma paire d'oreille à rallonge, sortir un exemplaire de la Gazette rangé dans ma poche et me relever à toute vitesse de sous les vitrines du magasin pour pouvoir me positionner près de la boutique voisine, le nez plongé dans mon journal.

Vu le peu de personnes qui passent dans l'Allée des embrumes à cette heure-là, il y a de grandes chances pour que Malefoy m'ait remarquée. En plus de ça, j'avais tout le look de la parfaite fouineuse moldue, et je tremblais tellement que je n'arrivais pas à tenir mon journal correctement. Bonjour la discrétion !

Dans tous les cas, il n'a fait aucune réflexion. Il est juste sorti et a remonté encore un peu plus dans la rue. Après avoir poussé un soupir de soulagement, j'ai attendu une minute pour reprendre mon calme avant de continuer à le suivre. J'aurais eu tellement honte qu'il me reconnaisse dans cette situation…

Apprenant de mes erreurs, je me suis montrée plus réactive par la suite, anticipant le moment où il allait dire au revoir au vendeur en me cachant dans la boutique de vieux bibelots d'à côté.

Une fois sorti de l'étrange librairie à 7h, ses activités continuent et se terminent dans un bar.

Ce lieu étant aussi bien tenu qu'on pouvait l'attendre d'un bar de l'Allée des embrumes : la crasse pourrait en résumer le contenu. Je ne comprends pas comment Malefoy peut supporter de venir ici, ça ne lui ressemble pas… Au moins, ce n'est pas dans son lieu qu'on pourrait lui reprocher son passé : toute la clientèle est à l'image du bar, glauque et sombre (le genre de personne que l'on n'aurait aucune envie de croiser seule dans la rue).

Le barman est cependant complètement différent. Avec sa chemise jaune et sa cravate rouge, il apporte la seule touche de couleur de la salle et cela en fait presque mal aux yeux. Toujours un grand sourire plaqué aux lèvres, on dirait presque qu'il aime vraiment travailler là !

Après être entré, Malefoy s'assoit à l'une des quelques tables qui se trouvent dans la salle, toujours la même, celle derrière la porte qui lui permet de ne pas se faire remarquer par les autres clients qui ne font pas attention. Il n'a pas besoin de commander ; le barman sait ce qu'il veut.

La première fois que je l'ai suivi là-bas, j'ai passé plus d'une heure à attendre dehors et à l'observer sans oser entrer. C'est au bout de la 3e personne entrée dans le bar sans que Malefoy n'y prête attention que je me suis décidée à entrer pour pouvoir mieux l'observer. Sans enlever mon accoutrement, je me suis installée à une table à l'autre coin de la salle et j'ai dissimulé mon visage du mieux que je le pouvais, derrière mon journal.

Lorsque le serveur est venu me demander ce que je voulais boire, j'ai eu l'impression que toute l'attention du bar était tournée vers nous tellement sa voix enjouée était sonore – il ne devait pas avoir l'habitude d'avoir de nouveaux clients… Je me suis trouvée obligée de lui répondre d'une voix plus grave et plus détachée que d'habitude, qui ne sonnait pas du tout naturelle, de peur que Malefoy me reconnaisse.

En jetant un coup d'œil vers sa table, j'ai été soulagée de constater qu'il ne regardait pas dans ma direction.

Rassurée par ce constat, je me suis enfin permis de l'observer. Et c'est ce que j'ai continué à faire de 7h à 16h, pendant 4 jours entiers. Son activité est simple : le matin, il sort de sa poche le livre qu'il a choisi à Fleury et Bott un peu plus tôt et il le lit, calmement et passionnément, ne relevant jamais la tête, même lorsqu'il boit une gorgée de sa boisson.

Au déjeuner, le serveur lui apporte le menu du jour sans que Malefoy n'ait besoin de demander ; je commande la même chose. Lorsque son plat arrive, il s'arrête dans sa lecture et mange toujours tête baissée. Et puis il reprend sa lecture, avec toujours autant de concentration. Une fois le livre fini, il ne s'arrête pas là. Il sort un calepin, une plume et de l'encre de ses poches et il relit le livre en prenant des notes, ne faisant toujours aucunement attention à ce qui se passe autour de lui.

Quant à moi je l'observe, et j'essaye de comprendre. Je fais attention à tous ses gestes et expressions, ses soupirs, ses rares sourires qui se dessinent sur la partie de son visage que je peux voir, la manière dont ses longs doigts tournent délicatement les pages du livre, comme s'il redoutait de l'abimer, sa façon de boire et de manger, si élégante et maitrisée, tellement différente de celles de Ron et Harry…

Sa façon de se tenir bien droit, à l'exception de sa tête qui demeure implacablement baissée (n'a-t-il pas peur de se faire un torticolis à force ?), et sa façon d'écrire, si concentrée, si vive, prenant des notes pour presque toutes les pages qu'il relit avec attention… Je n'aurais jamais cru qu'il s'investissait autant pour ses critiques ; en même temps, il n'a pas grand-chose d'autre à faire.

De ce que j'en sais, la vie des riches familles de sangs purs se résume en des journées passées chez soi et des soirées organisées entre eux afin de s'assurer le plus d'alliances possible. Dans ce monde d'influence et de pouvoir, les connections sont ce qu'il y a de plus important, et celles-ci se font souvent par des mariages… Le comportement qu'il a eu envers sa fiancée m'étonne d'autant plus.

Une femme et un enfant de sangs purs, n'était-ce pas tout ce que désiraient avoir les sorciers des grandes familles ? Pourquoi a-t-il bien pu la rejeter ainsi ? Trouvait-il sa vie mieux sans elle ? Une vie de solitude, passée à lire des livres dans un bar mal famé, sans jamais parler à quelqu'un ?

Bien sûr, s'il avait eu un vrai travail, il aurait pu s'occuper, mais je lui ai sans doute fait rater l'une de ses seules opportunités d'en trouver un. Avec la mauvaise réputation d'ancien Mangemort qu'il porte, personne ne sera intéressé par ses services. Et j'ai de plus en plus de mal à ne pas m'en sentir coupable…

Mais de toute façon les grandes familles de sorciers ne veulent pas travailler, c'est une activité dégradante selon eux, et ils n'en ont pas besoin. Les Malefoy sont riches, très riches, et en sachant que sa mère est décédée et que son père est à Azkaban, Malefoy devrait avoir toute sa fortune pour lui tout seul. Il ne devrait avoir besoin ni d'argent, ni d'occupation.

Si je me souviens bien des mots qu'il avait utilisé lorsqu'il discutait avec Ambre, il lui fallait de l'argent pour « définitivement en finir avec Astoria » et je ne vois toujours pas ce qu'il entendait par là… Qu'est ce qui pourrait bien lui demander plus d'argent qu'il n'en a déjà ? A-t-il réellement l'intention de la tuer ?

Lorsque je le regarde lire paisiblement, j'ai du mal à l'imaginer en tueur. Un tueur ne passerait pas ses journées à lire des livres pour pouvoir écrire des critiques. Un tueur ne s'inquièterait pas pour une personne âgée inconnue qu'il croit en danger. Un tueur ne prendrait pas de nouvelles de moi auprès d'Ambre, tous les jours. Quelque chose m'échappe.

A 16h précise, qu'il ait fini ou non de prendre ses notes, il sort du bar et transplane vers un lieu que j'ignore. C'est sans doute la partie la plus frustrante de la journée, si seulement je savais où il s'en allait… Cela me laisse au moins du temps pour m'occuper un peu de moi.

Le lundi, je suis passée chez moi en sachant que Ron ne s'y trouvait pas pour pouvoir prendre quelques affaires. Comme je n'avais pas encore mis mes idées au clair sur notre situation, je lui ai simplement laissé un petit mot où je lui expliquais que je ne me sentais pas très bien et que j'avais besoin d'une semaine pour réfléchir sans voir personne.

Je suis ensuite repartie au Chemin de Traverse pour pouvoir prendre de l'argent à Gringotts afin de me trouver un petit appartement à louer pendant une semaine.

Les deux jours suivant, je me suis contentée de passer mes après-midis dans mon appartement provisoire à lire des romans de Ruby Knight que j'avais apportés de chez moi. Ce qui est marrant c'est que j'avais toujours préféré les livres plus théoriques et informatifs par le passé, mais depuis que j'écris mes critiques, je me suis de plus en plus prise au goût des romans, et en particulier des romances.

Je sais que mon comportement n'est pas sérieux, que je ferais mieux de voir Ron, Ginny et Harry pour m'expliquer avec eux et régler nos problèmes. Je sais que je devrais aussi retourner au ministère pour travailler à la justice et résoudre des procès. Je sais que je devrais arrêter de suivre Malefoy, et me reconcentrer sur ma 'vraie' vie.

Mais je ne peux pas, il me reste trop de questions en suspens, et je ne suis plus capable de me faire toujours passer après les autres. Pour une fois, je veux vivre sans avoir à penser aux peines des autres avant les miennes. Je veux vivre juste pour moi, comme Malefoy me l'avait conseillée dans la première critique qu'il avait écrite à mon égard. Je veux être égoïste et libre, au moins pour quelques jours. Je veux être heureuse.


Un chapitre un peu court mais soulevant de nouveaux mystères… De plus, Hermione assume enfin l'égoïsme de ses actes, même si elle n'est pas encore tout à fait prête à arrêter. Plusieurs révélations auront lieu dans le chapitre suivant, alors c'est le moment de me faire part de vos hypothèses sur le comportement de Drago ;)

Merci à tous ceux qui me lisent, j'ai vu que j'avais de nouveau followers et ça me fait très plaisir, bienvenue =D Et un grand merci à ceux qui commentent, il n'y a rien qui me rende plus heureuse !

Selene : Haha tu m'as fait trop rire, et je suis tout à fait d'accord avec toi ! Je voulais montrer que son comportement était de plus en plus égoïste (défaut qu'elle a pourtant toujours réprouvé), même si elle ne s'en rendait pas forcément compte jusqu'ici ;) Et oui, c'est exactement ça pour Drago ! C'est un peu tue-l'amour de savoir qu'il la prenait pour une vieille mais bon, au moins maintenant il est au courant et ça ne change pas l'affection qu'il a pour elle x) Enfin, c'est sûr que sa tenue n'est pas du TOUT discrète pour le monde des sorciers, mais malheureusement, ses parents ne pouvaient pas avoir mieux ! La seule chose positive, c'est qu'on ne peut pas vraiment la reconnaître =) Encore une fois, merci pour ton commentaire !