*sifflote*
Ca fait longtemps n'est-ce pas ? Je m'en veux, j'avais dit que je ferai un effort pour un autre chapitre et je n'ai pas tenue ma promesse. Mes excuses sont les mêmes que précédemment, pas de travail, pas de motivation…
Je préfère vous poster ce chapitre maintenant même s'il est tard, sans prendre le temps de répondre aux reviews. Mais sachez qu'elles me sont allées droit au cœur comme toujours et que je me sentais mal par rapport à vous de ne pas réussir à écrire un nouveau chapitre.
Je suis désolé et j'espère que ce chapitre me fera pardonner.

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Chapitre Dixième


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J'étais heureuse.
Véritablement heureuse de retrouver Aro et un peu de la vie que j'avais laissé à Voltera quand j'étais reparti avec Alice.
Personne ne comprenait chez les Cullen mais je ne m'en offusquais pas. Ils n'étaient pas avec moi pendant cette année Italienne, et elle comptait énormément pour moi. C'était une période majeure de ma vie éternelle de Vampire, et j'étais reconnaissante à Aro de ce qu'il avait fait pour moi.
Malgré tout.
En dépit de la fracture entre le clan Cullen et moi et ce silence si long, en dépit du mode d'alimentation auquel ils m'avaient converti et qui avait coloré mes yeux, en dépit de mes fuites incessantes face aux avances de Félix et de Aro, en dépit de mes colères avec Jane.
J'y repensais même avec nostalgie.
Et j'étais réellement prise entre deux feux.

Nous ne savions pas qui sortirait vivant de cette guerre imminente, mais quels que soient les pertes, il me faudrait choisir mon camp. Mon camp dans la même grande famille qu'était celle des vampires.
Je ne trouvais pas ça juste, égoïstement, j'aurai voulu concilier les deux.
Ma famille aimante d'Alaska et les Rois Italiens.
Mais c'était impossible.
Les modes de vies étaient trop différents d'un clan à l'autre pour qu'une entente soit possible. Et cela partait toujours de la même pierre d'achoppement.
La nourriture.

Edward m'avait expliqué qu'il pensait, avec Carlisle, que le fait d'essayer de se rendre plus humain en faisant le moindre mal nous soudait plus que n'aurait pu le faire Chelsea et nous enlevait un certain orgueil face aux humains que nous tentions de protéger.
Alors que les Volturi se considéraient réellement comme une race supérieure sans se soucier des dommages collatéraux – les humains sacrifiés à notre appétit insatiable – mais uniquement de notre protection.
J'aurai tellement voulu les convaincre, comme j'en étais convaincu, que les deux pouvaient facilement se mélanger, si chacun faisait des concessions.
Mais autant chercher à décrocher la Lune, m'avait dit Carlisle. Des milliers d'années supplémentaires n'y changeraient rien, lui-même s'accordait à dire qu'il était trop fier pour admettre qu'il avait tord.
Et moi, je me sentais littéralement écartelée.

Il suffisait pour ça que je jette un œil à Rose pendant que je discutais avec Aro. Elle me surveillait du coin de l'œil, et son regard était éloquent. Un mélange de colère contre moi, et la peur de me voir repartir.

Quant à Edward…
Cela semblait le dévorer de l'intérieur, rajouter à cela les préparations du combat imminent, il n'était que l'ombre de lui-même et cela me faisait mal pour lui.
Comment était-je passé de cette haine tenace à cette pitié sincère, je ne le savais pas vraiment et je m'en fichais à vrai dire.
Parfois, j'essayais de mettre des mots sur cette situation, et la vérité que j'acceptais le plus est qu'il n'avait fait que céder à une pulsion que je comprenais à présent. Après mon mode de vie à Voltera, il aurait été bien hypocrite de ma part de le lui reprocher encore.
Reprocher et rapprocher, deux mots qui se ressemblaient tant…
Et c'est ce qu'il se passait, nous nous rapprochions.
Un peu plus chaque jour, mais j'essayais de lui faire comprendre que cela n'irait pas plus loin entre nous. Je pouvais pardonner, j'en avais la force, mais je ne pouvais pas occulter tout ce par quoi nous étions passés, qui marquait indélébilement nos mémoires et revenait fatalement se mettre entre nous à cause d'un mot, d'un geste.
Pourtant, si j'avais voulu, il me serait tombé dans les bras le temps d'un battement de cil.
Il me suffisait d'une phrase.
Il était beau, incroyablement beau, comme nous tous, mais il y avait en plus ce charme désuet qu'il avait gardé, et des qualités indéniables que l'on ne trouvait pas chez d'autres congénères. Patient, romantique, je me moquais de lui tant il faisait tourner les têtes des humaines le peu de fois où nous étions sortis.
Il ne m'était pas difficile de l'imaginer nu faire l'amour à une femme. Mais ce n'était jamais moi. Mon imagination refusait de mettre une telle chose en scène, et je lui en étais très reconnaissante.
Je me contentais d'une simple amitié, d'autant plus nécessaire que je n'avais plus de confidente à qui parler, Rose me faisant toujours la tête.

Je soupirai.
Comment prétendre s'unir entre clans différents pour éliminer une menace si nous étions nous même scindés ?
C'était impossible, et même si je n'aimais pas ça, j'allais devoir faire le premier pas.
Nous étions tous réunis dans le salon alors, et j'étais accoudée au piano sur lequel Edward jouait.
Je pris une respiration inutile, et m'approchai de Rosalie doucement.
Elle ne bougea pas, n'eut pas de geste de rejet quand je posai ma main sur son épaule.
Pourtant, elle m'avait entendu arriver depuis le moment où j'avais amorcé mes pas.
C'était une invitation, elle était prête à m'écouter.
Je n'eus rien à dire, tous les vampires présents sortirent de la pièce en un millième de seconde, même les Volturi que pourtant le sentimentalisme ne touchait guère, mais je supposai que c'était par simple politesse, Aro était pointilleux avec les bonnes manières.
Je posai mon menton sur le haut de son crâne et sa magnifique chevelure blonde et je murmurai – précaution inutile mais nous avions besoin de mimer parfois le quotidien pour faire passer certains messages :

- Tu me manques Rose, je ne veux pas être fâchée avec toi.

Rosalie avait les yeux fixés devant elle, refusant de croiser les miens, mais elle posa une main sur la mienne qui était toujours sur son épaule.

- Mais tu ne m'écoutes pas…

Je reteins le geste d'énervement et préférai répondre :

- Tu ne m'écoutes pas non plus…

Ce fut à son tour de soupirer en constatant :

- Alors nous fonçons droit dans le mur, non ?

- Je le crains…

Je me détachai d'elle et me plaçai en face, m'enfonçant dans un fauteuil en lui attrapant les deux mains pour les emprisonner dans les miennes.

- Si je t'explique, tu me laisseras parler sans m'interrompre Rosa…

- Mais…

- Ce n'était pas une question. Tu vas m'écouter. En silence. Et je voudrais que tu essayes de comprendre, en mettant de côté tes préjugés, et je te promets que j'écouterai ce que tu as à me dire par la suite.

Elle se raidit et se recula dans sa causeuse, les bras croisés, mais néanmoins attentive.

- Je t'écoute.

- Rosalie. Je t'aime, et je te considère comme ma sœur et ma meilleure amie. Quand Edward m'a mordu, tu m'as placé sous ta protection, ton affection et ton amitié. Je ne sais pas où j'en serai si tu ne l'avais pas fait. Je comprends à présent que les raisons qui t'ont poussé à le faire n'étaient pas très louables à l'époque, mais le mal est fait, et il a été plutôt bénéfique pour nous deux à terme, alors il n'y a pas à revenir dessus. Je ne vais pas essayer de te changer, tu as ton caractère, et mes tentatives seraient vaines. Je t'aime comme tu es, avec tes qualités et tes défauts. Seulement tu dois aussi m'accepter comme je suis, avec en plus mes erreurs. J'ai haïs Edward, c'est vrai, il a gâché ma vie. J'aurai voulu le voir mort, et mieux, l'avoir moi-même détruit. C'est en partie pour ça que je suis restée en Italie. Je suis désolé de la peine que je t'ai fait après cette décision, mais ma situation n'était pas tenable. J'étais là, terrorisée par ce que j'étais devenue, entourée de personnes s'aimant plus que dans la plupart des familles humaines, et je devais jouer la comédie du bonheur ? C'était au-delà de mes forces. Aro m'a offert une alternative séduisante. Me laisser aller à ma nature sans jouer un rôle. Je regrette d'avoir faire souffrir tout le monde mais je ne regrette pas cette période. Elle m'a fait ouvrir les yeux, grandir, et surtout réfléchir.

Rose s'agita sur son fauteuil, pressée de parler, mais je la faisais taire avant d'un geste de la main.

- Tu crois que ça a été facile pour moi, de vous tourner le dos ? Le lendemain j'ai eu envie de partir en courant, de vous rejoindre par le premier avion. Mais j'étais trop fière, et trop lucide sur ce qu'il adviendrait alors. Pourtant, à Voltera, je n'avais pas d'amie comme toi à qui parler, confier mes doutes et mes joies, et j'en aurais eu sacrement besoin le jour où j'ai…

Je bloquai sur ce souvenir. Moi-même si je le pouvais j'évitais d'y penser et n'arrivais pas à en parler, alors je résumai lamentablement :

- … le jour où j'ai changé de régime alimentaire. Mais soit. J'y ai passé un an, on m'a beaucoup appris, et j'ai beaucoup réfléchi. Je ne voulais surtout plus vous blesser tous, surtout pas. Alors, quand Alice a débarqué un beau matin, me sauvant d'une situation lamentable comme tu le sais certainement, la question était de savoir si j'étais prête à revenir sans tout chambouler, en tout cas, le moins possible.

Maintenant, j'allais aborder le sujet qui fâche, je me penchai alors plus vers Rose.

- Edward… Je lui ai pardonné. Pas besoin de faire cette tête là, je te l'ai dit, il n'aurait servi à rien de nourrir une rancune qui au final blessait tout le monde. Je pense pouvoir affirmer que la façon dont il m'a vu le jour où il m'a mordu, je suis capable de le voir à travers mes propres yeux, parce que je le sais… il suffit d'en regarder la couleur. Et je ne fricotte pas avec lui, certainement pas, j'ai encore une certaine fierté ! Nous avons bien assez de problèmes pour rajouter de la haine entre nous, que ce soit entre Edward et moi, qu'entre toi et moi. Je sais que tu ne supportes pas la façon dont il me regarde. Je suis consciente de ses envies, il pense tellement fort que parfois j'ai l'impression de l'entendre. Tu as juste à savoir que je ne les partage pas. Qu'il se débrouille avec ses pensées cochonnes et son amour stérile, je me contente de son amitié, et le déroulement de nos existences en est d'autant plus facile.

J'attrapai de nouveau ses mains.

- L'époque où on riait ensemble me maque Rosalie, terriblement. Même si notre sujet de raillerie était Edward et que nous étions cruelles, oui parfaitement, cruelles, je suis nostalgique de ces heures là, et je suis certaine qu'on peut les retrouver d'une manière ou d'une autre parce que je ne peux pas croire que l'homme qui a fait que nous nous rencontrions nous sépare.

Rosalie secoua la tête, abasourdie je pense par tout ce que lui avait dit, tout ce que j'avais sur le cœur. Cela m'avait fait un bien fou, de me confier, même si je n'avais pas tout dit, par respect pour elle, par pudeur pour moi et par le désir d'éviter de me souvenir de choses que je préférai oublier, ce que ma condition m'empêchait.
Elle prit alors soudainement la parole, libérant tout ce qu'elle avait voulu dire pendant mon monologue.

- Bella… Je… comment te dire. Quand je t'ai pris sous mon aile, que j'ai fait de toi ma protégée, pour des raisons qui… me sont propres, et que tu connais, c'est vrai, je me suis prise à mon propre piège parce que je t'ai tout de suite aimé, pour ce que tu étais, ce que tu représentais, parce que tu étais comme je l'étais quand Carlisle m'a transformé, dans le même état d'esprit, la même rancune, la même envie de vengeance qui me marque encore. C'était une bouffée d'air d'avoir quelqu'un qui me comprenait parfaitement. J'aime ma famille, mais malgré leurs efforts, leur bonne volonté évidente, ils n'ont jamais put parfaitement cerner mon état d'esprit. Ils le savent et je ne leur en veux pas. Il y a des aspects chez tout le monde que moi-même je ne saisis pas, c'est ainsi, chacun à sa propre histoire, et je me retrouvais un peu dans la tienne. Même Emmet ne me comprend pas entièrement. Et pourtant tu sais comme je l'aime, comme je me sacrifierai pour lui, comme pour n'importe quel Cullen, même Edward, je suppose. J'admets que je n'ai pas été très maline à cette époque, mais je ne regrette pas non plus. Tu ne m'entendras jamais dire une telle chose car j'assume tout ce que je fais et encore plus ce que je dis.

Elle lâcha mes mains, les yeux dans le vague, dans ses souvenirs je supposai.

- Quand tu es partie… Oh Bella, j'ai vécu ça comme une trahison. Et ça a été terrible. Parce que la seule personne qui me comprenait vraiment me trahissait comme l'avait fait Royce King. Tu ne m'a pas vu quand nous sommes rentrés. J'étais l'ombre de moi-même et j'ai passé une très mauvaise passe. J'ai failli partit seule, Emmet était au désespoir…

J'encaissai en silence. Il ne m'était pas facile d'imaginer Emmet, mon jovial grand frère, triste et abattu. Lui avoir fait de la peine me transperça mais c'était de ma faute, je devais donc assumer.

- Finalement il a su trouver les mots, et nous sommes partis tout les deux. Ta présence était partout ici, tout me rappelait les moments passés ensemble que tu regrettes et que je regrette aussi, ce n'était pas supportable. Moi aussi j'ai réfléchi. Tu sembles penser que je suis resté emmurée dans mes certitudes mais c'est faux. Je me demandais quelles erreurs avais-je faite pour que tu choisisses les Italiens plutôt que moi, que nous. Je ne comprenais pas. Et j'ai finit par craquer, par t'envoyer cette lettre vide, comme une bouteille à la mer, un appel au secours parce que je ne trouvais pas de réponse. Et c'est devenu une drogue, quelques mots, quelques phrases, comme un lien entre nous même si il était unilatéral, j'avais l'impression d'être un peu avec toi, tu me manquais trop.

La tristesse dans sa voix était palpable et je me ratatinai dans mon fauteuil, me sentant plus coupable que je ne m'étais senti depuis que j'étais revenue.

- Quand nous sommes revenus et que nous avons découvert ce qu'il se tramait avec Victoria et qu'on a décidé d'envoyer quelqu'un à Voltera, j'ai bataillé pour venir, mais il parait que je manque d'argument coup de poing – pourtant j'ai un sacré crochet du droit, mais je suppose qu'il parlait des prémonitions d'Alice – et surtout, de diplomatie. On a beaucoup discuté, et puis j'ai capitulé, en suppliant Alice de te faire revenir.

J'haussai un sourcil, surprise de cette révélation.

- Elle ne t'a rien dit ? Cela ne m'étonne pas, elle est sensible et pleine de tact Alice, encore une qualité que je ne possède pas d'ailleurs, le tact… Et tu es revenue. Et ça a été comme une nouvelle trahison pour moi de voir combien tu acceptais Edward sans rechigner, combien tu lui faisais confiance même pour aller au devant du danger… Je te perdais une seconde fois Bella…

J'essayai alors de me mettre à sa place, ce ne fut pas difficile, et je compris mieux alors son comportement. Cela n'excusait pas tout, mais en tout cas, je me sentais encore plus mal, ce qui n'était pas peu de chose.
Rosalie conclut rapidement :

- Je t'ai écouté Bella, je ne te comprends pas tout à fait mais je vais essayer, je te le promets, si toi tu essayes de faire la même chose. Moi non plus je ne veux plus qu'on soit fâchées.

Je plongeai mon visage dans mes mains, en proie à une émotion si forte que je crus imploser. Aujourd'hui encore plus qu'avant je désespérais de ne pouvoir pleurer. J'agrippai les accoudoirs de son fauteuil et y enfonçai mes ongles, déchirant le tissu.

- Je suis désolé, Rose, je me sens tellement minable, j'ai fait tellement de mal…

- Je ne suis pas toute blanche non plus dans cette histoire Bella, tu n'es pas seule, tentons d'oublier, d'accord ?

Elle m'ouvrit les bras et je me jetai dedans, le nez dans ses cheveux à l'odeur si particulière, si enivrante.
C'était comme si elle me transmettait du réconfort dans mon cœur qui ne battrait plus jamais.
J'étais enfin chez moi

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- Jacob ? Oui, c'est Bella. Demain, dès que le soleil sera couché, là où tu sais. Bien.

Je raccrochai et me tournai vers les autres, fébrile.
Alice avait vu qu'ils arriveraient demain. Nous n'avions qu'à attendre.
Nous étions parfaitement entraînés, et les Volturi avaient refusé de participer à nos séances, trop dégradantes pour leurs égos.
Mais j'avais vu Alec à l'œuvre et il était vrai qu'il n'y avait pas trop de soucis à se faire d'ici là.

Je retournai près de Aro, m'assit à ses côtés et il me passa sa main dans mes cheveux devant les regards étonnés des Cullen. Voir Aro prendre soin d'une autre personne que la sienne était inédit. Et malgré moi j'en étais fière. J'avais réussi à casser sa carapace pour m'y faufiler, j'étais privilégiée.
Hormis Jane qui en général passait son temps le plus loin possible de nous, et surtout de moi, la vie était somme toute facile en Alaska. Parce que nous avions un but et que nous savions qu'une fois atteint nous nous séparerions. La seule tension présente était celle de l'attente du combat.
Plus que les autres je trépignais. Je ne m'étais jamais battu pour de vrai, et j'avais besoin de dépenser mon énergie de nouveau-née. Cela n'échappa pas à Aro.

- Bella, Bella, tu es intenable…

Je pris mon air de petite fille gâté qui faisait grand effet sur lui, ce que je savais pertinemment, et rajoutai une moue boudeuse irrésistible.

- Je ne suis pas intenable, je suis impatience, nuance !

Aro eut un rire discret et ironique.

- Navrée, bellissima donna, mais je n'ai pas le pouvoir d'accélérer le temps…

- Encore heureux, regimba Jasper à l'autre bout de la pièce, on a encore des choses à revoir. Et franchement Bella, tu ne sais pas de quoi tu parles…

Je croisai mes bras et lui lançai un regard hautain :

- Emmet a raison, qu'est-ce que tu peux être rabajoie parfois Jasper !

Celui-ci se leva brusquement pour se planter face à moi, le regard dur. Il transpirait des ondes de colère et n'en avait pas conscience, ce qui renforçait donc mes sentiments belliqueux.

- Je ne suis pas rabajoie, je suis lucide Bella, contrairement à toi, j'ai parfaitement conscience de ce qui nous attends, là-bas sur la clairière. !

Je ricanai et répondis d'un ton acerbe :

- Oui, tout le monde le sais ça Jasper, tu sais ce que c'est, tu sais tout, tu es omniscient…

Cette petite rixe amusait énormément les Volturi, Aro en particulier, que je soupçonnais traduire cette mésentente comme un signe de mon retour à Voltera. Au vu de l'expression d'Edward qui avait accès à ses pensées, je ne pensais pas me tromper.
Jasper par contre s'amusait beaucoup moins, et Alice s'était levée pour tenter de le calmer, une main qu'elle voulait apaisante sur son bras. Il s'étouffait presque de colère et j'en souriais d'un plaisir mesquin.

- Je… je ne me prends pas pour…

- Jasper, murmura Alice, calme moi s'il te plait, tu perds le contrôle de tes projections…

J'enfonçai le clou.

- Oui Jasper… Remballe ta morale et tes sentiments, tu pues la colère !

Je sentis qu'il manquait de se jeter sur moi mais ne le vis pas car je préférai me diriger vers le jardin pour mettre mes idées au clair.
Je choisissais un banc en pierre – Emmet l'avait taillé de ses mains – et m'installais dessus en maugréant tout seule.
Ha, elles étaient belle mes paroles à Rosalie, où je disais vouloir faire le moindre mal à ma famille. J'étais insupportable, je rendais tout le monde fou, je me fâchai avec n'importe qui, j'arrivais même à me mettre Alice à dos, la si gentille et compréhensive Alice, en criant sur son mari.
Désolant…

J'entendis arriver Edward et me poussai légèrement pour lui faire de la place à côté de moi. Après l'animation que j'avais faite au salon, il aurait été ridicule de fuir une personne cherchant malgré tout ma compagnie.

- Tu te sens mieux ?

Je secouai la tête. Je n'avais pas envie d'ouvrir la bouche, vu les horreurs qui en sortaient…

- Jasper est un peu irritant quand il fait son petit chef moralisateur, je sais…

Je lui lançai un coup d'œil goguenard. L'entendre critiquer son frère était assez inédit pour moi. Et assez plaisant.

- Il a tendance à oublier comment il était à ton âge. Pourtant, c'est intrinsèquement lié à son expérience dans les combats mais je pense qu'il ne veut pas y penser. Nous sommes tous sur des charbons ardents, je m'étonne que Aro n'en ai pas profité encore pour semer la pagaille, ce n'est pourtant pas l'envie qui lui manque…

Je souris. C'était bien du Aro tout craché !
Il se pencha pour regarder mes yeux.

- Tu as faim.

Ce n'était pas une question.

- Aller chasser te changera les idées et utilisera ton énergie qui bouillonne, tu veux que je t'accompagne ? Je me ferai bien un grizzli ou deux avant les combats.

J'haussai un sourcil en l'examinant. Imaginer Edward Cullen "se faire un grizzli ou deux" m'amusait malgré moi. Je n'avais jamais chassé avec lui. Je l'imaginais tellement précieux… Pouvoir le voir en train de traquer une bête m'attirait beaucoup.
La chance que nous avions en Alaska était la diversité des proies. Et effectivement, un ours pourrait me tenter.
Depuis mon retour, je n'avais chassé que seule, la transition humain-animal n'étant pas des plus faciles, je ne voulais pas que l'on me voit.
Aujourd'hui c'était différent.
Mais je ne savais pas encore pourquoi.

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Le sang chaud du grizzli coulait lentement dans ma gorge pendant que l'animal était secoué de ses derniers spasmes. Nous avions eu beaucoup de chance. Nous étions tombés sur un combat entre deux de ces animaux, vraisemblablement pour une femelle, et ils saignaient déjà, comme s'ils nous indiquaient la route à prendre.
Maintenant que je pouvais faire la comparaison, c'était vrai que ce sang ressemblait plus que les autres au sang humain. Mais il en était quand même dramatiquement éloigné.
C'était comme essayer de comparer un Grand Cru Bordelais à un petit vin du Texas.
Je sentais que je me remplissais mais je savais que je ne sentirai pas cette satiété particulière, celle quand on avait vidé un humain.
Et cela gâchait presque mon repas.
Je savais une chose : Je préférais me nourrir d'un animal plutôt qu'autre chose pour apaiser ma conscience.
Mais j'avais gouté au sang humain. Et me dire que je n'aurai plus cette sensation presque orgasmique me donnait envie de retourner en Italie.

Je regardai alors Edward.
Quel pro ! Pas un poil de travers, pas une tâche, rien, il faisait ça comme la chose la plus naturelle du monde. Je penchais la tête pour mieux l'observer.
Comment faisait-il ?
Après tout, même avant moi je savais qu'il n'avait pas tout le temps été végétarien.
Je compris alors pourquoi j'étais là, avec lui. Je jetai mon cadavre sec loin de moi et me lançai :

- Comment tu fais Edward ?

Un simple coup d'œil de sa part et je sus qu'il avait parfaitement comprit le sens de ma question. Il se débarrassa de son repas également et vint s'assoir face à moi, tâchant plus ses vêtements dans la terre qu'en se nourrissant, un comble !

- Je fais avec.

Il rit en voyant à mon expression qu'une telle réponse ne me satisfaisait pas.

- Je pense que j'ai assez de bon sens pour me souvenir des raisons qui m'ont poussé à devenir végétarien. J'y pense et cela rend ce sang moins amer. Bien sûr, au bout d'un certain moment, on s'y habitue. Là, vu ce qu'il s'est passé avec toi, après avoir gouté ton sang… ce n'est pas facile.

Je ne dis rien. Cela le gênait de parler de mon sang, c'était évident, mais chacun ses démons !

- Je ne sais pas quoi te dire d'autre, je vois bien que tu as besoin de réponses, mais je ne pourrai jamais te dire que l'on s'y fait totalement et sans regret, ce serait mentir. La question à te poser est celle-ci : Es-tu prête à ne te nourrir qu'à moitié pour ne pas tuer d'innocent ? Je pense que la réponse à cette question répondra aussi à d'autres problèmes que tu gardes pour toi.

Je fis une grimace en admettant :

- Tu es clairvoyant…

- Tu es un livre ouvert Bella.

Il continua, sur la défensive, ayant peur de me blesser peut-être.

- Tu as besoin de parler de certaines choses qui te rongent, tu peux me parler à moi, je t'écouterai et je ne te jugerai pas.

- Pfft, ce serait la meilleure, que tu me juges !

Cette remarque acerbe n'était là que pour masquer mon soulagement. J'avais besoin de parler de ça.

- C'est terrible, la première fois Edward, de tuer…

Comme promis, il ne dit rien, il écouta juste avec attention. J'étais tendue mais plus les mots sortaient, mieux que je sentais. C'était comme un poison que l'on extrayait de mon corps.

- Les Volturi… Ils voulaient que j'apprécie ce moment là, celui de goutter au sang humain, j'en avais fait la demande. Ce sont des acteurs, tu sais, comme ils aiment théâtraliser les choses, alors, ils ne m'ont pas laissé sortir pendant quelques jours pour que je sois affamée.

Edward ouvrit grand les yeux de stupeur. Oui, c'était une histoire lamentable.

- Et puis ils m'ont lâché dans cette pièce, une pièce minuscule, y'avait aucun endroit pour se cacher…

Je fermai les yeux, le souvenir défilait malgré moi dans ma tête.

- Elle n'a pas pu se cacher, mais avant même de sentir son sang j'ai senti sa peur. Elle était terrorisé Edward, elle était si jeune, quatorze ans peut-être… Je me souviens bien d'elle, une jolie jeune fille, elle n'avait pas l'air malade, ni perdue, ni droguée, où étaient-ils allé la chercher ?

Je remontai mes jambes vers moi pour poser mon menton sur mes genoux.

- Mais dans la seconde qui a suivi, je lui ai sauté dessus, violement, j'ai du lui faire très mal, tu sais… Parce qu'il ne restait pas grand-chose d'elle quand j'ai eu fini, j'étais rentré comme en… frénésie, je n'ai pas su m'arrêter, je n'ai pas su faire les choses proprement !

Ma voix se brisait sur ses derniers mots :

- Je me sens si sale Edward, elle avait la vie devant elle, et moi, j'ai fait comme toi, j'ai tout gâché. Elle doit horriblement manquer à sa famille, et il n'en reste que des charpies au fond d'un cachot. Si ça se trouve, elle aussi les membres de sa famille se sont suicidés de douleur ! Je m'en veux, tu n'a pas idée…

Edward se racla la gorge.

- Si, je sais parfaitement de quoi tu parles…

Je le fixai droit dans les yeux. Il continua ;

- Là non plus, et j'en suis navré, je ne peux te donner de solution miracle. Cependant, tu as dit à Rosalie – nous avons tous tout entendu tu t'en doutes bien – que tu avais fait des erreurs, et ça, oui, c'est une erreur, mais personne n'est parfait, j'en suis la preuve, alors il faut juste accepter. Tu n'oublieras pas bien sûr, mais si tu décides maintenant de suivre le régime alimentaire des Cullen, tu sauras ce que tu as sacrifié pour ça, et cela t'aidera, ce sera d'autant plus noble.

- Noble ? je m'insurgeai. Nobles, nous ?

- Oui noble Bella, parce que c'est aller contre notre nature de vivre ainsi, cela demande du courage et de la persévérance, et nous sommes bien peu à le faire alors oui, j'ai tendance à penser que nous sommes nobles, mais pas infaillibles.

Il soupira et tendit la main vers ma joue, qu'il retint au dernier moment.

- Ce sera plus facile pour toi… Parce que tu n'as pas sous les yeux la preuve de ton moment d'égarement…

J'attrapai sa main dans la mienne. Je la gardai quelques secondes, songeuse, puis je la lâchai soudainement, comme prise en faute, pour me remettre sur mes pieds et partir vite et loin. Fuir, encore…
Il ne me suivit pas.
Lui aussi avait des choses qui le rongeaient à dire.
Mais je n'étais pas prête à les entendre.

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Voilà pour ce chapitre. Beaucoup de dialogues, beaucoup de révélations, d'explications, et de remises en question. A la base je comptais commercer les combats mais finalement… Ce sera pour le prochain.
Cette fois je ne fais pas de promesse. La semaine prochaine je vais être très occupée dans ma famille, alors avec un peu de chance j'aurai besoin de m'évader en écrivant !
Je vais faire mon possible, si les idées sont là.

Merci encore à toutes les personnes qui me lisent (et vous êtes nombreux), ceux qui me mettent en alerte ou en favori, ceux qui me laissent des reviews.
Allez, une promesse soyons fou, je réponds à vos review cette fois dès que j'en prends connaissance !
Encore merci.

Alice.