Chapitre 10

POV Bella

Trois jours après la fête, je décidais de partir me promener en forêt, seule pour une fois. Je pris donc un chemin que je connaissais pour l'avoir emprunté avec Sarah la veille. Je m'enfonçais dans les bois, tout en réflechissant sur mes deux premières semaines écoulées ici.

Les cours au lycée reprenaient le lendemain et comme Charlie me l'avait dit, j'effectuerais la fin de mon année de Terminale dans ce nouvel établissement. J'avais appelé Charlie hier et l'avais senti un peu triste mais il m'assurait qu'il allait bien et passait beaucoup de temps avec Billy à la réserve et je n'avais pas insisté pour ne pas raviver la peine qu'il tentait veinement de me cacher. Je le savais parce qu'il me manquait réellement aussi, ces quelques mois passés en sa compagnie nous ayant rapprochés plus que ce que je croyais.

Bien sur, j'étais heureuse d'être de nouveau avec Renée. C'était ma mère et elle m'avait manqué. C'était un vrai plaisir de la retrouver même si son mariage avec Phil l'avait un peu changé mais c'était dans le bon sens. Elle était moins frivole qu'avant, plus responsable. Quand à Phil, je l'aimais bien et c'était apparemment réciproque. Il nous avait couvert notre folie du jour du l'an et avait dissimulé la vérité à sa sœur et à Renée, nous disant que c'était pour ne pas leur causer du souci, mais je savais bien que ce n'était pas pour ça. Phil était assez fêtard quand il était jeune et trouvait, encore aujourd'hui, normal et amusant de se mettre dans un état pareil à une fête quand on avait une vingtaine d'années… Il nous avait cependant fait la morale et avait félicité Ethan pour sa façon de réagir face à cette situation.

Dans mon cas, j'étais encore morte de honte de la façon dont je m'étais comportée et je savais que je n'accepterais plus une seule goutte d'alcool. Cette soirée avait été un long cauchemar et je ne pensais même pas vouloir retourner un jour dans ce genre de fête. Je n'aimais ni danser, ni boire et on ne pouvait pas réellement soutenir une vrai conversation tant le niveau sonore était élevé, alors je n'en voyais pas l'intérêt.

Repenser à cette soirée me refit m'intéresser à la raison pour laquelle je m'étais isolée. Je voulais réfléchir tranquillement à cette étrange bulle présente dans ma tête depuis cette fameuse fête. Elle ne m'avait pas quitté un instant depuis qu'elle était apparue. Mais était-elle vraiment apparue ? J'avais l'impression qu'elle faisait partie intégrante de moi. Ma seule hypothèse jusqu'à présent était qu'elle était due à l'alcool. Mais elle se révéla complètement fausse puisque cela faisait désormais trois jours et que je n'avais absolument plus une trace d'alcool dans le corps même si j'avais bu une quantité très importante de ce… cette… c'était quoi déjà ? Vodka ? Ça m'avait brûlé la gorge, en même temps de façon douloureuse et agréable et j'avais eu encore envie d'en boire plus.

Soudain, je me mis à penser à Edward. Il m'avait un jour (béni) dit que j'étais comme une dose d'héroïne pour lui et qu'il ne pouvait s'en passer et s'empêcher d'y revenir. Sur le coup, ça m'avait un peu choqué mais finalement je commençais à comprendre ce qu'il éprouvait. Si la brûlure dans sa gorge quand il sentait mon odeur était comparable à celle de ma gorge en avalant de la vodka, je comprenais que ce fut dur pour lui d'y résister. C'était un cercle vicieux. D'ailleurs, en parlant d'héroïne s'il pouvait bientôt être en manque, ça m'arrangerait parce qu'après deux semaines à passer en Alaska, je commençais à m'impatienter et savais qu'il ne faudrait pas longtemps pour que ma volonté faiblisse et que je retombe dans une petite dépression.

Ces deux semaines avaient été agréables. Depuis que j'habitais à Forks et connaissais Edward, je m'étais habituée à la grisaille, la pluie, le vent et la neige, aussi en arrivant en Alaska, je n'avais eu aucun mal à me faire au climat. Il n'y faisait pas si froid que ça et ça n'avait rien à voir avec les grandes étendues de glaces qu'on nous montre à la télévision car nous étions à l'intérieur des terres dans une partie assez boisée de l'état. La seule chose qui me manquait réellement était la présence d'Edward mais que je sois ici ou à Forks ni changeait rien. S'il pouvait lire dans mes pensées à cet instant, il pourrait voir toute ma peine et ma douleur mêlée à cet improbable espoir. Lire dans mes pensées… Il ne le pouvait pas… Mais il pouvait lire dans celles des autres…

Lire dans les pensées… Je me rappelais alors d'une conversation que nous avions eu peu de temps avant notre séparation :

Nous étions sur mon lit. Lui lisait et moi j'étais blottie contre son torse.

« Edward ? »

« Oui ? »

« Pourquoi n'arrives-tu pas à lire dans mes pensées ? C'est étrange, non ? » Il avait posé son livre et, tout en continuant de me carresser les cheveux, avait cherché une réponse :

« Tu sais bien que je ne comprends pas vraiment ce phénomène. Je t'ai déjà dit qu'il n'y avait pas de précédent… C'est… Je ne sais pas. »

Il me cachait quelque chose, j'en avais eu la certitude :

« Edward ! »

« Bon d'accord ! Carlisle pense que si tu montres des prédispositions à… »

« Oui ? »

Il avait hésité à continuer mais j'avais réussi à l'en convaincre et il avait continué :

« Si tu étais transformée en vampire, à tous les coups, tu aurais un pouvoir. Sans doute, un pouvoir de protection de l'esprit… »

J'avais essayé d'en savoir plus mais Edward m'avait embrassé et j'avais laché prise, profitant de ce moment pleinement et après, je ne m'en étais plus souvenu.

A présent, je m'en voulais de ne pas avoir exigé plus d'explications car cette bulle était sans doute en lien avec mon pouvoir. On dirait une sorte de bouclier autour de mon esprit. Etait-il possible que je puisse prendre conscience de mon pouvoir en étant encore humaine ? Et pourquoi m'apparaissait-il seulement depuis cette foutue soirée ? Je me concentrais sur la bulle et essayais dans faire varier la grosseur et l'épaisseur. Ça me demanda énormément d'énergie mais je réussis à l'épaissir puis à la faire devenir une membrane toute fine. J'avais l'impression qu'un rien aurait pu la faire éclater. Ensuite j'essayais de la faire diminuer de taille mais n'y parvins pas. Enfin, je la poussai le plus loin possible de mon esprit et ça, par contre, fonctionna assez bien. Je la sentis s'étendre tout autour de moi. Je l'élargis encore et sursautais de surprise quand l'esprit d'un lapin pénétra dans ma bulle devenu immense. Je sentais son esprit sans pour autant y pénétrer, c'était comme si une petite lueur c'était allumée dans un coin de ma tête, me faisant connaître la proximité de l'animal.

Je bondis sur mes pieds, laissant la bulle reprendre sa place initiale. J'étais toute excitée de ma découverte. Mon pouvoir était sans aucun doute destiné à me protéger mentalement puisqu'Edward ne pouvait pas lire mes pensées, mais si je pouvais l'étendre autant, je pourrai peut être, un jour, réussir à la faire rétrécir, laissant Edward se plonger dans mes pensées. Il saurait alors combien je l'aimais et l'aimerais toute ma vie.

Je me mis à courrir vers la maison en riant. Je ne me cassais la figure que deux fois, mais me relevais toujours en souriant et me précipitais dans la maison. J'entrais plus calmement dans la cuisine et m'assis sur une chaise. Renée préparait le repas avec Sarah et, plongées dans leur conversation, elles ne m'avaient ni vu, ni entendu entrer. J'en profitais pour me concentrer et essayer d'étirer ma bulle vers elles. Dès que la bulle les atteignit, deux petites lueurs s'allumèrent dans un coin de ma tête. Renée se tourna vers moi et m'adressa la parole faisant faiblir ma concentration et perdre le contrôle de ma bulle qui se replaça autour de mon esprit.

« Bella, pourquoi souris-tu ainsi ? »

Ah bon ? Je souriais ?

« Pour rien ! Je suis juste contente ! »

J'étais à deux doigts de sautiller sur place de joie. Je n'arrivais pas à me calmer ! Une nouvelle idée venait de germer dans ma tête !

« Je vais aller fair eun tour sur Internet, Angela et Jessica aimeraient surement avoir de mes nouvelles ! »

Renée parut surprise mais acquiesça et je me précipitais, sous les regards étonnés de Renée et Sarah, dans ma chambre où je me saisis de mon ordinateur portable.

Après avoir établi une connexion internet, j'ouvris une page internet et tapais le nom de 'Carlisle Cullen' suivi de 'Docteur' dans le petit encart avant de cliquer sur 'recherche'. J'étais sûre que Carlisle refuserait de rester à la maison à ne rien faire au lieu de sauver des vies humaines. A tous les coups, il s'était fait embaucher dans un nouvel hôpital et dans ce cas –là, je réussirais à trouver dans quelle ville il exerçait. Il ne fallu que quelques secondes à l'ordinateur pour afficher une nouvelle page avec plusieurs résultats. Les premiers liens menaient au site internet de l'hôpital de Forks, le suivant vers le site d'un hôpital en Pennsylvanie mais qui datait de cinq ans . Je trouvais enfin mon bonheur dans le lien en dessous : l'hôpital d'une petite ville à environ 4h d'Anchorage venait d'embaucher un nouveau chirurgien. Venait ensuite un article présentant Carlisle, il y avait même une photo de lui. Je notais l'adresse de l'hôpital et le numéro de Carlisle sur un bout de papier, satisfaite.

Je comptais bien prendre contact avec lui dans les prochains jours mais j'allais néanmoins réfréner mon envie un peu et attendre que mon excitation retombe avant de lui téléphoner. Je m'assis sur mon lit et essayais de me calmer un peu. Mais le téléphone portable de ma mère, posé juste devant moi sur le lit parce qu'elle me l'avait prêté pour aller me promener, me tentait horriblement. Et je finis par me jeter dessus quand Renée m'appela pour venir manger. Ce n'était peut être pas plus mal.

Je descendis dans la salle à manger et assistais silencieusement au repas tout en reprenant la manipulation de ma bulle, m'amusant à l'étirer en différentes formes, à englober certaines personnes et pas d'autres. Renée me lança un regard interrogateur mais je la rassurais d'un sourire et repris mon petit jeu.

Dès le repas fini, je remontai dans ma chambre et prenai le cellulaire dans ma main, avant de composer le numéro que j'avais trouvé sur Internet d'une main tremblante. La sonnerie retentit trois fois avant qu'une voix douce et familière ne réponde :

« Bonnjour. Docteur Cullen à l'appareil. »

Et je me mis à sangloter.

POV Carlisle

En rentrant de mon entrevue avec Edward, j'étais directement allé trouver Tanya dans mon bureau. Elle m'attendait penaude. J'avais rapidement pris des nouvelles de son état de santé et lui demandais de m'expliquer. Elle m'avait expliqué ce qui s'était passé et m'avait dit combien elle regrettait l'attitude qu'elle avait eue. Après s'être excusée encore trois fois, excuses que j'acceptais évidemment, elle m'annonçait son départ immédiat avec les Dénali mais me promettait de revenir quand les choses se seraient tassées avec Edward et j'approuvais sa décision. Ça prendrait néanmoins un certain temps avant que l'accident soit oublié mais nous avions l'éternité devant nous.

Edward était rentré le lendemain et était venu me trouver dans mon bureau. Il était resté un moment assis en face de moi sans parler et avait fini par me remercier de mon intervention de la veille et de me promettre qu'il s'était ressaisi mais qu'il lui fallait encore un peu de temps pour prendre sa décision. Comme pour Tanya, je m'étais contenté d'acquiescer, préférant les laisser eux-même trouver les solutions à leurs problèmes.

Trois jours plus tard, je pensais encore à Edward quand le téléphone sonna. J'étais en train de remplir des dossiers tout en réfléchissant à un moyen d'aider Edward quand la sonnerie retentit et me fit sursauter. Je décrochai :

« Bonjour. Docteur Cullen à l'appareil. »

J'entendis la respiration de mon interlocuteur s'accélérait et soudin, il se mit à sangloter au bout du fil. Enfin, plutôt elle, car cela ressemblait plus à des pleurs de femme. Je cherchais veinement qui ça pouvait être quand une petite voix timide, hésitante et chargée de larmes me parvint.

« Carlisle ? »

« Bella ! »

J'avais reconnu aussitôt sa voix. De plus, si peu de personne osait m'appeler par mon prénom…

« Bella ? Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? »

Je savais que ma voix trahissait mon inquiétude pour cette fragile humaine à qui mon fils tenait tant et que j'avais appris à considérer comme ma fille.

« Bella… » Lui dis-je d'une voix plus douce et posée.

« Oh Carlisle ! Je suis tellement heureuse d'entendre votre voix ! Oui, je vais bien ! Enfin non, enfin c'est bizarre ! »

Elle se mit à rire entre deux sanglots. Je souris, c'était tellement elle. Le temps qu'elle se reprenne mon esprit partit rejoindre le souvenir de Beth mais quand Bella renifla un grand coup dans le téléphone, je revins à la réalité, souris et repris la parole :

« Que se passe-t-il Bella ? Comment as-tu eu mon numéro de téléphone ? »

« Oh, vous savez, Internet, c'est très pratique. » De l'ironie ! Elle allait bien !

« Que me vaut ton appel alors ? Je suppose que tu veux avoir des nouvelles d'Edward… »

Elle éclata de rire.

« Je suis donc si transparente que ça ? Oui, je veux de ses nouvelles ainsi que de vous tous. »

« Dis-moi d'abord comment tu vas ! »

Il me fallait savoir son état pour accorder mes violons. Certains détails pourraient la blesser et je ne voulais pas que ça arrive. Elle hésita un moment avant de répondre.

« Ça va ! Enfin, aussi bien qu'on peut l'être quand on vous arrache le cœur… »

« Bella… Est-ce que… »

« Carlisle, je dois vous dire que je souffre comme jamais, que mon cœur est en mille morceaux et que j'ai comme un grand trou dans la poitrine qui me torture jours après jours. Mais je dois aussi vous dire que j'aime Edward à la folie et que j'ai encore l'espoir qu'il aime et qu'il se soit éloigné de moi que pour me protéger. J'ai besoin de savoir la vérité. Je suis capable d'attendre toute ma vie son retour s'il y a encore un espoir mais si c'est peine perdue alors rien ne me sert de vivre. »

C'était pire que ce que je croyais. Ou peut être mieux finalement. Elle avait compris la décision d'Edward même si elle ne l'acceptait pas mais je sentais, dans sa façon de parler, qu'elle se tenait au bord d'un gouffre sans fond et qu'il ne lui faudrait pas grand-chose pour tomber dedans. Je soupirais. Autant lui avouer la vérité mais en passant sous silence les détails sanglants.

« Ecoute Bella. Edward ne va pas bien non plus. Il réfléchit mais n'arrive pas à prendre de décision. Il a besoin de temps mais je n'ai vraiment aucune idée de ce qu'il va décider. »

Bella avait cessé de respirer et quand elle inspira, je pus entendre d'ici son mal-être. C'est alors que je pris l'une des décisions les plus importantes de ma vie. Je pensais à Beth, à moi, à notre amour perdu à jamais et je ne voulais pas qu'ils vivent ça. J'inspirai profondément et laissais tomber ma sentance d'une voix basse et douce, étrangement serein :

« Bella. Si, après ton bac, Edward ne s'est toujours pas décidé à agir et si tu es toujours d'accord, je te promets de te transformer moi-même. Il n'y aura aucun risque que je perde le contrôle et, une fois transformée, il n'y aura plus rien qui se mettra en travers de votre route, parce qu'Edward t'aime pour l'éternité et ce n'est que la peur qui le retient ce moment. »

Je ne pouvais la voir mais je savais à sa respiration calme que des larmes silencieuses coulaient sur son visage à cet instant. Des larmes de joies et de soulagement. Ma promesse venait de lui donner la force de continuer encore un peu seule et c'était tout ce qui importait. Je venais de sceller leur destin et quoiqu'il arrive, je ne romprais pas ma promesse, à part si Edward désirait la transformer lui-même. Si j'en avais eu l'occasion il y a plus de 300 ans de le faire pour Beth, je l'aurais fait et j'allais le faire à présent pour Bella.

« Merci Carlisle. » Souffla-t-elle.

Elle était émue et touchée. J'aurais voulu à ce moment-là qu'Edward soit à ses côtés pour la serrer dans ses bras.

« Patiente encore un peu, Bella. Ça va s'arranger ! »

« Merci. Je vais raccrocher maintenant. »

« Oui. »

« Encore merci »

« Bella ? »

« Oui? »

« N'hésite pas à me rappeler ! »

« Promis ! » Et elle raccrocha.

Je me laissais aller en arrière dans mon fauteuil et regardais par la fenêtre le ciel gris chargé de neige. Il me faudrait toute mon attention pour cacher ce que je venais de faire à Edward. J'avais promis au cas où mais je savais qu'il finirait par prendre la bonne décision et je voulais qu'il la prenne seul. En rentrant, je parlerais à Alice. Elle était surement déjà au courant et je savais qu'elle serait capable de tenir le secret face à Edward. Ça me coûtait de lui mentir, même par omission, mais son bonheur éternel en valait bien la peine, tout comme celui de Bella. Ma famille était ce qu'il y avait de plus cher à mes yeux et le bonheur de chacun m'importait plus que le mien.

Je me replongeais dans mon travail, les pensées pleines de prommesses de bonheur pour notre avenir.


Il a fallu lutté pour publier ce chapitre. Fanfic beug et c'est... mais il est là!