Bonjour à tous!
Pardon, pardon, pardon pour le très long silence. Cette fic n'est pas abandonnée, loin de là. J'ai juste eu à faire à beaucoup de choses ces derniers mois, des choses bien et des choses beaucoup moins bien et je n'avais pas vraiment la tête à écrire. Mais là, ça va mieux et j'ai pu m'y remettre. Pour compenser, j'ai écrit un bon gros morceau. J'espère que vous arriverez tout de même à vous remettre dedans. Bonne lecture et normalement à bientôt!
"***"
Alors qu'il s'était attendu à ce que le paysage évolue une fois guidé par des habitués du lieu, Castiel constata rapidement que tout restait invariablement blanc. Ils avaient quitté la route qu'il avait imaginée et avançaient en petit groupe serré vers une direction que Castiel avait du mal à appréhender. Il se demandait vraiment comment les autres anges parvenaient à se repérer dans cette monotonie. Il posa sa main sur le bras de Balthazar pour attirer son attention.
_ Qu'est-ce que tu veux Cas ? demanda Balthazar, visiblement agacé.
Il ne cessait de jeter des coups d'œil nerveux autour de lui.
_ Comment sais-tu où nous sommes ? interrogea Castiel. Pour moi tout se ressemble.
Balthazar haussa les épaules et poursuivit sa route. Castiel le suivit en silence. Visiblement, Balthazar n'avait ni le temps ni l'envie de lui répondre. Et il était inutile d'interroger les autres, ils ignoraient Castiel de la manière la plus flagrante qu'il soit. Ce dernier fit une petite grimace et pressa le pas pour se calquer sur le rythme de Balthazar qui venait brusquement d'accélérer.
Ils poursuivirent à la même allure pendant ce que Castiel estima être une heure ou deux. Il était aussi difficile de juger du temps que de l'espace. En tout cas, ça lui parut très long et très ennuyeux. Il se demanda si le temps ici s'écoulait à la même vitesse que sur Terre. Il craignait en perdant des heures ici de perdre des années sur Terre et qu'à son retour, l'humanité ait été détruite. Pire, que Dean l'ait oublié !
Exaspéré, il agrippa l'épaule de Balthazar.
_ Quoi ? fit ce dernier en se retournant brusquement.
_ J'ai besoin de trouver Gabriel, lui rappela Castiel.
_ Je sais, j'ai bien compris. Mais je n'ai pas la moindre idée d'où il est. Figure-toi qu'il est très fort pour se cacher.
_ Alors où allons-nous ?
Balthazar se passa une main sur le visage.
_ Cas, je ne sais pas si tu as remarqué, auquel cas je m'en excuse pour ne pas avoir été assez clair, mais tu es notre prisonnier. Même si j'ai eu le bon goût de ne pas t'enchaîner, aussi tentante que soit l'idée.
_ Je ne suis le prisonnier de personne ! se brusqua Castiel.
Immédiatement, les autres anges formèrent un cercle autour de lui. Leur message était limpide. Il était impossible pour Castiel de s'enfuir. Ce dernier les fusilla du regard. Il crispa la mâchoire, retenant à grand peine une réplique cinglante, du moins pour autant que Castiel puisse être cinglant. Il n'avait ni l'avantage du nombre, ni celui de la répartie. Balthazar était bien meilleur que lui à ce petit jeu là. Sans compter qu'il n'avait pas la moindre idée de comment se repérer, ni comment trouver Gabriel.
Il avait beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il ne voyait pas bien pour le moment comment se passer de Balthazar et sa bande. Sans compter qu'ils étaient probablement en territoire ennemi, à en juger par la nervosité des autres. Même si pour Castiel cette notion était toute relative. Dans sa situation actuelle, tous les anges étaient potentiellement ses ennemis. Il baissa la tête et trottina pour rejoindre Balthazar qui s'était déjà éloigné.
_ Pour le moment je me plie à tes règles, concéda-t-il, mais il faut que tu m'aides à trouver Gabriel.
_ On verra, grommela Balthazar sans desserrer les dents. En attendant ferme-la !
Et Castiel la ferma donc pendant d'interminables heures. Du moins ce qui lui parut être d'interminables heures. Cette sensation de tourner en rond, voire de faire du sur place dans un paysage inexistant lui était parfaitement insupportable.
Mais ce n'est que lorsque les autres ralentirent l'allure, voire parurent se détendre légèrement qu'il osa de nouveau interroger Balthazar.
_ Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? demanda-t-il à Balthazar en parcourant du regard les immenses plaines vides.
Balthazar lui lança un sourire ironique et ouvrit grand les bras, comme pour embrasser l'intégralité du monde qui les entourait.
_ Bienvenue dans le paradis des anges ! s'exclama-t-il en faisant un tour sur lui-même.
Castiel secoua la tête.
_ Je ne comprends pas, répondit-il.
Balthazar soupira longuement et leva les yeux tout en secouant la tête.
_ Le contraire m'aurait étonné… lâcha-t-il. Je suis mort, tu es mort, nous sommes tous morts, et nous voilà ici. Etape finale de notre voyage !
Castiel crispa les poings. L'ironie dans le ton de son ami ne lui avait pas échappé.
_ Je veux dire, se défendit-il, je ne comprends pas comment fonctionne cet endroit. Lorsque je suis arrivé, j'ai pu créer un chemin, juste en y pensant. Pourquoi tout est-il blanc ? Pourquoi n'avez-vous pas créé un monde plus… lisible, termina-t-il, à défaut de meilleur terme.
Balthazar gloussa.
_ Tu ne crois pas qu'on n'a pas déjà essayé ? Le truc du chemin, on l'a tous expérimenté à notre arrivée. Mais personne n'est parvenu à aller plus loin. Il n'y a rien de plus. Certains racontent qu'Uriel est parvenu une fois à faire apparaître vaguement une forme d'arbre mais ce n'est probablement rien de plus qu'une légende urbaine. Tu connais Uriel, toujours à se la raconter !
Castiel hocha légèrement la tête. Maintenant qu'il était parvenu à capter l'attention de Balthazar, il n'allait certainement pas l'interrompre.
_ Bref, reprit celui-ci, au bout d'un moment, on laisse tous tomber, même le truc du chemin et on apprend à naviguer de la sorte. Ou plutôt, de cette sorte-là…
Et sous les yeux de Castiel, Balthazar devint de plus en plus translucide, comme si son être n'était plus formé que d'air dont on ne distinguait que la silhouette. C'était sous cette forme qu'étaient apparus les anges, un peu plus tôt, lorsqu'ils avaient piégé Castiel.
_... mais seulement lorsqu'il y a un danger potentiel, termina Balthazar, en reprenant une forme tangible.
_ Pourquoi ? fit de nouveau Castiel, qui espérait accumuler un maximum d'informations maintenant que Balthazar était lancé. Pour la première fois, le regard de ce celui-ci se fit triste.
_ Ce n'est pas agréable de se sentir disparaitre, avoua-t-il.
Castiel opina. Il ne comprenait pas vraiment ce que Balthazar entendait par-là mais ce n'était pas le moment de se lancer dans une grande discussion sur la conscience de soi. Castiel supposa que Balthazar associait cette notion au moment de sa mort et que c'était pour cela qu'il se sentait aussi nostalgique.
Ils avançaient désormais d'un pas paisible. Autour d'eux, les anges qui surveillaient Castiel n'arboraient plus leur posture agressive. Ils se contentaient de lui jeter des coups d'œil méprisants. Castiel décida d'y voir un signe positif et poussa sa chance en poursuivant son interrogatoire de Balthazar. Il devait tout savoir de ce lieu si jamais il avait l'occasion de s'enfuir et de partir seul à la recherche de Gabriel.
_ Mais pourquoi notre père a-t-il créé un paradis aussi complexe pour les hommes et pour nous…
Il désigna de la main le vide devant eux.
_... ceci ?
Cette fois Balthazar éclata franchement de rire.
_ Nul ne le sait Cas ! Mais nous avons plusieurs théories. Ma préférée, sans doute parce que c'est moi qui l'ai émise, c'est que notre père n'est qu'un bougre de con.
La mine choquée de Castiel fit redoubler son rire.
_ Oh, oui, je sais, je mérite sans doute l'enfer pour un blasphème pareil ! C'est bien ce que j'espère d'ailleurs ! Qu'à un moment, je ferme les yeux et que lorsque je les rouvre je sois enfin dans un endroit tangible, coloré et animé, quitte à être torturé par des démons jusqu'à la fin des temps.
Castiel secoua la tête.
_ Tu ne sais pas de quoi tu parles.
_ Je sais très bien de quoi je parle. Je suis celui qui est bloqué ici depuis bien trop longtemps et toi tu ne fais que débarquer. Tu n'as pas à me juger. Surtout que tu as toi aussi souvent douté de notre père.
_ Pas au point de l'insulter !
Castiel fit une pause et se mordit les lèvres.
_ Enfin… peut-être une fois…
_ Ah ! répliqua Balthazar d'un ton triomphant. Notre père a tellement travaillé au bien être des hommes qu'il nous a laissés de côté. Il les a préférés à nous. Il leur a tout donné et nous maintenant, nous sommes bloqués ici.
Castiel s'arrêta brusquement de marcher et se tourna vers Balthazar, les sourcils froncés.
_ Je trouve tes propos très proches de ceux de Lucifer et je n'aime pas ça.
Balthazar haussa les épaules.
_ Il n'avait peut-être pas totalement tort.
_ Comment peux-tu…
_ Oh la ! Doucement Cas ! Je dis juste qu'il n'avait peut-être pas totalement tort. Après, ça ne veut pas dire que j'apprécie le bonhomme ou que je soutiens ce qu'il a fait. Avoue quand même que pour le coup, on s'est fait un peu avoir.
_ Nous ne sommes pas supposés mourir…
_ Dis celui à cause de qui quatre-vingt-dix-neuf pourcents des anges sont ici.
Castiel soupira bruyamment sans chercher à cacher son agacement. Il connaissait ses erreurs. Il en assumait la culpabilité. Il en portait le poids et la douleur tous les jours. Il n'avait pas besoin que Balthazar les lui rappelle à chaque moment de leur conversation.
_ Nous ne sommes pas supposés mourir, reprit-il. Notre père n'avait donc rien prévu pour nous.
_ C'est ce que soutiennent certains, admit Balthazar. Pour d'autres, il a sciemment créé cet endroit… ce qui, tu l'admettras, rejoint ma théorie du gros con.
_ Mais pourquoi aurait-il fait cela ?
Balthazar leva brusquement un bras. Par réflexe, Castiel recula. Puis il comprit que Balthazar faisait juste signe à quelqu'un, au loin. Il plissa les yeux. A cette distance, impossible de reconnaître qui que ce soit mais Castiel distinguait des silhouettes, points de couleurs tâchant le blanc.
_ Nous sommes presque arrivés, confirma Balthazar à Castiel avant de répondre. Comme tu l'as dit toi-même, nous ne sommes pas supposés mourir. On peut donc y voir une forme de punition de la part de notre père. Si nous sommes morts, c'est que nous n'avons pas agi comme il le fallait et bam ! Voyage direct dans le grand vide ! Pour d'autres, c'est plus une leçon qu'une punition.
Castiel leva un sourcil, attendant que Balthazar reprenne. Il ne quittait pas du regard les formes qui les attendaient au loin. L'arrivée de nouveaux anges étaient de toute façon pour lui une mauvaise nouvelle. Des adversaires supplémentaires à convaincre de sa bonne foi et de la légitimité de sa mission ici.
_ Qu'est-ce que tu entends par leçon ? demanda-t-il finalement lorsqu'il réalisa que Balthazar n'allait pas développer ses propos.
Ce dernier hésita de longues secondes avant de se lancer. Castiel trouva ce comportement inhabituel, comme si la mort avait fait mûrir Balthazar.
_ Comme tu l'as dit toi-même, nous ne sommes pas supposés mourir. Et lorsque nous mourons, nous finissons ici où, tu as déjà pu le constater, il n'y a pas grand-chose à faire. Quelques-uns d'entre nous pensent qu'il s'agit d'une chance de se retrouver là car nous avons à loisir le temps de... méditer sur notre existence. De se recentrer sur ce qui est important pour nous en tant qu'ange. S'élever spirituellement en quelque sorte. Bref, un beau ramassis de conneries, si tu veux mon avis.
Castiel hocha la tête mais dans son cerveau, les choses tournaient très vite. Si un petit groupe avait décidé de retourner aux fondamentaux de la condition d'ange, c'était peut-être sa chance. Le rôle premier des anges était de protéger les créations de Dieu, par conséquent la Terre et les êtres humains. Il trouverait peut-être auprès d'eux le soutien qu'il ne paraissait pas pouvoir obtenir de Balthazar et les siens.
_ Et... commença-t-il en espérant ne pas éveiller les soupçons de ce denier, ils sont nombreux ?
Balthazar pouffa.
_ Oh ! Non ! A peine une poignée d'illuminés ! On les voit, de temps en temps, tenter de soudoyer un groupe ou l'autre pour grossir leurs rangs mais globalement, ils repartent bredouilles. A la base, nous sommes tous plutôt des guerriers.
_ Quels groupes ?
_ Nous et ceux de Raphaël.
Castiel soupira.
_ Donc même ici, vous avez continué à vous battre ?
_ Il n'y a que ça à faire ici ! s'exclama Balthazar. Pourquoi crois-tu que nous étions aussi prudents tout à l'heure ? Nous étions en plein sur leur territoire ! Crois-moi, tu as été vraiment chanceux que nous te trouvions les premiers.
Castiel secoua la tête. La dernière chose dont il avait envie, c'était bien de se retrouver une nouvelle fois en pleine guerre fratricide. Tout ce qu'il voulait, c'était trouver Gabriel, le ramener sur Terre et voir Dean. Les anges pouvaient bien continuer à se cogner dessus pour le reste de l'éternité, ce n'était plus son problème.
_ Le gros avantage, poursuivit Balthazar, c'est qu'ici, on ne meurt plus. Assez pratique ! Par contre, il ne vaut mieux pas être fait prisonnier. Les tortures peuvent durer un petit bout de temps.
_ Et pourquoi vous battez-vous cette fois ?
Visiblement, l'apocalypse n'était plus une excuse valable.
_ Pour rien ! Pour passer le temps ! Pour se sentir comme en vie ! Parce que la plupart des anges ont été traumatisés par leur passage sur Terre et qu'ils tentent jour après jour de changer l'issue de leur destin ! Pourquoi crois-tu que nous ayons quasiment tous choisi de nous balader sous la forme de nos anciens vaisseaux ?
Balthazar fit une pause. Il observa longuement Castiel, la mine grave. Ce dernier n'avait aucune idée de comment répondre à cela. Des anges revivant jour après jour le traumatisme des combats en espérant pouvoir changer les choses, Castiel n'aurait jamais imaginé que les choses aient pu aller aussi loin. Il sentit une boule de culpabilité lui mordre les entrailles. Finalement, le visage de Balthazar se fendit d'un grand sourire.
_ Mais aussi, il faut bien l'avouer, parce que Raphaël est un connard arrogant et que ses partisans ne valent pas mieux ! Tu vois, il n'y a pas de raison précise.
_ Très mature, répliqua Castiel.
_ Oh la ferme. Tu as trahi les tiens par amour pour un seul humain. Tu pourras nous juger quand comme nous tu auras passé assez de temps ici pour devenir fou d'ennui.
_ Je ne reste pas, répondit Castiel très sûr de lui.
_ Nous verrons.
Ils n'étaient maintenant plus qu'à une centaine de mètres des anges qui les attendaient. Et si au début, Castiel avait cru qu'ils n'étaient qu'une poignée, il distinguait maintenant des dizaines de silhouettes qui se matérialisaient, de plus en plus nombreuses, à chacun de leur pas. Et il réalisa bien vite que tous les visages affichaient stupeur, incrédulité puis colère. Un brouhaha s'éleva vite parmi les rangs lorsqu'ils les fendirent.
_ Ah ah ah ! s'esclaffa Balthazar. Je vous avais bien dit que j'avais senti un petit nouveau arriver !
_ Castiel, grogna quelqu'un.
Celui-ci sentit un long frisson le parcourir. Il y avait tellement de haine dans ce simple mot. Il se focalisa sur sa mission pour écraser la panique qui menaçait de le submerger. D'accord, il n'était pas le bienvenu ici mais sa cause était juste et il trouverait bien un moyen de ramener Gabriel auprès des Winchester. Avec ou sans l'aide des autres anges.
_ Ecoutez ! commença-t-il. J'ai besoin de...
Balthazar l'interrompit immédiatement.
_ Castiel, maintenant tu te tais et tu me laisses faire !
_ Mais je...
_ Shhhh ! Bon, reprit-il en se tournant vers ses troupes, comme vous pouvez le constater, nous avons tiré le gros lot. Pour ceux du fond qui ne verraient pas bien, j'ai ramené Castiel.
Un silence glacial accompagna cette déclaration.
_ Maintenant, il nous reste à voir ce que nous allons faire de lui.
_ Le ruer de coups ? proposa une voix au fond.
Plusieurs têtes opinèrent et Castiel ouvrit la bouche pour se défendre. Balthazar l'arrêta d'un geste de la main.
_ C'est une solution, admit-il, mais je pense que nous pouvons être bien plus créatifs que cela.
_ Ecarteler sa grâce ? fit quelqu'un d'autre.
_ Aussi tentante que soit cette idée, répondit Balthazar, je ne pense pas que nous puissions la mettre en application, du moins pour le moment.
_ Alors que proposes-tu ?
Balthazar sourit et croisa les bras sur sa poitrine. Nul doute qu'il était le leader de son groupe et il adorait ça. Il fit quelques pas, dodelinant de la tête, comme s'il réfléchissait. Mais Castiel ne se laissa pas prendre à cette petite comédie. Balthazar savait parfaitement ce qu'il allait dire.
_ Premièrement, nous allons devoir nous tenir sur nos gardes. Si nous avons senti que quelqu'un arrivait, Raphaël a dû le sentir aussi et envoyer quelques-uns de ses sbires. Je pense qu'ils seront bientôt informés du fait que Castiel est parmi nous et qu'ils vont tenter de le récupérer. Nous devons nous préparer pour une potentielle attaque.
Sans que Balthazar n'ait besoin de développer, un groupe d'anges se détacha des autres et chacun d'entre eux prit position à l'écart du clan, se fondant dans le blanc pour observer discrètement le périmètre.
Balthazar hocha la tête et poursuivit son discours.
_ Mais aussi pénible soit-il, Raphaël n'est pas, je l'espère, complètement idiot. Il sait qu'il a peu de chance de réussir s'il envoie ses hommes sur notre territoire, aussi je pencherais plutôt pour l'envoi d'émissaires. Auquel cas, nous pourrions négocier.
_ Et que comptes-tu négocier ?
Les yeux de Balthazar tombèrent sur Castiel et il leva les sourcils.
_ Eventuellement... Castiel contre nos camarades prisonniers ?
Alors qu'un bourdonnement positif s'élevait dans le groupe, Castiel sentit qu'il se décomposait. Le visage de Balthazar n'eut même pas l'ombre d'un remord.
_ Désolé Cas, mais Raphaël détient bon nombre de nos amis et je pense qu'il est prêt à payer très très cher pour te mettre la main dessus. C'est une occasion unique pour nous de restaurer notre supériorité numérique.
Castiel regarda furtivement autour de lui mais il était entouré d'anges et tous avaient les yeux solidement vissés sur lui. Il lui était impossible de s'enfuir pour le moment. Il devait attendre la bonne occasion et la saisir. Visiblement, il n'y avait rien à tirer de Balthazar et de son groupe.
_ Tu comptes vraiment remettre Castiel à Raphaël ? fit une nouvelle voix à quelques mètres d'eux.
Un à un, les anges s'écartèrent pour laisser passer une jeune femme rousse. Elle s'arrêta juste en face de Balthazar à qui elle tint tête sans broncher.
Celui-ci soupira bruyamment.
_ Anna ! Evidemment ! J'aurais dû me douter que tu viendrais mettre ton grain de sel là-dedans.
_ Tu pensais vraiment pouvoir remettre Castiel à Raphaël sans que personne n'y trouve à redire ?
Balthazar croisa les bras sur sa poitrine et se redressa le plus possible, surplombant Anna de toute sa taille. Elle ne faillit pas et soutint son regard.
_ Je pense, reprit Balthazar, que tu es la seule qui trouve quelque chose à y redire. N'est-ce pas ? ajouta-t-il d'une voix forte, cherchant l'approbation de la foule les entourant.
Plusieurs anges hochèrent la tête.
_ Peu importe que je sois seule ou pas. Castiel est un des nôtres et le remettre à Raphaël de façon aussi arbitraire ne me paraît pas juste.
_ Oh la justice ! s'exclama Balthazar avec de grands gestes théâtraux qui forcèrent Anna à reculer d'un pas. Quelle belle idée que la justice ! Castiel était-il juste quand il m'a planté sa lame dans le corps ? Et je parle de sa vraie lame, pas de sa lame métaphorique, se sentit-il obligé d'ajouter avec un sourire entendu. Etait-il juste quand il a fait tuer presque tous ceux qui sont autour de nous ? Etait-il juste lorsqu'il...
_ Ca suffit ! le coupa Anna, visiblement agacée par les grands airs et le manque de sérieux de Balthazar. Je ne dis pas que Castiel est irréprochable. Loin de là. Je dis juste que le remettre de la sorte à Raphaël signifierait pour lui des siècles de tortures et c'est une décision que nous ne devons pas prendre à la légère.
_ Merci Anna, fit Castiel d'une petite voix.
Elle l'ignora, son regard toujours fermement rivé sur Balthazar. Ce dernier soupira bruyamment et se posa les mains sur les hanches. Il grimaça avant de reprendre la parole.
_ Et que veux-tu que nous fassions ? Que nous lui organisions un procès ? Ridicule ! Nous sommes des soldats, pas des juges ! Et quand bien même si nous votions, je pense qu'une large majorité se range de mon côté.
Plusieurs voix approuvèrent mais Anna ne fléchit pas.
_ Je ne demande pas un procès, je demande juste le temps de la réflexion. Castiel a fait des erreurs, personne ne peut le nier. Mais si nous sommes là, c'est que nous en avons fait aussi, moi la première. Laissons-lui au moins une chance de s'expliquer.
Balthazar crispa la mâchoire et regarda longuement ses pieds. Il paraissait réfléchir, se mâchouillant successivement l'intérieur des joues. Finalement, il releva la tête et eut pour Anna un sourire complaisant qui signifiait qu'il aurait de toute façon le dernier mot.
_ D'accord. Si ça peut te faire plaisir, répondit-il d'un ton mielleux.
Il se tourna vers Castiel qui avait préféré rester silencieux depuis qu'Anna, son seul soutien apparemment, l'avait ignoré. Il était impatient de mener à bien sa mission mais il ne voulait pas non plus se compromettre en se mettant trop en avant. A présent, il avait de nouveau l'attention de Balthazar.
_ Alors Castiel, le poussa celui-ci, nous t'écoutons. Explique-toi ! Anna, moi-même et tout le monde ici sommes avides de t'entendre.
Castiel se mordit les lèvres et fit un tour sur lui-même pour scruter tous ceux qui l'observaient. Un silence absolu était tombé dans le groupe et chacun avait un visage fermé et hostile. Hormis Anna qui le gratifia d'un petit sourire encourageant. Castiel lui en fut très reconnaissant.
_ Allez ! insista Balthazar. Tu semblais tellement désireux de parler tout à l'heure.
Castiel lui jeta un regard sombre et il serra les poings. Aussi coupable qu'il se sente, l'idée de planter de nouveau sa lame à travers Balthazar était vraiment tentante. Et puis cette fois il n'aurait pas à porter la responsabilité de sa mort, Balthazar aurait juste très mal.
Mais ce petit instant de satisfaction pouvait aussi lui coûter la réussite de sa mission et ça, Castiel n'était pas prêt à le mettre en jeu. Surtout qu'à la réflexion, il n'avait pas son arme. Il prit une profonde inspiration avant de se lancer.
_ Ecoutez. Je suis désolé. Pour tout ce que j'ai fait. Pour être responsable de votre mort à tous. Je voulais juste... faire ce qui était juste ! Et c'était juste d'arrêter l'apocalypse. Je reste persuadé que c'était la chose à faire !
Son discours, hésitant sur les premières phrases, s'était enflammé au fur et à mesure que les mots lui venaient. Car faire partie de la Team Free Will était quelque chose qu'il ne regretterait jamais. C'était après que les choses s'étaient gâtées.
_ Et la guerre contre Raphaël ? demanda quelqu'un.
_ Raphaël voulait relancer l'apocalypse. Je ne pouvais pas le laisser faire. Et nous l'avons battu ! rappela-t-il.
_ A quel prix ? interrogea Balthazar.
Castiel soupira.
_ Je sais. Je sais. J'ai perdu pied. Mais nous avons réussi. Nous avons de nouveau arrêté l'apocalypse et sauvé l'humanité.
_ Et l'humanité était plus importante que nous tous ?
Castiel hocha la tête, plongeant ses yeux bleus dans ceux de Balthazar. Si seulement ce dernier pouvait comprendre.
_ Balthazar, s'il te plait. Je dois partir.
_ Je suis désolé Cas. Je ne peux pas te laisser filer.
_ Anna ? tenta alors Castiel en se tournant vers la jeune femme rousse qui avait attentivement suivi son discours.
_ Tu ne sais vraiment pas te défendre Castiel, fit-elle avec un sourire peiné.
Castiel sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes. Il savait que les mots n'étaient pas son fort. Il était un soldat, l'action était sa spécialité. Mais comme toujours, il devait essayer. S'il ne parvenait pas à convaincre les anges de le laisser partir, tout était perdu.
_ S'il vous plaît, écoutez-moi. Je ne sais pas quoi vous dire à part que je suis désolé de tout ce qu'il s'est passé. De tout ce qu'il vous est arrivé et de ce qu'est devenu le paradis. Ce n'est pas ce que je voulais. Mais vous devez me laisser partir ! Je ne suis pas mort. Pas vraiment. Je suis ici en mission. Je dois trouver Gabriel. Est-ce que quelqu'un peut m'aider ? S'il vous plaît !
_ Personne ne sait où est Gabriel, lui dit Anna. Et pourquoi as-tu besoin de lui ?
Ce fut Balthazar qui prit la parole.
_ Cas a encore fait des bêtises, l'humanité est encore en danger et ses amis les Winchester ont trouvé très intelligent de l'envoyer jusqu'ici pour demander l'aide de Gabriel.
Il éclata de rire avant de reprendre.
_ Quelle bande d'idiots ! Ils imaginaient vraiment que nous accueillerons Cas les bras ouverts ? Tu veux que je te dise mon pauvre Cas, ton petit copain s'est bien moqué de toi.
Castiel baissa la tête. Il n'aurait jamais le soutien de Balthazar et donc le soutien des autres anges. Il allait devoir se débrouiller par lui-même et donc s'enfuir. Même si pour cela, il lui fallait provoquer lui-même la bonne occasion.
_ Dean n'est pas mon petit copain, grogna-t-il entre ses dents. Et il était contre l'idée que je vienne ici.
Balthazar gloussa de nouveau.
_ Oh ! Comme c'est romantique...
Anna lui coupa la parole.
_ Cas, que ce passe-t-il ?
Et Cas lui parla des titans, de la plume de Gabriel et du talisman. Balthazar resta silencieux mais Anna hocha la tête tout au long de son histoire. Les autres anges autour d'eux écoutaient également attentivement. Lorsqu'il eut terminé, un long silence s'installa. Finalement, Anna le brisa.
_ C'était très courageux ou bien complètement irréfléchi de ta part de venir ici Cas. Mais malheureusement, nul ne sait où est Gabriel. Il a été l'un des premiers à arriver ici, peu après moi. Je l'ai croisé le jour de son arrivée. Il était très contrarié parce qu'il a découvert ici. Mais depuis je ne l'ai pas revu. Il n'aime pas se mêler aux autres, encore moins en cas de conflit. Et ici, ce n'est plus qu'une grande guerre entre les partisans de Raphaël et nous. Même si nous te libérons, je doute que tu puisses le trouver.
Castiel hocha la tête. Il se sentait presque démotivé. Si Anna lui disait la même chose que Balthazar, il était effectivement fort possible qu'il ne puisse jamais mettre la main sur Gabriel. Puis il pensa à Dean, à leur discussion sur le capot de l'Impala, à la sensation des doigts de Dean entre les siens. Et au fait qu'il l'attendait certainement avec impatience, là-bas, sur Terre, dans la petite maison de Garth et Kevin. Et cette pensée fit naître sur ses lèvres un demi- sourire.
_ Je le trouverai, assura-t-il.
_ Si nous te laissons partir, lui rappela Balthazar.
_ Balthazar ! le sermonna Anna. Laissons-le partir, il a une mission à remplir !
Autour d'eux, des voix de protestation s'élevèrent.
_ Ah ! fit Balthazar en levant le doigt. Je crois constater que tu es la seule ici à avoir été émue par le petit discours de notre ami Cas. Enfin entre groupies de Dean Winchester, je ne suis pas surpris.
_ Je ne suis pas une groupie de Dean Winchester, s'agaça Anna.
_ Tu as couché avec lui, lui rappela Balthazar.
_ Ca ne fait pas de moi une groupie. C'était un jeune homme agréable et intéressant, rien de plus. Je ne fonctionne pas uniquement grâce aux hormones de mon vaisseau, moi.
Elle eut un regard lourd pour Balthazar avant de reprendre la parole.
_ Nous nous sommes tous sacrifiés ici pour arrêter la folie de Lucifer et celle de Raphaël. Ce n'est pas pour laisser des créatures païennes prendre la relève. Aider Castiel c'est faire en sorte que notre sacrifice ne soit pas vain !
Balthazar ouvrit la bouche pour répliquer quand un ange vint se placer à ses côtés. L'espace d'un instant, Castiel espéra avoir trouvé un nouvel allié mais l'ange avait une toute autre nouvelle à annoncer.
_ Des émissaires de Raphaël sont en approche, fit-il d'une voix neutre. Ils ne sont que deux et ne paraissent pas hostiles.
Balthazar hocha la tête avant de le renvoyer à son poste d'un geste de la main.
_ Pas hostile mais méfions-nous quand même.
Il suivit le guetteur à travers la foule, en direction des nouveaux arrivants, laissant Castiel sous la surveillance d'Anna et des anges alentours. Au loin, deux silhouettes approchaient d'un pas tranquille. Castiel n'eut aucun mal à reconnaître Uriel, même à cette distance. La seconde lui était par contre complètement inconnue.
Autour de lui, il sentit les anges se mettre en position de défense. Même si les autres n'étaient que deux, il était possible qu'il s'agisse d'un piège et l'expérience leur avait appris à se méfier.
Tranquillement, comme s'ils ne se sentaient pas menacés le moins du monde, Uriel et le deuxième ange s'avancèrent vers Balthazar. Castiel s'attendait presque à voir Uriel s'enfoncer les mains dans les poches et se mettre à siffloter. Lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques pas, Uriel eut un sourire goguenard en observant la foule. Voyant loin au-dessus des têtes, il n'eut aucun mal à repérer Castiel, côte à côte avec Anna.
_ La fine équipe que voilà ! s'exclama-t-il. Comme ça les rumeurs disaient vrai. Castiel est enfin parmi nous.
Celui-ci eut envie de dire à son ancien co-équipier qu'il n'était pas vraiment mort mais il n'avait aucune intention de fournir des informations au clan de Raphaël. Il se contenta de hausser les épaules.
_ Et il est à nous, se sentit obligé de préciser Balthazar en croisant les bras sur sa poitrine dans un geste de défi.
Uriel lui fit les gros yeux.
_ Allons, allons Balthy, ne jouons pas à ça. Nous savons tous que tu l'as récupéré sur notre territoire.
Balthazar prit un air outré.
_ Quoi ? Moi ? Non ! Uriel, pour qui me prends-tu ?
_ Pour un sacré magouilleur de fils de pute.
Balthazar éclata de rire.
_ Bien dit mon frère ! lui fit-il remarquer.
Uriel s'avança d'un pas supplémentaire, les mains posées sur les hanches. Il s'était redressé et avait gonflé sa poitrine. Son regard avait perdu toute trace d'humour. Il était passé en mode guerrier.
_ Trêve de plaisanterie, reprit-il. Tu sais très bien qu'il est à nous. Rends-le nous.
_ Quoi ? Comme ça ? Tu crois aux miracles, Uriel !
_ Que veux-tu en échange du traître ?
Castiel avait suivi toute la conversation en silence mais il tiqua au mot traître. Surtout venant de la part d'Uriel, il trouvait ça un peu fort. Il fit un pas pour intervenir mais la main d'Anna se posa sur son bras. Elle le retint en arrière et il ravala sa colère. Elle avait raison, ce n'était probablement pas le moment d'envenimer la situation.
_ Combien Raphaël est-il prêt à payer, voilà la vraie question, répliqua Balthazar.
Uriel haussa les épaules.
_ Pas tant que ça. Il sait qu'il peut venir le reprendre quand il veut. Tu ferais mieux toi, d'annoncer un prix.
_ Uriel, Uriel, Uriel, fit Balthazar en secouant la tête. Tu crois vraiment que le bluff va marcher sur moi ?
_ Le bluff ? Quel bluff ?
A son tour, Balthazar se redressa le plus possible. Castiel avait vraiment l'impression d'assister à un combat de coqs.
_ Nous savons tous deux de quoi il s'agit, répondit-il très sûr de lui.
Uriel pencha la tête de côté.
_ Vraiment ? J'aurais pourtant cru que tu savais déjà ce que tu voulais, comme par exemple, la libération de tes compagnons prisonniers.
Balthazar lui sourit.
_ C'est une option à laquelle j'avais songé, effectivement. Mais ce n'est pas...
Uriel lui coupa la parole.
_ Et dans cette éventuelle tractation, veux-tu que nous incluions tes guetteurs que nous avons faits prisonniers il y a quelques minutes ?
Cette fois, Balthazar flancha.
_ Que...
Uriel claqua des doigts et tout autour d'eux des anges se matérialisèrent. Ils étaient suffisamment loin pour éviter que leurs silhouettes transparentes n'aient été visibles du groupe de Balthazar mais ils étaient surtout très nombreux. Raphaël n'avait pas hésité à sortir les grands moyens pour s'assurer la capture de Castiel.
_ Et maintenant ? demanda Uriel.
_ Va te faire foutre, répondit Balthazar en sortant sa lame.
Il n'allait pas se laisser intimider pour cette bande d'imbéciles, surtout pas sur son propre territoire.
Aussitôt, tous les membres de son groupe sortirent leurs armes et se mirent en position d'attaque. Castiel les imita, sa lame en moins, puisqu'il l'avait donnée à Dean. Mais il n'était pas prêt à se rendre, même s'il devait se battre à mains nues. Les anges d'Uriel se mirent à courir vers leur direction. La distance leur laissait heureusement le temps de s'organiser. Voyant Castiel désarmé, Anna se plaça devant lui.
_ Reste avec moi, lui donna-t-elle pour instruction.
Castiel opina.
Avant que le gros des troupes ne les submerge, Balthazar passa à l'attaque. Il fit mine de se jeter sur Uriel, qui fit un pas de côté, avant de se tourner avec son compagnon qui glapit de douleur quand la lame de Balthazar lui traversa le ventre.
Uriel gronda de rage et sortit son arme avant de se ruer vers Balthazar. Celui-ci esquiva d'un pas leste.
Pendant ce temps, un des hommes de Balthazar attrapa le compagnon d'Uriel et le chargea sur son épaule avant de s'enfoncer dans la foule.
_ Un prisonnier de guerre de plus, expliqua Anna à Castiel.
Celui-ci n'eut pas le temps de répondre que les autres débarquaient. Aussitôt un épais mur d'anges s'interposa entre eux et les combats. Les hommes de Balthazar n'avaient pas à cœur de défendre Castiel pour lui-même mais ils n'avaient aucune envie de donner satisfaction à Raphaël en le laissant récupérer l'ange renégat sans rien en échange.
Castiel passa de longues minutes à ne voir que les dos de ceux qui le défendaient, Anna toujours collée à lui en fidèle garde du corps.
Autour d'eux des cris déchiraient le silence. Les cris de douleur des blessés bien sûr mais aussi les cris de rage des guerriers frustrés par ce monde où il ne se passait rien. Ils défoulaient la colère de leur mort les uns sur les autres, dans cette dimension où plus rien ne pouvait les tuer.
Castiel se sentit mal d'être la source de tant de fureur et de désespoir.
_ Donne-moi ta lame, fit-il à Anna en tendant la main.
Elle secoua la tête.
_ Donne-moi ta lame ! répéta-t-il avec plus de véhémence.
_ Non !
_ Je dois régler ça moi-même, expliqua-t-il.
_ Non, répliqua-t-elle de nouveau. Tu dois nous faire confiance. Ce n'est pas la première fois que nous combattons les hommes de Raphaël. Nous savons ce que nous faisons. Toi, tu ne dois pas te faire prendre et mener à bien ta mission.
Castiel grinça des dents mais ne répondit pas. Il savait qu'Anna avait raison. Il était là pour une raison bien plus grande qu'une guerre fratricide sans vraiment de but ni d'intérêt.
A contrecœur, il approuva.
Balthazar apparut alors à leurs côtés. Il se tenait le flanc et était un peu pâlot.
_ Tout va bien ? lui demanda Anna.
Celui-ci hocha la tête.
_ Juste un léger coup de lame d'Uriel qui est arrivé par derrière comme le gros lâche qu'il est. Mais ce n'est qu'une petite égratignure. Dans quelques minutes, j'y retourne.
_ Je croyais que Raphaël n'était pas assez stupide pour vous attaquer sur votre propre territoire ? fit remarquer Castiel.
Balthazar gloussa.
_ Comme quoi il ne faut jamais sous-estimer la stupidité de l'adversaire. Ou alors, c'est que tu lui fais vraiment perdre la tête, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
Il vint ensuite se placer de l'autre côté de Castiel, scrutant la foule à la recherche d'un éventuel ennemi infiltré. Mais il constata avec fierté que ses troupes tenaient bon, même contre des adversaires aussi coriaces.
Ils bataillèrent de longues minutes. Les blessés étaient de plus en plus nombreux mais les cris s'amenuisaient au fur et à mesure que les combattants s'épuisaient. Et la situation devenait vraiment confuse pour Castiel alors que les armées se fondaient les unes dans les autres. Il ne savait pas qui appartenait à quel groupe mais il avait l'impression que les ennemis se rapprochaient de plus en plus. Balthazar et Anna le serraient de très près, leurs armes levées vers de potentielles menaces.
L'espace d'un instant, Castiel songea à récupérer la lame d'un des blessés mais lorsqu'il tenta de s'éloigner, Balthazar lui attrapa le bras.
_ Je dois pouvoir me défendre, lui fit Castiel.
Balthazar secoua la tête.
_ Je ne peux pas te laisser t'armer. Anna et moi te défendrons.
_ Je ne retournerai pas la lame contre toi, promit Castiel, ne comprenant que trop bien les inquiétudes de Balthazar.
Ce dernier se contenta de pouffer et resserra son emprise sur le bras de Castiel, de la main qui ne tenait pas son arme.
_ Reste près de nous, ajouta-t-il d'un ton qui ne permettait aucune protestation.
Castiel se plia aux ordres de Balthazar mais il accrut sa surveillance du champ de bataille. S'il pouvait profiter de la confusion générale pour s'enfuir, il le ferait. C'était un pari risqué au milieu de tant de soldats de Raphaël mais il ne pouvait pas se permettre de perdre plus de temps et le clan de Balthazar ne valait de toute façon pas vraiment mieux. Cependant, ça n'allait pas être chose aisée avec Balthazar lui encerclant le bras comme s'il avait lu dans ses pensées.
Soudain, une voix s'éleva en marge des combats. Pas un cri de douleur physique, plutôt un cri de désespoir.
_ Arrêtez ! Arrêtez !
Balthazar poussa un long soupir.
_ Il ne manquait plus que ceux-là, commenta-t-il, passablement agacé.
_ Qui est-ce ? demanda Castiel.
_ Les illuminés dont je te parlais. Ceux qui pensent que nous sommes ici pour méditer et blablabla !
Anna eut un regard sombre.
_ Arrête. Ils ne font de mal à personne et ce sont sans doute les plus sains d'entre nous.
_ S'ils sont si bien que ça, tu n'as qu'à les rejoindre.
Elle ne répondit pas.
_ Arrêtez ! supplia une nouvelle fois la voix.
Castiel se redressa le plus possible et entraperçut une forme au loin, se tenant toute proche des guerriers sans se mêler à eux.
_ S'il vous plaît, insista-t-il.
Uriel fut le premier à répondre aux supplications. D'un grand geste, il repoussa l'ange contre lequel il se battait et se tourna vers le nouvel arrivant.
_ Quoi ? Qu'est-ce que tu veux Samandriel ?
En attendant ce nom, Castiel frissonna. Encore un ange qui était mort directement par sa main. Et même s'il ne l'avait pas voulu, même s'il avait été manipulé, il était celui qui avait planté sa lame dans Samandriel alors que celui-ci avait toujours été de son côté.
_ Quand cesserez-vous avec cette guerre absurde ? demanda l'ange à l'apparence juvénile.
Uriel s'avança vers lui. Il boitait un peu, sans doute une blessure reçue au cours de la dernière bataille, mais il était bien plus imposant que Samandriel. Cependant, ce dernier ne faiblit pas.
_ Et quand commenceras-tu à t'occuper de tes affaires ? répliqua Uriel.
_ Ce sont mes affaires. Vos destins à tous sont mes affaires. Vous n'avez aucune raison de vous battre.
_ Nous avons toutes les raisons de nous battre. Cette fois plus encore que les autres.
_ Alors les rumeurs disaient vrai, reprit Samandriel. Castiel est ici.
Il scruta la foule à la recherche de l'ange mais Castiel rentra la tête dans les épaules. Il ne voulait pas voir une nouvelle fois la haine et le reproche dans le regard de l'ange dont il avait pris la vie.
_ Encore une fois, ce ne sont pas tes affaires, répéta Uriel.
_ Castiel est un des nôtres, répondit calmement Samandriel. Vous devriez le laisser venir avec nous.
Uriel éclata de rire.
_ Tu es sérieux ? Un des vôtres ?
Tout autour d'eux, les combats avaient cessé et chacun écoutait attentivement l'échange entre Uriel et Samandriel, côte à côte avec ceux qu'ils cherchaient à blesser un instant plus tôt.
_ Un des nôtres, confirma Samandriel. Castiel est le seul à avoir rempli sa mission, le seul à n'avoir jamais trahi notre père. Il a fait passer la survie de son ultime création, la Terre et les humains, avant tout le reste. C'est le seul à n'avoir jamais failli dans les épreuves. Et même si à vos yeux il a fait des erreurs, c'est grâce à lui que l'humanité est toujours en vie. Il est ce que nous aspirons à être en tant qu'anges.
Castiel sentit la chaire de poule lui remonter le long des bras. C'était une sensation qu'il n'avait que très peu expérimentée à part lorsqu'il était en présence de Dean. Mais le discours de Samandriel lui avait donné des frissons. Pour la première fois, quelqu'un paraissait comprendre les raisons de ses actions, bonnes ou mauvaises.
_ Mais il t'a tué ! cria une voix au loin.
_ Et je lui pardonne, répondit paisiblement Samandriel.
Castiel sentit des larmes lui monter aux yeux. Balthazar grogna à ses côtés.
_ Foutaises ! s'écria Uriel en giflant violemment Samandriel qui tomba lourdement au sol.
Ce coup sonna la reprise des combats. Aussi brusquement qu'ils s'étaient arrêtés, les assauts reprirent, ainsi que les cris et le bruit des lames s'entrechoquant. Castiel perdit Samandriel de vue mais il espérait qu'Uriel ne s'était pas défoulé sur le petit ange.
Frénétiquement il observa la foule et aperçut Uriel en plein combat avec l'ange qu'il avait délaissé juste avant l'intervention de Samandriel. Bien. Au moins, Samandriel avait pu s'enfuir.
Une forme se glissa alors auprès d'Anna qui sursauta et se retourna brusquement, son arme en l'air.
_ Doucement ! Ce n'est que moi ! fit Samandriel, les mains levées pour montrer qu'il n'était pas armé.
D'une façon ou d'une autre, il avait réussi à se glisser au milieu des combats jusqu'à eux. Anna baissa sa lame.
_ Castiel, fit Samandriel en se tournant vers lui. Il faut que tu viennes avec moi.
Castiel aurait voulu lui dire à quel point ses mots avaient compté pour lui mais il n'était pas très bon pour ça et il se contenta de pointer de la tête la main de Balthazar qui le tenait toujours fermement.
_ Je sais où trouver Gabriel, ajouta Samandriel à voix basse.
Aussitôt, Castiel se tourna vers son ex meilleur ami.
_ Balthazar, supplia-t-il.
Balthazar soupira longuement, pesamment, théâtralement. Son regard passa de Castiel à Samandriel puis de nouveau à Castiel. Deux paires de grands yeux bleus étaient fixées vers lui et attendaient, pleines d'espoir, qu'il libère Castiel.
_ Balthazar ! intervint à son tour Anna.
Celui-ci fit la moue et relâcha le bras de Castiel.
_ Je n'ai jamais pu dire non à tes beaux yeux Cas ! ajouta-t-il avec un sourire forcé. Maintenant va-t-en avant que les autres ne réalisent que je t'ai laissé filer.
_ Merci Balthazar, fit Castiel.
Il espérait mettre toute la reconnaissance dont il était capable dans ce simple mot.
Balthazar hocha la tête et lui fit signe de déguerpir.
_ Merci Anna, ajouta-t-il aussi, alors que Samandriel lui prenait à son tour le bras pour le guider à travers les corps pressés des combattants.
Castiel avait imaginé qu'il leur serait difficile de fuir. Qu'à peine en route, quelqu'un allait les repérer. Il se trompait. De toute évidence, Samandriel avait développé une certaine habilité dans l'art de la discrétion. Il savait exactement quels détours faire pour être cachés, comment passer discrètement à côté de groupes trop occupés à se battre pour les remarquer et où ressortir de la mêlée pour s'éloigner le plus rapidement possible. Castiel était admiratif. Samandriel aurait fait un parfait éclaireur sur le terrain.
Sans un mot, Castiel le suivit, la tête enfoncée dans les épaules, le dos courbé pour ne pas qu'on voit son visage. En peu de temps, ils étaient à la limite des combats et devant eux s'étendait le grand rien.
_ C'est maintenant que ça se complique, lui souffla Samandriel. Si nous allons assez vite, ils ne pourront pas nous rattraper même s'ils nous repèrent. Mais l'idéal serait quand même qu'ils nous repèrent le plus tard possible.
_ Que proposes-tu ?
_ Il n'y a pas grand-chose à faire à part se rendre translucide. Tu sais faire ça ?
Castiel secoua la tête. Samandriel eut une petite moue.
_ Je m'en doutais. C'est normal pour les nouveaux de ne pas encore avoir appris le truc. Essaie quand même.
Castiel grimaça. Il n'avait pas la moindre idée de comment s'y prendre. Puis il repensa au petit chemin qu'il avait créé. Peut-être qu'en s'imaginant transparent... Il ferma les yeux et se vit, petit à petit, perdre toutes ses couleurs. Le noir de ses cheveux. Le bleu de sa cravate et de ses yeux. Le rose de sa peau.
_ Ca marche ? demanda-t-il à Samandriel en ouvrant un œil.
Samandriel força un petit sourire.
_ Absolument pas, admit-il.
Castiel soupira.
_ Je ne sais vraiment pas comment faire, avoua-t-il.
Samandriel lui posa les deux mains sur les épaules et le regarda droit dans les yeux.
_ Il faut que tu te sentes disparaître. Il faut que ce que tu sais être toi soit englouti. Il faut que tu étioles l'essence de ton être. Trouve quelque chose, une situation, qui te donne envie de disparaître. Ce n'est pas très agréable mais ça marche.
Castiel réfléchit quelques secondes à ce qui pourrait lui donner envie de disparaître. La solution était tellement évidente. Il imagina un monde sans Dean. Un monde qu'il continuerait à protéger mais pour lequel il n'aurait plus aucun goût, ni aucun intérêt. Il s'imagina, jour après jour, parcourant la Terre, retrouvant le souvenir de Dean à chaque hamburger mangé, l'odeur de Dean dans chaque flaque d'huile de voiture, mais tout cela ne serait plus que des pensées furtives dans un océan de vide.
_ C'est pas mal ! fit Samandriel, le ramenant brusquement à la réalité.
Sursautant, il ouvrit les yeux et regarda ses mains. Elles étaient translucides mais elles reprenaient déjà de la couleur.
_ Concentre-toi ! s'écria Samandriel.
Castiel se força à retenir ce sentiment de vide aussi pénible soit-il et de nouveau ses mains disparurent. Il comprit ce que Balthazar voulait dire quand il lui avait avoué que ce n'était pas agréable de se sentir disparaître. C'était froid et oppressant. Et désespérant.
_ Allons-y, reprit Samandriel en lui touchant une nouvelle fois le bras.
Castiel opina et constata que son compagnon était lui aussi passé en mode camouflage. Le plus rapidement possible, ils s'éloignèrent du fracas des combats. Castiel s'attendait à chaque instant à ce qu'on les rattrape mais de toute évidence, la guerre et la violence occupaient bien trop les esprits. Nul ne prit garde aux deux silhouettes qui se fondaient dans l'immensité blanche.
Rapidement, ils ne furent plus que tous les deux et Samandriel reprit ses couleurs. Castiel fit de même, soulagé de pouvoir enfin se débarrasser de la sensation poisseuse de sa solitude.
_ Merci, fit Castiel alors qu'ils marchaient à présent en silence, côte à côte.
Samandriel eut l'air étonné.
_ Pour quoi donc ?
Castiel haussa les épaules. Samandriel avait tant fait pour lui cette dernière heure qu'il ne savait même pas par où commencer. Il hésita.
_ Pour... tout ? Pour m'avoir défendu tout à l'heure, pour m'avoir sauvé à la fois des griffes de Raphaël et de Balthazar.
Samandriel sourit paisiblement.
_ J'ai fait ce qui devait être fait, rien de plus. Nous avons pour philosophie de toujours faire ce qui est juste. Nous avions perdu cela de vue depuis trop longtemps.
Castiel opina. Il se mordit les lèvres. Il était un autre sujet qu'il souhaitait aborder mais il ne savait pas trop comment s'y prendre. Finalement, la méthode directe était probablement la meilleure.
_ Surtout merci de m'avoir pardonné.
Samandriel se tourna vers lui et l'observa longuement. Puis il lui posa une main amicale sur l'épaule.
_ Toi, tu ne t'es toujours pas pardonné ?
Castiel secoua la tête.
_ Tu as fait de mauvaises choses Castiel, mais toujours pour de bonnes raisons. Tu as été le seul ange à autant t'impliquer pour arrêter l'apocalypse, puis Raphaël, les Léviathans... Tu as mis ta vie en jeu à chaque fois pour protéger ce que notre père a créé. Tu es le seul à ne pas avoir oublié la vraie nature de notre mission.
_ Par ma faute le paradis a été détruit, lâcha Castiel dans un soupir.
_ Tu as fait des erreurs mais nous en avons fait plus encore et peut-être avons-nous mérité ce qui nous est arrivé.
_ Pas toi ! protesta Castiel.
_ Non, je parlais des anges en général. Notre nature guerrière a pris le pas sur notre nature divine. Et nous n'avons pas appris de nos erreurs. Encore aujourd'hui vois-tu comme bon nombre d'entre nous sont prêts à s'entredéchirer ? Il est temps que tu te pardonnes Castiel car nous, les anges, sommes plus responsables encore que toi de notre propre déchéance.
Incapable de parler, Castiel hocha fébrilement la tête. Il s'était senti tellement coupable toutes ces années. Il n'était pas encore prêt à se pardonner mais les paroles de Samandriel apaisaient quelque peu sa douleur.
_ Merci, bredouilla-t-il finalement.
Le sourire de l'ange se fit rayonnant.
_ Tu n'as pas à me remercier, je te donne tout simplement ma version de la vérité. Et crois-moi, bientôt, tout le monde t'aura pardonné. Balthazar et Uriel ont beau se moquer de nous, nos rangs grossissent jour après jour. Beaucoup d'anges sont fatigués de se battre et se tournent vers une autre voie, celle de la réflexion et de la rédemption. Comment crois-tu que j'ai été averti aussi vite de ta venue ici et de ta nouvelle mission ?
Castiel secoua la tête.
_ Nous sommes infiltrés dans leurs rangs, avoua Samandriel.
_ Anna ?
_ Et bien d'autres ! La fin de la guerre est proche. Je peux te le prédire.
Samandriel paraissait intimement persuadé de ce qu'il avançait et Castiel espérait qu'il avait raison.
_ Et tu sais vraiment où se trouve Gabriel ? demanda-t-il finalement.
Les autres l'avaient tellement découragé qu'il en était venu à penser que Samandriel avait avancé ce pion dans l'unique but de le convaincre de le suivre. Cependant, mentir ne paraissait pas être dans la nature du jeune ange. D'ailleurs, sans l'ombre d'une hésitation, celui-ci hocha la tête avec véhémence.
_ Bien sûr.
_ Mais comment ? On m'a dit que nul ne l'avait vu depuis des années.
_ Nul des clans de Raphaël ou Balthazar. Gabriel pense que Raphaël est un imbécile et que Balthazar est pompeux et théâtral, ce qui venant de Gabriel n'est pas rien, tu peux me croire. Et il n'a pas envie de se mêler de leurs petites querelles. Il pense qu'en tant qu'archange, on va le forcer à prendre partie, ce dont il n'a aucune envie. Alors il se cache. Mais nous, il vient nous parler de temps en temps. Il nous trouve, selon ses propres termes, rafraîchissants. Je n'ai jamais pu décider si c'était une insulte ou un compliment.
_ Je n'imaginais pas Gabriel adepte de la réflexion et de la rédemption, répondit Castiel.
_ Il ne l'est pas ! Il vit globalement dans son coin. Mais comme il nous trouve moins bêtes que les autres, il vient de temps en temps nous rendre visite, histoire de ne pas être complètement isolé. Même si son repère est bien aménagé.
_ Son repère ? s'enquit Castiel en regardant autour de lui.
Il n'y avait toujours que du blanc à perte de vue et Castiel ne comprenait pas comment on pouvait se faire un quelconque repère ici.
_ Nous y sommes presque, répondit Samandriel. Tu vas comprendre.
Ils marchèrent encore un peu lorsque Castiel repéra une silhouette. De loin, il supposa qu'il s'agissait de Gabriel, les attendant patiemment. Mais au fur et à mesure de leur approche, il réalisa que l'ange était bien trop imposant pour être Gabriel. Rapidement, il comprit qui il était. Il stoppa net. Samandriel lui attrapa le bras et le força à avancer.
_ Mais... protesta Castiel.
_ Fais-moi confiance, répondit Samandriel.
_ Zachariah ! cracha Castiel lorsqu'ils arrivèrent à destination.
L'ange hocha la tête.
_ Bonjour Castiel. C'est une vraie surprise de te revoir.
Castiel se tourna vers Samandriel.
_ Méfie-toi. Il est...
Calmement, Samandriel posa ses deux mains sur les épaules de Castiel et chercha son regard. Castiel ne trouva que paix et confiance dans les yeux du petit ange.
_ Ne t'en fais pas. Il est avec nous maintenant.
_ Que... balbutia Castiel.
Mais Zachariah lui coupa la parole.
_ J'en ai eu assez d'être manipulé. J'ai servi Michaël sans jamais fléchir et regarde où ça m'a mené. J'ai décidé de ne pas refaire la même erreur, que ce soit avec Raphaël ou Balthazar. J'ai pris du recule et j'ai repris mon destin en main.
Devant le silence de Castiel, il poursuivit.
_ Tout le monde a le droit à une deuxième chance Castiel.
Samandriel approuva avec enthousiasme.
_ Exactement ! Au fait, tu as pu le voir ?
Zachariah opina.
_ Oui. Il sait que Castiel est là et il est curieux de le rencontrer.
_ Bon, bon, bon ! C'est à toi de jouer maintenant Castiel. Nous te laissons ici. Continue tout droit dans la même direction et tu trouveras Gabriel.
_ Merci, fit de nouveau Castiel en tendant la main à Samandriel.
Ce dernier hésita. Le geste était tellement humain et il avait passé si peu de temps sur Terre qu'il lui était toujours un peu étranger. Après quelques secondes d'hésitation, il la saisit et la secoua timidement.
_ Tu n'as pas à me remercier. C'est moi qui te remercie. Nous avons tous tellement appris de tes actions. Reste toujours fidèle à tes idéaux.
_ Oui, répondit simplement Castiel en relâchant la main de Samandriel.
Zachariah ne le toucha pas mais eut un petit signe de tête dans sa direction.
_ J'espère que tu trouveras la paix que tu mérites Castiel, fit-il.
Castiel baissa les yeux. Puis les deux anges s'éloignèrent, le laissant seul. Il regarda autour de lui mais il ne vit aucune trace d'un quelconque repère, ni de Gabriel lui-même. Mais il savait pouvoir faire confiance à Samandriel, alors, il s'avança dans la direction que lui avait indiquée l'ange.
Il n'avait pas fait trois pas qu'un phénomène étrange se produisit. Il recula brusquement, surpris parce qu'il venait de se passer. Très lentement, il avança de nouveau son pied. Et avant que sa semelle n'ait pu toucher le sol, son pied disparut. Il releva la jambe. Son pied était toujours parfaitement attaché à sa jambe.
Castiel ferma les paupières, prit une profonde inspiration et l'élança en avant. Il sentit un vent froid frapper son visage puis il se retrouva dans un endroit bien plus chaud. Il rouvrit les yeux.
_ Cas ! Enfin ! Magnifiques chaussures ! Je me demandais combien de fois tu allais me les montrer avant d'enfin daigner me rejoindre !
Castiel regarda autour de lui. Il était à présent dans une vaste pièce richement fournie. Sur sa gauche trônait un grand buffet couvert de sucreries et de gâteaux. Sur sa droite, une piscine de pierres fumait, emplissant l'air de brume. Et face à lui se trouvait le plus grand canapé qu'il ait jamais vu, aussi large que moelleux et d'un rouge presque outrageant. En son centre, perdu au milieu des coussins, était lascivement allongé Gabriel, tout sourire.
_ Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? demanda Castiel, en faisant un pas supplémentaire dans l'antre de l'archange.
Il leva les yeux au ciel mais le plafond était complètement noir. Il ignorait d'où provenait la lumière qui éclairait cet endroit. Tout ici était parfaitement illogique.
_ Mon chez moi ! répondit avec enthousiasme Gabriel en sautant du canapé pour rejoindre Castiel. Tu ne pensais quand même pas que j'allais passer mes journées au milieu de rien comme les autres minables !
Castiel secoua la tête.
_ Je ne comprends pas. Je croyais qu'il était impossible de créer quoi que ce soit dans cet endroit. Balthazar m'a dit que personne n'avait réussi.
Gabriel éclata de rire.
_ Je te l'ai dit, ce sont des minables. Je joue à un tout autre niveau et...
Il agita un doigt sous le nez de Castiel.
_ ... n'oublie pas que j'étais un dieu de l'illusion ! Je suis complètement à mon aise ici ! Une toile blanche que je façonne à ma guise ! Et je ris de voir les autres errer à travers le grand rien ! Tu veux une bière ?
Castiel secoua la tête.
_ Je n'ai pas le temps pour ça. Je suis ici en mission.
Gabriel soupira, claqua des doigts et une bière apparut dans sa main. Il la décapsula d'un coup d'index et jeta la capsule en l'air. Elle disparut immédiatement. Il porta la bouteille à ses lèvres et but une longue gorgée avant de répondre.
_ C'est ce qu'on m'a dit. Tu es toujours tellement sérieux Cas. Oh... J'ai dit sérieux ? Excuse-moi, je voulais dire ennuyeux ! A défaut d'un terme plus grossier...
Castiel ne releva pas. Il n'était pas là pour écouter les sarcasmes de Gabriel. Il pouvait passer outre si ça lui permettait de gagner du temps. Il serra tout de même les poings avant de reprendre.
_ J'ai besoin de ton aide, expliqua-t-il calmement.
Gabriel gloussa. D'un pas dansant, il s'éloigna de Castiel en direction du buffet garni. Il posa la bière sur la table et attrapa une pomme d'amour. Il mordit dedans à pleines dents, le bruit du sucre craquant envahissant la pièce.
_ C'est aussi ce qu'on m'a dit. Mais pourquoi voudrais-je t'aider ? Aider les autres ne m'a jamais amené que des ennuis. Je suis bien ici ! J'ai tout ce qu'il me faut ! De la bonne nourriture, une piscine bien chaude, un sofa...
Castiel sortit le talisman de son manteau et le tendit vers Gabriel.
_ Je peux te ramener à la vie.
Gabriel jeta sa pomme à terre et s'avança à grands pas vers Castiel.
_ Il fallait le dire tout de suite ! Donne-moi ça !
_ Une fois rentré, il va falloir que tu...
Gabriel fit un grand geste impatient vers Castiel.
_ Oui, oui, tout ce que tu veux !
Et il attrapa le talisman, l'arrachant des doigts de Castiel. Aussitôt une lumière puissante envahit la pièce. Elle entoura Gabriel qui, de ses deux mains, serrait le talisman contre sa poitrine.
_ Ca marche, murmura-t-il. Ca marche !
Castiel se précipita vers lui.
_ Attends Gabriel ! Il faut que tu me ramènes !
La lumière, de plus en plus forte, l'obligea à fermer les yeux.
« *** »
Sam était assis à la table de la salle à manger, lisant avec ennui un recueil sur le mythe de Sleepy Hollow, lorsqu'un point de lumière se matérialisa à quelques mètres de lui. A la base, il s'était installé là pour discrètement veiller sur Dean, toujours prostré à terre, la main de Castiel dans la sienne. Mais son frère n'avait toujours pas bougé.
Lorsque la lumière était apparue, Sam avait bondi sur ses pieds.
_ Dean !
Immédiatement, Dean s'était retourné et avait ouvert de grands yeux. Ce qui n'était pas plus gros qu'une luciole quelques secondes auparavant avait maintenant la taille d'une balle de tennis et ne cessait de s'élargir.
_ Cas ! appela Dean, sans lâcher la main de l'ange.
En silence, ils regardèrent la lueur pousser et se déformer jusqu'à prendre la forme d'un corps humain. Puis ses traits se firent plus précis et ils n'eurent aucun mal à reconnaître Gabriel.
_ Il a réussi, fit Sam d'une voix pleine de respect.
_ Evidemment qu'il a réussi ! s'écria Dean, comme s'il n'avait jamais douté de Castiel.
Son emprise sur la main de l'ange s'était raffermie. Mais celle-ci restait froide.
Enfin la lumière pâlit, puis s'étiola dans toute la pièce avant de disparaître. Il ne restait plus, planté au milieu du salon de Garth, qu'un Gabriel parfaitement hilare.
_ Sammy ! Quelle bonne surprise ! Et quelle merveilleuse façon de revenir à la vie !
Sam serra les mâchoires et força un sourire. Du coin de l'œil, il observait Dean et le corps de Castiel, toujours parfaitement immobile.
_ Content de te revoir parmi nous, répondit-il d'une voix tendue.
Gabriel eut un grand rire joyeux.
_ Quelle merveilleuse équipe nous allons former ! s'esclaffa-t-il.
Au même moment, Dean avait lâché la main de Castiel pour maintenant le secouer de toutes ses forces.
_ Cas ! Cas ! Réponds-moi !
Gabriel se tourna vers Dean mais il n'eut même pas un regard pour Castiel.
_ Hey ! Deano ! Comment va ?
Dean se releva brusquement et fonça vers Gabriel.
_ Où est-il ! hurla-t-il.
Gabriel leva les sourcils.
_ Cas ! Où est-il ? répéta Dean.
Il souleva l'archange par le col mais la seule réaction de Gabriel fut une petite moue.
_ Tu ne l'as pas ramené ! Enflure ! Tu ne l'as pas ramené !
_ Moi aussi je suis ravi de te revoir Dean, répondit Gabriel.
Sam serait bien intervenu mais se mettre entre un archange et son frère furieux ne lui parut pas la meilleure des options. Il allait attendre que les choses s'enveniment vraiment avant se s'interposer.
_ Je vais te... grogna Dean entre ses dents.
_ Dean, fit une voix râpeuse derrière lui.
Aussitôt Dean lâcha Gabriel qui retomba sans grâce au sol puis il se retourna. Castiel avait ouvert les yeux. Dean sentit ses genoux faiblir.
(à suivre...)
