Chapitre 10

Regulus avait passé la nuit caché dans la cave d'un immeuble, à deux pas du cinéma. Il n'avait pas dormi, occupé à guetter les environs depuis l'étroit soupirail qui s'ouvrait à ras de rue, mais sans rien noter de particulier.

Il avait espéré tant qu'il avait pu que Sirius et Severus finiraient par apparaître. Il s'était dit que peut-être il leur avait été impossible de transplaner. Peut-être Rogue avait-il placer des mesures anti-transplanage sur le cinéma…

Mais avec le lever du jour, Regulus dut se rendre à l'évidence.

Harry dormait toujours, encore sous le coup de son sortilège. Regulus redoutait le moment où il se réveillerait. Il n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi l'enfant réagissait aussi négativement à sa présence. Le fait qu'il lui soit étranger n'expliquait pas tout. Après tout, Harry ne semblait pas particulièrement effrayé par Rogue, qu'il ne connaissait pas plus. Et pourtant, Rogue n'était pas franchement « avenant »… Non, c'était lui-même qui était en cause. Et c'était d'autant plus ennuyeux que Harry était à son entière charge, maintenant.

Comment réagirait Harry, lorsqu'il comprendrait que Sirius ne reviendrait pas – du moins, pas dans l'immédiat ? Lui qui avait dû renoncer à la présence rassurante de Lupin à la tombée de la nuit ?

Lupin… Regulus n'avait pas encore songé à lui. Mais qu'allait-il devenir, seul, là où Rogue l'avait laissé la veille ?

Et s'il parvenait à revenir à leur abri, qu'y trouverait-il ?

Severus avait dit qu'il l'avait laissé au nord, dans la forêt où ils avaient trouvé la fleur de sommeil… Même si cela réduisait un peu le champ des recherches, ce n'était pas suffisant pour que Regulus se mette à sa recherche. Surtout avec Harry sur les bras.

Non, il n'y avait qu'une seule chose qu'il puisse faire, maintenant. Retourner Place Grimmaurd. Et espérer que Sirius et Rogue le rejoignent là-bas.

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Scrimgeour referma la porte de la salle d'interrogatoire d'un coup de baguette, allant jusqu'à doubler les sorts de protection. Il était hors de question que Sirius Black s'échappe encore.

« Personne ne doit s'approcher de cette porte, c'est clair ? dit-il aux deux Aurors de garde.
- A-t-il parlé ? » demanda McPherson.

Il se tourna vers l'inspecteur. Apparemment, celui-ci avait dû passer le reste de la nuit à camper devant la porte de Black. Il avait les traits brouillés par la fatigue, et un regard fiévreux que Scrimgeour n'apprécia pas vraiment.

« Non, répondit-il cependant. Il affirme qu'il ne sait rien.
- Toujours le même refrain… marmonna l'inspecteur.
- Je vais faire une demande pour lui administrer du veritaserum.
- S'il a décidé de se taire, ce n'est pas le veritaserum qui le fera parler, contra McPherson.
- Je sais que l'usage du veritaserum n'est pas toujours très probant… Mais il est épuisé, et blessé. Sa résistance sera moindre.
- Vous ne connaissez pas Sirius Black. »

Les yeux de McPherson étaient particulièrement perçants. Pour la première fois, Scrimgeour se demanda vraiment pourquoi l'inspecteur haïssait tant le prisonnier. Sirius Black avait fait des choses monstrueuses, soit… Mais il ne différait pas tant des autres Mangemorts incarcérés à Azkaban. Curieusement, McPherson semblait faire de l'arrestation de Black une affaire personnelle…

Ce n'était pas spécialement la bonne attitude à avoir. Scrimgeour était persuadé que trop d'implication ne pouvait que nuire à la bonne marche des opérations. Et McPherson semblait déjà à la limite de la légalité…

« Black est à peine sorti de prison. En l'occurrence, je pense pouvoir le croire, lorsqu'il dit ignorer où le portoloin a conduit son frère et le petit Harry, déclara-t-il, d'un ton ferme. Je pense qu'il dit vrai lorsqu'il prétend que seul Rogue sait où ils sont à l'heure actuelle… Où en sont les recherches, concernant Rogue ? »

McPherson soupira, comme s'il abandonnait le sujet Sirius Black à regret. Pourtant, il se résigna à lui parler des découvertes de Julius et des mesures immédiates qu'il avait prises pour retrouver l'homme qui, selon toute vraisemblance, cachait la véritable apparence de Severus Rogue.

Au moins l'inspecteur était-il toujours aussi efficace. C'était l'un des Aurors les plus réactifs de toute la brigade, et ses initiatives, comme ses intuitions, étaient bien souvent excellentes. C'était bien là la raison pour laquelle Scrimgeour n'arrivait pas à se résoudre à l'éloigner pour quelque temps du Ministère. Il avait besoin des éclairs de génie de cet homme, de sa pugnacité.

Le tout était de le tenir éloigné de Sirius Black.

« Le portrait a-t-il été diffusé à la presse ?
- Non. J'attendais votre feu vert.
- Je vous le donne. Et informez la presse moldue également. McPherson… Je ne veux plus vous voir dans ce couloir. Suis-je clair ? »

Le regard de McPherson brilla soudainement d'un éclat de colère et de sauvagerie qui fit presque peur à Scrimgeour.

Il était dangereux. Cela ne faisait aucun doute.

Peut-être, finalement, que si Black se refusait toujours à parler, il pourrait être intéressant – utile – de laisser McPherson discuter un peu avec lui…

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Fudge avait décidé de s'en remettre totalement aux avis de Lucius Malefoy. L'homme, après tout, avait avancé des arguments fort convaincants. Et Cornelius n'avait jamais eu à se plaindre d'avoir collaboré avec lui.

N'était-ce pas grâce à son appui, qu'il était maintenant si bien placé sur l'échiquier politique ? Et en remerciement de quoi ? Pour lui avoir simplement permis d'échanger quelques mots avec Black avant son procès ?

Il se souvenait encore de ce jour : Malefoy débarquant dans son bureau et lui demandant de lui faciliter l'accès au prisonnier. Après tout, ils étaient parents par alliance, tous les deux, sa propre femme était aussi une Black…

Qu'un homme aussi fortuné et d'aussi bonne famille que Malefoy s'abaisse à lui demander un service avait flatté l'ego de Fudge. Il était prêt à accéder à sa demande, même sans la promesse d'appuis précieux en retour. Mais Malefoy s'était montré reconnaissant, et la cote de popularité de Fudge avait monté en flèche. Après quelques invitations à d'onéreux cocktails donnés au sein du manoir Malefoy, grâce à quelques mots subtilement glissés à telle ou telle personne, Fudge avait vu le regard des sorciers de la haute Société se tourner vers lui avec intérêt.

S'il y avait une seule personne capable de le sauver du déshonneur et de la banqueroute politique inhérente à l'emprisonnement presque inévitable d'Isabelle, c'était bien Malefoy. Il n'avait fallu que bien peu de temps, à Croupton, pour perdre tout crédit, après l'incarcération de son fils. Il n'en serait pas de même pour lui.

Il ne laisserait pas les sottises de sa fille ruiner son avenir.

Il avait fait passer une demande d'audience à la Ministre aussitôt de retour dans son bureau, et il lui fut répondu moins d'une heure plus tard que celle-ci l'attendait. Etre pressenti comme le futur Ministre de la Magie ouvrait bien des portes… Y compris celles les plus inaccessibles.

Millicent Bagnold était aussi impeccable que d'ordinaire, et rien, dans sa coiffure ou dans sa mise, n'indiquait qu'elle ait pu passer la nuit à s'inquiéter sur les problèmes posés par les évadés d'Azkaban. Mais Fudge n'était pas dupe. La Ministre s'était toujours montrée extrêmement concernées par tout ce qui touchait à la sécurité des Sorciers qui l'avaient élue. Sans doute ne s'était-elle même pas couchée…

« Cornelius… dit-elle, l'invitant à s'asseoir. Vous désiriez me voir… A propos de votre fille, je présume ? Scrimgeour m'a fait part de son incarcération. Il semble que les charges retenues contre elle soient vraiment sérieuses… »

Fudge ne répondit pas tout de suite. Il prit place sur la chaise qu'elle lui désignait et s'épongea le front. Il était épuisé, et anxieux. Mais ce n'était pas le moment de flancher.

« Madame la Ministre… Je sais que ma fille s'est mise dans une situation très difficile.
- Quoi qu'il en soit, je ne suis pas en mesure d'intercéder en sa faveur, de quelque façon que ce soit. »

La Ministre ne s'embarrassait jamais de fausses promesses. C'était cette attitude qui l'avait rendue si populaire, au moment où l'ascension du Seigneur des Ténèbres avait atteint son apogée, poussé par une nuée de mensonges et de trahisons.

« Non, je ne venais pas vous demander de faire libérer Isabelle… Je sais qu'elle a sans doute commis une faute, même si je suis persuadé qu'elle est loin d'être aussi coupable qu'on peut le croire… Mais je laisse ses juges en décider. Non, je venais vous parler de Sirius Black… »

Il laissa le silence s'établir entre eux. Au regard de la Ministre, il comprit qu'il avait réussi à capter son entière attention.

« Cet homme est un véritable danger pour la société, reprit-il finalement.
- Mais il a été repris.
- Oui. Mais pour combien de temps ? Sirius Black nous a prouvé qu'il était capable de se jouer des mesures les plus strictes prises contre lui, pour la sécurité de tous. J'ai parlé avec les Langues-de-plomb envoyés à Azkaban pour l'enquête. Apparemment, l'évasion des Black a été rendue possible grâce à un procédé de Magie Noire particulièrement obscur.
- J'ai eu leur rapport.
- A l'heure actuelle, il est impossible de garantir la sécurité de nos concitoyens contre la malveillance de Black. L'enfermer de nouveau à Azkaban n'est pas une alternative acceptable. »

La Ministre se pencha légèrement en avant, les sourcils froncés. Et Fudge ne sut pas si son discours lui adhérait ou non. Avait-il été assez persuasif ?

« Il n'y a qu'une chose, pour nous protéger tous de Black. Il faut le condamner au Baiser du Détraqueur. »

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« Je dois absolument parler à Sirius Black ! déclara Dumbledore, sans préambule, en refermant la porte du bureau de Scrimgeour.
- Bien le bonjour également, Dumbledore ! répliqua celui-ci, sèchement. C'est incroyable, le nombre de personne qui souhaite approcher ce fou dangereux !
- J'ai des questions à lui poser.
- Comme nous tous !
- Laissez-moi lui parler ! » insista Dumbledore.

Scrimgeour ne répondit pas tout de suite. Il se leva lentement de son fauteuil, étira ses membres dans un craquement sonore et posa un regard las sur son vis-à-vis.

« J'ai passé la nuit à l'interroger, dit-il finalement. Il prétend ne pas savoir où se trouve Harry Potter, si c'est ce que vous cherchez à obtenir de lui. Je suis presque – presque ! – persuadé qu'il dit la vérité.
- Il ne s'agit pas que de cela, Scrimgeour…
- Mmmmhhh… Vous espérez qu'il vous donnera des nouvelles de Lupin ? Vous êtes toujours persuadé de son innocence ?
- Comment Black a-t-il récupéré Harry ? Vous l'a-t-il dit ?
- Vous pensez qu'il a éliminé le loup-garou ? Ils sont de connivence ! Pourquoi ne pouvez-vous pas l'admettre ! »

Dumbledore secoua doucement la tête. Comment pouvait-il faire comprendre à cet homme qui était vraiment Remus Lupin ?

« Parce que je connais bien Lupin…
- Nous avons déjà eu une discussion similaire ! coupa Scrimgeour. Vous ne m'avez pas convaincu la dernière fois, et il se trouve que les événements me donnent raison, à ce qu'il semble.
- Je ne cherche pas à vous convaincre, je souhaite juste que vous permettiez de me rendre dans sa cellule pour l'interroger. En tête-à-tête.
- Rien que ça… ! »

Il y eut un nouveau silence. Dumbledore était un homme patient. Mais Harry était perdu, en danger, peut-être. Il n'avait pas de temps à perdre en palabres inutiles !

« Pourquoi tant de réticences, Scrimgeour ? Laissez-moi voir Sirius et prendre l'entière mesure de mes propres erreurs ! Et lorsque j'aurais eu mes réponses, je ne vous ennuierai plus ! »

Il accrocha le regard de l'homme en face de lui, résolu à ne pas le lâcher tant qu'il n'aurait pas obtenu l'accord demandé.

« Soit. Je vous laisse un quart d'heure. »

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Regulus repéra immédiatement les Aurors qui discutaient à quelques mètres du perron., et il admira presque avec quel naturel ils se comportaient. Ils pouvaient totalement passer pour des Moldus, contrairement à la sorcière qui les épiait, depuis l'autre côté de la rue.

Jamais une Moldue n'aurait enfilé une robe imitation peau de zèbre sur une paire de bas bleu électrique, et recouvert le tout d'une veste pelucheuse orange… Ni porté ce cabas mauve et ce curieux chapeau mou. Ou alors, elle aurait eu sacrément mauvais goût…

Non, c'était sûrement une sorcière.

Une simple curieuse ?

Plus vraisemblablement une journaliste. Regulus remarqua qu'elle tenait un petit calepin à spirale dans sa main aux longs ongles rouge vif.

Mais ce n'était pas la journaliste, qui inquiétait Regulus. Ni même les Aurors. Il y avait aussi des Mangemorts, qui guettaient sa maison. Il ne les avait pas vus, mais il sentait leur présence. De toute évidence, l'usage qu'il avait fait de la Magie Noire l'avait rendu extrêmement sensible à certaines résonances magiques…

Ce n'était pas spécialement réjouissant. Cela signifiait qu'il avait échoué à reprendre totalement le contrôle de lui-même. Une part de lui restait dans les ténèbres, et risquait fort de s'y complaire…

Il n'avait pas le temps pour des questions de cet ordre. Harry, qu'il tenait serré contre sa poitrine, commençait à s'agiter dans son sommeil. Bientôt, le sort qu'il lui avait lancé s'annulerait. Il était plus que conseillé qu'il soit à l'abri, au moment où l'enfant ouvrirait les yeux… et se remettrait à hurler, terrifié. Regulus ne se faisait pas d'illusion sur ce point.

Comment entrer dans la maison ? Il ne pouvait pas transplaner jusqu'à l'intérieur. Père avait garanti l'accès de sa demeure contre les intrusions de ce genre. Et d'ailleurs, il était à peu près sûr que les Aurors sur place avaient dressé leur propre barrière anti-transplanage.

En fait, il n'y avait qu'un seul moyen…

« Kreattur ! »

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Dumbledore adressa un petit signe à l'Auror qui lui tenait la porte et entra dans la cellule de Sirius Black.

Le jeune homme était tassé sur une chaise, apparemment épuisé. Dumbledore ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur, en voyant ce qu'il était devenu. Il avait encore le souvenir du jeune homme séduisant et plein de vie à qui il avait remis son diplôme de fin de cycle. Le meilleur ami de James Potter. Son meurtrier. Il avait encore du mal à s'y faire… Le Sirius Black qui lui faisait face maintenant n'était plus que l'ombre de lui-même : pâle, décharné, les traits tirés par la fatigue et quelque chose qui ressemblait fort à de l'angoisse. Dumbledore remarqua qu'il était blessé à une épaule. Personne ne s'était soucié de lui prodiguer quelques soins.

Lorsqu'il entra, Black leva les yeux sur lui et le regarda avec une réelle surprise.

« Professeur Dumbledore… » murmura-t-il, d'une voix rauque et cassée. Il battit des paupières, comme pour se ressaisir. Mais les mots qu'il prononça ensuite n'étaient pas ceux auxquels Dumbledore s'attendait.

« Les Mangemorts veulent faire du mal à Harry… »

Le tremblement de sa voix trahissait une telle angoisse qu'Albus se sentit désarçonné.

Sirius se souciait donc vraiment du petit… ?

« Où est-il, Sirius ? demanda-t-il simplement.
- Je ne sais pas. Il est avec Regulus…
- Que va lui faire Regulus ? »

Sirius fronça les sourcils, comme s'il ne comprenait pas vraiment le sens de la question.

« Est-ce que Regulus va lui faire du mal, Sirius ? insista le professeur.
- Non, bien sûr que non ! répliqua aussitôt le jeune homme.
- J'ai reçu une lettre de Remus… Où est Remus ? »

Les traits de Sirius s'affaissèrent un peu plus, trahissant subitement un réel chagrin.

« Il ne pouvait pas rester avec nous, à cause de la pleine lune… Je ne sais pas où il est, il n'y a que Rogue, qui sache…
- Vous ne lui avez pas fait de mal ?
- A Remus ?! »

Sirius semblait choqué par l'insinuation. Etait-il vraiment un aussi bon comédien ? « Mais il a réussi à tous nous duper par le passé… » songea Dumbledore.

« Bon sang, Professeur, comment pouvez-vous croire que je puisse faire du mal à Remus… ?! reprit Sirius, avec fougue. Comment pouvez-vous penser… »

Il se tut subitement, comme s'il réalisait brusquement quelque chose.

« Je n'ai pas trahi James. »

Dumbledore fronça les sourcils. Il ne pensait pas que Sirius essayerait de jouer sur ce registre.

« Ce n'est pas ce que tu as dit à ton procès, remarqua-il simplement.
- Je ne me souviens pas du procès, lâcha Sirius du bout des lèvres. Bon sang, Professeur, vous me connaissez, non ?! Vous pensez vraiment que je puisse être un Mangemort ?! James… – sa voix s'étrangla – James était mon meilleur ami… Je ne lui aurai jamais fait du mal ! Du moins… Pas de façon consciente…
- Tu cherches à me faire croire que tu as agi sous imperium ? demanda Dumbledore posément.
- Non. Ce n'est pas moi, qui ai trahi les Potter… J'ai juste convaincu James de faire confiance au traître qui les a perdu… »

Ses doigts se crispèrent sur la table devant lui. Dumbledore pouvait presque sentir la tension dans chacun des muscles du jeune homme, comme s'il se braquait contre une douleur immense qui l'aurait subitement envahi.

« Je suis innocent, Professeur… »

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Remus se recroquevilla sur lui-même, au pied d'un arbre. Une douleur lancinante parcourait ses membres fatigués et ses pieds étaient en sang. Il avait marché longtemps, courbé en deux, à la recherche de l'odeur familière du loup. Il avait dû à plusieurs reprises revenir sur ses pas, tant la piste était difficile à suivre. Et s'efforcer de ne pas céder au découragement.

C'était difficile. Il était persuadé, maintenant, que quelque chose de terrible avait dû se produire. Sirius ne l'aurait jamais laissé seul dans cette forêt. S'il n'était pas venu le chercher, c'était parce qu'on l'en avait empêché. Qui ? Rogue ? Ou pire ?

Au début, il s'était efforcé de penser que Sirius avait juste du mal à le retrouver. Il avait apparemment parcouru un long chemin à travers la forêt, depuis son transplanage de la veille. Mais à mesure que le temps s'écoulait, l'argument était de moins en moins convaincant. Sous sa forme animagus, Sirius était capable de retrouver sa trace à des kilomètres. S'il ne l'avait pas déjà rejoint, c'était parce qu'il n'était pas là, tout simplement.

Où était-il ?

Il se força à se relever. Il fallait absolument qu'il retrouve sa baguette. Sans elle, il n'aurait aucun moyen de quitter cette forêt. Aucun moyen de savoir ce qui était arrivé à Sirius et aux autres. Et à Harry.

Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Harry !

Il s'était remis tant bien que mal de la perte des Potter, de celle de Peter, et il avait appris à composer avec la « trahison » de Sirius… Mais il ne supporterait pas la disparition de Harry. Et il savait que Sirius, s'il était encore vivant, ne la supporterait pas non plus.

Non. Il ne devait pas penser à ce genre de chose. Sirius n'était pas mort. Et Harry allait bien. Il devait le croire.

Il se remit en route, péniblement.

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Dumbledore avec écouté soigneusement chaque mot tombé des lèvres pâles et desséchées de Sirius, traquant le plus petit signe de mensonge ou de duplicité. Mais le jeune homme parlait avec une simplicité déconcertante… touchante…

Sirius Black était innocent. C'était là le paramètre qui lui manquait pour tout comprendre, le seul qu'il n'avait pas osé envisager. Sirius innocent, Regulus cherchant à le sauver d'un sort qu'il ne méritait pas, et Remus… Remus qui courait retrouver son ami, pour lui confier son filleul…

Malgré tout, Dumbledore avait toujours du mal à caser Rogue dans le déroulement des choses. Il semblait tellement impossible que Severus ait tenté quoi que ce soit pour venir en aide à Black…

« Et Rogue a secondé votre évasion ? demanda-t-il encore.
- Mmmhhh… » lâcha Sirius du bout des lèvres.Il décroisa ses doigts osseux, balança un instant avant de reprendre la parole…

« Je ne lui fait pas confiance, Professeur… Lui porte la marque de Voldemort !
- Je sais. Et je sais qu'il n'est plus des leurs maintenant.
- Ah vraiment !
- Il vous a sortis de prison, Regulus et toi.
- Il veut savoir ce que cache Regulus. Regulus sait quelque chose à propos de Voldemort. Quelque chose d'important. Professeur, il ne faut pas que les Mangemorts mettent la main sur mon frère ! Et les Aurors… Ils sont prêts à tout pour le reprendre, ils lui ont tiré dessus alors qu'il tenait Harry dans ses bras… »

Dumbledore savait que Sirius avait raison. Les Aurors tireraient à vue plutôt que de laisser à Regulus la moindre possibilité de s'échapper.

Sirius se frotta les yeux. Il semblait sur le point de s'effondrer d'épuisement. Dumbledore savait que Scrimgeour avait passé la nuit à l'interroger, lui reposant sans cesse les mêmes questions…

« Plus que deux minutes, professeur ! lui lança la voix d'un Auror, au travers de la porte toujours fermée.
- Je vais essayer de faire rouvrir ton dossier, Sirius, déclara Dumbledore. Si tu es innocent, on doit pouvoir le prouver.
- Sans Peter, c'est inutile… Et apparemment, j'ai fait des aveux. Quoi que je ne m'en souvienne pas. Ce n'est pas moi qui suis important, professeur… Retrouver Regulus et Harry et protégez-les ! »

Les yeux gris du jeune homme s'accrochèrent à ceux du professeur, et celui-ci fut frappé d'y lire autant de détermination. Et il n'eut plus aucun doute : Sirius Black se souciait bien moins de lui-même que de la sauvegarde de Harry.