Hello à tous !

J'ai cru ne jamais y arriver, à le finir, ce chapitre ! (pardon, pardon, pardon...)

Chaque jour, une contrariété m'empêchant d'écrire... Il y a des semaines comme ça...

Soirée télé pour Milo et Camus dont les goûts diffèrent largement, soirée Scrabble pour Saori et ses mignons, nuit fatigante pour certains.

Shaka continue de dormir...

Saori se réveille trop tôt, et elle est donc de méchante humeur. Shaina ricane, ce qui énerve le Phénix.

Milo se voit forcé de grimper dans le Jet d'Athéna, laissant son Camus en de très bonnes mains.

Bonne lecture à tous !


Titre: Quand il faut y aller...

Couple: Milo x Camus

Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei.


Quand il faut y aller...

Camus, une fois le choc de la révélation bienveillante d'Athéna passé, décida peu courageusement de faire comme si de rien n'était.

Que Milo se soit mis en tête l'idée d'un mariage officiel, avec rituel, costume et tout le tralala ne l'enchantait point. Être rationnel et peu propice aux étalages de sentiments sucrés, le Verseau frémissait à la seule idée du visage poupin de la déesse se penchant sur leurs noces, accompagnée par tous leurs pairs malveillants et moqueurs.

Se faire baguer comme un pigeon de concours était la dernière chose au monde qu'il souhaitait. Leur vie à deux n'était-elle pas parfaite ainsi, sans contrat à clauses multiples ?

Évidemment, Milo risquait de revenir à la charge. Le Français était peut-être un romantique refoulé qui s'appliquait à cacher sa sensibilité, mais le Scorpion, lui, n'avait aucun complexe à étaler sa passion débordante devant les autres. Et lui qui serinait quotidiennement à Milo que le Scorpion nourrissait des rêves impossibles…

Non, impossible n'était pas Athéna.

- Hey, chouchou, allume la télé, c'est prêt ! cria le passionnel arachnide.

Le Verseau obtempéra, espérant que Milo n'aurait pas le cran de lui proposer ça. Refuser une demande en mariage de son Scorpion aux prunelles débordantes de miel liquide serait horriblement difficile.

Camus, décidé à jouer les pingouins s'enfonçant la tête dans un trou de banquise, tomba sur le journal de dix-neuf heures, et s'enroba les neurones des pires catastrophes.

- Flûte, mon cœur, change de chaîne ! râla le Scorpion, chargé d'un plateau bancal sur lequel s'entrechoquaient les assiettes et les verres heureusement vides.

Camus obtempéra, et Milo revint s'asseoir avec son cher coca-cola, ouvrant des yeux ronds sous le programme didactique français dégoté par son amoureux : il ne trouvait rien de passionnant à un documentaire intitulé " Les chemins de la noisette ".

- Je veux avoir une chance de manger avant ton film d'horreur, expliqua fermement le Verseau, suave.

- Okay, se résigna le bouillant Grec, entamant sa pizza avec gourmandise sinon élégance et propreté.

Si le Verseau ne mangea pas encore de façon satisfaisante, cela fut uniquement imputable à la manière de cuisiner particulière à Milo. Les fish-sticks étaient presque brûlés à l'extérieur, mais encore froids à l'intérieur, et le Scorpion tira une bouille contrariée devant les chipots de son homme, qui dépiauta méticuleusement le poisson à moitié congelé de sa gangue de chapelure noire.

- Tu veux de la pizza ? proposa humblement l'arachnide, car la sienne était cuite à point grâce au miracle technologique nommé four à micro-ondes.

- Je veux bien, agréa paresseusement le Français, être habile à se faire servir de temps à autre.

- Margherita, quatre fromages, Calzone ? se démena le mauvais cuisinier, bondi sur ses pieds véloces pour rattraper ses erreurs culinaires.

- Il n'y en a pas avec du thon, ou du saumon ? interrogea l'incorrigible amateur de poisson et de froid sibérien.

- Merde, toi alors ! Je vais voir.

A entendre les bruits, le magicien de l'eau et de la glace eut un vague soupçon que son petit ami était en train de foutre la moitié de ce que contenait le congélateur par terre, mais il avait faim et se tut.

- Ouais chouchou, il y en a une thon et anchois ! Je te la réchauffe tout de suite !

Camus frétilla d'un brin de gourmandise comme s'il était lui-même le thon nageant dans la mer avant d'être pêché, et Milo revint, radieux, pour se vautrer dans le canapé et éjecter sans pitié le documentaire au profit de publicités ciblées.

Le Scorpion ne tenait pas à en savoir davantage sur les chemins suivis par les noisettes pour arriver pilées sur ses glaces.


Kiki de l'Appendix arriva en vue du temple du Bouddha – être à l'allure faussement soyeuse qui avait séduit son maître par un tour maléfique du destin – vers l'heure du dîner, plaquant avec art et sournoiserie un air d'innocent du village sur sa petite figure malicieuse.

- Maître Mü ? osa prononcer Kiki, tâtant le terrain inondé d'un ton soumis.

Son professeur jaillit, traînant après lui un grand torchon grisâtre et mouillé.

- Ah, Kiki, te voilà !

- Que s'est-il passé Maître ? D'où vient toute cette eau ? interrogea naïvement le disciple, avec tant de candeur sincère dans ses petits yeux violets qu'on lui aurait donné le Bouddha sans confession.

- J'ai oublié le robinet de la cuisine hier soir, s'accusa à tort le Bélier.

- Oh ! Même les meilleurs commettent des erreurs, Maître, consola diaboliquement le petit roux, dansant d'un pied sur l'autre, faussement compatissant.

- Merci Kiki. Tout est à peu près en ordre, il n'y a plus qu'à attendre que l'humidité ne s'évapore… Viens dîner !

- Où est Shaka ? s'enquit prudemment le disciple.

- Il est un peu malade, retransposa Mü, dont les joues s'ornèrent de plaques roses.

- Oh ! réitéra Kiki.

Suivant son professeur, le gamin transforma subrepticement son sourire pur en rictus démoniaque. Maître Mü n'avait pas marché, ni même couru, mais s'était carrément téléporté.


Face aux publicités bourrées de messages subliminaux, qui toutes, tentaient de vous persuader d'acheter des choses dont vous n'aviez nul besoin, avec de l'argent que vous ne possédiez pas, pour frimer devant des gens que vous détestiez, Milo du Scorpion se montra parfaitement insupportable.

Camus, songeant que c'était sa dernière soirée avec son Scorpion chéri, se montra remarquablement inerte face au Grec, mais eut du mal.

Il parvint à ne rien dire quand Milo posa ses sandales remplies de sable sur la table basse – après tout c'était sa table de salon qu'il salissait.

Il parvint à se taire quand l'arachnide commenta de façon salace les atouts des femmes se compromettant dans des spots pour déodorants ou crèmes épilatoires, puis les fessiers potelés des mâles militant pour de l'after-shave de luxe – avoir un petit ami bisexuel n'avait pas que des avantages, la menace venant de deux côtés à la fois.

Il parvint encore à ne pas protester quand le Scorpion poissa sa précieuse chevelure lisse avec des lèvres ourlées de coca-cola, ni quand il lui prit fantaisie de nourrir son Verseau en lui donnant la becquée.

Le Français, dont on pouvait louer le self-control, ne craqua qu'au moment où Milo lui reprocha aigrement de laisser les croûtes de la pizza dans son assiette, et de vraiment jouer les anorexiques.

- L'anorexie est une maladie presque exclusivement féminine, Milo, dévoila-t-il en être cultivé. Plus de quatre-vingt-dix pour cents des cas…

- Tu dois être dans les dix pour cents restants ! en conclut le Scorpion, logique.

- C'est un truc d'adolescentes obsédées de leur poids. Je te dis que c'est une maladie de filles, bon sang, grincha Camus, irrité par la naïveté de son amant - Athéna lui faisait vraiment avaler n'importe quelles couleuvres.

- Justement, pointa le Grec, avec un total manque d'instinct de survie.

- Justement ? répéta de manière incrédule le Maître des Glaces. Justement ?

- Euh, s'enferra le huitième gardien, qui avait encore dévoilé sans le vouloir ses pensées machistes les plus profondes. Euh, non, je… ça veut rien dire… je…

- Tu ferais bien de tourner ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler, émit doucereusement le Verseau, ses prunelles veloutées réduites à deux fentes.

- Oui ! Je peux la tourner dans ta bouche, ma langue, aussi, rit nerveusement le Scorpion, dans une minable tentative d'humour, craignant la congélation express.

- N'en parlons plus, l'acquitta le onzième Chevalier d'Or, fidèle malgré son énervement à l'idée ambitieuse de ne pas gâcher leur dernière soirée.

Mais parfois, il pensait que son bien aimé Grec était irrécupérable sur certains sujets.

- Bon, euh, et tu ne vas pas la finir alors ? osa reprendre le Scorpion. Ça te fera pas lourd dans l'estomac, ça…

- Je n'ai jamais mangé la croûte des pizzas, révéla nonchalamment Le Français, être d'habitude.

- Et tes parents ne te disaient rien ? fit l'arachnide, se sucrant d'un nouveau verre de coca, dans lequel Camus fabriqua serviablement quelques glaçons.

- Je n'y avais pas droit très souvent, à ce genre de nourriture.

- Moi j'ai eu droit qu'à ça, soupira Milo. Quand j'avais à bouffer !

- Mon pauvre Milo, s'attendrit le Verseau, entourant son petit copain de ses bras aimants, ne remarquant point l'éclat victorieux de l'œil clair du Scorpion, très doué pour se faire plaindre et cajoler.

- Tu vas manger des chips et du pop-corn alors, hein ? suggéra Milo, dans une belle tentative pour faire s'épaissir l'homme de sa vie.

- Milo, le tança l'iceberg du Sanctuaire. Milo, tu crois vraiment avoir la moindre chance de me convertir à ton régime alimentaire malsain et déstructuré ?

- Euh… On fait un deal, chouchou, proposa le Grec. Je te laisse fumer pendant le film, mais tu bouffes des chips avec moi.

Au milieu de ces âpres négociations, le trio de choc de la Chevalerie d'Athéna passa sans y avoir été invité, négligeant de prendre en compte le cosmos agressif de Milo.

- Ouh, on venait te dire au revoir, Milo, commença Aphrodite d'un ton sucré, ramenant ses boucles turquoise en arrière d'un geste séducteur bien travaillé.

- Oui, parce qu'on se lèvera pas à huit heures du mat' pour toi, informa avec moins de camaraderie DeathMask, un rictus flamboyant sur son visage tanné.

- Tu vas nous manquer, continua l'ex-Dragon des Mers. On s'amuse bien avec toi !

- Tu veux venir jouer aux cartes chez Angie ? proposa sans une once de réflexion le douzième gardien.

- Je reste avec mon Camus, refusa rudement le Scorpion, s'enfouissant davantage dans le giron de son petit ami.

- C'est vrai, deux semaines sans sexe, ce sera une première pour toi ! se marra le Cancer, hilare. Tu dois faire des réserves !

- Je suis resté plus d'un an sans sexe, signala le Grec, dont le nez commençait imperceptiblement à se retrousser d'agacement.

- Toi ? clamèrent en même temps les trois commères et le Verseau.

Vexé qu'on le prenne pour un obsédé sexuel, alors que tout son comportement passé avait dévoilé sans fard ses appétits charnels, Milo croisa les bras et capta le regard sidéré de son amant.

- Après ta mort, Camus, j'ai été incapable de toucher quelqu'un d'autre, fit-il, vibrant de sincérité. J'avoue avoir cherché l'aventure facile comme avant pour combler le vide, mais je n'ai jamais réussi à te tromper. Je me suis toujours sauvé au moment crucial…

- Milo ! s'émut malgré lui le Français.

Dégoûtés de tant de sentimentalisme, les trois golds se sauvèrent rapidement, laissant Camus et Milo s'étreindre avec émotion.

Ces deux zigotos là devenaient irrécupérables, pire que sur leurs photos compromettantes, décidèrent-ils


Shun d'Andromède passa une soirée qui fut pour lui pure pénitence : Ikki du Phénix ne le lâcha plus, au sens physique du terme, et maintint un bras musclé, hâlé, fraternel, sur les épaules claires de son cadet, le convainquant qu'il n'avait pas le choix et devait participer à la partie de Scrabble proposée imprudemment par Saori au petit groupe privilégié de sa Chevalerie : Shion le Grand Pope, Saga le Petit Pope, Seiya, co-directeur du Sanctuaire, et les quatre bronzes devenus divins.

S'insérèrent de force Dokho de la Balance, vétéran de guerre, Shunreï à la demande de Shiryu, et Seika que son jeune frère supplia de rester, pour qu'il ait la joie d'être installé entre les deux femmes de sa vie.

Groupé de force en équipe avec son cher frère, Shun ne put qu'admirer son petit copain de très loin, soit à cinquante-deux centimètres en face de lui.


Mü avait donné à manger à son disciple, l'avait envoyé se coucher, et transporta aimablement son virginal amant dans son lit. Les produits psychotropes avaient visiblement un effet différent selon la personne, et pour Shaka, c'était dormir, dormir et encore dormir.

Victime d'une légère migraine, et de petites courbatures rénales, le Bélier sombra dans un repos bien mérité.


Camus cessa de croquer des chips au sel à la seconde où le générique grinçant et glauque du film d'horreur de termina, ouvrant le bal pour les choses sérieuses. Quelques litres d'hémoglobine plus tard, Milo, radieux, avait terminé le premier paquet de la soirée, et mit la main sur le deuxième, son autre main occupée à caresser les cheveux du Verseau.

- Hé, chouchou, il est mieux que " Massacre à l'hôtel ", non ?

Mieux ? " Mieux " dans le sens de " pire ", oui, cela le Français était entièrement d'accord.

Verdissant sous les hurlements d'une victime torturée ignoblement, Camus détourna son regard et cacha sa figure dans le cou tapissé de boucles bleues de son petit ami, se posant des questions sur la bonne santé de son état mental. Milo avait eu cette facette d'assassin se repaissant de la faiblesse de ses victimes, soit, mais quand même…

- Tu as vraiment un côté malsain, Milo, osa-t-il critiquer. Comment un être normalement constitué, même un guerrier au service d'Athéna, peut-il se délecter de toute cette violence gratuite ?

Surpris et ennuyé, le Scorpion embrassa le front de son amant, réfléchissant à ses motivations.

- Je ne sais pas, finit-il par répondre. C'est juste un film, pour moi. C'est pas réel. Depuis ma naissance j'ai vu tant d'horreurs en vrai que ces films ne me font rien…

Un hurlement redoublé fit sursauter le Français, qui abandonna la conversation pour s'installer confortablement la nuque sur les genoux de Milo, et rouvrir stoïquement " Guerre et Paix ", laissant le Grec s'abreuver de sang et de coca-cola.


Shiryu étira un sourire purement intellectuel : malgré l'universalité du Scrabble en anglais, il avait réussi à placer un mot de sept lettres le propulsant à la première place.

Toujours mauvaise perdante, la Déesse de la Sagesse tapa du poing sur la table, projetant ses propres lettres dans le désordre, manquant de renverser la tasse de thé offerte par Shunreï par dessus le tout.

- Par Papa, Seiya ! Nous sommes en train de perdre !

Songeant cyniquement que cela était logique, Shun fila un coup de pied " involontaire " à Ikki, usant de son autre pied pour se glisser vers les jambières retrouvées du Cygne.

Dokho bâilla, Shion déplaça une lettre, Seika en piocha trois, son co-équipier Saga paraissant avoir la cervelle occupée à tout autre chose.

La petite Chinoise reprit sept lettres d'un coup, laissant filtrer pendant deux secondes un sourire empreint de rosserie discrète vis à vis de la réincarnation d'Athéna.

Son Dragon était le plus intelligent du lot.


Au Temple du Scorpion, le film d'horreur avait été vers les vingt et une heures abandonné au profit d'un essai de Kama Sûtra dans le canapé, Milo ayant décidé de suivre le conseil vicieux d'Angelo du Cancer et de prendre de l'avance, histoire de supporter quinze jours d'abstinence sans autre compagnie que l'activité de son poignet bien entraîné.

Après ce premier round, Camus, le regard fauve, reprit le contrôle de la situation et entraîna Milo vers la chambre, tel le tigre de Sibérie tirant une proie vers sa caverne de glace.

Les amants passèrent peu raisonnablement la nuit à s'unir entre deux petites périodes de somnolence, ce qui allait d'abord faire sursauter Saga devant les petites lettres du Scrabble divin : à chaque nouvelle fusion de cosmos Scorpion/Verseau ou Verseau/Scorpion, le Petit Pope égarerait sa concentration.

Il finirait grand perdant de la lutte de cerveaux, défaite humiliante d'un personnage érudit face à un couple Athéna/Pégase.

Ensuite, l'union répétée du feu et de la glace l'empêcherait de dormir. Le repoussé se retournerait jusqu'à l'aube et la clôture définitive du festival des sens se déroulant au huitième temple, Milo ayant jeté son dernier baroud d'honneur en reprenant le fantasme de sa table de cuisine – il fallait bien s'occuper utilement en attendant que le café passe.

- De vrais lapins de garenne ! gémit le premier jumeau, déçu du visage épuisé que lui renvoyait son miroir.

- " Tu en ferais autant si tu avais Camus dans ton lit " susurra une voix malvenue, connue, redoutée.

Saga haussa les épaules, refusant de prendre en compte ce qu'il pensait être une hallucination auditive après sa nuit d'insomnie. Athéna l'avait sauvé, cela n'était pas un fait discutable !

" L'Autre ", était mort et enterré !


Milo but enfin son café, puis prit une douche, pendant qu'un Camus épuisé mais comblé plus qu'à fond préparait avec magnanimité le sac de voyage de son Scorpion adoré.

- Merci chouchou, fit l'arachnide, guettant avec anxiété la pendule qui marquait huit heures moins sept. T'es une.. Euh, tu es un ange !

Il se mordit la langue, car il avait encore failli gaffer en taxant Camus du qualificatif à la fois élogieux et machiste de " fée du logis ".

- Il faut y aller, mon Milo. Tu seras prudent face aux renégats ?

- C'est du petit gibier mon Camus, ne t'inquiète pas… le rassura le Scorpion, ravi que le Verseau se préoccupe de lui avec tant d'amour anxieux.

- " Milo du Scorpion, es-tu en route ? " tonna Athéna dans son esprit, la voix de la divine demoiselle rendue aigre par un réveil trop matinal pour ses habitudes.

- " J'arrive, Déesse Athéna ".

- Bon, quand il faut y aller, soupira le magicien de l'eau et de la glace, résigné.


Shaina, terminant sa garde de nuit, croisa le Phénix qui poussait Shun vers la table du petit-déjeuner, et elle se délesta d'un rire sardonique inexpliqué.

Comme piqué par la pointe de la chaîne d'Andromède, Ikki se retourna, furieux.

- Bordel, tu me cherches, Shaina ?

- Tu n'as pas le moindre intérêt, Ikki du Phénix, prononça placidement l'Italienne.

- Quoi ? s'ébaudit le Japonais.

- Je ne tiens pas à la volaille, badina l'Ophiucius, rayonnante de sauvagerie brute.

Shun osa se payer ouvertement de la tête de son aîné, ce qui poussa Ikki à calotter sèchement son précieux cadet.

- Ouille ! glapit Andromède, frottant son crâne teint en noir.

- Maudite femme, cracha l'asocial aux cheveux bleus, dardant un regard électrique sur le dos caressé de mèches vertes qui s'éloignait d'un pas alerte.

- Oh, Ikki, il paraît que les serpents étouffent les poulets, ricana Shun.

- Silence, Shun, et va te brosser les dents !

- Tu débloques, Ikki, nous n'avons pas encore mangé…

- Shun !

Le monde simple, épineux et brûlant de l'oiseau immortel se fissurait de plus en plus.


Athéna passa toutes les minutes entre sept et huit heures du matin à se congratuler de son incroyable sens du devoir.

Les paupières gonflées d'être allée dormir trop tard, d'avoir passé trop de temps à mignoter Pégase sous ses draps de soie – même si, grâce à l'intervention adroite de Camus, l'irréparable n'avait point encore été commis -, d'avoir subi une sonnerie ricanante de réveille-matin, sonnerie rouillée d'avoir trop peu servi, Saori se sentait dans la pire des humeurs possible sur l'éventail varié de ses possibilités.

A l'échelle d'un humain ordinaire, elle était donc en phase " mégère affligée de calculs biliaires ".

Seiya désamorça l'irritabilité de sa divine petite amie, avec le courage incroyable qu'il manifestait en face d'ennemis assoiffés de sang. Il embrassa Saori, l'inonda de compliments sur sa belle mine, et lui rapporta des croissants tout frais volés aux cuisines pour apaiser sa première fringale. Presque calmée, la jeune personne se maquilla rapidement, et cria mentalement après le Petit Pope insomniaque.

Saga accourut, pimpant et rasé de frais, le sourire pepsodent malgré sa nuit de veille forcée.

- Nous pouvons y aller, décida la réincarnation, passant son bras droit sous celui de son Chevalier servant, et le gauche sous celui de Saga.

Radieux d'anticipation, le premier jumeau commença à raconter une blague trop fine pour sa jeune déesse, mais que Saori salua de grands éclats de rire comme si elle la comprenait.

Le trio sourit chacun à sa façon – victorieuse, sadique, niaise - en apercevant la blancheur du Jet privé luire au faible soleil matinal, et le couple maudit du Sanctuaire qui se tenait sagement par la main, en attente de leur destin.

- Bonjour, mes Chevaliers, salua Saori, suave, parfumée, sa bouche pulpeuse retenant des gros bâillements.

- Bonjour, Déesse Athéna, répondirent en chœur et sans enthousiasme les deux golds, maussades devant leur empêcheuse de se câliner en rond.

- Salut les copains ! brailla Pégase, amical malgré sa fatigue et l'état de tension nerveuse qui était le sien depuis son réveil aux côtés d'une bombe divine à retardement.

- Bonjour, mon cher Camus, fit d'un ton ourlé de mélasse le Petit Pope.

- 'lut, marmotta très peu courtoisement la victime devant son presque-violeur/attoucheur-certain de la veille.

- Vous marchez de travers tous les deux, remarqua Saori, la prunelle finaude, ce qui fit glousser Seiya entre deux bâillements et grimacer Saga, qui en partit dans de terribles interrogations qui n'avaient pas encore lieu d'être.

Par Athéna, songea le jumeau numéro un dépité, il n'aurait jamais pensé que Camus… Le Petit Pope croyait ferme en la légende tenace et injustifiée du Sanctuaire voyant le Scorpion hâbleur comme le dominant, et cette optique convenait à ses vues, le mature et charismatique Saga ne s'imaginant en dessous de personne, au sens à la fois large et réduit du terme.

Sous le rosissement des amoureux et les rires adolescents d'Athéna, l'ex-traître avide de pouvoir mal acquis prit fermement la résolution de partir sur de saines bases en amenant son ange des glaces à être enfermé amoureusement dans le rôle exclusif du passif, ce qui était totalement surréaliste puisque Camus rejetait déjà farouchement l'idée même de quitter son cher Milo pour sa gracieuse gémellité.

- Saga, mon Petit Pope, tu rêves ? piailla Saori, souriante.

- Ouais, ça tu rêves mon vieux, grinça le huitième gardien, en se massant discrètement le postérieur. Mon Camus dans ton lit de coincé, tu oublies !

- Je ne suis pas coincé, protesta l'aîné des golds. Je suis sensuel, raffiné, pas un barbare aux copulations rapides et brutales comme toi !

- Milo me convient parfaitement, trouva le moyen de glisser froidement le Verseau au milieu des hurlements grecs du Scorpion et des criailleries grondeuses de la déesse.

- Saga, s'en mêla soudain Pégase, tu as osé prononcer un terme vulgaire devant ma Saori ! Excuse-toi ou meurs !

Saori porta ses mains soignées à sa bouche maquillée, le canasson volant enfla son cosmos bleu et prit une menaçante position d'attaque, le Petit Pope oublia sa toge encombrante pour ouvrir un petit espace-temps déformé au bout de ses longs doigts, Milo laissa tomber son sac, allongea son index écarlate, persista dans ses erreurs en se postant courageusement devant Camus, et Camus, impassible, calma efficacement tout le petit monde d'une simple bouffée agressive de cosmos froid.

- Iiikkkkkk ! grelotta la réincarnation d'Athéna en ce monde, qui virait au bleu.

- Du calme, trancha glacialement le onzième gardien.

- Bonne initiative, Camus du Verseau, daigna louer Athéna reprenant son teint rose.

Saori Kido se montrait toujours reconnaissante pour qui épargnait des prises de risques au cheval volant, son cher fiancé servant.

- Il est huit heures ! signala le Japonais à tout hasard pour désamorcer le conflit, et complaire à Saori.

- Ah ! se réjouit la divinité. Grimpe dans mon Jet, Milo.

- Athéna, encore une minute ! geignit l'arachnide, suppliant tel le condamné devant la guillotine.

- Soit, dis au revoir à ton petit ami, et en route !

- Nous nous occuperons bien de Camus, roucoula suavement le Petit Pope, qui avait sa propre notion de " s'occuper " du jeune Verseau.

Le Français aurait aimé un adieu digne et retenu sous les trois paires d'yeux anthracite, jade et marron qui les guignaient avec curiosité, malveillance, stupidité, mais Milo rompit les digues de sa pudeur pour étreindre l'homme de sa vie dans des pinces passionnées, tout l'en embrassant avec un désespoir échevelé.

Milo resta glué à Camus trois minutes et quarante et une secondes, jusqu'à ce qu'Athéna toussote d'agacement, pas attendrie pour un cheveu mauve par la scène.

- Monte dans cet avion, Milo du Scorpion ! Ne tente pas ma patience !

Surtout que Saori Kido ne possédait pas une once de patience.

- Vas-y, Milo, souffla impérativement Camus, inquiet de l'irritation perçant dans la voix de soprano de sa divinité. Courage !

- Sois prudent avec Saga, hein ! Ne fume pas ! Prends bien tes médicaments ! Et les piqûres ! Et mange assez ! Et… débita anxieusement le Grec entre deux reniflements.

- J'ai vingt-trois ans en février, je suis un grand garçon Milo.

- Tiens, alors tu as menti au brigadier français ? s'avisa hors de propos le Scorpion. Tu lui as dis à la Gendarmerie que tu avais vingt-trois ans et...

- Pour quelques mois... Je me suis trompé dans ce contexte horriblement embarrassant... Toi aussi tu as dit vingt-trois ans, nous ne sommes pas encore en novembre !

- Je t'ai suivi machinalement... Que de souvenirs, fit Milo, béat, rêveur, lambin...

- Milo ! claqua la tonalité acidulée d'Athéna, qui voyait se profiler le danger de deux Chevaliers amoureux repartis dans leur propre monde.

- Allez, mon, Milo, je te contacte ce soir par télépathie…

- Bien sûr que non, Camus, assena victorieusement la Déesse de la Sagesse.

- Pardon ? s'effara le Français.

- Ben oui, où serait la punition si vous pouviez communiquer par télépathie ? justifia angéliquement Athéna.

Atterrés, les amants déglutirent douloureusement sous le sourire sadique de leur patronne divine, qui déploya son beau cosmos doré pour bloquer les capacités de transmission de pensée du Chevalier du Scorpion..

- Voilà, je serai la seule à pouvoir communiquer avec toi, Chevalier. Si tu es en danger, je le sentirai et…

Pendant le long discours d'autosatisfaction de Saori, le Verseau se sentit de moins en moins en confiance : la demoiselle si réceptive n'avait pas reniflé une seconde le danger de mort couru par Milo, cet horrible soir où le Scorpion s'était retrouvé aux Urgences pour cause d'allergie foudroyante aux moules. Il ne pouvait que compter sur son instinct amoureux propre, et le lien étrange qui permettait à son amant de savoir quand un danger le guettait.

Et le danger, présentement pour le Maître des Glaces, c'était la toge immaculée et les ondulations azurées des cheveux de Saga.

Le Scorpion traîna lentement une carapace courbée et des pinces réticentes dans le sable, et grimpa enfin dans le confort de l'avion personnel de Saori. La porte se referma d'un coup sec et lugubre, et les moteurs ronronnèrent.

Triste mais n'en montrant rien, planté fièrement dans le sable des arènes comme une stalagmite sur le sol d'une grotte, Camus du Verseau vit décoller le Jet privé de Saori Kido, emportant son petit ami vers un volcan inhospitalier.

Athéna cessa d'agiter sa main, Seiya son mouchoir quadrillé de bleu, Saga sa patte baguée, et tous se retournèrent sur le membre du couple qui restait en leur compagnie.

Camus émit un embryon de sourire crispé, décidé à retourner dans le temple de Milo, mais la céleste réincarnation lui barrât le passage, irradiante de sympathie maternelle.

- As-tu bien pris tes comprimés avec ton petit-déjeuner, Camus du Verseau ?

- Je n'ai pas pris de petit-déjeuner, fit sèchement Camus.

- Quoi ? s'indigna Saori, mains sur ses hanches, en position de matrone. Mais tu es incorrigible ! Je t'invite à ma table, Chevalier, suis-moi !

- Non, merci de cet honneur, Déesse Athéna, mais non, déclina poliment Camus.

La divinité avança le menton, traduisant une intention menaçante.

- Tu n'as pas bien compris le sens du mot " invitation ", siffla-t-elle.

- Et bien, sans vouloir mettre en doute vos capacités en vocabulaire, Altesse, pour moi une invitation implique nécessairement la possibilité de refus.

- Je possède mon propre vocabulaire, Camus, et tu ferais bien de l'apprendre. Suis-moi !

- Ouais, allons manger ! hennit le cheval volant, radieux de vivre.

Traîné d'une main impérieuse par l'adolescente, poussé dans le dos par Saga, Pégase lui claquant du sabot sur l'épaule, le Français se prépara psychologiquement à deux semaines de torture.

Sa vie allait être un enfer…