Merci pour vos reviews. J'aime lire vos réactions et constater que mes idées vous plaisent.
Du coup, voici le chapitre 10 avec 2 jours d'avance. J'espère qu'il vous plaira tout autant.
Bonne lecture ! et je vous attends pour vos impressions !
Faded…
Disclaimer : Les personnages appartiennent à S. Meyer, je ne fais que jouer un peu avec eux.
(BPOV)
-Alors, qu'en dis-tu, Bella ? me demanda Alice de sa voix si emplie de joie, me sortant de mes pensées sombres en ce mardi matin.
Je relevai les yeux et croisai mon reflet dans la psyché installée dans ma chambre. Alice avait réussi à rattraper ma tentative de coupe faite dans l'urgence juste avant ma fuite. Après un shampooing et un soin, elle s'était escrimée durant une bonne heure avec sa paire de ciseaux, ses brosses, son sèche-cheveux et sa trousse de maquillage. A mon grand désarroi car derrière sa gentille proposition de s'occuper un peu de moi, je n'y voyais que de la pitié envers la pauvre Izzie déchue de son piédestal. Mais malgré cette sensation, j'avais pris sur moi, sachant pertinemment qu'Alice n'était pas comme cela. De plus, les filles avaient semblé tellement enthousiastes à cette idée la veille au soir que je ne pouvais refuser et les blesser. Et puis, je devais réapprendre à vivre « en communauté ».
Ils m'avaient aidée. Ils m'aidaient encore. Et je savais depuis qu'Edward m'avait retrouvée au beau milieu de mon box, qu'ils m'aideraient encore. Je ne pouvais empêcher mon cerveau de ressasser encore et encore tous mes soucis, mais pour eux, je me devais au moins de me remettre debout. Ou tout du moins d'essayer. Alors, je faisais tout mon possible pour faire taire les petites voix qui tentaient de m'enfoncer dans ma tristesse et ma dépression en participant à la vie de l'appartement.
L'image renvoyée par le miroir me surprit. Le résultat, il fallait le reconnaitre, était plutôt réussi. Je n'avais plus fait attention à moi depuis le Mexique, laissant mes cheveux vivre leur vie comme ils le voulaient, ne les coupant que sommairement lorsqu'ils étaient bien trop abîmés. Alors, me voir là, dans ce miroir, avec un brushing plutôt réussi qui faisait briller mes cheveux et un teint légèrement travaillé fut un choc pour moi.
-Tu vois, si on les discipline bien, on peut cacher ta cicatrice, même si tu as coupé plutôt court. me dit Alice.
Mais je ne l'écoutai pas, m'approchant du miroir tout en passant mon doigt sur ma cicatrice camouflée par le fond de teint et la poudre appliqués par Alice. Elle était toujours là, oui, mais elle n'était plus aussi rouge. Alice avait rapidement retravaillé la ligne de mes sourcils et avait appliqué un peu de fard irisé sur mes paupières, remettant ainsi en avant mon regard d'une manière très naturelle. J'avais du mal à me reconnaitre dans le miroir et touchai du bout des doigts la psyché pour être certaine que c'était bien mon reflet. Comment cette jeune femme avec un visage plutôt joli pouvait être moi ? Dans mon esprit, j'étais à des années-lumière de cette image que me renvoyait ce satané miroir.
-Je sais que ça doit être difficile, Bella, mais c'est toi. me dit doucement Alice en se plaçant juste derrière moi pour que je puisse la regarder grâce au miroir.
-Je me sens tellement loin de cette femme qui est là. répondis-je dans un chuchotement en pointant le reflet.
-ça va revenir Bella. On est là, avec toi, désormais. Ça va revenir. tenta-t-elle de me rassurer mais je ne pus m'empêcher de verser une larme.
La remarquant, Alice passa son bras autour de mes épaules et se serra contre mon dos, tentant de me rassurer. Je devais me reprendre. Je devais essayer de passer au-dessus de tout cela. Car, comme Alice me le répétait dans mon oreille pendant que je pleurais, je n'étais plus seule désormais.
Les parents d'Edward étaient repartis hier, accompagnés des parents de Jasper qui étaient venus jusqu'à L.A. à la demande de leur fils après mon arrivée fracassante en fin de semaine dernière. Les parents de Jasper étaient des avocats d'affaires réputés et leur fils avait souhaité leur expertise quant à ma situation financière. Nous avions donc passé une partie de la journée du dimanche à parler de mon dossier, après un déjeuner avec Emmett, Rosalie et Sam puisque tout le monde vivait dans le même immeuble. Alors que les filles et Esmée s'étaient éclipsées vers la cuisine pour officiellement « préparer le café et quelques douceurs », j'avais enfin osé attraper la liasse de documents qui résumait ma vie. En réalité, j'avais compris que les filles souhaitaient m'épargner le stress de devoir tout raconter devant un nombre conséquent de personnes. J'avais dû expliquer aux parents de Jasper le rôle que jouait Charlie lorsqu'il était mon agent : les négociations de contrats, les contrats de sponsoring et de publicité, mes différents engagements rémunérés… J'avais reparlé de toutes mes années de gloire mais par le prisme des affaires et cela s'était avéré un peu moins difficile que je ne l'avais pensé. A chaque élément expliqué, je leur tendais les documents correspondants et les parents de Jasper les survolaient en silence tout en écoutant mes explications. J'avais bien entendu eu quelques moments plus difficiles, surtout lorsque j'avais dû aborder la saisie de ma villa et les annulations en cascades des contrats qui me liaient à certaines marques. Il y avait également eu ce passage, après une question précise du père de Jasper concernant les différents échéanciers de remboursement de mes dettes, où j'avais dû expliquer que chaque mois, je payais une toute petite part à chacun des membres de mon équipe de l'époque, dont Emmett… Ce dernier n'en revenait pas, me disant qu'il avait touché une somme unique il y a trois ans, venant d'une assurance professionnelle, à cause de la rupture de contrat et qu'il ne pensait pas que cela aurait pu être répercuté sur moi. J'avais juste souri à son constat mais n'avais rien dit de plus. Charlie avait vraiment tout mis sur mon dos alors que je lui faisais une confiance aveugle….et ces requins de la maison de disques n'avaient pas fait mieux…
Tout au long de cet « interrogatoire », Edward, Jasper et Emmett étaient restés à mes côtés. Je savais que ma situation n'allait pas s'arranger ainsi en un coup de baguette magique mais les voir si professionnels sur mon dossier m'avait en quelque sorte redonné un peu d'espoir. Peut-être allaient-ils réussir à négocier quelques reports pour ne pas m'accabler davantage alors que je n'avais plus aucun revenu…
-Bon, il va falloir que j'aille travailler. annonça Alice, me sortant de mes pensées. Les garçons rentreront vers 17h, ça ira ? me demanda-t-elle, de l'inquiétude dans le regard.
-Oui, Alice, ne t'en fais pas.
-Tu es certaine ? insista-t-elle.
-Alice, je serais là quand tu rentreras ce soir, je te le promets. la rassurai-je, ayant compris ce qui inquiétait ma nouvelle amie.
Certes, j'avais toujours dans un coin de la tête que la seule manière de laisser les Twilight tranquilles était de disparaitre. Mais actuellement, je me sentais bien trop lasse pour franchir le pas. Et puis je savais que si je quittais l'appartement, tout le groupe serait touché et je ne voulais pas affecter par la même occasion leur album en cours d'enregistrement. Ils m'avaient aidée, je ne pouvais pas les blesser…
Alice sonda mon regard quelques instants, y recherchant je ne sais quoi, et finit par acquiescer.
-Ok. Esmée a laissé quelques petites choses dans le réfrigérateur.
-Ne t'en fais pas, Alice, je sais encore prendre soin de moi. répondis-je en souriant.
-Bon, j'y vais. A ce soir, Bella. lança-t-elle en me faisant une bise sur la joue avant de quitter l'appartement.
En quelques secondes, tout redevint silencieux. Aucun bruit de l'extérieur ne filtrait, contrairement à mon bungalow. Et ce silence pourtant normal me mit mal à l'aise. Je me hâtai d'attraper un yaourt dans le réfrigérateur et revins m'installer sur le canapé avant d'allumer la télévision. Cette dernière n'avait pas été allumée depuis vendredi et je voulais savoir quelles proportions avait pris l'affaire « Izzie ». Je zappai quelques secondes avant de tomber sur une chaine people qui parlait justement de moi. J'écoutai avec attention ce qui était raconté et rien de plus n'avait été découvert. Bien entendu, quelques pseudos journalistes avaient fait le pied de grue devant mon ancien bungalow, filmant ainsi mon quartier et surtout Mike. Mon petit voisin avait eu un sourire jusqu'aux dents lorsque la journaliste l'avait approché pour le questionner mais dès qu'il avait su que cela me concernait, il s'était refermé comme une huitre, leur criant simplement que j'étais une personne très gentille qui avait toujours fait attention à lui et qu'il espérait que j'étais heureuse loin d'ici. J'avais versé quelques larmes devant l'image de Mike qui m'avait défendue à sa manière et me jurai de trouver un moyen de le remercier pour cela.
Après avoir revu pour la quatrième fois la façade de ma maison d'enfance puis la tombe en gros plan de Charlie, j'avais fini par éteindre le téléviseur, frustrée de ne pas savoir comment les journalistes avaient trouvé ma véritable identité et mon adresse.
J'aurais aimé avoir de quoi m'occuper les mains et l'esprit mais l'appartement était d'une propreté irréprochable, m'empêchant de me mettre au ménage. Alors, je repartis dans ma chambre. En entrant dans la pièce, mon regard tomba aussitôt sur mes cartons qui attendaient çà et là depuis que Sam et les garçons avaient tout remonté du garage, et je pris la décision de ranger mes affaires dans le dressing, à côté de celles qu'Esmée avait rangé pour moi vendredi.
Je déballai rapidement mon carton de livres ainsi que le sac de vêtements que j'avais choisis dans le box. Souhaitant pendre sur cintre l'un de mes longs manteaux de laine sombre, je dus écarter la housse Dior qui attendait toujours là alors que je l'avais offerte à Alice. Je la décrochai de la barre, avec pour objectif d'aller la pendre dans la chambre d'Alice et Jasper, mais une forme caractéristique apparut derrière, me faisant totalement oublier ce que je souhaitais faire. Sagement déposées contre la cloison en bois brillant, certainement par Jasper, je ne pouvais lâcher du regard mes housses de guitare. Ma main trembla lorsque je décidai d'ouvrir le coffret de ma dernière guitare de concert. Mais je poursuivis le geste et bientôt, je pus enfin reposer mes doigts sur les cordes, caresser l'arrondi de bois vernis,… me ramenant en arrière, à ces lointaines semaines, voilà un peu plus de quatre ans, où j'avais impatiemment attendu ma Gibson sur-mesure, pour laquelle j'avais choisi les essences de bois, la couleur des touches, la calligraphie de mon prénom en incrustation, le travail du cuir de la lanière, etc….
J'avais rêvé de cette guitare pendant des mois et lorsque je l'avais en main, plus rien autour n'existait. Pas même le public. Elle était ma seule amie à l'époque, à écouter mes craintes, mes espoirs, mes joies et mes peurs…Elle aurait certainement valu quelques milliers de dollars mais je n'avais pas pu me résoudre à la vendre. Tout comme mes autres guitares d'ailleurs. Elles étaient un prolongement de mes doigts, de mon cœur et de mon âme. J'avais bien entendu possédé d'autres guitares auxquelles j'étais attachée, puisqu'elles étaient ici également, mais celle-ci avait ce petit plus lorsque je faisais sonner ses cordes qui me tordait les tripes.
Alors, je m'assis à même le sol sans plus de cérémonie, serrant ma guitare contre moi et pleurai tout mon soûl.
Ce fut là qu'Emmett et les autres me trouvèrent à leur retour en fin d'après-midi. A peine la porte d'entrée franchie, ils m'avaient appelée mais je n'avais pas répondu aussitôt, occupée à jouer quelques ritournelles nostalgiques, assise dans le dressing, au beau milieu de tous mes cartons.
-Bella ! appela Emmett en franchissant la porte de ma chambre et en s'arrêtant au beau milieu, pile devant la porte ouverte du dressing. Ah, te voilà ! Tu m'as fait peur ! réagit-il.
Je perçus le soulagement dans sa voix et m'en voulus aussitôt de l'inquiéter autant.
-Elle est là, c'est bon ! cria-t-il, certainement à l'intention des autres. Je peux ? demanda-t-il plus doucement en me montrant le dressing.
-Bien sûr, Em'. répondis-je doucement, continuant à pincer les cordes sans plus prêter aucune attention à ce que mes doigts jouaient.
Jasper et Edward apparurent tout à coup dans l'embrasure de la porte :
-Salut Bella ! lancèrent-ils tous deux, du soulagement dans la voix.
-Salut les garçons. dis-je sans changer de position.
-on prend un café sur la terrasse si vous voulez vous joindre à nous. annonça Edward en me souriant.
-Je vais rester là un moment. répondit Emmett, ce à quoi les garçons acquiescèrent avant de disparaitre.
Emmett s'installa face à moi, souriant, malgré le voile d'inquiétude qui hantait ses pupilles.
-Je suis désolée de t'inquiéter ainsi, Em'. lui dis-je.
-Tout va bien…me répondit-il.
-Em', tu n'as jamais su mentir. le coupai-je. Et ton visage est un livre ouvert.
-contrairement à toi. Tu as toujours maitrisé cet art. opposa-t-il, un peu sèchement.
Cette remarque, fondée, on me l'avait souvent faite. Ne pas montrer ses émotions, ne pas laisser de prise à quelqu'un qui pourrait te blesser ensuite ou te mettre dans une situation embarrassante devant des milliers de gens. Montrer l'exemple. Sourire en toutes circonstances. Encourager les autres, même si au fond de vous, vous crevez de peur…oui, j'avais fait tout ça. Peut-être parce que j'avais connu la tristesse tôt dans ma vie en perdant ma mère. Certainement parce que j'avais été propulsée jeune adolescente sur le devant de la scène et étais devenue la « petite fiancée de l'Amérique », prise en modèle par des millions de jeunes et que le moindre de mes gestes avait été épié, décortiqué, analysé et reproduit. J'avais très tôt eu un poids certain sur les épaules…et mon père en avait profité pour en ajouter un complètement ingérable et inhumain
Mais là, énoncée ainsi par Emmett, je ne pus retenir mes larmes.
-Oh non, Iz'…ne pleure pas. s'affola-t-il en se déplaçant rapidement pour me prendre dans ses bras. Je ne voulais pas te faire pleurer…Iz'…pardon. s'excusa-t-il alors que ma guitare glissa et tomba au sol.
Je profitai de cette étreinte si chaude et sécurisante de mon batteur sans dire un mot et resserrai même les bras autour de son torse lorsqu'il voulut s'éloigner un peu.
Nous restâmes ainsi quelques minutes, silencieux, moi recroquevillée dans ses bras, lui, caressant doucement mon dos. Emmett allongea un bras pour attraper un livre déposé non loin de nous, et je reconnus alors l'album photo que j'avais placé dans mon colis. Emmett l'ouvrit sans dire un mot pour s'arrêter sur une photo de lui et moi, assis l'un contre l'autre dans le bus, ma tête sur son épaule, endormie.
-Notre seconde tournée ensemble. notai-je. Nous étions où ?
-dans le Tennessee, quelque part entre Memphis et Nashville.
-J'espère que cette photo ne t'a pas apporté d'ennuis avec Rosalie. m'inquiétai-je aussitôt.
-Non, ne t'en fais pas. Elle savait parfaitement qu'avec cette histoire de harceleur, tu ne te sentais plus qu'en sécurité à côté de moi.
Et oui, c'était aussi cela la célébrité…les fans qui attendent au bas de ton hôtel toute la nuit, les milliers de lettres demandant un autographe ou m'offrant un dessin ou une peluche, les paparazzis…et les fous persuadés que vous leur êtes envoyée par Dieu et qu'ils doivent à tout prix vous libérer…J'avais vécu cela…au début, ce n'était que des lettres menaçantes ou des bouquets de fleurs envoyés dans mes loges accompagnés d'un mot « Ne t'inquiète pas Izzie…je viens bientôt te délivrer ». Beaucoup, moi y compris, avait ri, comparant cela au film Bodyguard… Puis, ça avait pris de l'ampleur jusqu'à ce fameux soir où il avait réussi à atteindre le bord de la scène et à se hisser dessus avant de se faire plaquer au sol par l'équipe de sécurité…A ce souvenir, je frissonnai un peu, ce qu'Emmett sentit aussitôt.
-Je suis désolé de ne pas avoir été là, Iz…je t'avais promis que plus rien ne t'arriverait et…
-j'ai eu tellement peur, Em'…tellement peur…murmurai-je. Et puis ensuite, j'avais tellement honte. J'aurais dû avoir le courage de vous appeler pour vous expliquer la situation…mais je ne savais plus quoi faire. J'étais perdue…et je le suis encore…expliquai-je.
-On va s'occuper de ça, je te le promets. Tu n'es plus seule, Iz'. me coupa-t-il en me reprenant dans ses bras puissants.
Après quelques minutes, je me remis correctement et attrapai l'album photo pour en tourner les pages avec Emmett. Je tombai sur la série de photos prises par Léah, tout au long d'une de mes tournées.
-Comment vont-ils ? Tu as encore des contacts avec eux ? demandai-je à Emmett en pointant du doigt Embry et Quil.
-Quil tourne toujours. En ce moment, il bosse avec Maroon 5. On s'appelle de temps en temps.
-Et Embry et Léah ? demandai-je, curieuse.
-Embry a arrêté pour s'occuper de sa mère. Je ne sais pas trop ce qu'il fait désormais. Leah…s'interrompit-il, me cachant quelque chose.
-Et Leah ? répétai-je, un peu plus sèchement que je ne le pensais.
Au fond de moi, j'avais une mauvaise impression. Et l'attitude d'Emmett ces dernières secondes ne faisait que m'inquiéter davantage.
-Leah est décédée, chérie. me dit-il doucement en attrapant ma main. Elle s'est suicidée voilà deux bonnes années désormais.
-suicidée ? Leah ? répétai-je, choquée. Mais, elle était tellement heureuse d'aller voir sa mère avec Embry quand je suis partie au Mexiq…c'est à cause de moi, c'est ça ?
-Leah était très sensible et tu étais son idole…rentrer chez sa mère a été difficile pour elle. dit-il en choisissant ses mots.
-Elle s'est suicidée par ma faute…elle a cru que je l'abandonnais…Oh mon Dieu…soufflai-je, totalement horrifiée. Embry doit m'en vouloir…
-Non Iz. Ce n'est pas ta faute. Elle était entourée, ses frères et sa mère étaient là. Elle a juste fait son choix. Et si tu veux attribuer la faute à quelqu'un, c'est à ton père qu'il faut le faire. Puisque tout cela est arrivé à cause de lui. me coupa Emmett en attrapant férocement mes mains dans les siennes.
-Il n'est plus mon père. Je…Pour moi, jamais un parent ne devrait agir ainsi avec ses enfants. Ils peuvent se tromper, c'est humain, mais ça… Au final, je n'étais que sa vache à lait et il ne voyait qu'en mon argent. M'a-t-il seulement aimé pour moi et pas pour les dollars que je représentais ? Il n'a même pas pensé une seconde que fricoter avec ces types allaient forcément être dangereux et nous coûter la vie. Il y a d'ailleurs laissé la sienne et….n'en parlons plus s'il te plait…stoppai-je en sentant des sanglots monter dans ma gorge.
Emmett ne répondit rien et se contenta de me serrer de nouveau contre lui.
Ce fut la sonnette de l'interphone, annonçant un visiteur, qui nous sépara.
-C'est Tanya. me renseigna Emmett. Elle doit faire une mise au point avec les gars à propos du studio. Tu veux venir ?
-Non. Je vais rester là et terminer mon rangement. déclinai-je, ne souhaitant pas revoir tout de suite Tanya.
Je n'avais aucunement peur d'elle et de ses réparties auxquelles j'étais plus qu'habituée depuis le début de ma carrière mais je devais lui montrer que je ne voulais en aucune manière m'immiscer dans le groupe. Emmett m'embrassa furtivement sur le front, se leva et s'éclipsa de ma chambre tandis que je reprenais mon rangement.
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(EPOV)
La journée au studio me parut étrange. Dans un sens, cela faisait du bien de reprendre les enregistrements mais, d'un autre côté, je ne pouvais m'empêcher de penser à Bella, restée à l'appartement. Sera-t-elle encore là lorsque nous rentrerons ? Alice avait passé la matinée avec elle et nous avait assurés, lorsqu'elle avait appelé Jasper peu après 13h, que Bella serait bien là à notre retour en fin de journée. Secrètement, j'espérais qu'elle tiendrait suffisamment à nous - et à moi - pour ne pas s'enfuir de nouveau.
Dès notre arrivée au studio, Emmett avait couru vers le bureau de Jacob, prêt à le secouer comme un prunier pour avoir flanqué ainsi Bella à la rue. Mais le bureau était fermé et personne ne savait quand Black allait rentrer. Tanya avait téléphoné pour nous donner quelques informations quant au photographe choisi pour la couverture de l'album. Depuis que ma mère l'avait giflée, elle n'avait pas osé remettre un pied au loft, même si Esmée l'avait appelée juste avant son départ pour Seattle pour discuter un peu.
Le travail avec Demetri avança plutôt bien durant l'après-midi et nous faisions le chemin du retour heureux, discutant du planning du prochain weekend. Nous voulions aller passer quelques jours non loin de Santa Barbara, loin du tumulte incessant de Los Angelès, histoire de souffler un peu. Et nous espérions que cette sortie ferait plaisir à Isabella.
En arrivant à l'appartement, Emmett ne put s'empêcher d'appeler immédiatement Isabella lorsqu'il se rendit compte que le salon et la cuisine étaient vides de toute présence. Cette constatation nous crispa aussitôt et je ne pus retenir mon soupir de soulagement lorsqu'Emmett nous annonça de sa voix forte qu'elle était avec lui, dans sa chambre. Aussitôt, je me dirigeai vers celle-ci, talonné par Jasper. Et lorsque je vis Bella assise au beau milieu de son dressing, sa guitare dans les bras, un poids s'ôta de mes épaules. Elle était restée.
Je leur proposai de prendre un café sur la terrasse mais je compris aussitôt au regard d'Emmett qu'il souhaitait parler à notre amie en tête à tête.
Jasper et moi nous installâmes alors, un café à la main, sur l'un des nombreux sièges installés par ma mère lorsque nous avions acheté le loft.
-ça va, Ed' ? me demanda Jasper. Je t'ai senti un peu absent toute la journée.
-ça va. Je pensais juste…
-tu avais peur qu'elle ne soit de nouveau partie. me coupa-t-il.
J'acquiesçai sans ajouter un mot. Jasper avait toujours été bon pour percevoir les sentiments des autres.
-C'est une possibilité mais je crois qu'elle ne le fera pas. Je pense que sa dernière tentative était plus un appel au secours. Et nous y avons répondu. S'il y a bien une chose que nous avions immédiatement remarqué sur le plateau d'X Factor, c'était sa loyauté et son dévouement. Alors, je suis prêt à mettre ma main à couper qu'elle ne nous fera plus un coup de ce genre. Et puis désormais, elle t'a toi. ajouta-t-il.
-Elle nous a nous tous ! Et surtout Emmett. répliquai-je, gêné par cette dernière phrase.
Jasper laissa planer un silence de quelques secondes avant de reprendre la parole :
-Si tu veux…oui, nous sommes tous là, avec elle. dit-il, son sourire moqueur en coin.
Mais je n'eus pas le temps de discuter plus, coupé par la sonnerie de l'interphone. Tanya. Je levai les yeux vers Jasper, incertain quant à la réaction de Bella face à notre manager. J'espérais juste qu'Emmett avait eu le temps de la prévenir… n'allait-elle pas fuir de nouveau si Tanya décochait une de ses phrases acerbes ?
-ça va aller. Bella ne fuira plus, je le sens. me rassura Jasper avant de rentrer dans l'appartement pour ouvrir à notre manager.
Quelques secondes plus tard, Jazz et Tanya firent leur entrée sur la terrasse, suivis de près par Emmett. Seul. Je questionnai Emmett du regard et celui-ci approcha pour me dire du bout des lèvres qu'Isabella préférait rester dans sa chambre, avant de prendre un siège pour s'asseoir pile en face de Tanya. Emmett ne faisait pas partie à proprement parlé de notre groupe et n'avait aucun pouvoir de décision mais nous aimions l'associer à nos réunions auxquelles il participait, toujours silencieux, ne nous donnant son avis que si nous ne le questionnons. Tanya avait rapidement dû s'habituer à cela lorsqu'Emmett était devenu un véritable ami et ne s'étonnait plus de sa présence. Notre manager sortit un paquet de photos qu'elle étala sur la table et prit un siège.
-Isabella n'est pas là ? commença Tanya de but en blanc.
-Je te préviens Tanya, je sais que je n'ai pas mon mot à dire pendant ces réunions mais si un seul mot déplacé à propos de Bella s'échappe de tes lèvres, je n'hésiterai pas à remplacer Esmée. répliqua aussitôt Emmett d'une voix horriblement calme.
-Non, Emmett, je…je voudrais m'excuser. Je n'avais pas à réagir ainsi, ce n'était pas professionnel. balbutia Tanya qui avait légèrement pali.
-En effet, ça faisait plutôt pétasse hollywoodienne, un peu comme ta cousine. rétorqua-t-il aussitôt.
-Ne me compare surtout pas à elle. J'ai fait une erreur et ça ne se reproduira pas. dit-elle sèchement, faisant sourire notre batteur.
Tanya détestait qu'on la compare à cette mégère d'Irina. Elles se côtoyaient un peu. Forcément. Le monde de L.A. était tellement petit. Tanya nous avait avoué qu'elle aurait pu couper les ponts avec Irina mais continuer à la voir de temps à autre était un bon moyen pour la surveiller et indirectement, surveiller la presse people.
Je fis un petit signe à Jasper, lui indiquant ainsi que j'allais voir Bella pour lui répéter les mots de Tanya et peut-être, la ramener avec nous. Après tout, cela serait des plus utiles par rapport à ce que nous souhaitions évoquer avec Tanya.
Je frappai quelques petits coups à la porte de la chambre de Bella, restée entrouverte et entrai pour trouver Bella affairée à vider ses cartons. A cette vue, mon cœur bondit dans ma poitrine. Si elle rangeait ses affaires ici, c'est qu'elle comptait rester avec nous quelques temps !
-Bonjour Edward. dit-elle doucement en se stoppant devant moi.
-Bonjour Bella. répondis-je en l'observant plus attentivement, notant qu'Alice avait mis sa patte sur la coiffure de la jeune femme. Cette coiffure te va très bien. poursuivis-je.
-Tu trouves ? Je…c'est un peu court, j'y suis allée trop fort et…bredouilla-t-elle en tirant un peu sur les mèches qui, désormais, cachaient à peine sa cicatrice.
Mais Alice avait également fait son tour de passe-passe avec sa trousse de maquillage et l'entaille était assez bien estompée pour ne pas attirer immédiatement le regard sur elle.
-Non, tu es très jolie ainsi. la coupai-je en levant bien malgré moi la main pour replacer la mèche qu'elle maltraitait derrière son oreille.
Sous mes doigts, je sentis Bella se raidir un peu, me faisant prendre conscience de mon geste qui m'était venu des plus naturellement.
-Vraiment très jolie. murmurai-je en retirant ma main alors que j'avais juste envie de caresser sa joue rougissante.
Bella chuchota un « merci », ses pupilles chocolat se relevant sur mon visage. Lorsqu'elle croisa mon regard, elle rougit un peu plus, me donnant envie de l'embrasser. Mais je me devais d'être patient. Et puis, j'étais encore incertain quant à ce qu'elle ressentait pour moi.
-Bella, Tanya est là et…dis-je alors pour reprendre un peu de contrôle sur la situation.
-Je ne…je ne veux pas vous déranger…
-Tanya voudrait s'excuser pour son comportement. révélai-je
Bella ouvrit des yeux ronds, étonnée de cette annonce.
-Elle a compris qu'elle était allée trop loin et qu'elle n'avait pas à te traiter ainsi. De l'extérieur, Tanya semble être une garce dépourvue de sentiments mais elle sait reconnaitre lorsqu'elle a eu tort. continuai-je.
Bella prit quelques secondes, me regardant en silence. Que pensait-elle à cet instant ?
- nous sommes sur la terrasse. repris-je en lui tendant la main, espérant qu'elle ne me suive.
-Non, Edward…je…je ne me sens pas prête à être de nouveau confrontée au milieu…refusa-t-elle d'une petite voix.
-Mais, il n'y a que nous, Bella et…
-je ne veux pas que tu penses que je suis en train de faire un caprice mais…je n'ai pas la force…je…il faut juste que je me prépare parce que me retrouver face à Tanya, pour moi, c'est me frotter de nouveau à tout ce monde qui m'a effacée et…je…balbutia-t-elle en se tordant les doigts nerveusement.
Je la stoppai en posant ma paume contre sa joue, lui faisant lever les yeux sur moi.
-Ce n'est pas grave, Darling. Je comprends. Tu viendras une prochaine fois, quand tu seras prête. la coupai-je alors que je la sentais tremblante sous mes doigts.
Elle esquissa un petit sourire, comme si elle était soulagée que je comprenne aussi rapidement. Je laissai ma main une ou deux secondes supplémentaires, profitant de ce toucher si spécial pour moi, et finis par récupérer ma main.
-Si tu as besoin, on est sur la terrasse. A tout à l'heure. lui dis-je avant de reculer de quelques pas pour sortir de la pièce.
Bella, elle, n'avait pas esquissé le moindre mouvement et avait baissé la tête et les épaules, comme fatiguée.
-Hé, Darling…je sais que ce n'est pas un caprice. Tu as toujours été la plus adulte de nous tous. ajoutai-je en lui faisant un clin d'œil alors que je passai la porte pour rejoindre les autres.
Je rejoignis les autres sur la terrasse, expliquant aux autres que Bella était occupée pour le moment, sans rien dévoiler de notre conversation.
Après nous avoir parlé pendant une bonne demi-heure du photographe choisi, de son projet et du déroulement de la prochaine séance photo, Tanya referma son dossier puis en ouvrit un autre. Elle parcourut rapidement deux ou trois pages, les retournant rapidement avant de les reposer et de s'adosser au fond de sa chaise, le visage soudainement plus fermé.
-Bon, les garçons, nous avons une décision rapide et très sérieuse à prendre pour votre carrière.
A mes côtés, Jasper se crispa tandis qu'Emmett, bien que resté silencieux, nous jeta un regard inquiet.
-Vous n'êtes pas sans savoir que l'album a pris du retard. Avec les…bouleversements de la semaine dernière, débuta Tanya en choisissant ses mots avec soin, nous avons 5 jours de retard sur les enregistrements voix et instruments. Ce n'est pas insurmontable et s'il n'y avait que ça, je n'aurais aucune crainte. Mais, ce qui me pose problème, c'est tout le travail de mixage de l'album…
-Demetri s'en sort assez bien, non ? intervint Jasper, surpris par notre agent.
-Oui, là n'est pas la question. Non, ce qui me chagrine, c'est l'absence de Black qui ralentit tout le travail. Il a laissé son studio en roue libre, sans aucune directive. Les ingénieurs son m'ont avoué que certains avaient déjà été approchés par d'autres studios qui leur offraient une prime conséquente pour les rejoindre.
-c'est vraiment un milieu de requins…soupirai-je tout en pensant à ce que Bella avait dû vivre face à ce milieu.
-Donc si Black ne réapparait pas rapidement, son studio coule, c'est ça ? éclaircit Jasper.
-Je tente de le joindre depuis plusieurs jours pour mettre les choses au clair avec lui mais impossible de le contacter. nous informa Tanya. J'ai été obligée d'en parler à la maison de disques et, après consultation de l'équipe juridique, il s'avère que nous avons une possibilité de casser le contrat avec son studio et de lui demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi. lâcha-t-elle, sérieuse.
J'observai Jazz puis Emmett, ne sachant pas vraiment quoi dire.
-Attend, attend, attend. Si j'ai bien compris, tu nous proposes de changer de studio d'enregistrement alors que l'album est presqu'entièrement enregistré ? demandai-je pour être certain d'avoir compris.
-C'est pas comme ça qu'on va récupérer notre retard…grogna Jasper.
-Mais ce connard de Jake crachera du pognon pour avoir osé se comporter ainsi avec Bella…nota Emmett d'un ton plutôt réjoui.
Moi aussi, je voulais faire payer Black pour ce qu'il avait fait à Bella mais l'avenir de notre album était en jeu.
-On ne peut pas se permettre de prendre trop de retard, les garçons. Si la date de sortie de l'album est décalée, on va devoir décaler votre campagne de promo et surtout repousser les dates de votre tournée. Et ça, ce n'est pas possible. Certaines grandes salles sont réservées depuis plusieurs semaines et on ne pourra pas retrouver d'aussi grands espaces comme ça. Et vous le savez, l'annulation couterait cher…La maison de disques a déjà trouvé deux autres studios qui pourraient vous accueillir et en plus, nous pouvons partir de chez Black avec nos bandes d'enregistrement. On ne prendrait donc aucun retard supplémentaire. répondit Tanya.
-Mais le boulot avec Demetri ? questionnai-je.
-On trouvera aussi bien que lui chez les autres. Les studios Push sont déjà prêts à nous dérouler le tapis rouge et on peut commencer le travail dès demain si vous le souhaitez. Ils acceptent même de démarcher Demetri pour cet album.
-Push ? ils font plutôt dans la country d'habitude, non ? osa Emmett.
-Ils veulent ouvrir leur catalogue. poursuivit Tanya, ayant déjà visiblement bien étudié la question.
-Je ne ferais pas un album au rabais parce que la maison de disques veut faire des économies... grognai-je, ne réussissant pas à réaliser à quelle vitesse tout ceci était arrivé et comment chaque petite chose était comprise dans une bien plus grosse mécanique.
Si l'un des éléments était défaillant, tout le reste le devenait rapidement. Je me remémorai les mots de Bella ce weekend qui expliquait aux parents de Jasper combien elle avait été désemparée et effrayée devant le mécanisme qui s'était mis en marche et qu'elle ne pouvait ni stopper, ni même ralentir pour tenter de reprendre un peu son souffle.
-Mais comment tout cela a-t-il pu prendre une ampleur pareille ? demanda Jazz
Tanya nous regarda tous les trois puis soupira, nous annonçant ainsi que ce qui allait suivre n'allait pas nous plaire.
-il y a un bruit qui court depuis ce weekend sur Black…soupira Tanya.
-ce ne sera pas la première fois qu'une rumeur court à Hollywood. Je devrais déjà être marié à 6 ou 7 femmes si on les écoute…la coupai-je, ironique.
-Mais là, ça prend de l'ampleur dans le milieu professionnel. Continua-t-elle
-On les connait les rumeurs démenties le lendemain. Intervint Jasper.
-j'ai eu la confirmation par Irina. Black…
-bon, qu'est-ce qu'il a ? grogna Emmett, tendu.
-c'est Black qui a appelé les médias pour donner l'adresse d'Isabella en disant qu'elle était Izzie Dwyer. avoua finalement Tanya.
-Putain, je vais le tuer une fois de plus ! rugit Emmett en se levant de sa chaise, la faisant tomber bruyamment, nous laissant entendre un couinement de peur derrière nous.
