16 janvier
fin de matinée.
Bon. Je crois que je m'en suis plutôt bien tiré. J'ai été plutôt clair. Et cohérent. Et je ne me suis pas contredit.
Par contre, je ne sais absolument pas ce que le Commissaire Aphro va bien pouvoir en conclure.
N'empêche, y'a vraiment que lui pour se pointer aux aurores et me faire subir un interrogatoire en règles pour me faire avouer plus que ce que je n'en sais moi-même. Quand il est arrivé, j'en étais à peine au petit dej. Café, forcément, puisque la machine à cappuccino, ben...
Bref, Aphro et Shura se sont tapé l'incruste, m'ont attrapé et m'ont plus lâché. Ils ont passé la matinée à jouer au gentil flic et au méchant flic. Enfin, au flic silencieux et au flic pervers.
Et qu'est ce qu'il te voulait, Shaka, hier? Et c'est pour toi qu'il était habillé comme ça? Et ça a un rapport avec l'anniversaire de mon Shushu minet d'amour? (Vague étouffement réprimé du Shushu minet à la divulgation presque publique d'un surnom qui mériterait de rester privé)
Et qu'est ce qu'il t'a dit?
J'ai cru m'en débarrasser en racontant succinctement mon réveil dans le lit de la Divinité. Grossière erreur! C'est comme de tenter d'éteindre un cramage de pop-corn en poêle en le mettant sous le robinet d'eau froide. On regarde monter la colonne de fumée noire le temps de penser "oh, merde", et on fuit de la cuisine. A partir de là, je crois que même un câlin de Shura aurait été impuissant à arrêter le feu nourri de questions de La Commère Scandinave.
T'as couché avec Shaka! Et alors, raconte! Il est chaud? Passif ou actif? Tu l'as sucé? IL t'a sucé? (Rougeur Shurienne) C'est pas possible, le cul que t'as! Je donnerais n'importe quoi pour coucher avec Shaka (protestation Shurienne) Mais quel con tu fais! (Une fois la vérité
révélée, c'est à dire l'absence totale de souvenirs du principal intéressé. Et donc pas de récit détaillé et exhaustif des prouesses sexuelles de l'Hare Krishna) Puis, après avoir posé dix fois les mêmes questions -du style, tu ne te souviens vraiment de rien, hein? la tentative complètement superflue de reconstitution de la scène (impassibilité blasée quoique
amusée shurienne) sensée réveiller les souvenirs enfouis, Aphro a posé LA question qui me fait gamberger depuis.
"Tu crois qu'il venu hier pour remettre ça?" Passé les connotations sémantiques de la formule, je me dis, après tout, si c'était vrai. Ca explique la tenue, la gêne, l'aveu et la gifle. Pour être sûr, il faudrait que j'aille lui parler. Cette conclusion, ça fait plusieurs heures que j'y
ai aboutit.
J'y vais? Avant qu'Aphro ne revienne me demander pour la énième fois la forme exacte de la tache de naissance qu'il a sur la cuisse. Et que j'ai un peu plus à raconter la prochaine fois qu'il me braquera la lampe de bureau en plein visage.
Soirée
Qu'est ce que c'est compliqué, un Dieu!
Déjà, je me suis pointé au mauvais moment. Il était en pleine méditation. J'ai sagement attendu qu'il se pose. Littéralement. Et j'ai commencé à baragouiner des excuses sur mon attitude déplacée, mes propos vexants, mes réactions inadaptées, tout ça... Des excuses passe partout, quoi. Il a haussé les épaules et il m'a tourné le dos. Bon, plan B.
"Hier, tu as cherché à me dire quelque chose? Shaka, s'il te plait, dis moi." Toujours rien. Alors, j'ai attendu. J'ai plus rien dis, et je suis resté là. Shaka a plein de qualités, mais certainement pas la patience. Il a craqué avant moi.
En fait, il s'est décidé à m'aborder à la soirée, parce que, comme Aphrodite et Shura se rapprochaient, il a pensé que j'étais finalement seul. Alors, il m'a emmené dans sa Maison à la fin de la soirée. J'ai pas opposé trop de résistance. Et on a passé la nuit ensemble.
J'ai dis « Et c'était....?" Il s'est taillé à l'autre bout de la pièce et il a murmuré
"C'était parfait. Encore mieux que ce que j'avais..." Il a rougi et il a repris plus fort, les yeux toujours fermés.
"Je ne sais pas ce qui se passe avec toi. Chacun sa croix et ses faiblesses." J'ai senti comme une onde bizarre. Son aura voulait à la fois m'envelopper et me rejeter loin, dehors. J'ai dis
"Je reviens demain. Peut-être, tu auras choisi."
Au moins, il a aimé. Je suis rassuré.
Je comprends les mots d'Aphro. Moi aussi, à ce moment là, j'aurais donné n'importe quoi pour le serrer dans mes bras.
