You know when we were little, you couldn't have been more than five, you started asking me questions. Like, how come we didn't have a mom ? Why we always have to move around ? Where'd dad go ? When he'd take off for days at a time. I remember I begged you to quit asking, Sammy, you don't want to know. I just wanted you to be a kid, just a little while longer. I was trying to protect you, keep you safe. Dad didn't even have to tell me, it was just always my responsibility. It was like I had one job.
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Chapitre X.
Quand il arriva dans le jardin des Novak, le cœur de Dean battait encore la chamade à cause de la dispute avec son père et des élancements douloureux traversaient sa lèvre fendue, sur laquelle le sang avait séché pour former une fine croûte. Il frissonnait dans sa chemise en flanelle, la fumée formée par son souffle montant dans la nuit noire pour se perdre dans la voûte du ciel étoilé. Les gravillons qu'il avait ramassés dans l'allée des Novak et qu'il tenait dans le creux de sa main étaient glacés et s'enfonçaient désagréablement dans la peau tendre de sa paume.
Dean prit l'un des cailloux et le jeta contre la fenêtre de la chambre de Castiel, ce qui provoqua un petit son sec qui résonna comme un coup de tonnerre à ses oreilles, au milieu du quartier endormi et silencieux de son petit-ami.
Rien ne s'alluma ou ne bougea dans la pièce où dormait Castiel, ce qui n'étonna pas Dean, au vu de l'heure très tardive. Seules les feuilles des quelques buissons qui restaient habillés pour l'hiver bruissaient dans le vent nocturne et, parfois, la lumière des phares d'une voiture venait découper la silhouette des arbres nus sur le mur de la maison.
Dean réessaya une seconde fois d'attirer l'attention de Castiel avec un caillou. Puis une troisième fois. Sans succès.
Il décida d'abandonner car il allait finir par réveiller les voisins qui téléphoneraient à la police pour dire qu'un garçon au visage ensanglanté se tenait dans le jardin des Novak. Ou pire, il réveillerait Gabriel ou Balthazar, qui occupaient les chambres voisines à celle de leur frère.
Dean enfonça les poings dans ses poches et renifla. A l'idée qu'il ne verrait pas Castiel, une boule opaque bloquait sa respiration et il sentait les larmes humidifier le bord de ses yeux, mais il prit une profonde inspiration et les repoussa avec toute la volonté dont il était capable. Il ne savait pas s'il serait capable de s'arrêter s'il commençait à pleurer et il avait l'impression que les sanglots qu'il retenait pourrait lui déchirer la poitrine.
Il s'apprêtait à tourner les talons lorsque la fenêtre de la chambre coulissa, laissant apparaître le visage endormi et les cheveux ébouriffés de Castiel. Il clignait des yeux comme une chouette prise dans les phares d'une voiture et il serrait ses bras contre sa poitrine pour se protéger de l'air extérieur.
Le sourire triste qui naquit sur les lèvres de Dean fit se rouvrir sa blessure mais il ne s'en rendit même pas compte. Maintenant que Castiel était là, tout irait mieux. Il saurait trouver les mots, les gestes, pour l'apaiser.
« - Dean ? demanda Castiel en bayant. Qu'est-ce que tu…
Il s'interrompit soudain et se pencha par la fenêtre, toute trace de sommeil ayant disparue de sa voix et de ses traits.
- Pourquoi tu as du sang sur le visage ?
Dean baissa les yeux et rentra les épaules.
- S'il te plait, ne réveille pas tes frères. »
Il ne voulait pas prendre le risque que Balthazar ou Gabriel ne signale aux autorités que John l'avait frappé. Car cela signifierait qu'il y aurait sûrement une enquête sociale et qu'il serait séparé de Sammy. Il pouvait encaisser tous les coups de la vie en se relevant à chaque fois qu'il allait au tapis mais perdre Sam serait l'uppercut qui le laisserait KO.
« - J'arrive », répondit Castiel en fermant la fenêtre.
Quelques instants plus tard, la porte menant au jardin de derrière s'ouvrait silencieusement, laissant apparaître Castiel qui avait enfilé un sweat à la couleur passée par dessus son pyjama et était pieds nus. Il posa un pack de bières sur le seuil et s'avança à grands pas vers Dean, ne s'arrêtant qu'une fois qu'il était parvenu à quelques centimètres de lui.
Les plis de son oreiller étaient imprimés sur sa joue et Dean avait une folle envie de se blottir contre lui et de laisser échapper les sanglots qui lui déchiraient la poitrine pour en sortir. Il en avait eu envie depuis le moment où il avait franchi la porte de chez lui un peu plus tôt dans la soirée et avait pris la direction de la maison des Novak sans l'avoir prémédité.
Sans une once d'hésitation, Castiel posa doucement une main sur la joue de Dean, qui ferma les yeux et se laissa aller contre elle. La tension le quitta subitement et il prit conscience à quel point il se sentait fatigué, à quel point tous ses muscles étaient douloureux.
Castiel frotta doucement sa lèvre fendue de son pouce et dit :
« - Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui t'a fait ça ? Tu ferais mieux de me le dire, Dean Winchester. »
Dean ouvrit les yeux et vit la colère sur le visage de Castiel, dans ses yeux bleus qui étincelaient tellement que les étoiles dans le ciel semblaient éteintes en comparaison, et dans la façon dont sa mâchoire était contractée.
« - Mon vieux, répondit Dean en détournant le regard.
- Je vais le tuer. Je le jure. Je vais le tuer », répondit Castiel dans un grondement à peine audible.
La haine flamboyait dans le regard de Castiel et Dean prit soudain peur parce qu'il savait que Castiel en était capable. Probablement pas de tuer John, mais au moins de lever la main sur lui et de lui infliger le plus de coups possible. Parce que Dean lui même savait qu'il aurait complètement perdu son sang-froid si quelqu'un avait fait l'erreur de toucher à un seul cheveux de Castiel.
« - Ne fais pas ça », intervint-il de sa voix la plus ferme en posant sa main sur celle de Castiel.
Quelque chose bougea dans les buissons à quelques mètres, mais Dean refusa de détourner le regard de celui de Castiel pour voir quel animal c'était. Ils s'affrontèrent en silence pendant quelques instants, les yeux dans les yeux, mais Dean refusa de céder, et Castiel finit par lui lancer un regard noir et déclarer de mauvaise grâce en retirant sa main de la joue de Dean :
« - Bien. J'ai ramené des bières et des mouchoirs. J'ai pensé que tu pourrais avoir besoin des deux. »
Avec une moue boudeuse, Castiel tira un paquet de mouchoirs de la poche ventrale de son sweat et le tendit à Dean, qui attrapa son poignet et l'utilisa pour attirer son petit-ami contre sa poitrine.
« - Tu me connais trop bien », marmonna Dean avec un sourire en espérant que Castiel comprendrait que c'était sa façon de lui dire merci.
Et il posa ses lèvres sur celles de Castiel.
Il savait que c'était stupide, qu'ils étaient exposés, là, dehors, mais il en avait besoin. Et quelque part dans son inconscient, c'était aussi une ultime façon pour lui de défier John que d'embrasser un autre garçon au vu et au su de toute la ville.
Et pendant une seconde, Dean Winchester fut juste Dean Winchester. Il n'était pas Dean Winchester, le garçon idiot de John Winchester. Il n'était pas Dean Winchester, le charmeur silencieux du lycée. Il n'était pas Dean Winchester, le héros de Sam Winchester. Pendant un instant, il fut plus libre qu'il ne l'avait jamais été, sans masque et sans peur.
« - Qu'est-ce que vous faites ? » s'exclama une voix non loin d'eux.
Dean sursauta violemment, ce qui provoqua un élancement dans sa lèvre, et s'écarta si vivement de Castiel qu'il manqua de perdre l'équilibre. Puis il fit volte-face pour se trouver face à Sam, qui venait d'émerger de haie de buissons qui avait brui et les regardait la bouche légèrement ouverte par la surprise, immobile comme une statue de sel.
Un mélange explosif de peur et de colère envahit Dean. Il serra les poings et s'avança vers son frère, qui ne bougeait toujours pas et offrait un tableau qui aurait pu être comique en d'autres circonstances, avec les feuilles qui étaient coincées dans ses cheveux et ses yeux écarquillés. Mais Dean fut arrêté dans son élan par la main de Castiel qui s'enroula autour de son poignet et le retint.
« - Sam ? demanda Dean d'une voix glacée. Qu'est-ce que tu fous ici ? Tu m'as suivi jusque là ?
Sam recula d'un pas et balbutia :
- Je suis désolé. Tu étais tellement furieux que j'ai eu peur que tu ne reviennes jamais à la maison. »
La colère de Dean retomba aussitôt et il prit alors conscience de l'état dans lequel était son petit frère. Il frissonnait dans un pull trop fin pour la saison, ce qui signifiait qu'il avait probablement dû quitter la maison à la hâte derrière Dean, de peur de perdre sa trace. Ses yeux étaient rouges et enflés, comme s'il avait retenu ses larmes pendant trop longtemps et ses cheveux étaient décoiffés comme s'il avait passé sa main dedans à de multiples reprises, ce qui était signe d'angoisse chez Sam. Il avait également un accroc dans son pull que Dean n'avait jamais vu avant, comme si quelqu'un – John – avait essayé de l'intercepter dans sa course.
La main de Castiel glissa de son poignet et avant que Dean n'ait le temps de réfléchir à ce qu'il faisait, il était près de Sam et refermait ses bras autour de lui, enfouissant son nez dans le fouillis qu'étaient ses cheveux, respirant l'odeur de fruits de son shampoing. Sam hésita quelques secondes et referma ses bras autour de la taille de Dean en reniflant.
« - Je ne te ferais jamais ça, dit Dean d'une voix étouffée. Tu dois me croire, ok ? C'est mon boulot de veiller sur toi parce que je suis ton grand frère. Peu importe combien de temps je pars quand je suis en colère, je serai à la maison quand tu te réveilleras le matin, point barre. Ok ? Tu as cru que tu pourrais te débarrasser de moi aussi facilement ? Laisse moi te dire quelque chose : je serai sur ton dos pour te dire de manger tes légumes ou de couper tes cheveux de hippie jusqu'à ma mort.
- Crétin, marmonna Sam en souriant contre sa poitrine.
- Trou du cul », répondit Dean par réflexe.
C'était depuis toujours leur façon tacite et pudique de se dire qu'ils s'aimaient et cela suffit à Dean, qui comprit que rien n'avait changé entre eux, en dépit de la scène à laquelle Sam venait d'assister. Sam continuerait de l'aimer, même si Dean s'avérait préférer les hommes aux femmes. Ils auraient sûrement besoin d'avoir une discutions à propos de cela plus tard parce que Sam était un fanatique des discutions, mais ils attendraient de n'être que tous les deux pour cela.
Dean serra son frère contre lui à lui en briser les os, avant d'ébouriffer les cheveux de Sam et les deux frères se séparèrent, échangeant un sourire sans oser se regarder directement dans les yeux, un peu gênés par leur démonstration d'affection.
« - Donc, vous avez… commença Sam en cherchant ses mots, le regard obstinément fixé sur l'herbe.
- Eu des rapports sexuels ? » compléta Castiel.
Dean tourna la tête vers lui si rapidement que son cou craqua. Juste quand il pensait que la soirée ne pouvait pas devenir plus embarrassante, Castiel commençait à parler de sexe avec son petit frère. Super.
« - Beurk, dégeu ! s'exclama Sam avec une grimace de dégoût en levant les mains devant lui comme pour repousser les mots de Castiel. J'allais juste demander si vous aviez des sentiments l'un pour l'autre !
- Pour l'amour du ciel, Cas ! grogna Dean en enfouissant son visage dans ses mains. Mon petit frère n'a pas besoin de savoir ce genre de choses !
- Il n'y a rien de honteux, Dean, répondit Castiel en fronçant les sourcils. Il est normal pour les couples de partager du plaisir charnel afin de renforcer leur lien émotionnel.
Dean et Sam échangèrent un regard mi-amusé et mi-exaspéré, avant que Dean ne marmonne entre ses dents :
- Je crois qu'une bière pourrait m'être utile.
- Je peux en avoir une ? demanda Sam.
- Je crois que tu la mérites, Sammy », acquiesça Dean.
Il essuya hâtivement le sang sur sa lèvre avec le mouchoir de Castiel, puis il alla chercher le pack de bières et attrapa deux bouteilles qu'il distribua à son frère et à son petit-ami, avant d'en prendre une pour lui. Il venait à peine de l'ouvrir et tendait la main vers Sam pour décapsuler la sienne lorsque la porte de la maison s'ouvrit brusquement et que la silhouette de Gabriel se découpa dans son encadrement, les mains sur les hanches et drapée dans une robe de chambre faite d'une matière brillante.
Le cœur de Dean tomba au fond de son estomac et, du coin de l'œil, il vit les épaules de Castiel se charger de tension. Depuis combien de temps Gabriel était-il réveillé et qu'avait-il vu et entendu ?
Joue la cool, Winchester. Il vient certainement juste de sortir du sommeil.
« - Vous faites une fête et je ne suis même pas invité ? » s'exclama Gabriel avec les sourcils froncés.
Dean grogna, ne faisant pas confiance à sa voix pour rester neutre. Sam lui adressa un regard interrogateur et s'avança pour se présenter à Gabriel, qu'il n'avait encore jamais vu car il n'était que rarement chez lui depuis son entrée à l'université. Il lui tendit la main mais Gabriel l'ignora et préféra lui ébouriffer les cheveux à la place, ce qui fit grimacer Sam qui lui lança un regard noir et ne donna même pas son prénom, vexé.
« - Ce n'est pas une fête Gabe, répondit Castiel en soupirant.
- De la bière et plus de deux personnes, j'appelle ça une fête ! »
Gabriel attrapa une bouteille et s'appuya contre une colonne qui supportait le toit de la terrasse. Ses yeux passèrent de Dean à Castiel et un sourire se grava sur ses lèvres, dévoilant ses dents, et Dean eut un mauvais pressentiment. Il voulait échanger un regard avec son petit-ami afin de savoir s'il ressentait la même chose mais il n'osait pas tourner la tête vers lui, de peur que Gabriel interprète cela comme un signe.
« - Alors, Dean-o, finit-il par déclarer avec un grand sourire après une gorgée d'alcohol, tu as fait tout ce chemin dans la nuit pour surprendre mon petit frère et l'embrasser sous les étoiles ? J'ai toujours su que tu étais du genre romantique !
Le cœur de Dean tomba au fond de son estomac pour aller s'y briser en un milliard d'éclats.
- Toi aussi tu nous as vu nous embrasser ? » s'exclama Dean avec horreur.
Les yeux de Gabriel s'arrondirent de surprise et il avala de travers la gorgée de bière qu'il venait d'avaler, ce qui le fit tousser pendant quelques instants, plié en deux. Sam lui tapait maladroitement dans le dos quand quelque chose heurta douloureusement l'épaule de Dean et il se retourna pour voir Castiel qui lui ordonna silencieusement de la fermer, les sourcils froncés et la mâchoire serrée.
« - Oh mon dieu, c'était juste une plaisanterie ! déclara Gabriel quand il put de nouveau parler.
Oh.
Oh.
Merde.
- La ferme Gabe, tu vas réveiller Bal… » commença sèchement Castiel.
La porte d'entrée s'ouvrit une nouvelle fois et dévoila Balthazar, qui s'arrêta net lorsqu'il vit le monde qui se trouvait dans son jardin à une heure avancée de la nuit. Cependant, il ne paraissait pas vraiment surpris – quand on vivait avec Gabriel, on devait s'habituer à l'étrange – mais plutôt curieux d'avoir une explication.
« - Super, soupira Castiel.
Balthazar se pinça l'arrête du nez et prit une grande inspiration avant de parler en frottant la peau dénudée de ses bras pour se tenir chaud.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? Et qui est ce gosse ? demanda-t-il en montrant Sam du doigt.
- Je suis Sam Winchester, répondit l'intéressé en se redressant pour paraître plus grand. Le frère de …
- Ouais, ouais, on s'en fiche, Cousin Machin, le coupa Gabriel en agitant la main comme pour chasser un moustique avant de se tourner vers Balthazar. Ce qui est important est que tu avais raison à propos de Cassie et Dean. Je n'arrive pas à y croire. »
Dean se prépara à une réaction violente de Balthazar et se plaça inconsciemment devant Castiel pour parer d'éventuels coups ou insultes mais le frère aîné de son petit-ami haussa juste les épaules, sans se départir de son flegme. Du coin de l'œil, Dean vit un sourire de soulagement apparaître sur les lèvres de Castiel et il ne put s'empêcher de sourire lui-même en réponse.
« - Je te l'avais dit Gabe, déclara Balthazar. Maintenant, tu me dois cinquante dollars.
Gabriel croisa ses bras sur sa poitrine et afficha une moue boudeuse.
- Pas question ! Tu avais dit que tu étais sûr qu'ils couchaient ensemble. Mais Cassie et Dean-o étaient juste en train de s'embrasser. Ca ne veut pas dire qu'ils sont passés à l'étape supérieure. Ils étaient juste en train de s'embrasser, Balt' ! s'exclama Gabriel en insistant sur « s'embrasser ».
Dean serra les poings, énervé d'entendre Gabriel parler aussi fort et risquer ainsi de divulguer leur secret à tout le voisinage.
- Tu ne pourrais pas fermer ta grande gueule ? grogna-t-il. Les voisins vont t'entendre.
Gabriel leva les deux mains en l'air.
- Woah, ne me parle pas comme ça, Dean-o. Ce n'était pas moi qui embrassait mon frère dans le jardin.
Quelque chose changea subitement dans l'expression de Balthazar et ses traits se durcirent.
- Dans le jardin ? Réunion de famille. A l'intérieur. Maintenant », ordonna-t-il d'une voix qui ne souffrait aucun refus.
Les Novak rentrèrent docilement dans la maison et Dean resta dans le jardin avec Sam, se demandant s'ils devaient rentrer chez eux maintenant ou s'ils étaient plus sûrs pour eux d'attendre encore pour être certain que John dormait et ne les attendait pas.
« - Qu'est-ce que vous attendez ? Une invitation avec vos noms au dos ? demanda Balthazar avec exaspération en leur montrant la direction du salon.
- Tu as dit « réunion de famille », répondit Dean en haussant les épaules.
- Cassie ne t'a pas choisi pour ton intelligence, on dirait, railla Balthazar.
- Eh ! s'exclama Dean, piqué au vif.
- Je blague, gamin, fit Balthazar en levant les yeux au ciel. Et maintenant, Mario et Luigi, ramenez vos fesses à l'intérieur.
Et il disparut à l'intérieur de la maison, où la lumière se fit soudain, inondant la terrasse.
- Est-ce qu'ils sont toujours aussi charmants et pleins de tact ? demanda Sam à voix basse pendant qu'ils se dirigeaient vers la maison.
- Tu ne sais pas encore à quel point », soupira Dean en secouant la tête.
Tout deux entrèrent dans le salon où brillait une lampe qui éclaboussait les murs d'une lumière chaude et où régnait une douce chaleur qui s'opposait à la froideur de l'air extérieur. Gabriel et Castiel étaient déjà assis au milieu d'un joyeux capharnaüm et Dean se laissa tomber sur le canapé, près de Castiel qui contemplait ses pieds, les mains entre ses genoux. Sam hésita et Dean tapota la place à sa gauche, où son frère s'assit avec douceur. Balthazar ferma la porte, donna un tour de clef dans la serrure et vint se placer en face d'eux, s'asseyant sur le bord de la table basse où se trouvait déjà Gabriel.
« - Alors, que disait-on ? demanda Balthazar.
- On parlait de Dean-o qui embrassait Cassie dans le jardin, répondit aussitôt Gabriel avec un sourire narquois.
- Ote ce foutu sourire de ton visage, répondit Castiel avec froideur.
Balthazar les regarda avec lassitude, comme s'il avait déjà assisté mille fois à cette scène et continua comme s'il n'y avait jamais eu d'interruption :
- Oui, le baiser. Alors, à quoi vous pensiez, tous les deux ? Vous embrasser dans le jardin ! C'est un tout nouveau niveau de stupidité, gamins.
- Même pour toi, Dean-o, intervint Gabriel d'un ton moqueur.
- La ferme, Gabriel, le coupa sèchement Balthazar en se penchant vers le canapé. Vous savez ce qui arrive à deux gars qu'on voit s'embrasser ? Est-ce que vous en avez seulement une idée ? Option une : ils vous suivent partout où vous allez et vous insultent, ils peignent des mots comme « tapette » sur votre casier et vous bousculent quand vous croisez leur chemin. Et croyez-moi, ce n'est qu'une courte liste de ce qu'ils peuvent vous faire. Option deux : ils vous attendent dans un coin sombre de la ville et ils vous frappent jusqu'à ce que vous ayez perdu tellement de sang que vous perdez connaissance et mourrez. Résultat : soit vous vous suicidez pour qu'on arrête de vous humilier, soit vous êtes tués, mais au bout du compte, c'est la mort et pas une belle mort. J'ai déjà perdu un frère et je n'en perdrai pas un autre. Alors vous gardez vos mains dans vos poches et vous langues dans vos bouches quand vous êtes dehors, ok ? Et je me fiche que vous pensiez que personne ne peut vous voir, vous gardez vos distances compris ? Vous avez de la chance de ne pas avoir été vus par les voisins. Et je veux votre parole que vous serez plus prudents dans le futur. »
L'image du corps sans vie de Castiel, à demi caché sous des feuilles mortes au milieu d'une forêt et autour duquel bourdonnait des mouches, s'imposa à son esprit et Dean sut qu'il verrait cette image à chaque fois qu'il aurait envie d'enfreindre la loi pour démontrer publiquement son affection à Castiel. Parce que, quelque part en chemin, s'était perdue l'idée de la Déclaration d'Indépendance qui déclarait que « tous les hommes sont créés égaux ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur » et que « les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits ». Et conformément à la loi du Mississippi, Dean et Castiel étaient des criminels parce qu'ils s'aimaient.
« - Allez, je veux l'entendre, insista Balthazar.
- C'était stupide et ça n'arrivera plus, tu as ma parole, marmonna Dean en baissant les yeux avant de les relever pour prononcer la phrase suivante. Et sache que je ne ferai jamais consciemment quelque chose qui mette la vie de Cas en danger.
Le visage du frère de Castiel s'éclaira d'un sourire et il tendit la main pour serrer brièvement l'épaule de Dean et quand il reprit la parole, sa voix était plus chaleureuse.
- Tu n'es pas le seul à blâmer, Dean. Cassie a aussi sa part de responsabilité. Ainsi que les hormones des adolescents.
- Tu as également ma parole, dit Castiel solennellement. Je ne sais pas comment je pourrais te montrer à quel point je suis désolé pour ce qui s'est produit, Balthazar.
Balthazar croisa les bras sur sa poitrine.
- Tu feras la lessive, le ménage et la vaisselle pendant deux mois. Ca devrait suffire à exprimer combien tu es désolé. Et tu es aussi privé de sortie pendant un mois. Ce qui signifie aussi pas de Winchester ici pendant quatre semaines, à partir de maintenant. »
Castiel baissa la tête, acceptant la punition de son frère sans rien dire, et Dean se leva, aussitôt imité par Sam. Il savait que Balthazar avait raison et, par conséquent, lui aussi acceptait la sanction sans discuter. Parce qu'en interdisant à Castiel de le recevoir chez lui, Dean était aussi puni. Surtout maintenant qu'il avait complètement rompu le lien qu'il partageait avec John, ne plus avoir le refuge qu'offrait la maison des Novak était terrible.
« - Au revoir Cas, dit Dean.
Il était conscient que tous les regards étaient posés sur eux à présent et l'idée d'embrasser Castiel devant tout le monde le gênait terriblement. Alors il se contenta de lui adresser un petit signe de la main auquel Castiel répondit par un sourire avant de déclarer de sa voix grave :
- Au revoir Dean. Au revoir Sam. »
Balthazar leur adressa un signe de tête et Gabriel leur fit un clin d'œil en buvant une gorgée de la bouteille de bière qu'il tenait dans la main. Dean résista à l'envie de lui tirer la langue et il prit la direction de la porte, Sam sur ses talons.
Dean referma la porte alors que Balthazar ordonnait à ses frères de retourner se coucher et il frissonna dans l'air extérieur. Sam frotta ses bras pour se réchauffer et tout deux se mirent en marche vers leur quartier en longeant les habitations silencieuses et plongées dans l'obscurité. Après quelques minutes, Dean enfonça ses mains dans ses poches et Sam brisa le silence de la nuit :
« - Dean ? Ce gars – Balthazar -, il a raison tu sais. Castiel et toi devez être plus prudents. Il y a des gens ici qui vous feraient du mal ou qui vous tueraient s'ils savaient pour vous. Et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. »
Dean regarda son petit frère.
Sous ses cheveux longs, ses sourcils étaient froncés et un pli soucieux barrait son front. Il ne ressemblait pas à un enfant en cet instant, un air de fatigue et de tristesse indescriptible s'inscrivant sur son visage et dans son corps.
« - Je te l'ai déjà dit : tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement, Sammy, répondit Dean d'un ton léger pour rassurer son frère.
Mais l'expression de Sam lui indiqua que cela ne fonctionnait pas.
- Je sais que tu as déjà promis à Balthazar que tu seras plus prudent mais je veux que tu me le promette, à moi. S'il te plaît, Dean.
Dean hocha la tête et donna un coup d'épaule à Sam, le faisant tituber pendant une demi seconde.
- Je te le promets, dit-il gravement. Et pas un mot à qui que ce soit – et ça comprend papa – à propos de…
- Destiel ? le coupa Sam.
Dean tourna la tête vers son frère, qui avait un sourire idiot sur les lèvres, et leva un sourcil.
- Vraiment ?
- Quoi ? Tu préfères Cas-Dean ? » répondit Sam avant d'éclater de rire.
Et Dean ne pouvait pas en vouloir à son frère quand il riait comme cela. Alors il ne lui répondit pas, se contentant d'attraper son frère et de lui coincer la tête sous son bras, avant de lui ébouriffer les cheveux en essayant de ne pas sourire.
Le malheur pouvait attendre jusqu'à ce qu'ils rentrent chez eux.
Note.
Me revoilà pour un autre chapitre des aventures de Dean, en espérant que vous avez autant pris de plaisir à le lire que moi à l'écrire ! Je vous remercie pour vos reviews et autres témoignages d'affection pour cette fiction, qui touchera à sa fin dans cinq chapitres. Mais n'ayez crainte, Dean vivra encore de nombreuses péripéties avant l'ultime chapitre. Je vous souhaite le meilleur jusqu'à la semaine prochaine !
