Quand Wendy arriva sur le camp vêtue de sa nouvelle robe rose, tous les garçons la regardèrent, ébahis. Pour sûr, elle lui allait à ravir. La jeune fille était un peu gênée de toute cette attention soudaine et ne put s'empêcher de rougir. Elle entendit alors un garçon demander à Peter :

« Elle est belle maman, tu ne trouves pas Peter ? »

Celui-ci avait l'air d'éviter le regard de Wendy, lui jetant simplement des coups d'œil furtifs.

« Sans doute », marmonna-t-il.

La jeune fille n'intervint pas, baissa la tête et se pinça les lèvres. Elle tentait de se répéter au fond d'elle qu'elle se fichait de son avis, mais elle savait très bien que c'était faux. Peter brisa alors le silence qui s'était installé :

« Il se fait tard. Ceux qui veulent aller dormir, allez-y. ».

Wendy n'était pas encore tout à fait habituée à ce système. Chez elle, lorsqu'il était l'heure d'aller se coucher, elle et ses frères devaient aller au lit, fatigués ou non. Ici, chacun faisait ce qu'il voulait. Elle ne comprenait donc toujours pas sa présence sur cette île... une mère à Neverland ne pouvait pas vraiment en être une, puisqu'elle ne pouvait imposer aucune règle, aucune limite. Mais les garçons avaient voulu cette mère, Peter avait cédé à leur caprice et Wendy était désormais prisonnière. C'était tout ce qu'il y avait à savoir.

La plupart des garçons, fatigués de leur journée, partirent se coucher. Les plus actifs, eux, restèrent au camp et commencèrent déjà à jouer, et Félix s'assit un peu plus loin pour les observer. Quant à Peter, il était en train de partir, mais Wendy le rattrapa. Elle posa une main sur son bras, mais le garçon ne se retourna pas.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? », demanda-t-il.

« Qu'est-ce que je fais ? »

Peter se dégagea de la main de la jeune fille, et la regarda finalement dans les yeux. Il resta un moment silencieux, à simplement l'observer, et la rendit quelque peu nerveuse. Et lui avait l'air... confus. Comme s'il cherchait ses mots. Wendy ne l'avait encore jamais vu douter, dans toutes les situations il semblait confiant et sûr de lui.

« Peu importe, oublie », répondit-il enfin en baissant la tête.

La blondinette, déçue, ferma les yeux et poussa un léger soupir. Quand elle les rouvrit, Peter n'était plus là. Comme toujours, il ne lui fallait pas plus d'une seconde pour disparaître.

Il faisait nuit à Neverland et comme Peter l'avait fait remarquer plus tôt, il était tard. Pour autant, Wendy n'avait pas envie d'aller dormir. Les autres nuits non plus, elle ne voulait pas aller au lit, mais elle ne voulait pas non plus perdre les bonnes habitudes que lui avaient donné ses parents. Cependant, ce soir, elle s'en fichait. Elle avait réalisé aujourd'hui qu'elle passerait probablement le restant de sa vie sur cette île, ou du moins assez longtemps pour que ses parents ne soient plus là à son retour... Alors à quoi bon vouloir conserver ces habitudes ?

Elle vint donc s'assoir aux côtés de Felix. Elle avait encore du mal à se le dire, mais en réalité, elle appréciait ce garçon. Il était très étrange, pour sûr, parfois même intimidant, mais il était là. Et pour Wendy qui avait perdu tant de gens depuis son arrivée, c'était déjà quelque chose. Lui ne partirait jamais, il vivait ici, aimait cet endroit et était bien trop fidèle à Peter de toute manière pour s'en aller.

« Tu ne vas pas dormir ? », demanda Felix sans quitter des yeux les garçons en train de jouer.

« Je n'ai pas sommeil », répondit-elle simplement.

Après quelques minutes sans qu'aucun d'eux ne disent un mot, le garçon brisa le silence :

« Peter m'a raconté ce qu'il s'est passé tout à l'heure ».

Wendy resta immobile, ne voulant rien laisser paraître. Mais au fond, elle avait un peu honte d'avoir voulu se tuer du haut de cette falaise, et aurait aimé que cela reste entre Peter et elle. Elle avait été faible à ce moment-là, elle avait choisi la facilité. Et elle n'était pas le genre de fille qui se laisse abattre ainsi, quelles que soient les circonstances.

« Oh... et qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ? », demanda-t-elle.

« Juste que tu étais tombée du haut du grand Pic, une fois de plus, et qu'il t'avait rattrapée... une fois de plus. Tu devrais vraiment faire plus attention quand tu vas là-bas ».

La jeune fille ne put s'empêcher de sourire. Peter avait donc fait passer cela pour un accident, comme pour... la protéger. Wendy se mit à penser que c'était ce qu'il savait faire de mieux, au final. Et elle ne se lassait jamais de se faire sauver par lui.

« Tout compte fait, je commence à être fatiguée », déclara-t-elle. « Bonne nuit ».

Elle se leva, se racla la gorge et commença à partir. Mais la voix grave de Felix la stoppa.

« Il y a un arbre à Neverland, d'apparence comme les autres. Mais en réalité, il cache de bien grands pouvoirs. Tout comme lui... ».

Wendy se demandait pourquoi il lui racontait cela, mais elle fut immédiatement intriguée. Lorsque Felix racontait quelque chose, il avait toujours une bonne raison de le faire. Elle fit donc demi-tour et écoutait le garçon avec attention.

« Cet arbre l'a toujours fasciné. Il peut passer des heures à simplement le contempler. Il dit qu'il l'aide à réfléchir.. ».

« Et tu sais où il se trouve ? », demanda instantanément la jeune fille.

Elle aperçut un petit sourire se dessiner sur le visage du garçon, un sourire qui voulait dire qu'il s'attendait à cette question.

« Suis le nord, et suis ton instinct. Crois en toi. Ça devrait suffire », répondit-il.

Wendy acquiesça et se mit en route sans rien dire. S'il avait voulu en dire plus, il l'aurait fait. Il aurait été inutile de lui demander des informations supplémentaires. Pourtant, elle en aurait bien eu besoin, car elle n'avait aucune idée du chemin à prendre. Elle décida donc de s'arrêter pour réfléchir. Il fallait aller au nord. Comment savoir dans quelle direction se trouvait le nord ? Elle regarda alors le ciel, et vit les innombrables étoiles y étant éparpillées. Elle avait lu dans un des livres de son père qu'il était possible de se repérer grâce aux étoiles, mais était-ce possible même à Neverland ?

Elle en remarqua alors une en particulier, qui semblait briller plus que les autres. Elle semblait aussi... bouger. Non, elle ne rêvait pas, cette étoile bougeait. Wendy se mit alors à la suivre, instinctivement, comme lui avait conseillé Felix. Elle marcha longtemps, et ne pouvait pas aller très vite dans cette nuit noire, seulement éclairée par la lune et quelques lucioles qui passaient par là.

Au bout d'un moment, trop fatiguée pour continuer à marcher, elle s'arrêta et s'appuya contre un arbre. Elle ferma les yeux, et commença à s'endormir... jusqu'au moment où elle sentit quelque chose s'enrouler autour d'elle. Elle ouvrit les yeux brusquement et se débattit, mais rien n'y fit, elle était coincée contre l'arbre, prise au piège par des sortes d'énormes lianes qui lui coinçaient les bras et les jambes. Elle ne pouvait en fait bouger que la tête. Cela ne l'empêchait pas de tenter de se débattre, et surtout de hurler à l'aide.

« Impressionnant », lui dit une voix derrière elle qu'elle reconnut immédiatement.

« Peter ! »

Elle le vit arriver à sa gauche et le suivit des yeux. Il vint se placer juste devant elle, un large sourire aux lèvres.

« J'ai vu l'étoile que tu as fait apparaitre ».

« Que... j'ai fait apparaître ? », s'étonna Wendy.

« Tu crois vraiment que j'aurais été assez stupide pour placer moi-même une étoile dans le ciel qu'il suffit de suivre pour me trouver ? »

« Je ne sais pas faire apparaître d'étoiles ».

« Bien sûr que si, comme tout le monde à Neverland. Il suffit de le vouloir, et surtout, d'y croire », déclara-t-il, les yeux pétillants.

La jeune fille avait du mal à réaliser ce qu'elle avait réussi à faire. Elle avait en fait un peu peur de la magie. Baelfire l'avait bien mise en garde contre elle... et il avait eu raison de le faire, au vu de tous les malheurs que la magie lui avait apporté à lui, mais aussi à Wendy et ses frères. Pourtant, la blondinette venait d'utiliser la magie sans s'en rendre compte, et elle lui avait été utile. Elle se promit malgré tout de ne pas en abuser, aussi serviable soit-elle.

« J'aurais besoin d'un peu d'aide là », dit-elle finalement en désignant les lianes des yeux.

« Effectivement », répondit-il. « Mais avant... j'aimerais savoir, quels sont tes regrets ? »

« Pardon ? »

« Tu vois, cet arbre a quelque chose de bien particulier... »

« Il ressemble à tous les autres mais cache de grands pouvoirs. », le coupa brusquement Wendy. « Il est à ton image... »

« Je ne ressemble pas aux autres », dit-il avec une pointe d'agacement. « C'est Felix qui t'a raconté tout ça, je suppose ? »

La jeune fille hocha simplement la tête.

« Évidemment », poursuivit Peter, un sourire en coin. « Sur le reste, il a raison. Quoiqu'il en soit, cet arbre a pour particularité d'attaquer les regrets. Tu es sa prisonnière, donc tu dois avoir des regrets ».

Wendy se mit alors à réfléchir aux regrets qu'elle avait. Regrettait-elle d'être venue à Neverland ? Non. Parce qu'elle l'avait fait pour Baelfire, et parce que... sans cela, elle n'aurait jamais connu Peter comme elle le connaissait à présent. C'était dur pour elle de l'admettre, mais pour rien au monde elle n'effacerait ses moments passés avec lui, malgré tout ce qu'il lui avait fait endurer. A part peut-être... pour ses frères.

« Je regrette d'avoir emmené John et Michael ici avec moi, et je regrette de ne pas avoir réussi à les libérer ».

Peter baissa les yeux. On aurait presque pu croire voir un semblant de culpabilité, si seulement il n'avait pas affiché son sourire victorieux habituel. Repenser à ses frères avait fait remonter un peu de cette colère qui sommeillait en Wendy, contre elle-même, contre cette île, mais surtout contre Peter.

« Est-ce que tu vas m'aider à sortir de là maintenant ? », demanda-t-elle d'un ton glacial. « Ou tu préfères peut-être me laisser ici ? Après tout, tu n'as pas eu de pitié pour eux, je ne vois pas pourquoi tu en aurais pour moi ».

Le garçon se mit à rire, fit un petit geste de la main et les lianes disparurent les unes après les autres, jusqu'à ce qu'il n'y en eut plus. Wendy, n'ayant alors plus rien pour la retenir, tomba au sol et sa main droite se posa dans des sortes d'épines plus grosses qu'elle n'en avait jamais vu. Elle parvint malgré tout à se retenir de crier et ne lâcha qu'une petite exclamation. Elle leva la tête et vit Peter, agenouillé en face d'elle.

« Ne crois pas que je t'ai délivrée parce que j'ai de la pitié pour toi, Wendy. Je n'en ai pour personne. ».

La jeune fille ne répondit pas. Une fois de plus, il montrait le plus mauvais de lui-même... Et elle avait beau être en colère contre lui, elle restait certaine que cette cruauté qu'il affichait sans arrêt ne lui servait que de masque.

Il lui tendit alors la main pour l'aider à se relever, aide qu'elle accepta volontiers. Mais elle poussa un petit cri à ce contact, elle en avait oublié sa coupure causée par les épines. Elle cacha sa main derrière son dos, mais Peter lui prit le poignet et la ramena vers lui.

« Laisse-moi faire ».

« Je n'ai pas besoin de ton aide », répondit Wendy en se débattant.

« Ce n'est pas ce que tu disais quand tu étais piégée par l'arbre », rétorqua-t-il en souriant, un sourcil levé.

Il passa sa main au dessus de la sienne, et la blessure disparut complètement. Wendy leva les yeux vers le garçon, qui la regardait d'un air amusé.

« Je n'ai pas l'intention de te remercier si c'est ce que tu crois », déclara-t-elle en ne pouvant s'empêcher de sourire.

Peter se contenta de rire. Puis s'installa un étrange silence qui sembla durer une éternité. Wendy n'arrivait pas à regarder autre chose que lui. Il était encore plus beau ainsi, un sourire vraiment sincère aux lèvres.

« Tu devrais aller dormir, il est tard », finit-il par dire. « Et je sais que tu n'aimes pas te coucher tard... ».

« Tu as raison », répondit-elle instantanément. « Bonne nuit ».

Peter sourit un peu plus et se rapprocha lentement d'elle. Et comme toujours lorsque la distance entre eux diminuait, son cœur battait plus fort. Elle ferma les yeux, et sentit les lèvres du garçon se poser sur sa joue.

« Bonne nuit, Wendy », lui souffla-t-il à son oreille.

Elle se retourna et partit en pressant le pas. Au bout de quelques mètres, elle explosa d'un rire nerveux et posa sa main sur sa joue juste là où il l'avait embrassée. Elle prit une profonde inspiration, et se remit en route.


Après une longue absence (comme toujours), me revoilà donc avec un nouveau chapitre :D

Je tiens à dire quand même que je lis vos commentaires avec attention, et qu'ils me font super plaisir ! (simplement je n'y réponds pas parce que je ne suis vraiment pas à l'aise avec et je ne sais pas trop comment m'y prendre hihi)

Merci donc à vous tous de votre soutien malgré mes longs retards !

Et sachez aussi que quoiqu'il arrive, je finirai bel et bien cette fic jusqu'au bout, même si je prends mon temps :)

Voilà, encore merci et en espérant que ce chapitre vous ait plu ^^