Il était rentré depuis quelques jours, Abby était passée, elle lui avait apporté des lasagnes et des tas d'autres choses. Zoé était souvent là, et il devait avouer qu'il appréciait la présence de toutes ces personnes, seul il dérivait, comme chaque soir…

Son père était passé, deux fois. Il avait eu le droit à un bon repas, une bonne bouteille de scotch en cadeau, la seconde fois à un café. C'était quelque chose de nouveau mais d'appréciable, il y avait cette chaleur entre eux qui n'avait jamais existé avant.

Il n'avait pas revu Gibbs depuis la drôle de nuit où il s'était réveillé, ni Ziva, ni McGee, ils étaient certainement trop occupés.

Lui se retrouvait dans son appartement, à ne pas faire grand-chose, on le nourrissait, on l'occupait, il avait ses films.

Il soupira, ce soir comme tous les soirs, il était là dans son salon, avait réussi à s'installer dans le canapé, devant un film. Zoé dormait, lui n'y parvenait pas. Elle s'en rendait doucement compte, mais attendait de voir si ça allait s'arranger. Elle était douce, et restait avec lui quand il s'endormait en plein après midi dans le canapé, mais çà ne durait que quelques heures.

Mais ce soir les choses étaient plus compliquées. Elle était juste à côté dans le lit, trop endormie pour comprendre. Il se retrouvait devant un écran silencieux, la bouteille offerte par son père devant lui, sur la table basse. Cela faisait dix minutes qu'il hésitait, un verre dans la main, c'était la solution de facilité, mais il sentait qu'il avait besoin d'une pause. Seulement, elle était là, juste à côté, et il ne voulait pas qu'elle le voie comme ça. Il soupira et regarda le brillant du verre dans la lumière de la télévision. Des images l'empêchaient de dormir et quand il s'endormait les cauchemars le réveillait, il désespérait, épuisé, fatigué de ce qui se passait. Il posa brutalement le verre et recula dans son fauteuil. Il ne pouvait pas faire ça, pas avec Keats juste à côté.

C'était un grand jour, Gibbs était en convalescence à l'hôpital et McGee venait le chercher pour aller lui rendre visite. C'était un grand jour en apparence, sur son visage, car au fond de lui un sentiment plus sombre, plus craintif avait pris place. Il avait peur, peur de revoir Gibbs, peur de découvrir que l'homme n'allait pas bien, que l'homme le jugerait. Il avait passé une semaine à la maison et n'avait pas pu dormir, pas put fermer les yeux plus de quelques heures. Il revoyait Gibbs et le garçon, et la culpabilité en lui ne l'avait pas quitté.

Il avait même repensé à Jenny et tout ce que cela impliquait. Il ne faisait pas son travail ou ce que Gibbs lui demandait, lui enseignait… Il avait tué le garçon que Gibbs avait sauvé au prix de sa vie, pourtant il l'avait sauvé. Il avait sauvé le vieil homme, et ce point lui apportait une sorte de soulagement.

Seulement, aujourd'hui, il espérait que son patron, toujours si bon l'aiderait à faire la part des choses, lui dirait, peut-être que ce n'est pas sa faute, qu'il a bien agi…

Il secoua la tête, sortant de sa léthargie en entendant Tim lui parler. Ils étaient dans l'ascenseur du grand bâtiment, il venait de terminer son propre contrôl.

« Tony ? »

Il y avait de l'inquiétude sur le visage du jeune homme, combien de temps avait-il été perdu dans ses pensées. Il lui sourit alors.

« Oui McCurieux ? »

L'homme l'observa quelques secondes et il savait qu'il avait volontairement changé de sujet.

« Abby a dit qu'elle sera là. » Tony sourit et leva les yeux au ciel.

« J'espère qu'elle n'a pas encore eu l'idée de faire un gâteau, je ne peux plus courir pour l'instant ! » il se tapa le ventre.

Ils entrèrent dans la chambre doucement, Gibbs était en train de parler, avec Ziva… Elle riait doucement et l'homme souriait, c'était étrange. Abby était dans le coin, à arroser une des nombreuses plantes qu'elle avait apportées.

« Je ne pense pas que tu ais eu tellement de mal à te faire offrir ce chapeau, Ziva… » Abby avait l'air joyeuse, tout semblait féérique, pourquoi ça ne le soulageait pas ?

Et elle l'aperçut, un grand sourire se dessinant sur son visage. « Tony ! ». Il ne put l'empêcher de bondir et de lui foncer dessus, Abby n'avait jamais écouté ses avertissements. Néanmoins il sourit, il était bon d'avoir la jeune gothique dans ses bras. Elle resta là longtemps et il observa Ziva, qui lui souriait doucement.

« Bonjour Tony. » Il lui sourit pour réponse, montrant de ses mains son incapacité à se déplacer avec Abby sur lui. Elle sourit un peu plus et il la vit observer Gibbs étrangement.

Il laissa Abbs se détacher et reculer pour l'observer.

« Tu as une mine affreuse ! ». Elle avec un regard maternisant, qu'il n'appréciait que rarement.

« Merci Abby. »

Il se retourna alors vers Gibbs, l'homme le fixait étrangement. « Hey boss. ». Mais aucune réponse ne lui parvint et la salle sombra dans un froid terrible. Gibbs détourna même le regard après quelques secondes et fixa celui d'une Ziva plutôt perplexe. Personne ne dit rien à ce sujet et ce fut pire que tout. Il observa Abby ouvrir puis fermer la bouche, pour finalement parler de ses plantes. Lui n'entendit plus rien, il avait sa réponse. Le regard que Gibbs lui avait offert en avait dit assez long sur la situation. Il n'y avait pas de colère, mais ce même regard étrange, cette même déception que quand Luke avait tiré. Il observa Abby, parler d'une façon qui n'était pas naturelle, il observa Tim s'approcher du lit pour donner quelque chose à Gibbs, et Ziva l'observait lui, avec un regard indéchiffrable, il ne voulait pas le lire.

Il resta là longtemps, certainement, sans bouger, sans écouter, perdu dans sa stupeur, puis sans s'en rendre compte, ses mains se mirent à manœuvrer l'engin qui le portait, il glissa en arrière, par la porte, et sortit. Il entendit les pas derrière lui, il s'en doutait, mais n'en prit pas compte, il voulait sortir.

Il avait l'impression que le nuage sur lequel il s'était caché, l'espoir que Gibbs comprendrait qu'il l'avait sauvé, s'effondrait, doucement, douloureusement. Il n'y avait plus de doute quant à la culpabilité qui sentait croître en lui, plus de doute quant au sort qu'il se donnait.

Il se retrouva dehors, à aspirer l'air comme s'il avait été sous l'eau bien trop longtemps, il ne s'était pas rendu compte à quel point il se noyait. Il paniquait, voulait hurler alors qu'il réalisait. Sa respiration avait suivi sa fureur, son désespoir et il essayait maintenant de se calmer avant d'exploser. Des passants l'observaient étrangement et passaient, certains voulurent s'arrêter mais une main se posa sur son épaule. Il avait déjà avancé bien loin des grandes portes, sur le parking, entouré de voitures.

« Tony ? ». Ziva, elle était là inquiète devant lui. Elle voulut s'approcher, faire quelque chose, mais il recula, se refusant à cela. Elle répéta son nom, et posa cette fois ses deux mains sur son visage. Elle le força a la regarder, son regard, son visage. Elle le força à se focaliser, et l'effet fut presque immédiat. Il sentait son esprit se calmer, la panique et l'angoisse disparaître.

Elle le fixa quelques instants, puis sa voix résonna doucement dans sa tête. « Gibbs ne t'en veux pas Tony, les choses sont aussi difficiles pour lui. »

Il secoua la tête et elle dût reculer. Sa crise passagère était passée, mais la douleur, le poids si lourd dans son ventre, s'était établie, encrée dans son âme. Il regarda Ziva, le regarder avec tant de douceur, d'inquiétude, il voulut la prendre dans ses bras, la serrer et se souvenir de tous ces bons moments, mais il ne le fit pas, il n'avait pas le droit. A la place il la regarda durement, plantant son regard dans le sien, il fallait l'éloigner.

« Je veux juste rentrer chez moi. »

Elle soupira. « Tony… »

« Fou moi la paix Ziva ! » il avait crié ces mots tellement fort que certains passants s'étaient retournés inquiets. Elle avait sursauté, et s'était reculé d'un pas. Il voulait juste qu'elle parte, pour effacer ce trouble qu'elle avait apporté avec elle, se trouble qu'il avait réussi à apaiser, et qui se cognait maintenant contre cet autre mal. Il voulait qu'elle parte pour effacer cette envie, immense, de la serrer dans ses bras, de l'embrasser et pleurer.

Son regard était étrange, elle ne céderait pas, mais il voyait la douleur, le désir. Il soupira et répéta calmement.

« Je veux juste rentrer chez moi. »