CHAPITRE III
DU PAIN ET DES JEUX
— Alors que nos bénéfices augmentent d'année en année, les frais d'exploitation n'ont jamais été aussi importants. Expliqua Claire Dearing à l'assemblée assise devant elle dans la salle de conférence Jeffery Hudson, située dans l'aile nord-est du Centre de la Découverte.
Nommée en l'hommage d'un romancier à succès ayant été l'un des mécènes du parc jusqu'à son décès en 2008, la salle était chaque année le lieu où Dearing conviait la presse pour présenter les nouveautés à venir du parc.
Elle était décorée de plantes en pot ainsi que de répliques de fossiles encastrées dans les murs, dont un Ichthyosauridae de six mètres de long et un Struthiomimus, tandis qu'au nord, un balcon donnait sur le Zoo et la jungle au-delà.
Une quarantaine de journalistes écoutaient la conférence et regardaient le diaporama diffusé sur le grand écran derrière Dearing tout en prenaient des notes, à l'instar de Janet, l'attachée de presse, assise au premier rang.
Les journalistes n'étaient pas les seuls invités puisqu'un petit groupe constitué de deux hommes en complets et d'une femme en tailleur, des représentants d'un partenaire potentiel, était assis au premier rang. Dearing posait souvent son regard sur eux, prenant grand soin de captiver leur attention.
— Désormais, la dé-extinction est devenue aussi familière auprès du commun des mortels que les ordinateurs ou les voyages à l'autre bout du globe étant donné que tout le monde peut regarder des animaux que l'on qualifiait jadis d'éteints, que ce soit en chair et en os ou au travers d'images vidéos de documentaires ou disponibles sur Internet.
Une capture d'écran d'une vidéo intitulée « Ces dinosaures mangent des fruits fermentés, découvrez ce qui se passe après ! » et comptabilisant quelques centaines de millions de vues apparut sur l'écran, déclenchant quelques rires de la part de l'auditoire dont la majorité des membres avaient déjà visionné la vidéo en question au moins une fois, celle-ci ayant fait le tour du web.
Dearing appuya sur un bouton du pointeur qu'elle tenait en main et la capture d'écran laissa place à des photos prises par des visiteurs à Jurassic World, chacune comportant au moins quelques hashtags dans leurs descriptions.
— Depuis quelques années, nous ne sommes plus le seul établissement hébergeant des animaux éteints puisque nous avons vendu des animaux à plus d'une vingtaine de parc zoologiques et d'aquariums de par le monde…
Sur l'écran, les logos des établissements concernés s'affichèrent sur la diapositive et parmi eux, étaient ceux de certains des zoos les plus fréquentés et réputés de leurs nations respectives.
Quelques secondes plus tard, Dearing passa à la diapositive suivante, comportant des photographies d'animaux d'InGen évoluant dans les enclos des dits zoos.
Sur l'une des images, une foule de visiteurs était regroupée à proximité d'une plateforme de nourrissage, situé au bord d'un enclos herbeux, observant les deux Parasaurolophus et le pachycephalosaure qui s'étaient rapprochés tandis que sur une autre des visiteurs étaient regroupés devant une grande vitre donnant sur un bassin entouré de plantes tropicales et étaient en admiration devant un Baryonyx, presque totalement immergé avec uniquement le bout du museau d'émergé. Les légendes sous les photos indiquaient que la première avait été prise en France et la seconde à Singapour.
— Aujourd'hui, beaucoup d'enfants nés après la seconde moitié des années 2000 regardent un stégosaure de la même manière qu'ils regarderaient un éléphant du zoo municipal étant donné qu'ils n'ont jamais connu un monde où recréer, et approcher en toute sécurité, des espèces disparues relevait du miracle voire de l'impossible.
Elle marqua une pause puis reprit son discours.
— Cependant, cela ne veut pas dire que nous ne reposons sur nos lauriers, loin de là. Proposer de la nouveauté aux visiteurs est crucial afin de les encourager à revenir ici et cela se ressent dans notre chiffre de fréquentation puisqu'à chaque fois que nous ouvrons une nouvelle attraction, les visiteurs affluent en masse. A terme, nous souhaitons ouvrir une grande attraction tous les ans et la richesse de notre banque génomique nous permet d'imaginer toute une panoplie d'attractions biologiques. Là où une trentaine d'espèces animales de l'ère Mésozoïque ont pu être clonées pour le projet Jurassic Park, notre fabrique à San Diego contient actuellement des embryons de plus de deux cent cinquante espèces originaires non seulement du Mésozoïque mais aussi du Paléozoïque et du Cénozoïque.
Alors qu'elle prononçait ces mots, des représentations d'animaux recrées par la société commencèrent à apparaître sur l'écran de plus en plus rapidement jusqu'à ce qu'ils forment une mosaïque représentant le logo d'InGen.
— Cette liste ne fait que s'allonger d'année en année ce qui tombe bien puisque nous avons le projet d'ouvrir d'autres parcs de par le monde d'ici 2025, dont un en Méditerranée et un autre dans le Sud de la Chine. Mais avouons-le, ajouter à notre collection une demi-douzaine d'espèces d'oiseaux du Crétacé chinois ou un reptile marin du Trias semblant tout droit sortie d'un film de science-fiction ne va pas faire déplacer les foules. Non le public veut des animaux plus gros, plus bruyants… plus méchants. Je vais poser une question à nos chers invités ici présents: Quel genre d'attraction voulez-vous sponsorisez ? Demanda Dearing aux représentants.
L'un d'eux, un quinquagénaire gros et chauve, leva la main.
— Oui, Monsieur Hosterly ?
— Du genre qui nous excite et qui nous scotche sur place. Lui répondit-il.
Dearing sourit. Elle s'était attendue à une réponse similaire à celle d'Hal Hosterly.
— Cela tombe bien. La bonne nouvelle est que nos avancées en génétique ont récemment ouverts une toute nouvelle frontière et permis de concevoir l'attraction à venir qui possède les qualificatifs que vous venez de donner.
— Quel est l'animal star de cette prochaine attraction ? Demanda l'une des journalistes.
— Je peux commencer par vous dire qu'aucune trace fossile de cet animal n'a été découverte, répondit Dearing, et les chances pour ça arrive sont nulles, pour ne pas dire totalement impossible. Ajouta-elle avec une pointe de mystère.
Les membres de l'auditoire s'échangèrent des regards circonspects et commencèrent à chuchoter entre eux.
— Il s'agit d'un animal d'un genre nouveau, un pionnier. Une créature sans précédent qui effraiera petits et grands. Décrivit Dearing.
Elle s'interrompit momentanément pour reprendre son souffle avant de reprendre d'une voix pleine d'assurance et de fierté.
— Laissez-moi vous présenter l'Indominus rex, la première espèce de dinosaure crée par l'Homme. Notre premier hybride.
Il eut des exclamations de surprise suite à cette révélation et les discussions reprirent de plus belle avant d'être interrompues par une musique menaçante sortie des enceintes et servant de bande-son à la vidéo de présentation diffusée sur l'écran qui montrait une reconstitution en images de synthèse d'une sorte de version moderne d'une arène antique.
— Au sein d'une arène de plus de huit mille places pouvant être plongée dans l'obscurité grâce à un système de parois coulissantes, vous serez témoins de la puissance et de la bestialité de cette créature.
La vidéo montra ensuite une herse barrant un tunnel obscur être relevée, puis l'image devint noire et un cri monstrueux se fit soudainement entendre, faisant sursauter le public qui lut alors à l'écran :
Colisée de l'Irex
Ouverture en Juillet 2018
Le logo du parc ainsi que celui d'InGen et de Masrani Global s'affichèrent et l'auditoire, conquis par la présentation, applaudit.
— Merci. Merci. Maintenant, je vais laisser le Professeur Henry Wu vous en dire plus à propos de la nature exacte de cet animal.
Derrière elle, un homme d'origine asiatique jusque-là assis silencieusement sur une chaise à côté de Régina Powers, la directrice des relations publiques, se leva et marcha vers le bord de l'estrade alors que Dearing allait s'asseoir à côté de Powers.
— Merci Claire. Lui dit-il lorsqu'elle lui passa le pointeur sans dire un mot.
Malgré le fait qu'il avait le milieu de la cinquantaine d'années, Wu paraissait plus jeune qu'il ne l'était à cause de son visage dépourvu de rides et de son habillement constitué d'un T-shirt noir moulant, d'un pantalon en jean et d'une paire de baskets.
— Avant de commencer, y-a-il des remarques ? Demanda-il.
L'un des journalistes leva la main.
— Oui ?
— Madame Dearing vient de dire qu'il s'agissait d'un hybride. Par hybride, est-ce que vous entendez quelque chose comme le ligron qui est la progéniture d'un lion mâle et d'une tigresse. Si c'est le cas, comment est-ce vous avez fait en sorte que deux animaux d'espèces différentes se reproduisent ensemble.
— L'Indominus rex ou Irex comme nous aimons l'appeler n'a pas été engendrée via une reproduction sexuée entre deux espèces différentes au même titre que le ligron, le whalphin ou le mulet. Contrairement à eux elle n'a pas de parents et elle a été conçue à partir de zéro en utilisant bien plus que le génome de deux espèces différentes. Expliqua Wu. Pour la qualifier, je préfère utiliser le terme de chimère que d'hybride mais le second serait plus vendeur selon nos experts marketing… ainsi que la direction. Ajouta-il en jetant un bref regard en coin à Dearing.
Celle-ci lui répondit par un sourire que Powers vit qu'il était forcé.
— Sans plus tarder, je vais laisser l'une de nos mascottes adorées vous en dire plus à propos de la manière dont nous l'avons conçue dans une vidéo promotionnelle qui sera mise en ligne dès ce soir. Bon visionnage.
Il se tourna vers l'écran et appuya sur le pointeur avant d'aller rapidement se rasseoir à droite de Dearing tandis la vidéo démarrait.
Elle s'ouvrit sur les laboratoires du parc, montrant des laborantins en blouse blanche affairés au-dessus de leurs plans de travail, forant des morceaux d'ambre contenant des insectes, réglant les commandes d'une centrifugeuse ou regardant un code génétique défiler sur un écran d'ordinateur.
Soudain, le couvercle d'une éprouvette se souleva et un tourbillon multicolore en sortit pour se diriger vers le milieu de la pièce.
Là il prit la forme d'un personnage filiforme et constitué d'une suite de boules blanches, rouges, jaunes et bleues, chacune des couleurs étant associée à l'un des quatre types de bases azotées constituant un brin d'ADN.
Il regarda la caméra avec ses grands yeux.
— Bonjour les amis. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je me présente : Monsieur ADN, l'une des mascottes de Jurassic World. Je vous parle depuis les laboratoires Norman Atherton du Centre de la Découverte, un lieu incroyable à la pointe de la technologie où les savants d'InGen s'efforcent à reconstituer le génome d'espèces depuis longtemps disparues. Cependant, nous ne parlerons pas de cela aujourd'hui même si toutefois, j'invite ceux pour qui c'est un sujet inconnu ou difficile à comprendre à voir ou revoir la vidéo où j'explique nos méthodes de clonage, diffusée pendant la visite mais aussi disponible sur notre chaîne Youtube. Il vous suffit juste de cliquer ici. Dit Monsieur ADN en pointant la miniature d'une vidéo dans le coin inférieur gauche de l'écran.
— Ainsi vous compter laisser un personnage de dessin-animé fournir les explications à votre place ? Vous vous reposez sur vos lauriers mon cher… Souffla Dearing à Wu sur un ton narquois.
— Bien au contraire, Claire. J'ai participé à l'écriture de la vidéo en plus du travail de consultant qui m'a été demandé. La vulgarisation n'est pas une mince affaire vous savez.
Dearing releva les yeux vers l'écran.
— Cette vidéo est la première d'une série consacrée à la grande nouveauté 2018 du parc, dit Monsieur ADN, et aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous en révéler la nature et de discuter à son sujet avec un invité de marque. Un individu fantastique et brillant sans qui Jurassic World n'aurait pu exister et le principal génie créatif derrière notre nouveauté. Je veux bien entendu parler de l'éminent Docteur… euh Professeur Henry Wu.
Des bruits de pas se firent entendre d'un couloir adjacent.
— Je crois qu'il arrive. Susurra Monsieur ADN à la caméra.
Une porte s'ouvrit, laissant entrer Wu dans la salle.
— Ah, Monsieur ADN ! Fit le généticien d'une voix enjouée. Vous êtes enfin sortit de votre éprouvette !
— Et comme vous pouvez le voir, je joue dedans aussi… Fit remarquer Wu à la directrice qui émit un petit son dédaigneux.
Durant quelques minutes, Wu et Monsieur ADN expliquèrent à grand renfort de maquettes et de schémas comment il était possible de créer une espèce totalement nouvelle à partir de morceaux du génome d'espèces existantes que l'on assemblait, à la manière d'échantillon de peintures que l'on mélange pour obtenir une certaine couleur.
Comme ils l'expliquèrent juste avant, les animaux d'InGen étaient déjà, par définition, des chimères puisque les fragments d'ADN retrouvé dans l'ambre et les fossiles avaient été complétés avec l'ADN d'animaux contemporains, batraciens principalement mais aussi des reptiles et des oiseaux, ce qui dans certains cas, eut des conséquences sur les caractéristiques physiques de l'animal.
Ainsi, et comme Wu le démontra en illustrant son propos avec des photographies d'animaux clonés, certains de ces derniers ne ressemblaient qu'assez peu aux créatures originales qui foulaient la Terre au Mésozoïque.
La dé-extinction n'en étant qu'à ses débuts à la fin des années quatre-vingts et au début des années quatre-vingt-dix, Wu et ses équipes s'efforçaient à l'époque de recréer des espèces disparues du mieux qu'ils le pouvaient selon les moyens et le temps qu'il leur était alloué ainsi que les connaissances paléontologiques de l'époque.
Parfois, ils utilisaient l'ADN d'espèces déjà clonées lors de la reconstitution de nouvelles ou même, mélangeait ceux d'animaux classés au sein d'un même genre selon la classification de l'époque, créant ce que Wu qualifia de « chimères officieuses » dont il donna un exemple, celui des « vélociraptors ».
En vérité, ceux-ci n'avaient rien en commun avec leurs homologues fossiles, Velociraptor mongoliensis et Velociraptor osmolkae, car ils résultaient principalement d'un croisement génétique entre Deinonychus antirrhopus et Achillobator giganticus, nommées respectivement Velociraptor antirrhopus et Velociraptor giganticus dans une classification de l'époque faite par le paléontologue Gregory S. Paul, classification alors utilisée par les équipes d'InGen qui s'étaient contentées du fait que les fragments de paléo-ADN provenant d'animaux du genre Velociraptor sans se préoccuper du fait qu'ils provenaient de fossiles récoltés à deux endroits opposés du globe ou des différences entre les espèces.
Lorsque l'on se rendit compte de cette erreur au cours des années 2000, les deux souches existantes de « vélociraptors » d'InGen furent placées sous le nouveau taxon de Neoraptor athertonii, une toute nouvelle espèce de dinosaure, fabriquée par l'Homme mais de manière non-intentionnelle cependant, contrairement à l'Indominus.
Avec cette dernière, le but différait dans le sens où créer une toute nouvelle espèce était justement la finalité à atteindre et le principe consistait dans les grandes lignes à davantage équilibrer les proportions prises par les fragments de génome des différentes espèces choisies au sein du génome final de la créature au lieu de faire en sorte que les fragments de paléo-ADN de l'espèce à reconstituer n'occupe la majorité de la composition génomique, et ce, afin de faire ressortir au mieux les caractéristiques des différentes espèces à hybrider dans le produit final.
A un moment, Dearing ne put s'empêcher de glousser lorsqu'elle vit Monsieur ADN reposant sur l'épaule de Wu tel un capucin sur celle d'un pirate car l'effet spécial était raté selon elle (d'après ses dires ce jour-là, Monsieur ADN avait une tête de « défoncé au crack »).
Mais l'auditoire, lui, avait ri de bon cœur aux manières et aux blagues de l'enzyme anthropomorphique et au final, la vidéo fit aussi forte impression que celle présentée par Dearing, voir plus, ce qui ne fut pas au goût de cette dernière.
Une fois la vidéo terminée, Wu revint sur le devant de l'estrade pour ajouter des précisions vis-à-vis de la vidéo ainsi que pour poursuivre son exposé.
Ils conclurent la conférence à dix heures quarante-cinq et quittèrent le bâtiment pour gagner un parking à l'entrée du Quartier des Employés Ouest où attendaient plusieurs bus-navettes arborant le logo du parc, un squelette blanc de tyrannosaure sur fond de ciel nocturne zébré d'éclairs au-dessus du sommet rougeoyant d'un volcan en éruption.
Tandis que les journalistes ainsi que Wu, Powers et Janet montaient à leur bord, Dearing emmena avec elle Hosterly et ses deux collègues, Erica Brand, une femme grande et élégante au teint mat et aux cheveux longs et noirs, et Jim Drucker, un homme maigre aux cheveux bouclés bruns et à l'allure nerveuse, et ils montèrent tous les quatre dans une autre navette que le reste du groupe, plus petite et ouverte sur l'extérieur.
Le chauffeur démarra dès que Dearing lui en donna l'instruction et le groupe de véhicules prit dans un premier temps la direction des pentes au pied du rebord du plateau avant de bifurquer vers le nord et de se séparer à une intersection quelque part à l'Ouest du Royaume du Tyrannosaure : Là où les navettes transportant les journalistes et les collègues de Dearing prirent une route surplombant sur une courte distance l'enclos au niveau d'une route de corniche taillée dans la base d'un éperon rocheux haut de quatre-vingt mètres, la leur emprunta une route en côte qui les emmena en direction d'un espace plat située entre les rebords du plateau et l'éperon.
Ce dernier s'étirait vers l'est sur plus de cent trente mètres avant de rétrécir subitement jusqu'à ne former qu'un promontoire aux bords aiguisés, donnant à la masse rocheuse la même allure que la proue d'un navire.
Au sommet de l'éperon, se dressait le bâtiment administratif, une construction basse toute en longueur, au toit densément végétalisé, couronné même d'arbres, et aux façades de la même couleur que celle de la roche environnante, ce qui faisait que de loin et depuis Burroughs, seuls ceux ayant connaissance du lieu arrivaient à distinguer la bâtisse du roc sur lequel elle reposait.
Les envoyés ne le virent que plus tard mais entre le parking qu'ils longèrent et le bâtiment en lui-même, il y avait un abîme qui ne pouvait être franchit qu'au niveau d'un pont menant aux marches à l'entrée du bâtiment, semblable d'une certaine manière à une forteresse quasi-imprenable ou à un monastère reclus.
Une fois l'administration derrière eux, la route descendit doucement au milieu de la végétation dense de la jungle, jusqu'à une croisée des chemins où la navette prit à gauche, suivant la piste terreuse qui s'enfonçait dans une vallée étroite, profonde et sinueuse.
Au détour d'un virage plusieurs centaines de mètres plus loin, une haute cascade, étroite à son sommet et large à sa base, apparut et Dearing entendit Hosterly siffler d'admiration.
La navette s'y dirigea et stoppa à l'extrémité de la piste, juste devant un petit bâtiment à toit de chaume semblable à une hutte et situé à côté d'un héliport, bâti à l'origine pour Jurassic Park et servant de lieu d'atterrissage pour les hélicoptères transportant les VIP ainsi que de point de départ pour les tours de l'île en hélicoptère.
Les passagers descendirent du véhicule et Dearing invita le trio d'envoyés à entrer dans la hutte pour y patienter en attendant l'arrivée de l'appareil qui allait les emmener au Colisée de l'Irex.
Alors qu'Hosterly et ses compagnons contemplaient la cascade et le point d'eau dans lequel elle se jetait, ils se mirent à entendre un vrombissement à l'ouest et quelques instants plus tard, un Aérospatiale AS350 Écureuil blanc à queue verte surgit d'au-delà des crêtes pour amorcer sa descente vers le macadam.
Quand il fut posé et que la rotation des pales eut suffisamment ralentit, l'employé en polo rose affecté à la surveillance de l'héliport invita Dearing et les envoyés à la suivre et il leur ouvrit la porte de l'habitacle.
Dearing laissa d'abord les envoyés monter en premier puis elle s'installa sur le siège derrière le pilote. Les passagers bouclèrent leur ceinture, attrapèrent les casques rangés au-dessus d'eux et les mirent sur leurs oreilles, puis l'employé ferma la porte et s'éloigna de l'hélicoptère en pleine procédure de décollage.
L'appareil s'éleva lentement dans les airs, presque parallèlement à la cascade.
Le pilote parla dans son micro :
— Chers Messieurs et Mesdames, laissez-moi vous souhaiter la bienvenue à bord de cet appareil. Déclara-il dans son accent indien.
Dearing, n'ayant entraperçu qu'un homme grand et basané proche de la cinquantaine vêtu d'une chemise en lin blanche et d'un pantalon en soie bleu lorsqu'ils avaient gagnés l'appareil, reconnut la voix.
— Surprise de me voir aux commandes, Claire ? Fit le pilote, amusé.
— Bonjour Monsieur Masrani. Un peu surprise en effet, j'ignorais que vous saviez piloter. Comment vous portez-vous ?
— Très bien ma chère. J'ai eu ma licence de vol il y a deux semaines et j'ai hâte de survoler moi-même l'île. Carl est là pour m'aider si besoin. Dit-il en regardant son copilote
— Ah, où sont donc mes manières ? S'écria Dearing en se rappelant des autres passagers. Je vous présente Messieurs Hal Hosterly et Jim Drucker ainsi que Madame Erica Brand, représentants de Global Broadcoasting Company.
Masrani, une paire de lunettes de soleil sur les yeux, se retourna pour saluer les envoyés.
— Vous êtes donc des médias ? Un milieu que je connais, étant moi-même un actionnaire majoritaire de l'une des plus grandes chaînes indiennes.
— Quelle excellente surprise de vous avoir en notre compagnie, Monsieur Masrani. Fit Drucker. Madame Dearing ne nous a pas mentionnés que vous alliez nous rejoindre.
— Oh, elle aussi ne s'attendait pas à me voir. Leur apprit-il en rigolant. A ce sujet ne vous inquiétez pas, Claire. J'ai déjà prévenu Alain qu'il y aura un couvert supplémentaire. Je lui ai juste demandé de garder le secret quand à ma venue.
Alors que l'hélicoptère continuait de s'élever, il se tourna vers les envoyés.
— Comment le séjour sur Isla Nublar se déroule ?
— Très agréable. Répondit Brand. Cet endroit est vraiment hors du temps.
— Le paradis sur Terre, n'est-ce pas ? Si tout va bien, mettons-nous en route. Dit Masrani avec entrain. Claire, montrez-moi ce nouveau dinosaure.
L'hélicoptère termina son ascension et mit le cap dans un premier temps au Nord-Est.
