Chapitre 9

En se réveillant Ziva était attachée à une chaise, seule. Elle tenta de défaire ses liens mais sans succès. Ce qui en disait long sur celui qui l'avait enlevée : qui que ce soit il n'avait rien d'un amateur. La chambre où elle se trouvait était décorée comme dans les vieux films qu'affectionnait Tony : murs recouverts de papier peint à fleurs, épaisse moquette sur le sol, la chaise à laquelle elle était ligotée faisait face à un secrétaire en bois clair. Le lit était fait de manière impeccable, et à moitié recouvert d'un couvre-lit rose orné de roses blanches. Ziva grimaça. Quitte à être kidnappée elle aurait aimé ne pas se retrouver chez une gentille grand-mère. Elle pouvait presque sentir l'odeur de soupe aux choux… et ce n'était pas le moment d'avoir ce genre de pensées. Johnson, si c'était bien lui qui l'avait assommée, pouvait revenir d'une minute à l'autre, et où était passé le directeur ?

L'allure vieillotte de la chambre lui donna une idée : dans un secrétaire comme celui-là il devait bien y avoir un coupe-papier ! La clé était sur le meuble mais ses mains était bien trop basses. Par contre, ses pieds étaient moins serrés que ses mains, elle pouvait se redresser légèrement… Juste assez pour saisir la clé entre ses dents.

Tous ses muscles se tendirent quand le meuble s'ouvrit bruyamment mais plusieurs minutes s'écoulèrent sans que personne ne rentre dans la chambre. Ou il n'y avait personne pour l'entendre, ou ils ne pensaient pas qu'il puisse représenter un danger. Ce fut de nouveau sa bouche que Ziva utilisa pour fouiller le contenu du secrétaire.

Pendant le court trajet en voiture, Tony expliqua à Mac Gee ce qu'il venait d'apprendre. L'aide du major Carter ne fut pas de trop pour contrer l'incrédulité du jeune agent : quelques formules mathématiques et physiques incompréhensibles parurent le convaincre.

La voiture de Ziva était bien sur le parking de l'hôpital. Il n'y avait pas de trace de lutte à l'intérieur ni à l'extérieur du véhicule. Mais la portière s'ouvrit dès que Tony actionna la poignée.

- Ca ne ressemble pas du tout à Ziva de laisser ouvert, remarqua-t-il.

Pendant que les agents, à genoux, inspectaient le sol et en particulier l'espace sous la voiture, le major Carter avait sorti un appareil ressemblant à détecteur de métal qui émettait des « bips » intermittants. Curieux, Mac Gee se redressa et se rapprocha d'elle.

- Qu'est-ce que vous faites ?

- Je recherche des traces résiduelles de naquadah. Il s'agit d'un métal qui entre dans la composition des appareils Goa'ulds. Lorsqu'ils utilisent leur technologie des particules microscopiques peuvent se déposer autour d'eux. Mais ici il n'y a rien.

- Vous pensez que ça s'est passé ailleurs ?

- C'est possible. Ou alors il ne s'est servi que de sa force et de notre bonne vieille technologie terrienne.

- En tous cas Ziva n'a pas eu le temps d'utiliser la sienne, répondit DiNozzo en sortant la tête de l'habitacle.

Il tenait un revolver dans sa main gantée.

- Je l'ai trouvé sous le siège conducteur, précisa-t-il.

Il n'y avait pas besoin de plus d'explications. Ziva n'était certainement pas du genre à laisser tomber son arme. Quelque chose s'était passé sur ce parking.

Les deux agents accompagnés du major poursuivirent leur enquête en se dirigeant vers l'hôpital. Une secrétaire qui semblait avoir douze ans et une anomalie congénitale figeant les coins de sa bouche vers le haut leur indiqua la chambre où le directeur avait passé la nuit. Il n'y avait pas de nouvel occupant mais le lit avait été refait et le sol était encore humide. Il ne semblait pas y avoir grand-chose à en tirer. Tony alla interroger le personnel, Mac Gee se pencha pour regarder sous le lit… et sa tête heurta douloureusement le montant quand un bruit strident retentit dans la pièce.

- Ouch, grogna-t-il en se redressant plus lentement.

- Je suis désolée, agent Mac Gee, dit le major mais son sourire amusé démentait cette affirmation. Le bruit provenait de l'appareil qu'elle tenait à la main, et s'amplifia encore quand elle s'approcha du lit.

- Je n'avais jamais vu de telles traces de Naquadah sur terre, dit-elle en fixant l'écran de son appareil. Quoi qu'il se soit passé ici, la technologie Goa'uld a été utilisée, et pas qu'un peu.

- Vous devriez faire réviser vos appareils, décréta Tony en revenant dans la pièce. Il ne s'est rien passé ici.

- Comment le savez-vous ?

- L'infirmière a vu Ziva arriver et repartir avec le directeur. Elles ont signé les papiers, tout est en règle. Et le directeur n'a reçu aucune autre visite ce matin.

- tu penses que Johnson les attendait à la voiture ? demanda Mac Gee.

- Il a dû agresser Ziva pendant qu'elle ouvrait sa portière. Le directeur n'avait pas son arme, nous l'avons récupérée comme pièce à conviction hier soir. Elle ne pouvait pas l'aider.

- c'est une belle théorie, admit Carter, mais mon détecteur ne ment pas.

- Johnson a agressé le directeur avec l'appareil qu'il portait au poignet et l'a projetée en arrière. Le Naquadah aurait-il pu se trouver sur elle ?

- S'il y en avait de faibles traces, peut-être. A un tel niveau, ça m'étonnerait.

- D'accord, admit DiNozzo. Quelle est votre théorie ?

Le major haussa les épaules.

- Nous avons vu des Goa'ulds invisibles, d'autres qui utilisaient une drogue pour manipuler les gens. L'une des ces technologies aurait très bien pu être utilisée ici, ou une autre que nous n'avons pas encore vue. Tout ce que je sais c'est que Jonhson, ou quel que soit le nom que son symbiote utilise, est venu ici.

- D'accord chef, fit DiNozzo d'un air supérieur qui lui attira un regard foudroyant. Au cas où, j'ai récupéré la bande de la caméra de surveillance en face de la chambre. Le Bleu, tu pourras t'offrir une séance vidéo en rentrant. On y va ?

Gibbs fulminait. Abby avait facilement trouvé l'hôtel. Une caméra de surveillance était située juste en face et on y voyait Johnson entrer, téléphoner, et repartir.

- Vous dites que ces aliens ont dormi pendant des millénaires, ragea-t-il en direction de O'Neill. Est-ce qu'ils ne devraient pas ignorer qu'on peut localiser un appel ?

- Il était encore plus facile de localiser les signaux de fumée, répondit le colonel, pince sans rire.

- Colonel, commença Gibbs mais l'alien Teal'c l'interrompit.

- Le goa'uld a toute la connaissance de ses hôtes. Tout ce que le colonel Horn ou le lieutenant Johnson savaient, il le sait également.

- D'accord. Abby, est-ce qu'il y a une autre caméra à proximité ? Je voudrais une image de son véhicule. Si on y voit Ziva ou le directeur, c'est encore mieux.

- Négatif, répondit la scientifique. Il y a une caméra sur le parking mais aucune trace d'eux. Il a pu se garer dans les petites rues derrière. Par contre, je sais peut-être où il est allé.

- On t'écoute.

- La mère du colonel Horn habitait à quelques kilomètres de cet hôtel.

- Il sait très bien que nous pouvons la trouver, remarqua O'Neill. Ca m'étonnerait qu'il y soit allé.

A ce moment le portable de Gibbs se mit à sonner. Le numéro était masqué mais il savait quelle voix il allait entendre avant de décrocher. Il fit inutilement signe à Abby.

- Johnson, où êtes-vous ?

- Je vous salue également, agent Gibbs. Etes-vous prêt à me livrer Jackson ?

- Je veux parler à un membre de mon équipe.

- C'est moi qui décide qui parle à qui.

- Je ne négocierai pas tant que je n'aurai pas la preuve qu'elles sont en vie.

Il y eut un silence puis…

- Vous avez trente secondes.

Et une autre voix remplaça celle du lieutenant.

- Jethro ?

- Jen ? Tout va bien ?

- Je vais bien, Gibbs.

- Ziva ?

- Je ne l'ai pas vue depuis qu'il nous a enlevées. Jethro, tu dois lui livrer Danny, tu m'entends ?

- Oui, Jenny. Ne t'inquiète pas tout va bien se passer.

- Ca suffit, interrompit le lieutenant Johnson. L'autre est en vie également mais elles ne le resteront pas longtemps si vous n'y mettez pas un peu du vôtre. Vous avez dû pister cet appel alors je veux Jackson ici dans une heure. Seul et sans arme.

- Je pourrais vous le promettre mais vous savez aussi bien que moi que ce serait un mensonge. Si je dois vous livrer Jackson, il ne viendra pas seul et je peux vous garantir que mon équipe ne repartira sans être au complet. Vous nous attendez ou non, c'est votre choix.

Sur ce, Gibbs mit fin à la conversation et jeta violemment le téléphone sur la table.

- Colonel O'Neill, il faut qu'on parle.

Sur ce, Gibbs sortit de la pièce à grands pas, suivi par O'Neill dont le demi-sourire avait disparu. Il s'était montré conciliant envers le NCIS parce qu'il savait ce que signifiait s'inquiéter pour un membre de son équipe mais Gibbs allait trop loin, et il était temps de le lui signifier. Dans un premier temps, le colonel pensait qu'on allait le conduire dans la salle de réunion mais l'agent spécial s'engouffra dans l'ascenseur et appuya sur un bouton avant de stopper la cabine. Les lumières s'éteignirent.

- Qu'est-ce ça signifie ? demanda O'Neill. Vous me retenez ici pendant que votre équipe va livrer mon archéologue ?

- Je veux savoir ce que vous trafiquez. Jackson n'est pas qui il dit être.

- Premièrement, Daniel n'a rien dit, c'est vous qui avez tiré des conclusions. Deuxièmement, nous avons été honnêtes avec vous en dévoilant des secrets qu'en théorie vous n'auriez pas dû connaître. Quelque soit votre problème il ne vient pas de l'Air Force ni de Daniel.

- Alors expliquez-moi pourquoi le directeur m'a dit de me méfier de lui ?

- Elle vous a dit ça ? Moi, tout ce que j'ai entendu c'est qu'elle vous demandait de le lui livrer. Et croyez-moi, sous la torture elle aurait dit n'importe quoi. Et avant que vous ne protestiez je vous parle de torture Goa'uld, ca ferait craquer n'importe qui.

- Vous ne connaissez pas Jen. Moi je crois qu'elle a fait semblant de coopérer pour me faire passer un message. La directrice du NCIS n'appelerait pas Danny un témoin qu'elle connait à peine.

O'Neill le regarda, intéressé.

- Danny Fulton. C'est le nom d'un homme que nous avions trouvé à moitié mort dans un caniveau berlinois il y a une douzaine d'années. Il avait des informations à nous communiquer. Nous l'avons pris pour une victime et avons suivi ses instructions sans nous méfier. Il nous a mené tout droit à un guêt-apens. Un de mes meilleurs amis est mort et Jen a passé deux semaines à l'hôpital.

- Je suis désolé pour vous. D'accord, votre patronne vous a prévenu que quelque chose ne tournait pas rond. Mais on pouvait déjà se douter que c'était un piège.

- Et Jenny le sait parfaitement. Elle ne nous aurait pas envoyé un message pour ca. Ce message me dit de me méfier de Jackson, donc je me méfie de vous.

- Ou il dit autre chose. Ce guêt-apens, il était organisé comment ?

- Une bombe déclenchée par la sonnette de l'entrée. Inutile de vous dire que depuis, au moindre doute j'enfonce la porte.

- Ecoutez, agent Gibbs, nous n'avons pas de temps à perdre, vos agents n'ont pas de temps à perdre. Si vous ne voulez pas me donner cette adresse Carter la trouvera. Nous aurons ce Goa'uld avec ou sans votre aide.

Gibbs hésita un instant. A part la mise en garde de Jenny il n'avait aucune raison de se méfier de l'Air Force mais il ne pouvait pas pour autant ignorer son message.

- Comment allez-vous procéder ?

- Deux équipes entraînées n'attendent que mon ordre pour investir la maison.

- Vous ignorez où sont les otages et si Johnson a des complices.

- Nous n'avons pas le temps de faire venir des capteurs infra-rouge. Mes hommes sont entraînés pour toutes les situations et ils sauront faire face.

- Mais si la porte est piégée ou s'il y a des snipers ils vont tous y rester. On ignore ce qu'ils ont fait à cette maison.

- Vous avez un autre plan ?

- Jackson. Je le veux sur place pour obliger Johnson à bouger.

- Bien que vous ne lui fassiez plus confiance ?

- Je ne fais confiance qu'à mon équipe, O'Neill. Si Johnson voie Jackson, on peut négocier. Je veux savoir où sont Ziva et le directeur avant de lancer l'assaut.

- Il est hors de question d'utiliser Daniel comme appât.

- S'il est réellement celui qu'il semble être, alors il voudra le faire.

- C'est la raison pour laquelle je n'ai pas l'intention de lui demander son avis. Vous protégez votre équipe, je m'occupe de la mienne.

En rentrant de l'hôpital Mac Gee, DiNozzo et le major Carter avaient trouvé le Dr Jackson devant l'ordinateur et Mr Quinn au téléphone.

- Vous n'aviez pas remarqué le vol ? combien d'objets ?

Un silence, puis l'homme écrivit quelques mots sur son calepin.

- D'accord. Quand les avez-vous vus pour la dernière fois ? Si longtemps ? Oui, j'ai l'expérience des tracasseries administrative mais à ce point là c'est rare. Merci beaucoup. Oui, si je les retrouve j'essayerai de les renvoyer au gouvernement.

- Plusieurs objets de la collection ont bien disparu, confirma Jonas en direction de Jackson. Celui qui ressemblait à un appareil à main, on sait maintenant d'où venait le bouclier, un autre que je crois être un projecteur holographique, et une statuette… Celle-ci, justement, ajouta-t-il en montrant l'écran de l'ordinateur sur lequel travaillait Jackson. Celui-ci fit une grimace.

- Je crois qu'on a un problème.

- On en avait déjà plusieurs.

Daniel saisit la souris et zooma sur une série d'inscriptions situées sur le côté de la statuette.

- Comment traduiriez-vous ceci ?

- Je n'ai jamais eu vos talents, sourit le plus jeune agent de l'Air Force, mais je veux bien essayer. Voyons, ce symbole désigne Tefnout, celui-ci… un corps ? Et là, nous avons le symbole de la pierre, tout ceci semble désigner la statuette. Elle représente Tefnout ?

- Sans aucun doute, approuva Jackson. Mais si vous regardiez cette partie là ?

De la main, il pointa la partie inférieure du texte. Les yeux de Jonas se portèrent dessus.

- Ca parle d'exil ? Ca expliquerait pourquoi on a jamais retrouvé TefNout ? Je dirais qu'elle a été exilée au milieu des eaux… Pour des millénaires.

- C'est une traduction possible, mais en l'occurrence je dirais que ce glyphe signifie « emprisonnement », non « exil ». Il a changé de signification vers le milieu du dixième sciècle avant jésus Christ. C'est…

L'archéologue s'interrompit brusquement. Carter s'avança, surprenant les deux autres qui ne les avaient pas entendus arriver.

- Daniel ? vous vous souvenez… ?

- Des hyéroglyphes, oui. Et j'ai parfaitement compris ce dont vous nous avez parlé toute à l'heure.

- Hey, Mac Gee, murmura Tony, tu as compris toi ce dont elle a parlé ? C'était un lien entre l'histoire des aliens et ces inscriptions, non ?

- Non. Je ne vois pas du tout ce qu'ils trouvent à ces inscriptions.

- C'est la preuve qu'un type qui a perdu la tête est plus génial que notre génie local !

- Je ne suis pas Egyptologue. Et peut-être que Jackson s'est trompé, suggéra Mac Gee.

Mais un coup d'œil au major leur prouva le contraire. Elle avait l'air contrarié.

- Où sont Teal'c et le colonel ? demanda-t-elle.

- Eh bien c'est assez curieux, répondit Jonas. Ils étaient en haut avec l'agent Gibbs et il m'a semblé entendre l'ascenseur se mettre en marche mais ils ne sont jamais descendus. D'ailleurs, quand cette lumière clignote ca ne veut pas dire que l'ascenseur est coincé ?

Le major sortit son portable.

- Une panne, grogna –t-elle. Ca arrive souvent ?

Tony l'arrêta avant qu'elle ait pu composer un numéro.

- Non, ne vous en faites pas, expliqua-t-il, notre ascenseur sert souvent de salle de réunion.

Carter fronça les sourcils mais Jonas eut un grand sourire.

- J'ignorais que les terriens faisaient ça. Dites, Sam, il y a une raison à cette coutume ?

- On met rarement des micros dans un ascenseur, répondit Ziva.

- Et c'est une coutume Gibsienne, pas terrienne, renchérit Tony. Rassurez-vous, normalement ça veut simplement dire qu'il passe un savon à votre patron. Et personne n'est encore jamais mort.

Les membres de l'Air force n'eurent pas l'air impressionné.

- Seul face au colonel assisté de Teal'c ? plaisanta Jonas. C'est le vôtre de patron qui risque sa vie.

- Teal'C a pris l'escalier, remarqua Carter en saluant l'alien de la main. Que se passe-t-il ?

Teal'c eut le temps de résumer la conversation téléphonique avec son économie de mots habituelle avant que les portes de l'ascenseur s'ouvrent. Gibbs était furieux, le colonel ne semblait pas non plus de très bonne humeur. Chacun fit signe à son équipe et deux groupes se formèrent, séparés par quelques mètres.

Notes: désolée pour le délai.

Merci pour les reviews du précédent chapitre (je n'ai pas eu la possibilité de répondre directement pour des raisons que je ne détaillerai pas mais elles ont été appréciées en particulier les critiques constructives). Plusieurs personnes m'ont fait remarqué que O'Neill se couchait trop facilement devant Gibbs, vous avez raison et c'est en fait du à la suppression d'un passage qui expliquait sa réaction autrement... on ne fait jamais assez attention aux couper/coller...