« Qui êtes-vous ?! Que me voulez-vous ?! » hurlait Lady Capulet depuis les cachots du château des Montaigu. Roméo avait profité du bal d'anniversaire de cette dernière pour organiser son enlèvement. Tout s'était déroulé à merveille. Lady Capulet ne savait même pas où elle se trouvait. Rien ne pouvait être plus parfait.
Chez les Capulet, la fête avait pris fin à l'instant où l'absence de l'invitée d'honneur avait été remarquée. Les gardes avaient passé le reste de la nuit à chercher Lady Capulet, en vain.
- C'est forcément un coup des Montaigu ! Il n'y a pas d'autre possibilité ! s'exclama Tybalt à l'intention de son oncle.
- Tybalt, tu es aveuglé par la haine. Nos deux familles ne sont plus en guerre depuis des années maintenant.
- Sauf votre respect, cela fait un moment que les Montaigu tentent de semer le trouble par ici. Si c'est la guerre qu'ils veulent, ils l'auront.
- Voyons mon neveu, ce ne sont pas les valeurs que je t'ai inculqué. Personne ne fera la guerre. Je m'occupe de retrouver mon épouse. Toi, occupe-toi de Juliette. Elle me semble particulièrement instable ces temps-ci, elle a besoin de toi.
- Instable ? Inconsciente, plutôt ! grogna Tybalt.
- Je te fais confiance. Occupe-toi d'elle.
Juliette finit par s'écrouler sur son lit après avoir refermé correctement la porte vitrée de son balcon. Elle savait bien que l'entrée des Montaigu dans le château et la disparition de sa mère étaient tout sauf des coïncidences. Sa mère avait été enlevée par sa faute et elle s'en voulait terriblement. La jeune femme se maudissait de s'être laissée bernée encore une fois par ce Roméo. S'il s'en était pris à sa mère, il allait le payer très cher. Alors qu'elle allait s'endormir, on toqua à sa porte. Cette dernière s'ouvrit sans lui demander son avis, laissant apparaître la silhouette de son cousin.
- Je ne veux pas te parler, Tybalt, grogna Juliette quand elle le reconnut.
Il entra tout de même et referma la porte derrière lui avant d'aller s'asseoir sur le bord du lit.
- Je viens pour m'excuser, fit le Capulet. J'ai été particulièrement insultant.
- En effet.
- Je te demande pardon, Juliette. C'est juste que… ces Montaigu me rendent dingue. Et ils s'en sont pris à ta mère, alors je…
- Je sais qu'ils s'en sont pris à ma mère ! cria Juliette en se relevant dans son lit. Je sais aussi que c'est entièrement ma faute s'ils ont réussi à s'introduire dans le château !
- Calme-toi. Nous allons la retrouver.
Juliette tira le drap et sortit de son lit en furie.
- Il faut que j'y aille, déclara-t-elle.
- Où ça ? Tu as vu l'heure ?
- Je me fiche de l'heure, je vais aller voir Roméo et je vais le forcer à me rendre ma mère.
- Et tu penses vraiment que je vais te laisser aller chez les Montaigu seule ?
- Je ne te demande pas ton avis, Tybalt. Tu n'as qu'à m'accompagner.
- Hors de question.
- Parfait. Alors à plus tard, fit-elle en se dirigeant vers la porte.
- Juliette ! la rattrapa son cousin. Habille-toi au moins. Je t'attends dans le couloir.
Tybalt sortit de la pièce. Elle admit qu'effectivement elle serait peu convaincante en robe de chambre et se changea rapidement. Il était hors de question que son cousin l'accompagne, il allait tout gâcher. Elle usa du même stratagème que ses ennemis pour sortir en douce de sa chambre en passant par le balcon. Tybalt allait être furieux, mais peu importe. C'était son erreur, c'était à elle de la réparer.
« Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ?! » continuait d'hurler Lady Capulet depuis les cachots.
- Roméo, tu ne voudrais pas dire à ton invitée de la fermer ? grogna Benvolio. Elle me casse les oreilles.
- Elle finira bien par ne plus avoir de voix, répondit l'intéressé en haussant les épaules.
- Je ne suis pas sûr de tenir jusque-là ! répondit son ami en mimant un mal de crâne.
Des cris leurs provinrent depuis l'entrée du château.
« J'exige de parler à Roméo Montaigu ! »
Roméo reconnut la voix de Juliette et sourit, amusé.
- Telle mère, telle fille ! râla Benvolio en se bouchant les oreilles.
Roméo ria à la blague de son ami et se décida à rejoindre la porte d'entrée. Il écarta les gardes pour se retrouver seul face à la jeune Capulet. Elle avait l'air folle de rage.
- Je croyais que tu ne voulais plus jamais me voir, railla-t-il.
- J'aurai préféré ! répondit Juliette en le poussant du doigt. Où est ma mère ?! Qu'est-ce que tu lui as fait ?!
- Doucement, chérie, on se calme. Ta mère va bien.
Il marqua un temps de pause puis rajouta « Pour l'instant ». Juliette le fusilla du regard.
- Où est-elle ?! Et arrête de m'appeler « chérie », s'énerva-t-elle.
Roméo entendit plusieurs Montaigu arriver, qui avaient certainement été alertés par les cris de Juliette.
- Tu devrais rentrer chez toi, fit-il très sérieusement.
- Pas sans ma mère.
Il lui lança un regard noir.
- Rentre chez toi. Tout de suite.
Les pas se rapprochèrent et cinq Montaigu vinrent se poster juste derrière Roméo.
- Toi et tes amis ne m'impressionnez pas, répliqua Juliette en les voyant arriver.
Les Montaigu rirent et l'un deux se déplaça derrière elle. Il la saisit violemment par la taille et plongea son visage dans son cou. La jeune femme, paniquée, essaya de se dégager.
- Chut, ma jolie. Tu vas voir si on ne t'impressionne pas.
Roméo attrapa le Montaigu en question par le col et le jeta violemment à terre.
- T'es malade ?! Qu'est-ce qu'il te prend ?! répondit le Montaigu encore au sol.
- Dégage, répondit Roméo sans le regarder. Et toi va-t'en, ajouta-t-il à l'attention de Juliette.
Ils restèrent un moment à se regarder dans les yeux. Ceux de la jeune femme étaient remplis de larmes mais elle luttait pour ne pas les faire couler. Ceux de Roméo quant à eux, étaient plus noirs que jamais. Il se sentait énervé et… terrifié. Comme elle ne bougeait toujours pas, il répéta, sans méchanceté cette fois, et presque suppliant :
- Va-t'en, Juliette.
Elle le regarda une dernière fois puis hocha doucement la tête avant de s'enfuir en courant. Roméo poussa un soupir de soulagement et affronta les regards de ses amis Montaigu qui le toisaient.
- Qu'est-ce que vous regardez comme ça ?! s'énerva-t-il.
- Tu t'en es pris à l'un des nôtres, répondit l'un des Montaigu.
- Oui, confirma Roméo. Et je recommencerai si je vois qui que ce soit la toucher.
- Pourquoi ?! fit le Montaigu à terre en se relevant. Je croyais que nous devions nous venger des Capulet ! C'était ça le plan ! TON plan, Roméo !
- Pas elle, répondit Roméo en secouant la tête.
Ses amis le regardèrent sans comprendre.
- Ce n'est qu'une enfant, ajouta Roméo pour justifier ses propos qui, il le savait, n'avaient aucun sens. Ce n'est pas d'elle que nous devons nous venger. Concentrons-nous sur le comte Capulet.
- Quoi de mieux pour faire souffrir le comte que de s'en prendre à sa fille adorée ? rétorqua l'un des Montaigu.
Roméo le dévisagea et répéta, menaçant :
- Pas elle.
Il rentra à l'intérieur du château en bousculant les Montaigu sur son passage, sachant très bien que cette réaction allait lui causer des ennuis.
Juliette courut aussi vite que possible. Elle croisa Tybalt pendant sa course qui était en chemin pour venir la chercher. Elle s'effondra en larmes dans ses bras.
- Tu avais raison, je n'aurai pas dû y aller seule, pleura-t-elle. C'est eux qui l'ont, Roméo me l'a dit. Ils ont ma mère, nous devons faire quelque chose !
- Calme-toi, Juliette, pourquoi est-ce que tu pleures ? Ils t'ont fait quelque chose ? C'est Roméo ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?!
- Non, non… il ne m'a rien fait, au contraire… Tybalt, nous devons sauver ma mère. Ce sont des monstres ! J'ai peur de ce qu'ils pourraient lui faire…
Il acquiesça et la serra dans ses bras avant de la ramener au château des Capulet.
Une fois seule dans sa chambre, Juliette essuya ses larmes et repensa à la scène absurde à laquelle elle avait assisté. Roméo l'avait sauvée. Ca la tuait de l'admettre mais c'était pourtant vrai, il s'était interposé pour que le Montaigu ne lui fasse aucun mal. Elle sentait encore le visage de cet homme dans son cou et cela lui donnait la nausée. Elle se demandait pourquoi Roméo n'avait pas laissé son ami s'en prendre à elle et pourquoi il avait eu l'air tellement soulagé lorsqu'elle avait accepté de partir. Peut-être n'était-il pas si mauvais au fond… Elle se maudit intérieurement pour cette pensée et se rappela qu'il avait enlevé sa mère et qu'elle devait la retrouver, par tous les moyens. Si Roméo ne voulait pas qu'on lui fasse de mal, Juliette était persuadée qu'il s'agissait d'un avantage considérable et comptait bien s'en servir. « Peu importe les raisons tordues qui le poussent à agir de la sorte » pensa Juliette. « Ma sécurité est apparemment son point faible, alors je n'ai plus qu'à l'exploiter ».
