CHAPITRE 10

Rosalie, poings sur les hanches, sourcils froncés, narines fumantes et suintante de colère nous attendait. Juste là, à l'entrée de l'hôtel.

J'en étais sûre maintenant : RosalIce avait des super pouvoirs. Sinon, je n'aurais pas ressenti cette étrange peur panique dans tout mon corps. Cette peur qui me tétanisait de la tête aux pieds. Elle allait me tuer, lentement et douloureusement. Elle allait me déchiqueter, m'éparpiller en tous petits morceaux à travers le pays. Il ne restera rien de Bella Swan, juste le souvenir fugace d'une hystérique au vagin décrépi, obsédée par les bananes. Cela ferait une belle épitaphe.

Mon Dieu, et j'avais repoussé Edward ce matin ! Si proche du paradis et voilà que mon enfer – blond aux ongles rouge sang – se matérialisait devant moi. J'estimai rapidement mes chances. Me jeter sur Edward, arracher sa chemise, déboucler sa ceinture…Bon sang, j'aurais mieux fait de dire oui ce matin.

Et hier soir…

J'avais envie de pleurer soudainement. Pourquoi ? Pourquoi moi ?

- Tout ira bien, me rassura Edward.

- Elle va me tuer.

- Elle sort de la manucure, aucune chance qu'elle la ruine. Même pour toi.

- Tu m'en vois ravie ! Ironisai-je.

Sans me laisser le temps de songer à m'enfuir, Emmett m'ouvrit la porte. Edward sortit de son côté et me rejoignit, enroulant son bras autour de ma taille. Rosalie tapait du pied, et aurais-je agité un chiffon rouge devant elle, elle aurait sûrement chargé comme une bête sauvage.

- C'est quoi ce bazar ? Cria Rosalie en nous fixant alternativement.

- Bonjour Rose, c'est toujours un plaisir de te voir, répondit Edward avec un sourire.

- Ne joue pas à l'imbécile avec moi ! J'ai vu les journaux !

- Tant mieux ! Je comptais t'appeler pour les recours juridiques habituels.

- La fête est terminée, Edward.

- On va être en retard pour les interviews, murmurai-je à Edward.

Il jeta un coup d'œil à sa montre et gagna l'entrée de l'hôtel, passant devant Rosalie en l'ignorant ostensiblement. J'entendis cette derrière grogner, puis elle nous suivit, ses talons aiguilles claquant sur le marbre brillant. Un membre du personnel de l'hôtel nous invita à le suivre et nous guida jusqu'à l'ascenseur.

- Edward ! Cria Rosalie pour l'arrêter.

- J'ai des interviews, Rose, répondit Edward en accélérant le pas vers l'ascenseur.

- Je sais ! Je suis la fille qui les programme !

Edward me poussa dans la petite cabine et se plaça devant moi, faisant face à Rosalie. Elle semblait encore plus furieuse qu'à notre arrivée. Sa respiration était saccadée et en toute bonne foi, j'aurais juré voir une trace de bave à la commissure de ses lèvres.

- Tout est sous contrôle, Rose, dit doucement Edward.

- Sous contrôle ? Tu te pavanes avec elle dans un bar, on retrouve des infos sur Twitter…Parait-il que tu te balades nu, chez elle !

J'étouffai un couinement dans ma gorge, me promettant d'aller égorger cette chère Madame Bennett. De toute évidence, sa canne n'était pas le dernier outil ultra-technologique qu'elle possédait.

Madame Bennett sur Twitter…Un monde de possibilités ahurissant s'ouvrait devant moi !

- Tu as voulu cette situation, Rosalie ! Tu as voulu que…Tu as voulu me punir !

- Edward, tu vas ruiner ta carrière !

- Ma carrière ? C'est donc tout ce qui compte pour toi ?

- Je suis ton agent ! Hurla-t-elle. Sans moi, tu n'es rien !

- Non, Rosalie. Sans moi, tu n'es rien, lâcha Edward dans une voix effrayante de calme.

Il se recula pour être près de moi et les portes de l'ascenseur se refermèrent. J'eus le temps de voir Rosalie blêmir. Je n'aimais pas la tournure que prenaient les événements. Rosalie était sûrement une garce frigide, voire même une pétasse monumentale, mais je ne voulais pas être la poussière dans les rouages parfaits de la carrière d'Edward. Elle avait raison sur ce point, sa carrière était importante.

Je fixai mes pieds, incapable de regarder Edward. Je sentais une tension folle entre nous, amplifiée par l'exigüité de l'ascenseur. Pour la première fois, j'aurais aimé qu'Emmett soit avec nous, pour détendre l'atmosphère.

- Je vais la virer, murmura Edward.

- Ne fais pas ça. Tu l'as dit, elle est la meilleure dans son domaine !

- Tu détestes Rosalie ! Contra-t-il.

- C'est vrai, admis-je. Mais elle a raison au sujet de ta carrière. Tu as tellement travaillé pour être reconnu. Ce soir, tu vas probablement gagner, tu n'as pas le droit de tout gâcher.

- Elle l'a cherché ! Bella, elle m'a envoyé chez toi en espérant que cela me canalise. Elle espérait que tu sois hystérique.

- Je suis…

- Non, tu ne l'es pas, me coupa-t-il. Tu es…toi, un peu cinglée, peut-être, mais…Bella, tu n'as pas idée. Tu es sûrement la première personne à agir normalement avec moi depuis des semaines !

- Normalement ? M'esclaffai-je. Je suis loin d'être normale !

- Bella, tu es la plus normale des filles que j'ai eu l'occasion de côtoyer. Tu es spontanée. Et dans mon monde, rien n'est spontané. Il n'y a qu'à voir le visage de Rosalie, il est figé pour l'éternité grâce à Maître Botox !

Je fronçai les sourcils, cherchant à analyser ce que me disait Edward. L'ascenseur s'immobilisa et nous traversâmes un long couloir avant d'entrer dans une des suites. Les journalistes attendaient, un homme et une femme, sirotant un café, tout en scrutant leurs téléphones. Edward les salua rapidement, avant de gagner la terrasse. Je le suivis, espérant que ma présence ici n'allait pas déclencher un nouveau flot d'informations sur Internet.

- Il y a du café et des jus de fruit à disposition dans la suite.

- OK. Combien de temps cela doit durer ?

- Deux heures je pense. Ensuite, nous irons déjeuner. L'hôtel a un chef mexicain et….

- Edward, il faut que tu arranges la situation avec Rosalie, le coupai-je doucement.

- Tu es censée être de mon côté, s'amusa-t-il.

- Je le suis. S'il te plaît, Edward.

- Tu n'as pas le droit de jouer la carte de la politesse dans ce genre de situation !

Son regard se perdit derrière moi et j'entendis à nouveau les talons de Rosalie claquer sur le sol. Edward soupira, je me décalai pour les laisser parler en privé.

- Reste, m'intima Edward en prenant ma main dans la sienne.

Rosalie approcha de nous, et parce qu'elle le valait bien, le vent s'engouffra dans sa divine chevelure blonde. Plantée devant nous, elle fixa son attention sur nos mains jointes, avant de dégainer son téléphone portable. Il émit une faible sonnerie et elle secoua la tête, dépitée.

-« Vu, Edward Cullen avec sa nouvelle conquête », débita-t-elle. Dois-je faire un démenti ? Demanda-t-elle.

Je me ratatinai sur moi-même, pendant que Rosalie me fusillait du regard. Si elle faisait un démenti officiel pour ça, je redoutais l'armada médiatique qu'elle devrait dégainer pour les Golden Globes.

- Pas de démenti. Pourquoi es-tu venue ? Demanda brutalement Edward. Je croyais que tu me laissais…

- Ton audition est avancée. A cet après-midi. Ca nous fera une annonce pour le tapis rouge de ce soir.

Je me crispai. Rosalie n'allait pas aimer ça. Pas du tout même.

- Tu aurais pu m'appeler, commenta Edward.

- Edward, ne fais pas l'enfant. Je voulais m'assurer que tout allait bien.

- Comme tu le constates ! Railla-t-il.

- Edward ! Râlai-je, consciente qu'il ne faisait aucun effort.

- OK. On se voit ce soir. La limousine sera chez….

- Bella, l'aidai-je en comprenant que mon prénom lui échappait.

- Chez Bella donc, vers 18h. Je te rejoindrai là-bas, dit-elle en pianotant sur ton son BlackBerry.

Il y eut un court silence. Petite Bella en profita pour se réfugier dans sa grotte bunkérisée. J'étais presque contente que les journalistes soient déjà là. Ils pourraient être témoins à charge en cas de procès pour double assassinat.

- Bella m'accompagnera ce soir, lâcha Edward.

Rosalie décrocha son regard de l'écran et soupira lourdement.

- Je m'en doutais, vu la note de chez Dior. Mais c'est impossible, Edward.

- Impossible ? Et à quel titre ?

- Edward, on parle des Golden Globes, pas d'une soirée d'anniversaire entre amis !

- Rosalie, c'est avec elle, ou rien du tout.

- Du chantage ? S'esclaffa-t-elle. Mais enfin Edward…Ca n'a pas de sens ! Tu ne vas pas louper les Golden Globes pour…

- Pour ? L'encourageai-je.

- Pour une nouvelle conquête, qui sera oubliée dans deux jours ! Tu ne peux pas snober les Golden Globes !

- Rosalie, ne m'encourage pas à le faire. Je tiens vraiment à y aller avec Bella.

Rosalie nous jaugea du regard et rangea son téléphone dans sa poche.

- Edward, je n'ai pas le temps de négocier. Tu as des journalistes qui t'attendent et j'ai moi-même un rendez-vous important.

- Je le connais ? Demanda Edward en souriant.

- Oh pitié, ne change pas de sujet !

- Donc, je le connais, conclut Edward. Faut que tu me donnes son nom, ce type mérite au moins un obélisque à sa gloire !

- Très drôle ! Surtout de la part d'un type qui saute la première venue.

- Il ne m'a pas encore sautée, ripostai-je, vexée. Mais si ça peut aider la carrière d'Edward, je propose de faire ça tout de suite, devant ces journalistes, sur cette superbe terrasse !

Rosalie me fixa stupéfaite. Edward se contenta de hausser les épaules, avant de se pencher sur moi, sa bouche à quelques centimètres de mon oreille.

- Fantasme n°4, murmura-t-il.

- Milles excuses, je me suis trompée, tu n'es définitivement pas la première venue. Peut-être devrais-je tenir un listing détaillé ?

- Rosalie ! Cria Edward.

- Quel est le problème, Edward ? Ce n'est pas franchement un secret ! As-tu mis en place un système de ticket pour être sûre de n'en rater aucune !

- C'est toi que je ne vais pas rater, murmurai-je en retroussant mes manches.

- C'est si touchant ! La fan hystérique qui défend son idole. J'admets que sur ce coup, ta technique est imparable ! Enfin, voyons les choses du bon côté, maintenant, elles vont toutes croire qu'elles ont leur chance !

J'avançai vers Rosalie, prête à en découdre. Edward avait été mon garde du corps avec Jacob, je devais au moins lui rendre la pareille.

- C'est donc ça le problème ? Ironisai-je.

- Le problème ? Répéta Rosalie sans comprendre.

- J'hésite…Peut-être êtes-vous en colère parce que vous n'étiez pas la première venue…Ou peut-être avez-vous simplement perdu votre ticket ? Demandai-je innocemment.

Rosalie me fusilla du regard, avant de fixer Edward. Elle croisa les bras sur sa poitrine, attendant visiblement que son client la défende. Je me tournai vers lui, souriant en constatant qu'il leva les mains devant lui, en signe de neutralité.

- Je vais demander qu'on remplisse la piscine de boue, plaisanta-t-il avec un sourire pervers.

- Edward, je ne plaisante pas ! Dis-moi que tout cela est une espèce de plan marketing que ton cerveau tordu a pondu sans rien m'en dire !

- Non, Rosalie. Pas de plan marketing.

- Alors, quoi ? Tu cherches à me rendre cinglée ? La dernière fois….

- Ca n'a rien à avoir avec la dernière fois.

- Oh vraiment ? Donc j'annule la procédure d'éloignement ? Tu as raison, je suis bien trop gentille, je devrais te laisser te débattre avec toutes ces folles furieuses !

- Bella n'est pas folle. Rosalie, je te demande de me faire confiance.

- Hors de question, Edward ! Je ne te laisserai pas faire ça ! Je ne te laisserai pas ruiner ta carrière pour une histoire…ridicule avec cette fille. Si tu veux simplement du sexe, je t'offrirai une call-girl.

- Garde-ton argent, Rosalie, contra Edward avec sérieux.

- Et faites-vous plaisir, offrez-vous un sex-toy. Voire même deux ! Lançai-je.

Je reviens vers Edward, me calant à ses côtés. Il entoura son bras autour de ma taille et fixa Rosalie, déterminé à la faire flancher.

- Parfait ! Parfait ! S'écria-t-elle. Je mets quoi dans le communiqué de presse cette fois ?

- Je ne veux pas de communiqué de presse.

- De mieux en mieux…J'entends déjà les bookmakers prendre les paris ! Edward, cette situation n'est pas tenable. Tu ne peux pas t'enticher de la première fille que tu vois et laisser tout tomber dans la seconde.

- Rosalie, ce n'est pas ton problème. Tu gères ma carrière, pas ma vie privée.

- Ta carrière dépend en partie de ta vie privée ! Est-ce que tu le réalises ?

- Je me fiche de ce que les gens pensent. Très sincèrement, j'ai envie de croire que les fameuses fans hystériques que tu ne supportes plus, veulent que je sois heureux.

- Avec elle ? Eructa Rosalie en me désignant avec dédain.

- Avec Bella. Sois professionnel et retiens son prénom. Dans le cas contraire, c'est toi que je ne retiendrai pas.

- Je n'arrive pas à y croire, siffla Rosalie. Tu es en train de tout foutre en l'air pour…

- Pour quoi, Rosalie ? Dis-le ! Lui ordonna Edward.

- Pour une fille de passage. Une fille qui ne sera plus là la semaine prochaine !

- N'écoute pas ce qu'elle dit, murmura Edward, à la fois contrarié et triste. Rosalie…S'il te plaît, je ne veux pas que cela dégénère. J'admets certains de tes…abus, mais concernant Bella, je risque d'être nettement moins conciliant.

- Parce que tu ne réfléchis plus avec ton cerveau. Elle n'est rien ici. Rien !

- Rien ? Répétai-je, abasourdie.

- Vous n'êtes rien dans ce monde là ! Asséna-t-elle en pointant son index vers moi. Ca ne marchera pas ! Au mieux, le public considérera que c'est une lubie marketing et fera semblant d'y croire, au pire…Au pire, Edward verra sa carrière s'arrêter.

- Et donc la vôtre ? Conclus-je. Quel est le problème Rosalie ? La carrière d'Edward ou le financement de la résidence secondaire de votre chirurgien esthétique ?

Estomaquée, elle me fixa. A nouveau, il me sembla qu'elle attendait une intervention d'Edward. Mais j'étais résolue à la mettre KO. Quoiqu'elle en pense, je n'étais pas idiote. Je savais ce qu'il allait se passer, mais elle n'avait pas le droit de priver Edward.

Et surtout, Petite Bella attendait sa séance réglementaire de sexe. Et si j'avais bien tout compris, Edward offrirait le déjeuner, donc…

- C'est un peu simple de s'en prendre à lui. Je sais pourquoi vous l'avez envoyé chez moi ! Dis-je en avançant vers elle.

- J'ai compulsé la liste des folles furieuses, et clairement j'ai hésité à vous envoyer une camisole !

- La camisole ? Celle dans laquelle vous n'entrez plus depuis votre tout nouveau bonnet D ?

- De la part d'une fille qui ne peut pas vraiment jouer sur son physique ! Contra-t-elle en me collant sa poitrine refaite sous les yeux.

- Je ne peux pas jouer sur mon physique, mais…Comment avez-vous dit ? Ah oui, j'ai un ticket avec Edward. Genre un méga ticket, avec abonnement pour les dix prochaines années.

- Avec abonnement ? Edward est plutôt du genre « sans engagement ».

- Sûrement qu'il a senti qu'on cherchait à l'entourlouper, commentai-je en désignant ses seins. Mais il a admis que vos tendances sociopathe dominatrice faisaient de vous un agent formidable. Je vais donc faire comme si toute cette petite conversation n'avait pas eu lieu…

Rosalie fronça les sourcils et me toisa. De toute évidence, elle savait comment faire peur. Mais elle n'avait sûrement pas réalisé qu'en s'attaquant à Edward, qu'en s'attaquant à notre…relation – j'avais encore du mal à assimiler ça – elle m'offrait les armes dont j'avais besoin.

- Pourquoi ai-je accepté d'être ton agent au juste ?

- Pour l'argent ? Tenta-t-il.

- Et aussi parce qu'il est irrésistible, complétai-je.

Près de moi, Edward toussa, camouflant le rire qui menaçait de s'échapper de sa gorge. Je tentai de ne pas rire moi aussi, mais voir le visage de Rosalie – pourtant figé comme celui de la Venus de Milo – se décomposer doucement était jouissif. Même meilleur qu'avec Dolorès !

- Parfait ! Va aux Golden Globes avec elle ! Souffla-t-elle. Et quand tu auras fini ta petite crise existentielle, tu reviendras me voir !

- Es-tu en train de m'offrir des vacances ? S'enthousiasma Edward.

- Non. Je m'offre des vacances ! Tu me rends dingue !

- Je fais ça à beaucoup de femmes, plastronna Edward.

- Pitié, Edward, remballe ton égo démesuré ! Riposta-t-elle.

- En parlant d'égo, préviens Marcus qu'il risque de recevoir une plainte pour coups et blessures.

- Mais tu es impossible ! Se plaignit-elle. Tu es sûr pour la call-girl ? Parce que tu sembles avoir besoin de…dépenser ton énergie.

Un léger sourire apparut sur les lèvres d'Edward et je compris que le gros de l'orage était passé. Rosalie ressortit son téléphone et Edward en profita pour se pencher à nouveau vers moi.

- T'ai-je dit que cette suite était réservée pour l'après-midi ?

- J'ai entendu, Edward ! Râla Rosalie.

- Je suis prise cet après-midi.

- Qu'est ce qui peut être plus important que moi ?

Mon raccord épilation ?

Espérer tirer une coiffure acceptable de mes cheveux révolutionnaires ?

Appeler mon médecin pour mon contraceptif ?

Refaire ma liste point par point des fantasmes à accomplir ?

- Euh…Je….tu…argh…bégayai-je comme une idiote.

- Bonjour Chiara, c'est Rosalie !

Je détournai le regard vers Rosalie. Le téléphone vissé à l'oreille, elle avait repris son rôle de femme d'affaires.

- Comment ça Rosalie qui ? Rosalie Hale ! S'écria-t-elle, offusquée.

Elle leva les yeux au ciel et quitta la terrasse pour gagner l'intérieur de la suite. Je la suivis du regard, pendant qu'elle semblait mener une sérieuse mise au point avec la pauvre Chiara, frappée d'amnésie le mauvais jour, au mauvais moment.

Edward passa sa main devant mes yeux, me tirant de ma contemplation. Il se plaça devant moi, ses yeux flamboyants plongeant dans les miens.

- Bella ? M'appela-t-il.

- Pardon. Je suis un peu sonnée, je crois. Tu disais ?

- Toi, moi et cette suite.

- Edward, j'ai un millier de choses à faire cet après midi et tu as ton audition.

- Je peux être rapide ! Très rapide…

- Et je peux être déçue ! Très déçue…

- Evite de me défier. Surtout sur ce genre de sujet. Je n'aimerais pas te malmener en public.

- Me malmener ?

Il hocha la tête avec un sourire satisfait sur les lèvres. Soudain, je me sentis défaillir. Parfois, il m'arrivait d'oublier qu'Edward avait lu ma page Facebook à sa gloire. Et parfois, même si cette page m'avait permis de l'accueillir chez moi, je maudissais le jour où je l'avais créée.

- Te malmener, répéta-t-il. Faire en sorte que tout ton corps se rappelle de mon passage. Non seulement ici, murmura-t-il en embrassant la peau de mon cou, mais aussi là.

Lentement, je sentis son index se poser en haut de ma poitrine et descendre très lentement vers mon estomac. Je frissonnai contre lui, ma respiration devenant complètement anarchique.

Petite Bella était déjà prête, à genoux devant lui, appelant Edward "Maître" et lui promettant soumission et gloire éternelles.

- Mais pour une première, reprit-il en m'attirant contre lui, peut-être devrais-je la jouer plus…romantique.

- Ro…Ro…Ro…Romantique ? Tu veux dire que…enfin….

- Je veux dire que je peux expédier les interviews en une heure, je peux nous faire livrer notre déjeuner ici, et ensuite...

La suite mourut dans ma bouche, Edward m'embrassant sans retenue, ses mains remontant de mes hanches à mes côtes pour me maintenir contre lui. Après la tempête Rosalie, je subissais cette fois l'ouragan Edward. Et cet ouragan là avait déjà dévasté mon shorty – paix à son âme – tout en parvenant à décrocher mon soutien-gorge.

- Edward, murmurai-je en m'écartant de lui.

Petite Bella planta une aiguille dans la poupée à l'effigie de la grande Bella. Edward me fixait, perdu.

- Tu as des interviews, expliquai-je.

- Oui…Mais…Bella, ôte moins d'un doute, en as-tu envie ?

- Si j'en ai envie ? Ris-je. Tu me demandes si…

- Parce que tu ne cesses de me repousser….

- Edward, comment t'expliquer…Mon shorty est au paradis des culottes carbonisées, et Dieu sait que j'en ai carbonisée plus d'une avec toi…Mon corps tout entier est en fusion, tu m'embrasses et c'est comme si la Terre s'arrêtait de tourner. Mais…Tu ne sais tout simplement pas choisir ton moment.

- Le paradis des culottes carbonisées ? Répéta-t-il en réprimant un rire.

- Tu as demandé de la normalité. Et la normalité ce n'est pas…de faire l'amour sur une terrasse en pleine journée.

- Non ? S'étonna-t-il.

- Non…Et oui, je regrette cette normalité effrayante. Tu as des interviews à faire, ensuite..ton audition. Et…Et comment peux-tu douter de… ? Edward, c'est ridicule, il te suffit de claquer des doigts pour que les femmes soient à genoux devant toi !

Et évidemment, Edward claqua des doigts à cet instant, vérifiant la véracité de ma théorie. Je lui lançai un regard amusé, pendant que, docile, je m'agenouillai. Son regard changea brutalement, s'assombrissant. Il passa sa langue sur ses lèvres, et Petite Bella démontra ses talents de pom-pom Girls. Donnez moi un « O », donnez moi un « R »…

Misère, je veux cet homme.

- Satisfait ? M'enquis-je en penchant légèrement la tête sur le côté.

- Tu n'as pas idée. C'est comme si mon monde venait…C'est comme si je venais de découvrir l'Amérique ! S'exclama-t-il.

- Pocahontas, dis-je en tendant ma main pour qu'il m'aide à me relever.

- John Smith, positivement…et sexuellement enchanté de découvrir ce superbe continent, dit-il en m'attirant contre lui.

Il embrassa mes lèvres furtivement, avant de baisser les yeux sur mon décolleté.

- J'aime les continents vallonnés.

- Pervers ! Grognai-je.

- Carbonisée de la culotte ! Riposta-t-il. Tu devrais cesser d'en mettre, ça résoudrait le problème !

- Et te faciliter la tâche ?

- Je veux au moins deux mètres entre vous, tant que l'avocat n'a pas préparé l'accord prénuptial et la clause de pension alimentaire ! Hurla Rosalie en revenant sur la terrasse.

Aussitôt, je reculai d'un bond, pendant que Petite Bella feuilletait son agrégé de latin pour les nuls. Nuptial, du latin nuptialis, « relatif au mariage ». Au loin, il me sembla entendre Alice fredonner, comme elle l'avait fait la veille, la marche de Mendelssohn.

- Du calme, Rosalie. Elle va finir par se jeter de la terrasse si tu ne te tempères pas !

- Edward, j'ai déjà du gérer un divorce cette année, et crois-moi, la guerre du Vietnam était moins sanglante.

Edward avança vers moi et me serra contre lui. Furtivement, je repensais à toutes ces fois où j'avais regardé des vidéos de lui sur Internet. Toutes ces filles, connues ou non, qu'il avait étreintes : les actrices aux avant-premières, déclenchant invariablement les rumeurs les plus folles sur l'étendu de leur relation et les fans énamourées derrière les barrières de ces mêmes avant-premières, espérant, elles, déclencher une rumeur encore plus folle sur l'étendu de leur relation, forcément imaginaire, avec Edward.

Et maintenant, j'y étais. J'irai sur le tapis rouge, je passai de l'autre côté de la barrière. Et en plus…

- Je crois que l'accord prénuptial est un peu prématuré, Rosalie, dit Edward doucement alors que je rêvassais.

- Je plaisantais !

- Tu me rassures, murmurai-je en relevant les yeux vers lui.

- On peut y aller ? Tu es attendu ! Râla Rosalie.

Elle retourna à l'intérieur et Edward nous entraina à sa suite, sa main calé dans le bas de mon dos.

- Je viens de trouver mon fantasme numéro 5, murmura-t-il.

- Jamais tu n'arrêtes ?

- Bella, je suis en train de t'imaginer en robe de mariée et….

Houston ? Nous avons un problème !

Respire, Bella. Respire ! Fais comme si tout allait bien !

- Et je sais que tu serais incroyable en porte-jarretelles…

- Edward, est-ce que tu sais que tu es un véritable pervers ? C'est pathologique à ton niveau !

- Tu as commencé !

- Comment ça, j'ai commencé ? Mais t'es d'un culot ! Bientôt, tu vas dire que je t'ai allumé !

- Ca semble évident !

Il rentra dans la suite et furtivement se tourna vers moi, un air de conspirateur sur le visage.

- Pocahontas ! Lâcha-t-il avant de se diriger vers les journalistes. On peut y aller, leur indiqua-t-il. Qui commence ?

Estomaquée, je regardais Edward s'installer dans un des grands canapés en tissu de la suite, pendant que je prenais place sur une chaise, derrière le journaliste. Edward me lança un clin d'œil et Rosalie s'installa près de moi.

- Préparez-vous à vivre l'enfer, murmura-t-elle, alors que le journaliste abordait rapidement une question sur la vie privée d'Edward.

- Je sais, murmurai-je.

- Pour ce soir, je vous en supplie, limitez ce que je viens de voir. Toutes ces…démonstrations d'affection… Manquerait plus que vous finissiez par vous sauter dessus sur le tapis rouge !

Je rougissais instantanément, croisant le regard étincelant d'Edward. D'où il était, impossible d'entendre notre conversation, mais j'avais la vague sensation qu'il lisait sur nos lèvres.

- Et tant que j'y pense, évitez aussi de vous mettre à genoux devant lui. Bella, je sais qu'Edward peut représenter l'homme idéal, mais…

- Rosalie, vous avez perdu votre ticket, il y a belle lurette. Si vous comptez simplement me pourrir la vie pour que je me lasse, vous vous trompez lourdement sur moi.

- Je sais que le temps me donnera raison. Je protège mes intérêts. Et s'il le faut, je ferai en sorte qu'Emmett dorme entre vous chaque nuit.

- Je ne suis pas…comme ça, me défendis-je à voix basse.

- Pas encore. Je vous croiserai ce soir, aux Golden Globes. Votre robe est-elle décolletée ?

- Oui, murmurai-je, presque honteuse.

- Formidable ! Railla-t-elle. Dès qu'Edward voit une paire de seins, c'est comme si la moitié de son cerveau disparaissait. Il souffre d'une espèce de nichonphilie…C'est effroyable !

Je fixais toujours Edward qui parlait avec animation de son dernier film, et surtout des Golden Globes de ce soir. Si j'avais toujours eu une forme d'admiration – bon d'accord, une grosse admiration, limite pathologique et définitivement effrayante – pour lui, maintenant autre chose se développait. Un mélange de tendresse horripilante, d'envie de lui et de son corps musclé et en même temps, la volonté de faire comme s'il était un type normal.

Un type normal dans une suite de luxe, habillé en Dior, se déplaçant en limousine et…qui voulait me « malmener ».

Je suffoquai à nouveau, sentant mon bas-ventre se réchauffer rien qu'à l'idée d'un Edward dominateur et maître de mon corps. Petite Bella opinait du chef, se bandant les yeux, en attendant les premières instructions.

- Je dois y aller. Je compte sur vous pour….enfin…pour tout ce que je viens de vous dire.

- Comptez-sur moi !

- Je récupère Edward demain matin, chez vous. Faites-moi plaisir, faites en sorte qu'il soit habillé quand j'arrive. Je suis en pleine psychanalyse.

- Pour vos tendances dominatrices ? Risquai-je dans un sourire.

- Maintenant je sais pourquoi vous plaisez à Edward, sourit-elle.

Elle se leva et réajusta sa tenue. A nouveau, je la suivis du regard, fascinée par cette aisance qu'elle dégageait. Par ailleurs, Rosalie avait réussi à brouiller les cartes. Je l'avais toujours cataloguée comme « garce frigide » ou « pétasse démoniaque », voire même « Dolorès en puissance », et voilà maintenant qu'elle devenait humaine.

Ou alors c'était une stratégie de l'ennemi pour que je baisse la garde.

- Bon…

Que souhait-t-on à une fille qui part visiblement pour prendre son pied un maximum de fois en un minimum de temps ?

- …rendez-vous, lançai-je après une seconde de réflexion.

- A vous aussi Bella. Profitez-en bien ! On ne sait jamais combien de temps ce genre de choses peut durer !

Son sourire agréable se transforma en rictus haineux. En une demi-seconde, Rosalie venait de me prouver qu'on ne pouvait décemment faire confiance à personne à Hollywood.

- Oh…Bella ?

- Oui.

- Ne prenez pas froid ce soir. Vous savez, avec votre gorge découverte.

La seconde suivante, elle disparut, me laissant hébétée au milieu de cette suite de luxe. Edward enchaîna ses deux interviews avec le sourire. De loin en loin, il me jetait des coups d'œil et m'offrait de petits sourires.

Quand le journaliste mentionna un aspect de sa vie privée, il se ferma comme une huître, et se contenta d'éluder la question. A la fin du temps imparti, Edward raccompagna le second journaliste, la femme, et le coup d'œil furtif vers la poitrine de la jeune femme ne m'échappa pas.

Tout comme la façon dont elle avait joué avec ses cheveux en souriant, tout en optant pour d'audacieux croisés/décroisés de jambes ne m'avait pas non plus échappé.

Moi, jalouse ?

Comment dire ? Edward Dieu Cullen vs mon bon sens. Définitivement, je choisis Edward, quitte à sauter sur cette pimbêche, trop blonde pour être honnête.

- Monsieur Cullen, je vous remercie de votre disponibilité, dit-elle avec une moue séductrice.

Oh, je vais la tuer…si, si…

- Je vous en prie, tout le plaisir (coup d'œil vers la poitrine de Miss Pimbêche) a été pour moi (nouveau coup d'œil).

Edward et sa nichonphilie. J'étais à peu près certaine que cette lourde pathologie, à la limite de l'obsession psychiatrique, ferait, un jour son entrée dans le dictionnaire. Et juste à côté de la définition, on y trouvait une photo d'Edward, louchant, langue pendante vers une paire de seins.

- Je vous laisse ma carte, n'hésitez pas à me rappeler en cas de besoin.

En cas de besoin de quoi, au juste ? Parce que, j'étais en haut de la liste pour remplir les besoins les plus primaires – surtout ceux là – d'Edward.

Edward prit le petit carton entre ses mains et lui offrit un sourire terrible. Le sourire qui tuait toutes les culottes environnantes à 5 km à la ronde. Je vis la pauvre journalise fondre sous ses yeux, se ratatinant un peu et riant comme une collégienne.

Ma pauvre, t'es cuite ! Bienvenue au club !

- Je n'hésiterai pas, souffla Edward, charmeur. J'ai été ravi de discuter avec vous.

- Moi également, Monsieur Cullen, répondit-elle en calant une mèche de cheveux derrière son oreille.

Et en plus, elle l'appelle « Monsieur ». Nous avons une gagnante !

Lassée de les voir faire la danse de la séduction – elle, caressant sa gorge du bout des doigts en souriant, pendant que lui, nonchalamment appuyé contre la porte gonflait ses pectoraux – j'approchai finalement d'Edward, passant une main dans son dos.

- On peut aller déjeuner ? Proposai-je d'une voix aussi douce que possible.

La blonde posa un regard hautain sur moi, retroussant ses lèvres pour laisser apparaître des canines aiguisées. Whoo…Celle là semble coriace.

Mais Petite Bella veillait et armée de sa gousse d'ail, d'eau bénite et de son pieu, elle finirait par terrasser l'infâme pimbêche qui lorgnait sur mon Edward.

Ma main descendit lentement du dos vers les fesses d'Edward, se plaçant stratégiquement dans la poche de son jean. Je pinçai doucement sa fesse, le faisant sursauter. Edward me jeta un coup d'œil surpris, auquel je répondis par une moue provocatrice.

- J'aimerais que nous allions manger tôt, pour avoir un peu de temps avant nos…rendez-vous respectifs.

- Un peu de temps ? Répéta-t-il sans comprendre.

- Oui. Tu sais, tu me dois un déjeuner.

Edward secoua la tête, avant finalement de comprendre. Ses yeux s'écarquillèrent et il se racla la gorge. Je pinçai à nouveau sa fesse, me collant à lui dans un geste ultra-possessif.

- Bien. Mademoiselle Carter.

- Campbell, corrigea-t-elle, un peu durement.

- Quelque soit votre nom…J'ai…je…

- Nous avons des choses sur le feu, expliquai-je doucement.

Et très lentement, je refermai la porte sur ma nouvelle meilleure amie blonde. L'instant suivant, Edward me plaqua contre la porte et ses lèvres s'écrasèrent contre ma bouche dans un baiser violent.

Il me souleva, me forçant à enrouler mes jambes autour de ses hanches. Les mains sur mes fesses, il ne me laissa aucun répit, sa langue bataillant avec la mienne, pendant qu'il frottait son bassin contre mon intimité.

A bout souffle, il finit par briser le baiser et à libérer mes jambes. Tremblante, je peinais à reprendre mes esprits.

- Allons déjeuner, murmura-t-il. Je pourrai ensuite te faire l'amour dans les règles de l'art.

- Contre cette porte ? Tentai-je.

- Fantasme numéro 6, Bella. J'attends toujours la liste complète des tiens.

- Je vais préparer une liste, soufflai-je, le rouge aux joues.

- Parfait. Fais-moi signe quand elle est prête.

Il ouvrit la porte et s'effaça pour me laisser passer. Il me suivit et nous gagnâmes le fameux restaurant mexicain.

Le serveur reconnut évidemment Edward et nous installa à l'écart de la grande salle, loin de la foule. En attendant nos plats, Edward nous commanda un vin hors de prix, poussant même le vice à le servir lui-même.

- Que fais-tu cet après-midi ?

- Je me prépare pour ce soir. Alice a juré d'éradiquer tout élément suspect et disgracieux de mon corps !

- Est-ce qu'elle fait ça à chacun de tes rencards ?

- Est-ce une manière détournée de me soutirer des informations ?

- Et bien, dans la mesure où tu sais tout de moi…

- Mon dernier petit-ami, Tyler, était un peu comme toi.

- Beau comme un Dieu ? Plastronna-t-il.

- Crétin et obsédé par les seins. Ce qui démontre, soit que mon idéal masculin est bien tordu, soit…que tous les hommes sur Terre sont bien tordus.

Edward étouffa un rire, avant de siroter un peu de son vin. Il s'humecta les lèvres pendant de longues secondes, avant de répondre.

- Bella, je dois admettre qu'entre ta petite scène avec Rosalie et la façon presque impolie dont tu as mis dehors cette pauvre journaliste….

- Elle te draguait ! Le coupai-je.

- Absolument pas ! S'offusqua-t-il. Bon, peut-être un peu, admit-il en me voyant grimacer.

Je levai les yeux au ciel, avant de me figer. Edward avait posé sa main sur la mienne, et du bout des doigts, il caressait ma peau.

Ô monde parfait ! Chantait Petite Bella. Et dans un murmure, elle ajouta « imagine ce que ces doigts-là pourraient faire ailleurs ! ».

Je rougis violemment, fixant avec consternation ses doigts bouger sur moi. Il me semblait que tout mon corps vibrait, juste à cet endroit précis. Et en vraie fan cinglée, je jurai solennellement de ne plus me laver la main.

Ni le « Ailleurs » mentionné par Petite Bella.

- Rosalie a été un peu…garce avec toi, lâcha-t-il doucement.

- C'est son travail, non ?

- Non, je crains malheureusement que ce ne soit sa personnalité profonde. N'y fais pas attention, elle finira par se calmer.

- Dans combien de temps ? Demandai-je.

- Tout dépend. Combien de temps avons-nous ?