Bien le bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien ! J'ai posé une question dans le chapitre précédent, j'en profite pour y répondre moi même :
Si j'atterrissais dans un monde étrange, je ferais en sorte de lire le plus de livre possible. Juste pour essayer de trouver le chemin du retour et d'apprendre en même temps la culture du coin. Je ferais aussi des expériences avec ce qui m'a amenée dans le monde si c'est par un objet. (comme pour Elenna) Et si c'est par l'opération du Saint-Esprit et bien... je le maudirais ! Dans tous les cas, j'essayerais de rentrer chez moi et si je n'y arrive pas et bien... pas d'autres choix que de s'y faire, pas vrai ? Je ferais ma petite vie, je découvrirai ce monde. Et puis je ferais sûrement ma vie avec un gueux du coin... X)
Bon, un peu de sérieux, parce que la suite ne va pas être jojo. Sachez que le titre de ce chapitre est tout à fait dans le thème de celui-ci. Je vous retrouve en bas, pour en discuter. D'ailleurs, j'ai trouvé une citation qui correspond tout à fait à ce que j'avais en tête.
Disclaimer : Voir Chapitre 2.
(C)
18.12.2018
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"Plus claire la lumière, plus sombre l'obscurité... Il est impossible d'apprécier correctement la lumière sans connaître les ténèbres." De Jean Paul Sartre.
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Quelques jours s'étaient encore écoulés.
Elenna avait fait une étrange rencontre, un chat s'était entiché d'elle. Le petit animal était agile, il parvenait à grimper sur les rambardes des balcons, jusqu'à sa chambre. Et tous les soirs il venait la voir, quémandant caresse et nourriture. Sa robe était noire, si profonde que la nuit même. Ses iris étaient d'un bleu si clair, qu'ils semblaient lire à travers son âme. Ce petit animal affectueux réussissait à lui faire fondre le cœur, et réalisait un de ses désirs d'enfant. Depuis toute jeune elle avait toujours souhaité avoir des animaux, mais par manque de temps pour s'en occuper, n'en avait jamais eu. Malgré cette courte distraction, Elenna avait le vague à l'âme. Et dotant plus depuis que ce chat était là. Sans le vouloir, il lui rappelait d'ancien désir, des souvenirs d'enfants. Elle faisait aussi des rêves étranges à présent, mais pourtant elle n'arrivait pas à s'en souvenir avec exactitude. Mais parfois le rêve était si fort, qu'il traversait ses songes et se confondait avec la réalité. C'était toujours les mêmes rêves, dans lesquels elle voyait des femmes, des jeunes filles qui mourraient. Des rêves dans lesquels elle sentait chacune des lentes agonies des victimes. Une fois elle s'était réveillée en sursaut, pensant qu'elle avait réellement été cette femme, assassinée dans une ruelle sombre. Une autre fois elle avait chuté des cieux, encore, et si longuement qu'elle avait cru tomber de la voie lactée même.
La notion du temps et de l'espace lui semblait altéré.
Le temps passait rapidement en ces lieux, si bien qu'elle avait l'impression d'y avoir vécu une semaine.
Mais cela faisait trois mois.
Lorsqu'elle s'était rendue compte du temps passés, Elenna s'était effondrée. Et sa barrière et son masque s'étaient brisées. Trois mois qu'elle faisait semblant d'aller bien, alors que tout allait mal. Trois mois qu'elle avait seulement des soubresauts de joie, alors qu'elle n'était que tristesse. En son cœur, un insipide tourment l'avait envahi depuis quelque temps. Peut-être quelques jours.
Elle ne cessait de se faire des reproches certains justifiés, d'autre non.
Comment osait-elle faire comme si de rien n'était, vivre au jour le jour cette étrange existence, comme une spectatrice impuissante. Comment pouvait-elle être aussi en paix, alors que ses proches devaient se faire un sang d'encre ? Comment pouvait-elle ne pas penser à eux, durant chacune des secondes qui faisaient ses journées, alors qu'ils étaient sa lumière à travers la nuit ? Le mois d'Avril était bien entamé, sa mère venait de fêter ses cinquante-cinq ans, sans elle. Comment avait-elle pu rater ça, alors que sa mère devait retourner ciel et terre pour la retrouver. Tandis qu'elle se laissait porter par la torpeur et le calme Elfique. Calme qui avait ankylosé sa détermination à rentrer chez elle coûte que coûte.
Et retour chez elle qui était relativement ralenti par cet étrange ami, au demeurant absent.
Ces derniers temps, envahie par un besoin urgent et impérieux de quitter ces Elfes qui l'endormaient, elle ne cessait de demander à Elrond quand son ami arriverait. Et inlassablement, avec cette sérénité et cette quiétude communes aux Elfes, il lui répondait toujours :
« Patience est grande conseillère ».
Elenna ne l'avait plus cette patience, elle trépignait d'attente, de besoin. Sa mère lui manquait terriblement, les photos d'elle dans son téléphone ne lui suffisaient plus. Sa batterie fondait comme neige au soleil, tout comme sa gentillesse. Elle était plus sèche envers Lalaith, elle souhaitait de moins en moins être en sa compagnie. Alors qu'Elenna s'était toujours dit que ces êtres bons ne devaient jamais pâtir de sa frustration et de sa colère, voilà qu'elle faisait tout le contraire. Et c'était particulièrement injuste envers l'Elfe qui avait appris à l'apprécier comme une amie. Qui avait fait des efforts pour oublier leurs différences invisibles.
Mais Elenna n'était plus elle-même.
L'attente faisait ressortir ses pires travers. Elle devenait amère, aussi obscure que la nuit. Elle était froide envers tous, elle les rejetait. Elle se cachait les yeux, priant pour que chaque jour auprès d'eux, soit le dernier. Alors elle avait demandé à Lalaith de ne plus venir, préférant la solitude, que de devoir lui faire face. Préférant le silence et ses pensées sombres, plutôt que d'être confrontée à ses oreilles pointues. Ces Elfes qui lui rappelaient chaque jour qu'elle n'était pas dans son monde, qu'elle était une étrangère. Elenna n'était pas une mauvaise personne, qui faisait des crises sans raison. Elle était semblable à un animal blessé qui se recroquevillait dans sa tanière, pour panser les blessures de son cœur. Un loup solitaire, perdu loin de sa meute et qui hurlait sa peine à la lune.
Et toutes ses pensées moroses étaient aggravés par de terribles voix.
Ces voix si étranges, si éthérées. Un murmure effrayant dans une nuit dépourvue de la lumière des étoiles. Des murmures entêtants, qui la faisait basculer peu à peu du côté de la folie. Ces voix qu'elle ne comprenait pas, qui lui chuchotaient des ordres. Semblable à un souffle emplit de souffrance et qui malmenait son esprit de la pire des façons. Un souffle pernicieux, qui érodait les dernières lueurs d'espoir dans son cœur. Grâce à l'usure et à une lente agonie.
Elle en devenait folle de fatigue et de chagrin.
Écrire ses chansons sur des parchemins, ne l'aidait même plus à se détendre. Le livre épais dans lequel elle avait consciencieusement noté ses musiques, avait de nombreuses fois failli valser dans les airs. La colère, la haine la submergeaient, pour finir par laisser un goût âpre de mélancolie, omniprésent. Elenna était complètement perdue, seule. La passion de la musique finissait par devenir insipide, dans un lieu ou quasiment aucun des instruments de son monde n'existaient. Ces chansons prenaient même une toute autre signification. Elles lui avaient fait prendre conscience qu'elle ne les entendra sans doute plus jamais, et cela lui brisait le cœur. C'était comme avoir une drogue en sa possession, et de savoir qu'elle n'en aurait plus dans quelque temps. Et sans doute plus jamais dans son existence. C'était douloureux au possible, pour une jeune femme aussi mélomane.
Même les chants des Elfes pourtant si beaux, ne l'apaisaient plus.
Elenna se coucha plus tôt dans son lit, sans avoir touché à sa nourriture. Le soleil commençait à peine à décliner, que la fatigue frappa la jeune femme. Mais le sommeil ne vint pas, du moins pas tout de suite. Car des pensées sombres l'assaillirent de toutes parts, l'empêchèrent de trouver le repos. La tristesse lui serra le cœur et elle se recroquevilla, le nez dans son écharpe rouge. Le chat la regardait sereinement, installer en boule sur le fauteuil en osier, qui était dans un coin de sa chambre. Il clignait des yeux avec lenteur, ses pupilles étrangement dilatées. Elenna se perdit dans la contemplation de ce chat et pendant une seconde ne pensa à rien.
Elle eut alors un violent frisson.
Malgré le rayon de soleil qui caressait son corps et la réchauffait, jamais elle n'eut aussi froid. Malgré la lumière et la clarté du lieu, jamais l'obscurité n'avait été aussi présente en son être. Les larmes vinrent d'elles-mêmes, habituées maintenant, à l'appel de sa mélancolie. Habituées depuis tant de jours, à empêcher un sommeil serein et sans peine. Les draps blancs immaculés, absorbèrent l'eau de ses larmes, mais pas sa souffrance, qui était toujours aussi vive. Elenna parvint à s'endormir à cause de la fatigue.
Elle était épuisée, son corps et son âme étaient à bout.
Et Elenna voulait tant que cette douleur et cette peine cessent.
Le matin suivant, une servante autre que Lalaith apporta son repas, sans un bruit, tandis qu'elle resta prostrée dans son lit. Blonde aux yeux vert, Elenna ne savait même pas son nom. Elle n'avait pas la force, ni assez de politesse pour le lui demander. Elle ne voulait pas parler. Elle ne voulait pas faire semblant de sourire, pas aujourd'hui. Après quelque temps, elle parvint à se lever, au prix d'un incommensurable effort. Elle picora du bout des lèvres, mais ne trouva pas la faim, le cœur au bord des lèvres. Puis elle se décida à sortir prendre l'air. Cet isolement ne lui avait pas fait autant de bien qu'elle ne l'aurait cru. Elle qui pensait en avoir besoin pour se ressourcer, c'était tout le contraire qui était arrivé.
Elle était devenue l'ombre d'elle-même.
Elle déambula dans un long couloir, semblable à une âme en peine. Avec ses joues creuses et son teint cireux elle faisait peine à voir. Et avec ses cheveux gris et ses cernes, elle ressemblait à un fantôme qui hantait les lieux. Les Elfes qui la croisèrent, craignaient même qu'elle soit malade.
Aujourd'hui, peu la saluèrent, même d'un signe de tête.
Elle arriva enfin à l'air libre et voir l'éclat du soleil sur le marbre blanc, l'aveugla quelques secondes. Lentement, elle marcha sur ce long escalier, en direction de la grande entrée de Fondcombe. Elle s'arrêta et fixa les rochers saillants, loin en contre-bas. La rivière glissait doucement entre les pierres, léchant les rivages jusqu'à un point flou à l'horizon. Elle n'entendit plus aucun son, plus aucun chant, et même ses pensées se turent. Seulement les battements de son cœur, parvinrent dans le creux de ses oreilles.
Il suffirait de sauter et tout serait fini.
Elenna était persuadée qu'elle ne sentirait rien, que le choc la tuerait en un coup. Pas comme les lames de rasoir qui lui avaient lacérés la peau et dont elle gardait encore les marques blanches. Ces choses qu'elle s'était faite adolescente, en voulant extérioriser son chagrin. Chose qu'elle avait regrettée, en vieillissant, lorsqu'elle avait enfin fait son deuil. Mais là, maintenant c'était différent. Elle savait que tout se terminera en un instant et que peut-être, avec de la chance, elle retournera chez elle. Une autre chute, pour un autre monde.
Le sien.
Elle avait encore la bague sur elle, cela pourrait marcher.
Après tout, qu'elle était la raison de tout ceci ? Y avait-il seulement un but, autre que la souffrance ?
Être bien loin de sa famille et de ses occupations quotidiennes, provoquait ces sombres pensées. C'était la conséquence de ses longues nuits sans sommeil, de ses songes terrifiants et de cette fatigue constante. De sa solitude, qu'elle avait pourtant choisie, mais que ne la rendait pas sereine. Loin de tous ceux qu'elle avait toujours aimé, loin de son monde et de sa vie, Elenna n'était que l'ombre d'elle-même. Elle ne possédait rien et n'avait personne. Personne d'important à ses côtés, personne qui l'aimait comme une sœur, une amie ou une fille.
Elle était seule.
Elle n'était rien.
Dans son dos, au même moment, ces cicatrices la brûlèrent. La douleur était semblable à mille épées qui la transpercèrent. Et le souvenir de cette nuit lui revint en mémoire, aussi clair que de l'eau. Alors que cela faisait seize ans. Lorsque ces flash-back intrusifs lui revenaient en mémoire, ses marques, au même moment, s'éveillaient. De la tristesse, d'une faiblesse psychologique ou bien de ses pensées sombres, elle ne savait jamais ce qui les ranimaient ainsi. C'était la même douleur qu'elle avait dû ressentir lors de l'accident, à moindre mesure. Les médecins lui avaient expliqué à l'époque. La chair et les nerds se rappelaient. Mais cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas eu mal. Si longtemps qu'elle avait presque oublié.
Elenna absorba la douleur comme une vielle amie, les yeux remplit de larmes.
C'était comme si ces cicatrices avaient leurs propres volontés et qu'elles lui rappelaient douloureusement qu'elles étaient belles et bien présentes. Que ce qu'elle avait vécu était toujours là, et que rien n'y personne ne pourrait lui retirer son passé. Ces cicatrices étaient comme le boulet d'un condamné. Persistantes, omniprésentes. Parfois Elenna arrivait à les oublier. Parfois, elles s'éveillaient et lui rappelait qu'elles étaient là. Comme une douleur fantôme, sauf qu'elle n'avait perdu aucun membre, mis à part sa famille.
Cette fois-ci, les larmes glissèrent le long de ses joues.
Peut-être qu'elle était simplement morte sur Terre et que Fondcombe était le dernier chemin. L'endroit qui menait vers l'Enfer ou le Paradis, son épreuve. Un lieu qui semblait paisible pour certain, et pourtant horrible pour elle. Car il était semblable à la pire des tortures. Quelqu'un souhaitait-il voir si elle réussirait à combattre les démons de son enfance, qu'elle pensait pourtant partit à jamais ? Peut-être que quelqu'un, là-haut, souhaitait qu'elle se repente pour ses péchés. Cette personne voulait-elle qu'elle rejoigne ses proches décédés, car après tout sa survie à l'incident tenait du miracle ? Peut-être que cette entité pensait qu'elle aurait dû mourir ce jour-là ?
Qu'au final elle devait payer. Payer le fait qu'elle soit en vie, elle, l'enfant malade et malchanceuse, et pas eux.
Elle reprit son souffle, et il lui parût saccadé et douloureux. Durant ses sombres pensées, elle s'était dangereusement rapprochée du bord, tout en retenant sa respiration. Elle ne s'en était même pas rendu compte. Elle se frotta la nuque et s'éloigna, tout en chassant ses larmes qui ravageaient son visage. Qu'avait conseillé le docteur lors de sa thérapie il y bien des années ? Des exercices de respiration et penser à autres choses, à contrario d'avoir des médicaments sous la main. De la musique, quelque-chose qui la rendait heureuse. De la méditation. C'était très idiot dit comme ça, mais cela marcher.
Du moins à une époque.
Ce monde ravivait sa peine, de la plus étrange manière qui soit. Elle avait l'impression de revenir des années en arrière, ou elle n'avait été que l'ombre d'elle-même. Une enfant coupée de son double, des seuls êtres qu'elle avait aimé.
Et tous ces sentiments, elle ne les comprenait pas. Elenna pensait pourtant avoir vaincu définitivement sa dépression et fait son deuil.
Pourquoi était-elle ainsi, alors que cela faisait des années qu'elle allait mieux ?
Elenna préféra taire toute ses pensées, les engouffra dans son cœur qu'elle scella, puis se dirigea vers la sortie. Il fallait penser à autre chose, découvrir de nouveau lieu et s'occuper l'esprit, encore. Ce n'était pas en faisant dix mille fois le tour de Fondcombe, que celui-ci allait être pleinement occuper. Et surtout pas en pensant à des moyens pour rentrer chez elle de ce genre. Elle arriva enfin à la grande zone en terre battu juste avant la porte de sortie. C'était l'entrée pour les voyageurs venant de contrée lointaine. Et c'était là qu'ils sortaient tous, sans exception. Cette porte n'en était pas une, mais plus une arche en pierre, épaisse et parsemé de lierre. Elenna passa sous un pont en pierre, couloir qui menait vers une tour et accessible par la gauche. Sur sa droite se dressait un arbre immense, dont les racines se désaltérés dans un petit ruisseau qui longeait ses pieds. La chanson claire d'une Elfe commença à raisonner dans Fondcombe. Cela apaisa quelques instants sa peine intérieure. Mais sur les derniers mètres qui la séparaient de cette porte de sortie, elle se surprit à hâter tout de même sa marche. Elle sentit son cœur battre plus fort, sa respiration se bloqua dans ses poumons.
Ce sentiment de suffocation commença à lui étrangler la gorge. Mais elle voyait la lumière au bout du tunnel. Elle la voyait, à travers ces chênes et ces hêtres, qui se tenaient par delà cette arche.
Tout d'un coup, deux lances furent croisées devant ses yeux apeurés. Des gardes Elfiques, en tenue de combattant, lui barrèrent le chemin. L'un des deux parla d'une voix calme.
- Vous ne pouvez sortir.
- Que... Mais pourquoi ? s'offusqua Elenna, surprise.
- Nous avons reçu des ordres. informa le deuxième.
- S'il vous plaît, laissez-moi sortir, juste deux minutes ! implora-t-elle.
Voyant que les soldats gardèrent le silence, alors elle tenta de passer à nouveau sous les lances. L'un des hommes l'attrapa par le bras et la poussa de nouveau à l'intérieur, en douceur. À travers les trous de son casque dorée, Elenna perçut les yeux peinés de cet Elfe, qui entravait sa liberté.
- Je vous en prie, ne nous obligez pas user de la force.
- Pourquoi ?! Pourquoi je ne peux pas sortir ? Je suis une prisonnière ?
Le silence fut sa seule réponse, et Elenna cru qu'elle allait s'effondrer en pleurant devant eux. Elle ne comprenait pas pourquoi ils entravaient sa liberté. Elle ne comprenait pas pourquoi, malgré le fait qu'elle était à l'air libre, elle avait l'impression que les alentours semblaient se rétrécir. Sa respiration se bloqua et elle eut du mal à retrouver son calme. Lorsque cela arriva, la panique laissa place à de la colère et de la frustration. La fureur coula dans ses veines comme de la lave en fusion.
- Comment osez-vous ?! siffla-t-elle, en les pointant du doigt. Vous n'avez pas le droit de m'empêcher de partir ! Ni de me priver ma liberté !
Ils restèrent silencieux, et Elenna fulmina :
- En tous cas, félicitation ! Je me demande si votre prime est à la hauteur de cette dangereuse mission, espèce de lâche !
Rouge de colère, Elenna darda ses yeux rageurs à leur encontre. Si ses prunelles avraient été des fusils, les deux Elfes seraient morts. Malgré sa colère palpable, ils la regardaient impassiblement. Elle tenta encore de passer, et cette fois-ci, fut un peu plus malmené. Ils la poussèrent si loin, qu'elle faillit tomber à cause de propre maladresse. Voyant qu'elle n'obtiendrait rien d'eux, elle tourna les talons. Elle se dirigea alors vers la zone d'entraînement, l'air résolu.
C'était là qu'il se trouvait, c'était de là que venait cet ordre. Obligatoirement.
Seigneur Glorfindel, de la maison de la Fleur d'Or, Chef de la garde d'Imladris.
Elenna courut d'un pas furieux retrouver l'Elfe blond. Et elle le trouva plutôt rapidement près de la zone d'entraînement, en train d'observer d'autres Elfes qui combattaient. L'air concentré, attentif aux mouvements de ses soldats, il fut à deux doigt de ne pas l'entendre arriver. Mais il était un Elfe, et était affublé d'une ouïe très fine.
- Vous ! s'écria-t-elle.
L'homme lui jeta un regard par-dessus sa large épaule tout lui lançant un doux sourire.
- Une bien belle journée Elenna. Souhaiteriez-vous vous entraîner ?
- Pourquoi je ne peux pas sortir de Fondcombe ! Elenna l'ignora et pointa un doigt accusateur dans sa direction. C'est vous qui l'avez ordonné, pas vrai ?!
- Ah... ça... Souffla l'homme, en concentrant de nouveau son regard vers le combat.
Glorfindel resta ensuite dans le silence, comme si cette simple réponse suffisait. Alors qu'il aurait dû être troublé, il n'eut aucun mouvement de surprise. Il était au courant, alors il devait forcément en être la cause ! C'étaient ses hommes après tout ! Ses soldats qui paradaient dans tout Fondcombe et qui l'empêchaient de sortir. Pour qui se prenait-il ?
Cela accentua le sentiment d'injustice d'Elenna qui s'écria, hors d'elle :
- Pourquoi ?!
- Parce qu'il y a de nombreuses choses qui peuvent vous arrivez, là dehors, si l'envie vous prend de faire une simple promenade. annonça froidement Glorfindel, en se tournant enfin vers elle.
C'était une simple excuse, après tout elle ne s'était pas attendue à ce qu'il avoue, qu'en effet, elle était prisonnière en ces murs. Un poids tomba lourdement dans son estomac et des larmes glissèrent sous ses paupières. Et alors qu'en temps normal elle lui aurait dit ces quatre vérités, elle n'en avait tout simplement plus la force. Plus l'envie de combattre cet Elfe injuste, qu'elle commençait pourtant à apprécier. Elle ne chercha pas à le confronter, ni à réfuter cette idée complètement débile, ni à le rassurer. Tout ce qu'elle pouvait faire, dans son état proche de la fatigue nerveuse, ce fut de dire une supplique :
- Je vous en supplie, Seigneur Glorfindel ! C'est juste l'histoire d'une dizaine de minutes ! Je... je n'irais pas loin !
- Même si cela ne dure que dix minutes, je ne peux mettre en place une garde rapprochée pour votre plaisir. J'ai besoin de mes hommes pour mes patrouilles, nous ne sommes guère nombreux à protéger Imladris.
- Mais je n'ai pas besoin de nounou ! s'écria-t-elle, désespérée. J'ai juste besoin de me promener ! Quelques minutes, loin... Loin de tout ça... Loin de cet endroit.
Le regard du Seigneur Elfe parut s'adoucir légèrement, en voyant l'air inconsolable et malheureux de la jeune femme.
- Je suis désolé, Elenna, mais vos suppliques ne pourront me faire flancher.
Celle-ci n'était plus abattue, elle était en colère maintenant alors elle s'écria :
- Vous retenez une femme qui ne veut même pas s'enfuir, qui n'en a même pas la force ! Qui veut juste sortir devant cette foutue cité ! Félicitations, vous êtes un brave et courageux soldat !
- Vous n'obtiendrez rien de moi en usant de sarcasmes. trancha Glorfindel, en levant la main pour la faire taire. Pensez un peu plus loin que le bout de votre nez ; Amangrod, feu le père du jeune Arothir, est mort à quelques lieux d'ici avec son épouse. Il était un remarquable combattant et sa femme avait tout à fait les capacités pour défendre farouchement sa vie. N'avez-vous donc pas une seule once de bon sens, en ne craignant pas les dangers qu'il y a au-delà des remparts ? Ne craignez-vous pas les monstres qui parcourent cette Terre, ni la mort ?!
La brune plissa légèrement les yeux, et sa respiration saccadée commença à se calmer. Malgré sa fureur, au fond de son cœur, elle le perçut. Elle sentait ces gestes remplit de bienveillance à son égard, qu'avaient tous les Elfes qui la connaissaient. Comme l'auraient des adultes envers une enfant perdue. Son âme comprenait qu'ils souhaitaient seulement la protéger. Mais pour le moment, ces sentiments à elle était beaucoup plus facile à comprendre, à entendre, à travers sa rage. Elle étouffait dans cette cité, il lui fallait de l'air, plus d'espace et moins d'Elfes autour d'elle. Et c'était le seul sentiment qui comptait. Et Elenna était prête à tout pour voir son souhait réaliser. Elle voulait partir loin d'ici durant quelque temps. Elle tourna les talons et partit alors, comme une furie. Elle marmonna dans sa moustache, hors d'elle et incontrôlable.
- Mais je m'en fiche de crever.
Dans son dos, Glorfindel écarquilla les yeux avec stupeur lorsqu'il entendit cela.
Elenna claqua la porte en arrivant dans ses appartements et elle serra violemment les poings, tandis que des larmes coulèrent le long de ses joues. Elle avait tout tenté. Tout essayer. Elle avait essayé d'escalader les hautes rambardes en manquant de se rompre le cou. Elle avait essayé de distraire les gardes. Mais ils ne flanchaient pas, et avec désespoir, elle s'était finalement rendue compte qu'elle était belle et bien prisonnière. Que sa liberté était entre les mains et le bon vouloir d'autres personnes. On lui avait tout pris. Sa famille, ses amis, son quotidien et sa vie. Et maintenant on lui enlevait son libre arbitre ? La seule chose qu'elle pouvait encore contrôler ?
Sa respiration se fit plus saccadée, difficile.
Douloureuse.
Elle mit du temps à se calmer, elle et ses pensées. Ce sentiment d'étouffer, de ne pas réussir à contrôler son souffle laborieux. Elle se coucha sur son lit, la gorge en feu. Ses avants-bras étaient maintenant rougis par la trace de ses ongles et sa peau, lacérée. La colère qui bouillonnait en elle, mit du temps à s'apaiser. La fatigue l'assomma, et elle parvint à se reposer un peu. Cette fois-ci aucun rêve étrange, comme ceux qui l'envahissaient depuis si longtemps. Seulement un rêve, qui lui rappela un peu la maison. Elle rêvait des Elfes de maison, aussi laids que douer de magie, venant tout droit d'Harry Potter. Elle prenait un malin plaisir à les torturer avec des chaussettes salvatrices et dépositaires de leur liberté.
Quelqu'un l'interpella, et elle se réveilla en sursaut. Hébétée et à moitié endormie, elle se redressa sur ses avant-bras.
- hein ? Qu-quoi ? balbutia-t-elle les yeux encore clos. Il y a quelqu'un ?
- Il est l'heure Elenna, tu es attendue.
En entendant la voix douce de Lalaith, la jeune femme écarquilla les yeux et fut enfin pleinement réveillé.
- Attendue ? Pour quoi faire ?
- Pour manger voyons ! Hâte-toi, il faut t'habiller. C'est un repas on ne peut plus officiel, tu te dois d'être présentable !
Les yeux encore collés et la tête vaporeuse, Elenna se rallongea aussitôt dans son lit, et ferma les yeux. Elle fit une grimace mécontente, encore dans un brouillard dû au sommeil, alors que Lalaith fredonna un air. Malgré le fait qu'Elenna était devenue si froide avec elle, ces derniers temps, l'Elfe ne lui en tenait pas rigueur. Elle appréciait cette humaine, qui avait encore des réactions dignes d'une enfant. Du laxisme à cause de sa condition ou bien de sa douceur maternelle, Lalaith ne savait jamais ce qui l'empêcher de lui tenir rigueur.
- C'est le matin ? maugréa Elenna.
- Bien sûr que non, il est à peine dix-neuf heures. Viens donc choisir une robe.
- Je n'ai pas envie Lalaith, laisse-moi tranquille.
Et sur ces mots, elle s'engouffra dans ses couvertures. C'était sans compter sur Lalaith, qui était remplie de joie à l'idée de la préparer.
- Le Seigneur Elrond t'a invité à dîner avec lui ! clama-t-elle avec un sourire solaire dans la voix. C'est une assez bonne raison pour se lever, petite marmotte.
Elenna ne l'entendit pas de cette oreille et préféra rester sous les couvertures.
Un dîner ? Rien que ça !
Elle discerna le bruissement de tissu d'une robe, signe que Lalaith s'était rapprochée du lit. Elenna sentit une masse au niveau de ses pieds, et la voix de l'Elfe, remplit de douceur résonna alors :
- Tu te sens mal ? s'enquit-elle. Est-ce que t'es lunes sont arrivées ? Je peux te donner quelque-chose contre la douleur, si tu le désires.
- Non Lalaith, je ne suis pas malade et je n'ai pas mes « lunes ». maugréa-t-elle, bougonne. J'ai pas...
Elle laissa la fin de sa phrase en suspens et commença à réfléchir. Si l'ordre de sa semi-captivité venait bien de Glorfindel, que pourrait-t-il faire contre un ordre venant de son Seigneur ? Une idée germa dans son esprit, et un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres ? Quand bien même elle ne voulait voir, discuter et sourire à personne dans cette foutue cité. Un dîner avec le Seigneur de ces lieux, quoi de mieux pour avoir gain de cause ? Elle allait devoir le convaincre et user de tout son charme pour avoir cette foutue sortie. Et lorsqu'elle y parviendra, elle aura enfin sa revanche. Elle se délectera alors de l'air dépité du chef des gardes !
Elle sortit alors la tête de sa couverture, et se redressa sur ses pieds, toute guillerette. Lalaith lui lança un regard plus que surpris, et fut un peu hébété.
- Finalement, je veux bien y aller ! Après tout, je dois faire preuve de gentillesse envers celui qui me loge et me nourris. dit-elle en faisant un sourire si lumineux, qu'il éblouissait Lalaith. Si celui-ci souhaite dîner avec moi, qui suis-je pour lui refuser cette politesse ?
- Bien... si tu as changé d'avis et si tu te sens bien, alors... suis moi. souffla-t-elle en haussant un sourcil intrigué.
Lalaith se dirigea vers le salon, et c'est là qu'Elenna remarqua enfin quelques robes étalées sur la table, le canapé et le fauteuil. Lalaith les présenta d'un geste théâtral de la main. Elenna écarquilla les yeux et perdit ses mots, tandis qu'elle s'en approcha.
- J'ai hâte de te voir habiller avec l'une d'elles ! s'exclama Lalaith, excitée. Je te les ai fait venir spécialement du Bree pour qu'elles te siéent ! Les nôtres étaient beaucoup trop juste, alors quoi de mieux que des robes humaines ? Je n'en ai que trois à te proposer, mais elles seront parfaite !
Lalaith qui applaudissait et qui trépignait d'impatience, fit tout d'un coup beaucoup plus jeune. Elle ressemblait à une enfant, ce qui tira un maigre sourire à Elenna. Lalaith était beaucoup moins guindée en sa compagnie, plus ouverte. Et malgré son ton sec de ces derniers jours, l'Elfe semblait ne pas lui en vouloir. Ou du moins ne lui fera jamais de remarque à ce sujet, au vu de son maigre statut. Cela tira un sourire amer à la femme aux cheveux d'argent. Les servants devaient sans doute supporter les crises de leur maître et s'écraser devant eux. Elenna passa ses doigts sur ces robes, plus belles les unes que les autres. Au toucher, le tissu semblait très léger, mais luxueux et finement ouvragé.
- Tout ça, rien que pour moi ? C'est assez excessif, je ne les mettrais pas toutes si ça se trouve.
- C'est un cadeau du Seigneur Elrond, il a dit que ton acte dans la forêt, se devait d'être récompensé.
- C'est bien aimable de sa part, même si je n'ai pas fait ça pour avoir des cadeaux...
Elenna jeta un regard par-dessus son épaule, et observa Lalaith ravie et rayonnante. Elle se rappela alors que l'Elfe lui avait une fois avoué que ce qu'elle aimait faire le plus parmi toutes ses tâches, s'était de s'occuper de ses « maîtresses » et de les coiffer. Elenna haussa un sourcil et avec un sourire amusé demanda :
- Elles sont vraiment très belles... Mais je pourrai plutôt y aller avec ma robe ? Tu sais, la noire ?
- Le bout de tissu qui te couvre à peine !? s'indigna Lalaith, outré par cette suggestion. Hors de question ! Pour qui te prendrait-t-on ?
Elenna, pour la première fois depuis des siècles, éclata de rire en voyant sa tête. Et surtout lorsqu'elle se rappela ce fameux moment. Un jour Lalaith avait fait sa curieuse, après avoir lavé sa robe cocktail. Elle lui avait demandé à quoi cela ressemblait d'être habillée ainsi, trouvant cela étonnant qu'aussi peu de tissu puisse être appelé « robe ». Surtout qu'Elenna avait précisé que c'était ainsi que les jeunes filles s'habillaient dans son village, pour les grandes occasions. Elenna avait enfilé son vêtement et fait la mannequin de bonne grâce, défilant sur un podium imaginaire. L'Elfe aurait pu s'évanouir de gêne, en voyant autant de chair dévoilée et si peu de tissu sur une femme. Heureusement qu'Elenna avait prévu le coup en enfilant un pantalon fin en dessous, sinon Lalaith l'aurait prise pour une fille de joie. Déjà que le décolleté ne suggéré rien et était profond, elle aurait sûrement provoqué la mort de l'Elfe, si chaste en dévoilant ses jambes.
Lalaith eut un petit sourire amusé en voyant l'humaine reprendre son souffle après son rire hilare. Puis, avec patience elle l'observa faire son choix. Elenna se décida alors et choisit une robe bleu nuit, qui lui ira à merveille, selon l'expertise de Lalaith. Elle se posta devant la coiffeuse une fois habillée, prête à laisser Lalaith prendre plaisir à s'occuper d'elle. Lorsque son regard croisa son apparence, la remarque soufflée de l'Elfe, fit écho à ses pensées.
- On dirait que tu as maigri...
Et c'était le cas. Ces joues semblaient plus creuses, ses os plus voyants. Maintenant qu'elle y regardait de plus près, même son ventre, qu'elle avait toujours eu, semblait avoir fondu. Ce n'était pas en deux jours qu'elle avait maigris. Elle avait sauté de nombreux repas alors. Elle comprenait enfin d'où venait sa grande fatigue, elle s'était affamée sans s'en rendre ce qui la surprenait le plus, c'était à quel point ses yeux ressortaient, à cause de ses cernes. Ces grandes pupilles bleu nuit, engloutissaient son visage et ses longs cheveux grisés, lui donnaient un air malade. Pour peu que cette histoire d'amnésie aurait eu un effet étrange sur la perception qu'elle avait d'elle-même, elle se serait demandé qui était cette inconnue devant elle.
C'est dire qu'elle se reconnaissait à peine.
Lalaith la laissa se contempler silencieusement, puis entreprit de lui brosser les cheveux. Ce ne fut pas une mince affaire pour elle, qui pesta en Elfique, devant la broussaille qu'était cette tignasse. Elenna aimait le confort d'un chignon à celui des cheveux à l'air libre, ces derniers temps, alors c'était un véritable champ de bataille. Elenna eut un sourire moqueur en voyant sa tête, dépitée et découragée. Lalaith avait insisté pour la préparer alors qu'elle aurait pu le faire seule, elle n'avait qu'à s'en prendre qu'à elle-même. Elenna perdit bien vite sa moue moqueuse, lorsque la brosse passa dans le premier nœud. Elle grimaça et pria un quelconque dieu capillaire, pour que cette torture prenne fin rapidement. Quelques minutes après, l'Elfe poussa un soupir ravi dans son dos, devant son travail accompli. Souriante, les mains sur les hanches et satisfaite devant le résultat, elle demanda ;
- Alors ? Est-ce que cela te plaît ?
- Beaucoup. Tu es vraiment douée Lalaith. répondit Elenna avec un sourire.
L'Elfe l'invita à aller devant un grand miroir, dans le salon. Elenna s'observa sous toutes les coutures. Ses cheveux étaient finement tressés sur ses tempes, et des boucles naturelles glissaient sur ses reins. Dubitative, elle se tourna dans tous les sens, passant en revue ses fesses, ses seins tandis que la robe voltigeait tout autour d'elle. Elle n'était pas si différente de la femme d'il y a trois mois. C'était juste la même personne, en version moyenâgeuse et plus mélancolique. Son regard dubitatif, laissa Lalaith dans une attente fébrile.
- Tu n'aimes pas, c'est ça ? La blanche te conviendrait mieux peut-être ?
- Ce n'est pas ça.
Comment expliquer à quelqu'un qui avait vécu toute sa vie avec ce genre de vêtements, que ceux-ci étaient à des années-lumières de ses goûts. Et carrément d'un autre monde. Les Elfes avaient des siècles de retard concernant la mode !
- C'est juste que je n'ai jamais mis ce genre de robe. souffla Elenna en lissant sa robe.
- Je te trouve resplendissante, on pourrait te confondre avec une Elfe ! Lalaith eut un sourire, enchanter à l'idée, avant de poursuivre. Désires-tu en changer ?
- Non, je vais y aller comme ça.
Lalaith hocha la tête et lui tendit de ravissantes ballerines. Quand elle fut fin prête, elle la couva du regard, comme si elle regardait une enfant. Lalaith qui était si au fait concernant les étiquettes, était heureuse qu'Elenna prenne enfin son statut d'invité du Seigneur Elrond. Elle la mena vers le salon personnel du Seigneur, là où il accueillait les plus hauts dignitaires, ou bien ses amis les plus proches. Elenna ne savait pas quelle chance elle avait à être invitée à sa table. Elles marchèrent quelques minutes dans un silence religieux, tandis que l'ombre de la nuit s'étendait sur Fondcombe. Quelques torches éclairaient les lieux, mais il ne faisait pas encore trop sombre. Elenna se m'y à penser qu'elle adorait Fondcombe lorsque le ciel se drapait de ses étoiles, car les nuits y étaient exceptionnelles. Grâce au pouvoir du Seigneur Elrond, le ciel étoilé, était le plus clair de toute la Terre du Milieu. Certains Elfes faisaient le voyage depuis la Lórien, ou la Forêt Noire pour voir ce spectacle magnifique, surtout lorsque les pluies d'étoiles étaient annoncées.
Elles passèrent un pont sous lequel de l'eau coulait, tandis que le parfum des fleurs leur monta au nez. Lalaith, qui menait la marche entendit Elenna frissonné dans son dos. Pourtant, cette fin de journée était douce, agréable. Elle fronça les sourcils, en pensant au fait que les humains étaient trop sensibles au changement de saison, trop fragiles. Ses pensées furent interrompues, lorsqu'elles arrivèrent enfin près des appartements privés d'Elrond. Lalaith s'arrêta devant la porte et dans un bruissement de robe, se tourna vers Elenna.
- Êtes-vous prête, ma Dame ?
Lalaith s'était remis à la vouvoyer, ce qui signifiait que ce qu'il allait se passer, était très officiel. Les conditions de leur tutoiement été très claires. Seulement en privé ou bien sans spectateur. Étrangement, cela stressait la jeune femme. Elle n'avait parlé à Elrond que de rares fois, durant des rencontres rapides au détour des couloirs. Mises à part ces courtes entrevues, jamais ils n'avaient réellement discuté tous les deux. Et maintenant qu'elle avait pleinement conscience de sa nouvelle réalité et du titre de ce grand Seigneur, elle n'était plus si sure d'elle.
Si l'envie lui prend, il peut décider de m'enfermer au moindre pet de travers.
Elenna en frissonna d'appréhension à l'idée de retourner dans cette maudite prison moisie. Son courage et sa fougue s'étaient carapatés.
- Heu... hésita la brune. Je crois que je ne me sens pas très bien...
- Vous êtes une piètre menteuse. pouffa l'Elfe. Cela se voit sur votre visage, vous êtes seulement un peu inquiète.
- Ne vous en faites pas. Le Seigneur Elrond ne compte pas vous dévorer ce soir. De plus il paraîtrait que la chair Humaine est assez laborieuse à manger.
Elenna blêmit tout d'un coup et sentit son cœur s'arrêter. Ce foutu Seigneur Glorfindel, était apparu dans son dos. Lalaith s'inclina respectueusement vers lui et Elenna repris contenance avant de se tourner vers lui. L'Elfe blond avait un sourire mutin, fixé sur son visage.
- Seigneur Glorfindel, quelle délicieuse surprise... renifla-t-elle.
Il tendit son bras, qu'elle regarda quelques secondes comme une idiote, sans comprendre. Il inclina sa tête vers celui-ci, avec un doux sourire.
- Vous parlez avec aisance, mais je pense qu'il faut vous enseigner les usages de la cour.
- Je n'ai pas besoin d'aide pour marcher. rétorqua-t-elle en croisant les bras. Ma mère m'a fait des jambes et j'ai une excellente coordination de mouvement.
Elle pouvait être aussi têtue qu'une mule lorsqu'elle le voulait. Glorfindel haussa un sourcil et reposa son bras près de son flanc, non sans sourire.
- Pourtant, ce n'est pas ce que j'ai cru voir lors de notre première joute amicale.
Elenna fit une moue étrange, un mélange entre agacement et fatigue. Elle préféra se taire pour ne pas envenimer la situation. Le seul geste de combativité qu'elle put se permettre, se fut de lever les yeux au ciel. Lalaith, outrée et blême face au ton de la jeune humaine face au Seigneur resta bloqué quelques secondes dans sa position. Et surtout lorsqu'elle vit le Seigneur aussi moqueur envers son amie. Puis elle sembla reprendre ses esprits et frappa à la porte, en observant étrangement ce duo improbable. Après que le Seigneur Elrond ait répondu, elle l'ouvrit avec une rare élégance. Lorsqu'ils passèrent le pas de la porte, Elenna entendit très distinctement la femme Elfe chuchoter à son encontre.
- Passez une bonne soirée, Dame Elenna.
Puisse le sort vous être favorable. pensa la brune, alors que Lalaith referma doucement la porte.
Elle se retrouva alors dans un grand salon, dont les murs étaient habillés de hautes bibliothèques en bois brutes. L'ambiance de cette pièce semblait éthérée et magique. Avec cette rotonde qui menait droit vers l'extérieur et dont la vue lui coupait toujours autant le souffle. Le parquet lustré brilla avec la lueur mourante du soleil qui se glissait derrière la montagne, tandis que des voiles fins bougeaient faiblement grâce au vent. Des vignes entrelacées autour des piliers en pierre lézardaient vers le plafond, décorant naturellement cette salle à manger. Une table était dressée au milieu de la rotonde, affublée de verre en cristal fin et d'assiette dorée. Un immense bouquet de fleurs se tenait au milieu de cette table, apportant une touche de couleur.
Et dans le soleil déclinant, se tenait Elrond qui les observait.
Celle-ci déglutit lorsqu'elle croisa le regard gris acéré du Seigneur Elfe, vêtu de ses plus beaux atours. Sa couronne d'argent, contrasta avec sa longue chevelure sombre alors qu'il la salua d'un mouvement élégant de la tête. Un manteau pourpre scindait sur les épaules, sa tenue était riche et élégante. Son aura et sa prestance digne d'un Roi, firent sentir la jeune femme comme une moins-que-rien. Pourquoi avait-elle l'impression qu'elle allait se faire réprimander par le Seigneur Elrond, alors que son sourire atteignait ses yeux ? Étonnement, elle chercha du réconfort auprès de Glorfindel. Elle releva haut la tête pour voir le visage de l'homme, il la dépassait de trois têtes au moins, mais elle devait absolument capter son regard. Comme si sa vie en dépendait, elle s'accrochait à ses prunelles glacées. Un léger sourire traversa les lèvres de l'homme en voyant son air affolé.
- Le truc sur la chair humaine, c'était une blague pas vraie ? chuchota-t-elle, plus pour faire la conversation qu'autre chose.
- Il n'y a qu'une seule porte de sortie, je vous conseille de courir vite.
Elenna fit un petit cri étranglé, semblable à celui d'une souris. Glorfindel, qui avait soufflé son avertissement, éclata tout d'un coup de rire. La jeune femme déglutit et suivit le géant blond. Même si elle se doutait que tout ceci n'était qu'une blague, l'imposante présence du Seigneur Elrond l'intimidait. Lorsqu'elle arriva près de l'Elfe brun, elle fit sa plus belle révérence, du moins elle l'espérait.
- Seigneur Elrond, mae l'ovannen.
- Elenna, mae l'ovannen.* Dit-il avec un doux sourire. Il y a longtemps que je vous ai vu et vous voilà, parlant comme les miens.
- C'est Lalaith qui me l'a appris... Je ne connais que très peu de mot, pour ainsi dire que ceux-là.
- Est-ce que notre langue à capter votre intérêt ? Souhaitez-vous l'apprendre ?
- Humm... hésita Elenna en regardant Glorfindel. Peut-être plus tard, pourquoi pas ?
Son ton hésitant n'était pas voulu. Après tout, elle devait bien choisir ses mots, car Glorfindel ne savait pas son origine. Pourquoi l'avoir invité, limitant ainsi la possibilité de ses questions, nombreuses et importantes ?
- Elenna ?
- Oui ? La brune cligna des yeux vers les hommes qui se trouvaient devant elle. Quoi ?
- Installez-vous voyons, prenez place. Elrond tendit la main vers la table et une chaise, pile en face de la magnifique vue.
Elenna observa la décoration somptueuse de cette rotonde, riche en ornement et moulures. Puis elle fixa la nourriture déjà placée sur la table. Cette vision de viande et de légume nimbée d'une belle sauce marron qui faisait briller le plat, lui tordit le ventre. Étrangement, elle qui n'avait pas si faim ces derniers temps, se mit à saliver. Mais elle arrêta son estomac sur patte ; de nombreuses questions méritées son attention.
- Avant de commencer le repas, j'aurais une seule question. Elenna campa fièrement sur ses jambes, les bras croisés. Pourquoi est-ce que je ne peux pas sortir de cette cité, qu'elle en est la raison ?
- C'est en partie pour ça que je vous ai convié à ce repas. insista l'Elfe brun, le regard imperturbable. Prenez place, je vous prie.
De mauvaise grâce et sans aucune délicatesse, elle s'installa en maugréant sur sa chaise. Elle fixa les deux Elfes, chacun leur tour, toujours les bras croisés. Les deux hommes se jetèrent un coup d'œil amusé et avant qu'elle ne se fâche, Elrond prit la parole.
- Je sais que vous souhaitez sortir dehors, mais ces Terres vous sont inconnus. Et je vous assure qu'elles sont dangereuses.
- Si c'était vraiment si dangereux, tout le monde ne serait pas aussi détendu. contra Elenna, inébranlable dans son entêtement.
- Il est vrai que les alentours proches sont très calmes. avoua Elrond.
- Et si je promets de rester au-devant de votre cité ? Je ne compte pas m'enfuir, ou irais-je ? rétorqua-t-elle en lui coupant la parole. Et quand bien même j'aurais envie de partir loin d'ici, j'en ai le droit ! À moins que tout ça ne soit une fausse excuse ?
- Vous n'êtes pas prisonnière en ces murs Elenna, si c'est ce que vous insinuez. Sachez juste que mon seul désir et vous gardez en sécurité jusqu'à l'arrivée de mon ami. rassura Elrond en souriant. C'est pour cela que j'ai ordonné à mes hommes de vous garder à l'intérieur.
Elenna eut un soupir plaintif et s'enfonça plus dans son fauteuil. Ainsi donc elle allait devoir rester sous le regard bienveillant, mais peut-être un peu parano du Seigneur ? Celui-ci reprit la parole, cette fois-ci avec un air encore plus sérieux qu'à son habitude.
- De plus, vous avez toujours en votre possession quelque-chose de très important. Et cet objet requiert une surveillance particulière. Mais je vous promets que je réfléchirai à l'idée et que je vous donnerai une réponse le plus rapidement possible. Cela vous va ?
- Oui... elle souffla. Je peux attendre encore quelques jours, au point où j'en suis...
Au moins, elle avait la parole du Seigneur et elle était dorénavant sûre de ces intentions. Même si elle aurait bien voulu lui faire signer quelque-chose pour ne pas qu'il revienne sur sa parole.
Les paroles s'envolent, les écrits restent.
Glorfindel n'avait plus à pâtir de sa mauvaise humeur, car elle savait maintenant que l'ordre venait de plus haut. Elle s'en sentait presque désolée d'avoir passé ses nerfs sur lui, alors qu'il n'avait fait qu'obéir. Presque. Elrond poursuivit alors :
- Bien. J'ai été fort occupé ces derniers temps et je me suis rendu compte que je n'ai pas assuré mes fonctions d'hôte. J'ai organisé ce dîner, dans le but d'apprendre à vous connaître un peu plus. Vous et votre monde, bien sûr.
Elenna toussa intentionnellement, à s'en décrocher la gorge. Puis, un jeu étrange de regard se déroula, ce qui, pour un spectateur extérieur, aurait paru autant bizarre qu'hilarant. Elenna toussa donc, en jetant des coups d'œil qui se voulaient discrets, mais qui ne l'étaient pas bien évidemment, en direction de Glorfindel. Elrond, qui décidément en y regardant de plus près, avait un regard de vieux hibou, lui lança un coup d'œil incrédule, en suivant ses yeux. Et l'Elfe aux cheveux d'or se contenta de rester le plus impassible possible. Mais il tentait très clairement de retenir un sourire, avec beaucoup de peine. Ce petit jeu dura quelques secondes de plus, dans l'incrédulité quasi-générale. Et finalement, l'Elfe blond n'y tenant plus, il éclata de rire.
- Ahah... il s'esclaffa en mettant la main sur son torse. Je suis désolé, mais il semblerait que j'ai omis un petit détail, tant à l'un qu'à l'autre.
Il fixa Elenna avec un sourire mutin. Elle ne l'avait jamais vu aussi jeune et beau qu'à cet instant, quittant le temps d'une seconde, son air si noble. Mais à son plus grand désarroi, elle connaissait son air moqueur à présent. Elle plissa néanmoins les yeux avec suspicion, craignant le pire.
- Dame Elenna, je vais encore devoir vous présenter des excuses. dit-il en inclinant la tête sur le côté, souriant. Je sais que vous n'êtes pas de ce monde. À vrai dire, je l'ai toujours su.
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Le suicide est un sujet très grave et plutôt délicat à traiter. En premier lieu, j'ose espérer que ceux qui lisent cette Fic vont très bien que ce soit physiquement ou mentalement. Mais si ce n'est pas le cas et que vous avez déjà eu des pensées suicidaires, sachez qu'il existe de nombreux organismes qui peuvent vous aider. Des numéros, des gens. Vous n'êtes pas seuls, et la mort n'est pas une solution. Il y a toujours une solution.
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Le début du chapitre n'était pas très gai, pas vrai ? Pour ceux qui ont lu mon pavé au premier chapitre, je vous disais que durant la première version Elenna était un peu Mary-Sue. Pas de manière énorme, mais en y regardant de plus près ses actes n'avaient pas autant de conséquences. Et puis elle était très irritante et immature, encore plus que maintenant. x) Et en regardant sur Wiki, voilà une définition qui pourrait tout à fait lui aller, surtout en lisant le début du chapitre.
Angsty Sue : «désigne un personnage torturé jusqu'à l'excès, et/ou dont l'horreur du passé frise le ridicule, et se met en contraste avec celui des autres personnages de l'œuvre. Clichés communs : meurtre, viol, maltraitance ou abandon durant l'enfance, condition d'orphelin, etc. Les parents sont rarement épargnés. Par la surcharge du pathos, le personnage est censé acquérir la sympathie du lecteur ; il peut être dépressif, constamment exécré par tout ce qui l'entoure, ou obsédé par une vengeance sanguinaire.»
En écrivant cette histoire, j'ai toujours eu en tête une jeune femme au passé assez sombre. J'essaye de vous le montrer au fur et à mesure, mais je ne veux pas que ça soit une donnée ''trop importante''. Une OC ayant un passif aussi gros, ou dans ce cas, plutôt douloureux, peu vite devenir une sorte de ''blague'' à elle toute seule. Ça peut vite devenir TROP. J'entends par là que ça peut avoir un effet inverse à ce que je souhaite vous faire ressentir.
Je considère qu'un bon OC (et d'ailleurs chacun à son jugement concernant la question) ne doit pas avoir obligatoirement un passé énorme pour être bien écrit. Un des points le plus important pour une histoire, selon moi, ce sont les réactions. Comment l'OC évolue dans le monde qui l'entoure, comment il réagit. Tout ce que je souhaite, c'est qu'Elenna soit la plus humaine possible. Et cette baisse de moral ne reflète en rien qui elle est vraiment. Certes, elle a un passif, elle a une histoire, mais tout est derrière elle.
Elenna se sent seule, elle est en colère. Elle ne veut pas de ce monde. C'est pour ça qu'elle semble si fragile, perdue et folle en ce moment. Et si inconstante dans ses sentiments. Un jour elle va bien, l'autre non. La Terre du Milieu lui provoque de terribles sentiments. C'est étrange pas vrai, pour un endroit si magique et fantastique ?
J'espère que vous avez compris l'idée générale de ce petit pavé, je vous avouerai qu'il me parait un peu brouillon ahah. Tout ce que je voulais c'était vous rassurez sur ce début de fic qui semble déprimant. Vous l'aurez vu dans les prochains chapitres, mais ne vous inquiétez pas, je vous assure que nous retrouverons bientôt Elenna comme elle est. Joyeuse et prête à dévergonder les Elfes si coincés !
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En attendant, que pensez-vous de la petite cachotterie de Glorfindel ? Et surtout comment va réagir Elenna ?
Bonne semaine à vous, bonnes fêtes de fin d'année et à la prochaine !
Annotation : mae l'ovannen : salutation soutenue. Différent de mae govannen, plus personnel.
