Auteur : Le Cerf-Pentard

Correcteur : NVJM

Disclaimer : Rien ne m'appartient. L'univers et les personnages sont à J.K. Rowling. Beaucoup d'éléments sont tirés de l'univers d'Assassin's Creed, qui appartient à Ubisoft. J'essaie de tenir compte du canon des deux univers, bien que ce ne soit pas parfaitement possible. Je ne tiens pas compte de tous les évènements des films Les Animaux Fantastiques, la fanfiction étant en cours de rédaction lorsqu'ils sont sortis. Ceci est une reprise de « Jeu de Magie » de WriteraAddicted. Alors même si je me l'approprie un peu, l'idée de base provient de cet auteur. Je ne gagne rien en écrivant cette histoire, à part l'immense plaisir ainsi que la satisfaction de l'écrire et de la partager.

Image : Wiki Assassin's Creed

Rating : M

Publié le : Samedi 31 mars 2018


Précédemment (C8) : Les recherches de Harry sur le Jeu le mènent à la conclusion que le dysfonctionnement est dû à une magie incompatible, ou à une technologie très avancée – s'expliquant par une technologie très avancée. Un texte mentionne un ancien peuple aux origines de tout qui fut décimé par le feu, ce qui lui rappelle la légende qui accompagne sa lame secrète. Il se promet de retourner dans la boutique d'armes où il l'a acquise pour en savoir plus. Il donne par ailleurs à Daphné un texte où sont retranscrites les étranges runes qu'il avait découvertes dans un couloir.

Un soir, Rogue le surprend dans les couloirs, ce qui lui vaut une heure de retenue. Dans la journée, Altaïr apparaît devant lui, blessé. Il s'empresse de le soigner et le mène à son dortoir, pour quelques semaines de rétablissement. La présence de Drago est tolérable, mais pas celle de son autre camarade de chambre, Zabini. Harry demande aux jumeaux sa localisation sur la carte du Maraudeur, pour ainsi le balancer du septième étage, l'envoyant à l'hôpital pour quelques mois le temps du rétablissement de son phénix. De retour au dortoir, Drago lui annonce « l'accident » qui est arrivé à Zabini, mais aussi le fait que Tracey est restée au lit, malade, veillée par Daphné.

Les jumeaux, soupçonneux, viennent le voir et lui demandent la raison de sa requête, pour Zabini. Il leur dit posséder un don de voyance et avoir voulu empêcher la chute de Zabini, leur prouvant cette faculté en leur prédisant l'arrivée d'un dragon à Poudlard. Au fil des jours, Tracey est de moins en moins énergique. De son côté, il commence à élaborer une fausse Pierre philosophale enduite de poison prévue pour Voldemort.

Lors des vacances, seuls lui et Daphné quittent le château. Dans le Poudlard Express, la blonde lui demande s'il n'a pas un moyen de savoir ce qui arrive à Tracey. Il lui parle de la legilimancie mais évite ensuite le sujet. En s'éloignant de Poudlard, le Jeu se remet à fonctionner, ce qui confirme ses hypothèses.

Il se rend dans l'une de ses demeures, qui appartenait à Bellatrix Lestrange. Des elfes y vivent et sont maintenant à son service. Il met sous surveillance la chambre de d'hôpital des Londubat dans l'espoir de surprendre Lucretia Fawley. Il y parvient, et quand il la suit, il arrive sur une falaise verdoyante sans habitation ni personne. Il reçoit un stupéfix, le faisant chuter de la falaise.


Harry Potter et le Jeu de Magie

Partie II

Chapitre 10 : Aqua


Harry percuta l'eau avec violence. Son souffle se coupa. Chaque muscle de son corps le faisait souffrir. Il sombra dans l'inconscience en même temps que dans les profondeurs de la mer.


Il se redressa brusquement, crachant toute l'eau qu'il pouvait. Une fois calmé, l'air emplissant douloureusement ses poumons, il prit finalement conscience de son environnement. Assis dans l'herbe, proche du bord d'une falaise, il distinguait une grande maison au loin, ainsi... qu'une baguette pointée en sa direction. Harry écarquilla les yeux, et remonta la baguette jusqu'à son propriétaire.

Il la reconnut tout de suite : Lucretia Fawley. Toujours ces cheveux blonds, ces yeux noirs et cette cicatrice qui barrait son visage...

Il remarqua une sphère faite d'eau flottant à ses côtés.

« Qui es-tu ? » prononça la grande sorcière d'une voix impérieuse.

Harry, trop épuisé par ce qu'il venait de vivre, ne réfléchit pas.

« Harry Potter. »

Les yeux de Fawley glissèrent brièvement sur sa cicatrice. Elle haussa un sourcil. Harry se sentit soudain compressé, et il ne se rendit que trop tard qu'il était attaché par des cordes magiques, alors que sa baguette avait déjà rejoint la main tendue de la sorcière.

Harry, étonné et impressionné, fit mine de ne pas réagir au-delà d'une simple exclamation de surprise. Sans même lui accorder un regard, Lucretia Fawley se retourna et marcha en direction de la maison qu'on pouvait apercevoir à quelques mètres de là. Avant qu'il n'ait pu protester, son corps s'éleva au-dessus du sol, et il se mit à suivre celle qui l'avait tant intrigué durant des mois.

Peut-être n'aurait-il jamais dû s'intéresser à son cas. Ça lui aurait permis d'éviter de se retrouver dans ce genre de situation.

Ce qu'il avait tout d'abord pris pour une maison s'avérait être bien plus volumineux : il s'agissait en réalité d'un petit manoir à l'allure sinistre pris entre une forêt et les plaines qui le séparaient du bord de la falaise.

La porte de la demeure s'ouvrit d'elle-même lorsque Lucretia se présenta devant. Harry traversa l'entrée avant que la femme ne le dépose sur une chaise dans le séjour. Les liens qui le retenaient prisonnier s'adaptèrent et s'y lièrent.

Harry tenta de calmer son appréhension en observant la décoration autour de lui. Il se tenait assit devant une grande table victorienne, et la majorité du mobilier était de ce style. La pièce était grande, sombre, et un peu sinistre. Il remarqua plusieurs objets intriguant, et d'autres n'étaient que des livres ou des ustensiles de potions. Un semblant de désordre régnait dans la salle L'air, humide, avait une odeur particulière.

Il recentra son attention sur Lucretia : elle se tenait de l'autre côté de la table, étudiant un grand ouvrage tout en prenant des notes. Il attendit ainsi pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'il perde patience.

Il se racla la gorge, espérant attirer son attention.

Elle leva des yeux perdus vers lui, surprise comme si elle venait de s'apercevoir de sa présence.

« Oh, pardon ! » s'exclama-t-elle, rougissant légèrement.

Harry haussa un sourcil. Lucretia sortit sa baguette et lui lança une panoplie de charmes informulés sans qu'il n'ait eu le temps de réagir. À son plus grand étonnement, ces sortilèges étaient inoffensifs. Du moins, en apparence, ils n'avaient aucun effet.

« Alors tu es vraiment Harry Potter..., marmonna-t-elle, ahurie. Tu ressembles vraiment à ce pauvre James, et à ... »

Elle fit une pause, le visage soudain triste.

« ... et à Lily. »

Harry sauta sur l'occasion.

« Vous connaissiez mes parents ? »

Elle détourna le regard, replongeant dans ses notes.

« Laissons le passé là où il est, marmonna-t-elle. Ça ne te regarde pas. Qu'es-tu venu faire ici ? »

Harry fronça les sourcils, mécontent.

« Vous êtes citée dans le testament de mon père, en tant que tutrice après Sirius Black et Rémus Lupin. » expliqua-t-il posément.

Lucretia avait relevé la tête, intriguée.

« Sirius Black est à Azkaban, et Rémus Lupin n'a pu m'élever : ce sont à mon oncle et ma tante qu'est incombée cette tâche. Vous, les Londubat, ainsi que le professeur McGonagall avez été totalement ignorés. »

Elle le fixa un instant, avant d'éclater d'un rire franc. Elle se leva et s'approcha de lui, le sourire aux lèvres.

« Harry... j'imagine que le testament de ton père n'indiquait pas Pétunia Dursley comme tutrice ? rit-elle.

— Non, concéda-t-il. Mais celui de ma mère...

— Oh, celui de Lily était court, vide d'émotions et en faveur de Dumbledore ? le coupa-t-elle, crachant le nom du directeur avec une haine difficilement contenue.

— Vous l'avez lu ? » s'étonna-t-il.

Il avait pourtant cru comprendre que personne n'y avait eu accès avant lui autre que Dumbledore.

« Bien sûr que non ! ricana-t-elle. Il n'est pas bien difficile de le deviner ! Et je n'aurai jamais pu obtenir ces testaments, de toute façon... »

Elle avança vers elle, de façon à le dominer de toute sa hauteur.

« Mais dis-moi... toi, comment as-tu fait pour les lire ? susurra-t-elle. Comment as-tu fait pour me trouver ? pour transplaner ? et pour... »

Harry sentit qu'on effleurait son esprit.

« ... avoir des défenses mentales aussi performantes ? »

Il comprit pourquoi elle le gardait toujours attaché... elle se méfiait de lui.

« J'ai simplement fait valoir mes droits à Gringotts, répondit-il calmement. Neville Londubat m'a parlé de vous, qui rendez visite à sa mère... chacun ses secrets, n'est-ce pas ? »

Lucretia recula, partant dans un fou rire. Elle retourna s'asseoir en face de lui, et le libéra de ses liens, en lui lançant sa baguette.

« Désolée, pour t'avoir fait tomber de la falaise, ricana-t-elle. J'ai réagi impulsivement, mais j'allais te rattraper. Ton magnifique petit phénix est intervenu avant moi. »

Elle désigna la sphère d'eau qui flottait à ses côtés.

Harry ouvrit la bouche, peinant à y croire.

« C'est... c'est...

— Oui, c'est ton phénix, dit-elle nonchalamment. Et comme tous les phénix, il a la capacité de renaître de ses cendres... ou de ses gouttes. D'après ce que j'ai étudié du phœnix tenebris, leur régénération se fait beaucoup plus lentement. Je te conseille de le garder dans un abris froid et humide le temps qu'il revienne. »

Harry fut soulagé, ayant un instant cru que son compagnon était mort.

« Merci. » murmura-t-il en récupérant la sphère qui flottait à quelques centimètres de sa main.

Soudainement, un bruit de casseroles résonna à travers toute la pièce. On pouvait entendre à travers une porte qu'un liquide coulait.

« Et merde... » soupira Lucretia.

Elle se leva et se dirigea vers la porte d'où provenait le bruit. Harry la suivit, et entra dans une étrange pièce. Une grande salle était jonchée de mille chaudrons, des armoires étaient pleines d'ingrédients, et une bibliothèque débordait de livres.

« Vous cherchez un remède ? » lui demanda-t-il, alors qu'elle nettoyait le chaudron qui s'était renversé.

Il fit le lien avec ce que lui avait dit Neville : Lucretia semblait chercher une solution au problème qui touchait Alice Londubat.

« Un poison, lui sourit-elle.

— Contre qui ? fit Harry, curieux. Dumbledore ?

— Quelle joie ce serait que de voir mourir l'homme qui m'a volé la dernière chose qui me restait..., rit-elle. Cependant, non, ce poison n'est pas pour lui. »

Elle se dirigea soudainement vers lui et l'attrapa par le bras. Trop surpris pour réagir, elle le traîna jusqu'à la sortie.

« Écoute, je n'ai pas le temps d'en parler maintenant. Tu viendras me revoir pendant tes vacances d'été.

— Mais... » tenta de protester Harry.

Il était déjà hors de la bâtisse.

« Bon voyage ! » sourit follement Lucretia.

D'un geste de baguette, elle l'expulsa. Harry se sentit décoller tel un balai, envoyé dans les hauteurs atmosphériques. S'il ne faisait rien, il allait retomber au beau milieu de nulle part... et pas dans le meilleur état.

Il n'eut d'autre choix que de transplaner.

Quelle tarée ! pensa-t-il.

Il tenta par la suite de retourner sur cette falaise. Rien n'y fit.

Dépité, il décida de rentrer à la Citadelle. Là, il mit la sorte... d'œuf aquatique à l'abris, avant de prendre son déjeuner.


Le lendemain, il décida de se rendre dans la boutique « Armes Magiques et Anciennes ». Le vendeur lui avait parlé d'une ancienne civilisation, qui créa l'Homme et dont les pouvoirs contribuèrent à la création de la sorcellerie.

Il n'avait pas abandonné la résolution du mystère qu'était le Jeu, et c'était là la seule piste qu'il possédait. Il voulait en savoir plus sur ce qui l'avait amené dans ce monde.

Il passa par le Chaudron Baveur pour s'y rendre – en ayant préalablement modifié son apparence. L'endroit était bondé, et relativement bruyant. Il se fraya avec difficulté un chemin jusqu'à l'entrée sorcière, ne prêtant pas d'attention aux personnes qui l'entouraient. Mais il ne put s'empêcher de capter quelques mots :

« ... et ta femme, elle va mieux ? J'ai cru comprendre qu'elle n'était pas loin de nous quitter.

— J'ai dit qu'elle était sur le point de me quitter, imbécile ! C'est chose faite...

— ... qu'ils mettaient au point un nouveau balai pour cet été : le Nimbus 2001, et il paraît qu'il est...

— Qu'est-ce qu'il y a, aux nouvelles ? Encore ces antiphyades qui nous cassent les couilles ?

— ... oublietter une vingtaine de moldus, à moi seul ! Non mais tu te rends comptes ? Si seulement on avait plus d'effectifs, on pourrait...

— ... pas cette fois : Barty Croupton est hospitalisé. Un étudiant en médicomagie a renversé...

— ... et puis j'ai croisé ce taré. Il devait être bien ivre : il a poursuivi une moto moldue pleine de pizzas – mais si, tu sais ! ce truc plat dont ils raffolent... »

Harry quitta avec soulagement le Chaudron Baveur. Il circula plus facilement dans le Chemin de Traverse, puis dans l'Allée des Embrumes. Le dédale de ruelles sombres était toujours aussi sinistre, propice aux cachettes. D'ailleurs, deux sorciers tentèrent de l'agresser. Ils dormaient à présent au sol, bientôt dépouillés de tout ce qu'ils possédaient.

Il chercha longtemps la boutique d'armes, et il parvint finalement à la trouver. Il entra, faisant sonner une petite cloche. Cela l'agaça. Il se fit la remarque qu'elle n'y était pas la dernière fois.

La boutique restait la même : toujours cette apparence boisée, ce calme, et les armes qui envahissaient les murs.

Il entendit des bruits de pas se précipiter. Alors qu'il s'attendait à voir le vieux vendeur qui l'avait accueilli la dernière fois, ce fut une jeune et ravissante jeune fille qui se présenta à lui.

« Bonjour. » lui dit-elle d'une voix douce et charmeuse.

Elle devait avoir une quinzaine d'années, peut-être plus. Elle ne devait pas dépasser le mètre soixante-cinq. Ses cheveux clairs étaient attachés en queue-de-cheval, et ses yeux tristes le fixaient avec intensité.

Harry, perdu, s'approcha un peu.

« Bonjour, sourit-il. Je suis venu car j'avais des questions à propos d'une arme qu'un homme m'avait vendu ici. Est-ce qu'il est là ? »

La fille secoua la tête d'un air affligé.

« Mon père est mort il y a quelques semaines. C'est moi qui gère la boutique, à présent. »

Harry, surpris, ouvrit grand les yeux. C'était... malheureux. Mais surtout, personne ne serait en mesure de répondre à ses questions. Peut-être cet homme était-il le seul à avoir les réponses, s'il n'avait pas gardé de notes.

« Je suis désolé, fit sincèrement Harry. Je vous présente toutes mes condoléances.

— Merci. »

Elle balaya cela d'un geste de la main et se mit à sourire.

« Bien. Vous aviez des questions. Peut-être suis-je en mesure d'y répondre ? »

Harry hésita. Il en doutait franchement.

Il finit par relever sa manche droite, dévoilant la magnifique lame et son ingénieux mécanisme.

« C'est à propos de cette arme. »

Les yeux de la fille brillèrent un instant. Colère ? Joie ? Tristesse ? Harry n'aurait su dire quelle émotion elle ressentait alors qu'elle observait longuement la lame.

« Quel est le problème ? dit-elle finalement, un peu perturbée.

— J'aurai des questions sur sa provenance. » déclara-t-il.

Elle secoua la tête.

« Désolée... je ne sais rien sur cette arme. » avoua-t-elle, contrite.

Harry s'y attendait, mais il fut tout de même déçu.

« Mais je peux faire des recherches... nous pouvons rester en contact, dans le cas où je trouverais des informations. »

Elle avait prononcé cette dernière phrase avec assurance, en s'approchant doucement de lui.

« Je repasserai quelques fois, dans ce cas..., sourit-il aimablement.

— Mais dites-moi..., l'arrêta-t-elle, alors qu'il s'apprêtait à sortir. Pourquoi vous intéressez-vous à cela ? Vous vous intéressez à l'histoires de ces merveilles ?

— Eh bien..., hésita Harry, perdu, ne s'attendant pas à ce qu'on le questionne là-dessus. En réalité, j'ai trouvé le mécanisme de la lame très ingénieux... j'aurais aimé savoir qui l'a conçue. Peut-être a-t-il créé d'autres armes comme celle-ci ?

— Comptez sur les moldus et leur génie pour inventer ces perles ! affirma-t-elle. Je me suis moi-même, pour quelques inventions, inspiré du travail des moldus.

— Des inventions ? répéta Harry, intrigué. Des armes ? »

La jeune vendeuse se pencha sur le comptoir.

« Rien de cela, ou très peu, rit-elle. Seulement des objets utiles, et surtout des sortilèges. J'ai dû en réaliser une vingtaine.

— En quoi consiste la création d'un sortilège ? interrogea-t-il, curieux.

— Rien de bien compliqué, il suffit juste de connaître la méthode et d'être rigoureux. Vous devez d'abord définir théoriquement les propriétés de votre sortilège, en prenant bien garde à ce que... »

Ils discutèrent sortilèges pendant une bonne demi-heure, Harry l'écoutant avec une attention studieuse. Sa conversation avec la jeune fille était passionnante, riche, et intelligente. Il appréciait beaucoup le caractère passionné de Rose – elle lui avait donné son nom : Rose Hickey. Il ne lui avait pas révélé son vrai prénom, et il avait dû en créer un pour l'occasion. William Dawson.

« À bientôt, Will ! » sourit-elle, au moment de se quitter.

Il la salua rapidement avant de se tourner vers la sortie. Il aperçut un instant le collier qu'elle portait autour du cou, serti d'une petite croix rouge. Il s'étonna qu'elle soit croyante : il n'aurait jamais cru qu'un sorcier puisse croire les religions moldues.


Il revit quelques fois Rose. Souvent, c'était quand elle ne travaillait plus : ils se promenaient un peu dans la capitale, parfois au dehors. Ils discutaient et débattaient de sujets divers et variés, que ce soit les sortilèges, l'origine de la magie, les potions, l'actualité, la communauté sorcière, son retard, la corruption, ou encore la philosophie et leur vision du monde. Ils ne parlaient que très peu de leur passé. Il l'aimait bien : c'en était presque dommage de cacher sa véritable apparence. Mais Rose devait avoir seize ans, et même s'il était mentalement adulte, il n'était physiquement qu'un première année.

« Grindelwald n'avait pas la bonne manière de faire : mais je persiste à croire que c'est une bonne idée de s'allier aux moldus !

— Tu idéalises trop les moldus, se moqua-t-il. J'ai grandi dans leur monde : je les connais, et l'arrivée de la magie serait un réel désastre.

— Mais tu n'imagines pas tout ce que la magie pourrait résoudre ! » rétorqua-t-elle.

Ils marchaient tranquillement dans un petit village à l'ouest de Londres, alors que le soleil n'allait pas tarder à se coucher. C'était là qu'habitait Rose.

« Tu surestimes la magie... Je pense que cela causerait plus de problèmes qu'autre chose. Même en introduisant la magie progressivement, les guerres seraient inévitables. Les moldus, jaloux ou dégoûtés, ne comprendraient pas. Les sorciers veulent rester dans l'ombre, et les moldus sont mieux sans magie. »

Rose rit.

« D'accord, il y aura des guerres, au début. Mais dès que le gène sorcier sera totalement répandu dans la population, tout cela cessera ! »

Harry secoua la tête, désabusé.

« Ça ne marche pas comme ça... Je pense que le mieux à faire, c'est de s'inspirer des moldus, et de rester cachés. On s'améliorera, et tout le monde vivra paisiblement.

— Alors si ce n'est pas pour aider l'humanité, il faut au moins que ce soit pour sauver les sorciers, riposta-t-elle. Les moldus deviennent de plus en plus puissants... il y aura bien un jour où ils découvriront d'eux-mêmes qu'une communauté vit cachée sous leurs yeux. Et les moldus qui nous découvriront seront bien plus puissants que ceux d'il y a un siècle... si une guerre éclate, les sorciers ont moins de chance de gagner. Autant que la découverte se fasse le plus tôt possible. »

Harry soupira. Il n'en savait rien : ce débat, très intéressant, méritait plus de réflexion.

« Je pense que Grindelwald l'avait compris, reprit Rose. Après la Première Guerre Mondiale, il a dû se rendre compte que les moldus étaient loin d'être inoffensifs. Mener une guerre à son époque aurait fait moins de dégâts qu'une guerre au vingt-et-unième siècle : il voulait profiter du dernier moment où les sorciers avaient encore l'ascendant sur les moldus pour sauver la magie.

— Je ne sais pas, Rose..., souffla Harry. Peut-être, mais j'en doute. »

Ils ne continuèrent pas leur discussion plus loin que cela. Un silence s'installa, calme et reposant. Un silence où ils se contentaient de marcher dans ces rues vides, à la lumière déclinante de leur astre. Un silence plein de sens.

Un silence à peine brisé par des bruits de pas derrière eux.

Rose fut la première à l'entendre. Elle se retourna précipitamment sa baguette. Harry fit de même : à peine eut-il le temps de voir une silhouette blanchâtre bondir sur eux qu'une détonation fit exploser ses tympans.

La seconde d'après, un corps reposait à leurs pieds. Les oreilles sifflantes, il observa la tâche de sang qui se répandait sur les vêtements immaculés de l'homme. Rosa tenait une petite arme à feu, toujours pointé vers le mort.

« Pourquoi tu l'as tué ? demanda-t-il calmement.

— Parce que c'est nous qu'il aurait tué, répondit-elle, comme s'il s'agissait d'une évidence. Regarde sa main. »

Une sorte de couteau dépassait de sa manche.

Avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, une fenêtre familière mais rare s'afficha devant ses yeux.

Quête : sauver le Jeu

Objectif secondaire : récupérer le cadavre

Récompense : des réponses

Harry ferma précipitamment la quête.

« Il va falloir se débarrasser de ça... » grimaça-t-elle.

Il recentra son attention sur Rose.

« Et pourquoi tu l'as tué avec une arme à feu ? » reprit-il.

La jeune fille cligna des yeux, interloquée.

« Eh bien... je suppose... parce que c'est pratique, non ?

— Mais c'est moche. C'est vulgaire, rétorqua-t-il. Il n'y a pas l'élégance des véritables armes. »

Pendant qu'il disait cela, il lança discrètement un sortilège de localisation sur le cadavre.

Rose éclata de rire à ses paroles.

« Tu te serais entendu superbement bien avec mon père ! s'esclaffa-t-elle. Lui aussi préférait mourir élégamment plutôt que de survivre sans grâce. »

Harry affecta d'être offusqué, et Rose rit de plus belle.

« Bon, je reviens, je vais juste aller jeter ce machin. »

Et elle transplana avec le corps.


La fin des vacances approchait à grand pas. Alors qu'il ne restait que deux jours avant son retour à Poudlard, lui et Rose se virent une dernière fois.

Le lendemain, il se leva plus tôt que d'habitude. Après avoir pris en vitesse son petit-déjeuner, il se rendit dans une pièce de la Citadelle qu'il aimait nommer « son laboratoire ». Bien qu'il n'eût pas réalisé énormément d'expériences ni de potions, il utilisait tout de même cette salle. Ce jour-là, il y récupéra une fiole d'un liquide bleuté ainsi qu'un bocal contenant une sorte d'enchevêtrement de queues de rats vertes. Il sortit de la zone de transplanage du manoir et avala la fiole bleue – une potion d'œil-sombre, qui permettait de voir plus facilement dans le noir. Avant qu'elle ne fasse effet, il mit en vitesse la Branchiflore dans sa bouche et s'empressa de transplaner. Déjà, la lumière du jour commençait à se faire aveuglante.

Après avoir traversé la compression de ce moyen de transport, il tomba à trois mètres au-dessus de l'eau. Il plongea, et dut attendre quelques secondes avant que la plante ne fasse effet. Là, il descendit un peu plus dans les profondeurs : la surface était trop lumineuse, agressant sa rétine.

Il avait localisé le cadavre de la personne qui avait tenté d'assassiner Rose : au fond de l'océan atlantique, plus précisément de la mer celtique, au sud-est de l'Angleterre. Il avait alors prévu cette potion pour voir dans les sombres profondeurs de la mer, ainsi que la Branchiflore pour pouvoir respirer. Il avait également appris trois sortilèges : l'un permettait de résister à la pression des abysses, l'autre augmentait la force gravitationnelle que la Terre exerçait sur lui, et le dernier faisait l'inverse.

Il lança les deux premiers, ce qui l'entraîna vers le bas.

Alors que la lumière devenait moins aveuglante, la beauté des profondeurs lui apparut peu à peu. Lâché en plein milieu de l'océan, il n'y avait aucune trace des côtes ou du fond : rien de terrestre, de rocheux, seulement de l'eau à perte de vue. Une eau d'un bleu magnifique, au travers de laquelle il apercevait l'extraordinaire manifestation de la vie. Des petits poissons isolés, puis des bancs... et même des mammifères, comme des dauphins qu'il vit au loin.

Aucun danger ne se présenta à lui : les autres êtres se contentaient de le regarder curieusement, voire fuyaient. Son seul ennemi était le froid.

Il aurait dû penser à un sortilège contre cela. Il n'en connaissait qu'un, et il n'était pas assez puissant dans l'eau.

Il finit par atteindre le fond sablé de la mer, à moins de deux cent mètres de profondeur. Les différentes algues, éponges, plantes, anémones, ou encore araignées, mollusques et poissons étranges... tout cela disparu de son esprit dès lors qu'il aperçut le corps qu'il recherchait.

Celui qui avait tenté d'assassiner Rose était là, étendu, sans vie. Il s'en approcha davantage, se plaçant au-dessus de lui.

Il n'y avait rien de particulier : un visage banal, quoiqu'effrayant avec tous ces cheveux noirs qui flottaient tout autour.

Pourquoi le Jeu lui avait demandé de récupérer le cadavre ?

Un éclat lui apporta la réponse. Il tourna la tête vers son avant-bras, là où dépassait un morceau métallique. Il releva la manche et découvrit une lame.

Une lame semblable à la sienne. Elle comportait les mêmes inscriptions, le même symbole étrange...

Il se mit à fouiller frénétiquement le corps, à la recherche de quelque chose, d'un indice... mais ne trouva rien de bien intéressant. Il avait récupéré des morceaux de papiers se décomposant dans l'eau. Si seulement Rose ne l'avait pas jeté à la mer, il aurait pu lire ce qui devait très probablement être une lettre.

Il décida de remonter à la surface. L'heure serait bientôt écoulée, et il ne voulait pas supporter plus encore ce froid mordant.

Au moins avait-il appris quelque chose : des personnes utilisaient cette lame secrète – peut-être les assassins dont lui avait parlé le vendeur ? –, et Rose était liée à cela.

Il n'avait pas posé de questions, après l'attaque. Mais les interrogations fourmillaient dans sa tête. Pourquoi est-ce qu'on tentait de la tuer ? Peut-être était-ce en rapport avec la mort de son père... mort qu'il avait d'abord cru accidentelle.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas les vagues silhouettes qui tournaient en rond autour de lui, à une centaine de mètres de là. En vérité, il entendit en premier lieu les chants.

Les voix mélodieuses atteignirent ses oreilles, ce qui le ramena à la réalité. Il remarqua les formes tournoyantes, sans trop savoir ce que c'était. Puis, l'une d'elle se détacha du groupe et nagea vers lui.

À mesure que la forme s'approchait de lui, qu'il distinguait ce que c'était, que les chants devenaient plus forts, plus envoûtants... il sut qu'il était condamné.

Des sirènes.

Et non pas les êtres de l'eau qu'on pouvait trouver dans le Lac Noir. Non, celles-là n'étaient pas agressives, et vivaient dans les eaux douces.

Là, il aurait à affronter les véritables sirènes. Les sirènes antiques. Ces créatures, aussi vicieuses que belles...

Déjà les effets du chant se firent ressentir : tout engourdi, il sut qu'il n'aurait jamais la force de lancer ce sortilège qui lui permettrait de remonter à la surface, ni aucun de ceux qu'il connaissait pour tuer la sirène.

Il n'avait même pas envie de la tuer. Elle s'approchait, et il distinguait mieux ses traits, ses cheveux, ses yeux... et sa magnifique poitrine. La mélodie le rendait immobile, et la sirène parvint enfin à sa hauteur. Elle se colla à lui, et toucha ses lèvres des siennes. Leurs langues se mêlèrent, dansant au gré de la douce symphonie marine.

À cet instant, aucune pensée rationnelle ne pouvait traverser son esprit. Aucune pensée ne pouvait s'y former. Pourtant, quelque chose remua en lui. Il ne savait comment : peut-être l'occlumancie qui le sauvait du néant ?

Quoiqu'il en soit, un éclair de lucidité le traversa, et il mit son bras au niveau du cou de la sirène, et releva son poignet.

La lame traversa la gorge de la créature d'un unique coup. Le coup fut si rapide, si surprenant... La sirène le fixait avec ahurissement, avant que, dans un dernier sursaut d'horreur, elle ne perdît la vie. Le sang s'écoula tel de la vapeur dans ce milieu aquatique. Harry regarda pendant un moment ces filaments rouges qui se noyaient dans l'océan.

Puis, il constata deux choses.

Il ne respirait plus, et il ressentait le besoin urgent d'ouvrir grand la bouche pour inspirer tout l'air qu'il pouvait trouver, même s'il n'y avait là que de l'eau.

Et puis, le chant avait cessé. L'enchantement qui l'engourdissait aussi. À la place, des sons stridents et aigus lui vrillaient les oreilles. Affolé, il ouvrit la bouche.

L'eau rougeâtre s'infiltra en lui, dans ses poumons, son corps... son esprit.

Avant qu'il ne se noie, qu'il ne perde connaissance, que le cri des sirènes ne fasse un quelconque effet sur lui, il leva sa baguette vers la surface et se concentra de toutes ses forces sur le sortilège informulé qu'il devait réussir s'il voulait survivre.

Il monta aussi vite qu'un balai de compétition, surgissant à l'air libre et échappant de peu aux mains des sirènes. Là, il transplana.

Ce fut atroce. Compressé dans l'obscurité, il n'avait plus d'air. Cela brisa sa concentration, et il s'écrasa brutalement contre le sol.

Dès lors, il ne fut plus que toussotements, crachats, étouffements. Il vomissait toute l'eau qu'il avait ingéré, qu'il avait respiré, arrosant ainsi l'herbe qui venait flatter son visage.

Après que cela soit passé, il se redressa à quatre pattes, encore tremblant, un filet de bave coulant de sa bouche, et la respiration encore haletante. Sa tête tournait, lui faisant mal. Ses oreilles sifflaient, et il tenait difficilement sur ses bras.

Il tenta de se redresser sur ses jambes. Il ne fit que chanceler, ayant vaguement le temps d'apercevoir une forêt avant qu'il ne s'écroule au sol.

Il n'aurait su dire combien de temps il resta là, allongé et demi-conscient.

Finalement, il essaya une deuxième fois : avec un peu de mal, il se releva, et tint sur ses jambes. Autour de lui, il reconnut la végétation qui entourait la Citadelle.

Soulagé, et motivé, il avança vers sa demeure, vacillant et trébuchant. Ses elfes l'accueillirent avec sollicitude, et Harry passa le reste de la journée allongé dans son lit.

Sa santé semblait s'aggraver : les maux de têtes revinrent les premiers, vite suivis d'une horrible nausée. La fièvre ne tarda pas, elle non plus.

Totalement immobilisé et apathique, Harry somnolait entre la douleur et l'oubli. La nuit passa, et c'est à peine s'il le remarqua. Il n'aurait su dire quand, mais il avait fini par s'endormir.

Au réveil, il se sentait déjà suffisamment mieux pour se relever. Toujours fatigué et malade, il passa la dernière journée des vacances à ne rien faire. Il lisait, c'était tout, et ingérait quelques potions de soin.

Pour une fois qu'il se permettait une pause dans ses activités.

Et puis demain, il retournait à Poudlard.


La voie 9¾ était pleine de monde. Des enfants et adolescents couraient partout, au plus grand désespoir de leurs parents qui tentaient de les calmer, de les retenir pour leur dire au revoir.

Harry grimaça : tout ce bruit... les gamins, les chouettes, les charriots. Il se fraya un chemin avec difficulté jusqu'au Poudlard Express.

Une fois dans le train, l'ambiance ne s'améliora pas : toujours autant de bruit, toujours autant d'agitation. Même s'il allait mieux, il se sentait toujours un peu mal. Et il ne supportait pas tout cela. Il voulait du calme, du silence.

Il parvint à trouver un compartiment vide, ce qui relevait du miracle. Il s'y enferma, agitant sa baguette pour que l'espace soit silencieux, puis s'allongea de telle sorte à avoir la fenêtre face à lui. Un livre dans les mains, il quitta ce monde quelques instants pour un peu de paix.

Malheureusement, cela ne dura pas. La porte du compartiment glissa, laissant apparaître trois Serdaigle plus âgés – des troisième année, probablement. Ils entrèrent en riant, sans même lui prêter attention. Deux s'assirent d'un côté, le dernier observa Harry un instant, le dominant de toute sa hauteur.

« Laisse de la place ou dégage. » lui ordonna-t-il brutalement.

Harry, irrité, se redressa.

« Ce compartiment est occupé ! » rugit-il.

D'un geste de baguette, il les propulsa hors du compartiment, verrouillant ensuite la porte.

Personne ne le dérangea plus après cela, jusqu'à l'arrivée du train à Poudlard. Il sortit avec empressement, descendant sur le quai et respirant l'air frais de la nuit avec délectation. Il se mit en marche pour rejoindre les calèches tirées par les Sombrals.

« Harry ! » l'arrêta une voix.

Il se retourna, et chercha à distinguer la personne qui l'avait appelé parmi la mêlée d'élèves qui débarquaient.

« Harry ! »

Cette fois-ci, il vit la petite fille blonde qui l'interpelait. Elle se dirigeait avec précipitation vers lui.

Un sourire éclaira son visage. Il était heureux de la revoir. Daphné l'enlaça brièvement, avant de le regarder d'un air soucieux.

« Harry... tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle. Tu as l'air... étrange. Tu es malade ?

— Ce n'est rien..., sourit-il, balayant cela d'un geste de la main. Je suis juste un peu fatigué. Tu as passé de bonnes vacances ? »

Daphné haussa les épaules, tandis qu'ils se mettaient à marcher.

« Ennuyantes, soupira-t-elle. Et toi ?

— Mouvementées. » sourit-il.

Un petit silence apaisant s'installa. Daphné finit par monter dans une calèche. Harry passa sa main sur un Sombral, avait de rejoindre son amie. Celle-ci le regarda étrangement, pendant un instant.

« Et pour ce que je t'ai demandé, avant les vacances ? se risqua-t-elle. Pour Tracey... »

Harry fronça les sourcils. Il n'y avait pas pensé. Devrait-il le faire, visiter l'esprit de son amie pour découvrir ce qui inquiétait tant Daphné ? Il avait peur de ce qu'il pourrait découvrir : la blonde ne le rassurait pas sur ce point.

Il préférait éviter le sujet.

Il ouvrit la bouche pour répondre, mais deux élèves montèrent dans la calèche pour occuper les deux places libres. Harry ne pouvait répondre, et Daphné l'avait compris. Il vit les Sombrals s'ébrouer, et leur véhicule se mit à avancer. Le reste du trajet se passa en silence.

Ils n'eurent pas l'occasion d'en reparler par la suite : le repas dans la Grande Salle était venu après. Il avait salué Hermione depuis sa table et retrouvé avec joie Drago, ainsi que Tracey. Elle lui avait adressé un maigre sourire, et il avait ressenti un pincement au cœur. Devait-il aider Daphné ?

Trop fatigué pour y réfléchir, Harry essaya de manger ce qu'il avait devant lui. Dès qu'il le put, il se précipita vers les cachots, ayant hâte de retrouver son lit.

Au matin suivant, il se réveilla en pleine forme. Le Serpentard quitta son dortoir alors que Drago dormait toujours, puis se rendit dans la Grande Salle pour prendre son petit déjeuner.

Seuls quelques Serpentard et Serdaigle étaient déjà présents. Un Poufsouffle mangeait seul à sa table, et celle des Gryffondor était vide.

Il vit peu à peu la salle se remplir. Il allait se rendre à la bibliothèque, peu avant les cours, lorsqu'une nuée de chouette et d'hiboux envahit Poudlard.

Harry ne reçut rien, et il n'était abonné à aucun journal. Il continuait sa route vers les portes de la salle, mais remarqua peu à peu l'agitation qui gagnait les élèves. Il se retourna, et vit une pléthore de visages inquiets. Quelques élèves criaient. Les Gryffondor semblaient de mauvaise humeur, les Poufsouffle graves, et Serdaigle et Serpentard essayaient tant bien que mal de cacher leur surprise. Il vit la Gazette passer de main en main, et devina que c'était cela qui provoquait tant d'émoi sur son passage.

Qu'est-ce que c'était que tout cela ? Il ne s'était jamais rien passé de tel dans sa première vie. Pas à cette époque.

Il retourna à sa table et emprunta un journal. À la lecture du titre, son visage se décomposa.

Il était très explicite : « ÉVASION MASSIVE D'AZKABAN ET MORT DE BARTEMIUS CROUPTON ! »

L'article informait qu'une dizaine de criminels s'étaient échappés d'Azkaban dans la nuit, tous des Mangemorts. Fudge annonçait que cela serait très vite réglé, mais ne faisait pas d'autres commentaires.

Harry lut la liste des évadés : Antonin Dolohov, Rabastan Lestrange, Rodolphus Lestrange, Augustus Rookwood, Mulciber... Il eut beau chercher, il ne trouva aucune mention de Bellatrix Lestrange. Pourquoi ne s'était-elle pas échappée, elle aussi ?

La suite de l'article présentait la mort de Bartemius Croupton, retrouvé mort chez lui à côté de son elfe. Personne ne savait encore pourquoi ni comment il fut retrouvé dans cet état, mais les soupçons se tournaient vers l'elfe, et aussi Ste-Mangouste. Croupton avait été hospitalisé quelques jours avant sa mort.

« Je devais apporter en urgence une potion pour un patient. Monsieur Croupton passait dans le même couloir que moi, et un étrange homme m'a bousculé. J'ai renversé la potion sur monsieur Croupton et moi. Nous avons dû subir quelques soins. »

C'était le témoignage d'un jeune étudiant en médicomagie. Et cela lui rappelait horriblement quelque chose...

Alors qu'il courrait après Lucretia Fawley dans l'hôpital, il lui semblait bien avoir bousculé quelqu'un. Harry réfléchit plus intensément, et une folle hypothèse se dessina dans son esprit.

Croupton était resté quelques jours à l'hôpital. Suffisamment de jours pour que Barty Croupton Junior se libère de l'Imperium de son père... pour qu'il le tue à son retour. Ce fanatique de Mangemort s'était libéré, et il en avait profité pour tuer son père et organiser une évasion à Azkaban.

Si son hypothèse s'avérait... cela signifierait que c'était de sa faute. Il avait causé cette évasion, indirectement. Il avait bousculé les évènements, et tout changeait.


La journée de cours fut une horreur pour les professeurs. Personne n'écoutait, et il sembla à Harry que même eux étaient perdus dans leur enseignement. Lui-même était perdu dans ses pensées, réfléchissant aux conséquences de cette évasion...

... et la première conséquence fâcheuse lui fut apportée par une chouette. La lettre, frappé au sceau de Gringotts, le mettait mal à l'aise. Après s'être isolé dans un coin du château où personne ne pourrait le surprendre, il ouvrit la missive d'une main tremblante. Fébrile, il la lut :

Cher monsieur Potter,

Nous sommes dans le regret de vous annoncer que votre accès aux chambres Lestrange a été interrompu, en raison de la récente évasion d'un membre de cette famille possédant plus de droits que vous sur ces chambres fortes.

En vous remerciant pour votre compréhension,

La banque gobeline de Gringotts

Harry conserva la même position, observant la lettre sans la voir, les yeux grands ouverts. Lorsque l'information parvint finalement à son cerveau, cela déclencha un tumulte d'émotions en lui. Et parmi elles, c'était la colère qui dominait.

Harry tâcha de se maîtriser, le temps qu'il rejoigne la Salle sur Demande. Il lança des sortilèges à profusion, jusqu'à ce qu'il soit fatigué, jusqu'à ce que la colère l'ait quitté. Il détruit des meubles, des mannequins de combat... mais il créa aussi. Certains sortilèges de métamorphoses requerraient une très grande concentration : cela l'aidait à se calmer.

Quel idiot il avait été ! Pourquoi n'était-il pas allé récupérer la coupe de Poufsouffle dans le coffre Lestrange ? Pourquoi avait-il attendu ? Trop confiant en la suite des événements, il n'avait pas envisagé un changement aussi radical qu'une évasion à Azkaban. Il serait forcé de voler cet Horcruxe. Mais comment ?

Tant pis. Il fallait qu'il accélère son plan pour les morceaux d'âme de Voldemort. Il récupérerait la coupe de Poufsouffle et le médaillon de Serpentard durant l'été, puis le journal de Jedusor et la bague des Gaunt pendant sa deuxième année.

Quant au diadème de Serdaigle... il pouvait le reprendre dès maintenant. Il sortit de la Salle sur Demande, et passa trois fois devant la tapisserie de Barnabas le Follet, souhaitant qu'apparaisse la Salle des Objets Cachés.

Le mur laissa place à une porte. Harry entra, et redécouvrit l'amoncellement sans fin d'artefacts, de livres, de miroirs, de meubles, de vêtements... Il ne savait plus où se trouvait le diadème. Il abaissa alors ses barrières d'occlumancie : si tout se passait bien, il devrait entendre l'Horcruxe.

Le bourdonnement aigu envahit doucement son esprit. Ce n'était pas bien agréable, mais ça lui permettait de se diriger. Il avançait prudemment entre les hautes piles de vieilleries, de chapeaux, de caisses, de chaises, de livres, d'armes, de balais, de battes... et là, soudain, le placard qu'il reconnut au premier regard. Là où il avait caché le livre du Prince de Sang-Mêlé lors de sa sixième année, et sur lequel reposait le vieux buste d'un sorcier, coiffé d'une perruque... et d'une tiare aux couleurs ternes.

Le diadème de Serdaigle.


Il avait profité de son passage dans la Salle sur Demande pour demander à ses elfes de commencer le tri. Chaque objet serait amené à la Citadelle, et rangé en fonction de ce que c'était : du mobilier, un livre, une arme, du vivant, des vêtements, un objet magique, ou autre chose...

Cependant, Harry ne se rendit compte que plus tard qu'il avait manqué une matinée de cours. Après avoir caché l'Horcruxe dans sa malle – qu'il savait bien protégée, au vu du nombre de puissants sortilèges qu'il avait insufflé en elle –, il avait croisé Rusard dans les couloirs. Celui-ci, bien au fait de son absence ce matin, l'avait entraîné de force jusqu'au cours du professeur McGonagall. Il avait écopé d'une retenue pour samedi soir.

Mis à part cela, la semaine se passa normalement. Il aidait ses amis avec leurs devoirs, discutait un peu avec Hermione... et essayait d'éviter Daphné. Celle-ci avait tenté par trois fois de l'isoler, cherchant à reprendre leur conversation.

Il y avait aussi quelque chose qui lui manquait : ses débats avec Rose. Bien qu'ayant environ seize ans, elle n'était pas à Poudlard. D'après ce qu'il en avait compris, son père avait préféré l'envoyer dans une autre école. Quant à lui, elle ne savait pas qu'il étudiait dans ce château.

Samedi arriva, et il dut se présenter devant le bureau du professeur McGonagall. Il s'assit à une table, attendant ses instructions en regardant la lune pleine. Elle lui ordonna simplement de faire une dissertation sur un sujet de métamorphose. Harry s'y attela sans problèmes, finissant même en avance. Le professeur le libéra, et ce ne fut que lorsqu'il se coucha dans son lit qu'il se rendit compte de la difficulté de la dissertation. Bien au-delà de ce qu'on attendait d'un première année...


Le lendemain, alors qu'il étudiait avec Drago et Hermione dans la bibliothèque, Tracey entra en trombe, traînant derrière elle une Daphné interloquée, mais ravie.

« Venez ! » leur chuchota-t-elle, tentant d'être discrète.

Hélas, son entrée avait déjà attiré l'attention de la bibliothécaire, qui les expulsa tous les cinq hors de son lieu sacré. Cela ne perturba nullement Tracey, qui voulait justement les faire sortir. Elle les traîna jusqu'à ce qu'ils sortent dans le parc de Poudlard.

« Tracey ! la retint Hermione. Qu'est-ce que tu fais ?! »

La petite rousse ne ralentit pas.

« Vous verrez ! » répondit-elle à Hermione.

Harry devina ce qui se passait dès lors qu'il vit la cabane de Hagrid... ainsi que la cheminée qui fumait, et les fenêtres tirées.

Le dragon.

Harry soupira. Il aurait préféré que ce problème vienne plus tard... voire pas du tout.

Ils arrivèrent devant la cabane, et Tracey frappa à la porte. Hagrid ouvrit brièvement, les faisant entrer. La chaleur était étouffante, et Harry respirait avec peine.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Drago.

Tracey, incapable de se calmer, lui montra l'œuf posé sur la table. Harry pouvait déjà voir une petite fissure. Le dragon allait bientôt sortir.

« Qu'est-ce que c'est ? » fit Daphné en s'approchant de l'œuf, intrigué.

Hermione et Drago firent de même, curieux. Harry resta en retrait, sachant déjà de quoi il s'agissais.

Un large sourire ornait le visage de Hagrid.

« Dites, Hagrid..., hésita Drago. Ce ne serait pas un œuf de... de...

— De dragon ? termina le demi-géant, fier comme un paon. Oui, c'est un œuf de dragon. Il est magnifique, n'est-ce pas ? »

Tracey et Drago étaient captivés. Daphné, elle, regardait Tracey d'un air attendri. Harry croisa le regard d'Hermione, qui semblait être la seule avec lui à prendre cette histoire au sérieux.

« Hagrid, vous ne pouvez pas le garder ! se lança Hermione. C'est dangereux, et c'est interdit !

— Tais-toi, Hermione... » murmura Drago, observant avec passion l'œuf posé devant lui.

Hermione, offusquée, se tourna vers Harry pour qu'il fasse quelque chose. Mais il était trop occupé à essuyer ses larmes... cette chaleur était insupportable.

L'œuf finir par éclore. Hagrid, Tracey, Drago et même Daphné étaient excités, et Hermione tentait de réfréner sa curiosité.

« Nous allons l'appeler Norbert ! sourit Hagrid.

— Très beau nom ! » approuva Tracey.

Harry s'avança.

« Sauf qu'il s'agit d'une femelle. » intervint Harry.

Drago le regarda, incrédule.

« Comment tu sais ça ?

— Faites-moi confiance..., insista-t-il, un sourire amusé sur les lèvres. C'est une femelle. »

Le silence envahit la cabane, pendant que tout le monde réfléchissait.

« Que pensez-vous de Néréa ? » proposa Tracey.

Le nom fut adopté par tous. Et tandis qu'ils discutaient tous de la dragonne, Harry aperçut quelque chose bouger dans son champ de vision. Il tourna immédiatement son regard, et n'eut que le temps de voir une tignasse rousse disparaître et les rideaux bouger.

Harry se précipita vers la porte, et vit Ron s'enfuir vers le château...

Quand ce n'est pas Drago, c'est Ron...

Harry soupira à cette pensée. Ses amis et Hagrid avaient aussi remarqués. Cela mit fin à leur visite.


« Tu as une cape d'invisibilité ? s'exclamèrent en cœur les jumeaux, ahuris devant le tissu que leur présentait Harry.

— Oui, sourit Harry. À présent, vous allez me suivre, cachés sous cette cape. Et je vous montrerai le dragon. »

Les yeux des jumeaux s'illuminèrent. Il leur avait fait cette prédiction, pour justifier son intérêt pour Zabini quelques minutes avant l'accident. D'ailleurs, le Serpentard était toujours à l'hôpital... peut-être que la chute avait été plus violente que ce qu'il avait prévu ?

Ils traversèrent le parc de Poudlard à peine illuminé par la lune pleine aux trois quarts. Hagrid, surpris lorsqu'il ouvrit la porte, l'accueilli finalement avec joie.

« Entre, Harry ! chuchota-t-il. Ne reste pas dans le froid. »

Après s'être assuré que les jumeaux étaient bien entrés, Harry s'installa à une table, en face de Hagrid. Néréa était en train de dormir, ronflant et crachant des flames par ses narines.

« Alors, Harry, qu'est-ce qui t'amène ici ? »

Harry prit une grande inspiration.

« Hagrid... c'est à propos de la dragonne. »

Le demi-géant l'écoutait attentivement.

« Vous savez très bien que vous ne pourrez pas le garder. Elle va grandir, et votre cabane est faite de bois. »

Hagrid souriait.

« Oh, mais ce n'est rien ! assura-t-il. J'ai l'intention de l'installer dans la Forêt Interdite quand il ne pourra plus vivre ici. »

Harry secoua la tête de désespoir.

« Non, Hagrid... ça se remarquera. Les arbres brûleraient, et je n'imagine pas les répercussions que ça aurait sur les créatures qui vivent déjà dans la forêt. »

Le garde-chasse paraissait triste.

« Écoutez... il existe des réserves où les dragons sont très bien accueillis, et très bien traités. Néréa y vivrait avec d'autres dragons, bien mieux qu'ici. Vous connaissez Charlie Weasley, non ? Vous le connaissez, et je suis sûr qu'il s'occuperait très bien de Néréa. »

Hagrid finit par céder, à contre-cœur. Harry était désolé de rendre le demi-géant si triste, mais c'était ça ou Azkaban.

Il retourna au château avec les jumeaux. Ceux-ci semblaient impressionnés : ils avaient vu un dragon ! Mais ils étaient également tristes, pour Hagrid. Ils rendirent sa cape à Harry.

« Si tu veux, on peut écrire à notre frère Charlie pour qu'il vienne récupérer Néréa, lui proposa Fred.

— Ce serait avec plaisir ! » leur sourit-il.


Tracey et Drago en voulurent à Harry pour avoir convaincu Hagrid de se séparer de Néréa. Daphné aussi. La blonde avait cessé de lui parler de legilimancie depuis que Tracey avait retrouvé sa bonne humeur au travers de la dragonne. Quant à Hermione, elle le soutint dans son action.

Charlie apporta une réponse favorable : comme dans sa première vie, des amis du Weasley viendraient chercher Néréa dans la plus haute tour du château, durant une nuit de nouvelle lune pour rester discrets.

À l'approche ce cette date, Harry se sentait de plus en plus énergique. Toujours en forme, et jamais fatigué. Il n'aurait su dire d'où provenait ce changement, mais il ne crachait pas dessus. Il en profitait pour s'entraîner davantage, et apprendre plus.

Une deuxième chose étrange : il avait croisé beaucoup de monde qui rougissait sur son passage. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer ?

Le soir du départ de Néréa, Hagrid s'attarda longuement dans des au revoir. Tracey, Daphné, Drago et lui se chargèrent d'apporter la cage jusqu'au sommet de la tour. Peut-être était-ce dû à sa meilleure condition physique, ou à la masse plus faible de la dragonne... mais la créature ne fut pas bien difficile à porter.

Quelque chose le chagrinait, cependant : sa miraculeuse forme avait disparu. Il était même un peu fatigué.

Heureusement, tout se passa bien. Protégés par la Cape d'Invisibilité, personne ne pouvait les voir. Les amis de Charlie récupérèrent Néréa, puis s'en allèrent.

Sur le retour, Harry se rendit compte qu'ils avaient oublié la Cape au sommet de la tour. Daphné se porta volontaire pour aller la récupérer.

Ce ne fut pas suffisant.

« Monsieur Potter, Monsieur Malefoy et Miss Davis, les interpella une voix autoritaire. Veuillez me suivre. »

Devant eux se tenait le professeur McGonagall, avec derrière elle Ron Weasley. Elle les entraîna dans son bureau.

Harry soupira... le même schéma se répétait.

« Que faisiez-vous à une heure pareille en dehors de votre dortoir ? hurla presque le professeur. J'exige des explications ! »

Il entendit à peine Drago bégayer des excuses et McGonagall leur retirer des points à eux trois. Ron n'avait rien, étrangement.

Harry était au bord du sommeil. Il n'entendait presque plus rien. Il voulut se lever, mais son corps n'obéissait pas. De l'extérieur, on pouvait voir ses yeux luirent étrangement. Jamais ils n'avaient été aussi verts.


C'est plein de fatigue que Harry se réveilla, le lendemain matin dans son lit. Il papillonna un instant des yeux, avant de les ouvrir complètement.

Il tenta de se souvenir de ce qui s'était passé. Après que McGonagall les ait lâchés, il... s'était rendu devant la statue de la sorcière borgne ? Il avait de vagues images de Pré-au-Lard. Puis, d'une plage. Avait-il transplané ? Enfin, la dernière chose dont il se souvint, ce fut l'eau. La sensation apaisante du liquide marin qui l'entourait, le bruit rassurant des vagues...

Harry ne comprenait pas. Avait-il rêvé ?

En rejoignant la Grande Salle, il découvrit Drago, Tracey et Daphné isolés de la table des Serpentard. Cela s'expliquait notamment par le niveau du sablier des Vert et Argent, excessivement bas.

Il rejoignit ses amis sous les regards haineux de ses camarades de maison. Il les écouta discuter, jusqu'à ce que lui vienne une question.

« Désolé, je n'ai pas beaucoup écouté, hier soir..., fit Harry. Qu'est-ce qu'on a eu, comme punition ? »

Drago le regarda avec reproche, comme l'accusant de remuer le couteau dans la plaie.

« Retenue. » marmonna-t-il.

D'ailleurs, cette retenue leur fut signifiée officiellement. Le mot qu'on leur distribua était le même, à la différence que Harry avait deux mots.

Votre retenue commencera ce soir à vingt-trois heures. Rendez-vous avec Mr Rusard dans le hall d'entrée.

Professeur M. McGonagall

Le deuxième mot provenait de Rogue :

En raison d'un fâcheux événement, votre retenue du lundi 6 avril a été annulée. Vous la rattraperez demain soir à vingt-deux heures, dans mon bureau.

Professeur S. Rogue

Double peine... Harry s'effondra sur sa table. Quelle injustice ! Tracey rit de lui. Au moins, elle n'avait pas retrouvé son état inquiétant avec le départ de Néréa...

Le soir, ils se rendirent tous les trois sur le lieu de rendez-vous. Daphné avait échappé à la retenue, sous la Cape à ce moment-là.

Rusard était déjà là.

« Suivez-moi ! » dit-il en les conduisant au-dehors, une lampe à la main.

D'abord silencieux, le concierge ne put résister :

« Alors, vous y repenserez à deux fois, maintenant, avant de violer les règlements de l'école ? lança-t-il d'un ton narquois. Travailler dur et souffrir, c'est comme ça qu'on apprend le mieux, vous pouvez me croire. C'est dommage que les anciennes punitions n'aient plus cours, En ce temps-là, on vous suspendait au plafond par les poignets pendant quelques jours, j'ai toujours les chaînes dans mon bureau. Je les entretiens soigneusement au cas où on s'en servirait à nouveau. Allez, on y va. »

Harry se demanda un instant s'il ne savait dire que cela.

Drago paniqua un peu lorsqu'ils apprirent qu'il se rendaient dans la Forêt Interdite, mais le ricanement de Tracey le toucha dans sa fierté.

Hagrid leur expliqua ce qu'ils allaient faire, à savoir retrouver la licorne blessée en suivant des règles strictes : ne jamais s'écarter du chemin, envoyer des feux en cas d'urgence...

Ils furent séparés en deux binômes : Tracey et Harry, ainsi que Hagrid et Drago.

Mais avant qu'ils n'aient pu se mettre en route, Hagrid leur ordonna soudainement de se cacher derrière lui. Il arma son arbalète d'une flèche puis ils tendirent tous l'oreille. Quelque chose rampait sur des feuilles mortes... comme un bas de cape qui traînait sur le sol. Le bruit s'évanouit bien vite.

« C'est bien ce qui me semblait, grogna Hagrid. Il y a quelque chose dans cette forêt qui ne devrait pas y être. »

Harry s'était retenu de bondir vers ce qu'il savait être Voldemort.

« Un loup-garou ? risqua Drago.

— Non, répondit le garde-chasse. Ce n'est pas la pleine lune : il n'y a pas de loup-garou. »

Harry et Tracey partirent de leur côté, essayant de retrouver la licorne. Les minutes passaient, longues et interminables...

« Là ! » s'exclama soudain Tracey.

Elle pointait du doigt une tâche argentée. Plusieurs suivaient, formant une piste. Harry, sachant ce qui les attendait, sortit sa baguette. Ils suivirent le sang de licorne, jusqu'à trouver la créature.

Morte, comme il s'y attendait. Une silhouette encapuchonnée buvait le sang de la licorne. Il sentit Tracey se figer à ses côtés. Voldemort ne semblait pas les avoir remarqués.

Harry sentait sa cicatrice l'élancer, mais c'était supportable.

Il allait lancer un sortilège aussi discrètement que possible, mais Tracey recula. Cela fit suffisamment de bruit pour que Voldemort l'entende : il releva la tête, et se jeta sur Tracey.

Harry réagit immédiatement.

« Endoloris ! »

Il n'avait pas voulu tenter le sort de mort, par peur de toucher Tracey.

La souffrance sembla traverser Voldemort, même sous cette forme. Il se retourna, et toisa Harry.

« Avada Kedavra ! » lâcha-t-il froidement.

Voldemort évita le sortilège qui se perdit dans les arbres. Et à sa plus grande surprise, il battit en retraite.

Harry tourna son attention vers Tracey. Tombée au sol, elle l'observait avec un mélange d'incrédulité et de peur.

Quelqu'un d'autre avait assisté au spectacle.

« Harry Potter... »

Il se retourna et découvrit un centaure.

« Firenze. » sourit Harry.

Le centaure le regardait étrangement, comme curieux d'en découvrir plus sur lui.

« Tu connais mon nom, constata-t-il calmement. D'où viens-tu ?

— De loin, répondit Harry. Les étoiles ne te disent rien ? »

Firenze était songeur.

« Elles me disent que tu viens d'où les choses n'ont pas existé, et où elles n'existeront probablement plus. »

Le centaure s'avança, se mettant à tourner autour de lui.

« Telle l'étoile la plus proche, tu es désormais deux. »

L'étoile la plus proche ? Harry réfléchit à toute vitesse : Proxima du Centaure. S'il se souvenait bien des cours d'astronomie, il s'agissait d'un système solaire binaire : deux étoiles, au lieu d'une.

Qu'est-ce que cela signifiait ?

« Ton retour peut apporter la destruction, prononça Firenze, grave. Fais attention à tes choix. »

Et là-dessus, le centaure s'en alla.

Hagrid débarqua peu après, avec Hermione. La licorne avait été trouvée, cela mit fin à la retenue. Mais Tracey savait qu'il s'était passé quelque chose d'étrange...

Ils retournèrent tous vers le château, épuisés. Harry profita de leur inattention pour s'éclipser vers les serres. Il parvint à y pénétrer sans problèmes, déjouant les quelques sortilèges d'alarme. Avec l'aide d'un lumos, il navigua entre les différentes plantes, en cherchant une en particulier.

Quand il la trouva, un sourire éclaira son visage : il arracha trois feuilles, satisfait. La plante remua légèrement, comme irritée.


Harry ne fut pas attentif de la journée durant les cours. Les paroles de Firenze résonnaient dans sa tête. Des paroles inquiétantes, et il tentait de les déchiffrer. Était-ce un hasard que l'étoile la plus proche soit Proxima du Centaure ? Sûrement pas. L'étoile était en réalité deux... comme un centaure, un hybride : cheval et homme.

Mais où voulait-il en venir ?

Harry ne vit pas la journée passer. Très vite, l'heure de la retenue avec Rogue arriva. Après le repas, il traversa les cachots, froids, humides, et à peine éclairés par les torches, il parvint devant le bureau du professeur de potions.

Les portes s'ouvrirent sans qu'il n'ait à frapper. Rogue, penché au-dessus d'un tas de copies, lui donna son travail sans lever les yeux :

« Potter, vous allez nettoyer les chaudrons sur cette table. Sans magie. »

Retenant un soupir, Harry s'attela à la tâche. Au début, le silence ne fut ponctué que de grattements de plume sur un parchemin et du bruit d'une éponge contre du cuivre.

« Dites-moi, Potter... comment avez-vous fait pour vous retrouver à Serpentard ? fit soudainement le professeur. Votre père n'y serait jamais allé... quoique... »

Un soupir. Harry resta concentré sur sa tâche.

« Mais votre mère, elle, ne pouvait aller ailleurs qu'à Gryffondor. Quel dommage... sa stupidité l'a mené à sa perte. »

Harry fronça les sourcils. Qu'est-ce qui lui prenait, à Rogue ? Quand ce n'était pas son père, c'était sa mère ?

Il releva la tête, en colère. Les yeux du professeur s'agrippèrent aux siens.

Trop tard : il était tombé dans le piège.

Il tenta vainement de protéger son esprit, mais Rogué traversa d'un seul coup la barrière aquatique pour se retrouver dans son Poudlard imagé. Impuissant, il vit l'assaillant se diriger sans hésitation vers le Lac Noir.

Là où reposaient les souvenirs de sa première vie. Il revécu tout, depuis les Dursley jusqu'à la fin de la guerre. Et même après.

Et, entre toutes ces images, un souvenir le marqua plus qu'aucun autre.


Il se revoyait, caressant le front de sa fille.

Lily avait passé la nuit à tousser, et elle venait tout juste de se calmer. Fatiguée, elle reposait à demi-endormie dans son lit.

« Dis papa..., murmura-t-elle soudain, d'une voix éraillée. Pourquoi je suis malade ? »

Harry, triste, n'aurait su lui-même répondre à cette question. Lily avait toujours eu cette maladie. Aucun médicomage n'avait pu y faire quelque chose. Les moldus avaient même été plus compétents, expliquant qu'il s'agissait d'une maladie génétique.

Incurable.

« Tout le monde est malade, tenta-t-il de répondre. Et tout le monde guérit. Toi, c'est juste un peu différent... »

Lily acquiesça mollement.

« Et pourquoi maman n'est jamais là ? murmura-t-elle. C'est parce que je suis malade ? »


Il passa à d'autres souvenirs, jusqu'au dernier de sa première vie : Rogue vit tout, de la tromperie de sa femme à sa mort.

Quand Harry retomba sur sa chaise, il sortit sa baguette en vitesse et la pointa sur celui qui s'était incrusté dans son esprit.

Sa baguette en bois de houx sauta de sa main pour atterrir dans la main de son professeur. Harry savait qu'il avait une autre baguette, mais maintenant plus calme, il décida de se faire plus prudent.

« Je me doutais qu'il se passait des choses étranges dans votre tête, mais pas à ce point, formula Rogue, surpris. Croyiez-vous vraiment que vos défenses allaient me berner ? Avant de découvrir votre véritable âge, je vous aurai complimenté pour votre maîtrise de l'occlumancie... »

Harry pensa que c'était la meilleure occasion. À peine avait-il sorti sa baguette qu'un diffindo fusa vers Rogue. Celui-ci ne l'évita que de justesse.

Il n'offrit aucun répit à son professeur, lançant sorts sur sorts :

« Incarcerem ! Confringo ! Brachialigo ! »

Rogue, qui avait échappé à chacun de ses charmes, parvint à le surprendre. Harry se prit un violent sortilège qui le propulsa contre le mur. Le dos endolori, il n'eut le temps de réagir qu'on lui arrachait sa baguette.

« Je vous prie de vous calmer, monsieur Potter. » avisa Rogue d'une voix froide, tandis qu'Harry se relevait difficilement, étourdi.

Il n'avait pas pensé aux sortilèges informulés.

« Je ne suis pas votre ennemi, Potter, confia-t-il. Dumbledore est responsable de la mort de votre mère, et je suis prêt à vous... assister dans votre entreprise. »

Harry regardait son professeur avec ahurissement.

« Nous ne pouvons en parler ici, je vous propose donc d'en reparler durant les vacances. En attendant, cette retenue n'a jamais eu lieu. »

Incertain, il acquiesça. La situation lui échappait. Prenant les dernières paroles de Rogue comme un congédiement, Harry se dirigea prudemment vers la porte.

Il put miraculeusement sortir sans dégâts. Il fut tout de même prudent dans les cachots, jusqu'à ce qu'il atteigne sa salle commune. Dès qu'il entra, il remarqua l'attroupement des élèves, rassemblés autour d'il ne savait quoi.

Inquiet, il bouscula quelques élèves pour arriver au centre de la scène.

Ses amis, Drago, Daphné, et Tracey, se tenaient face à un petit groupe de quatrième année. Harry remarqua qu'il n'y avait aucun élève des années supérieures dans la salle : les BUSEs et les NEWTs approchaient, ils devaient tous être en train de réviser.

« ... cause de vous, nous sommes à la dernière place ! criait l'un des quatrième année. D'abord au Quidditch, et maintenant là ! »

Harry leva les yeux au ciel. Quel manque de maturité... accorder tant d'importance à cela...

« Calmez-vous, décida-t-il d'intervenir. Ce ne sont que des points !

— Et voilà le pire de tous ! s'exclama l'un d'entre eux. Potter... tu es content de toi ? Tu n'es qu'un Gryffondor raté... et eux aussi ! »

Il avait prononcé ces derniers mots en pointant sa baguette vers Tracey. Harry sortit sa baguette en vitesse. Son adversaire sembla le remarquer, et releva sa baguette vers Harry. Ils se menaçaient l'un l'autre.

Il aurait très bien pu prendre l'avantage dans un combat, mais le quatrième année lança dès le début un sortilège très dangereux...

« Fidiare ! »

Un long serpent sortit de sa baguette. Harry blêmit en reconnaissant le sort : similaire au serpensortia, le reptile qui en sortait était en réalité bien plus dangereux, et bien plus difficile à contrôler... et encore plus à éradiquer. C'était considéré comme de la magie noire.

Tous les élèves, paniqués, reculèrent précipitamment face au serpent qui venait d'apparaître. Même son adversaire.

Harry ne connaissait pas le moyen de tuer cette bête... sans utiliser d'Impardonnable.

Il ouvrit la bouche, sachant déjà ce qu'il allait faire.

Un premier son, sifflant, résonna dans la salle soudain silencieuse, prémisse de la révélation de son secret, vite suivi d'un autre qui brisa le silence et qui provenait de la baguette d'un sixième année : un puissant jet d'eau, qu'il parvenait difficilement à contrôler, atteignit le serpent. Celui-ci se tortilla, disparaissant peu à peu sous les assauts de l'eau.

Harry profita de l'agitation pour s'éclipser. Il avait failli révéler sa maîtrise du Fourchelang, mais personne ne l'avait remarqué.

Il croisa alors le regard de Tracey. Elle avait compris... mais surtout, ses yeux...

Il était accroché à ses yeux, tristes, joyeux, clairs, intenses... et fut aspiré par son esprit.


Le Cerf-Pentard