Bonjour à tous ! C'est de nouveau le temps de votre feuilleton du samedi matin (ou après-midi, si vous êtes du vieux-continent ;-) ). Je suis vraiment heureux de constater la popularité de la fic, et remercie une fois de plus les lecteurs fidèles qui me suivent, que ce soit depuis le début ou qui viennent de nous rejoindre dans l'aventure.

Chapitre Dix

Coup fourré

Palais de Magnéto

19 janvier 2013, 1h02

Harley Quinn

Comme cela arrive fréquemment, c'est un coup de pied de mon petit poussin qui me tire du sommeil, le geste accompagné par une légère nausée. Il est turbulent, ça me convient, mais s'il pouvait éviter de viser mon estomac à chaque fois…je n'ai pas envie de vomir ce délicieux gâteau.

Je réalise alors que je me suis assoupie sur mon bureau, alors que je consultais les dossiers donnés par Wind. Un regard sur la tablette électronique me révèle visage d'un homme à l'expression aussi renfrognée que Batman et dont la chevelure sombre et hérissée est bordée par d'impressionnants favoris. Logan, aussi appelé «Wolverine», mutant affilié aux X-Men. D'une pression du doigt sur l'écran tactile, je fais circuler rapidement les informations sur ses capacités, me rafraichissant la mémoire.

Il s'agit principalement d'un mutant aux capacités régénératives surpuissantes, ce qui lui a permis de vivre très longtemps –le dossier estime sa naissance à l'an 1880. Avoir l'air aussi jeune, c'est criminel à ce point !-. Un squelette renforcé à l'adamantium, des griffes acérées dans le même matériau, force et agilité supérieures…Magnéto recommande d'affronter ce type avec la plus grande prudence lorsqu'il n'est pas lui-même dans les parages pour le neutraliser avec ses pouvoirs magnétiques.

Je pousse un long bâillement et m'étire en grognant. Tout cela est très intéressant, mais il vaudrait mieux que j'aille me coucher. Oui mon bébé, maman doit aller travailler demain. Je sais que tu as hâte de sortir, mais le moment viendra, ne t'inquiète pas.

Une démangeaison à la naissance de ma nuque me fait me gratter, mais ce n'est pas vraiment une sensation «physique». C'est comme si quelque chose d'invisible rampait sous ma peau…ou comme un sixième sens. Cette sensation me rappelle quelque chose…mais quoi ? Pas quelque chose d'agréable, c'est sûr.

Puis je me souviens : j'ai ressenti ça une fois, lorsqu'une plante près de moi s'est fait piétiner. Je me souviens qu'il y a un jardin suspendu à un niveau plus bas que ma fenêtre, ce qui n'est pas pour me rassurer…

Doucement, sans faire de bruit, j'ouvre le tiroir de mon bureau pour en tirer mon revolver, une arme que je me suis procurée dans le marché noir de Génosha. Les armes de poing de ce monde sont plus évoluées que dans le mien, et sans que je comprenne vraiment leur fonctionnement, elles sont plus redoutables. En tout cas, elles ont un joli look futuriste.

Mon intuition ne m'a pas trompé. Des bruits sourds, comme des battements d'ailes géantes, retentissent depuis l'extérieur. Je serre la crosse de mon arme à deux mains et attends de pied ferme le premier enfoiré qui va tenter de pénétrer dans mes quartiers. Quelque chose me dit qu'il ne s'agira pas d'un Roméo escaladant mon balcon…tiens, ce serait amusant de descendre le Roméo aussi ! Hé hé.

J'écarquille les yeux de stupeur et découvrant…un ange. Passé la première surprise, je constate l'instant suivant qu'il s'agit en fait d'un jeune homme blond plutôt séduisant et doté d'une paire d'ailes à plumes blanches. Une tenue jaune et bleue barrée d'un X géant à la poitrine le vêt. C'est tout ce dont j'avais besoin de savoir.

L'ange semble surpris de me voir réveillée. Puis, son regard tombe sur le pistolet pointé dans sa direction, et il marmonne un juron en essayant de battre en retraite.

-Surprise, petit poulet ! je dis en ouvrant le feu.

La détonation projette à grande vitesse une balle microscopique qui a presque l'air d'un rayon laser de science-fiction tant elle va vite. Le projectile atteint l'ange à l'aile gauche, juste à l'endroit où elle est attachée à son omoplate, ce qui projette un geyser de sang et arrache un cri de douleur au mutant. Soudain incapable d'utiliser son aile blessée, le X-Men tente désespérément de faire battre l'autre aile pour se stabiliser, mais il retombe comme une pierre vers le bas. Je pousse un cri victorieux et m'élance à ma fenêtre pour le voir tomber.

-Fais gaffe, je crois que tu as du plomb dans l'aile !

J'éclate de rire devant ma bonne blague, puis sursaute en constatant qu'une silhouette est en train de grimper le mur de métal à la force de ses bras. J'ouvre le feu, l'atteignant au biceps, mais l'homme se contente de grigner de douleur avant d'accélérer l'ascension. Je recule lorsqu'une main gantée se pose sur le bord ma fenêtre, suivi rapidement par le reste du corps. Je tire deux autres fois, faisant mouche à chaque fois, mais à ma grande surprise, l'intrus ne fait que chanceler vers l'arrière. La faible lumière de ma lampe de bureau parvient à éclairer la silhouette d'un homme très grand et très musclé, vêtu lui aussi d'une tenue jaune et bleue avec cette fois un masque. L'homme grogne comme un fauve et regarde les blessures causées par mes balles. Sous mes yeux, je vois la chair se résorber et cicatriser, puis ultimement expulser les corps métalliques afin de ne laisser qu'une peau lisse et sans marque.

-T'aurais pas dû faire ça, poulette, dit-il d'une voix menaçante. Ça fait mal, tu sais ?

Je lève rapidement mon arme pour viser cette fois sa tête –on va voir s'il peut régénérer ça-, mais il est sur moi dans la seconde. Un chuintement métallique retentit, et je me retrouve avec un demi-pistolet dans les mains. C'était quoi ça ? je me demande avec ébahissement.

La réponse me parvient lorsque je vois les griffes. Jaillissant des jointures comme trois lames indestructibles, les armes ayant découpé mon pistolet avec la même facilité que s'il était en bois sec se rétractent maintenant dans la chair. C'est répugnant, je songe en plissant le nez et en reculant, mais désormais, je sais à qui j'ai à faire : Wolverine lui-même !

Tout en lâchant mon arme de poing inutilisable, je réfléchis à toute vitesse à ma situation embêtante. Les X-Men ne sont pas censés se trouver sur Génosha. Ça j'en suis sûr, c'est Wind qui me l'a dit. Magnéto ne tolère pas leur présence sur son île. Ça veut dire qu'ils sont là en secret, et qu'ils ont une putain de bonne raison de risquer la colère du maître des lieux. Un instant, je pose la main sur mon ventre en me disant qu'ils veulent du mal à mon bébé. Puis, je me rappelle que j'ai tué l'une des leurs il y a plus de deux semaines. Oups, je songe en souriant d'un air amusé.

-Qu'est-ce qui te fait rire ? grommèle Wolverine en me saisissant le bras.

-Hey, bas les pattes !

Je tends mon autre main vers son visage et active le projecteur d'acide que j'ai caché dans mon bouton de manchette. Le liquide verdâtre asperge le mutant qui pousse un hurlement et me lâche, se tenant le visage en reculant. Une fumée blanche s'élève de la chair calcinée alors que la puanteur de viande trop cuite s'élève. Je pouffe de rire et me penche vers lui, les mains sur les hanches d'un air sermonneur.

-Ta mère ne t'a pas appris la galanterie, espèce de brute ? Oulah !

Un bond en arrière me permet d'esquiver de justesse le coup de griffes lancé au hasard dans le vide, le X-Men plaquant toujours une main contre son visage meurtri. Je ne suis pas en état de me battre, je me dis avec une moue boudeuse. Pas avec ma grossesse. Il ne me reste donc plus qu'une seule option : la fuite ! Même si c'est humiliant…

Me servant de ma chaise comme soutien, je bondis dans les airs et balance mes deux pieds dans la poitrine de Wolverine, le faisant basculer sur le lit. Heureusement que l'adrénaline donne des ailes ! Je prends ensuite le temps de saisir au passage ma précieuse tablette et mon sac à surprises et quitte la pièce pour le long couloir du palais, mes pas résonnant contre le sol de métal.

Un choc sourd derrière moi m'apprend que mon agresseur s'est remis sur ses pieds avec fracas et qu'il s'apprête vraisemblablement à se lancer à ma poursuite. Considérant sa capacité à se régénérer, je doute que mon acide ne le maintienne hors combat pour très longtemps. Sans cesser de courir, je fouille dans mon sac à surprises pour en prendre une poignée de dentiers explosifs que je laisse tomber dans mon sillage avant de tourner le coin. Les petits pièges se mettent à ricaner de manière mécanique en sautillant un peu partout.

-C'est quoi ce bordel ? lance la voix de Wolverine.

Mes petits dentiers explosent simultanément, lui arrachant un juron de surprise. Je ris doucement, mais pas trop fort quand même. Quelle chance que j'aille put trouver au même marché noir que pour mon arme à feu un artisan en mesure de me fournir à bas prix toute une cargaison de ces merveilles ! En fait, j'ai pu me ravitailler sur à peu près tout.

Alors que je débouche sur la salle à manger, massive et remplie de larges colonnes, je me demande soudain pourquoi l'irruption d'un commando de X-Men au cœur du palais de Magnéto n'a pas encore sonné l'alerte. Quelle bande d'incapables, bon sang ! Que doit faire une femme pour obtenir de l'aide ?

Se débrouiller toute seule, j'imagine.

Je me réfugie derrière une des colonnes et tends l'oreille en entendant les pas de Wolverine, reconnaissables, car lourds et peu discrets. Qui plus est, ce type a une fâcheuse tendance à grogner comme un clébard plutôt que de respirer. Je peux même l'entendre renifler, tiens ! Une minute…il n'est pas en train de me pister, quand même ? Avec les mutants, je préfère assumer que tout est possible.

Alors que je recommençais à fouiller mon sac à surprises à la recherche d'une nouvelle arme, Wolverine se met à parler dans une radio.

-Je suis sur sa trace, dit-il. Elle ne pourra pas aller très loin…mais bordel, pour une femme enceinte, elle a du répondant !

-Angel est dans un sale état ! annonce une voix à la radio. On doit l'évacuer d'urgence.

-Comprit Iceman. Diablo, où en es-tu ?

Un craquement sonore, comme le claquement d'un fouet, retentit en écho dans la salle, accompagné par une subtile odeur de soufre. Une voix plutôt jeune s'élève dans la pièce, me prenant par surprise. Je n'avais pas réalisé que quelqu'un accompagnait mon poursuivant.

-Toujours rien, avoue le nouveau venu –probablement le dénommé Diablo-. Si elle n'est pas dans le palais, ça va se compliquer. Certaines sections du pénitencier sont conçues pour empêcher les téléporteurs de passer.

Prenant un risque calculé, je tends la tête hors de ma cachette pour observer les deux X-Men. Comme je m'en doutais, Wolverine se tient là, et la seule trace laissée par l'acide de mon bouton de manchette et celle laissée sur son masque. Tiens, non, il semble encore plus en colère !

Quant au fameux Diablo…si je n'avais pas vécu plusieurs semaines sur Génosha, son apparence particulière m'aurait fait sursauter. La peau bleu sombre, tout comme ses cheveux, ses yeux jaunes et sa queue fourchue ne me laissent aucun doute sur le pourquoi du comment de son surnom. Je ne me souviens pas d'avoir lu quelque chose sur lui, mais après tout, je n'ai commencé à aborder les fichiers sur les X-Men que depuis hier.

-Continue de chercher, ordonne Wolverine. Kitty doit forcément être quelque part ici.

-Et toi ?

-Harley Quinn est à moi. Je vais la ramener, de gré ou de force.

-Le professeur ne veut pas qu'on lui fasse du mal…

-Je sais très bien ce qu'a dit Charles. Maintenant file ! Tu nous fais perdre du temps !

Diablo hoche de la tête et disparait dans un léger nuage de fumée, provoquant ce bruit sec que j'avais entendu plus tôt. De la téléportation ? Ça aussi, c'est cool comme pouvoir. Il va me falloir vite trouver le dossier de ce mutant-là.

-Je sais que tu es là, dit Wolverine d'un ton menaçant. Je peux sentir ton odeur…elle est…différente.

C'est ce que je craignais : il est capable de me renifler comme un chien de chasse. Néanmoins, il ne semble pas empressé de venir me chercher tête baissée, après que je lui aille infliger assez de douleur pour qu'il y réfléchisse à deux fois. Je prends une longue inspiration, puis je prends la parole d'une voix moqueuse.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Le grand méchant loup à peur de la bergère ?

-C'est ça, rétorque-t-il. Tu me prends pour un con ? J'ai bien vu que la bergère a des griffes.

Je prends mon élan et me laisse glisser au sol à travers la pièce, rejoignant une autre colonne en utilisant la table comme couverture. Wolverine n'y voit que du feu, et c'est pourquoi il est pris par surprise lorsque ma voix s'élève d'une autre direction.

-J'ai entendu ta discussion avec Blue-boy, je dis d'un air innocent. Vous cherchez quelqu'un ? C'est embêtant. Quel genre de tour de passe-passe est-ce donc ?

Mon rire l'énerve royalement, car il bondit sur la table et se précipite dans ma direction, ne découvrant qu'une marionnette de clown là où je me trouvais. Moi, je m'étais déjà faufilé sous la table jusqu'à rejoindre un autre abri.

-Oh, voyons mon gros loup. Ce n'est pas comme si j'avais disparu à travers le plancher, n'est-ce pas ?

-Oh, petite comique…grogne-t-il. Tu te crois drôle ? Maligne ? Qu'as-tu fait de Kitty ?

Plusieurs dentiers explosifs projetés dans des coins différents de la pièce explosent, détournant suffisamment son attention pour que je puisse lui lancer une carte tranchante dans le dos. Il pousse un cri de douleur et arrache le projectile, la plaie mineure se résorbant presque aussitôt. Je ris de plus belle sans cesser de me déplacer autour de lui, profité de l'obscurité et des nombreuses cachettes pour le perturber.

-Kitty…tu sais, je suis plutôt chien personnellement. Les chats sont si…ennuyeux. Tiens, je t'ai raconté la fois où j'ai essayé d'attraper une femme-chat ?

-Arrête de te foutre de ma gueule ! Qu'est-ce que tu as foutu d'elle ? Où est-elle ?

Il tente de renifler, mais éternue bruyamment avant de renifler. Il grogne de mécontentement, probablement en reconnaissant l'odeur du poivre que j'ai répandue un peu partout sur mon sillage pour perturber son odorat. Qui a dit qu'un simple gag serait aussi utile en situation réelle ?

-Je hais les clowns…marmonne-t-il dans sa barbe.

-Oh, ce n'est pas très gentil ! je réplique d'un ton boudeur. Et moi qui allais te raconter une histoire drôle…

Wolverine bondit dans une direction, dégainant ses lames et réduisant en miettes un meuble où je me trouvais quelques instants plus tôt. Parfait, je songe avec satisfaction. Je me concentre immédiatement sur la plante en pot à proximité et lui propose d'augmenter sa taille, ce qu'elle fait avec un frémissement ténu. Le mutant perçoit le bruit et se retourne, juste à temps pour voir les tiges du végétal surdimensionné s'enrouler autour de ses poignets et de ses biceps, puis autour de sa gorge. Il se débat violemment, et une lutte s'engage entre la plante et lui. Je sors de ma cachette et m'avance vers lui, la main tendue la plante et le front plissée par la concentration, mais un grand sourire sur les lèvres.

-Pour la peine, je vais quand même te la raconter. Tu vas voir, c'est à mourir de rire. Ah !

Il pousse un râle lorsque l'étreinte végétale se renforce autour de son cou, ralentissant un peu ses gestes. Je suis moi-même surprise par la force qu'ait pris ce pouvoir assez récent. Toutefois, je ne pourrai pas le retenir longtemps, alors je me lance.

-C'est l'histoire d'une jeune femme qui passait à travers les murs. Elle était très vilaine, et passait son temps à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Un jour, elle a croisé le chemin d'une reine. Et elle a été punie.

-C'était…toi ? balbutie-t-il, une veine saillant de son cou sous l'effort produit pour résister à la plante ? Qu'est-ce…que…tu…

-Mon héritage, je dis en souriant méchamment. Mon promis est mort trop vite, mais il m'a légué ses pouvoirs. Il était le prince du crime ; mais moi, je suis la reine du chaos !

Je tends théâtralement les mains dans les airs, la tête basculée vers l'arrière, et je me mets à rire bruyamment. Toutes les plantes autour de la salle à manger se mettent à s'agiter, comme si elles répondaient à mon éclat de joie. La voix de Diablo résonne finalement dans la radio de Wolverine, annonçant qu'il a finalement trouvé Kitty. Au ton que j'entends, il semble sur le point de vomir.

-Logan…je l'ai trouvé…oh merde…elle est…elle est morte…son visage…oh mon dieu !

-Qui a peur du grand méchant loup ? je chantonne en dansant un peu. Du grand méchant loup ? Du grand méchant loup ? Qui a peur du grand méchant loup ? Ce n'est pas moi ! Ah ah ah ! J'ai peur que vous arriviez quelques semaines trop tard pour votre petite amie, mon loulou.

Il pousse un hurlement de rage qui me fait reculer par réflexe. Un pic de douleur me prend à la tempe, et je perds mon lien télépathique avec la plante retenant Wolverine. Ce dernier profite du relâchement des tiges pour sortir ses griffes et taille en pièce le végétal, déclenchant un peu plus de douleur dans mon cerveau. Les larmes aux yeux et me tenant les tempes, je rigole quand même un peu en reculant lorsqu'il s'approche de moi avec un regard meurtrier. Visiblement, il était attaché à cette stupide espionne. C'est…embêtant.

-T'aurais pas dû faire ça, dit-il d'une voix grave. Non, t'aurais pas dû faire ça !

Le X-Men s'élance en hurlant et frappe l'air devant lui. J'évite les griffes de justesse en tournoyant sur moi-même, par peur qu'il blesse mon ventre trop protubérant –et par extension, la plus importante personne ici-. Il attaque encore, mais ne fait que laisser trois longues marques sur une colonne métallique, le grincement de métal contre métal me faisant grincer des dents. Je me moque de lui et bondit sur la table, me retrouvant de l'autre côté avec une pirouette un peu maladroite. Je peux à peine bouger, c'est atroce !

Wolverine ne se laisse pas arrêter par un simple meuble et réduit le bois en charpies, balayant sur le côté les débris restants. Je recule un peu plus et me saisit de mon paquet de cartes entiers.

-Choisis une carte ! je lui propose. Allez, n'importe laquelle !

Je commence à projeter les pièces de cartons modifiées et tranchantes dans sa direction avec l'habileté du plus téméraire des croupiers de casino. Pris par surprise, Wolverine se fait méchamment entailler le bras et la joue avant de se décider à ralentir pour tenter d'intercepter les projectiles avec ses griffes. Sa stratégie fonctionne sur le long terme, car avant de parvenir à sérieusement le handicaper, j'arrive à court de cartes…et de ruses.

Le mutant bondit sur l'ouverture et me saisit à la gorge, me déplaçant à travers la pièce jusqu'à me plaquer contre un mur. Je pousse un cri de douleur, puis écarquille les yeux en découvrant les trois lames d'adamantium à quelques millimètres de mon splendide visage. Je ricane, le mettant au défi de m'achever.

-Finalement, peut-être es-tu réellement un grand méchant loup, je dis en me rappelant ce que j'avais lu sur lui. Après tout, tu es impulsif, solitaire et grossier. Violent, aussi. Qui voudraient vraiment de toi ? Tes proches semblent avoir une fâcheuse tendance à…mourir jeunes.

Il serre les dents et gronde, sa main tremblant sous l'effet de la colère. Je ne sais pas pourquoi je m'entête à le provoquer, mais c'est si drôle. La vie n'a aucun sens de toute façon, et j'ai en face de moi un cas typique de déni de cette évidence.

Un craquement sourd retentit et Diablo se matérialise près de nous, me saisit le poignet et me téléporte derrière Wolverine. La sensation est étrange et trop rapide pour que je puisse clairement la définir, en dehors de l'odeur de soufre qui est plus marquée. Je palpe rapidement mon corps comme si je voulais m'assurer que tout se trouvait bien à ma place, puis relève la tête et tire la langue à mon agresseur.

-Qu'est-ce que tu fous ?! s'écrit Diablo. T'allais vraiment buter cette femme ?

-Ce qu'elle a fait à Kitty…commence Wolverine. C'est…

-Inacceptable ? termine une voix familière. Comme de vous infiltrer chez moi, de tout saccager et de vous en prendre à mes invités ?

Un pan du mur se tord pour laisser entrer Magnéto, en armure complète et une expression furieuse sur le visage. Je m'arrache à la poigne de Diablo et me précipite vers mon protecteur pour me mettre derrière lui. Wolverine tente de me saisir au passage, mais il s'immobilise, comme paralysé. Ah oui…squelette de métal. Autant dire, un jouet entre les mains de Magnéto. Des sortes de tentacules métalliques jaillissent du sol, du plafond et des murs et s'approchent d'un air menaçant de Diablo, qui hésite à s'enfuir, car ce serait abandonner son camarade derrière.

-Vous, X-Men, n'avez rien à faire dans ma demeure.

-L'une des nôtres a été assassinée ! proteste Diablo. Par Harley Quinn, de son propre aveu !

-J'ai dit ça ? je fais mine de m'étonner. C'est ridicule, voyons. C'est vous qui m'avez agressé dans ma propre chambre. Je me suis défendue ! Après, il ne faut pas se plaindre si vous avez des bobos.

Wolverine pousse un cri de douleur lorsque l'étreinte sur son corps est renforcée. Du sang se met à couler de son nez et de sa bouche, ainsi que des orifices d'où sortent ses griffes. Lentement et douloureusement, les lames se rétractent avec un bruit mou. Ensuite de quoi, le mutant est projeté en travers de la pièce, libre de ses mouvements, mais sérieusement amoché.

-Je vous donne dix minutes pour remballer vos affaires et ficher le camp de mon île, gronde Magnéto. La seule raison pour laquelle je ne vous anéantis pas, c'est parce que je sais très bien que vous êtes venu ici à l'insu de Charles. Maintenant, dégagez de mon île !

Diablo hoche la tête d'un air effrayé, puis s'empresse d'aller rejoindre Wolverine. Après avoir aidé ce dernier à se relever, le grand méchant loup blessé me dévisage avec hargne.

-On va se revoir, Harley Quinn. Compte là-dessus.

-D'accord, je dis avec un sourire aimable. Bisou, à la prochaine !

Diablo les fait partir sur-le-champ. Plusieurs minutes plus tard, un aéronef furtif s'envole dans les airs et file vers le ciel. Lorsque l'appareil des X-Men a disparu à l'horizon, Magnéto se permet enfin de baisser sa garde.

-Nous reparlerons de cette histoire de meurtre, dit-il avec une froide colère. Être mon invitée ne vous donne pas le droit de faire tout ce qui vous chante !

J'allais protester, mais quelqu'un entre en courant dans la pièce. Il s'agit de Wind en compagnie de deux autres membres des gardes du corps de Magnéto.

-Seigneur Magnéto ! s'exclame Wind d'un air essoufflé. Pardonnez-nous…je ne comprends ce qui s'est passé, c'est…

-Jean Gray, réponds le maître de Génosha. Elle a probablement plongé tous les habitants du palais dans le sommeil. Il n'y avait rien que vous ne puissiez faire contre elle.

-Je…vous avez sans doute raison. Contente de voir que vous alliez bien.

-Les X-Men ne me visaient pas. Maintenant, escortez mademoiselle Quinn dans de nouveaux quartiers, et doublez la garde ! Je ne veux plus d'autres coups fourrés.

XXXXXXX

Palais de Magnéto

19 janvier 2013, 15h10

Harley Quinn

J'ai passé presque une heure dans la douche pour me débarrasser de la sueur qui m'a envahi. Puis, je me suis littéralement laissé tomber dans mon nouveau lit pour une nuit de sommeil qui s'est terminé bien après midi. À mon réveil, j'étais fébrile et un peu angoissé. J'ai bien essayé de me détendre en regardant des dessins animés, mais pour une fois, cette méthode infaillible m'a trahi. Et j'ai vomi tout mon déjeuner.

En faisant les cent pas dans mes quartiers, j'ai réfléchi aux événements de la nuit. Les X-Men m'ont agressé jusqu'ici ! Alors que Magnéto, l'un des hommes les plus dangereux de la planète, leur avait interdit ses frontières. Tout ça pourquoi ? Pour s'en prendre à mon bébé, bien sûr ! Et j'ai bien vu l'attitude de Magnéto, lorsqu'il a appris que j'avais tué cette sale espionne. Il se fiche bien de moi, malgré ses beaux discours ! Tout ce qu'il veut, c'est me prendre mon petit poussin, s'en servir comme arme dans sa petite guerre futile…

Je ne comprends pas pourquoi je me suis cru chez moi ici. Dans ce monde, les gens sont identiques à ceux du mien : ils sont tous des ennemis potentiels qui me veulent du mal ou veulent s'en prendre à lui. Mais je ne vais pas me laisser. Oh non ! Harley Quinn est de retour, et elle va bientôt montrer à tous ce que signifie le mot chaos.

Il me faut ensuite m'assoir, car mes jambes ont de plus en plus de mal à me supporter, tout comme mon dos. Jack est comme agité dans mon ventre, plus que d'habitude. Tout ce stress n'est pas bon pour lui, il n'aime pas ça. Les larmes aux yeux, je caresse mon ventre en lui fredonnant une berceuse, mais ça ne marche pas. J'ai toujours la nausée, et je sens toujours ses coups de pied. Heureusement, cela veut dire qu'il est toujours vivant. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui. C'est tout ce qui me reste…

Oh, monsieur J. Tu me manques tellement. Je suis si seule.

Quelqu'un frappe doucement à ma porte. Me redressant sur ma chaise, je m'efforce d'effacer mes larmes et d'afficher un sourire avant d'inviter la personne à entrer. La porte coulissante s'ouvre et laisse passer Wind, qui suggère aux gardes à l'entrée de ma porte de nous laisser tranquilles. Je parviens à me lever pour l'enlacer, contente de voir un visage à peu près amical. Elle me rend mon étreinte, mais je la sens qui tremble.

-Quelque chose ne va pas, Windy ?

-Je…je viens de passer un très mauvais quart d'heure avec le seigneur Magnéto…

-Quoi ?

-Il voulait savoir pourquoi les X-Men ont affirmé que tu avais tué l'une des leurs sur le territoire de Génosha. Je suis censé te surveiller, alors…

Un frisson d'horreur m'envahit et je la repousse, affolée. Maintenant que je sais que ce stupide Magnéto n'en a qu'après mon bébé, s'il apprenait que j'ai quelque peu abusé de son hospitalité…une grimace furieuse tord mes traits et je referme ma main sur la gorge de la jeune femme, la soulevant dans les airs grâce à un lambeau de force surhumaine que ma grossesse n'a pas arraché.

-Qu'as-tu dit ?! je m'exclame en sifflant. Qu'est-ce que tu lui as dit ?

-Rien ! répond-elle avec surprise et douleur. Je te jure que je n'ai rien dit, Harley !

Elle est sincère, je peux le lire sur son visage. Je la relâche et lui souris, heureuse et soulagée.

-Navrée Windy. Je suis un peu stressée dernièrement…

Je l'aide à se relever, puis remarque une blessure fraiche qui était cachée sous sa manche. Manquant déchirer le vêtement, je remonte de force la manche sur son bras, révélant des marques de brûlure aisément reconnaissables : ce sont des marques de torture.

-Oh mon dieu…c'est lui qui t'a fait ça ?

Elle baisse les yeux, honteuse. Je la force à relever le menton pour m'observer dans les yeux, l'air sérieux.

-Tu vois ? je lui dis avec un sourire satisfait. Où est l'homme qui promettait une terre promise à tous ses semblables ? Ce que je vois, c'est un dictateur cruel qui emprisonne ceux qui ne sont pas d'accord avec lui et qui inflige de la souffrance même à ses plus fidèles alliés. Il n'est pas mieux que tous les autres gouvernements de cette planète.

Ce n'est pas la première fois que je tente de la convertir à la vérité sur la folie qui règne sur le monde. Bien que plus ouverte à mes propos que la moyenne, Wind conservait un embryon de loyauté envers Magnéto, pour lui avoir donné un but dans une existence solitaire. Et maintenant que cette loyauté s'est vue broyée en même temps qu'elle se faisait torturer, quelque chose me dit que Wind est désormais certaine que ce monde n'a rien à offrir, sauf si on prend soi-même ce que l'on désire.

-Il faut mettre fin à cela, dit-elle les yeux humides. Je veux me venger. Le faire payer…

Touchée par son honnêteté et sa souffrance, je l'enlace une nouvelle fois, heureuse d'avoir au moins une alliée. Puis, je pousse un cri de douleur qui me fait tomber à genoux. Wind se jette à mon chevet, affolée. Je cris de nouveau, sentant de nouveau cette douleur atroce qui n'est pas difficile à identifier, même pour moi. Mais non, c'est trop tôt, bien trop tôt…il n'est pas prêt !

-Le bébé…je parviens à balbutier. Wind, il arrive ! Je vais avoir mon bébé ! Jack…

Un mélange de joie, de souffrance et de peur m'envahit, tandis que des infirmiers me hissent sur une civière et s'empressent de m'amener vers l'infirmerie du palais. Mon hurlement résonne en échos sur ces murs de métal froid…