10.
Je tourne sur moi-même, la respiration haletante. La forêt m'entoure de toute part. J'entends un grognement, et sans savoir comment, je me retrouve soudain en train de courir dans la forêt, le cœur serré et palpitant. J'entends les brindilles et les arbustes craquer derrière moi, mais je ne me retourne pas. Quelque chose me poursuivait. Quelque chose de monstrueux, je peux sentir d'ici son haleine. Ses grognements me font froid dans le dos, mais je n'ai pas le temps d'avoir peur. Je dois courir, le plus vite possible. Je sens quelque chose happer l'air à côté de moi. Je fais un bond et change de trajectoire en poussant un hurlement. Je me prends des branches dans le visage, mes bras et mes jambes sont coupés partout, je sens le sang s'écouler de mes blessures. Alors que je suis sur le point de me retourner pour découvrir ce qui me poursuit, un poids s'abat sur mon dos. Je vois le sol arriver à une vitesse alarmante, et pousse un hurlement d'horreur…
-Bella !
Je me redresse brusquement, la respiration haletante. Dans l'obscurité, je mets un moment à reconnaître John, qui me scrute d'un air anxieux.
-C'est juste moi, murmure-t-il d'un ton apaisant. Ce n'était qu'un mauvais rêve.
Je hoche la tête, essayant de rassembler mes idées. Mes souvenirs se mélangent aux images de cette vision. Je me revois courir dans la forêt, ou plutôt m'efforcer à courir, avec cette chose qui me poursuivait. John s'assoit sur le bord du lit, attendant que les battements de mon cœur ralentissent.
-J'étais descendu boire, et je t'ai entendu crier. Comment tu te sens ?
-Ça va, je balbutie.
-Tu as encore mal à la tête ?
Je secoue la tête par la négative
-Bon, c'est que c'était pas si grave que ça, sourit John.
Je me rappelle à peine être arrivée à la maison, avoir pris une douche puis m'être glissée sous ma couette. -Et ce cauchemar, commence John, espérant sans doute que je lui en parle.
-Oh, c'était rien, juste…
Je secoue la tête énergiquement, essayant de chasser les images.
-J'ai dû trop regarder la télévision ces derniers temps.
-Tu ne la regardes jamais, me fait remarquer John en fronçant les sourcils.
Je lui fais une grimace gênée.
-Dis-moi, est-ce que c'est vrai que les chasseurs ont fait partir les bêtes qui ont attaqué les randonneurs ?
John parait surpris par ma question.
-Il n'y a plus eu d'accident signalé depuis plusieurs semaines, alors, je suppose que oui.
-Ils ont pu voir ce que c'était ?
-Non, jamais, ils ont juste organisé une battue pour les faire fuir, mais ils ne les ont pas trouvé. Pourquoi tu me demandes ça ? C'est ça qui t'inquiète au point que tu en fasses des cauchemars ?
J'hésite un instant.
-C'est juste que ce matin, quand je me suis perdue dans les bois, j'ai entendu des bruits bizarres.
-Quel genre de bruit ? s'intéresse John, désormais vraiment inquiet.
-J'ai sûrement dû rêver. Enfin, c'est ce que Jacob a dit. J'avais pris un sérieux coup sur la tête, alors… On aurait dit des grognements, comme s'il y avait un animal dans la forêt.
John parait perplexe.
-Peut-être que ce n'était qu'un cerf, et que tu as paniqué. Les commotions cérébrales, ce n'est pas rien.
Je hoche la tête, pas rassurée pour autant.
-Tu ne devrais pas t'inquiéter à propos de ça. Les chasseurs restent vigilants ces derniers temps, ils font des rondes dans la forêt, et les randonneurs ne s'aventurent plus dans la forêt en ce moment.
-OK, je fais avec un petit sourire.
-Tu devrais te rendormir, maintenant. Il te reste encore quelques heures de sommeil. Tu penses être en état d'aller au lycée demain ?
-Bien sûr que oui! Je n'ai pas envie de louper les cours, et je me sens déjà très bien.
John rigole légèrement.
-Tu as surtout envie de voir Jacob, n'est-ce pas ?
Je fais de grands yeux innocents. Alors que John se lève pour sortir de la chambre, je le rappelle.
-Est-ce que tu sais pourquoi papa en veut autant aux Quileute ?
Il grimace.
-Tu le sais, mais tu ne veux pas me le dire, c'est ça ?
-Bella, j'aimerai beaucoup t'expliquer, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Ton père… Il n'aime pas parler de ça. Moi non plus d'ailleurs.
-C'est lui qui t'a demandé de ne pas m'en parler ?
-En quelque sorte. C'est compliqué. Mais il se trompe, les Quileute ne sont pas mauvais. Jacob en est la preuve. Allez, oublie ces histoires et ces vieilles querelles, c'est du passé tout ça, fit-il en souriant. Rendors-toi.
Il éteint la lumière et ferme la porte derrière lui, me laissant perplexe. John a sûrement raison, il vaut mieux que je laisse tomber cette histoire, ma famille semble liguée contre moi pour ne pas que je sache ce qui déclenche une telle animosité chez mon père à l'égard des Quileute. Je me laisse retomber sur l'oreiller, essayant de ne pas repenser à mon rêve. Voilà que je deviens parano et que j'amplifie tout. Il y a pleins de bêtes dans la forêt, cela ne veut pas dire que j'ai été en compagnie de celle qui a fait des morts. Pourtant, je ne suis pas rassurée pour autant. La façon qu'a eu Jacob de surgir comme ça, de nulle part, me trouble également.
Je me tourne rageusement sous la couette. J'en ai assez de me poser autant de questions, d'être toujours en train de me demander pourquoi il agit de cette façon plutôt que d'une autre. Il faut vraiment que je me calme avant de faire une crise de nerfs.
Je tâche alors de vider mon esprit, de relâcher la pression dans tous mes muscles. Après ce qui me parait une éternité, mes paupières commencent enfin à s'alourdir, et je glisse dans les bras de Morphée.
Les jours suivants me paraissent bien longs. Dès le lendemain de mon « accident », je me haïs déjà d'avoir fait ça. Les lycéens me regardent tous d'un œil attentif. Comme si mon arrivée au mois de janvier n'a pas fait assez de grabuge comme ça. Il faut que je me fasse encore remarquer. Quelques filles viennent me remercier. Khrsitie finit par m'expliquer qu'elles sont contentes, parce qu'après ça, le projet d'aller courir dans la forêt a été annulé pour les autres classes. Elle-même, ainsi que Julie et Mercy, sont ravis. La plupart des garçons font eux la moue, surtout ceux qui ont lancé l'idée. Un mal pour un bien, comme on dit.
Au bout d'une journée, j'en ai déjà assez de devoir me déplacer avec ces béquilles. Jacob jubile de mon agacement. Je l'adore, vraiment, mais quand il me fait ce sourire sarcastique et amusé dont il a le secret, j'ai une violente envie de le frapper, ce qui n'est pas très pratique avec des béquilles. Il a d'abord paru inquiet le premier matin, s'inquiétant de mes nausées, mais je me sens en pleine forme, et son inquiétude laisse vite place à l'amusement. Je sens bien que les prochaines deux semaines vont être longues. J'ai hâte de pouvoir marcher toute seule. En plus, je ne peux pas porter mon sac. Je suis obligée de déléguer la tâche à Jacob la plupart du temps, et aux autres lorsqu'il n'est pas avec moi, ce qui devient de plus en plus rare.
C'est certainement à cause de ma blessure, mais Jacob ne me quitte plus d'une semelle. Il est devenu comme mon ombre, ce qui n'est pas pour me déplaire. Il n'est désormais plus question que je vienne par mes propres moyens au lycée. Il passe me prendre tous les matins, il me rejoint à toutes les récréations, alors qu'avant, il lui arrivait de me prévenir qu'il restait avec Embry, Quil, Seth et Dan, ses principales fréquentations.
Le regard de Dan me met toujours autant mal à l'aise. Comme je le pensais, il reste désormais tout le temps avec les Quileute les plus musclés. J'ai d'ailleurs surpris plusieurs fois le regard attristé d'une des filles Quileute d'une autre table, qui n'arrête pas de se retourner dans leur direction, comme si elle cherchait à capter l'attention de Dan. Ils s'échangent parfois un sourire, mais Dan ne va jamais déjeuner avec elle. Cette brusque séparation ne manque pas d'attiser encore plus ma curiosité. Je bouille intérieurement de ne pas comprendre l'étrange comportement des Quileute, et surtout la brusque transformation de Dan.
De plus, je rêve quasiment toutes les nuits de ma course dans la forêt. Parfois, le rêve que je faisais il y a quelques temps revient également, et je ne peux désormais plus voir le visage du Quileute qui s'approche dans l'obscurité. Après le début de ma relation avec Jacob, j'avais enfin pu apercevoir son visage, me rendre compte que c'était bien Jake, qui me faisait un sourire rassurant. Les cris avaient disparu, et la forêt semblait bien plus accueillante. Mais depuis ma petite mésaventure dans la forêt, de nouveau la forêt m'apparaît sombre et terrifiante. Je vois toujours ce Quileute avancer vers moi, d'une lenteur exagérée, et je ne suis plus sure que ce soit Jacob. Les cris ont repris, des hurlements à vous glacer le sang.
Ces mauvais rêves vont me rendre folle. Je me réveille plusieurs fois dans la nuit, en général avec John ou Mary à mon chevet. Je vois bien qu'ils s'inquiètent pour moi. J'ai beau leur dire que c'est une simple passade, ils semblent chaque matin un peu plus anxieux, me demandant comment j'ai dormi. Je ne suis pas en mesure de m'expliquer à moi-même d'où me vient cette agitation. Je ne sais pas si c'était dû à mon accident, ou plus généralement au trouble que je ressens envers les Quileute. Tous les sois, je dois lutter pour chasser mes mauvaises pensées. Je me fais des idées, je deviens complètement parano. Leur étrange comportement, les cachotteries de Jacob, la réaction de mon père à leur propos, toutes ces interrogations tournent en boucle dans mon esprit, menaçant parfois de déborder.
Devant Jacob, j'essaie toujours de faire bonne figure. Ce n'est qu'au bout d'une semaine après le début de mes cauchemars qu'il commence à me regarder d'un air anxieux. Il me demande à plusieurs reprises si je vais bien. Je me lève le matin avec des poches sous les yeux que j'essaie de cacher le mieux possible, mais il n'est pas dupe, il voit bien que je suis fatiguée. Je lui dis simplement que j'ai un peu de mal à dormir en ce moment, tout en restant évasive.
Enfin, le temps n'améliore pas non plus mon humeur. La neige a fondu, laissant désormais place à une grisaille constante. Il pleuviote tous les jours, et le soleil ne montre jamais le bout de son nez. Finalement, je préfère encore le manteau neigeux à ce brouillard et cette humidité constante. Je suis obligée d'enfiler un coupe-vent tous les matins, fini les bonnets et les gants, désormais je me balade avec une capuche sur la tête. J'ai vraiment hâte que ce mois de mars se termine, espérant que le mois d'avril sera plus clément.
Jacob arrête la voiture sur une place du parking du lycée. Pour une fois nous arrivons juste avant la sonnerie. J'ouvre la portière et Jacob me tend mes béquilles qui sont restées sur la banquette arrière.
-Je ne supporte plus ces trucs, je marmonne en m'appuyant dessus pour descendre de la voiture.
-Plus que quelques jours et tu seras tranquille, me tranquillise-t-il en sortant de la voiture, avec son sac sur une épaule et le mien sur l'autre épaule.
Facile à dire. Je fais le tour de la voiture en faisant attention à ne pas m'embroncher les pieds, comme d'habitude.
-Tu as l'air de mauvaise humeur ce matin, remarque Jacob en s'adossant contre la voiture. Comme souvent ces derniers temps.
Je lui glisse un regard surpris.
-C'est un reproche ?
-Non, je suis juste inquiet. Tu dors toujours aussi mal ?
Je détourne la tête. Je n'ai pas envie de lui raconter mes rêves. Encore une fois, j'ai passé la nuit à me tourner et à me retourner dans mon sommeil. Je me lève encore plus fatiguée qu'au moment de me coucher.
-Tu sais, tu peux m'en parler, Bella.
-Je sais. Mais il n'y a pas de raisons de s'inquiéter, ça va passer.
-Je ne comprends pas pourquoi tu refuses de m'en parler.
-Et moi je ne comprends pas pourquoi tu me mens tout le temps, je rétorque, acerbe. Bon, on y va ?
-De quoi tu parles, Bella ?
Je me tourne vers lui d'un air agacé.
-Tu le sais très bien. Pourquoi tu ne me dis pas pour quel raison tu sèches les cours de sport, qu'est-ce qui est arrivé à Dan, aussi, et surtout, comment tu as fait pour me retrouver au milieu de la forêt, et pour apparaître comme ça, sans faire de bruit ! Il y a des tas de choses, Jacob. Pourquoi également tu as voulu me garder autant éloignée de toi, prétextant que j'étais en danger près de toi, pourquoi tu as refusé de m'embrasser pendant si longtemps. La liste est longue.
Jacob me scrute d'un air impassible, mais je devine ses muscles tendus.
-Mais je sais, tu ne veux pas en parler, et c'est moi qui passe pour une folle. Allons-y, ça va bientôt sonner.
Sans vérifier qu'il me suit, je me dirige rapidement vers le lycée, les dents serrées. Ou du moins, le plus rapidement possible que me le permettent ces béquilles. J'espère faire réfléchir Jacob, même si je n'avais pas pensé lui parler de cette façon. Je suis au bord de la crise de nerfs. Je remarque Khristie qui me fait des grands signes. Elle doit sûrement attendre Marc. Je lui retourne son sourire d'un air un peu forcé tout en traversant le parking dans le but d'aller la saluer.
-Bella, attends, m'arrête Jacob.
-Quoi ?
-Je suis désolé.
-Arrête d'être désolé. C'est bon, j'ai dit que je ne t'en demanderai pas plus.
Silencieux, Jacob me suit. Alors que nous traversons l'allée principale du parking, j'entends soudain un crissement de pneus. Je tourne la tête et vois une camionnette arriver. A son bord, Marc semble paniqué, le visage figé par l'horreur. Je l'entends serrer la pédale de frein, mais la voiture glisse sur la route mouillée. Sans que quiconque n'ait le temps de réagir, la voiture quitte sa trajectoire. Jacob et moi venons d'atteindre l'autre bout du parking, ce qui ne l'empêche pas de me pousser légèrement derrière lui lorsque la voiture fait une embardée en continuant sa route. Je sursaute violemment et évite au dernier moment un bond en arrière qui m'aurait fait perdre l'équilibre. La camionnette se dirige vers nous, et vient s'encastrer dans la voiture garée juste à côté de nous. J'entends un affreux bruit de tôle cassée. L'aile du conducteur est rentrée dans celle de l'autre voiture.
En quelques secondes une grande agitation règne autour de nous. Je remarque alors que Jacob me tenait par le bras, et que j'ai laissé tomber mes béquilles. J'entends un gémissement qui provenait de la voiture accidentée.
-Marc ! je m'exclame.
Jacob me lâche alors le bras et s'élance sur la voiture. J'ai le regard rivé vers l'attroupement qui s'est réuni autour de la voiture de Marc.
-Ma jambe ! s'exclame Marc depuis la voiture. Je suis coincé!
J'entends Khristie pousser des petits cris inquiets. Elle s'est précipité sur la voiture et ouvre la porte passager.
-Sa portière s'est enfoncée dans l'autre voiture, il n'arrive pas à sortir sa jambe, balbutie-t-elle.
Marc continue à gémir. Je vois soudain Embry débarquer, accompagné de Dan et d'un autre Quileute nommé Jared.
-Il faut le sortir de là, il y a trop de pression sur sa jambe, lance Jacob en se précipitant sur la voiture dans laquelle s'est encastrée la camionnette tandis que Embry passe la tête dans la voiture pour parler à Marc. Le propriétaire de l'autre voiture est là ?
Un garçon le héle.
-Donne moi les clés.
Jacob les rattrape au passage et monte dans la voiture pour l'écarter. J'entends de nouveau Marc gémir. Je remarque alors que quelqu'un me tend mes béquilles. Bradley. Il me regarde d'un air inquiet.
-Ca va ?
-Oui, bien sûr.
-Tu étais juste à côté, dit-il.
-J'ai juste perdu mes béquilles à cause de la surprise. Merci, je lui dis en les récupérant.
Je m'approche alors de la camionnette, talonnée par Brad, alors que Jacob démarre au quart de tour l'autre voiture et la fait reculer. Embry fait alors le tour de la camionnette. La portière est complètement emboutie, et Marc essaie en vain de la débloquer pour l'ouvrir.
-Laisse-moi faire, lui dit Embry en attrapant la poignée.
Il n'exerce qu'une seule pression sur la portière, et celle-ci s'ouvre très facilement. Embry n'a même pas froncé les sourcils sous l'effort. La suite me fait écarquiller les yeux. Marc est en train de batailler avec sa ceinture de sécurité qui s'est bloquée durant le choc. Embry plonge la main dans l'habitacle et arrache la ceinture de sécurité qui retient Marc. Il n'a même pas cillé, il l'a juste déchirée comme si c'était un simple morceau de papier. Je jette un coup d'œil à l'attroupement autour de nous, et à Brad, mais personne n'y a fait attention, ils sont déjà en train de se tourner vers la route, les sirènes des ambulances résonnant. Je me tourne de nouveau vers Embry, qui parle à Marc et essaie de le rassurer. Celui-ci semble en mauvais état, il a le visage en sang, et grimace, la jambe en sang également. Je croie alors le regard de Dan, qui semble m'observer depuis l'autre côté de la voiture. Apparemment, lui a bien suivi mon regard. Et a la tête qu'il fait, il semble bien regretter que j'ai vu Embry arracher la ceinture aussi facilement. J'en suis certaine, n'importe quelle personne normalement constituée n'aurait pas pu ouvrir la portière aussi facilement ni délivrer Marc sans broncher.
-Bella ?
Je lâche soudain le regard de Dan et me tourne vers Jacob, qui est en train de me rejoindre.
-Ça va ? demande-t-il en fronçant les sourcils. Tu es toute pâle.
-Comment il a fait ça ?
-Fait quoi ?
-Il a arraché la ceinture, je dis d'un ton calme.
Jacob paraît surpris, mais je ne vais pas me faire avoir, pas cette fois.
-La ceinture était coincée, Embry l'a arraché comme si de rien n'était ! je m'emporte.
-Elle ne devait pas être si coincée que ça, dit-il, comme si ça n'avait aucune importance.
Je m'apprête à répliquer mais l'ambulance déboule alors sur le parking, laissant sortir trois pompiers qui se précipitent vers Marc. La suite se passe dans une ambiance embrouillée. L'ambulance disparait rapidement, embarquant à son bord Marc, ainsi que Khristie, morte d'inquiétude. Les professeurs sortent ensuite un à un du lycée, venant chercher leur classe, nous demandant de rejoindre nos salles de classe. Il faut une bonne demi-heure et l'intervention du proviseur pour que les lycéens finissent par se calmer et par entrer dans les bâtiments. Je suis de mon côté inquiète pour Marc, et mes pensées vont vers Khristie, qui doit être dans un sale état.
Je ne suis pas non plus au mieux. Jacob parait inquiet toute la journée, mais je refuse de lui confier mes tourments. L'image de Embry arrachant la ceinture ne me quitte plus. C'est certainement très idiot, de faire une fixation sur ce genre de « détail » comme dirait Jacob pour minimiser l'importance de ce fait, et pourtant, cette pensée ne me quitte plus. L'ensemble des interrogations que je me suis toujours posé sur les Quileute et surtout sur la bande de Jacob, Paul et Embry reviennent sans cesse. J'ai beau essayer de les ranger dans un compartiment de mon cerveau, je n'arrive pas à le fermer à clé.
Je passe la journée dans une espèce de brume, où le reste du monde ne m'atteint plus. Heureusement, mes amis prennent mon comportement pour de l'inquiétude envers Marc. Ils essaient de me réconforter toute la journée, m'assurant que Marc ira bien. Je leur fais des sourires forcés, essaie de participer aux discussions, mais je sens bien que mon esprit n'est plus là. Pour éviter de réfléchir à tous ces « détails », je vide mes pensées, essayant de laisser vagabonder mes réflexions, et dès que le mot « Quileute » arrive à la la lisière de mes pensées, je reviens à la réalité, reprenant le fil du cours ou le fil de la discussion.
A la fin des cours, Jacob me propose de m'emmener jusqu'à l'hôpital, pour que je vois par moi-même que Marc va bien. Son front est barré d'un pli soucieux depuis de nombreuses heures. Une fois dans la voiture, je remarque qu'il me jetait des coups d'œil à la dérobade.
-Je suis étonné que tu sois autant… inquiète pour ton ami.
Je mets un moment avant d'ouvrir la bouche :
-J'étais juste à côté, j'ai eu peur, c'est tout. Et c'est aussi pour Khristie que je suis inquiète. Elle a dû être morte de trouille.
Après un moment de perplexité, Jacob finit par hocher doucement la tête, et reste silencieux le reste du trajet.
Khristie revient le lendemain en cours. Elle semble en meilleure forme. J'ai vu Marc la veille, il n'est pas si mal en point que ça. Il a même fait de l'humour, avec ses blagues débiles, ce qui veut dire qu'il se sent plutôt bien finalement, même s'il va quand même devoir passer plusieurs jours à l'hôpital, et qu'il a la jambe fracturée.
-Tu vois, j'avais envie de te rejoindre en béquilles ! a-t-il plaisanté.
Plutôt sportif, il va avoir dû mal à rester inactif pendant plusieurs semaines. Pour ma part, il ne me reste plus que deux jours avant de pouvoir remarcher sans les béquilles. Je n'ai pas totalement suivi les recommandations de Mary. Souvent, quand elle n'est pas dans les parages, je marche sans, en évitant de trop poser mon pied, ma cheville me faisant toujours un peu souffrir.
Je passe cette dernière journée de la semaine la tête dans les nuages, épuisée. J'ai hâte d'être à la fin de la journée, pour me retrouver tranquille pendant deux jours. Lundi, je reviendrai au lycée sans mes béquilles, ce qui dissuadera bien les gens de me jeter des coups d'œil à chaque fois qu'ils me croiseront. Et je vais également en profiter pour faire la grasse matinée, pour rattraper toutes ces heures de sommeil perdue. A mes cauchemars s'est ajouté le souvenir d'Embry arrachant la portière et la ceinture, ainsi que le visage de Dan, et celui de Paul, quand il m'a parlé aussi froidement. Je me suis réveillée plusieurs fois, en sueur et haletante, ayant enchaîné tous les cauchemars. J'ai finalement renoncé à dormir, et je suis partie prendre une douche à 5h du matin. Mary m'a jeté des coups d'œil inquiets au petit déjeuner.
-Tu fais toujours ces cauchemars ? m'a-elle demandé.
J'ai hoché la tête, puis ai tenté de l'apaiser en lui disant que c'était dû à la fatigue, et que le week-end me ferait du bien. Même si ce manège dure depuis maintenant quasiment deux semaines, je ne veux pas l'inquiéter davantage. Le souvenir de ma course dans la forêt est toujours aussi présent. J'ai l'impression de devenir folle. J'ai besoin de décompresser, et je comptais bien profiter du week-end pour m'aérer l'esprit. Surtout qu'ils annoncent un temps magnifique.
-Dommage que j'ai toujours ces béquilles, on aurait pu aller se balader, ce week-end, je dis à Jake pendant la pause du déjeuner.
-Même si tu ne les avais plus, tu devrais éviter les efforts pendant encore quelques temps.
-C'est vrai. Tu as des choses prévues ce week-end ?
-Dimanche, oui, sinon, je suis libre.
Cette idée me fait sourire.
-C'est l'arrivée du week-end qui te met de bonne humeur ? me demande Jacob.
-Oh oui, je souris. Je sais que ces derniers temps je ne suis pas vraiment amusante, ou même agréable, mais je veux me rattraper !
Je le pense vraiment. Malgré toutes ces questions à propos des membres de la tribu, je ne peux pas passer mon temps à être de mauvais poil.
-Il fait beau demain, normalement, ils annoncent un grand soleil. Tu pourrais venir à la maison, et on s'installerait dans le jardin…
-Quoi, pour bronzer ? me coupe Jacob en s'esclaffant. Je ne suis pas sûr que ta peau en soit capable.
Je fais mine de lui frapper le torse.
-Je ne pense pas non plus que le soleil soit assez fort pour ça, je maugrée. Je me suis juste dit que ça pourrait faire du bien, d'être au soleil…
-Je viendrai, annonce-t-il dans un sourire.
-C'est vrai ?
-Bien sûr. Tu ne peux pas marcher, alors, c'est la meilleure solution pour prendre l'air, et je ne pense pas que tu aies envie de passer l'après-midi à me regarder bricoler ma voiture.
-Oh, tu sais, je ne m'en lasse pas, je souris en l'embrassant. Mais ça changera.
En effet, je passe parfois du temps dans le garage de Jacob, à l'observer les mains dans le cambouis. Mais avec toutes ces pensées néfastes qui m'assaillent continuellement, je n'ai pas vraiment envie de me retrouver à nouveau plongée dans mes réflexions.
J'accueille ce vendredi soir à bras ouverts. Épuisée, je dîne rapidement. John ne peut s'empêcher de me jeter des coups d'œils inquiets, bientôt suivi par sa femme.
-Ça va, Bella ?
Je hoche la tête.
-Je suis fatiguée, je pense que je vais vite aller dormir.
John et Mary échangent un coup d'œil.
-Écoutez, ne vous inquiétez pas pour moi, d'accord ?
-Tu as l'air de vraiment très mal dormir. S'il y avait un problème, tu nous en parlerais ?
Mon petit ami me semble de plus en plus étrange, sa tribu me semble de plus en plus étrange, et je rêve qu'une espèce de bête me poursuit, j'ai envie de répondre. Mais ils m'interneraient.
-Bien sûr que oui. Ce n'est qu'une passade. Mais du coup, je suis vraiment fatiguée, alors je vais essayer de profiter de ce week-end.
-Bon, très bien, acquiesce John, quelque peu rassuré.
-Bonne nuit, je leur souris en me levant. Au fait, Jacob viendra sûrement à la maison demain, ça ne pose pas de problèmes ?
-Pas du tout, sourit Mary. Tu sais, je suis en congé demain.
-Oh, c'est vrai, j'avais complètement oublié ! Il viendra sûrement dans la matinée, juste histoire de passer un peu de temps ensemble.
Mary acquiesce.
-Il pourra rester déjeuner avec nous, s'il veut.
Je souris.
-On verra. A demain !
Je monte vite dans ma chambre. Je prends une rapide douche et me lave les dents rapidement, avant de me glisser sous la couette, éreintée. J'espère mieux dormir cette nuit. La perspective de passer la matinée, ou peut-être même la journée avec Jacob devrait grandement m'aider. Je me concentre sur cette idée, oubliant tout le reste. Je me sens peu à peu tomber les tréfonds du sommeil, un mince sourire aux lèvres.
-Tu sembles de bonne humeur aujourd'hui ! me sourit Jacob quand je viens lui ouvrir la porte le lendemain.
Il ne porte qu'un tee-shirt, et semble rayonnant.
-Ça fait bien longtemps que je n'ai pas aussi bien dormi! Et puis, avec ce soleil, on ne peut que être de bonne humeur !
Jacob se penche sur moi et referme ses lèvres sur les miennes. Je sens mon cœur battre sourdement, mon corps parcouru de frissons. Quand il me relâche, le goût de ses lèvres me manque déjà. Mais Mary arrive déjà derrière nous avec un grand sourire.
-Bonjour Jacob ! Une belle journée qui s'annonce, n'est-ce pas ?
-Bonjour Mary, la salue-t-il. Ça semble oui.
-Bon, on va dehors ? je propose immédiatement, voulant de nouveau me retrouver entre ses bras.
Je ne me suis pas sentie aussi bien depuis des lustres. J'ai dormi comme un bébé. Peut-être est-ce parce que je me suis concentrée sur Jacob, et seulement sur lui, en éliminant toutes les pensées néfastes. Je me refuse à réfléchir aux événements des dernières semaines. Pas aujourd'hui.
-Je ne vous dérange pas plus longtemps, rigole Mary en s'éloignant dans le salon.
Je prends la main de Jacob et le pousse dehors en boitillant.
-Tu n'as pas tes béquilles ?
Je secoue la tête en refermant la porte derrière nous.
-J'arrive bien à marcher, je ne les mets pas dans la maison, c'est pas pratique. Mais du coup, je boîte un peu, pour éviter de trop poser mon pied.
-Ça fait du bien de te voir enfin bien droite, sourit-il.
Je lui rends son sourire, et, sans lui lâcher la main, je l'entraîne dans le jardin, à l'écart des fenêtres de la maison, sur la pelouse devenue bien verte avec cette pluie. Jacob s'efforce de marcher doucement pour ne pas me presser. Je n'ai quasiment plus mal à la cheville. Ou alors, je me suis habituée à la douleur.
-D'ici, ils ne pourront pas nous espionner, je dis fièrement en lui désignant le carré d'herbe.
-On s'installe là ?
Son sourire s'élargit et il se laisse tomber dans l'herbe. J'ai un peu plus de mal à m'asseoir, essayant de garder la cheville levée. Comme à mon habitude, je faillis me casser la figure, mais Jacob me réceptionne sans mal, m'emprisonnant tout de suite entre ses bras, ce qui me fait partir d'un éclat de rire.
-Ça fait tellement du bien, ce soleil. C'est revigorant, je murmure en me blottissant contre lui.
-Ça te fait penser à Phoenix ?
Je hoche la tête.
-Oui, mais il fait quand même moins chaud. Parfois, c'est écrasant, là-bas.
-Je suis content de te voir sourire comme ça.
Je me tourne vers lui. Il semble inquiet.
-Quoi, je suis si désagréable que ça en ce moment ?
-Non, simplement, je vois bien que souvent tes sourires étaient forcés. Aujourd'hui, c'est naturel.
-Tu lis tellement bien en moi.
-Crois-moi, ce n'est pas aussi simple que ça en l'air, rigole-t-il.
-Je suis désolée pour… mon comportement. Je… je ne sais pas trop, je me suis posée pleins de questions, et ça m'a un peu mis à cran.
-Quelles questions ?
-Tu le sais, Jacob. Mais je n'ai pas envie d'en parler, pas aujourd'hui. Je veux qu'on passe une bonne journée. Tu veux bien faire ça pour moi ?
Jacob acquiesce d'un air pensif.
-On en discutera plus tard, dans ce cas.
Cette déclaration me réjouit autant qu'elle me fait peur. Il faut qu'on en parle, c'est certain. Mais je ne vois pas où cette conversation va nous mener. Il y a tellement de détails qui me perturbent ! J'ai bien envie de voir comment réagira Jacob, et s'il acceptera enfin de me parler, sans éluder mes questions et sans faire comme si ce n'est pas important.
Je chasse mes pensées et m'oblige à me concentrer sur le soleil, qui me réchauffe. Ou alors ce sont les bras de Jacob. Je ne pourrai pas dire lequel des deux est le plus chaud. Je garde un instant les yeux fermés, appuyée contre son torse.
-Tu es tellement belle, murmure-t-il soudain.
Surprise, je rouvre les yeux et tourne la tête vers lui. Il me regarde d'un air serein, semblant étudier tous les traits de mon visage, ce qui me déstabilise. J'ai du mal à supporter son regard si perçant et si tendre à la fois. Je sens que je ne vais pas tarder à rougir. Je n'ai qu'une seule envie, là, tout de suite : poser mes lèvres sur les siennes et le prendre dans mes bras. J'approche alors mon visage du sien, soudain brûlante de désir. Il doit remarquer mon air si sérieux soudain, car il se penche à son tour vers moi. Mes lèvres se referment sur les siennes. Je ferme les yeux et Jacob me rend mon baiser. Il entoure mon corps de ses bras, m'emprisonnant, ses mains dans mon dos. J'entrouvre les lèvres pour approfondir notre baiser. Je passe ma main dans ses cheveux, savourant la saveur de ses lèvres et le ballet de nos langues entremêlées. Le cœur battant à tout rompre, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'entre ses bras. Je sens une des mains de Jake remonter jusqu'à ma nuque et me presser contre lui. Nos lèvres s'écartent légèrement.
-Bella… murmure Jacob en posant son front contre le mien, d'une voix si sensuelle qu'elle me fait frissonner.
Je ne le laisse pas reprendre la parole et capture de nouveau ses lèvres. Je ne veux plus le relâcher, plus jamais. J'ai besoin de sentir son corps contre le mien. Le corps tremblant, je pousse Jacob, qui s'allonge sur l'herbe, m'entraînant avec lui, nos langues dansant toujours ensemble, comme si elles ne pouvaient plus se séparer. Le désir s'empare totalement de moi, je ne peux plus m'arrêter. En cet instant, rien ne m'importe plus que son corps, sa bouche, ses lèvres. J'ai envie de parcourir la moindre parcelle de son corps, d'en découvrir tous les recoins.
Une légère brise nous enveloppe alors, et la réalité me revient en tête. J'analyse alors enfin la situation. Nous sommes à la maison, dans le jardin, sur la pelouse, mon oncle et ma tante peuvent surgir à tout instant, ou une voiture peut passer dans la rue, même si c'est relativement rare. Je m'oblige alors à écarter mes lèvres, et à calmer les battements désordonnés de mon cœur. J'essaie de refréner ce désir ardent qui me fait rougir de plaisir. Jacob sent que je tente de m'écarter, car la pression de ses bras se fait plus douce. Je parviens enfin à écarter mon visage, et pose mon front contre le sien, comme il l'a fait quelques instants plus tôt.
-Jacob…
Il va reprendre mes lèvres, mais je m'écarte légèrement avec un sourire.
-Il y a mon oncle et ma tante juste à côté, je le préviens.
Les yeux brillants, il sourit à son tour et caresse ma joue de sa main.
-Tu as raison. Ce n'est pas correct.
Il se redresse alors, m'emportant avec lui, et se remet en position assise alors que je m'affale contre lui, perdant l'équilibre. Je pose mes mains sur son torse et parviens enfin à me reculer et à me rasseoir à côté de lui, un grand sourire aux lèvres.
-J'adore quand tu m'embrasses, Bella, dit-il doucement en posant ses mains derrière lui, dans l'herbe, et en tendant ses bras pour se tenir dessus.
Les genoux ramenés contre ma poitrine, je pose ma tête contre son épaule.
-Moi aussi… je murmure à mon tour.
-Je t'aime, Bella. Si tu savais à quel point.
Je m'écarte de nouveau et me tourne vers lui, plongeant mes yeux dans les siens.
-A quel point ? je demande timidement.
-Au point que tu m'es devenu indispensable, Bella. Quand tu n'es pas là, je ne me sens pas moi-même. Je ne me sens pas entier.
Il retire une de ses mains de l'herbe et vient la poser contre ma joue, en écartant une mèche de mes cheveux.
-Je ne pourrais même pas t'expliquer à quel point tu es importante à mes yeux.
Je me sens rougir et baissai les yeux.
-Toi aussi, Jacob. Je me demande même comment j'ai réussi à vivre pendant toutes ces années, sans te connaître.
Jacob laisse échapper un léger rire et redresse ma tête en posant sa main sous mon menton.
-Je me pose exactement la même question. Cet… Cet amour que je ressens envers toi… il ne devrait pas être si puissant.
-Pourquoi ? je demande, surprise.
Jacob secoue la tête.
-Ça me fait parfois peur, c'est tout. Promets moi que tu ne me laisseras pas, Bella…
-Pourquoi je ferais ça ? Je n'en ai pas l'intention ! je rétorque. Jamais…
Il sourit, mais malgré son sourire, je devine un autre sentiment dans ses yeux. De… la tristesse ? De la peur ? Il semble… désemparé.
-C'est ce que tu dis maintenant. Je me demande ce qu'il en sera quand…
Il ne termine pas sa phrase.
-Quand quoi ?
Il ne répond pas. Je suis sur le point de m'énerver, de lui demander de m'expliquer de quoi il veut parler, mais je remarque alors que ses yeux sont pleins de larmes qu'il essaie de retenir. Décontenancée, je pose à mon tour une main sur sa joue.
-Je ne te laisserai pas, Jake. Quoi qu'il arrive. Je ne sais pas ce qui pourrait se passer de si grave, mais jamais, tu m'entends, jamais je ne partirai.
Il sourit tristement.
-J'aimerais tellement que ce soit vrai… murmure-t-il, comme pour lui-même, mais je l'entends très bien.
Je ne l'ai jamais vu aussi triste. Je ne supporte pas de voir son visage aussi éteint, comme s'il était face à une fatalité, et qu'il ne pouvait rien y faire. Son comportement, son expression me troublent. Il se redresse, ne se reposant plus sur ses mains. Pour le réconforter, je me blottis alors contre lui. Il entoure mon corps de ses bras, et pose son menton sur mon épaule.
-Je m'en fiche de ce que tu penses, Jacob. Je ne te laisserai jamais. J'en serais bien incapable.
-D'accord, souffle-t-il en posant ses lèvres dans mon cou. Je te le promets moi aussi. Je ne te laisserai jamais, Bella. Quoiqu'il arrive, ajoute-t-il d'un air sombre.
Je frissonne. Je ne sais pas au diable de quoi il veut parler, ce qui lui fait si peur, mais je sens que ça se rapproche. Depuis le début, Jacob semble si… troublé par notre relation, il ne me lâche plus d'une semelle, comme s'il craint que je lui glisse entre les doigts, que je disparaisse en un battement de cil. Je voudrais l'interroger, essayer d'en savoir plus, essayer de comprendre, mais nous avons promis de passer une bonne matinée, de ne pas nous prendre la tête. Alors, je ravale mon angoisse, et me coule un peu plus entre ses bras.
-Je t'aime… je murmure, la chaleur de ses bras détendant mes muscles crispés par l'angoisse.
Le soleil me pique les yeux, je suis obligée de froncer les sourcils. Je suis toujours entre les bras de Jacob, mais nous sommes allongés dans l'herbe. Est-ce que… je me suis endormie ? Je me redresse soudainement, et me tourne vers l'herbe. Jacob a les yeux fermés. Je l'observe un instant, attendrie.
Puis un sourire fend son visage, et il ouvre les yeux.
-Alors, la Belle au Bois dormant s'est enfin réveillée ?
-Tu ne dormais pas ?
-Non, rit-il. Mais tu avais l'air de bien m'aimer comme oreiller, alors, je n'ai pas bougé. Tu comptes vraiment t'endormir à chaque fois que je te prends dans mes bras ?
Je rigole légèrement.
-C'est juste que je me sens si bien dans tes bras, justement. Et puis, j'ai quelques nuits à rattraper.
Son sourire disparaît et il se redresse.
-Tu dors si mal que ça ?
-Eh bien, aujourd'hui, j'ai dormi comme un bébé, si ça peut te rassurer. La perspective de te voir aujourd'hui a du aider, puis d'être dans tes bras…
-Sérieusement, Bella…
-Je fais des cauchemars, je réponds.
-C'est ce que je pensais, acquiesce-t-il d'un air sombre. Pourquoi tu ne m'en parles pas ? Tu me dis que tu dors mal, mais faire des cauchemars et avoir du mal à dormir, c'est différent.
-Je ne me souviens pas de mes rêves, je mens. A quoi bon t'en parler puisque je ne m'en souviens pas ? Je me réveille en pleine nuit, terrorisée, puis j'ai du mal à me rendormir, c'est tout.
Je ne peux tout simplement pas lui dire que je rêve des Quileute, dans la forêt, avec tous ces hurlements, et cette bête qui me coure après. Jake me jauge un long moment, semblant peser le pour et le contre, pour savoir si je lui mens ou non.
-Tu en es sûr ? finit-il par demander en fronçant les sourcils.
Est-ce que je suis si nulle que ça pour lui mentir ?
-Oui, j'affirme, avec une pointe de tremblement dans ma voix.
Je comprends alors qu'il sait que je mens. Il se pince les lèvres d'un air désapprobateur.
-Très bien. Quand tu voudras m'en parler, n'hésite pas, dit-il d'un ton plus doux.
Je le remercie d'un regard, et Jacob tourne la tête vers la maison.
-Alors, vous avez fini votre petite sieste ?
Je sursaute en reconnaissant Mary qui arrive de derrière la maison.
-Il est bientôt midi, je vous signale.
-Déjà ? je m'exclame en me relevant.
-Il faudrait peut-être que je vous laisse en famille, dit Jacob qui s'est également levé.
-Reste déjeuner avec nous, propose Mary.
-Oh, je ne veux pas abuser de…
-Tu n'abuses de rien du tout, je le coupe avec un sourire.
-C'est vrai, tu ne déranges pas, acquiesce Mary. Ta compagnie semble agréable, ajoute-t-elle en me coulant un regard amusé.
Jacob n'hésite que quelques secondes.
-Très bien, mais à une condition !
-Je t'écoute, sourit Mary.
-C'est Bella et moi qui nous occupons du repas, lâche-t-il.
Je lève un sourcil.
-Ah oui ? Tu veux jouer à ça ?
Le visage de Jacob se fend d'un sourire.
-Très bien, on a un deal, rigole Mary. Dans ce cas, John et moi allons faire un petit tour, si ça ne vous dérange pas. Tu m'appelles quand vous avez terminé, me dit-elle avant de s'éloigner.
NA: Voici le prochain chapitre, encore plutôt riche en questionnements pour notre Bella, qui commence sérieusement à trouver les Quileute pas vraiment ordinaires! J'espère que ce chapitre vous a plu, avec la petite scène avec Jacob à la fin ;)
Merci encore à tous ceux qui prennent le temps de lire cette histoire et de la commenter, à chaque fois que je découvre vos reviews, ça me donne envie de poster un nouveau chapitre pour vous remercier ;) A la semaine prochaine, je posterai sûrement mardi ou mercredi, puis dimanche pour reprendre le rythme !
Réponses aux reviews précédentes:
Chapitre 1:
-Mimi: Merci pour ta review, je ne m'attendais pas à un commentaire sur le premier chapitre maintenant :) J'espère que la suite t'a plu, si jamais tu es arrivée jusqu'à ce chapitre ! N'hésite pas à me dire ce que tu as pensé des autres chapitres, les avis des lecteurs sont importants :) A bientôt j'espère!
Chapitre 9:
-b:Coucou, merci pour ta review! Pour Charlie, si je peux te donner une explication, il n'est pas vraiment au courant pour les Quileute, sa colère a d'autres origines que tu découvriras bientôt ! Pour ta réponse sur les vampires, en effet, même si l'histoire n'est pas axé sur eux, on parlera d'eux, plutôt dans ce que j'appelle la deuxième partie de l'histoire, une fois que Bella aura compris que les Quileute ne sont pas vraiment normaux! Ils seront un moyen de faire avancer l'histoire, je ne t'en dis pas plus :) Bonnes vacances à toi aussi si tu en as, à bientôt ! :)
-Berenice: Merci pour ta review, je suis contente que tu n'ais pas été déçu par ce chapitre, j'avais plutôt peur avec le passage dans la forêt de ne pas l'avoir bien écrit, j'ai mis du temps à le créer ce passage, je voulais pas faire trop nian nian, mais je voulais que ce soit réaliste quand même! Pour répondre à ta question, ce n'est pas un vampire :) A bientôt, en espérant que tu as aimé la suite. Ce chapitre 10 est assez sombre je trouve, j'ai essayé de l'alléger à la fin avec cette petite scène entre Jacob et Bella !
