Bonjour tout le monde!
Après un tel délai, je vous raconte enfin la dixième partie de l'histoire d'Even! Excusez-moi mais avec les cours, les activités... Je peine à trouver du temps pour écrire :/
Encore des remerciements, toujours les mêmes, pour ma correctrice Peetniss et mon polonais favori Aidan-D! Jetez un coup d'oeil à leurs histoires ;)
Bonne lecture et puisse le sort vous être favorable!
L'ambiance est plus glaciale que jamais en cette matinée de troisième jour d'entraînement.
-Que comptez-vous faire comme présentation individuelle ?, nous demande Joyce.
-Je pense à du corps à corps et de l'épée, répond Blain.
-Je t'aurai ça, dit Joyce. Even ?
-Fais ton boulot, mets-moi quelques armes et je me débrouillerai, je lui réponds un peu trop agressivement, sans lui décocher un seul regard.
Je mange puis retourne directement dans ma chambre sans avoir pris la peine d'adresser un autre mot à quelqu'un. Puis j'attends l'heure de descendre au sous-sol, presque impatiemment. J'ai hâte de quitter cet appartement, ce silence et ma sœur. Surtout cette dernière.
Je déboule donc en dehors de la chambre dès que Suhi frappe à la porte. Ma brusquerie l'a faite sursauter et échapper un petit cri de cochon d'inde. Blain sort tout aussi rapidement de sa chambre, peut-être parce que je lui ai crié de se dépêcher s'il ne voulait pas que je défonce sa porte de la force de mes petites mains. Je pense que cette menace est le premier mot prononcé par une tiers-personne logeant dans cet étage autre que les quelques phrases au déjeuner.
Nous prenons l'ascenseur. Je m'adosse à la paroi de verre en respirant calmement. Je déteste ce moyen de transport : je préférerai encore courir un marathon d'escaliers. J'ai beau voir l'extérieur grâce au matériel utilisé, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine angoisse. Je refuse d'admettre que ce soit une potentielle claustrophobie : ce n'est pas mon genre après tout. Je soupire profondément quand nous regagnons la terre ferme et que je me précipite à l'extérieur, pas trop vite pour ne pas trahir l'inquiétude croissante qui m'envahit peu à peu dans ces parois de verre, ce milieu si restreint et fermé. De toute façon, je n'ai pas à m'inquiéter : plus on me croit faible, mieux ce sera. Il ne me reste plus que deux jours à tenir avec cette stratégie.
Je me dirige vers un stand alors que la réalité m'apparaît brusquement, comme l'on sort la tête de l'eau : dans deux jours, je serai dans l'arène. Quelques quarante-huit heures. Je n'écoute pas le moniteur m'expliquer la méthode pour allumer un feu, tellement la pensée de ce qui m'attend me distrait. Quarante-huit heures, bon sang. Mon temps est compté, seconde par seconde, comme sur une horloge ou une de ces minuteries de cuisine. J'exécute les consignes sans m'y appliquer, de toute façon, il faut être sacrément bête voir suicidaire pour allumer un feu dans l'arène et ainsi signaler votre position à tout le monde.
J'observe du coin de l'œil les autres tributs. Comme les deux jours précédents, les carrières montrent tous leurs talents, d'autres semblent former de petits groupes et certains restent dans leurs coins. Un de ceux isolés attire mon attention plus particulièrement. Je me lève, m'excusant vaguement au moniteur, et me dirige vers la tribut du Six, assise contre un mur, jouant avec le bracelet à son poignet.
-Salut, je lui dis.
Elle lève ses yeux noisettes en amande vers les miens et je remarque que ses lèvres roses forment encore et toujours la même énumération. Il faut que je sache ce que c'est. Je m'assieds à côté d'elle et ramène mes genoux contre ma poitrine.
-Shae, c'est ça ? Je lui demande.
Elle approuve d'un hochement de tête. Sa peau café au lait est lisse, sans aucun défaut. Je ne parle pas et la fixe intensément, essayant d'en découvrir plus sur elle uniquement au travers de mes yeux.
-Onze, dix, onze, onze, quatre, huit, énonce-t-elle encore.
Je tente de retenir ces chiffres, même si ma mémoire n'est pas des plus performantes pour ce type d'énumération ou pour toute chose ressemblant de près ou de loin à des mathématiques.
Je me concentre mais n'arrive pas à suivre, je reprends à sa deuxième énumération, à l'endroit où je m'étais arrêtée.
-Six, sept, cinq, cinq, trois, quatre, neuf, quatre, continue-t-elle.
Les chiffres s'enchaînent, les mêmes se répètent et j'abandonne. J'ai retenu les six premiers, c'est déjà cela. Onze, dix, onze, onze, quatre, huit.
-Pourquoi tu répètes tout le temps ces chiffres ?, je lui demande doucement pour ne pas la brusquer.
Elle hausse légèrement les épaules et j'entends pour la première fois d'autres mots que des chiffres sortir de sa bouche :
-Pour tester.
Je reste sceptique, ne comprenant rien. Tester quoi ? Et pourquoi ces chiffres exactement ?
Cette fille est étrange mais surtout intrigante.
Je reste assise encore un peu à côté d'elle, à l'écouter répéter incessamment ces nombres qui commencent à m'agacer. Les mathématiques ne me manqueront pas, si je viens à mourir, c'est certain.
-Tu as vécu des choses horribles, elle me dit.
Je ne me demande pas comment elle le sait. Une mère assassinée, une sœur survivant à des cauchemars horribles vous réveillant chaque nuit quand ce ne sont pas les vôtres qui le font. Beaucoup de choses m'échappent chez cette fille et je sais que tenter de la comprendre serait vain.
-Comme tout le monde, je réponds alors que la sonne cloche.
Onze, dix, onze, onze, quatre, huit.
Je me les répète mentalement sans m'arrêter à la manière de Shae en allant chercher mon repas. Je ne dois pas les oublier. J'ai une impression les concernant, comme si le fait que la fille du Six les énumère sans cesse avait une importance particulière.
Je mange face à Blain, perdue dans mes pensées encore une fois, à chercher la signification de cette formule. Onze, dix, onze, onze, quatre, huit.
J'émerge de mes songes en clignant plusieurs fois des yeux et je pose une question à mon partenaire de district :
-Tu vas présenter du corps à corps et de l'épée alors ? Malgré ta force de têtard ?
Il lâche un rire moqueur et exagéré avant de me répondre :
-C'est juste parce que je te laisse l'avantage.
Frappé en plein dans le mille, direct dans son cher égo.
-Et toi, tu sais ce que tu vas faire ?, il m'interroge à son tour.
Je sais ce que je vais faire, sans en avoir parlé avec ma sœur. Je n'ai pas besoin d'elle. Je ne peux m'empêcher de sourire en coin, sachant parfaitement que je dois être assez inquiétante, surtout avec le ton de ma voix quand je lui réponds :
-Oh, crois-moi, je vais les éblouir.
Nous patientons dans la salle de réfectoire. Il ne reste plus qu'une poignée de personnes. Les tributs sont appelés séparément, par ordre de district : d'abord le garçon, puis la fille. Autant dire qu'étant la troisième en commençant par la fin, le temps est long. Très long. Surtout pour quelqu'un d'impatient comme moi. Alors je tape du pied discrètement, souffle un peu trop fort. J'hésite à m'en aller, à un moment. Je pourrais retourner à l'étage en semblant paniquée, pour forcer encore un peu le côté fragile de mon personnage. Cependant, je suis assez excitée de faire ce que j'ai prévu. Je vais leur en mettre plein la vue.
-District Onze, Blain Amill, annonce une voix féminine mécanique.
Je l'attrape par le bras et lui murmure à l'oreille :
-Fais mieux que quand je réussis facilement à te battre, c'est un conseil.
-Ne t'inquiète pas, je perds juste parce que je te ménage.
Il m'adresse un clin d'œil et se lève. Je ne le reverrai qu'après. L'ambiance me semble être encore plus tendue dans la salle qu'avant son départ : nous ne sommes plus que trois et je suis la prochaine. Je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine anxiété alors qu'on appelle mon nom quelques minutes plus tard. Je reste quelques secondes sur le banc, sous les regards des deux du district Douze qui se sont arrêtés de parler. J'aimerais me lever d'un bond et me diriger d'un air confiant vers la porte en leur adressant un grand sourire. A la place, je me lève doucement et me dirige lentement vers la sortie en me mordillant mes ongles encore manucurés de la parade.
Je pénètre dans la grande salle et la porte résonne en se fermant derrière moi. Le sol me semble bien plus froid, tout comme les murs et le métal. Peut-être est-ce à cause du regard des juges posés sur moi, là-haut ? Cependant, ceux-ci semblent quelque peu déconcentrés, sûrement par l'alcool qu'ils boivent à foison.
-Even Anthlay, district Onze, je dis d'une petite voix.
Ils m'observent puis regardent autour d'eux : la salle est remplie d'armes, comme je l'avais demandé à ma chère mentor de sœur. J'en entends déjà un étouffer un petit rire d'homme saoul.
Je vais vous impressionner, Mesdames et Messieurs.
J'attrape un arc à flèche, en feintant un tremblement. Je vide ma tête et j'oblige mon instinct de chasseuse à me quitter. Je monte l'arc, ne positionne pas bien mon bras et tire sans réfléchir. Comme prévu, elle arrive bien à côté, la corde ayant raflé violemment mon avant-bras sur le coup. Leurs petits rires ingrats fusent déjà. S'ils savaient ce que je pourrai faire avec cet arc…
Je recommence une nouvelle fois cette action, en tentant de paraître gênée de mes deux échecs cuisants. Je me dirige alors vers les couteaux. Oublie toutes ces fois où tu as réussis ta cible, ta maîtrise et tes tentatives sur Blain. Je lance alors en priant pour que mon subconscient n'ait pas voulu qu'il atterrisse au centre. Comme prévu, le couteau arrive bien à côté et cette fois, les juges se font plaisir et rient à gorge déployée. Je dois tout de même gagner quelques points… Alors je lance le deuxième un peu mieux et il arrive à deux arcs de cercles du centre de la cible. Je tente de paraître étonnée de cette ''réussite''. Je regarde autour de moi et opte pour le javelot. J'en lance un à côté de la cible et les juges soupirent. J'ai soudainement une idée pour le deuxième lancer… Je me prépare et vise un point quelconque du mannequin, autre que le centre. Alors que le javelot part, je pousse un petit cri de douleur en me tenant l'épaule, mimant une blessure, une petite fragilité physique. Je me place alors devant les juges qui sont toujours en train de rire. Ils reprennent leur sérieux quand ils voient la bouille innocente que je tente d'avoir. Puis, mon petit côté rebelle ressort.
-Voilà, je vous ai montré nombre de mes talents … Comme la plupart des enfants envoyés mourir dans ces arènes, ils ne sont guère nombreux ... Merci, Mesdames, Messieurs.
Je leur souris légèrement.
-Je peux ?, je demande poliment en montrant la sortie.
Le haut-juge, Darius Delta, un homme d'apparence commune excepté ses cheveux blonds aux reflets bleu électriques toujours dressés sur son crâne, approuve d'un hochement de tête en signalant la porte d'un mouvement de la main. Alors que je me dirige vers la sortie, j'entends déjà leurs rires nasillards et leurs voix trop fortes de ceux qui ont trop bu. Qu'est-ce que j'aurais aimé leur envoyer une flèche dessus ! Ou simplement les étrangler avec leur vin.
Je prends l'ascenseur, tâche que je déteste toujours autant. J'ai à peine foulé le sol de l'appartement du onzième étage que Suhi et Joyce m'encerclent.
-Oui, j'ai bel et bien fait ce qu'il fallait : rien de convenable. Je ne m'inquiète nullement pour la hauteur des notes, je leur réponds d'une seule voix pour éviter un interrogatoire. Sur ce, j'ai faim.
Mon cher compagnon a parlé de sa force et des impressions des juges pendant tout le repas alors que je me contentais d'esquiver les questions. Je n'ai pas envie de m'attarder sur le sujet : rien que l'idée d'avoir dû montrer une telle infériorité à mon niveau habituel me dégoûte au plus haut point, encore plus que les faux exploits de Blain.
J'attends dans le canapé, face à la grande télé du salon de l'appartement.
Les photos et les scores défilent sur l'écran, comme les commentaires faussement enjoués de César.
District par district, d'abord le garçon, puis la fille : la meilleure façon pour maudire son appartenance. Le district Un reçoit respectivement un onze et un dix. Le Deux reçoit deux onze. Je blêmis à l'idée de leurs capacités incroyables, d'épieux s'enfonçant dans des chairs et de sang coulant sur leurs doigts, leurs regards féroces posés sur mon petit 1,50m.
César annonce un quatre et un huit pour le district Trois. Alors que les scores s'enchaînent, je retiens ceux des Carrières, quelque peu effrayée.
Puis, je fais seulement le lien.
Onze, dix, onze, onze, quatre, huit.
La suite numérique de Shae, celle qu'elle répète sans cesse depuis trois jours.
Cette tribut connaissait nos scores. Etant donné que nos sorts n'ont été joués qu'aujourd'hui, c'est impossible qu'elle ait triché. Alors, soit il s'agit d'un parfait coup de chance et de hasard, soit d'un pouvoir de prémonition. Si ma deuxième hypothèse se vérifie, ce don est très intéressant dans une arène. Elle n'est peut-être pas folle, Shae, juste étrange et surtout utile. Il faut juste que ce petit bijou ne soit pas gâché, d'où la nécessité de sceller une alliance. Et si elle est si medium que cela, elle aura deviné mes capacités et devinera qu'il vaut mieux m'avoir comme protectrice que comme ennemie.
J'émerge de mes songes au moment où le visage de Blain souriant apparaît à l'écran. Il obtient un 7 et en est ravi. Je me moque de lui sans me retenir :
-Sept ? Et à part ça tu les as tous mis sur le cul ? Tu avais peut être oublié de préciser qu'ils étaient déjà assis à la base !?
-On va voir pour toi, miniature !
Mon visage neutre, un peu triste, prend la place de celui du brun à côté de César.
-District Onze, Even Anthlay, annonce le présentateur avec son sourire tiré sur ses traits mandarine.
Il marque une courte pause, prend un air un peu désolé :
-Quatre.
Contrairement à lui, je me lève d'un bond et je pousse un cri.
-Tu es sûre que tu l'as vraiment fait exprès ? Ce n'est pas plutôt la seule note que tes faibles capacités te permettent ?, me nargue Blain en riant.
Je bondis derrière lui, enroule un de mes bras autour de sa nuque et la tire en arrière.
-Je pourrais te la craquer en moins d'une seconde ou te briser ton artère à main nue, alors si j'étais toi, j'éviterai t'empirer mon cas.
-Calmez-vous, bande de gamins. On dirait deux petits chiens qui se sautent dessus pour un rien, dit ma sœur avec autorité. Je suis très fière de vous deux, vous avez fait ce que vous deviez. C'est très bien Even. Tu sais bien que de base, tu méritais largement un onze.
Je lâche Blain et ma sœur fait taire tous commentaires qu'il allait ajoutés d'un simple regard noir et dur comme la pierre. Nous sortons de la pièce et ma sœur me dit doucement, les yeux emplis d'une soudaine tristesse :
-Quand vous vous battez, cela me fait penser à Joshua et toi.
Mon frère. Celui avait qui j'allais dans les bois, qui m'a tout appris, à qui je dois toute technique : simplement mon Joshua.
-Tu ne penses pas que c'est déjà assez douloureux comme ça, pour me les rappeler sans cesse Joyce ?, je lui dis un peu agressivement.
-Je suis désolée de t'avoir blessée hier, Even…
Les larmes commencent à me monter. Joshua. Willow. Même mon père me manque dans ce cas présent.
J'approuve d'un hochement de tête avec un léger sourire et elle me serre dans ses bras.
-Je t'aime, petite sœur.
-Moi aussi. J'ai besoin d'être seule.
Je la laisse seule et m'en vais dans ma chambre. Cela doit être tout aussi dur pour elle que pour moi. Elle voit partir sa sœur qui ne reviendra pas.
Je me glisse dans mes draps.
Je ne peux rien faire contre des tueurs assoiffés de sang. Certes, j'ai tué des animaux tant de fois. Mais jamais je n'ai planté de flèche dans un humain. Je ne le pourrai pas.
Hommage spécial à une de mes amies avec qui je me suis comportée comme Even avec Blain: dans son dos, un bras contre son cou, lui annoncer que je pourrai la tuer ainsi... Je t'aime ma grande asperge
J'espère que ce chapitre vous aura plus! A bientôt (= humour) pour la suite des aventures avec le chapitre des interviews... Le dernier avant l'arène!
N'oubliez jamais que l'espoir est la seule chose plus forte que la peur!
-Eveniss
