"Ca va."

Il se releva.

"Ca va aller."

Il ouvrit la porte de la chambre. La referma.

"Je gère."

Il allait trouver une solution.

Il vit le miroir.

Il se voyait dans le miroir.

Tu vas te faire virer.

Pas croyable. Pas juste. Pas dans le plan.

C'était inadmissible.

Pas lui. Pas comme ça.

Pas possible.

Cela monta par en-dessous.

Cela monta encore comme s'il n'y avait pas de fin. Et les murs molletonnés, prévus pour cet usage, assourdirent les sons qui s'échappaient de ses mains.

Car personne ne devait voir ou entendre, cette image, ce rugissement. Personne n'aurait dû voir, hors des limites.

Ça n'aurait pas dû arriver.

Les éclats qui crépitaient dans ses mains éclairaient son profil grimaçant. Un rictus de haine - des yeux fous - et le rouge qui flamboyait là au gré des explosions lui sembla étranger quand il le rencontra. Le masque grimaçant de haine, la rage qui faisait vibrer ses doigts crispés, recroquevillés vers le haut, et le flamboiement qui l'éclairait par en dessous, comme un bruit de tazer.

La colère, la colère, toujours la colère.

Cette énergie qui jaillissait de ses mains. Éruption du blanc au rouge, passant par toutes les nuances du feu, petites détonations sèches, larges boursouflures qui s'étendaient et rongeaient l'air, le liseré bordeaux comme des étoiles qui meurent, et le centre jaune souffre, une lumière aveuglante, qui s'étouffait soudainement, vomissant la fumée. Le souffle brûlant qui venait lécher sa peau, rougir ses joues, l'incendie qui rendait sa peau moite, vivre dans les flammes, trempé, suant, la puissance entre ses mains. A travers le cuir qu'était devenu ses paumes, les chocs criblant la surface, étincelles.

Les mains translucides se veinaient de rouge, dans l'aura lumineuse du brasier. La puissance résidait là - le pouvoir, celui de détruire. Il n'y avait qu'un combustible - sa rage, et cela jaillissait sans pouvoir l'arrêter, plus fort, plus fort !

Tout vibrait - ses doigts cramponnés si fort qu'ils se crispaient douloureusement - des déflagrations violentes qui menaçaient à chaque instant d'enfler et dépasser les précédentes, hors de contrôle? Il fallait qu'il fasse péter quelque chose, besoin physique, il fallait...

C'était si facile - seconde nature - et les souffles brûlants léchaient sa peau, faisaient ruisseler sa sueur, soulevaient le tissu de son t-shirt, éclairaient par en dessous son visage moite. Toujours plus, toujours plus, il voulait crier, que cette poignée ardente se referme sur quelque chose, s'ouvre sur quelqu'un, connecte, touche

et le brûle.

et le brise.

La colère et la rage hurlaient en lui, et il voyait son reflet dans le miroir, Katsuki Bakugo en pleine crise - intimidant, effrayant : toute la violence qui circulait à travers lui sans qu'il puisse l'arrêter. Les explosions dans ses mains - il ne les pensait pas -

Et sa bouche formait des mots - criait-il quelque chose, insultait-il Deku ? Pas de pensées dans sa tête, juste l'éclat comme des feux d'artifices, qui effaçait tout.

Remplacer ce qu'il voyait, ces taches de sang et leur motif si particulier, sur ce sol resté propre, sur cette petite surface de la taille d'un corps, remplacer par des pétards, du bruit, de la lumière et du vide, là, enfermé dans sa boite. Boom, boom, pourquoi penser ? Il faut juste faire cela jusqu'à ce que ça se calme - que ça redescende...

Ça ne descendait pas.

Ses explosions, elles auraient bouffé le monde.

Si tu ne comprends pas, tu es plus stupide que je ne le pensais !

Les détonations se multipliaient et sa bouche se tordait - qu'est-ce que c'était ? Ce qu'il disait ? Il repliait les doigts, malgré le feu toujours jaillissant.

Il refermait le poing, faute de stopper son alter : la sueur, activation - boom, boom - malgré la pression, malgré la blessure - cela palpitait comme un oisillon tombé du nid, brûlant, battement de vie - resserrait son emprise - il le contiendrait, à l'intérieur - il la ferait taire - cette violence - refermait la main - enfin - il les ferait mentir.

Il utilisa toute la force de ses mains pour les serrer alors même qu'il continuait à produire les déflagrations. Ses tendons, la peau déchirée le meurtrissait. Il ne s'en rendait pas compte.

Explosion, explosion. Sourde musique de son être.

Enfin, le silence. Enfin, l'obscurité. Quelque chose de tiède coulait entre ses doigts. Sans y prendre garde, il essuya sa paume poisseuse sur son pantalon. Macula le tissu sombre de taches plus sombres encore. Et fuit le reflet qui semblait le juger.

Il pouvait entendre, à présent que les détonations s'étaient tues, les mots fébriles et rauques qui franchissaient ses lèvres desséchées.

J'ai gagné. Je suis le meilleur. Tu assures, Katsuki. Tu vas assurer. Ouais, je déchire, personne m'arrive à la cheville, ils peuvent parler, ils peuvent me détester, je les ai battus, j'ai gagné, j'ai gagné - Deku est un minable, tous des nullards, j'en ai rien à foutre d'eux, leur avis... Je suis le meilleur.

Et ces mots n'avaient plus de sens, plus que des sons, des syllabes, des formules magiques sans le moindre pouvoir, qui résonnaient en vain dans cette pièce vide et insonorisée, pour le prétexte des entraînements et tous les moments où il devait se défouler - personne pour les entendre, pour l'écouter - personne pour y croire.

Et la litanie résonnait creux dans le vide mat de la pièce - je suis fort, je suis fort ! et n'arrêtait pas les larmes qui dévalaient ses joues. Je suis un héros - sa voix se brisa - ravala son souffle.

Les mots ne voulaient plus sortir ; plus rien ne pouvait sortir. Il serra ses poings, d'où dégouttait le sang, et les plaqua contre sa bouche.

Assis au bord du lit, oscillant au-dessus du vide, il ne respirait plus.

Il tentait encore de garder le contrôle. Sans comprendre - ce qui lui était arrivé - comment il en était arrivé là.

Katsuki Bakugo, le meilleur étudiant de ce putain de bahut, qui voulait se battre jusqu'à le prouver - Et il avait gagné.

Il avait eu sa chère victoire.

Merci, All Might.

Il se balançait, se berçait en tentant de se convaincre qu'il y avait une échappatoire - poings enfoncés dans ses orbites, yeux clos de toutes ses forces - mais les larmes continuaient de couler.

Car il savait très bien qu'il avait perdu, davantage que son nom.

Il la détestait, l'image dans le miroir.

Pourquoi tu n'as pas répliqué, grinçait en lui la haine. Tu l'as laissé te frapper, tu t'es laisser rabaisser par Deku, après leurs rires, après leurs quolibets, qu'est-ce qui te prend ? Qu'est ce qui t'arrive ? lui susurrait la honte.

Et il fermait, serrait, cadenassait encore ses mains. Sentant les explosions qu'il refusait de produire se répercuter, à l'intérieur.

Il n'était pas en état - de réfléchir. De produire une solution. Il fallait qu'il dorme.

Il fallait qu'il dorme, ou il allait échouer.

Il fallait absolument qu'il dorme, pour tenir. La distance, l'entraînement, la compétition.

Alors la main d'un geste familier alla chercher le flacon sans que les yeux la suivent, et deux cachets atterrirent au milieu de sa paume.

Ils avaient le goût du sang.

Bakugou s'endormit sans avoir séché les pleurs de ses yeux. Ce n'était pas la première fois. Ce n'était pas la dernière.


Notes : Je vais peut-être faire de courts chapitres par nécessité, histoire de garder un rythme de parution plus régulier. Je sais que c'est agréable d'avoir la quantité, mais je fais de mon mieux Autrement, vu la longueur classique de mes chapitres et ma vitesse d'écriture, je risque de n'en publier qu'un par mois... =x C'est difficile de choisir !

Merci à toutes celles et ceux qui suivent l'histoire :3

On arrive enfin à la fin de cette fameuse journée "parfaite"... *ricane cruellement*

Je vous invite à comparer la réalité de la psychologie de Katsuki et son "assurance" qui agaçait tant Izuku au chapitre 2... Que d'incompréhension, entre ces deux-là.

La pièce a des murs insonorisés parce que Katsuki a besoin d'un espace tranquille où il peut éventuellement "exploser" (littéralement, en fait) sans se faire remarquer pour se calmer. D'habitude, ça marche. Pas vraiment ce jour-là. Le pauvre gosse a un peu dépassé la limite de ce qu'il peut endurer.