Bourrasque

« -D'accord? Comme ça, d'un coups, pour rien? D'accord?

Mais à quoi joues-tu? Le ferais-tu exprès? Suis-je une proie dont tu agaces les nerfs pour tes amusements puérils?

Ce « D'accord » prononcé sur un ton de complète assentiment fouille mon âme, et je ne comprends rien. Les parallèles que j'ai tracé pour tenter de me repérer disparaissent tout à coups, emportées loin. Je n'arrive à rien.

A quoi jouons-nous? Jouons-nous seulement? Apprends-moi les règles! Tu as l'air si à l'aise, je traine, je cherche, je ne comprends pas.

C'est un changement radical qui survient, et je ne peux m'empêcher de penser que tu n'es pas celui que j'imaginais. Je ne te connaissais pas, c'est tout, mais c'est difficile à avouer. Il est pire encore de se rendre compte que quelqu'un qu'on méprise est plus proche de nous que nous le croyons plutôt que de se sentir trahit par un ami, je trouve. J'ai un mal fou à accepter que tu puisses être fréquentable, toi qui brusquement fait chavirer les tréfonds de mon cœur déjà en péril, s'accrochant à une réalité qu'il ne reconnaît plus.

Je cherche, toit, moi, un réponse dans ce grand néant des connaissances acquises dans lequel nous avons sombré depuis maintenant des semaines. Il n'y a plus rien qui ressemble à ce que je connaissais, que je croyais connaître, tout se bouscule dans ma tête comme les branches d'un peuplier un soir de vent.

Un détail, si minuscule, auquel je me raccroche de toute mes forces fait pourtant surface : est-ce que je te hais? Je te hais, hais, hais. Cela sonne faux, après ce qui s'est passé dans cette chambre noir, au milieu de la nuit, au milieu de tes cris. Et pourtant, tu restes un salaud, malgré tout, tous les bouleversements qui survinrent.

Penser à toi pour ne pas penser à moi, voilà, encore est toujours, ce repère que je cherchais. Je reste intégre et fidèle à l'idée que j'ai de moi, je ne bouge pas, libre à toi de varier dans le monde, le mien. »