Fleur Maladive – Chapitre 10
Ainsi dans le silence, la contemplation et l'ordre, magnes les mots à l'en atrophier et asphyxie sa pensé par ta simple présence.
A l'encontre de l'égarement, un homme se trouve toujours derrière une femme, alors le cœur perdu dans les méandres et condamner à combattre, il insuffle à sa vie le courant naissant d'une ébauche.
C'est de cette manière qu'il pouvait se montrer plus qu'aisé de retrouver cacher comme dans un caniveau, le soldat le plus fort de l'humanité au cœur même d'un sentier. Nécessiteux du moindre mouvement, il était encore un tantinet jeune et vif, à sa manière impulsif dans le plus grand des calmes. Il avançait. Rapidement, toujours plus vite. Il déblatérait en lui, un tas de palabres d'une inutilité profonde et incontestable de sa suffocation.
Les actes les plus inattendus ne brillaient pas par leur bravoure mais par la surprise qu'ils provoquaient, une chaleur étouffante se répandu tel un brasier fou. Une main lâcha par son extrémité quelques étranges bouts de bois embrasés. La fumée monta, s'éleva et grimpa en quelques instants d'une profonde candeur. C'en était fini de ce frima, tout allait bientôt disparaitre avec les preuves hypocrites et les corps accablés.
La température s'intensifia au rythme de sa frénésie, encore quelques degrés à en faire jaillir des catacombes, l'ensemble des capacités jusque là inavouées. Pas une fois encore, il n'arriverait pas trop tard, cette fois encore. Alors il mit un terme à cette lenteur, assénant un seul coup à son cheval pour espérer l'inciter à accélérer.
Il n'en était rien de ces souvenirs si plus personne n'était là pour les partager.
Il n'était plus non plus de ces enfants qu'il fallait construire, détruire, rebâtir, instruire pour finalement leur faire oublier.
Son regard était fixé sur les flammes présentes au loin, écarquillés dès le premier rayon et reflétant leurs éclats. L'odeur du bois brûlés comme crépitant au sein de la cheminée était inconcevable, celui d'un désastre infiltrant ses poumons par cette basse altitude en étant d'autant plus recevable. La chaleur faisait monter l'ébat, le froid faisait tout redescendre, avec ce voile noir de suies se relâchant pour former un rideau d'une noire harmonie.
Les bruits sourds des animaux se débâtant se mêlaient aux piaillements des ailés, qui chacun comme pour aider, essayaient d'éteindre le feu avec le peu d'eau se délectant de leur bec.
Mais Livaï ne parlait pas, ne l'appelait pas. Il savait, qu'elle serait là quand il arriverait, morte ou vivante quoi qu'il en soit, il fallait bien être fixé.
Vaine âme vivant par ces temps écarlates de splendeur, parcoure ta route à en prendre ton envol.
Les pas du destrier continuaient à frapper, mais il commençait à se faire compliquer bien même par cette action frugale d'élever un pied devant l'autre. Dans cette incompréhension décadente, une silhouette au loin semblait être échouée, alors par une simple bienveillance il continua à avancer. L'instant fatidique comme s'il se montrerait funèbre et ostentatoire de dépendance humaine, laissait sa nervosité fabuler auprès de son cœur.
Le noiraud voyait son dessein facétieux s'éprendre de ses chimères, il y était. Enfin. O que la route fût longue pour arriver jusque là, ô que son angoisse fût grande et pesante de doute.
Il galopa encore sans jamais s'arrêter, faillit la louper avant de ne la décorer d'un regard capiteux, les yeux grands ouverts à s'en détacher la raison. Elle était là, face à lui, il laissa son cheval se dresser en arrière à l'en affoler et descendu rondement avant d'accourir.
Oïe !
Il était imprévisible. Fichtrement imprévisible.
Alors elle était là, allongée de tout son long sur ce part terre de feuille pour la plupart gelées et pour d'autres colorés, au milieu des fleurs hivernales somptueuses. Sa chevelure se mélangeait à la lumière traversant les feuillages, éclairait son teint blanchâtre de son visage affalé sur le côté de la plus friande des manières.
Elle ne possédait cette mine habituelle, et, elle semblait si mal en point qu'elle faisait autant de peine à regarder qu'un mort née. Mais la jeune femme était semblable à une bougie, se consumant toujours plus tout en continuant de faire profiter les autres de son éclats, loin d'elle l'idée de vouloir passer pour une grande altruiste, elle voulait juste servir à son devoir.
Le regard de Livaï était accablé d'horreur, il était là, en face d'elle, appuyé sur ses deux genoux, fixant son visage aux traits douloureux d'égrotante. Giulia demeurait les yeux clôt et la bouche légèrement ouverte et surmontée d'un filait de sang par-dessus ses vergetures.
L'éphèbe passa le revers de sa main contre le délicat visage de la brune. Inéluctablement froide. Gelée. Il prit sa main, la caressa pour arriver à son poignet, le temps pressait.
Mais alors que le brun pensait devoir fuir les jambes au cou, il sentit d'étrange sensation sur son crâne, de légères goûtes se déchaînant à en perdre pieds, de plus en plus nombreuses.
Fais chier !
Il injuriait la pluie qui éteignait le feu dans son acrimonie, ne lui facilitant pas la tâche d'une vie. Et tandis qu'il vérifiait le pou de la jeune femme il retira sa cape pour la lui la mettre sur le buste. Tout son corps était glacé. Alors il la redressa, la sentant mieux contre lui, son beau visage à l'air tourmenté tourna, se déposa contre son torse à la commissure de son cou, ainsi que ses cheveux qui erraient suspendu dans l'air comme le métal d'un carillon.
Ses muscles étaient entièrement détendus, elle ne bougeait pas, pas bien même un reflexe, rien. La fragrance de son parfum s'évadait.
Ses fines et frêles mains gisaient à terre sur le revers. La pluie ainsi, commençait à prendre le dessus sur tout, le ciel arborait un gris fastidieux, insoupçonnable d'envie au milieu du vent et les branches des arbres commençaient leur descente aux enfers, dégoulinant de tout leur long de gouttelettes infernales.
Livaï la porta tel le plus incommensurable des trésors de ce monde enfouit.
La forêt sentait une odeur d'amertume, une nature brûlée vive au milieu d'élément imprévisible, un mégot de cigarette acculé d'eau dont la fumée avait du mal à s'évaporer autre part qu'au sol.
La belle brune était contre lui, la pluie lui détrempant la peau et les capillaires par une simple action. C'était agréable, ce genre de fait, si seulement déjà celle-ci ce serait montrée ne serait-ce qu'un peu éveillée au milieu des vivants.
Le noiraud appela son cheval, rapidement, il craignait tout comme il ne craignait rien, ne faisait confiance en l'autre si l'autre était inconnu, étranger à lui tel l'était la plupart des personnes ne se trouvant pas au cimetière.
L'ouïe fine et étendu, il avait entendu le bruit des abots tapant d'un autre individu le traquant sûrement dans l'espace infini qu'était cette forêt. Il savait, il n'était pas idiot, cette personne avait une arme, celle même qui avait tué l'homme qui gisait à même son sang au recoin du sentier.
Les risques à prendre étaient infinis, incontestable d'infamie, un croquis, une esquisse d'idée malencontreuse. Le feu c'était éteint, cet élément des moins imprévus était jusque là le pire de tous, il dessinait un labyrinthe au milieu des arbres, permettait la chasse, la traque sauvage. Et sûrement s'il la savait en sécurité, serait-il allé le pourchasser des heures durant dans l'espoir de lui prendre sa vie.
Lorsque la meilleure défense semble être l'attaque, il faut parfois savoir mettre de côté l'aspect bestial d'un homme orgueilleux. S'enfuir, s'échapper. Le bataillon d'exploration savait le faire, s'éloigner, semer l'ennemi pour préserver le maximum de vie.
Mais l'imprévisible est parfois le fin mot d'un plan échoué, alors il était tel l'inquisiteur, effrayant et imprévisible, présent pour dénouer le vice et plus puissant encore qu'une des déflagrations les plus fortes qu'il soit, plus fort encore que l'alcool allumant un feu, plus fort encore qu'une détonation d'arme à feu, qu'une mousqueterie de haut calibre ôtant la vie. La définition même de son nom se dessinait alors par l'existence même de son être, Livaï, celui qui cache le feu, le brasier, l'ardeur.
Quand la peur frappe à la porte, la vérité s'enfuit-elle par la fenêtre ?
