Chapitre 10 :
Lorsque Sara se réveilla quelques heures plus tard, Gil était déjà levé. Les béquilles à côté du lit avaient disparues. Le réveil-matin lui indiqua dix heures. Sans bruit, elle se leva. La maison était drôlement silencieuse. A croire que les Grissom mère, fils et nièce étaient partis. Elle fronça les sourcils avant d'entendre un léger bruit de fond émanant du bureau de Gil. Un passage dans la cuisine lui appris que celle-ci était déserte. Elle se prépara un café et alla jeter un coup d'œil dans le bureau de Grissom. Doucement elle ouvrit la porte et le vit penché sur ce qui semblait être un dossier. Elle posa sa tasse sur la commode à coté de la porte et s'approcha de lui. Pris par ce qu'il faisait, il ne l'entendit pas arriver. Tendrement, elle l'embrassa sur la tempe et passa ses bras autour de lui.
« Déjà debout ? lui demanda-t-il en enlevant ses lunettes.
_ Je n'arrive plus à dormir et tu n'étais plus là… Où sont ta mère et Claire ?
_ Parties promener Hank. Elles nous ont laissées dormir. Bien dormie ?
_ Très… et toi ?
_ Idem.
Il fit pivoter son fauteuil et l'installa sur ses genoux.
_ Comment s'est passée la nuit ? demanda-t-il, regrettant aussitôt sa question devant le regard noir qu'elle darda sur lui. Quel idiot ! songea-t-il aussitôt. Je viens de lui donner le fouet pour me frapper !
_ Comme si tu ne le savais pas ! Gil, tu dois te reposer ! Oui, je sais tu n'aimes pas être absent pendant une telle enquête, mais tu es malade ! Et ce n'est pas en nous appelant tous les cinq minutes que tu guériras ! Il faut que tu dormes, bon sang ! Et ne réponds pas ! Tu as déjà de la chance, je n'ai rien dit à ta mère. Mais, tu dois te reposer !
Il l'embrassa tandis qu'elle reprenait son souffle.
_ J'adore quand tu es en colère, lui chuchota-t-il en déposant un baiser sur la tempe.
Elle soupira mais sourit tout de même. Bingo ! Elle ne lui en voulait plus ! Ce stratagème marchait toujours !
_ Comment va ta cheville ?
_ Elle élance un peu mais ça va. Au fait, merci pour les dossiers.
_ Une idée d'Ecklie, il pense que ton arrêt peut te permettre de rattraper la pile de dossiers que tu as à faire. Mais, je ne veux pas que tu en fasses trop ! Je te rappelle deux points importants : Premièrement tu es malade et deuxièmement, on a dit « Pas de travail à la maison ! » n'est-ce pas ?
_ Je préférerais être au labo.
_ Je sais bien mon cœur, mais tu ne peux pas. Ne t'inquiètes pas pour l'enquête, on bosse dessus. Les affaires de Westfold sont arrivées. Nous avons passé notre nuit là-dessus. Rien pour le moment. J'ai faim.
_ Pas étonnant, il est près de onze heures. Allez, viens, je vais te faire un en-cas.
_ Non, non, toi tu restes ici. Il faut que tu marche le moins possible. Je vais me faire des tartines. Au fait, Lyndsay et Catherine passent dans l'après-midi. Lyndsay voulait te voir.
A cet instant, le téléphone sonna. Tous deux se regardèrent puis finalement, Grissom décrocha. Il parla quelques minutes, puis raccrocha et annonça à Sara que leurs visiteuses ne viendraient pas, Lyndsey ayant un exposé à préparer. Une toux le secoua. Sara fronça les sourcils.
_ Chéri, ça va ?
D'une main tendre, elle caressa le front de son amant.
_ Pas de fièvre. Enfin, tu es un peu chaud, mais ça reste raisonnable.
Grissom soupira légèrement, agacé. Sara sourit et déposa un rapide baiser sur ses cheveux avant de partir vers cuisine. Elizabeth et Claire arrivaient alors que la jeune femme préparait le repas.
_ Sara, la gronda la vieille dame. Vous devriez être au lit ! Laissez-moi faire le repas !
_ Mais non, regardez j'ai presque fini. Il ne me reste plus qu'à vous faire chauffer deux steaks.
_ Deux ? demanda Claire.
_ Sara est végétarienne, expliqua Grissom qui arrivait clopin-clopant avec ses béquilles.
_ Et toi, tu n'arrives pas à avaler, fit Sara. Donc, Dr Grissom vous aurez le droit à de la soupe carottes-pommes de terre.
Il grogna tandis que Claire répétait le dialogue à sa grand-mère qui approuva la décision de Sara.
_ Je suis gentille, fit sa compagne. Je t'ai mixé les carottes et les pommes de terre avec un steak haché.
Nouveau grognement. Grissom dut néanmoins se résigner et avala sa soupe pendant que Claire et Elizabeth mangeait le steak de bon appétit. Sans rechigner, il prit ses médicaments. Sara prit une nouvelle fois sa température et l'envoya se coucher.
_ Je te rejoins dès que j'ai fini la vaisselle, lui murmura-t-elle.
Il sourit et partit dans leur chambre. Quelques minutes plus tard, Sara le retrouva. Elle se blottit contre lui et s'endormit aussitôt. Suivant son exemple, Gil s'endormit. Aucun d'eux n'entendit la porte s'ouvrit doucement sur le visage d'Elizabeth. La vieille dame sourit en les voyant enlacés, la tête de Sara reposant sur le torse de Gil, le bras de ce dernier entourant sa taille fine. Tous deux souriaient dans leur sommeil. Tout aussi discrètement, Elizabeth referma la porte.
****
Quelques heures plus tard, ce fut le téléphone de Sara qui les réveilla. Encore endormie, la jeune femme décrocha.
« Sar' ? Je te réveille ?
_ Hum… oui… Qu'est-ce que tu veux Greg ? Pas une enquête ?
À ses côtés, Grissom remua, enfouissant sa tête dans le cou de Sara qui sourit et réprima un frisson.
_ Non, en fait, avec Nick, on pensait manger ensemble avant d'aller bosser. Ça te tente ?
La jeune femme hésita. Gil se redressa et la regarda, intrigué.
_ Ben…
_T'as quelque chose de prévu c'est ça ? Allez Sara, ça fait un bout qu'on s'est pas fait un resto tous ensemble ! Catherine et Warrick viennent aussi. Allez…
_ Heu… Écoute, je ne sais pas.
_ Vas-y, lui souffla Grissom qui avait entendu la tirade de Greg.
Elle fronça les sourcils, il hocha la tête et l'embrassa sur le nez.
_ Bon, d'accord je viens, finit-elle par dire au jeune homme. Le temps de sauter dans ma douche et dans mes vêtements. Où on va et quelle heure ? Ok merci. Non pas la peine de venir me prendre, je dois passer chez Grissom. A toute à l'heure. »
_ Tu es sûr que ça ne te gène pas ? demanda-t-elle à Griss alors qu'il la reprenait dans ses bras, sous les couvertures.
_ Mais oui. Je suis cloué au lit et assigné à résidence. Profites-en. Et ça me donne moins mauvaise conscience.
_ Pourquoi ?
_ Parce que depuis qu'on est ensemble, tu ne sors plus avec les garçons. J'ai l'impression que je t'empêche de sortir.
_ Mais non ! protesta Sara en l'embrassant. Gil, cesse de dire des inepties pareilles. Si je voulais sortir avec l'équipe, je le ferai volontiers ! Ne t'inquiète pas pour ça.
_ Au fait, tu vas partir tout de suite ?
_ J'ai encore un peu de temps devant moi. Je vais rester un peu avec toi, répondit Sara. Mais, ne rêve pas Chéri. Tu as beau être craquant quand tu es encore à moitié endormi, tu es malade. Donc c'est non. Mais, je ne suis pas sadique, j'ai encore le temps de paresser au lit avant de me lever… »
****
Lorsque la jeune femme sortit de la chambre trois quart d'heures plus tard pour prévenir Elizabeth de ses plans, Grissom s'était rendormi. Elle revint quelques dizaines de minutes plus tard et pénétra dans la salle de bain. Lorsqu'elle en sortit, Gil dormait toujours, elle sourit et ouvrit l'armoire à la recherche d'une tenue. Qu'allait-elle mettre ? Sur un cintre, un chemisier bleu pale semblait l'attendre. Elle l'examina. Grissom le lui avait offert pour son anniversaire. Elle l'attrapa et le posa sur la commode. Quelques secondes plus tard, un débardeur blanc le rejoignit. Restait le bas. Jupe ou pantalon ?
_ Je t'interdis de mettre une jupe ! fit la voix enrouée de Gil. Alors tu mets un jean et un col roulé !
_ Gil ! On est en septembre ! Je cède pour la jupe, mais je mettrai… mon pantalon de velours noir ou mon jean bleu ?
_ Hum… Le noir. Il est plus lâche.
_ Certain ?
_ Non.
_ Gil !
_ Quoi ? fit ce dernier, innocemment. Je n'y peux rien si la seule tenue que j'aime te voir porter est celle que tu n'arbores que pour moi…
_ Gilbert ! Cesse de dire des bêtises ! le réprimanda Sara, un joli rose sur les joues. Au lieu de ça, dis-moi lequel mettre !
_ Je t'ai déjà dit : celui en velours. Il est plus lâche. Je n'ai pas envie qu'on te reluque pendant que tu bosses et que je ne suis pas là ! »
Quelques instants plus tard, la jeune femme était prête.
« Alors ?
_ Tu es parfaite ma chérie, fit Grissom, en attrapant un mouchoir tout en jetant le sale qu'il tenait dans la poubelle. Quoiqu'un peu trop habillé à mon goût !
_Gil ! »
Le sourire charmeur qu'il lui rendit la fit sourire puis rire. Elle s'approcha pour déposer un rapide baiser sur sa joue mais il tourna la tête et leurs lèvres se rencontrèrent. Il l'entraîna sur le lit, mais Sara se dégagea doucement. Elle caressa son visage brûlant.
_ Je t'aime. Rendors-toi.
Il plissa les lèvres, boudeur. Elle y déposa un rapide baiser qui le fit sourire.
_ Fais attention à toi Honey, lui recommanda-t-il en la retenant doucement avant qu'elle ne s'en aille.
Un sourire et un baiser lui répondirent.
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Quand elle pénétra dans le restaurant où ils avaient rendez-vous, tous étaient déjà là. Jim, Catherine, Greg, Warrick, Nick et Sofia. Installés tout au fond de la salle, ils lui firent de grands signes pour attirer son attention. Elle les rejoignit et se glissa à côté de Sofia.
« On s'est permis de te commander à boire, fit Greg. Un jus d'ananas comme d'hab'. Tu en as mis du temps !
_ Arrête ton char Greg ! fit Sofia. On est arrivés depuis à peine cinq minutes !
_ Greg, je t'avais dit que je devais passer chez Grissom. Il vous dit bonjour et va bien. Enfin… aussi bien qu'il puisse l'être avec une bronchite carabinée et une entorse.
_ Et l'humeur ? demanda Warrick.
Un sourire malicieux étira les lèvres de Brass.
_ Grissom, malade, quatre meurtres non résolus et un meurtrier dans la nature, fit-il. De quelle humeur croyez-vous qu'il soit ?
_ Je dirais d'aussi bonne humeur que son araignée quand il ne la nourrit pas !
_ Grissom nourrit toujours ses araignées, répliqua Catherine. Maintenant, il serait temps de commander, non ? »
****
A peine arrivée, Catherine fila dans son bureau pendant que les autres prenaient un café dans la salle de repos. Elle les y retrouva quelques minutes plus tard.
« Soirée chargée pour tout le monde. Warrick, un cadavre a été découvert dans une cave à Henderson. Vas-y.
_ Seul ?
_ Non, fit Sofia. Jim me la laisse. A deux !
_ Greg, Nick, vol de voitures dans le quartier Est de Vegas. Apparemment Vega est déjà sur place.
_ Sara, tu as un meurtre dans un zoo. Avec Jim.
_ Et toi ?
_ Je pensais potasser les dossiers de…
Son portable l'interrompit.
_ J'ai droit à un suicide, fit-elle en lisant le message. A tout à l'heure ! »
****
Leur soirée fut mouvementée. Appelés sur des affaires différentes, aucun d'eux ne put travailler sur leur tueur en série et les dossiers des quatre meurtres ne quittèrent pas le bureau de Grissom. Lequel n'appela pas. Apparemment, la leçon de Sara avait porté ses fruits. Catherine, Jim et Sara se retrouvèrent dans la salle de repos un peu plus tard dans la nuit.
« Alors ce suicide ? demanda Jim.
_ De toute évidence c'en est un. Enfin… on attend. Et vous ?
_ Je dois descendre voir Doc. Mais il semblerait qu'il s'agisse d'un accident. On a retrouvé notre type dans la grotte des ours, dans un drôle d'état… J'ai envoyé les bouts de pansements au labo ADN. On verra bien. »
A la fin de la nuit, tous rendirent les rapports à Catherine avant de partir. Autour d'un café, ils bavardèrent de leur tueur en série.
« Il y a forcément un lien, fit Nick. Ce n'est pas possible !
_Mais lequel ? fit Warrick en avalant une gorgée de café. On a un ancien juge, une pharmacienne, une camionneuse et une gérante. Ils n'ont pas les mêmes revenus, ni les mêmes cercles sociaux, ni les mêmes activités. Rien !
_ On a fouillé dans le passé des victimes ? demande Catherine.
_ Oui, fit Sara en se resservant une tasse de café. C'est comme ça qu'on a appris que Judy Mess était divorcée. Mais son ex ne l'a pas tué, il n'était pas là ce jour-là. L'ex d'Aléa Sérénic non plus n'y est pour rien. Dans les trois cas, il était de garde, la vidéo de l'immeuble le confirme.
_ La vidéo de l'étage de l'hôtel n'a rien donné, fit Greg. Idem pour l'ordinateur d'Aléa Sérénic. Et la pharmacie n'est pas équipée. Tout comme l'entrepôt.
_ Mia a analysé l'ADN du préservatif que Catherine a retrouvé, fit Warrick. Aucun résultat même avec l'ex-mari. »
Un soupir de frustration s'échappa des lèvres de l'équipe. Tous espéraient vraiment que la dernière victime serait réellement la dernière de la série. Aucun d'eux ne resta au labo à la fin de leur service et chacun rentra chez soi.
