- Livre Trois : Live -
Avertissement : Les personnages principaux et lieux ne m'appartiennent pas. Pour ce qui est du reste… je vous laisse juge.
Résumé : Nous n'étions pas préparés à ce qui allait se passer mais nous avons fait de notre mieux.
Petimo : Joyeux Noël tout le monde ! Bonne année en avance, vu que je ne serai pas là pour vous la souhaiter le moment venu, je serai à Edimbourg.
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The Tale of a Decision
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La douceur matinale n'allait pas durer. Au cœur de la cité universitaire d'Oxford, la charmante Christchurch Meadow aux nombreux arbres plusieurs fois centenaires posait pour les photographes de passage dans ses plus beaux atours hivernaux. Endormi dans sa poussette poussée par la vieille femme, l'enfant était emmitouflé sous plusieurs couvertures. Ses doigts gantés, fermés en poings posés de part et d'autre de sa tête, s'agitèrent tandis qu'une brise lui caressait le front, déplaçant l'une de ses mèches noires.
A quelques encablures de là se dressait un quartier résidentiel dont la rue principale s'ornait de petits immeubles de briques tous semblables les uns aux autres, aujourd'hui recouverts de neige. Au second étage du numéro quarante-huit se tenait une réunion d'un genre bien particulier qui aurait déroutée les éventuelles oreilles indiscrètes par les propos tenus lors de cette assemblée. Meublé confortablement et peint de couleurs pastels, il était encore par endroits encombré de cartons et de papiers d'emballage avec lesquels jouait le chat noir, le cou enrubanné d'un bolduc rouge qu'il ne semblait pas du tout gêné d'arborer, tout absorbé qu'il était dans la destruction d'un morceau de carton. Ses pitreries réjouissaient en temps normal le jeune couple locataire des lieux qui finissait très souvent sur le tapis, à le taquiner avec un morceau de tissu qu'ils lui agitaient devant le nez et qu'il tentait d'attraper avec plus ou moins de succès, provoquant ainsi les rires des jeunes gens.
« Sortez ! DEHORS ! »
Le cri perça le silence du quartier, tonnant comme le grondement d'un orage un soir d'été. Abandonnant ses jeux, le chat se réfugia tambour battant sous la commode de la future chambre d'enfant à la porte largement ouverte. Dans le salon, la tension était si perceptible qu'il était proprement miraculeux qu'aucune baguette n'ait quitté le fourreau dans lequel elles étaient rangées suite à la déclaration du vieux professeur et l'aveu des conclusions qu'il en avait tirées. Assis de part et d'autre d'une table basse abritant les restes de boissons à peine consommés et de biscuits encore sur leur assiette, les trois personnes échangeaient des regards choqués pour certains, furieux pour d'autres. Ne subsistait aucun reste de la bonne humeur qui avait présidée au début de la rencontre, où avaient été répétées les félicitations pour la naissance dans l'année de la nouvelle génération de Potter. Assise dans un fauteuil profond, lèvres serrées en une fine ligne, Lily toisait le professeur Dumbledore d'un regard noir, une main crispée autour de l'anse de la tasse qu'elle tenait.
« Lily, je peux comprendre… » essaya-t-il de temporiser, adoptant un geste de la main qu'il voulait apaisant, mais le fracas de la céramique sur le sol le coupa dans son élan. S'extirpant de son fauteuil d'un mouvement que n'alourdissaient pas trois mois de grossesse, poings serrés pour s'empêcher d'empoigner sa baguette, la jeune femme réitéra son ordre d'une voix cassante quoique tremblante de colère. James intervint à cet instant, posant une main apaisante sur le bras de son épouse, et conseilla plus diplomatiquement à leur ancien directeur de bien vouloir s'exécuter, lui assurant qu'ils reprendraient cette conversation une fois les esprits calmés – ce à quoi répondit un reniflement dédaigneux de Lily qui plantait toujours furieusement ses yeux dans ceux du vieil homme. Celui-ci se retira quelques secondes plus tard, un air désolé peint sur le visage. Sitôt disparu, Lily se précipita dans leur chambre à coucher et sortit un sac de l'armoire qu'elle commença à remplir de vêtements tirés au hasard. Les cintres se décrochaient et tombaient sur le sol où ils étaient abandonnés, rejoints par les vêtements qui s'en décrochaient dans la manœuvre d'arrachement.
« Calme-toi » intervint James en lui saisissant les mains pour lui faire arrêter ses allers et retours. Elle arracha ses mains des siennes et resserra ses doigts autour du t-shirt qu'elle tenait, fusillant son mari des yeux.
« Me calmer ? » souffla-t-elle, les yeux écarquillés. « Tu veux que j… Comment tu veux que je fasse ça, hein ? » Son ton était trop calme, d'un calme aussi mordant que le froid de l'hiver, tandis que ses doigts trituraient nerveusement le col du vêtement qu'elle tenait. « Il y a un mage noir, là-dehors » - elle fit un grand geste vers la fenêtre ouverte à demi - « qui en veut à la vie de notre fils ! Ton fils ! Tu peux le comprendre, ça ? » Sa voix déjà aiguë se brisa sur ce dernier mot. Une larme échappa au contrôle de ses paupières et roula sur sa joue gauche alors qu'elle fixait James, pâle comme un linceul. « Tu le connais » souffla-t-elle d'une voix éteinte, presque un murmure douloureux. « Tu sais qu'il ne va pas lâcher prise. »
Pressant le t-shirt contre son ventre, Lily s'assit sur le lit où elle se prit la tête entre les mains, les larmes coulant à présent librement. James l'y rejoignit et mâchoires serrées, la prit dans ses bras et calla sa tête sous son menton où il la maintint. Bras autour d'elle, il ne disait rien, se contentait d'être le roc auquel elle pouvait se raccrocher quand tout ce qu'elle aimait, tout ce sur quoi elle se reposait menaçait de s'effondrer.
« Il nous traquera jusqu'à ce qu'il nous trouve et nous détruira » murmura Lily en se raccrochant au bras de James. « Comme il l'a fait pour Dorcas… »
Le visage plein de rides de bonne humeur de Dorcas Meadows surgit avec force, vite remplacé par son cadavre retrouvé baignant dans son sang, la gorge arrachée, dans un appartement inoccupé du Chemin de Traverse. Exécutée de la main même de Voldemort moins de deux semaines auparavant, elle avait prit part à de nombreuses missions périlleuses et avait été menacée à plusieurs reprises sans pour autant freiner ses activités au sein de l'Ordre du Phénix. Il sembla même que cela lui donnait encore plus envie de s'impliquer dans la lutte armée qu'ils opposaient au Seigneur Noir depuis quelques années. A l'annonce de la grossesse de Lily, Dorcas s'était immédiatement portée volontaire pour tricoter au petit être les pulls chauds qui lui épargneraient les rudesses de l'hiver anglais, ce qui lui avait valu le surnom de Marraine la Bonne Fée de la part des membres de l'Ordre.
« Allons-nous en, James » reprit la jeune femme d'une voix hachée, suppliante. « Partons loin d'ici, quelque part où il ne pourra pas nous retrouver. Par pitié… »
James embrassa ses cheveux et la serra plus fort contre lui. Sous ses sourcils froncés, ses yeux fixant le vide étaient plein d'un mélange de colère, de tristesse et de panique. … de ceux qui l'ont par trois fois défié… Ils n'étaient pas nombreux à avoir affronté Voldemort face à face et à être encore en vie pour le raconter. Leur nombre se comptait sur les doigts d'une main. Et parmi eux, seules deux personnes attendaient un enfant dont la naissance était prévue pour juillet. … le marquera comme son égal… Le laisser l'approcher ? Le laisser le toucher ? L'un devra mourir de la main de l'autre… Jamais ! L'un serait mort avant que l'autre n'ait même vent d'un tel destin.
« Il ne touchera jamais à aucun de ses cheveux, je te le jure » dit-il d'un ton ferme malgré sa voix blanche en posant sa main sur le ventre de sa femme par-dessus la sienne, qu'il serra. « Jamais. »
Le futur n'était pas gravé dans le marbre. Tout pouvait encore changer, à présent qu'ils étaient prévenus, ils avaient leur libre-arbitre. Mais il savait de quoi Voldemort était capable, il en avait été le témoin privilégié plus qu'à son compte. Le doute germait dans son cœur alors même qu'il cherchait à la convaincre. Serait-il en mesure de les protéger ? Sentant une larme de Lily toucher son bras, il enferma en son cœur la vague de peur qui menaçait de le submerger. Il ne le laisserait approcher. Ils seraient saufs.
