Bonjour à toute et à tous !

Le milieu de l'histoire approche à grands pas, car nous sommes déjà au neuvième chapitre. Et il vous reste encore pas mal de choses à découvrir. Pourtant je suis presque sûre de me tenir à mes vingt chapitres de départ.

Ce chapitre a été pas mal re-écrit. En fait la première version que j'ai écris ne correspondait plus vraiment aux parties d'avant. J'ai donc du recommencer certaine scène, en couper et en rajouter d'autre. J'espère que cette version finale vous plaira.

Je remercie tous mes lecteurs et lectrices, anonyme ou non, de passer par ici. C'est un très grand plaisir de se savoir lue.

Merci aussi à ma bêta lectrice qui fait un lourd travail de correction !

Voilà je crois que tout est dit pour aujourd'hui, passons donc au plus important :

Bonne lecture !


Julie :

Bonjour !

Je suis d'accord avec toi, les imprégnées sont les laissées pour compte de Twilight. Comme dans beaucoup de romans les auteurs ouvrent des tas de portes, sans vraiment nous faire découvrir ce qu'il y a derrière.

Le « il me fait du bien » est venu tout seul. J'en suis assez fière d'ailleurs…

Oui Isleen s'ouvre à Seth, et son enfance est une part importante de sa construction. Le fait qu'elle lui révèle donne à Seth l'opportunité de découvrir ce qu'elle est réellement. Enfin, c'est un passage important.

Moi aussi j'aime beaucoup Leah, et je trouve triste qu'on l'enferme dans le rôle de la râleuse. C'est trop simpliste pour un personnage comme le sien. Et je suis bien d'accord avec toi, la fin du quatrième tome est trop facile. Elle a trouvée sa place dans la meute, mais elle ne se résume pas que par sa vie de loup (je ne suis pas sûre d'être très claire !).

Je suis heureuse que ma vision de la meute te plaise.

Enfin merci pour ton long commentaire, qui m'a encore une fois poussée à réfléchir.

Bises

Lily-pixie :

Salut !

Oui le passage dans le magasin se voulait émouvant. Isleen a besoin de révéler une partie de son histoire.

A la question sur la réelle identité d'Isleen revient inlassablement. Tu tourne autour, ou non ! Je ne dirai rien de rien !

Bises !


Chapitre IX : Famille

Le mois qui suit ma nouvelle rencontre avec le prédateur me laisse un souvenir flou. Comme une vitre embuée où l'on distingue une forme, sans vraiment l'identifier. La condensation brouille mes pensées. Il fait chaud et froid à la fois, si bien que je sombre dans une douce folie.

Ma tête et mon corps ne savent plus bien où ils en sont. Douleur ou bien-être ? Je n'arrive pas à savoir de quel coté penche la balance. Enfin, est-ce vraiment important de mettre un mot sur chaque chose. Cela me permet au moins de déterminer l'état dans lequel je suis.

Le temps s'écoule sans que j'arrive à mettre le doigt dessus. Tout peut changer en un instant. En fait, tout va bien tant que je suis avec lui. Il efface les souffrances et les écrase sous sa douceur.

La solitude que j'apprécie tant est devenu mon pire ennemi. Au moindre relâchement elle insinue son poison dans mes veines. Malgré ma lutte mon corps reste faible sous ses assauts. Que puis-je faire à part attendre ? Leur présence me pèse. Depuis le retour de la maladie je suis constamment entourée. D'une certaine façon cela m'aide à ne pas couler, et en même temps j'aimerais tellement pouvoir me laisser aller… seulement je ne peux pas, car à la moindre défaillance une dizaine de bras se présentent pour me relever. J'ignore si c'est une bonne chose ou non. Ne jamais pouvoir soupirer sans croiser des yeux inquiets, frémir sans sentir une main se poser sur soit… J'ai même parfois l'impression que je ne peux plus être seule dans ma tête. Pas très agréable pour quelqu'un de renfermée comme moi. On m'écoute trop, toute cette attention me gêne.

Les journées au lycée me permettent de relativiser. Je sors un peu du monde de fou dans lequel j'évolue, pour retrouver une certaine normalité. Les indiens ont fini par se lasser de me dévisager, ne me jetant qu'un drôle de regard lorsque nous sommes ensemble avec Seth.

Notre relation évolue vers quelque chose de fusionnel. Je devine ses émotions au travers de ses mots, lui se fiant à son instinct. Nous passons des heures ensemble, chez moi le plus souvent, à discuter. Il a une culture musicale impressionnante, alors que je serais plus bouquins. C'est étrange de voir à quel point nous sommes différents. Il y a même des points où nous sommes en profond désaccord. Mais j'aime ça. Nous voir débattre le force à s'affirmer, et à ne plus se calquer sur moi. Il commence à se démarquer de l'image du gentil garçon. Du coup je ressens moins de déséquilibre dans notre relation. Il est normal de ne pas être d'accord sur tout. J'adore ces joutes verbales !

Cependant notre relation n'est pas saine, depuis le départ il y a un écart entre lui et moi. Je tente de franchir le fossé, mais plus le temps passe et plus les sentiments de Seth deviennent profonds. J'ignore s'il y a une limite à son attachement. Ca me terrifie. Depuis quelque temps je m'interroge : qu'arrivera t-il si l'un de nous disparaît ? L'autre pourra t-il survivre ?

Pour mon compte je crois que je me laisserais couler à pique. Mais je ne veux pas imaginer la même chose pour Seth. Il est vraisemblable que je mourrais avant lui. Ma maladie réduisant mes chances, alors que lui ne vieillit plus. Je veux qu'il vive autant que possible. Car un univers sans lui ne pourrait fonctionner, même si je ne suis pas là.

J'évite de trop penser à cela. D'un parce que Seth déteste m'entendre parler de la mort et de deux parce que moi je sais qu'elle n'est jamais très loin. Le monde dans lequel nous vivons recèle de danger, plus que je ne le croyais.

Comment pourrais-je oublier que des vampires attaquent une de mes connaissances ? A passer au dessus des rondes et des chasses incessantes de la meute ? Il est évident que je m'inquiète et que je pense au pire. Ca ne sert à rien de se voiler la face. Dans ces moments là j'entrevois l'adolescent qui survit en lui. Seth a beau le cacher, il n'est encore qu'un jeune garçon pas très sûr de lui.

Les attaques contre Nessie s'amplifient, si bien qu'elle est confinée chez elle. La pauvre, être chassée pour ce qu'on est. Je la plains vraiment, depuis qu'elle existe je ne suis pas sûre qu'elle ait connue un instant de répit. La vie n'est vraiment pas rose. Peu importe qui l'on est, on rencontre toujours de lourdes difficultés.

Heureusement elle a Jacob et sa famille, et contrairement à moi elle est toujours avide de contact. Il y a aussi la meute, et les imprégnées. Les quelques soirées passées ensemble me laisse un arrière goût de bonheur et de marshmallow. Dans ses moments là il est si facile d'oublier la dureté du monde extérieur. Nous rigolons et mangeons sans nous préoccuper du lendemain. Une vraie bouffée d'air dans cet océan noir. La mouette enlisée dans la marée noire que je suis, s'envole très haut sans penser à sa chute.

Tout chez les Quileutes me ramène à la chaleur. Outre leur température plus élevée que la moyenne, leurs sourires et leurs rires éloignent tous les nuages. Et je ne parle pas de Seth.

Leurs légendes me traversent parfois l'esprit. Si mon sacrifice permet un jour de sauver Seth, alors je suis prête à mourir des milliers de fois. Ne devrais-je pas plutôt penser à survivre coûte que coûte pour lui ? Notre lien me rend étrange. Intérieurement je sens qu'il y a quelque chose de nocif dans cette relation. Tout est trop décuplé, intense. L'effet papillon…

- Tu ne m'écoutes pas !

Je sursaute et pose mon regard sur l'indienne. J'ai l'honnêteté de rougir sous son regard noir. Il est évident pour nous deux que je ne suivais pas la conversation. Elle ne me le reproche pas, mais le constate. Il faut que je me concentre !

- Désolée.

- Ouai…Tu n'es sûrement pas comme ça avec Seth !

- Vu le temps qu'on passe ensemble…

Leah hausse les épaules. Elle prétend toujours qu'à ma place elle serait heureuse d'être débarrassée de ce gosse braillard, mais je sais qu'elle me comprend. Les activités de plus en plus régulières avec la meute nous empêchent de nous voir.

Aujourd'hui encore Edward a perçu les pensées des vampires à quelques kilomètres de leur villa. Tous les loups ont rejoint les Cullen pour les repousser, tous sauf Leah. La dernière fois elle c'est fait blesser méchamment. Heureusement son frère est intervenu à temps. Les vampires, car ils sont plusieurs en réalité, les ont attaqués par derrière. Joham et ses filles. Les Cullen ne les connaissent que de nom, mais ils sont déjà bien renseignés. Il y a un vampire, et ses cinq filles, des hybrides comme Nessie. Pourquoi cherche-t-il autant à la rencontrer ?

La louve était furieuse de s'être laissé avoir aussi facilement. Ce n'était qu'hier soir, et pourtant son bras est déjà cicatrisé. Quelle chance ces loups !

Enfin ils auraient sûrement préféré ne jamais rencontrer de vampire. Dire qu'en quatre ans c'est la quatrième fois que des sangsues tentent de pénétrer sur leur territoire… La présence des Cullen n'arrange rien, au contraire ils attirent les curieux. Je comprends que Leah leur en veuille, par leur faute les meilleures choses de sa vie ont pris fin : sa relation avec Sam, sa famille, sa vie en tant que femme…

- A quoi penses-tu ? me questionne-t-elle.

- A ta vision de toi-même.

Elle me regarde bizarrement. Je sais qu'elle ne me dira rien si je ne la force pas un peu. En même temps je ne suis pas sûre d'être la mieux placée pour donner des conseils. Cependant je n'aime savoir qu'elle se refuse des tas de chose à cause de son état.

- Tu crois que tu n'es plus une femme.

C'est une affirmation de ma part.

- Je suis une louve, point.

- Je ne pense pas que tu sois aussi limitée…

- Tu ne sais pas de quoi tu parles !

- Seth m'a dit…

- Bon sang, il ne peut pas s'occuper de lui ! Dire que je l'écoute se plaindre, et lui te répète tout !

Elle est en colère, je ne suis peut-être pas assez diplomate. En plus je viens de vendre Seth. Calmons-nous !

- Leah s'il te plait ! Je suis bien placée pour savoir ce que c'est de douter sur son avenir !

Elle ne dit rien, son regard perdu sur les veines de la table en bois.

- Il n'y a pas de doute à avoir. Je vais regarder les autres former une famille, et rester à coté de tout ça.

- Ce n'est pas vrai. Tu peux avoir une famille ! Tu en as déjà une…

- Non Isleen. J'avais une famille, j'avais un avenir. Maintenant je n'ai plus que la meute.

Sa détresse me sert le cœur. Dire qu'elle cache toutes ses inquiétudes derrières sa rage.

- C'est idiot, mais j'en veux à tout le monde d'avoir droit à cette vie. Connaître l'amour, avoir des enfants, et vieillir.

Je comprends mieux sa façon de réagir.

- Rien n'est perdu…

- J'ai perdu Sam, je crois que ça résume bien la situation.

- Bon sang reprend toi ! Sam t'a larguée et alors ? Ca arrive à des millions de femmes, et elles survivent ! Bien sûr que c'est dur ! Mais tu as la vie devant toi pour construire quelque chose ! Si tu t'ouvrais un peu plus un homme oserait t'approcher. Si tu veux des enfants, adopte ! Tu te mets des bâtons dans les roues toute seule !

C'est à mon tour d'être énervée ! Je ne peux pas croire qu'elle baisse les bras comme ça pour une simple rupture ! Oui elle a cru son avenir tout tracé, et la route à volé en éclat, mais il lui reste encore tant de chemin ouvert !

- Tu peux parler, Miss « j'avance pour mieux reculer » !

- Justement ! Leah, mon futur à moi est tout tracé, je ne vais pas pouvoir élever d'enfants avec ma maladie, si j'arrive à survivre jusqu'à là. Toi tu as le temps de chercher. Il ne me reste qu'à profiter en priant que ma disparition ne fera pas de mal aux personnes que j'aime…

- C'est trop tard, tu le sais Seth…

- Est ma plus grosse erreur. Mais je n'arriver pas à lutter…

- Vive l'imprégnation…

Nous nous sourions tristement. L'imprégnation n'a pas que des bons côtés, nous le savons toutes les deux.

- Promet moi d'y réfléchir !

- Je ne fais pas de promesse à une mourante…plaisante-t-elle, sauf si tu me promets d'arrêter de torturer mon frère !

- Marché conclu.

_ - _ - _

Je le fixe allongée sur le canapé. Les siestes deviennent une habitude pour rattraper la courte durée de mes nuits. De toute façon je résiste difficilement au sommeil, dès que ma tête touche le canapé mon corps se met en veille. Aujourd'hui encore la lutte a été vaine, même la présence de Seth ne m'a pas retenue.

J'étire un peu mes jambes, pour mieux me réinstaller. Deux yeux noirs suivent le mouvement de mes membres en souriant. J'ai toujours du mal à me réveiller après mes pauses.

Il est assis par terre mangeant une brioche aux myrtilles qu'Alma lui a préparée. Son gâteau préféré. Elle le gâte trop, comme s'il avait besoin de ça pour passer son temps libre ici ! D'ailleurs sa mère a de plus en plus de mal à le retenir chez elle. De ce fait il n'est pas rare de voir sue ou Leah débarquer ici, à sa recherche.

Nous multiplions les « repas de famille ». Dans ces moments là je commence à vraiment entrevoir ce que c'est. Les taquineries, le soutien, les épreuves et les joies passées ensemble. Roy m'a félicité. Il pense que sa sœur et lui se rapprochent grâce à ma présence ! Je ne vois pas vraiment ce que je viens faire là dedans mais bon !

Ma main caresse ses cheveux de jais. J'aime laisser mes doigts courir sur les fils doux et courts. Un moment que nous apprécions tout les deux. Sa tête se penche vers moi, me fixant. Ou plutôt s'intéressant de près à mes lèvres. Un sourie nerveux les tires. Je le sens se rapprocher, mais je recule imperceptiblement. Il se relève sur les genoux réduisant la distance qui nous sépare de plus en plus. Une de ses mains fait plier le haut du canapé alors qu'il s'y appui. Il se penche si bien que son souffle me chatouille. Je m'enfonce le plus possible dans les coussins, fronçant les sourcils. Je vais finir par loucher !

Mes yeux se rouvrent sous son soupire. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Habituellement mon corps veut toujours plus de Seth. Mais depuis quelques jours, il tente de m'embrasser, et je m'échappe à chaque fois. Détournant le visage, le cachant… C'est bien simple je me crispe dès qu'il en veut à mes lèvres. Je réagies comme une idiote ! Nous avons été bien plus intimes que cela… Pourtant un baiser pour moi, c'est quelque chose d'encore plus fort. Qu'elle fleur bleue !

- Désolée…

Sa main touche ma bouche comme une plume, me forçant à taire mes excuses. Il ne regarde que moi, je tremble comme toujours sous la profondeur de ses iris. Ses doigts glissent sur ma joue, puis au creux de mon cou. Mes poils se hérissent, selon le chemin qu'ils suivent. Hum, j'aime quand il fait ça. Je m'installe un peu mieux lui laissant plus d'espace à toucher. Il adore me câliner à cet endroit précis depuis qu'il a découvert à quel point je suis sensible. Il trouve cela très amusant de me voir devenir une guimauve à ce simple contact. Je le laisse maître de son exploration, profitant des sensations. Pour un peu je ronronnerais…

Je ne suis pas logique. Depuis notre rencontre avec Joham nos rapprochements sont de plus en plus intimes. Les caresses se précisent, tout en restant raisonnables. Enfin, je reste raisonnable, Seth reste malgré tout un ado. Un jeune très, très tactile. Pas que ça me gêne vraiment, il y a du bon à se faire dorloter par un loup.

Heureusement il respecte mes réticences, même si je vois bien que cela l'ennuie. Il est patient, mais il ne va pas attendre sans rien dire éternellement. Pourtant je n'arrive pas à me convaincre l'embrasser est la suite logique des choses. Notre couple suit un drôle de tracé.

Son visage vient s'enfouir dans le creux de ma nuque. Il inspire par le nez, reniflant l'odeur de ma peau. Je rougis un peu. Si Roy ou Alma nous surprennent comme ça : Seth à moitié avachi sur moi, alors je suis étalée sur le canapé… Je ne préfère pas imaginer leur réaction.

Ma main rejoint automatiquement sa nuque et ses cheveux.

La sonnerie de son portable casse l'instant. Il râle et le décroche en grognant. Son corps quitte le mien rapidement, si bien que je sens une sorte de manque. Je me rassois sur le canapé. Au sol, il gratte le plancher mécontent. Je m'installe derrière lui.

J'ignore qui est son interlocuteur, mais il se calme très vite. Sûrement Jacob, j'espère que Nessie n'a rien. Ma main se repose automatiquement sur son crâne. Il s'appuie sur le canapé fermant les yeux. Il n'est pas inquiet. Aucun événement tragique n'a eu lieu… Ses réponses en monosyllabe me fond rire. Je suis sur qu'avec un peu d'effort je pourrais le faire ronronner.

- Hum (…) je pense, oui (…) pas aujourd'hui ! (…) ouai ouai…

A mon grand étonnement il me tend le cellulaire. Je l'attrape alors qu'il continu à me fixer. Son air bougon m'interroge. Que peut bien lui vouloir l'alpha, pour que ce dernier demande à me parler ?

- Allo ?

- Ah ! Lys ! Peux-tu convaincre cette tête de mule de ramener sa fraise ce soir à six heures ? Et la tienne aussi d'ailleurs !

J'aurais du m'en douter ! Jacob n'a vraiment aucune honte à se servir de moi ? S'il n'arrive pas à le convaincre je ne vois pas pourquoi je m'en mêlerais ! Surtout si c'est pour nous faire sortir de la chaleur bien heureuse de la maison.

- Pourquoi ? On pensait passer l'après-midi juste tous les deux…

- Je sais merci, Seth n'arrête pas d'y penser ! Quoi… Alice rends moi…crie t-il.

Je recule mon oreille de l'appareil pour la protéger du cri du loup. Je sens que la fin de notre journée ne va pas se passer comme prévue ! Je finis par rapprocher le combiné.

- Isleen ? C'est Alice.

- Oh, bonjour.

Seth rigole de ma tête. Il s'attendait à quoi ? Je ne suis pas mal polie au point de rouspéter sur la petite brune dès le début de la conversation !

Je lui tire la langue pour le faire enrager un peu. Mauvaise idée, il la fixe comme si elle incarnait la tentation pure. Comme un félin son corps se moue vers moi, montant sur le canapé, sa tête se lovant dans ma nuque. Son souffle chaud me fait trembler… Il remonte en de légers baisers papillons. Tout est bon pour me faire craquer. Et ça marche très bien, trop bien même. Je perds peu à peu la maîtrise que j'ai. Hum, comment lui résister ? Son nez se frotte contre la peau sensible sous mon oreille. Je ferme les yeux. Sa main glisse le long de mon corps, se nichant sur la peau de mon dos. Je sursaute, fronçant les sourcils. Calmons-nous !

- Isleen ? Tu ne m'écoutes pas ! Qu'est-ce que tu fais avec Seth ?

- Quoi ? Rien, rien ! je rougis. Désolée tu disais quoi ?

Bon sang pourquoi fait-il ça lorsque je suis au téléphone ? Je fronce les sourcils pour lui faire passer le message. Avec un petit sourire narquois il recommence son manège. Je tente de le repousser de ma main libre, mais ce n'est pas très efficace. Je le repousse un peu plus vivement, m'échappant vers la fenêtre alors qu'il tombe sur les fesses.

- Si tu es vraiment désolée tu viens choisir le sapin pour Noël ce soir !

- Alice…

- Je serais très déçue si tu ne viens pas…

- Avoue, tu m'as vu courir avec toi dans la neige ?

- Non. Je ne te vois pas dans mes visions. Seth brouille tout ! murmure-t-elle, boudeuse.

- Vraiment !

- Oui ! Alors ?

Je laisse le silence traîner. La buée forme un petit nuage sur la vitre. Je trace des dessins sans forme dedans. Seth ne tarde pas à me rejoindre, m'enlaçant par derrière.

- Je ne suis pas trop fête de famille…

- Tu changeras d'avis ! On vous attend dans trois heures !

- Alice je n'ai pas dit…

Elle m'a raccroché au nez ! Je lève les yeux, croisant ceux rieurs de Seth. Ce n'est pas vrai ! Adieu après midi tranquille devant le feu de cheminée ! Pour une fois que mes tuteurs étaient absents. Seth a usé de tout son charme avec Alma pour les faire aller chez les Clearwater ce soir. Notre soirée tranquille tombe à l'eau.

Je soupire laissant mon front tomber contre la vitre.

- Personne n'est de taille pour lutter contre Alice !

Je grogne un peu, les yeux fixant la forêt. Par principe je boude. Il en profite pour frotter son nez à la jointure de mon épaule et de ma nuque. Le tricheur, il fait toujours ça quand il veut quelque chose.

- Seth ! Tu triches ! Ce n'est pas sympa de te servir de mes points faibles.

- De quoi tu parles ? se moque t-il. Je peux te faire flancher d'un seul regard !

- Prétentieux !

Il rentre dans le jeu et me retourne en une seconde, dos au carreau. Je frémis, la vitre froide contraste avec la chaleur du torse contre lequel j'étais appuyé. Avec un petit sourire en coin, il me fixe droit dans les yeux. Ses iris s'accrochent aux miennes, tremblantes. Le noir profond de ses prunelles m'engloutit peu à peu, transmettant toutes ces émotions si fortes qui nous lient. Je frémis d'envie, le tam tam dans ma poitrine accélère sa course. La paume de Seth se pose dessus, comme pour le calmer.

Je ferme les paupières, c'est trop de choses pour un cœur novice comme le mien. Même dans la pénombre je sens encore son regard perçant sur moi.

- Qui triche maintenant ?

Sa main reste sur ma poitrine le temps que je me calme. Je respire doucement, aidée par sa paume qui guide mes mouvements. Inspire, expire… Punaise, à chaque fois c'est le même cirque !

Mes yeux papillonnent un moment, avant de se fixer sur son visage confiant.

- J'ai gagné !

- Seth ? Qu'aurais tu fais si je refusais toujours de sortir avec toi ?

- Je n'aurais pas abandonné, murmura t-il sérieusement. Jamais, je te le promets !

Il a un je t'aime au bord des lèvres. Nous le savons tous les deux. Il le retient pour ne pas me gêner. J'ignore ce qu'est l'amour familial, alors je ne parle pas du reste. Pourtant je sais que ce qui nous uni est trop fort pour être transcrit par des mots. Il ne me reste qu'à hésiter encore et encore pour s'avoir à quel point je tiens à lui. Passion, amour, adoration, plus ?

Mon estomac se contracte à l'idée que je ne saurais peut-être jamais. J'ai la tête qui tourne un peu. Je mets un instant à me rendre compte que ce n'est pas un effet secondaire à notre échange avec Seth, mais bien à notre petite lutte antérieure.

Je sens mes intestins se tordre alors que je ravale une remontée acide.

- Seth, pousse-toi !

Il s'écarte sachant très bien ce qui m'arrive. Je cours à l'étage dans la salle de bain. Il m'ouvre la cuvette et me tiens au dessus. Je vomis pour la deuxième fois aujourd'hui. Ca réduit un peu, mais ce n'est pas encore ça.

Ces gestes sont précis, habitués à me voir courbée ainsi. Il souffre de me voir comme ça. Je fais de mon mieux pourtant. Cette maladie me gâche la vie, je m'y suis fait. Mais elle impacte aussi sur celle de Seth, et ça c'est plus dure à accepter.

Il n'a rien demandé. Ni à être un loup, ni à s'imprégné de moi. Moi qui suis une infirme, au lieu d'être un soutien. Cette idée me travaille. N'aurait-il pas été mieux qu'on ne se rencontre jamais ?

Je m'essuie la bouche, avant de me laver les dents. Très glamour ! Seth m'observe discrètement, appuyé contre la porte. Il ressemble tellement à un adulte, alors qu'il a à peine seize ans. Son visage est fermé, triste sûrement et las d'avoir à supporter tout ça.

Je m'en veux de lui infliger tout cela. Enfin autant qu'il s'y habitue car s'il désire vivre avec moi, alors ce genre de chose deviendra courante pour lui.

Il m'enlace par derrière. Je lève la tête sur notre couple. Un indien, avec un sourire doux, regarde avec amour une femme aussi pâle qu'un lavabo. Nous sommes vraiment très différents. Il me dépasse d'une bonne tête, sans parler de sa carrure. Etrangement je n'ai pas l'air aussi malade que je le pensais. Je rayonne légèrement.

Ses mains brûlantes glissent le long de mes bras caressant, frottant toute la peau qu'il peut atteindre. Le rouge me monte aux joues, son regard pénétrant dans le miroir me défiant de l'interrompre. Mes doigts s'unissent aux siens, calmant ses gestes, les renforçant par certains endroits. Je chavire, mais son corps me retient. Tout est si intense…

_ - _ - _

Au moins deux semaines de neige tapissent le sol. Je m'enfonce dans la poudreuse à chaque pas, luttant pour avancer. Les larges branches des arbres nues ont revêtues un épais manteau de coton blanc, contrastant avec les multiples sapins poussant ici et là. La nature reste belle, même lorsqu'elle perd ses attributs feuillus. L'eau gelée crée des décorations translucides. Les seules pointes de couleur sont les verts profonds des sapins, et les boules rouges du gui.

Aucun bruit ne résonne dans les bois, hormis nos murmures et le bruits de nos pas dans la poudreuse. Un sentiment de solitude, de tranquillité, de calme résonne dans le silence. Toutes les émotions fortes sont anesthésiées ici. La neige ne nous autorise qu'à la contempler. De toute façon que pourrions nous faire d'autre, nous dont les vies sont si mouvementées ? Un lieu hors du temps n'est qu'une oasis ponctuel. L'hiver nous tend ses bras protecteurs, nous berçant, cachant nos angoisses sous ses flocons gelés. Que faire à part prier que jamais la chaleur ne vienne tout faire fondre ? Car indubitablement le printemps suit les périodes glacées.

Il y a une profonde poésie dans ce type de paysage. La mélancolie se mêlant aux flocons, l'épanouissement devant des petites scènes naturelles, comme les branches mortes emprisonnées dans la glace d'un cours d'eau.

Je pourrais mourir ici.

Cependant je dois avancer. J'augmente un peu la cadence pour rattraper le groupe. Pourquoi suis-je la seule à avoir du mal à avancer ? Alice guide les Cullen, Jacob, Seth et moi, à travers bois depuis au moins une heure. Et encore je n'ai pas vérifié ma montre depuis un moment. Il fait si froid.

Je crois avoir perdu mon visage il y a dix minutes, mes pieds il y a une demi-heure, et je ne parle pas de mes doigts ! Bon sang, elle nous emmène jusqu'au Canada, où quoi ! Tout ça pour un sapin… Dire que l'on aurait pu aller en ville pour en acheter un, ou prendre un de ce que nous avons déjà rencontré ! Mais non, elle en veut un précis. Il faut dire qu'avec les castings qu'elle fait passer à chaque arbre je ne suis pas sûre que celui qu'elle cherche existe !

Seth, Jacob, et le colosse vampire se font une gigantesque bataille de boule de neige sous les encouragements de Nessie et de Rosalie. Jasper compte les points. J'entends leurs cris et leurs slogans. Ils s'amusent alors que moi je m'enfonce un peu plus à chaque pas. Bon sang, dire que je devrais être dans le canapé avec Seth, autour d'un bon chocolat chaud. Lui qui râlait toute à l'heure y a trouver son compte ! Pourquoi je n'arrive pas à m'amuser comme eux ? Pourquoi faut-il que je me sente toujours à part ? Ils se connaissent si bien, et leurs aventures les ont liés au-delà de l'entendement. Mais moi que suis-je ici à part une pièce rapportée ? Il est évident que pour Seth je suis plus que ça, mais pour les autres ? Jacob et moi serions-nous ami ? Jamais je n'aurai connu les Cullen. Alors ?

Je jette un léger regard à ma gauche. Edward et Bella se promènent en amoureux. Main dans la main nous suivant, enfermés dans une bulle qui n'appartient qu'à eux. Je les envie, et en même temps je savoure ma solitude. Ce moment est agréable car je peux réfléchir tranquillement sans me cacher derrière un masque. Et en même temps je ne suis pas seule. Les vampires et les deux loups tournent autour de moi. Ils marchent, courent et sautent sans difficultés. Vraiment parfois le monde est injuste ! J'ai un corps plus fragile que la normale, et eux sont des êtres exceptionnels !

Et moi je ne peux que bougonner intérieurement. Le moustique Alice aurait-il oublié que les humains existent encore dans ce monde de fou.

Un rire me fait déraper dans la neige. J'attends de tomber de tout mon poids dans la mousse blanche. Pourtant pas une goutte d'humidité ne traverse mon pantalon un geste ample et sûre me remet sur mes pieds, ou plutôt sur les packs de glace qui me servent à marcher. Les médecins pratiquent-ils encore l'amputation pour les membres gelés ? Si oui je garde les morceaux et les fait manger à la puce qui nous sert de guide !

- Et bien, que de jolis surnoms ! Je me permets de les retenir pour lui ressortir.

Je me retourne. Edward me tient sublimement le bras. Comment peut-il être aussi élégant en un simple geste ? Son sourire s'agrandit un peu, étincelant. Peu de gens doivent pouvoir y résister ! J'ignore si c'est mon imprégnation, mais j'arrive plutôt bien à résister à son charme. Seth m'a expliqué que c'était pareil pour les loups, et il suppose que grâce à lui j'en suis protégé. Temps mieux, je ressemble déjà à une adolescente pleine d'hormones avec lui, il ne manquerait plus que ça en soit de même avec les Cullen !

Cette fois le roux rigole franchement. Encore dans ma tête ! Tu ne peux pas te promener ailleurs ?

- Hum, désolé, c'est un réflexe. Nous te connaissons depuis très peu de temps, et je m'intéresse donc à toi.

- Je ne crois pas être extrêmement complexe à comprendre.

- Si, comme chaque être humain tu as une façon propre de penser. Surtout par rapport à l'imprégnation. Ne te dénigre pas.

Mes yeux se portent automatiquement sur Seth. Une boule lancée par Emmett, je crois, lui explose à la tête. Il se dégage rapidement la vue et repart à l'attaque. Un vrai gosse. La neige qu'il a dans les cheveux fond, créant des gouttes caressant sa peau. Hum !

Je jette un petit coup d'œil à Edward. A son petit sourire je comprends qu'il est encore dans mes pensées.

Seth à l'air si bien. C'est loin de la tête triste qu'il tente de me cacher. Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à le rendre heureux ?

Il renchaîne faisant fit de ma gêne.

- Seth se sens mieux depuis quelques temps.

- Ah…

- Contrairement à ce que tu crois, ta présence ici lui fait plus de bien que de mal. Tu peux me faire confiance.

- Bah, il sourit tout le temps, on ne voit pas de différence.

Je mens. Je ne sais pas à quel point, mais je sais que ce n'est pas la vérité. Seth est plus triste qu'il ne le laisse paraître. Ou quelque chose le tracasse et il refuse de m'en parler !

- Oui, il est doté d'un grand optimisme, il est franc, et il devient de plus en plus mature. Mais il a tendance à oublier que tout garder pour soit n'est pas bon. Il reproduit les schémas des personnes qu'il fréquente.

- Leah ?

- Je pensais plutôt à toi. Mais oui, Leah aussi. Seth n'en reste pas moins une personne vraiment appréciable.

- C'est étonnant.

- De me voir parler d'un loup comme d'un ami ? Oui certainement. Mais vois tu je pense que certaines rencontres défient l'entendement.

Comme toi et Bella, ou Seth. Nessie et Jacob, et dans une certaine mesure tous les imprégnés. Moi et Seth. N'es-ce pas rassurant de savoir que tout ne suit pas une logique prédéfinie ? Une légère lueur d'espoir en quelques sortes pour les laisser pour compte : peut-être qu'un jour nous trouverons se qu'il nous manque. Seth, ou Bella pour Edward.

- En effet, s'éprendre d'une humaine, dont l'attraction me rendait fou ! Vraiment, cela n'avait rien de raisonnable, et pourtant… Il en est de même pour Seth. En toute honnêteté je pense qu'il est mon premier réel ami. Il est passé au dessus de toutes les frontières établies pour venir me parler. Je reste un vampire et lui un loup, mais quand nous parlons il n'y a plus de race. Juste deux personnes.

- Il fait souvent ça.

C'est un vrai passe muraille quand il s'agit de surmonter les barrières de ses fréquentations. Il a fracassé la coquille que j'ai mise des années à construire en quelques semaines. Déprimant !

- Oui, il m'en a parlé. Il se bat pour vous, parce qu'il refuse de passer à coté du bonheur.

- Il a plus de volonté que moi.

- Je pense plutôt que vous ne luttez pas pour les mêmes choses. C'est ce qui vous rend complémentaires, et qui fait qu'il a besoin de toi.

- Complémentaire ? Je pense plutôt que l'un se nourrit de l'autre pour survivre. Il n'y a rien de bon à ça.

Je ne comprends pas bien.

- Comment dire… Seth est un rêveur, une personne qui croit trop en l'honnête des gens. Il donne tout ce qu'il peut sans compter. Il se bat pour les personnes qu'il aime. Mais à être trop généreux il se fait mal. Tout le monde n'est pas comme lui. Certains profitent de lui, il le sait. Et puis il a cette tendance à enfouir ses déceptions et ses peurs bien profondément. Il ne pense pas assez à lui. Son jugement s'affûte, mais ça ne sera sûrement jamais assez… Il progresse, parce que toi tu le protèges.

- Je vois pas comment.

- Ca te surprend peut-être, mais tu le forces à réfléchir. Tu refuses qu'il soit parfait, et d'une certaine façon ça l'aide à être plus honnête envers lui-même.

- Quoi ?

- Et bien, même sans mes dons, une heure suffit à comprendre que tu es rationnelle, et que tu peux argumenter afin de mettre à bat un adversaire. Seth est contraint de réagir par rapport à ça. Je suis sûre que tu es capable de le harceler jusqu'à ce qu'il craque et avoue tout. Malgré ce que tu penses, tu ne profites pas de lui.

Je ne voyais pas ça comme ça ! Alors je lui sers à quelque chose, la balance de notre relation est-elle vraiment plus équilibrée que je ne le pense ? Leah, puis Edward me font réfléchir sur ce couple dans lequel nous mettons tous nos efforts. Serait-ce plus simple si nous arrêtions de protéger l'autre de nos pensées ?

- De quoi parlez-vous ? me fait sursauter Seth.

- Du fait que les Quileutes sourient tout le temps. Edward pense qu'il s'agit d'un trait physique, d'un apprentissage. Alors que moi je penche pour une tare génitale. Tu en penses quoi ?

- Hum, vu tes capacités en sourire je pencherai pour la deuxième. Désolé Edward ! Oh fait j'ai adoré le CD que tu m'as prêté ! Vibrant !

Je les regarde plus que je ne les écoute. Bella rejoins Edward glissant sa main dans la sienne. Ils sont beaux ensembles. Unis pour l'éternité. C'est si beau. Leur amour a franchi de nombreuses épreuves. Heureusement pour eux. Les plus grandes histoires d'amour se finissent généralement très mal. Roméo et Juliette pour ne citer qu'eux sont morts par bêtises. Je préfère ne pas penser que je suis sur la même pente glissante.

Pour chacun au loin de la vie se profile la mort. D'ailleurs l'existence nous serait-elle si chère sans sa fin ? Je me demande comment les Cullen envisage leur avenir. N'ont-ils pas peur de la route sans arrivée qu'ils affrontent ?

Pour ma part je suis heureuse de savoir qu'un jour je goûterai au repos. Le vrai, celui dont on ne se relève plus. Pour tout dire j'ai espéré qu'il arrive rapidement. Mais maintenant il y a Seth. Seth qui me survivra.

J'aurais dû continuer à limiter notre imprégnation. Nous nous attachons de plus en plus, et ce qui est un mal parfois aujourd'hui pourrait se transformer en cataclysme quand je disparaîtrais. Saura-t-il continuer à vivre sans moi ? Il me jure que non, mais cela arrivera un jour. Comme avec toute les imprégnées. Notre vie est bien plus fragile que la leur. Nous vieillissons. Alors un jour nous les laisserons derrière nous. Pensent-ils à ça de temps en temps ?

Je ne pourrais partir sereinement si je sais que Seth ne survivra pas à mon départ. L'imprégnation n'est pas une si bonne chose finalement. A se demander pourquoi elle a été crée…

La promenade continue inlassablement. Chacun avec son double.

Ma main s'approche de Seth, comme à chaque fois que j'initie un geste ma respiration se tend. Je le frôle, mes doigts vibrant au seul fait de sentir la chaleur qu'il dégage. Je me faufile dans cette main que je sais accueillante. Nos paumes se touchent et se mêlent.

Je souris bêtement, heureuse de mon initiative. Le loup à l'air de partager ma gaieté, serrant ma main en une douce pression.

- Seth que feras-tu lorsque je disparaîtrais ?

- Pourquoi reparles-tu de ça ?

- Je ne sais pas, ça me passe par la tête.

Il réfléchit un moment ses doigts broyant les miens. Je sais que ce que je vais entendre ne va pas me plaire.

- Si jamais tu ne m'attends pas pour mourir, alors je te rejoindrais. Je ne pense pas pouvoir te survivre bien longtemps.

- Ne dis pas ça !

Il s'arrête étonné. Je suis énervée ! Alors j'avais vu juste.

- Quand la mort nous séparera, je veux que tu continues à vivre tu m'entends ! Je refuse que tu n'existes que pour moi. Je veux savoir que tu prolonge ta vie pour nous deux.

- Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? A présent ma vie sans toi se résumerait à se battre tous les jours pour continuer à respirer un air sans ton odeur. A vivre dans un endroit où tu n'existeras plus. Qui serais-je sans toi ?

- Comme aujourd'hui, tu seras un nous. Tant que l'un de nous vivra il y aura une preuve que tout ça a existé.

- Isleen, tu ne vas pas me quitter hein ?

Je le vois trembler. Ses muscles sont tendus, tressautant. Je m'arrête pour le regarder là, droit comme un pic, attendant que je lui assène un coup de grâce. Je suis incapable de réagir. Qu'est-ce qu'il s'invente ? A-t-il si peu confiance en moi qu'il croit que je vais nous séparer à chaque instant ? Une larme coule le long de sa joue. Je suis des yeux cette perle, filant sur le rond de sa mâchoire terminant sa course aux creux de ses lèvres.

- Seth, je ne t'abandonnerai jamais. Je m'excuse… Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Je m'écarte une nouvelle fois du droit chemin. J'ai vraiment du mal à m'habituer à cette notion de couple. Comme une funambule je tente de marcher sur un fil presque invisible, me tordant dans tous les sens pour ne pas tomber.

- Alors pourquoi tu t'éloignes ?

- Je ne m'éloigne pas…Je veux te protéger. Tu n'as pas à subir ma maladie Seth.

- Tu le fais bien avec ma mutation…

- Elle n'a pas de conséquence sur notre couple !

Il m'écarte, lui aussi est énervé maintenant. Nous nous arrêtons face à face. Je vois qu'il tente de se maîtriser.

- Alors le fait que je risque de te blesser à tout moment si je m'énerve n'influence pas notre couple ? Mon imprégnation pour toi me pousse à toujours t'en demander plus, alors que je t'avais promis de ne pas le faire.

- Tu ne me forces à rien ! Toi tu me regardes dépérir, parce que je refuse de faire des examens. Je vomis tous les jours, et si tu crois que je ne vois pas ta pitié !

- De quoi tu parles ? Je n'ai pas pitié !

- Alors pourquoi tu fais cette tête à chaque fois ?

- J'ai peur. A chaque fois, tu finis par t'éloigner de moi. Tu ne me réponds plus, tu t'isoles. Moi je veux partager tout cela.

- Mais je profite de toi, et je ne te donne rien en échange.

- Isleen, nous sommes un couple. Il faut que tu arrêtes de tout prendre sur toi ! Les gens ne donnent pas forcément en attendant un retour.

Mais, ce mode de fonctionnement m'est totalement inconnu. Pour moi chaque chose offerte a une contrepartie.

- Mon amour pour toi se suffit à lui-même, tant que tu es là.

- Mais…

- Chut ! Sans toi je n'aurais plus aucune raison de respirer, de me lever, de me battre contre les vampires. Je te garderais en vie par tous les moyens pour continuer à avancer. Alors arrête de croire que tu es la seule égoïste ici !

Nous avons mis les choses à plat. Enfin à peu près. Je veux bien faire des efforts, mais il doit en faire aussi.

Les autres se sont arrêtés, et ont sûrement entendu les tenants de l'affaire. Je rougis un peu. On n'est pas très discret tout les deux. L'heure de la paix sonne.

- Alors si je te demande de me réchauffer, je ne passerai pas pour une profiteuse ?

- Non, pour une visage pâle qui ne tiens pas le coup ! Petite chose fragile !

Il éclate de rire. Ses bras se tendent vers moi. Je refuse de bouger, sa tête se penche sur le coté avec un sourire charmeur. Si tu crois que ça va me suffire !

J'attrape un peu de neige et lui lance en plein torse.

- Isleen, tu vas regretter ça !

Je cours le plus vite possible me cachant derrière Emmett. Ce dernier évite la boule immense que lui jette mon loup, avant de riposter.

- Arrête de te cacher tricheuse !

Je rigole sans vraiment savoir pourquoi, libérée d'un poids. Je me sens si légère. J'évite autant que possible les boules qu'il m'envoie, me cachant derrière « musclore » ou Jacob. Nous finissons par nous unir contre Seth, rejoins par Jacob. Bella, Jasper et Alice nous regardent dubitatif. Je crois même que la puce boude.

Je lui envoi une boule en plein dessus. La neige se fracasse sur son visage. Tous sursautent. Comment ne l'a-t-elle pas vu arriver ?

Ses yeux me fixent enragés. Je recule un peu…

- Tu vas me le payer, plaisante-t-elle. Profiter de ma faille pour m'attaquer !

En une seconde elle est à coté de moi fourrant de la neige glacée dans mon cou. Je me débats, mais je ne suis pas assez forte pour arriver à quelque chose.

- Seth au secours on m'agresse !

Seth soupire, et attaque Alice. Elle tombe sous le choc, brisant un arbre. Il est si difficile d'imaginer leur force. Même la frêle Alice, est plus puissante qu'un catcher ! Déprimant ! Cette dernière rouspète contre sa tenue pleine de neige. Une grosse boule envoyée par Jacob l'arrête.

Au bout de quelques minutes la bataille fait rage. Jacob, Seth, Nessie, son père, Emmett et moi luttons contre le reste des vampires, chacun usant de ses dons.

Les loups se concentrent sur Alice qui évite toutes les autres. Parfois grâce à son inattention, et à une grande concentration de ma part j'arrive à l'atteindre. Edward triche lui aussi lisant les pensées des ses adversaires. Quand Bella s'en est aperçue elle a bloqué leur esprit. La partie varie donc selon l'utilisation de leurs dons. Et moi, la simple humaine je participe à ce jeu hors du commun !

Epuisée, je m'appuie contre un arbre, espérant éviter les projectiles de l'équipe adverse. Une légère envie de vomir est présente. Je me suis peut-être un peu trop dépensée pour mon propre bien. Ma transpiration me refroidit rapidement. J'éternue bruyamment. Un peu trop pour l'arbre qui tremble et me recouvre de neige.

Tous rient de mon infortune, surtout Seth. Il est rare de le voir aussi détendu.

- Alors la visage-pâle, on a du mal avec la nature ambiante ? plaisante-il.

Je me jette sur lui en poussant un faux cri d'indien le renversant de tout mon poids dans la neige. Victoire ! Un à zéro pour moi !

- Tu crois vraiment que je vais te laisser gagner sans me battre ? me dit-il en se rapprochant dangereusement.

De sa force, bien plus importante que la mienne, il me plaque à son tour contre le sol. Ouh, c'est très froid !

Il me regarde, tout fier de son pouvoir sur moi.

- Tu comptes m'enterrer dans la neige ?

- Peut être… Comme ça tu resteras jeune et jolie.

- Et froide…

Il rigole s'installant sur moi, et rapprochant nos visages. Je louche un peu devant la scène. J'inspire vivement, contractant mes muscles. Je le pousse de nouveau m'installant à califourchon sur son ventre. Il me laisse reprendre me souffle, m'observant de ses orbes sombres. Il est beau sur la neige. Sa peau brune tranche, sur la couleur nacrée de l'eau cristallisée. Enfin plus pour longtemps car sous sa température élevée elle fond plus qu'autre chose.

Des gouttes d'eau me coulent des cheveux terminant leurs plongeons sur son pull.

- Tu sais Seth, un jour je te dirais ce que tu as envie d'entendre.

- Je n'en doute pas.

Il se relève me poussant à me mettre debout. Je lève enfin la tête pour voir que nous sommes dans une clairière de gigantesques sapins. Voici enfin le but de cette marche sans fin.

Alice sautille d'un arbre à l'autre, restant pensive de temps en temps. Aussi agile qu'une danseuse, elle frôle le sol. Si ça ne tenait qu'à moi je prendrais un arbre touffu à gauche. Ses grandes branches ne demandent qu'à être habillées de lumière.

Etonnamment Alice s'arrête devant lui le jaugeant avant de se retourner vers nous avec un grand sourire. Je lève mon pouce en signe d'assentiment. Il n'y a plus qu'à le couper.

Enfin le déraciner plutôt, Emmett arrache d'un coup l'arbre et le traîne, formant une route. Une aussi longue marche pour seulement ça ! Franchement, les excentricités d'Alice m'étonneront toujours.

- Bienvenue dans la famille.

Bella me regarde d'un air bienveillant, tenant la main de sa fille. Une famille ? Je souris. Une famille, bizarre certes, mais une famille. J'ai une vraie famille, je me sens si bien maintenant. Je suis trempée, grelottante, et heureuse.

Es-ce enfin la fin des tourments ?


Bonne question…

Et voilà la fin de ce chapitre. J'espère que cela vous a plut, car il va vous falloir attendre pour avoir la suite (pas plus d'une semaine j'espère).

J'attends, vos avis, critiques, félicitations, commentaires, ou simplement votre passage.

A bientôt !