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UN ANIMAGUS, DES ANIMAGI

Quelque chose dans tout cela tracassait Megan. D'après Fudge, les Détraqueurs avaient très peu d'effet sur Sirius Black. Non content d'être le premier sorcier à s'être jamais échappé d'Azkaban, il devait être aussi le seul humain à ne pas être affecté par l'abominable pouvoir des gardiens de la prison. Megan ne comprenait pas comment il était possible de ne pas devenir fou après avoir passé douze longues années en leur présence. De toute évidence, c'était cette capacité à leur résister qui lui avait permis de s'enfuir. Mais comment ?

Megan ne vint pas dîner ce soir-là, sachant parfaitement que Ron et Hermione allaient passer le repas à observer Potter d'un air inquiet sans oser parler de la conversation qu'ils avaient surprise entre les professeurs et le ministre de la magie. Elle attrapa quelques fruits dans une coup posée sur la table de Gryffondor puis monta à la bibliothèque récupérer des livres sur les Détraqueurs. Mais à la fin de toute une soirée le nez plongé dans des manuels sur les pires créatures du monde magique, la seule découverte qui aurait pu présenter un tant soit peu d'intérêt était que les animaux ne souffraient pas de l'influence des Détraqueurs.

Le lendemain, Megan profita de l'absence de la plupart des élèves en ce premier jour de vacances pour passer du temps près de la fenêtre de la salle commune, à se demander quelle était la probabilité que James Potter, Sirius Black, Lupin et Peter Pettigrow soient les Maraudeurs. Elle attendait de voir les jumeaux pour leur poser quelques questions, mais elle était la première levée et dut attendre un certain temps. Hermione descendit une heure après Megan avec tous ses livres et ses cahiers pour commencer ses devoirs pour la rentrée, et un peu plus tard Ron arriva à son tour, les bras plein de friandises.

- Où est Harry ? lui demanda Hermione.

- Il dort encore. Il dormait déjà quand je suis monté hier.

Megan jeta un coup d'œil à ses meilleurs amis et observa sans surprise leur air inquiet.

- Qu'est-ce que vous comptez faire ? leur lança-t-elle d'un air las.

- Il sait ce que Black a fait maintenant…, lui fit remarquer Hermione.

- Tu penses qu'il va vouloir le retrouver, hein ? dit Ron.

- Il faut qu'on lui en parle, affirma Hermione.

Megan secoua la tête et se retourna vers la fenêtre pour fixer la neige. Si elle savait qui avait trahi et tué ses parents, elle serait déjà partie, elle saurait déjà comment tuer le coupable. Mais Potter n'était pas comme elle, Potter était faible, il n'oserait jamais rien tenter.

Une heure plus tard, un bruit de pas et une porte qui s'ouvrait indiqua à Megan que Potter devait être levé.

— Harry, tu... tu as une mine épouvantable, lâcha Hermione.

— Où sont passés les autres ? répondit Potter.

- Partis, répondit Megan sans le regarder, le regard rivé sur la neige qui tombait dehors.

- C'est le premier jour des vacances, tu l'as oublié ? ajouta Ron en terminant son crapaud à la menthe. C'est presque l'heure du déjeuner, je m'apprêtais à monter te réveiller.

— Tu sais que tu n'as vraiment pas bonne mine, répéta Hermione.

— Je vais très bien, assura Potter, ne trompant personne.

— Harry, écoute-moi, reprit Hermione. Tu dois être bouleversé par ce que nous avons entendu hier. Mais il ne faut surtout pas faire de bêtises.

— Comme quoi, par exemple ?

— Comme d'essayer de retrouver Black, répondit Ron.

Potter garda le silence.

— Tu ne feras pas ça, n'est-ce pas, Harry ? insista Hermione.

— Black ne vaut pas la peine qu'on meure à cause de lui, dit Ron.

Potter les regarda d'un air consterné.

— Vous savez ce que j'entends, chaque fois qu'un Détraqueur s'approche de moi ? demanda-t-il d'un air agressif. J'entends ma mère qui hurle et qui supplie Voldemort. Et si vous aviez entendu votre mère crier comme ça, quelques instants avant sa mort, vous ne l'oublieriez pas facilement. Et si vous découvriez que quelqu'un qui était censé être son ami l'avait trahie et livrée à Voldemort...

Megan tourna aussitôt la tête vers lui, le regard flamboyant de colère. Le pauvre Potter ! Les rares fois où un Détraqueur l'approchait, il se rappelait vaguement de la mort de sa mère, dont il n'avait presque aucun souvenir, tandis qu'elle revivait chaque nuit cette abominable scène qu'elle avait vécu consciemment !

— Tu n'y peux rien du tout ! s'exclama Hermione, ébranlée. Les Détraqueurs vont capturer Black et il retournera à Azkaban. Bien fait pour lui !

— Tu as entendu ce que Fudge a dit. Black n'a pas été affecté comme les autres prisonniers par son séjour à Azkaban. Pour lui ce n'est pas un châtiment aussi terrible que pour les gens normaux.

— Et alors ? Qu'est-ce que tu es en train de nous dire ? demanda Ron sur un ton tendu. Tu veux quoi ? Tuer Black ?

— Ne sois pas stupide, dit Hermione d'une voix qui trahissait la panique. Harry ne veut tuer personne, n'est-ce pas, Harry ?

Cette fois encore, Potter resta silencieux. S'il avait vraiment voulu tuer Black, il ne serait pas dans la salle commune à discuter avec eux.

— Malfoy est au courant, dit-il soudain. Vous vous souvenez de ce qu'il m'a dit pendant le cours de potions ? « Si j'étais toi, j'essaierais de le retrouver moi-même... je me vengerais. »

- Tu vas suivre les conseils de Malfoy au lieu des nôtres ? s'indigna Ron. Écoute-moi...

- Oh et puis laisses-le, Ronald, répliqua sèchement Megan avec une once de mépris en se retournant vers eux. Qu'il aille voir Black prouver de quoi il pense être capable, du haut de ses treize ans, avec les quelques sorts qu'il sait à peu près lancer !

Ron fronça les sourcils en la regardant, visiblement surpris, mais Potter l'ignora.

- Black est fou et dangereux..., ajouta Ron.

— Le père de Malfoy a dû lui dire ce qui s'est passé, poursuivit Potter sans faire attention à Ron. Il faisait partie des intimes de Voldemort...

— Tu ne voudrais pas plutôt dire « Tu-Sais-Qui » ? s'exclama Ron avec colère.

— ...et donc, les Malfoy savaient que Black travaillait pour Voldemort...

— Et Malfoy serait ravi que tu sois réduit en petits morceaux, tout comme Pettigrow ! Essaye de comprendre: Malfoy espère que tu seras tué avant le match de Quidditch entre Gryffondor et Serpentard.

— Harry, s'il te plaît, dit Hermione, les yeux brillants de larmes, je t'en prie, sois raisonnable. Black a fait quelque chose d'horrible, absolument horrible, mais ne te mets pas en danger, c'est ce que Black veut... Harry, tu tomberais directement entre ses mains si tu essayais de le retrouver. Ni ton père, ni ta mère n'auraient voulu qu'il te fasse du mal, n'est-ce pas ? Jamais ils n'auraient voulu que tu partes à sa recherche !

- Je ne saurai jamais ce qu'ils auraient voulu ou pas, puisque, par la faute de Black, je n'ai jamais eu l'occasion de leur parler, répliqua sèchement Potter.

Il y eut un long silence pendant lequel Pattenrond s'étira voluptueusement en sortant ses griffes. La poche de Ron se mit à trembler. Megan était toujours gonflée de fureur, comme chaque fois qu'elle entendait Potter parler de ses parents, comme s'il pouvait savoir quelle souffrance c'était d'avoir perdu des proches que l'on connaissait vraiment.

— En tout cas, dit Ron qui essayait de changer de sujet, c'est les vacances ! On est presque à Noël ! Si on allait faire un tour chez Hagrid ? Il y a une éternité qu'on ne l'a pas vu !

— Non, dit aussitôt Hermione. Harry ne doit pas quitter le château...

— Bonne idée, allons-y, la coupa Potter en se levant. J'en profiterai pour lui demander pourquoi il ne m'a jamais parlé de Black quand il m'a raconté l'histoire de mes parents !

Ron avait espéré qu'ils ne reparleraient plus de Black.

— Ou alors on pourrait plutôt faire une partie d'échecs, proposa-t-il précipitamment.

— Non, allons voir Hagrid, décréta Potter d'un ton décidé.

Megan n'avait aucune envie d'entendre Potter gémir à propos de ses parents, mais sortir du château pour aller voir le garde-chasse lui ferait au moins prendre l'air. Elle et ses amis s'emmitouflèrent dans leurs capes et traversèrent le château désert. Au-dehors, la forêt interdite paraissait enchantée, avec ses arbres parsemés de neige aux reflets d'argent, et la cabane de Hagrid ressemblait à un gâteau recouvert de sucre glacé. Ron frappa à la porte, mais personne ne répondit.

— Il n'est pas sorti, pourtant ? dit Hermione en frissonnant sous sa cape.

Ron colla son oreille contre le panneau de la porte.

— Il y a un drôle de bruit, dit-il. Écoute... Tu crois que c'est Fang ?

Megan, Hermione et Potter collèrent à leur tour l'oreille contre la porte. A l'intérieur de la cabane, on entendait de faibles gémissements saccadés.

— Tu crois qu'on devrait prévenir quelqu'un ? dit Ron, mal à l'aise.

— Hagrid ! appela Potter en cognant à la porte. Hagrid, vous êtes là ?

Il y eut des bruits de pas pesants, puis la porte s'ouvrit en grinçant. Hagrid se tenait dans l'encadrement, les yeux rouges et gonflés. Des larmes avaient coulé sur son gilet de cuir.

— Vous êtes au courant ? cria-t-il en se jetant dans les bras de Potter.

Hagrid ayant à peu près le double de la taille d'un homme normal, la situation n'était pas simple. Potter, sur le point de s'effondrer sous son poids, fut secouru par Ron et Hermione qui prirent chacun Hagrid par un bras et le ramenèrent à l'intérieur de la cabane. Hagrid se laissa conduire jusqu'à une chaise sur laquelle il s'assit en s'effondrant sur la table, secoué de sanglots, sa barbe hirsute ruisselante de larmes.

— Hagrid, que se passe-t-il ? demanda Hermione, effarée.

— Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Megan en désignant une lettre d'aspect officiel, posée sur la table.

Hagrid sanglota de plus belle en poussant la lettre vers Potter qui la prit et lut à haute voix:

Cher Mr Hagrid,

A la suite de notre enquête concernant l'attaque d'un élève de votre classe par un hippogriffe, nous nous sommes rangés à l'avis du professeur Dumbledore qui nous a assurés que vous ne portiez aucune responsabilité dans ce regrettable incident.

— Eh bien, c'est parfait, Hagrid ! dit Ron en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.

Hagrid continua cependant de sangloter en faisant signe à Potter, d'un geste de sa main gigantesque, de poursuivre la lecture. Megan fronça les sourcils, se demandant ce que l'autorité compétente avait bien pu décider au sujet de l'incident impliquant Draco. Sachant qu'il s'était plaint à son père et que Lucius avait une influence particulière au sein du ministère et du conseil d'administration de l'école, elle était certaine qu'une sanction serait prononcée.

Nous devons cependant vous faire part de nos préoccupations relatives à l'hippogriffe en question. Nous avons en effet décidé de retenir la plainte de Mr Lucius Malfoy et de porter l'affaire devant la Commission d'Examen des Créatures dangereuses. L'audience se tiendra le 20 avril et nous vous demandons de vous présenter à cette date, accompagné de votre hippogriffe, au bureau londonien de la Commission. Dans l'intervalle, l'hippogriffe devra être isolé dans un enclos et soigneusement attaché.

Avec nos salutations confraternelles.

La lettre était signée par les membres du conseil d'administration de l'école.

- Nos salutations confraternelles, grommela Megan.

- Vous nous avez expliqué que Buck est un très brave hippogriffe, dit Ron. Je suis sûr qu'il s'en tirera...

- On voit que tu ne connais pas ces gargouilles de la Commission ! sanglota Hagrid en s'essuyant les yeux d'un revers de manche. Ils s'en prennent toujours aux créatures intéressantes !

Un bruit soudain retentit dans un coin de la cabane. Megan, Ron, Hermione et Potter tournèrent la tête: Buck, l'hippogriffe, était étendu à l'autre bout de la pièce et mâchait quelque chose qui répandait du sang sur le plancher.

— Je ne pouvais quand même pas l'attacher dehors avec toute cette neige ! dit Hagrid en étouffant un sanglot. Le laisser tout seul ! A Noël !

Megan, Ron, Hermione et Potter échangèrent un regard. Ils n'avaient pas le même goût que Hagrid pour ce qu'il appelait les « créatures intéressantes » et qui, aux yeux des autres, n'étaient que des « monstres terrifiants ». Buck, cependant, ne paraissait pas particulièrement dangereux. Du point de vue de Hagrid, il était même adorable.

— Il va falloir préparer de solides arguments pour votre défense, Hagrid, dit Hermione en posant sur son énorme bras une main compatissante. Vous arriverez à démontrer que Buck est inoffensif, j'en suis persuadée.

— Ça ne servira à rien ! sanglota Hagrid. Tous ces affreux de la Commission sont à la botte de Lucius Malfoy ! Ils ont peur de lui ! Et si je n'arrive pas à les convaincre, Buck sera...

Hagrid se passa l'index sur la gorge, puis il poussa une longue plainte et s'enfouit le visage dans les bras. Megan savait que le garde-chasse avait raison, si Lucius voulait voir Buck mort, les autres membres de la commission n'oseraient pas se prononcer contre cette décision.

— Et Dumbledore ? demanda Potter.

— Il a déjà fait tout ce qu'il pouvait pour moi, grogna Hagrid. Il est suffisamment occupé à empêcher les Détraqueurs d'entrer, sans compter Sirius Black qui rôde dans les environs...

Ron et Hermione jetèrent un bref coup d'œil à Potter, en se demandant s'il allait lui parler de Black. Mais le garçon ne semblait pouvoir se résoudre à lui faire des reproches, maintenant que Hagrid paraissait si malheureux. Encore une preuve que Potter n'avait pas suffisamment de cran pour venger ses parents.

- Hermione a raison, Hagrid, dit-il, vous ne devez pas vous avouer vaincu. Ce qu'il vous faut, ce sont de bons arguments pour vous défendre. Vous pouvez nous citer comme témoins...

Ron et Hermione jetèrent un coup d'œil à Megan, qui n'avait encore rien dit pour soutenir Hagrid. Elle poussa un soupir.

— O.K, dit-elle d'un air las. Je me souviens avoir lu quelque chose sur un cas similaire. C'était à propos d'un hippogriffe qui avait été insulté et avait finalement été innocenté. Je vais chercher ce qui s'est exactement passé.

Hagrid poussa une lamentation encore plus déchirante. Megan laissa échapper un second soupir. Hermione et Potter lancèrent un regard à Ron en espérant qu'il aurait une idée.

— Vous... vous voulez que je vous prépare une tasse de thé ? proposa Ron.

Hagrid se tourna vers lui.

— C'est toujours ce que fait ma mère quand quelqu'un ne se sent pas bien, marmonna Ron en haussant les épaules.

Finalement, après que Megan, Hermione et Potter lui eurent à nouveau assuré qu'ils feraient tout pour l'aider et que Ron eut posé devant lui une grande tasse de thé fumant, Hagrid se moucha avec un mouchoir de la taille d'une nappe et dit:

— Vous avez raison. Il ne faut pas que je me laisse aller. Je dois me ressaisir...

Fang, le molosse, sortit timidement de sous la table et posa la tête sur les genoux de son maître.

- Je ne me sens pas dans mon assiette, ces temps-ci, dit Hagrid en caressant Fang d'une main et en essuyant ses larmes de l'autre. Je me fais du souci pour Buck et en plus, personne ne s'intéresse à mes cours...

- Nous, on s'y intéresse ! mentit Hermione.

- Heu..., commença Megan.

- Ils sont passionnants ! assura Ron en marchant sur le pied de Megan.

- Au fait… comment vont les Veracrasses ? demanda-t-elle en jetant un regard noir à Ron.

— Morts, répondit Hagrid. Ils ont mangé trop de laitue.

— Oh, non ! s'exclama Ron.

— Et puis tous ces Détraqueurs me rendent malade, reprit Hagrid, secoué d'un frisson. Je suis obligé de passer devant chaque fois que je vais boire un verre aux Trois Balais. J'ai l'impression de retourner à Azkaban...

Il s'interrompit et but son thé. Megan, Ron, Hermione et Potter le regardèrent en retenant leur souffle. Jamais ils ne l'avaient entendu parler de son bref séjour à Azkaban.

— Quelle sorte d'endroit est-ce que c'est ? demanda Megan au bout d'un moment, désireuse d'en savoir plus sur l'une de ses pires peurs.

— Vous ne pouvez pas avoir idée, répondit Hagrid à voix basse. Je n'ai jamais vu quelque chose comme ça. J'ai cru que j'allais devenir fou. Mes plus mauvais souvenirs me revenaient en tête... Le jour où j'ai été renvoyé de Poudlard... Le jour où mon père est mort... Le jour où j'ai dû me séparer de Norbert...

Ses yeux se remplirent de larmes. Norbert était un bébé dragon que Hagrid avait un jour gagné en jouant aux cartes et que Megan et ses amis avaient fait envoyer en Roumanie pour le bien du plus grand nombre.

— Au bout d'un moment, on ne sait plus qui on est. Et on n'a même plus envie de vivre. J'espérais mourir dans mon sommeil... Quand ils m'ont relâché, j'ai eu l'impression de renaître, tout revenait en moi, je n'avais jamais rien ressenti de pareil. Mais les Détraqueurs n'avaient pas très envie de me laisser partir.

Vous étiez innocent ! s'exclama Hermione.

Hagrid eut un petit rire.

— Vous croyez que ça les intéresse ? Ils s'en fichent. Tout ce qui compte pour eux, c'est d'avoir à leur disposition deux cents êtres humains qu'ils puissent vampiriser en leur ôtant toute idée de bonheur. Qu'on soit coupable ou innocent, ça leur est bien égal.

Hagrid resta silencieux un moment, les yeux fixés sur sa tasse de thé.

— A un moment, j'ai pensé que je pourrais faire fuir Buck, dit-il enfin. Mais comment expliquer à un hippogriffe qu'il a intérêt à se cacher ? Et puis... j'ai peur de violer la loi...

Il leva les yeux vers eux. Des larmes coulaient à nouveau sur ses joues.

— Je ne veux plus jamais retourner à Azkaban.

La visite à Hagrid, bien qu'elle n'eût rien d'amusant, avait quand même eu l'effet que Ron et Hermione espéraient : Potter cessa de parler de Sirius Black pour plutôt s'intéresser à la défense de Hagrid devant la Commission d'Examen des Créatures dangereuses. Dès le lendemain, Megan,Ron, Hermione et Potter se rendirent à la bibliothèque et retournèrent dans la salle commune les bras chargés de livres qui pouvaient les aider à préparer la défense de Buck. Tous les quatre s'assirent devant la cheminée et commencèrent à feuilleter des volumes poussiéreux qui relataient des exemples célèbres de créatures accusées de délits divers. Lorsqu'ils trouvaient quelque chose qui paraissait approprié à leur cas, ils le signalaient immédiatement.

— Tiens, là, en 1722, il y a eu une histoire semblable... Oui, mais l'hippogriffe a été condamné. Quelle horreur ! Regardez ce qu'ils lui ont fait... C'est dégoûtant.

Pendant qu'ils poursuivaient leurs recherches, les somptueuses décorations de Noël avaient été installées dans le château, bien qu'il n'y eût presque plus d'élèves pour en profiter. D'épaisses guirlandes de houx et de gui étaient accrochées le long des couloirs, de mystérieuses lumières brillaient à l'intérieur de chaque armure et la Grande Salle était remplie de ses douze sapins habituels qui scintillaient d'étoiles d'or. Un puissant et délicieux fumet, annonciateur de mets délectables, se répandait dans les couloirs et la veille de Noël, il était devenu si alléchant que même Scabers sortit son museau de la poche de Ron pour renifler avidement avec l'espoir de profiter du festin.

Megan avait ajouté la défense de Buck à la liste des choses qu'elle avait en tête en plus des cours. Elle avait déjà réuni de nombreuses décisions de la Commission qui avaient déclaré innocents des créatures bien plus dangereuses que l'hippogriffe, et avait même dit à Hagrid de mettre en avant le fait que Draco avait provoqué l'incident en ne se conformant pas aux règles de sécurité que le professeur leur avait énoncé avant de les mettre en présence des créatures. Cependant elle gardait à l'esprit que Lucius était le membre le plus influent de la Commission et que Hagrid aurait très peu de chances de l'emporter.

Elle n'avait cependant pas oublié ses élucubrations quant à l'identité des quatre Maraudeurs. Malheureusement, lorsqu'elle interrogea Fred et George sur l'époque à laquelle l'objet avait pu être créé, ils s'avérèrent bien incapables de lui répondre. Pourtant l'idée que les quatre garçons soient les auteurs lui paraissait crédible, partant du fait que Lupin était un loup-garou. Les autres surnoms s'expliquaient plus difficilement, étant tous reliés à des animaux : Patmol serait un animal aux pattes douces, Cornedrue un animal à cornes et Queudver aurait une longue queue. Suivant cette piste, Megan était allée consulter le registre dans lequel les Animagi étaient recensés, mais aucun de Potter, Pettigrow ou Black n'y figurait.

Le matin de Noël, Megan trouva une petite pile de cadeaux au pied de son lit. Elle commença par celui des Boyd, une boîte d'un grand chocolatier Moldu accompagné d'un mot de leur part sur une carte où un gros et vieux bonhomme barbu habillé en rouge lui souhaitait un joyeux noël et une plume neuve, la marque d'un effort de leur part de lui offrir quelque chose qui avait trait au monde magique. Comme chaque année depuis trois ans, Molly lui avait tricoté un pull noir, avec un grand M doré, accompagné d'une douzaine de petits pâtés qu'elle avait préparés elle-même, un morceau de bûche de Noël et une boîte de bonbons à la noisette.

- Ils sont délicieux ! affirma Hermione après en avoir mangé un.

Assise par terre à côté de ses cadeaux, elle nouait autour du cou de Pattenrond un morceau de guirlande. Ce dernier ne cessait de s'agiter entre ses mains, l'air de très mauvais humeur.

- Merci pour le livre, Hermione, répondit Megan en soulevant l'Histoire de la magie moderne.

Fred et George lui avaient offert une mallette contenant « les éléments essentiels au malice » de chez Zonko, Ron un porte-monnaie en peau de Boursouflet et Kevan un bracelet en argent, que la jeune fille passa à son poignet, le même où elle portait le bracelet en poils de Demiguise que lui avait offert Lee l'an passé.

- On va voir les garçons ? proposa Hermione en se levant, encore vêtue de sa robe de chambre. Ils doivent être levés aussi.

Megan se contenta de suivre sa meilleure amie, tout en lisant distraitement la carte des Boyd. Tout en bas, en post-scriptum, ils avaient ajouté une mise en garde contre Sirius Black, puisqu'ils avaient été prévenus de l'intrusion de celui-ci au sein de l'école. Ils lui conseillaient de ne rien tenter d'irréfléchi – comme si elle n'avait pour habitude de réfléchir lorsqu'un événement de ce genre se présentait, pensa Megan, passablement agacée.

Lorsqu'elles arrivèrent à l'étage du dortoir de Ron et Potter, de grands éclats de rire leur parvinrent.

— Qu'est-ce que vous mijotez, tous les deux ? lança Hermione en entrant. On vous a entendu rire comme des fous.

Le regard de Ron se posa aussitôt sur Pattenrond, que Hermione portait dans ses bras.

— Ne l'amène pas ici ! protesta Ron en saisissant Scabers blotti au fond de son lit pour le mettre en sûreté dans la poche de son pyjama.

Mais ni Megan ni Hermione ne l'écoutait. Hermione laissa tomber Pattenrond sur le lit vide de Finnigan, bouche bée. Megan écarquilla les yeux. Un Eclair de feu flottait quelques centimètres du sol devant le lit de Potter.

- Tu en as un aussi ? lâcha Megan, avec l'impression que, quoi qu'il arriverait, Potter ferait toujours tout pour avoir ce que la jeune fille désirait.

- « Aussi » ? releva Ron.

Megan serra les lèvres, consciente qu'elle avait laissé échapper quelque chose qu'elle n'aurait pas dû dire.

- Tu en as reçu un aussi ? s'enquit Potter.

- Non, je... je me suis fait un cadeau... pour mon anniversaire, marmonna-t-elle en fixant le balai.

Ron et Potter semblèrent aussi abasourdis que Megan et Hermione lorsqu'elles étaient entrées.

- Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ? hoqueta Ron. Tu as assez d'argent pour acheter ça ? Et quand est-ce que tu l'as acheté ? Il est quand, ton anniversaire ?

-Peu importe, balaya Megan qui ne voulait pas s'engager sur ce sensible terrain.

- Harry ! Qui t'as envoyé ça ? s'exclama Hermione.

- Aucune idée. Il n'y avait pas de carte.

Hermione ne semblait ni excitée, ni intriguée. Au contraire, elle se mordit la lèvre d'un air effaré.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'étonna Ron.

- Je ne sais pas, dit lentement Hermione, mais c'est un peu étrange, non ? C'est un très bon balai, n'est-ce pas ?

- C'est le meilleur balai au monde, Hermione, répondit Ron avec un soupir exaspéré.

- Alors il est très cher ?

- Sûrement plus cher que tous les balais de l'équipe Serpentard réunis, assura Ron d'un ton joyeux.

Megan haussa les sourcils en hochant la tête, se souvenant de la somme exorbitante qu'elle avait dû sortir pour acquérir ce précieux bien.

- Alors, qui enverrait à Harry quelque chose d'aussi précieux sans même le lui dire ? demanda Hermione.

- On s'en fiche ! répliqua Ron d'un ton impatient. Je peux l'essayer, Harry ? Tu serais d'accord ?

- Tu ne dois pas monter sur ce balai! protesta Hermione d'une voix perçante. Pas maintenant !

Megan la regarda avec des yeux ahuris.

- Qu'est-ce qu'ils doivent en faire, selon toi ? répondit-elle. L'utiliser pour balayer ?

Mais avant qu'Hermione ait pu répondre, Pattenrond sauta sur Ron.

— SORS-LE D'ICI ! hurla celui-ci tandis que les griffes du chat déchiraient son pyjama et que Scabers tentait de s'enfuir par-dessus l'épaule de son maître.

Ron attrapa Scabers par la queue et voulut donner un coup de pied à Pattenrond, mais il rata sa cible et s'écrasa l'orteil contre la valise de Potter, posée au pied du lit. La valise tomba en s'ouvrant et Ron se mit à sautiller sur place en poussant des cris de douleur. Megan ne put s'empêcher d'éclater de rire. Les poils de Pattenrond se dressèrent soudain sur son échine. Un sifflement perçant venait de retentir dans le dortoir. Tombé de la valise, le Strutoscope tournait à toute vitesse sur le plancher.

— Je l'avais oublié ! s'exclama Potter en se penchant pour le ramasser.

Le Strutoscope continua de tourner et de siffler dans sa main. Pattenrond crachait en regardant l'objet d'un air rageur.

— Tu ferais mieux d'emmener ce chat ailleurs, Hermione ! dit Ron, furieux.

Assis sur le lit de Potter, il essayait de calmer son orteil endolori.

— Et toi, tu ne peux pas faire taire cet engin ? ajouta-t-il à l'adresse de son ami pendant qu'Hermione quittait le dortoir à grands pas, en emportant son chat qui fixait Ron d'un air mauvais, Megan sur les talons, pliée de rire.

Une fois remise de son hilarité, installée près de la fenêtre, Megan repensa au Strutoscope qui s'était mis à tourner sur lui-même. Cette soudaine activité intrigua Megan : d'après ce qu'elle avait pu constater, l'objet fonctionnait parfaitement, malgré les affirmations de Ron ou de Bill, mais elle ne voyait pas quel danger ou personne malveillante pouvait se trouver dans la pièce à ce moment-là.

L'esprit de Noël n'était pas très présent dans la salle commune de Gryffondor dans les heures qui suivirent. Hermione avait enfermé Pattenrond dans le dortoir des filles, mais elle était furieuse que Ron ait essayé de lui donner un coup de pied. Ron, lui, ne décolérait pas contre le chat. Megan se plongea dans la lecture de son nouveau manuel tandis que Potter, lassé de tenter de réconcilier ses deux meilleurs amis se consacra à l'examen de l'Eclair de feu qu'il avait descendu du dortoir. Megan tâcha de l'ignorer et, pour une raison étrange, Hermione semblait en être agacée elle aussi. Elle ne disait rien, mais observait le balai d'un regard noir comme si lui aussi était hostile à son chat.

A l'heure du déjeuner, ils descendirent dans la Grande Salle et découvrirent que les tables avaient été repoussées contre les murs pour n'en laisser qu'une seule, dressée en son centre. Elle comportait quatorze couverts. Les professeurs Dumbledore, McGonagall, Snape, Chourave et Flitwick étaient déjà là, ainsi que Filch, le concierge, qui avait abandonné son habituelle veste marron au profit d'une vieille jaquette de cérémonie qui semblait passablement moisie. Il n'y avait que quatre autres élèves: deux d'entre eux étaient des nouveaux de première année qui paraissaient très mal à l'aise, le troisième un cinquième année de Serpentard au visage sinistre et le quatrième était Kevan.

— Joyeux Noël ! dit Dumbledore en voyant approcher Megan, Ron, Hermione et Potter. Puisque nous sommes si peu nombreux à rester au château, il serait stupide d'utiliser plusieurs tables... Asseyez-vous, asseyez-vous !

Ron, Hermione et Potter s'installèrent côte à côte au bout de la table tandis que Megan prenait place face à Kevan, afin de faire plaisir à celui-ci.

— Pétards surprises ! annonça Dumbledore avec enthousiasme.

Il tendit l'extrémité d'un gros pétard argenté à Snape qui tira dessus à contrecœur. Le pétard explosa comme un coup de feu et laissa apparaître un chapeau pointu surmonté d'un vautour empaillé.

L'image de l'épouvantard coiffé d'un chapeau semblable s'imposa à la plupart des convives à table et Megan eut envie de rire tandis que Snape, les lèvres plus minces que jamais, poussait le chapeau vers Dumbledore qui s'en coiffa aussitôt.

- Bon appétit ! dit Dumbledore, le visage réjoui.

Alors que les convives remplissaient leurs assiettes, la porte de la Grande Salle s'ouvrit et le professeur Trelawney s'avança en glissant vers eux comme si elle était montée sur roulettes. Elle avait revêtu pour l'occasion une robe verte à paillettes qui la faisait ressembler à une libellule géante.

— Sibylle ! Quelle bonne surprise ! s'exclama Dumbledore en se levant.

— J'ai regardé ma boule de cristal, Monsieur le Directeur, dit-elle de sa voix la plus mystérieuse, et, à mon grand étonnement, je me suis vue abandonner mon repas solitaire pour me joindre à vous. Qui serais-je pour m'opposer aux décisions du destin ? Je me suis donc dépêchée de descendre de ma tour et je vous demande de pardonner mon retard.

Autant dire qu'elle n'avait pas voulu déjeuner toute seule le soir de Noël. Pas besoin d'une boule de cristal pour deviner cela.

— Mais je vous en prie, dit Dumbledore, le regard pétillant. Je vais faire venir une chaise.

Il tira sa baguette magique et une chaise s'envola lentement à travers la salle pour venir se poser entre les professeurs Snape et McGonagall. Mais le professeur Trelawney ne bougea pas. Ses yeux immenses parcoururent toute la longueur de la table et elle laissa soudain échapper un petit cri étouffé.

- Je ne pourrai jamais, Monsieur le Directeur, dit-elle. Si je m'assieds parmi vous, nous serons quinze à table ! Ce serait le signe d'un grand malheur ! N'oublions jamais que lorsqu'il y a quinze convives autour d'une table, le premier qui se lève sera le premier à mourir!

Megan et Kevan se regardèrent tout en tentant d'étouffer leur rire.

— Eh bien, prenons le risque, Sibylle, dit le professeur McGonagall d'un ton agacé. Asseyez-vous donc, la dinde est en train de refroidir.

Le professeur Trelawney hésita, puis s'assit lentement sur la chaise vide, les yeux fermés, les dents serrées, comme si elle s'attendait à ce que la foudre s'abatte sur la table. Le professeur McGonagall plongea une louche dans la soupière la plus proche.

— Un peu de tripes, Sibylle ? proposa-t-elle.

Le professeur Trelawney ne lui prêta aucune attention. Rouvrant les yeux, elle regarda autour d'elle et dit:

— Mais où est donc ce cher professeur Lupin ?

- J'ai bien peur que le malheureux soit à nouveau malade, répondit Dumbledore en faisant signe aux convives de se servir. C'est d'autant plus dommage que cela tombe le jour de Noël.

Megan jeta un coup d'œil à Hermione qui hocha la tête. C'était un jour de pleine lune.

- J'imagine que vous deviez déjà le savoir, Sibylle ? dit le professeur McGonagall, les sourcils levés.

Le professeur Trelawney lui lança un regard glacial.

— Bien sûr que je le savais, Minerva, répliqua-t-elle d'une voix feutrée. Mais ce n'est pas parce qu'on sait les choses qu'il faut s'en vanter sans cesse. Je me comporte souvent comme si je n'avais pas le Troisième Œil pour ne pas mettre les autres mal à l'aise.

— Voilà qui explique bien des choses, dit le professeur McGonagall d'un ton incisif.

La voix du professeur Trelawney devint soudain beaucoup moins mystérieuse.

— Si vous voulez tout savoir, Minerva, dit-elle, j'ai vu que ce malheureux professeur Lupin ne restera pas parmi nous bien longtemps. Il semble lui-même conscient que le temps lui est compté. Il a tout simplement pris la fuite lorsque je lui ai proposé de lire son avenir dans la boule de cristal.

— Voyez-vous ça, dit sèchement le professeur McGonagall.

L'affrontement verbal entre les deux professeurs réjouissait Megan qui n'avait pas l'habitude de voir la directrice de sa maison se comporter ainsi.

— A mon avis, intervint Dumbledore d'un ton enjoué, mais d'une voix suffisamment forte pour mettre un terme à la conversation des deux professeurs, il est très peu probable que la vie du professeur Lupin soit en danger immédiat. Severus, vous lui avez préparé sa potion ?

— Oui, Monsieur le Directeur, répondit Snape.

— Très bien, dit Dumbledore. Il devrait donc être sur pied dans très peu de temps... Derek, vous avez pris des chipolatas ? Elles sont excellentes.

L'élève de première année rougit jusqu'aux oreilles en entendant Dumbledore s'adresser directement à lui et saisit le plat de saucisses d'une main tremblante.

Le professeur Trelawney se comporta presque normalement jusqu'à la fin du repas qui se termina deux heures plus tard. L'estomac rempli à craquer, leurs chapeaux trouvés dans les pétards surprises sur la tête, Megan et Potter furent les premiers à se lever. Le professeur Trelawney poussa alors un cri perçant.

— Mes enfants ! s'exclama-t-elle. Lequel de vous deux s'est levé le premier ? Lequel ?

— Aucune idée, répondit Megan en regardant Potter, un sourire moqueur sur les lèvres.

Bien qu'elle ne crut aucunement aux affabulations de son professeur de Divination, elle aurait été curieuse de savoir qui d'elle ou de Potter serait le premier à mourir.

— Je crois que cela n'a aucune importance, déclara le professeur McGonagall d'un ton glacial. A moins qu'un tueur fou attende de découper à coups de hache le premier qui sortira de cette salle.

Même Ron éclata de rire. Le professeur Trelawney parut gravement offensée.

— Vous venez ? dit Potter à Ron et à Hermione.

- Non, répondit cette dernière, j'ai quelque chose à dire au professeur McGonagall.

Avant de partir, Megan adressa un signe et un sourire à Kevan, sans s'apercevoir que Potter l'avait remarqué.

- Elle veut sans doute quelques cours supplémentaires, dit Ron dans un bâillement tandis qu'ils sortaient de la Grande Salle sans rencontrer de tueur fou.

Lorsqu'ils arrivèrent devant le tableau qui masquait l'entrée de la salle commune, ils virent le chevalier du Catogan qui fêtait Noël en compagnie de deux moines, quelques anciens directeurs de Poudlard et son gros poney. Le chevalier releva sa visière et leva une coupe d'hydromel à leur santé.

— Joyeux – hic ! – Noël ! lança-t-il. Le mot de passe ?

— Vil maraud, dit Ron.

— Vous-mêmes ! rugit le chevalier du Catogan.

Le tableau pivota pour les laisser entrer. Megan reprit sa place près de la fenêtre tandis que Potter cherchait à quoi astiquer sur son Eclair de feu. Une fois qu'il eut compris que le balai était déjà parfait, lui et Ron l'admirèrent sous tous ses angles avec un air béat. De son côté, Megan regarda la neige tomber au dehors, recouvrant le parc d'une épaisse couverture blanche. L'idée que les Maraudeurs soient des Animagi lui avait paru excellente, elle justifierait leur connaissance approfondie du château et seuls de brillants sorciers avaient cette capacité, tout comme seuls de brillants sorciers auraient pu concevoir la garde, notamment lors de sa scolarité. Le fait qu'aucun des trois hommes n'ait été recensé ne suffisait cependant pas à convaincre Megan qu'elle suivait la mauvaise piste : les Maraudeurs avaient probablement violé l'ensemble du règlement de Poudlard au cours de l'élaboration de la carte, et d'après McGonagall, rares avaient été les élèves qui avaient causé plus d'ennuis aux professeurs que James et Sirius. En suivant ce raisonnement, il n'était pas incohérent qu'ils aient violé une fois de plus les règles en vigueur en ne se déclarant pas en tant qu'Animagi. Cette théorie réjouissait Megan, car elle répondait à de nombreuses questions : si Black était capable de se transformer en animal, alors il était justifié que les Détraqueurs ne l'aient pas rendu fou, il aurait pu passer devant les Détraqueurs qui gardaient Poudlard sans souci et ainsi s'introduire dans l'école. Cette capacité expliquerait aussi les traces de lacérations laissées sur le tableau de la Grosse Dame le soir de Halloween. La possibilité que Black soit Patmol paraissait particulièrement crédible aux yeux de Megan, bien qu'elle ne puisse en parler à qui que ce soit d'autre sans la moindre preuve tangible autre qu'une carte dérobée dans le bureau de Filch permettant à tout élève d'enfreindre le règlement en toute impunité.

Le cours des pensées de Megan fut interrompu par l'arrivée d'Hermione, accompagnée par le professeur McGonagall. Bien qu'elle fût la directrice de Gryffondor, Megan ne l'avait vue qu'une seule fois dans la salle commune, un jour où elle était venue leur communiquer une information particulièrement dramatique. La jeune fille fronça les sourcils, inquiète, et Ron et Potter la regardèrent avec des yeux ronds, tenant chacun l'Eclair de feu par un bout. Hermione alla s'asseoir derrière eux, prit un livre et se cacha derrière.

— Alors, le voilà, dit précipitamment le professeur McGonagall. Miss Granger vient de me prévenir qu'on vous avait envoyé un balai, Potter.

Megan, Ron et Potter se tournèrent vers Hermione et virent rougir son front qui dépassait du livre qu'elle tenait à l'envers.

- Puis-je ? demanda le professeur McGonagall.

Sans attendre la réponse, elle leur prit le balai des mains et l'examina minutieusement d'un bout à l'autre du manche.

— Et il n'y avait aucune carte, Potter ? Aucune sorte de message?

— Non, dit simplement Potter.

— Bien... Dans ce cas, je pense que je vais l'emmener, dit le professeur McGonagall.

— Qu... Quoi ? s'exclama le garçon en se levant d'un bond. Pourquoi ?

- Nous devons vérifier qu'aucun sort ne lui a été jeté. Bien sûr, je ne suis pas expert, mais Madame Hooch et le professeur Flitwick devront le démonter entièrement.

- Le démonter ? répéta Megan, comme si le professeur McGonagall était devenue folle.

— Ca ne devrait prendre que quelques semaines, dit le professeur. Si nous sommes certains qu'il n'y aucun mauvais sort, nous vous le rendrons.

— Il marche très bien, ce balai ! protesta Potter, la voix un peu tremblante. Je vous assure, professeur...

— Vous n'en savez rien, Potter, répliqua le professeur McGonagall d'un ton aimable. Tant que vous n'aurez pas volé avec, en tout cas. Et je vous annonce tout de suite que c'est hors de question jusqu'à ce que nous ayons la certitude qu'il n'a pas été trafiqué. Je vous tiendrai au courant.

Le professeur McGonagall tourna les talons et emporta le balai. Potter la regarda sortir de la salle commune, tandis que Ron se tournait vers Hermione.

— Pourquoi est-ce que tu as été tout raconter à McGonagall ?

Hermione posa son livre. Elle avait toujours le teint rosé, mais elle regarda Ron avec une expression de défi.

- Parce que j'ai pensé – et le professeur McGonagall était d'accord avec moi – que ce balai a sans doute été envoyé à Harry par Sirius Black !