CHAPITRE 10
Ils arrivèrent dans les locaux du CBI en début d'après-midi. Thomas Anderson fut aussitôt placé dans une salle d'interrogatoire, et Cho se mit au travail.
Alors, il paraît qu'on se paye le grand luxe Jane? Claironna Rigsby à leur entrée.
Pardon?
Eh ben oui, nuit dans un hôtel de luxe, jacuzzi et tout, Lisbon nous a tout raconté au téléphone.
Le consultant jeta un coup d'œil étonné à sa supérieur et vit qu'elle évitait soigneusement son regard.
Hôtel de luxe, mais non, nous étions...
JANE! Euh...suivez moi, il faut qu'on parle de l'enquête. Lisbon avait finit sa phrase en marmonnant, se rendant compte qu'elle avait hurlé le nom en plein milieu du bureau.
Il la suivit dans le bureau, et elle referma la porte derrière eux.
Mais enfin Lisbon, pourquoi un tel mensonge?
C'est ça, vous voulez leur raconter qu'on a passé la nuit dans un bungalow miteux avec en plus un seul lit, vous pensez un peu à ce qu'ils pourraient penser?
Lisbon, vous êtes parano parce que vous vous sentez coupable, nous n'avions pas besoin de dresser une liste précise de l'ameublement! D'ailleurs, je pense que là, ils sont plutôt en train de nous imaginer tous les deux dans le jaccuzzi si vous voyez ce que je veux dire! Dit-il en éclatant de rire.
Lisbon eu un bref flash de ce à quoi pouvait penser ses collègues, ce qu'elle refoula aussitôt en essayant de ne pas rougir.
Comme à son habitude, elle réussit à trouver un échappatoire dans le travail, et ordonna sèchement à son consultant d'aller aider Cho pour l'interrogatoire. Celui ci obtempéra, non sans la gratifier d'un sourire ironique qui la fit grincer des dents. Toujours le dernier mot celui là!
Vous connaissiez Ben depuis...Oh salut Jane, entre.
Le blondinet prit sa chaise habituelle et alla s'assoir à côté du suspect, le scrutant de son regard intense.
Je disais donc, vous connaissiez Ben depuis longtemps?
Oui, on était potes depuis le collège. On s'entendait bien, c'était le seul à me traiter avec respect.
C'est à dire?
Vous qui avez vu ma maison, expliquez lui, répondit le jeune homme en s'adressant à Jane.
Je pense que ce que veut dire Thomas, c'est qu'il a eu la malchance de grandir dans une famille pauvre, au milieu d'une ville riche. Et vous avez du en souffrir n'est ce pas? Ce n'est pas le genre de détails que laisse passer les gens de nos jours, surtout à l'école. Alors Ben était le seul à être gentil avec vous, à ne pas vous traiter en inférieur, et pourtant vous l'avez tué n'est ce pas?
La violence de la question fit sursauter le jeune homme.
Quoi, mais non, vous avez perdu la tête, se défendit-il farouchement. Je viens de vous dire que c'était mon ami!
Un ami oui, mais avec de l'argent, le plus puissant des motifs, c'est bien connu. Et puis...il y avait le cannabis aussi d'après ce que nous as raconté Mr Vaughn.
Ha oui ça! Ce salopard a du tout me mettre sur le dos je suppose? Dire que c'est moi qui influençais son fils et qui l'initiait à la drogue non?
C'est à peu près ça oui. Alors, étiez-vous le dealer de Benjamin?
Non non, moi je ne touche pas au deal, c'est beaucoup trop dangereux. Benji...l'achetais à un gars du coin. Il avait hésité sur cette dernière phrase, et le consultant sauta sur cette brèche.
Il l'achetait, tu es sur? Ce n'était pas plutôt lui le petit trafiquant qui fournissait tous les gosses de riche du coin?
N...non pas Benji, il ne dealait pas non plus, trop dangereux...L'hésitation et la peur se lisait à présent sur le visage du garçon.
Thomas, je ne veux pas te faire peur, mais sais-tu que pour la complicité d'un trafic de drogue tu peux encourir jusqu'à 5 ans de prison et plus de 200.000$ d'amende.
Cette phrase fit lever un sourcil à Cho. Jane exagérait beaucoup, mais quand il vit le regard terrorisé du gamin, il comprit qu'il avait visé juste.
Le jeune homme sembla réfléchir quelques minutes puis se décida à parler.
Vous avez raison, Ben faisait du trafic de cannabis. Les plantations étaient chez son père, dans le grenier. Il avait trouvé cet endroit par hasard et avait vite comprit tout le profit qu'il pourrait en tirer. Il revendait à un gars de Oakdale: ils se rencontraient une fois par semaine pour faire l'échange. Je ne l'ai jamais vu mais je connais son nom.
Le problème, c'est que le père Vaughn était loin d'être idiot, et il s'est mis à se demander comment son fil pouvait s'acheter autant de choses alors qu'il lui refusait tout argent de poche. Un jour, il l'a suivi au grenier et a découvert le pot aux roses.
Çà a été une crise terrible pour eux deux. Il a commencé à faire du chantage à Benji pour qu'il arrête ses petits trafics, il a dit qu'il le mettrait à la porte de chez lui, sans argent si il le voyait encore faire un « truc aussi ignoble », ce sont ses mots.
Le problème, c'est que Benji avait peur d'arrêter, peur à cause de l'autre dealer qui peut être vachement violent.
Thomas avait débité tout ce discours très rapidement et à voix basse. Il avait manifestement honte de vendre ainsi son ami, mais Jane pouvait également distinguer du soulagement dans ses yeux, comme s'il s'était délesté d'un poids trop lourd pour lui. Finalement, c'était juste un pauvre gosse qui s'était fait attirer par les promesses de richesse d'un autre. Il avait vraiment du en baver pendant son enfance.
Il nous faut le nom de ce dealer maintenant Tom, si l'ont veut faire avancer l'enquête c'est essentiel.
D'accord, mais je veux que vous me promettiez l'anonymat. Je ne veux pas que mon nom soit cité dans le dossier. Vous comprenez, j'ai décroché une bourse pour entrer dans une grand université l'année prochaine, c'est une chance pour moi de quitter ce bled paumé. Mais si mon nom apparaît dans une affaire judiciaire, il me la retirerons, c'est sûr.
Ne t'inquiètes pas, soit tranquille nous ne te ferons aucuns ennuis.
Bon...il s'appelle Daniel Todd et il habite dans le quartier Sud de Oakdale.
Ok, merci Thomas, tu peux y aller maintenant, dit Jane en se levant pour quitter la pièce.
Un toussotement le fit se retourner.
Haaa non, désolé en fait, tu ne peux pas partir TOUT de suite, il faut d'abord que tu finisses de parler avec l'agent Cho bien sur, dit-il en adressant un sourire charmeur à son collègue...ce qui n'eut aucun effet sur l'asiatique. Ce dernier le regardait d'un air blasé en secouant la tête.
Le blondinet s'esquiva sur le pointe des pieds pour éviter de se faire réprimander. Il retourna dans la salle principale et raconta l'entrevue aux trois autres. Cho arriva sur ces entrefaites et confirma les dires du consultant.
- Ok, dit Lisbon, Cho vous vérifiez les infos du garçon auprès du père. Van Pelt, faites des recherches approfondies sur ce dealer. Je veux toutes les clés en main pour qu'on puisse l'arrêter en tout sécurité demain matin.
Vous pouvez me joindre sur mon portable, je rentre, j'ai besoin d'une bonne douche chaude. Et elle ajouta en voyant le regard interrogateur de Jane.
Il y avait vraiment trop de javel dans ce jaccuzzi!
Puis, se rendant compte que son explication prêtait encore plus à confusion, elle rougit et s'enfuit dans son bureau.
Elle attendait que les portes de l'ascenseur se referme, repensant à sa bourde et se maudissant encore une fois, quand Jane s'engouffra dans la cabine, juste à temps.
Je me suis souvenu que vous étiez à pied, c'est bien Cho qui vous avait amené hier matin non?
Euh oui, répondit-elle prudemment, ne sachant pas trop où son collègue voulait en venir.
Et comme vous êtes fatiguée, alors je vous raccompagne chez vous!
Quoi? Mais non mais pas du tout, j'allais prendre un taxi! Ne vous sentez pas obligé de...
Pas de discussion, vous subirez un dernier voyage dans mon tas de ferraille, après je vous promet de ne plus vous forcer à monter dedans.
La jeune femme se rendit, à court d'argument, et finalement pas mécontente de passer encore un moment privilégié avec son collègue. Son petit sourire en coin n'échappa pas à Jane et il se réjouit qu'elle accepte sa proposition.
Ils roulèrent en silence jusqu'à chez Lisbon, chacun se remémorant les événements des jours précédents. Ils avaient tous deux l'impression que cette échappée à Eugène avait été comme un rêve, une parenthèse paisible dans leur deux vies si compliquées. Cela les avait rapprochés énormément, et ils partageaient à présent beaucoup plus qu'avant.
Jane coupa le moteur devant l'appartement de la jeune femme, et tourna la tête vers elle.
Vous venez prendre un verre lui demanda t-elle avec un sourire timide?
Ha, je croyais que vous vouliez prendre une douche? Vous avez besoin d'aide peut-être?
Lisbon lui retourna un regard furieux et commença à sortir de la voiture.
Pourquoi faut-il que vous plaisantiez sans arrêt? Ça n'est pas drôle! Laissez tomber le verre et rentrez chez vous.
Jane lui attrapa la main avant qu'elle ne sorte et la retint.
Ne vous fâchez pas Lisbon...dit-il d'une voix douce. J'adorerais un verre ajouta t-il avec un sourire étincelant.
La brunette se troubla, et dégagea sa main en bougonnant
Bon, eh bien venez alors, pourquoi en faire toute une histoire?
Ravi, le consultant sortit souplement de sa voiture et suivi sa patronne chez elle. Son appartement était tel qu'il l'avait déjà vu quelques mois auparavant, dans des circonstances beaucoup plus désagréable. Il jeta un coup d'œil amusé au Cd des Spice Girls qui trainait toujours sur l'étagère, et s'arrêta devant la tunique de Lisbon, étalée avec soin sur le canapé.
Cette dernière le rejoignit avec une tasse de thé et un whisky pour elle même.
Hmm, il est délicieux, merci Teresa.
Je vous en prie, répondit-elle en s'asseyant.
Dites, je ne voudrais pas avoir encore l'air de vous poussez aux confidences mais ce tee-shirt m'intrigue. Je ne vous sais pas particulièrement fan de sport, hors vous le portez souvent d'après ce que j'ai pu remarquer.
La jeune femme regarda la tunique en souriant.
Oui, c'est un vêtement auquel je tiens beaucoup car c'est un symbole pour moi, le symbole du bonheur familial que j'ai pu avoir jusqu'à mes 12 ans. Un voile de tristesse passa dans ses yeux, mais elle se ressaisit.
J'ai vu ce maillot pour la première fois un dimanche. Nous étions allés à un match de baseball en famille, mes parents, mes frères et moi. Je devais avoir 10 ans. Ça avait été une après-midi extraordinaire. Mon père était sobre pour une fois et il s'amusait avec nous, ma mère était détendue et souriante...et croyez moi cela n'arrivait pas souvent.
En sortant du stade, j'ai vu ce maillot, et je l'ai tout de suite adoré. J'ai tanné mes parents pour qu'il me l'offre mais ils ont refusés. Sur ce le moment, je m'étais résignée, je n'étais pas une enfant capricieuse.
Mais dix jours plus tard, quand ils me l'ont offert pour mon anniversaire, j'étais folle de joie. Ils l'avaient floqué à mon nom, et avec le numéro de mon joueur préféré. Il n'existait pas en modèle enfant, ils avaient du prendre le modèle adulte, et à l'époque il était immense, il me faisait comme une robe. Maintenant, il me va parfaitement et c'est un vêtement que je chéris plus que tout, car il me rappelle que malgré tout les moments durs de mon enfance, certains ont pu être doux et heureux.
Elle releva la tête et vit Jane qui la regardait, fasciné par son récit.
Hé bien, encore une confidence surprenante. Je ne vous savait pas aussi sentimentale...ni passionnée de Baseball!
Elle fronça le nez et fit un grand sourire.
Oh le baseball, cela m'a passé en grandissant, mais que voulez-vous, quand on grandit entourée de quatre homme passionnés, on apprend vite à s'y intéresser!
Hmmm bien sur, je comprends. Je vous remercie pour cette histoire Lisbon...Il hésita à continuer. Je suis très heureux d'en apprendre toujours plus sur vous, et je trouve que récemment vous vous ouvre plus à moi, que se passe t-il?
Mais...rien du tout voyons, c'est vous qui me posez toujours plein de questions, alors je vous réponds, quoi de plus naturel!
Jane ouvrit la bouche pour répondre...puis la referma, se contentant de regarder sa collège intensément. Lisbon savait qu'il savait...que ses confidences n'étaient pas vaines, qu'elle avait envie qu'il la comprenne mieux, la connaisse mieux, elle avait envie de lui ouvrir son cœur...et ses bras.
Se rendant compte de ses pensée, elle se leva brusquement, et Jane fit de même. La tension qui régnait entre eux commençait à devenir palpable, et aucun des deux n'avaient envie de brusquer les choses. Ils se devaient de prendre leur temps s'ils ne voulaient pas que leur relation finissent mal.
Elle le raccompagna sagement à la porte.
Au moment de sortir, il s'arrêta sur le palier et se retourna. Sans rien dire, il lui prit la main, puis se pencha doucement et l'embrassa sur la joue, juste à la commissures des lèvres. Il la regarda ensuite pendant quelques instants, descendit les escaliers et s'engouffra dans sa voiture. La scène n'avait pas duré plus de dix secondes mais Lisbon était paralysée par l'émotion...et elle n'avait toujours pas bougé quand la voiture tourna au coin de la rue.
Elle s'appuya au chambranle de la porte, et resta plusieurs minutes à regarder l'endroit précis où avait disparu Jane, puis, des papillons plein l'estomac, elle rentra chez elle et referma doucement la porte.
