Ils s'étaient passés deux jours, deux jours où l'Inspecteur Murdoch et le Docteur Ogden furent à peine vus dans les locaux du poste de police. Ils étaient venus travailler, comme ils le faisaient depuis des années, mais ils avaient très peu échangé avec leurs collègues. Ils venaient ensembles le matin, ils passaient leurs déjeuners dans le parc tout proche, ils s'attendaient mutuellement le soir et nombreuses étaient les fois où leurs collègues les voyaient discuter dans la morgue ou le bureau de l'Inspecteur Murdoch. Ils étaient plus proches et attentionnés l'un envers l'autre, plus qu'ils ne le montraient d'habitude dans leur relation professionnelle, n'hésitant pas à laisser un baiser sur la joue de l'autre, à se prendre la main où à se caresser tendrement le bras.

Ainsi, personne ne fut surpris de voir Julia entrer dans le poste de police pour se diriger aussitôt dans le bureau de William. Personne ne l'arrêta, personne ne lui posa de question. Et ce ne fut que lorsqu'elle ferma la porte du bureau, qu'ils comprirent tous que c'était une affaire privée entre le couple Murdoch.

-Tu voulais me voir? Lança Julia en approchant de William qui se trouvait debout au centre de son bureau.

-J'ai reçu ceci tout à l'heure, dit-il en lui tendant un morceau de papier, je pense que tu devrais le lire.

Julia prit ce que son époux lui tendait et elle baissa les yeux pour lire ce qu'il y avait d'écris.

-Inspecteur Murdoch, je me permets de vous écrire cette note car nous prenons le train de dix-huit heures ce soir pour rentrer chez nous à Montréal. Cependant, je ne peux me résoudre à partir avec Roland de la sorte. Je conçois que la situation est délicate, mais je pense que vous et votre épouse devriez venir, lui faire vos adieux. Je ne veux en aucun cas vous blesser davantage, mais je sais à quel point votre épouse a souffert de cette situation. Elle se sentirait apaisée si elle pouvait le voir une toute dernière Collman

Julia leva les yeux vers lui une fois sa lecture terminée. Elle plongea son regard dans le sien et il ne fallut qu'une seconde à William pour approcher d'elle et poser sa main sur sa hanche.

-Si tu veux le faire je viendrai avec toi, murmura le jeune homme, mais si tu ne le souhaite pas, je comprendrais.

-J'ignore si je peux le revoir pour le perdre à nouveau, répondit Julia, j'ignore si j'aurai la force de le voir partir loin de moi.

-Mais elle a peut être raison, nous serions apaisés. Prends ton temps pour y réfléchir, nous avons encore quelques heures. Lorsque tu seras prête dis-le moi et j'accepterai ton choix.

Julia acquiesça et il se pencha vers elle pour déposer un baiser sur sa joue, Julia se blottit dans ses bras et elle soupira profondément en regardant le plafond. Elle était perdue, une fois encore.


Lorsqu'elle arriva dans le bureau de William quelques heures plus tard, il savait qu'elle avait pris sa décision. Il ne suffit que d'un regard pour qu'il comprenne et en un bond il quitta son fauteuil pour prendre son chapeau et son quitter le poste au bras de son épouse. Ils ne parlèrent pas sur le trajet jusqu'à la gare, se tenant simplement la main. Une fois sur le quai, Julia regarda les alentours avec attention. William sut à la seconde même où elle vit Roland car les doigts de son épouse se refermèrent avec force sur les siens. Il la regarda simplement et en un soupire, Julia se dirigea vers la vieille femme un peu plus loin. Elle croisa le regard sombre du vieil homme qui l'accompagnait et qui se positionna entre elle et le landau où se trouvait Roland.

-Que faites-vous ici? Lança le vieil homme avec autorité.

-Je lui ai demandé de venir Paul, coupa la femme, elle avait le droit de lui dire au revoir.

-Mais elle...

-Elle s'est occupée de notre petit fils pendant des semaines, elle a été sa mère pendant tout ce temps, et elle a le droit de le voir aujourd'hui.

Le couple échangea un regard mais Julia ne bougea toujours pas. Elle avait retenu son souffle jusqu'au moment où le vieil homme acquiesça et s'éloigna. Elle attendit encore une seconde avant de faire un pas vers le landau et de se pencher au-dessus. Aussitôt un immense sourire se dessina sur ses lèvres. Roland gigota en souriant, tendant les bras vers elle. Pourtant, Julia ne le prit pas, elle posa sa main sur son ventre et elle l'embrassa sur le front.

-Je ne peux pas te prendre avec moi, murmura-t-elle en caressant tendrement sa joue, j'aimerai Roland, plus que tout au monde. Mais tu dois repartir avec ta famille, avec ton grand-père et ta grand-mère. William et moi nous avons aimé vivre avec toi, et nous avons apprécié chaque seconde, mais il doit en être ainsi. Tu m'as montré que je pouvais aimer sans aucune limite, que je donnerai ma vie pour mon enfant et que j'étais capable d'être mère. Je ne te remercierai jamais assez pour ça petit ange, continua Julia en sentant une larme glisser sur sa joue alors qu'elle caressait toujours le ventre du bébé tendrement, je t'aime Roland, de tout mon cœur. Et je t'aimerai toujours, dit-elle dans un sanglot.

Elle sentit la main de son époux se poser dans son dos et une seconde plus tard, elle se tourna vers lui pour se serrer dans ses bras et retenir un autre sanglot. William la tenue contre lui d'une main tout en regardant le bébé lui accorder à lui aussi de larges sourires. Il sourit tendrement, lui tendant son lapin en peluche qu'il prit aussitôt contre lui.

-Tu vas nous manquer, murmura-t-il, et tu restera toujours dans nos cœurs.

Il caressa tendrement la joue de Roland avant que Julia ne se penche dans le landau à nouveau.

-Adieux petit bonhomme, murmura-t-elle avant de l'embrasser sur le front, nous t'aimons.

Elle se redressa et elle acquiesça simplement vers la vieille femme qui se trouvait à côté.

-Merci, murmura-t-elle du bout des lèvres.

Puis, après un dernier regard, le couple et le landau s'éloignèrent pour monter dans le train. Julia les regarda quelques instants avant de se retourner et de fermer les yeux en se serrant contre William. Elle sentit les bras de son époux l'encercler et son souffle au dessus de son oreille. Il ne parla pourtant pas. Elle se contentait de resserrer ses bras autour de lui avec force, elle ne pleurait plus, mais son cœur se serrait toujours dans sa poitrine. Ce ne fut que lorsque le train avait quitté la gare et qu'il s'éloignait vers le Nord, que le couple se sépara enfin. Puis, sans un mot, ils quittèrent la gare et ils rentrèrent chez eux. Comme ils l'avaient fait ces deux derniers jours, ils dînèrent presque en silence, avant de se préparer et d'aller se coucher, s'endormant étroitement enlacés l'un auprès de l'autre.


à suivre...

La fin approche !