Yo ! C'est un chapitre un peu plus court, un peu transitif aussi, et comme l'indique le titre, c'est plus une nouvelle distribution de cartes que le moment décisif d'une partie de poker.

Enfin, le prochain chapitre sera plus long (trop long?) et plus rempli. Ce chapitre est aussi le dernier de la deuxième partie, et c'est en le relisant et en écrivant le chapitre 10 que je me suis rendu compte que je pouvais diviser cette histoire en trois parties.

Merci à Laemia, Linklecreusois, Hylliy, Leptitloir, cœur de lune et Ima Nonyme pour leurs commentaires sous le chapitre précédent ! Aussi, je suis particulièrement contente parce que grâce au chapitre précédent, cette histoire est devenue : la plus longue que j'aie jamais postée (et en plus je ne vais pas l'abandonner en cours de route), et la deuxième plus commentée. Très longtemps, mes deux histoires le plus commentées on été sur les fandoms de Naruto et Miraculous, ce qui me faisait autant chier que plaisir parce que bon, j'écris quand même vachement plus sur KH. Donc voilà, grâce à vous KH remporte la victoire, alors merci (je suis très facilement heureuse pour ce genre de trucs … Et quitte à parler de statistiques je peux aussi préciser que, toujours grâce à cette histoire, mon compte de mot moyen par histoire est passé au-dessus des 3k mots, ce qu'était pas évident avec tous les drabbles des Nuits du FoF. Bref).

Bonne lecture !

Xenos chronicles

Partie 2 : A perfect sonnet

Chapitre 9 : Nouvelle donne

.Août.

La chaleur était lourde, bien plus qu'elle ne l'avait été durant tout le reste de l'été, et l'humidité n'était sans doute pas étrangère à cet état de fait. Se rendant tout à coup compte que la fin des vacances scolaires approchait, un collectif d'artistes s'était déterminé à organiser un festival à l'arrache. En fait, c'était plus une fête entre amis, de base, mais ils avaient envie d'inviter tellement de monde que ça avait fini comme ça. Ils devaient être deux ou trois cents à dormir dans des tentes pas très loin du lac, et tous amis d'amis d'amis. Invité par Demyx, Vanitas avait fini par accepter. Il avait à peine quitté la ville deux semaines pour aller chez sa mère et quelques jours loin de la pollution et du bruit ne lui ferait pas de mal. Enfin, loin du bruit, c'était vite dit avec la musique balancée nuit et jour, mais c'était un bon bruit.

Une ivresse permanente semblait régner sur le festival, mais c'était principalement dû à ce qu'il y avait toujours au moins un type soûl où qu'on aille, ce qui représentait une minorité des festivaliers, mais une minorité très visible. Vanitas, assis au bord du lac, les pieds dans l'eau, rajusta ses lunettes de soleil qui avaient fâcheuse tendance à lui glisser sur le nez à cause de la sueur. Il regarda en grimaçant son livre. Il en était à l'avant-dernière page et savait qu'il allait le finir dans les minutes suivantes. Il était un peu triste. Il aurait voulu rester plongé dedans plus longtemps. Il devrait peut-être suivre le conseil de Zexion et se lancer dans les fanfictions, pour faire durer le plaisir. Quoiqu'il doute que quiconque aie écrit sur ce livre. De ce qu'il avait compris, ça concernait principalement les ouvrages avec beaucoup de lecteurs, et notamment beaucoup de jeunes lecteurs. Il dévora les derniers paragraphes et ferma définitivement Amour, Prozac et autres curiosités. Il devrait peut-être le lire en Espagnol ? Sa mère disait que Sandra faisait ça, souvent. Vanitas regrettait de n'avoir jamais connu sa grand-tante. Elle avait été la première femme avocate de son quartier, avait lu un nombre incalculable de livres. Elle parlait sept langues couramment. Zéla disait qu'elle était folle, et Astrig soutenait que c'était une folie qui venait du monde. Qu'elle avait trop compris, que Sandra était trop intelligente pour supporter l'imbécillité et la misère sans passer par la folie. Vanitas aurait voulu décider par lui-même ce qu'il pensait d'elle, mais il n'avait pas eu cette chance.

Nouritsa, souvent, disait qu'elle parlait encore au spectre de sa sœur, de temps en temps, mais c'était sans doute un autre de ses délires, avec ses histoires de muses et sa divination à deux sous cinquante. Glissant le livre dans son sac, Vanitas hésita entre retourner à sa tente pour faire une sieste et rejoindre la piste de danse. D'un côté, la chaleur le fatiguait déjà, d'un autre, la musique qui passait lui plaisait pas mal et il n'était pas certain que la nuit tombée elle soit aussi entraînante. Emporté par la flemme, Vanitas marcha d'un pas plombé vers sa tente et s'avachit sur le matelas de camping. C'était la chose le plus inconfortable du monde, mais c'était à l'ombre et c'était suffisant pour Vanitas. Il fouilla dans son sac à la recherche de quelque chose pour s'occuper les mains et tomba sur son téléphone. L'écran affichait un nouveau message de Riku. Il l'ouvrit et un sourire poussa sur ses lèvres. L'argenté lui avait envoyé une photographie de Polyphème, les pattes avant sur la vitre, regardant une mouche de l'autre côté de la fenêtre, assorti d'un petit mot : « Ton chat est toujours aussi con. ». Vanitas frappa rapidement une réponse sur le clavier. Quand il avait dit à Riku qu'il hésitait à venir au festival parce qu'il ne savait pas quoi faire de son chat, ce dernier lui avait tout naturellement proposé de venir au moins une fois par jour pour vérifier comment le félin se portait. En prime, il avait fait la vaisselle. En fait, Riku avait tendance à agir comme le domestique de Vanitas, ce qui était presque un brin culpabilisant. Mais le brun était trop heureux de voir son appartement propre et son chat content pour s'en préoccuper vraiment. Et puis Riku disait que ça ne le dérangeait pas.

Vanitas hésita à l'appeler, mais à cette heure, Riku devait bosser à l'hôpital – raison de son absence au festival – alors il se contenta de s'allonger sur le dos, contemplant le tissus vert de sa tente, recouvert de tâches à l'origine indéfinie. Peu à peu, il se laissa glisser vers le sommeil.

.

Demyx finit son morceau sous les applaudissements et les rires du public improvisé. Il adorait ça, l'ambiance à mi chemin entre le festival et juste la soirée entre potes.

« Alors, y a une autre chanson que je veux chanter, je peux ? … Cool ! Je sais pas … Est-ce que certains d'entre vous connaissent For you de Sharon Van Etten ? »

Plusieurs voix se levèrent pour approuver, et Demyx sourit largement.

« Je m'en doutais ! Bah, écoutez, je vais faire ma star et dédicacer cette chanson à mon âme-sœur, qui est peut-être là ou peut-être pas … »

Il vérifia que sa guitare était bien accordée et entonna cette chanson qu'il écoutait en boucle depuis plus d'un mois. Sans doute que Zexion n'était même pas venu. Sans doute qu'il chantait dans le vide. Mais il en avait besoin.

« I was hoping that you knew I'd wait for you … »

Sa voix se cassait dans les aigus, mais d'aucuns diraient que ça donnait un certain charme à la chose. Il ne croisa pas dans le public le regard bleu qu'il attendait, n'eut pas une ovation colossale, n'appela pas le public à chercher Zexion, mais il chanta sa chanson avec tout ce qu'il avait, et enchaîna avec A perfect sonnet et toujours un regard glacé dans le cœur.

.

Vanitas regardait Demyx chanter comme le soleil disparaissait au loin. Enfin, plus exactement, comme le blond venait de le préciser avec Do You Realize ?, ça n'était pas le soleil qui bougeait mais la Terre. Demyx n'était pas aussi nul que Vanitas l'aurait cru, il avait même pas mal de présence sur scène, et savait rallier le public à sa cause. C'est pas tout le monde qui pouvait enchaîner tant de chansons romantiques sans faire râler la foule. Et ça rappelait à Vanitas à quel point Zexion et lui étaient nazes, niveau relation.

Il marcha vers le bar en bâillant, et sentit sur son bras une piqûre vive, qu'il reconnut immédiatement comme la brûlure d'une cigarette à laquelle on ne fait pas gaffe. Il eut un sursaut douloureux, et ragea instantanément :

« Putain, fais gaffe, ça brûle, ducon ! »

Il regarda son bras, qui par chance ne semblait pas blessé, avant de relever les yeux vers son vil agresseur qui n'avait toujours pas dit mot. Et qui souriait. Qui souriait de toute sa bouche fine. De tous ses yeux verts. De toutes ses pommettes tatouées jusqu'au foutu bout de ses cheveux rouges. Vanitas voulait mourir. Il n'arrivait même pas à bouger.

« Je le savais ! »

Axel semblait bien trop content. Comme le roux approchait la main de son épaule, il se dégagea, tourna sèchement des talons et courut le plus vite qu'il put. Il avait beau avoir l'habitude de sprinter, les jambes de son âme-sœur étaient plus longues, et ils finirent par se retrouver cent mètres plus loin que les tentes, arrivés à bout du souffle de leurs poumons de fumeurs. Axel le regardait d'en-dessous, les mains posées sur les genoux.

« Je … je savais que c'était pas juste une attirance. Que y avait un truc en plus.

— Non. »

Axel n'arrêtait pas de sourire, et Vanitas savait qu'il n'aurait pas la force de courir vingt mètres de plus. Il avait envie de le frapper. De s'éloigner de lui au plus vite. Il n'avait aucune envie de ressentir ce qu'il ressentait.

« Tu m'expliques, Vanitas ?

— Non.

— Tu sais dire que ça ? »

Vanitas détestait cette question, qui n'avait que des réponses ridicules.

« Non.

— Trop drôle. »

Et Axel osait se fendre la poire dans un moment pareil. Comme si Vanitas ne venait pas de faire la plus grosse bourde de sa vie. D'un geste félin, Axel retira son T-shirt, et le brun eut un air surpris, trouvant que le roux allait un peu vite en besogne s'il pensait que maintenant qu'il était avéré qu'ils étaient âme-sœurs, ils allaient coucher ensemble à nouveau. À la vérité, Axel voulait juste lui montrer son tatouage, dans une écriture fine et rapide, qui lui traversait le ventre pour aller disparaître sous son pantalon.

« J'adore ta première phrase. C'était quoi, la mienne ? J'm'en souviens pas. »

Désintéressé, Vanitas tourna une deuxième fois des talons. Il voulait rejoindre la piste, boire un verre ou deux ou trois et oublier que le roux était là. Mais bien entendu, Axel ne comptait pas le laisser faire. Il l'attrapa par le bras, et Vanitas essaya d'oublier combien ça l'électrisait, assez pour envoyer un coup de pied dans les jambes de l'autre qui se retira avec un sifflement de douleur.

« Merde, mec, t'es dingue ! »

Vanitas eut un sourire condescendant accompagné d'un soupir de mépris.

« Et oui. »

Et il s'en fut d'une démarche aussi assurée qu'il le put, laissant le roux se tenir le tibia avec une grimace contrariée.

.

« Alors tu étais là. »

Zexion recracha la fumée de sa cigarette en regardant ses pieds. Il avait trop fumé, ces derniers temps, mais le geste familier le détournait quelques millisecondes de la pensée de Demyx. C'était toujours ça de pris. Il avait lutté, mais il était resté pendant tout le passage de son âme-sœur sur scène. Il le savait, que toutes ces chansons étaient pour lui. Même si les paroles ne correspondaient pas, il le sentait dans la délicatesse des accords, dans la douleur de la voix. Il savait qu'il n'y avait que lui, ou presque, pour mettre Demyx dans un état pareil. Ça lui faisait peur. Ça lui faisait plaisir. Parce qu'il savait maintenant que Demyx n'avait pas menti. Et ne s'était pas trompé. Ils s'aimaient tous les deux. Et ils avaient été trop cons. Enfin, surtout lui.

« Tu m'aimes ? »

Demyx ne sembla pas plus surpris que ça par la question, et déposa sa guitare contre une des enceintes en s'approchant de Zexion. Avec une lenteur exacerbée, il leva la main pour toucher la joue de Zexion. Le bleuté ferma les yeux, profitant du contact. Les bras toujours croisés sur son torse, une cigarette au bout de sa main droite, tout son corps était réservé à l'exception de sa tête qu'il laissait penchée, qu'il abandonnait au contact. Le bout des doigts de Demyx était corné, dur et doux en même temps, sa paume était brûlante et humide de transpiration. Il sentait le musc, le talc et la bière. La seconde main de Demyx trouva son chemin jusqu'à son crâne, libérant son visage de ses cheveux.

« Ouvre les yeux. »

Lentement, presque effrayé – non : effrayé, presque terrifié – Zexion obéit. Demyx le regardait droit dans les yeux, sans vaciller, lui promettant sans un mot l'amour le plus réel qu'on aie jamais vu sur cette Terre et les autres. Alors Zexion acquiesça, convaincu, espérant qu'il ne s'accrochait pas à un rocher de paille, que c'était du solide, et il alla même jusqu'à avancer sur la pointe des pieds, laissant Demyx se pencher, et sceller du plus ancien contact au monde leur nouveau départ, la suite logique de tout ce qu'ils avaient vécu, connu et ressenti jusqu'à ce jour.

.Septembre.

Vanitas n'avait jamais été en Allemagne. C'était plus sympathique qu'il n'aurait cru – même s'il captait à peine la moitié de ce que les gens lui disaient, comme quoi, quatre ans d'Allemand, ça ne servait vraiment à rien – et plus festif aussi. Il n'aurait jamais cru que les gens pouvaient boire à ce point, et se droguer plus encore. Les boîtes de Berlin étaient pleines de cadavres ambulants, certains joyeux, d'autres semblant un peu trop proches de la mort pour inspirer autre chose que de la pitié ou du dégoût. Assis à un tabouret du bar, Riku le regardait danser. L'argenté avait bu, mais beaucoup moins, et semblait sidéré de la capacité de son petit-ami à s'enivrer tant et à danser encore, bougeant avec une grâce ivre et purement Vanitassienne. En fait, depuis environ une heure, Riku ne se levait plus que pour éloigner ceux qu'il jugeait danser un peu trop près de son amant. Ce qui faisait beaucoup de monde, mine de rien, tous sexes confondus.

Ils ne rentrèrent à l'hôtel qu'au point du jour, comme la fatigue avait troué le cerveau de Riku et coupé les jambes de Vanitas. Ils s'effondrèrent sur le lit en se tenant par la main, s'enlaçant sans un mot, appréciant le silence de la chambre.

Ils se réveillèrent au beau milieu de l'après-midi, Vanitas dans une forme étonnante et Riku se payant une gueule de bois monstrueuse. Le monde était mal fait, pensait l'argenté. Après deux cafés, un cachet d'aspirine et une longue douche, l'écho des basses de la veille cessa enfin de lui tambouriner la cervelle. Il retourna sur le lit, où Vanitas lisait un classique d'un air ennuyé.

« Tu veux bouger, aujourd'hui ? »

Vanitas sembla heureux de la distraction et posa le livre sur la table de chevet, le maintenant ouvert contre le bois recomposé. Il détestait ne pas finir un roman, mais celui-ci était d'une lourdeur incomparable.

« Hm … nan, pas trop. Toi ? Tu voulais voir quelque chose ?

— Demain. »

Riku semblait aussi soulagé que lui à l'idée de passer ce qui leur restait de la journée à jouer aux vampires dans la chambre d'hôtel. Certainement, le but premier d'un voyage était de découvrir un lieu, mais l'idée, quand on prenait des vacances, c'était aussi de se reposer. Ils s'étendirent côte à côte, fixant le plafond, et Vanitas commença un long motif le long du bras de Riku, du bout des doigts.

« J'dois te dire un truc. »

Vanitas sentit l'argenté froncer les sourcils sans le voir, et un léger coup d'épaule l'invita à poursuivre.

« C'est à propos d'Axel. »

Riku se tendit aussitôt, et Vanitas soupira en appuyant plus fortement les doigts sur la peau de son petit-ami. C'était un peu agaçant, que Riku aie toujours l'impression qu'il pouvait partir en fumée d'un moment à l'autre. Est-ce qu'il n'avait pas confiance en lui ? Vanitas se reprit mentalement. Il savait que de sortir avec un tatoué, qui plus est un tatoué ayant rencontré l'âme-sœur, était déjà une immense preuve de confiance. Le temps balayerait le reste des incertitudes, sans doute.

« Riku, je vais pas disparaître, d'accord ? Juste … »

Il savait qu'il devait finir sa phrase au plus vite, qu'il était en train d'angoisser son amant pour rien, mais il avait du mal à parler. Il se redressa et vint s'allonger entre les jambes de Riku, les coudes de part et d'autre de son visage. Il verrouilla leurs regards avec l'air moqueur le plus familier et le plus rassurant qu'il put, avant de soupirer.

« Je lui ai parlé. »

Riku écarquilla les yeux, et fit mine de se relever mais Vanitas l'en empêcha.

« Donc il sait ?

— Oui. Mais … ça change rien. Il va juste être encore plus chiant.

— Et toi ?

— Quoi, moi ?

— Lui parler … ça t'a rien fait ? »

Pour le coup, Vanitas se redressa, franchement agacé. Il se passa la main dans les cheveux en quittant le lit pour regarder par la fenêtre. Ils avaient une merveilleuse vue sur l'hôtel d'en face.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Vanitas darda ses yeux jaunes sur son petit-ami, qui semblait bien ahuri, avec ses cheveux décoiffé et son air perdu.

« Il y a que ça fait trois mois qu'on sort ensemble et que t'as toujours pas capté que j'allais pas te quitter. T'es trop con.

— Comprends-moi …

— Comprends-moi toi ! Comprends que j'ai pas envie que tu me casses les couilles avec tes incertitudes chaque fois que je te parle d'Axel. »

Riku s'adossa au mur en croisant le bras.

« Et pourquoi est-ce que tu parles d'Axel en premier lieu ? Il est si important pour toi ? »

Vanitas leva les yeux au ciel et figea un regard accusateur sur Riku, offensif.

« Non, mais je sais qu'il est important pour toi. Putain, comment est-ce que tu l'aurais pris s'il était venu te voir pour te dire qu'il savait que j'étais son foutu âme-sœur et que toi t'étais pas au courant ? »

Riku grimaça. Pour une fois, la logique de Vanitas était implacable. Bien sûr qu'il l'aurait mal pris. Bien sûr qu'il aurait été blessé, qu'il aurait eu des doutes, encore plus que maintenant. Mais rien que d'entendre Vanitas appeler Axel son âme-sœur était douloureux.

« Parce que je te jure que ce con est bien du genre à le faire, juste pour te faire flipper, et puis à rajouter des mensonges, genre que je t'ai trompé avec lui ou merde, et avec tes questions à la con, j'ai l'impression que tu le croirais plus facilement que tu ne me crois. »

Riku y réfléchit un moment. Si Axel venait le voir, lui assurant que Vanitas et lui avaient couché ensemble, le croirait-il ? La réponse lui plomba l'estomac. Oui, son premier réflexe serait de croire Axel, et pas Vanitas. Son premier réflexe serait de faire confiance à un inconnu plus qu'à son propre copain. Il savait que c'était injuste. Voyant qu'il ne répondait pas, Vanitas jura et attrapa son paquet de cigarettes dans la poche de sa veste.

« La chambre est non-fumeur.

— Tu l'ouvres juste pour dire ça ? »

Riku écarquilla les yeux à la violence de la répartie. Vanitas soupira un nuage de fumée en ouvrant la fenêtre. Il faisait presque nuit, mais l'air était encore doux.

« Cherche pas, tu m'as soûlé. »

L'argenté savait bien qu'il était en tort, en un sens, mais il n'y pouvait rien, il n'arrivait pas à se rentrer dans le crâne qu'un tatoué pouvait le préférer à son âme-sœur. Et Vanitas par-dessus le marché. C'était trop beau pour être vrai. Il avait sans doute un problème. Peut-être que la simple perspective d'être heureux l'angoissait. Il se traîna pour s'asseoir au bord du lit, juste assez proche pour toucher Vanitas s'il tendait la main.

« Qu'est-ce que je peux faire ? »

Vanitas ne daigna même pas le regarder en répondant :

« Rien. »

Riku avança le bras pour le poser sur la cuisse de son amant, qui se dégagea.

« Mais laisse-moi faire la gueule, merde.

— Combien de temps ?

— J'en sais rien.

— Tu vas pas faire la tête toute la durée du voyage ?

— Mais tu m'emmerdes avec tes questions, je te fais chier, moi, quand tu boudes ?

— Euh … oui ?

— Merde. Lâche-moi trois secondes. »

Riku hésita à chronométrer trois secondes puis à recommencer mais renonça. Il ne fallait pas qu'il laisse Vanitas trop déteindre sur lui. Il avait dans l'idée une approche un peu plus subtile.

« Ri', tu fous quoi ? »

Ou pas. Avec un sourire, Riku continua de déboutonner le jean de Vanitas, collant sa bouche contre le tissus du boxer.

« J'ai l'air de faire quoi ? »

Il le toucha simplement, et si Vanitas le regardait toujours méchamment, il n'empêchait pas pour autant Riku de continuer son œuvre.

« Riku … »

Vanitas soupira, balançant sa clope par la fenêtre en s'agrippant aux rebords. Il ressentit un grand froid entre les jambes quand son amant se recula.

« Tu fais plus la tête ? »

Vanitas leva les yeux au ciel, mais l'argenté lui refusa toute crédibilité d'un coup de langue vicieux.

« Sale con … comme si je pouvais … te faire la gueule … si t'as ma queue dans la bouche. »

Riku sourit difficilement, et mordilla la peau entre ses dents. Vanitas avait du mal à tenir debout.

« Je retiendrai ça. »

C'était à peine compréhensible, Riku n'articulait pas très bien.

« On parle pas la bouche pleine. »

Vanitas, très fier de sa répartie – et d'avoir réussi à la sortir sans soupirer de plaisir au milieu – ne vit pas venir le coup de tête le plus malhonnête que Riku lui aie jamais porté. Décidant qu'il en avait assez, Vanitas attrapa vivement le crâne de Riku pour le remonter jusqu'à lui et lui voler un baiser violent.

« L'heure de la vengeance a sonné. »

Riku aurait voulu sortir une répartie intelligente, et face à une telle réplique, ça n'était pas si compliqué, mais tout le corps de Vanitas contre le sien l'empêchait seulement de réfléchir. Alors il laissa tomber.

.Octobre.

Ils n'avaient eu de cesse de se croiser, au plus grand bonheur de Pitch, et s'étaient même vus plusieurs fois, juste eux deux. Jack était peu à peu devenu plus à l'aise en sa présence, moins effrayé, comme petit à petit il apprenait à le connaître. À faire la différence entre ses sourires mauvais et ses sourires joyeux – même si ça n'était pas toujours évident. Mais là, ça passait à un autre niveau.

« Je crois que … ça serait pas impossible. »

Black interrompit sa contemplation de sa tasse de café, se demandant ce que Jack entendait par là. Il avait sorti ça de nulle part, et sans contexte, sa phrase n'avait à la vérité pas beaucoup de sens. Voyant qu'il ne poursuivait pas, il le relança.

« De quoi ? Qu'est-ce qui ne serait pas impossible ? »

Jack inspira un grand coup, comme il le faisait avant de se lancer sur la rampe pour une figure particulièrement difficile.

« Que, un jour … »

Jack avala sa salive de travers, toussota, but de l'eau, repensa à ce qu'il allait dire, toussa à nouveau et finit par se calmer, ses joues pâles tout de même rougies. Il préférait se dire que c'était à cause de ses étouffements successifs.

« Que, peut-être, un jour, ça change. »

Pitch lui tendit à nouveau le verre d'eau, comme si c'était supposé l'aider à parler, à expliciter sa pensée à laquelle Black ne voyait présentement aucun sens.

« Nous. Enfin, je veux dire … »

Le plus âgé se demanda s'il avait droit de croire un instant ce qu'il lui avait semblé comprendre. Il refréna ses ardeurs, impatient de la suite.

« Je veux dire que c'est pas impossible, si un jour, je te vois un peu plus comme tu me vois que maintenant, tu vois ? »

C'était l'explication la moins claire du monde, mais pour Pitch, ça faisait sens, et ça faisait le plus beau sens qui lui aie jamais été donné d'entendre. Il avait une chance d'avoir peut-être, un jour, quelque chose avec Jack qui dépassait l'amitié. Ou du moins, le plus jeune ne rejetait plus l'idée en bloc.

« Souris pas comme ça ! Tu fais flipper. »

Pitch prit immédiatement une figure beaucoup plus neutre, faisant rire Jack doucement. Il grogna avec un léger dédain avant de toiser son âme-sœur.

« Quoi ? J'ai pas le droit d'être content ? »

Avec une moue crispée, Jack reprit.

« Ne … Ne te fais pas trop d'espoir, d'accord ? J'ai juste dit, un jour, peut-être.

— Je sais. Je sais aussi que c'est improbable. Il y a quelques mois, je croyais que c'était impossible. Mais ça ne m'a jamais empêché d'espérer. »

Et c'était vrai. Peu importait le réalisme, le rejet et la peur, il y avait toujours eu, et il y aurait toujours en lui une part qui croyait dur comme fer que Jack et lui formaient quelque chose qui avait du sens. Que c'était réel. Même avec une main perdante, il y avait cru. Et maintenant qu'on avait redistribué les cartes, la nouvelle donne lui donnait un réel espoir de victoire sur la vie.

.

I guess I'll have to settle for a few brief moments,

And watch it all dissolve into a single second,

And try to write it down into a perfect sonnet …

or a foolish line.

.

Et voilà, un peu moins dramatique que le chapitre précédent, un peu plus calme. J'espère que ça vous aura plu, et à la semaine prochaine !

Ciao !