Hey ! Ca faisait longtemps ! Du coup nous passons désormais à la période de transition entre la partie un et la partie deux. Cette transition fait cinq chapitres, et restera dans la continuité directe de la partie un. J'espère qu'elle vous plaira autant que la première. J'en profite pour remercier toutes les personnes qui me lisent, et qui laissent des commentaires, ou qui mettent cette fiction en favoris. Ca me touche vraiment, et c'est grâce à vous que je continue à l'écrire.
Donc, actuellement j'ai terminé d'écrire le chapitre 22, sachez que je n'ai strictement rien foutu pendant les semaines de vacances à cause de la tonne de devoirs que j'avais à faire... Bref, je continu bon gré mal gré, et j'espère ne jamais avoir de retard...
Réponses aux reviews :
Chocomy : Eh oui ! Là ça va, on va entrer dans une partie un peu moins horrible. J'espère que ça te plaira, et merci beaucoup de laisser un review à chaque fois !
Simple Demoiselle : Je ne m'y connais vraiment pas en services sociaux, donc il est possible que la partie qui va suivre soit totalement à côté de la plaque, auquel cas je m'en excuse sincèrement. En tout cas je suis ravie d'avoir réussit à créer un véritable sentiment d'antipathie à l'égard du père d'Arthur et d'Allistor, c'était ce que je voulais, donc j'estime que mon objectif est attend. J'espère que la prochaine partie de plaira !
Loulyss : Merci ! C'est vrai que ce chapitre est peut-être celui que je préfère de la partie 1... Et j'avoue que j'avais moi aussi besoin de passer à une partie plus joyeuse, sur la fin ce n'était pas facile de tenir le rythme sur des chapitres aussi sinistres. C'est moi qui te remercie !
Croque-mots : Eh non, ce n'est pas la fin ! Juste une fin de partie ! La fin est libératrice, en effet, je suis vraiment ravie que tu l'aies ressentit de la sorte, c'était l'effet attendu. J'espère que la transition te conviendra !
Titre : Pain Guide us to Insanity ~ Transition
Auteur : Statice-Law
Rating : T
Genre : Family, Friendship, Angst, Hurt/comfort
Characters : Allistor Kirkland (Scotland), Arthur Kirkland (England), Francis Bonnefoy (France), Gilbert Beilschmidt (Prussia), Antonio Fernandez Carriedo (Spain), OC
Pairing : /
-Arthur, on est arrivé.
C'était la voix de son frère qui l'avait réveillé. Pendant une brève fraction de seconde, il crut qu'il était encore chez lui, qu'Allistor allait bientôt partir en cours, pourtant, lorsqu'il ouvrit les yeux, il n'était pas dans sa chambre. Il ne paniqua pas, l'engourdissement de ses membres et de son esprit ne le lui permettait pas. Il y avait une petite fenêtre contre sa joue. Et il n'arrivait pas à bouger, il avait l'impression d'être accroché… D'ailleurs il était assis…
-Hey…
Il tourna faiblement la tête et croisa le regard presque turquoise d'Allistor. Il ne semblait pas particulièrement inquiet, peut-être juste agacé. Arthur commença alors à réaliser qu'il n'était pas censé être là. Cela faisait bien longtemps qu'Allistor ne venait plus le réveiller, alors pourquoi était-il là ? Enfin… C'était où, là ?
-Allez, magne-toi le cul.
Il se redressa et constata qu'il était bel et bien attaché. A bien y regarder, il était dans une voiture. Il se rappela alors qu'on était venu les chercher à l'hôpital pour les emmener dans un foyer. Un violent frisson d'appréhension le secoua. Il avait pu parler avec une assistante sociale, et elle lui avait expliqué ce qui se passerait une fois que ses soins seraient terminés. Il savait qu'il n'allait plus seulement vivre avec son frère, mais aussi avec d'autres enfants, de son âge ou non, et qu'il allait devoir rattraper son retard scolaire. Il était loin d'être rassuré. Il n'avait jamais vraiment manifesté l'envie de rencontrer d'autres gens. Il voulait sortir, mais pas côtoyer d'autres personnes que son père et son frère, pour peu qu'il ait voulu côtoyer son père.
Il sentit soudain la main d'Allistor détacher la ceinture qui le retenait maintenu à son siège.
-Tu te bouge, oui ou merde ?
-Désolé…
Arthur eu le réflexe de passer une main dans ses cheveux pour les ramener en arrière, avant de se rappeler qu'ils n'étaient plus assez longs pour lui tomber devant les yeux. Cela lui fit bizarre, et il resta quelques secondes sans bouger, les doigts emmêlés à ses mèches désormais courtes. Allistor se pencha pour lui ouvrir la portière, avant de sortir lui-même de son côté. Un courant d'air s'infiltra dans l'habitacle, rappelant un peu à Arthur la première fois qu'il avait ouvert la porte de la maison pour sortir dans le jardin.
Il regarda distraitement les graviers gris foncé, incapable de tout enregistrer. Tout allait beaucoup trop vite. Il y avait eu l'arrestation de son père, les questions des policiers, des médecins, les soins, les piqûres, le retour d'Allistor, le départ pour le foyer...
Il sentit soudain la main de son frère l'attraper par l'épaule et le forcer à descendre de la voiture. Même s'il était perdu et désorienté, il l'entendit marmonner des insultes. Arthur commençait à avoir l'habitude.
-Ah, vous voilà !
Le petit blond frissonna violemment. Ce n'était pas la même voix que celle qu'il avait entendu au téléphone, alors qu'il appelait la police et que son frère et son père se battaient à l'étage en dessous. Pourtant, d'une certaine façon, elles se ressemblaient... Uniquement parce que c'était une femme qui parlait, sûrement. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de voix.
-Excusez le retard, on a mis un peu plus de temps que prévu à faire le changement de voiture à la frontière...
Ca c'était le policier qui s'était occupé d'eux quand ils avaient changé de véhicule... Il s'en souvenait...
-Pas de problème ! Rentrez donc, ne restez pas dans le froid !
Maintenant qu'elle le disait, c'était vrai qu'il faisait froid. Par réflexe, Arthur se cala contre Allistor, avant de se rendre compte de ce qu'il faisait. Il s'attendit alors à être repoussé... Rien n'arrivait. Le rouquin ne faisait pas spécialement d'effort pour l'aider à se réchauffer, mais il ne l'éloignait pas non plus. Arthur ne sut pas trop quoi en penser, et préféra profiter de cette opportunité. Il se blottit contre son flanc et attendit, terrifié et stressé. C'était presque la même sensation que lorsqu'il attendait que son père rentre le soir, tout en sachant qu'il allait se prendre une grosse raclée. C'était la même sensation dans son ventre. La même boule dans sa gorge. Il semblait avoir oublié comment parler.
Soudain, Allistor se mit en marche, et Arthur fut obligé de s'accrocher à son bras pour se mettre en route à son tour. Les graviers le déstabilisaient un peu : ça s'enfonçait, ça roulait son ses pieds, parfois ça se plantait dans ses chaussures à tel point que ça lui faisait un peu mal... Peut-être parce que ses pieds restaient une partit sensible de son corps.
Soudain, une douce chaleur lécha son visage. La pluie qui tombait en toutes petites gouttes cessa de s'accrocher à ses cheveux et de rouler sur son visage, et les cailloux furent remplacer par du carrelage. Il finit par convenir qu'il pourrait être bon de relever la tête, et il regarda autour de lui, toujours fermement agrippé au bras d'Allistor.
Le hall était assez grand sans que ce soit vraiment impressionnant, le carrelage presque orange s'étalait jusqu'au pièces adjacentes, et les murs étaient blanc sur leur partie supérieure, et bardé de bois sur la moitié inférieure. Il y avait un escalier assez large et en bon état, juste devant une double porte en bois plus claire que le bardage. Deux autres portes se trouvaient sur le mur d'en face, et un couloir s'élançait à côté de l'escalier. Un gros luminaire pendait du plafond et diffusait une lumière dorée qui se reflétait sur les murs et la fenêtre qui était près de la porte d'entrée.
Son regard se porta alors sur la femme qui les accompagnait. Même de dos, on devinait qu'elle était assez âgée, sans pour autant qu'Arthur sache comment il pouvait le savoir. Ca se sentait. Ses cheveux bruns était ramené en un chignon serré, et elle avait un tablier blanc sur une robe longue marron. Les petits talons qu'elle portait claquait sur le carrelage et rythmaient ses pas. Tout semblait résonner alors qu'un silence s'installait.
-Je vous laisse les gamins. Normalement vous avez leur dossier, si vous avez besoin d'autres choses n'hésitez pas à appeler.
Le policier ne semblait pas spécialement enchanté d'être là, ou plutôt il semblait épuisé, ce qui se comprenait. Il avait roulé pendant plusieurs heures, et il avait encore le chemin inverse à faire.
La vielle femme se retourna enfin, et Arthur pu confirmer ce qu'il pensait déjà : elle était vraiment âgée. Des rides s'étendaient sur son front et ses joues, au coin de ses yeux, et aux coins de ses lèvres. Ses yeux marrons brillaient d'une joie de vivre certaine, et elle adressa un grand sourire à l'officier.
-Pas de problème. Nous vous enverrons les résultats des examens médicaux complémentaires, de toute façon.
Arthur se sentait de trop. Et le mutisme d'Allistor n'aidait pas. Il n'arrivait tout simplement pas à se dire que cet endroit était sa nouvelle maison. Déjà, le terme même de « maison » était assez difficile à intégrer pour lui.
-Bonne soirée.
Après un vague signe de tête dans leur direction, le policier s'éclipsa, les laissant seul avec la vieille femme. Arthur se sentit d'autant plus oppressé et se planqua derrière Allistor.
-Bonjour tous les deux, je m'appelle Kate, et c'est moi qui gère ce foyer.
Allistor marmonna vite fait un « bonjour ». Ainsi agrippé à son dos, Arthur pouvait sentir à quel point il était tendu.
-Je vais vous montrer votre chambre, vous avez le temps de vous installer, et je viendrais vous chercher pour le repas.
Arthur n'avait pas le courage de répondre, Allistor ne semblait pas prêt à le faire, alors Kate dû se contenter d'un silence gênant. Elle ne sembla pourtant pas s'en offusquer et leur fit signe de la suivre.
-Toutes les chambres sont à l'étage. Il y a aussi deux salles de bains communes. Au rez-de-chaussée, il y a la cantine, les cuisines, une bibliothèque, mon bureau, la laverie et une salle d'étude. Vous pouvez aller où vous voulez et à peu près quand vous voulez, il y a juste une heure pour le couvre-feu et les repas. Des questions ?
Arthur ne comprenait pas la moitié de ce qu'elle disait, mais cela semblait faire sens dans la tête d'Allistor. Tout ce qu'il comprenait, c'était qu'il allait passer une partie de sa vie ici, et qu'il n'en avait pas vraiment envie. Il ne voulait pas vivre avec d'autres enfants, il ne voulait pas avoir une nouvelle chambre, à la limite, il aurait préféré rester à l'hôpital. Et Allistor qui ne disait toujours rien...
-Vous êtes dans la même chambre, et il n'y a pas d'autres enfants avec vous, j'ai pensé que ce serait mieux dans un premier temps. Si vous voulez changer de chambre après, vous pourrez venir m'en parler. Oh, et si vous avez besoin, il y a l'infirmerie, près de mon bureau. Je vous montrerais tout à l'heure.
-Et pour les cours ? Marmonna Allistor.
-Tu reprendras l'école si tu le souhaites et quand tu le voudras. Je ferais une demande pour que tu ailles au lycée du coin. Sinon, tu pourras étudier ici.
-Et Arthur ?
Kate marqua une petite pose alors qu'ils terminaient de monter les escaliers. C'était étrange de ne pas sentir les marches craquer sous ses pieds, de ne pas craindre que tout ne s'effondre à chaque instant.
-Il va déjà rattraper son retard scolaire ici. Suivant comment il s'en sort, il est possible qu'il intègre un collège ou un lycée.
Arthur sentit Allistor se tendre, mais il ne posa pas de question. En fait, il était totalement incapable de parler. Sa gorge était trop serrée, et c'était comme si les mots se bousculaient trop vite dans sa tête pour qu'il puisse articuler quoi que ce soit. Il tremblait légèrement, de froid, d'appréhension, il ne savait pas trop. Il restait accroché à la veste de son frère comme à sa vie. Il voulait rentrer. Rentrer dans leur ancienne maison, que son père soit là ou non, c'était beaucoup trop effrayant et stressant de changer de vie comme ça... Il n'était pas près... Et Kate l'intimidait, sans qu'il ne s'explique pourquoi. Pourtant elle avait l'air gentille.
-Voila, votre chambre est ici. La salle de bain est juste en face. Je vous laisse vous installer, il y a déjà des vêtements et des draps propres.
Allistor marmonna un « merci » et ouvrit la porte en bois sombre que la vieille femme leur désignait. Il entraina Arthur dans son sillage, et le petit blond se laissa faire sans résister. Il commençait à avoir un peu mal aux pieds.
La chambre était plus petite que celle qu'ils avaient dans la maison de leur père, mais elle semblait neuve. Deux lits étaient appuyés chacun contre un mur, une fenêtre s'étalait juste entre eux, et une table de chevet se trouvait à côté de chaque matelas, juste sous la vitre. Au pied des lits, il y avait un bureau en bois clair, de la même couleur que les petits commodes qui étaient de chaque côté de la porte. Les murs étaient couvert de papier-peint ocre, et le sol était en parquet.
-C'est...
-Quel lit ? Le coupa Allistor.
Arthur mis un temps à comprendre la question. Et il n'avait aucune foutu idée de la réponse.
-Je... Sais pas...
Le rouquin soupira et le força à le lâcher. Un gros sentiment de vide envahit Arthur, mais il ne se plaignit pas. Il regarda son grand-frère s'approprier le lit de droite, et il s'approcha timidement de l'autre. Tout cela était beaucoup trop étrange, et perturbant... Allistor s'affala sur son lit et soupira longuement. Le blond le regarda, indécis, avant de s'asseoir presque timidement sur son matelas. Même en sachant qu'il était propre, il avait l'impression de salir les draps blancs.
Un silence s'installa. Arthur ne savait pas quoi dire, Allistor ne semblait pas vouloir parler. C'était terriblement gênant et oppressant. Certainement pour la millième fois aujourd'hui, Arthur se dit qu'il n'aurait vraiment jamais dû quitter l'hôpital. D'après le policier qui les avait conduits ici, ils avaient passé la frontière écossaise et étaient maintenant en Angleterre. Il n'avait aucune foutue idée de ce que cela voulait dire. Tout était à peu près pareil entre ici et son ancienne maison.
Finalement, il se coucha et se roula en boule. Le matelas lui faisait moins mal au dos, et les draps semblaient caresser son corps. Il avait encore de sacrées marques là où il s'était gratté, ses pieds étaient toujours très sensibles, et même s'il n'avait plus de poux, il avait toujours le réflexe de se gratter. Il était épuisé. Il avait repris du poids, un peu. Mais il ne se sentait plus vraiment... Lui. Pour peu qu'il se soit déjà sentit « lui ».
-Tu vas retourner à l'école... ? Demanda-t-il timidement.
Il ne s'attendait pas vraiment à obtenir une réponse, mais il ne perdait rien à essayer.
-Je pense pas.
La voix d'Allistor était rauque et grave. Arthur ne se rappelait pas qu'elle était aussi lourde, presque menaçante. Cela le fit frissonner. Et puis soudain il se rappela du chat. Pour une raison ou pour une autre, sa fourrure grise et soyeuse s'imposa dans son esprit. Ses yeux verts, aussi verts que les siens maintenant qu'il y pensait ses moustaches fines et blanches, ses oreilles triangulaires...
-Tu crois qu'il y a des chats ici... ?
Allistor se redressa et dévisagea son frère, alors que ce dernier fixait le parquet entre leurs lits.
-Aucune putain d'idée, fini-il par répondre. Pourquoi ?
Arthur haussa les épaules. Il n'avait pas la force d'expliquer, et il n'était de toute façon pas certain de trouver les mots pour le faire. Il avait déjà parlé de ce chat à Allistor, il s'en rappelait, mais ce n'était pas très grave si son frère ne s'en souvenait pas. Ce n'était pas comme si c'était important. Enfin ça l'était pour lui, mais pas pour Allistor.
Le rouquin se recoucha et regarda le plafond, écoutait l'air de rien la respiration de son frère. Il n'en montrait rien, mais il s'inquiétait un peu. Arthur n'avait rien connu d'autre que leur ancienne maison, avec leur père violent. Ce changement d'environnement ne pouvait pas lui faire du bien. Déjà, il ne comprenait pas pourquoi on les avait envoyés dans ce putain de foyer. Il était largement capable de s'occuper de son cadet seul, c'était ce qu'il faisait depuis qu'ils étaient enfant. Il aurait pu se débrouiller. Il avait juste à trouver un travail, et avec les aides auxquelles ils avaient droit, il aurait pu leur trouver un endroit où vivre et payer les factures. Et Arthur n'aurait jamais eu à sortir, n'aurait jamais eu à se confronter à la vie réelle. Il serait resté avec lui, et seulement avec lui. C'était ça qui faisait peur à Allistor -pour peu qu'il puisse avoir peur- : que son frère s'éloigne. Qu'il soit capable de se débrouiller seul. Il n'était pas stupide, il savait qu'Arthur avait de grosses capacités. Rattraper son retard scolaire ne serait pas vraiment compliqué, et bientôt il allait aller à l'école, comme tout adolescent normal. Et il n'aurait plus besoin de son frère. C'était ça qui terrorisait Allistor, autant que cela le frustrait. Oui, c'était plutôt ça. Il était furieux.
-Dis-moi, Allistor...
Le rouquin toisa le policier avec une haine certaine. Maintenant qu'il savait qu'Arthur allait bien et qu'il avait été interrogé, il estimait qu'il n'avait plus à répondre à ces questions de merde. Pourtant l'inspecteur revenait à la charge sans arrêt.
-Tu savais que ton père faisait du mal à Arthur, tu savais qu'il irait immédiatement en prison si la police était prévenue... Et pourtant tu n'as rien fait.
Allistor se tendit immédiatement et serra les poings. Est-ce qu'il risquait quelque chose en lui cassant la gueule ? Et au fond, est-ce qu'il en avait quelque chose à foutre ?
-Pourquoi est-ce que tu n'as pas prévenu la police ? Tu pouvais le faire, tu pouvais sortir de la maison, tu pouvais aller en ville... Tu aurais pu éviter tout ça à ton petit frère, t'éviter tout ça, et tu n'as rien fait.
-Fermez la ! Explosa-t-il. Vous savez rien alors fermez votre grande gueule !
Il ne cherchait pas spécialement à impressionner le policier, mais si ça avait été le cas, c'était un échec total. Il était furieux. Il avait envie de le tuer. Il ne pouvait pas comprendre, personne ne pouvait comprendre.
-Tout ce que je sais c'est que tu n'as prévenu personne alors que ton père te battait et battait ton frère.
-Et je leur aurais dit quoi, putain ?! Mon bâtard de père est peut-être fort, mais je suis pas une taffiole ! Je sais me défendre ! Et je peux protéger Arthur !
L'inspecteur le jaugea calmement, avant de se lever de sa chaise. Ce type était terriblement agaçant.
-Non, Allistor. Si tu en avais été capable, Arthur ne serait pas dans cet état, et toi non plus.
Il referma la porte de la chambre alors qu'il sortait dans le couloir aussi blanc que tout ce qui se trouvait dans ce putain d'hôpital.
Allistor serra les dents et s'accrocha aux draps. Il se demandait encore ce qui l'avait retenu de casser la gueule de ce flic de merde. Il jeta un coup d'oeil à Arthur, roulé en boule sur son lit. Ses yeux étaient fermés, mais il ne semblait pas vraiment dormir. Son souffle était encore trop inégal. De larges traces de griffures écarlates partaient de son cou et disparaissaient sous son t'shirt noir. Mais Allistor savait qu'elles descendaient bien plus bas, même s'il n'avait plus vu son frère torse-nu depuis... Longtemps. Il savait aussi que son cuir chevelu était à vif à force d'avoir été gratté, et ses pieds restaient très sensibles. Il ne pouvait pas marcher trop longtemps. D'après les médecins, les engelures n'étaient jamais vraiment parties, c'était juste qu'il s'était habitué à la douleur, en quelque sorte.
Sa faute. Tout ça, c'était de sa faute. Il détailla la masse somme toute petite de son frère. Il semblait perdu au milieu des draps, et pourtant le lit était loin d'être grand. Non, ce n'était pas de sa faute. C'était de la faute de leur père. Et de la faute d'Arthur. Il l'avait protégé aussi longtemps qu'il avait pu, ce n'était pas de sa faute si le blond n'avait pas été capable de se débrouiller seul. Au fond, ce n'était de la faute de personne. Et il était fatigué de chercher des coupables.
Il tourna le dos à son frère et soupira.
-Tu devrais te doucher, après manger, lança-t-il, l'air de rien.
Un vague marmonnement lui appris qu'il avait entendu. Il fallait qu'il prenne des douches très chaudes pour ses pieds, et Allistor le connaissait assez pour savoir qu'il pouvait très bien ne pas appliquer les conseils -voir les ordres- des médecins. D'une certaine façon, Arthur agissait comme un gamin capricieux, et cela énervait énormément le rouquin. Mais il s'efforçait de ne pas y songer. Ce n'était pas comme si c'était très important. Et il ne pouvait pas se permettre d'accorder beaucoup d'intérêt à Arthur. Il ne pouvait pas lui donner de faux espoirs. Il valait mieux qu'ils ne se côtoient que le moins possible, pour éviter que l'un d'eux ne soit blessé. Allistor ne savait plus trop de quoi il était capable. Jusqu'à ce qu'ils trouvent tous les deux leurs marques, il acceptait de le protéger un peu, mais il faudrait qu'il se débrouille seul. C'était très contradictoire. Il voulait que son frère ne dépende que de lui, mais paradoxalement, il ne voulait pas s'occuper de lui.
Il fronça les sourcils et serra les poings. Sa vie était un putain de merdier.
Un silence assez pesant s'installa dans la pièce. Arthur semblait cogiter de son côté, et Allistor n'avait aucune envie d'entamer une discussion. Pour parler de quoi, déjà ?
Ce furent finalement quatre coups secs frappés à la porte qui le tirèrent de ses pensées. Il se leva sans grande envie et alla ouvrir, jetant un coup d'oeil à Arthur qui semblait s'être rendormis. Il manquait cruellement de sommeil, et il avait beaucoup de mal à se rétablir.
Kate lui adressa un sourire assez maternant alors qu'il lui ouvrait la porte. Allistor lui trouva de nombreuses ressemblances avec quelques professeurs qu'il avait eu. Il n'arrivait pas à en trouver avec sa mère. Il se souvenait d'elle pourtant, mais rien en Kate ne la lui rappelait.
-Le repas est prêt, vous pouvez descendre.
-Arthur dort, marmonna-t-il seulement en sortant dans le couloir.
Il referma assez doucement la porte pour ne pas réveiller son frère et passa une main nerveuse dans ses cheveux. Il ne stressait pas vraiment à l'idée de rencontrer d'autres adolescents. Il s'en foutait. Il n'avait jamais été le genre de personne qui stress énormément à la rentrée des classes, et il se moquait pas mal de se soumettre aux regards critiques des autres. Tant qu'on lui foutait la paix, il n'avait aucune raison de s'intéresser à eux.
Alors il suivit Kate dans les couloirs, redescendant au rez-de-chaussée, pour ensuite s'engager dans le couloir qui menait à la cuisine, à l'infirmerie, au bureau de Kate et à ce qui ressemblait à une cantine. Des cris et des éclats de voix filtraient dans le couloir. Ca ressemblait un peu au self du lycée, même si Allistor n'y avait pas beaucoup mangé. Parfois, un gars assez sympa de sa classe lui proposait de lui payer le repas. Autrement, il ne mangeait pas le midi.
-Les repas se prennent ici, de sept heures à neuf heures et demi pour le petit-déjeuner, de onze heure trente à treize heures trente le midi et de dix-neuf heures à vingt heure et demi le soir.
Il hocha la tête juste pour la forme. Tout cela le faisait profondément chier. Kate le guida à l'intérieur, et il jaugea rapidement les trois longues tables en bois qui occupaient l'espace, encerclées de banc actuellement occupées par des enfants de tous les âges. Des plats étaient disposées au centre, mais il n'eut pas le temps de se concentrer davantage. Kate le trainait déjà vers une place libre à un bout de table, et il la suivit sans montrer de réel intérêt. Tout cela était profondément chiant. Il fit un rapide calcul, histoire de savoir dans combien de temps il serait majeur. Quand ce serait le cas, il pourrait se tirer d'ici, et emmener Arthur avec lui.
-Francis ! Appela Kate.
Un adolescent aux cheveux blonds mi- longs tourna la tête vers la vieille femme et lui sourit doucement.
-Oui, madame ?
Pour une raison ou pour une autre, ses grands yeux bleus donnèrent à Allistor l'envie de lui envoyer son poing dans la gueule. Ceci étant dit, il était plus que probable que toute personne sur son chemin reçoive le même traitement. Peut-être que ce n'était pas que ce gamin. Même s'il avait l'air profondément chiant. C'était le genre de personne qui avait la foutue tendance à faire les yeux doux à tout le monde pour s'attirer leurs bonnes grâces. Un lèche-cul, quoi.
-Je te laisse Allistor. Il vient d'arriver avec son petit-frère, je te laisse lui expliquer s'il a des questions.
Le blond hocha la tête sans se départir de son sourire, mais Allistor ne le regardait déjà plus. Perte de temps.
-Tu t'assoies ? Lui proposa Francis en désignant la place libre à côté de lui.
Allistor pesa rapidement le pour et le contre, et finit par poser ses fesses sur le banc. Ca criait tellement dans ce réfectoire qu'il commençait à regretter de ne pas être resté dans sa chambre. Il reçut un coup de pied sous la table, et repéra bien vite qui en était le responsable : le gars juste en face de lui. Et pour être tout à fait honnête, il était plutôt difficile de ne pas le remarquer : la première chose qu'on remarquait chez lui, c'était ses yeux aussi rouges que le sang et ses cheveux blanc comme la neige. Allistor n'avait jamais croisé d'albinos. Mais il ne s'extasia pas plus longtemps et lui lança un regard meurtrier qui sembla légèrement surprendre le jeune homme.
-Salut, moi c'est Gilbert.
Sa voix était légèrement rauque, et un accent très prononcé le forçait à faire beaucoup d'effort pour parler anglais. Le rouquin hésita quelques secondes à répondre, avant de se servir.
-Allistor, marmonna-t-il.
-C'est marrant, la couleur de tes cheveux.
-T'as vu ta gueule ? Rétorqua-t-il en arquant un sourcil.
L'albinos éclata d'un rire très particulier -ça faisait un genre de kesese assez surprenant et désagréable. Allistor le regarda du coin de l'oeil tout en commençant à manger. Il avait la dalle, mine de rien.
Gilbert était assez grand sans que ce ne soit vraiment flagrant, mais il était plutôt fin. On ne pouvait pas dire qu'il était maigre, mais Allistor était à peu près sûr qu'il aurait dû être un peu plus en chaire que ça. Sa peau était extrêmement pâle, ce qu'il mit sur le compte de son albinisme. Il avait des canines légèrement plus pointues que la moyenne, et une fâcheuse tendance à parler fort.
-T'as l'air plutôt awesome comme gars ! Lâcha-t-il avec un grand sourire d'idiot.
Allistor haussa simplement les épaules, et jeta un coup d'oeil au gars qui parlait avec Francis. Il était assis à côté de Gilbert, et sa peau était tannée comme les gens du sud. Méditerranéen, peut-être. Il avait des yeux verts olive brillant de gentillesse et de malice, et des cheveux bruns foncés. Ouais, ça faisait vraiment typé méditerranéen.
-Antonio, lui souffla Gilbert. Il est espagnol.
Le rouquin ne prit pas la peine de lui dire qu'il s'en foutait, et hocha simplement la tête. La bouffe n'était pas trop dégueulasse.
-Et toi ? Marmonna-t-il. T'es quoi ? Polonais ?
Allistor savait pertinemment qu'il ne l'était pas, mais pour une raison ou pour une autre, il avait envie de provoquer un peu l'albinos. Ce dernier fit une moue outrée, avant de secouer la tête de manière plutôt théâtrale.
-Je suis Prussien, pour ta gouverne.
-La Prusse n'existe plus, lâcha-t-il avec lenteur.
Gilbert haussa les épaules, comme si ce n'était qu'un détail.
-Je paris que toi t'es un truc comme Irlandais, vu ton accent.
-Ecossais, connard.
-Oups... ricana Gilbert.
Ils continuèrent de s'envoyer quelques piques, Francis et Antonio se joignant à eux par moment. Le blond était d'origine française, mais il avait grandi en Angleterre, ce qui expliquait sa quasi absence d'accent. Il sortait parfois quelques expressions en français, et ce n'était que dans ses moments là qu'Allistor se rendait vraiment compte qu'il n'était effectivement pas vraiment Anglais.
Finalement, Allistor mangea avec appétit, et pour la première fois depuis un moment, il ne pensa pas à Arthur, il ne pensait pas à son père, ni à ce putain de flic. Il ne pensa pas à son ancienne maison, à son ancienne vie. Il ne se préoccupa pas d'être dans un foyer. Il oublia sa colère, sa frustration, et se laissa aller avec ses trois gars de son âge qu'il venait de rencontrer.
Pour la première fois depuis longtemps, il oublia tout, et passa une soirée comme un adolescent normal était censé en passer.
Comme je l'avais annoncé (enfin je crois) je planche sur d'autres fictions en parallèle, toutes sur Hetalia. J'ai finis le premier chapitre de l'une d'entre elles, et je voulais savoir si vous souhaitiez que je le poste (c'est un Omegaverse) en sachant que les chapitres ne seront pas publié aussi régulièrement que PGI, étant donné que je me concentre en priorité sur cette fiction ci. Voila voila, à la semaine prochaine, bye~
