Pansy était bien apparue sur la Murale. Il sourit lorsqu'il la vit parmi elles. Dean était particulièrement fier de cet ajout. Sa murale prenait enfin une forme objective : il n'était plus question de maisons, de bien ou de mal, elles étaient toutes représentées. Du moins, il manquait Poufsouffle, mais il savait que ça viendrait.
De retour à la salle sur demande, il observa les différents visages, tentant de les déceler, en en griffonnant quelques uns sans parvenir à de réels résultats. Dean se promit qu'il ferait vite pour tenter de les y ajouter : les temps s'assombrissaient, et Dean se considérait déjà chanceux d'être encore à Poudlard à l'heure actuelle.
Ginny n'était pas là. Elle n'était pas revenue, apparemment. Il l'avait pourtant cherché du regard pour s'en assurer, mais elle n'était pas là. Il vit Luna et Neville dans le fond de la salle, en train de discuter sur des coussins. Visiblement, elle n'était pas avec eux ailleurs. Elle était donc restée avec Malefoy... Dean serra les poings, fulminant, avant d'ouvrir son carnet devant Orla Quirke, une élève de Serdaigle de quatre ans sa cadette.
- C'est fou ce qu'il ne doit plus rester personne dans les salles communes, fit Dean, en commençant à sortir ses pinceaux.
- Il ne reste plus personne qui croit, répondit-elle. Les gens soutenant l'Armée de Dumbledore sont pratiquement tous réunis ici. Ou du moins, ils savent qu'ils peuvent venir quand ils le veulent.
Dean sourit, en posant son regard sur elle, d'un oeil intéressé. Il y avait quelque chose de fort dans le regard qu'elle arborait. Orla venait, en une seule phrase, de dégager le fameux je-ne-sais-quoi que Dean recherchait en toutes et chacune. Avec ses pinceaux, il créa des couleurs qui lui ressemblaient. Du gris-turquoise au rose, avec un peu de cuisse-de-nymphe, de blanc et de lie-de-vin. Il observait ses traits fatigués et convaincus, et lui lança un sourire.
- Ne bouge surtout pas.
- D'accord.
Un sourire en coin était venu s'immiscer sur les lèvres de la jeune fille de troisième année et elle se rassit confortablement, attendant de voir ce que Dean allait faire.
Orla était peinte de profil. Ses cheveux blonds étaient peints de blancs et de turquoise tournant vers le gris, et semblaient flotter devant elle, comme si elle eut le vent dans le dos. Ce vent d'espoir qui la poussait à avancer, à continuer de se battre, même si on l'obligeait à rester sur place. Les coins extérieurs de ses yeux étaient à peine plus pâles que ses lèvres peintes d'aubergine. Puis, il s'attaqua à son regard intelligent, à cette façon dont elle regardait l'avenir, d'une manière grave et appréhensive, tout en gardant foi. Car Orla, ses pinceaux l'avaient vus comme ça.
Dean referma son cahier, et attendit, puis, il l'ouvra et le lui montra. La jeune fille sourit.
- Tu m'as un peu vieilli, on dirait, rigolait-elle. J'ai l'air d'avoir ton âge, si ce n'est pas plus !
- Que veux-tu ! fit Dean, en haussant les épaules. L'âme parle beaucoup plus que le simple physique...
La jeune fille lui fit un sourire espiègle, et le remercia.
Dean se releva, et se dirigea vers Neville et Luna. Il devait leur parler. Ils devaient en savoir plus que lui.
- Elle est encore avec lui ? Ginny ?
Neville et Luna se regardèrent d'un air interrogatif, avant de reposer les yeux sur Dean.
- Oui, répondit Neville. Du moins, elle n'est pas revenue depuis qu'elle est partie avec Malefoy. Et Malefoy ne s'est pas présenté au dîner non plus.
- Argh ce salaud ! Il n'essaiera quand même pas ...
- Je suis sûre qu'il ne lui fera pas de mal.
Dean n'avait pas eu le temps de finir sa phrase que Luna venait de lui couper la parole, lui disant exactement le contraire de ce qu'il allait dire. Il leva les yeux vers elle et la regarda, d'un air ébahi.
- Il ne lui fera pas de mal, continuait-elle. Je ne crois pas qu'il abuserait d'elle. Elle lui fait confiance, alors je lui fais confiance aussi. Tu devrais faire pareil, tu ne crois pas ?
Dean réfléchit à toute vitesse. Non, il ne croyait pas.
- Elle n'est pas heureuse avec lui, ça saute aux yeux ... Ne chercherait-elle pas simplement du réconfort, sans se poser de questions... ?
- Essaie un peu toi, d'être heureux, en ces temps.
C'était Seamus qui avait parlé. Il venait d'arriver, sans doute, et avait capté la conversation. Il vint s'asseoir auprès du trio et continua:
- Ç'aurait pu être Harry, et je crois que ça n'aurait rien changé, vieux. Il n'est pas question de bonheur, mais de sentiments.
- C'est vrai, approuva Luna. Il n'y a pas besoin qu'elle n'aime que l'un d'entre eux. Harry, c'est depuis toujours. Elle l'a attendu toute sa vie, mais il est repartie. Drago s'est présenté et a dit l'aimer. Elle veut y croire.
Luna appuya ses propres dires d'un signe de tête, et lui adressa un faible sourire. Dean soupira. Ça l'énervait de l'admettre, mais il se dit qu'elle avait raison. Que Ginny devait en avoir plus que marre de passer sa vie à se baser sur de faux-espoirs. Elle ramait sans cesse à contre-courant, revenant sans cesse vers Harry. Elle avait besoin d'avancer. Et pour la première fois de sa vie, Ginny se permettait de ressentir autre chose, et ce, pour de vrai. Elle laissait ses sentiments changer peu à peu, évoluer pour ce qu'elle croyait le mieux pour elle. Elle en avait marre de souffrir, marre d'attendre et surtout, marre de tout. Et puis, de la façon dont il lui avait parlé, lorsqu'il les avait vu dans la chambre du Préfet-en-chef, Dean avait compris pourquoi elle se tournait vers lui. Sans qu'il veuille se l'avouer, Drago Malefoy semblait sincère, tendre et doux avec elle. Lorsque Ginny était là, il n'était plus l'arrogant et prétentieux Serpentard que tout le monde connaissait. Il prenait un autre visage. Ses yeux devenaient plus bleus. Il l'avait vu pas plus tard que ce matin, lorsqu'il avait mentionné qu'elle ne cessait de lire cette fichue lettre qu'il lui avait envoyé. Oui ... Il devait se l'admettre : dorénavant, il devait s'attendre à les voir ensemble. Et il devra alors voir le Drago qu'il est lorsqu'il est en présence de Ginny, et de faire abstraction des autres rôles qu'on pouvait lui attribuer.
Il était plus de minuit lorsque Ginny revint dans la salle. Elle courut tant bien que mal vers Luna et Neville, et leur lança un grand sourire.
- Tom Jedusor m'en a donné, de bonnes idées ! lança-t-elle, le ton enjoué. Et le frère Carrow aussi !
Elle leur montra le bout de ses doigts, qui étaient pleins de sang, que Neville , Dean, Seamus et Luna regardèrent un bref instant, avant de regarder leur amie d'un même air d'incompréhension. Elle rigola, avant de replacer une mèche de ses cheveux.
- L'Armée de Dumbledore recrute, fit-elle, en faisant de grands gestes comme pour montrer sur un mur invisible ce qu'elle avait écrit.
Dans ce sourire, elle flancha et tomba sur le sol, en rigolant.
- Pardon, rigolait-elle, je crois ne pas m'être totalement remise ...
- Tu l'as fait où ? demanda Neville. À cette heure, pratiquement impossible de ne pas se faire prendre ...
- Dans le même couloir que pendant ma première année !
Elle souriait. Et cela intriguait Dean.
- Malefoy a voulu m'aider à nettoyer ça, fit-elle en montrant une blessure sur son ventre qui saignait encore un peu. Et quand je l'ai remarqué, je me suis dit que c'était parfait, et je suis partie. Alors, vous en pensez quoi ? Luna, Neville, vous êtes prêts à reprendre ?
- J'en pense que c'est du suicide, répondit ce dernier. Ç'aurait pu être dangereux, ils auraient pu t'attraper...
- Bah en fait, j'ai eu de la chance, je dois dire, fit-elle, avec une moue malaisée. Drago a tenu à me reconduire jusqu'ici, et chaque fois qu'on entendait du bruit, il se mettait à faire son rôle de préfet en chef en faisant comme s'il me maltraitait le temps que j'arrive saine et sauve. Et puis après, je me suis coupée le doigt pour le faire... Il est ... Il est merveilleux, vous ne trouvez pas ?
Ginny regardait Luna et les garçons avec un sourire qui s'attristait de seconde en seconde, le genre de sourire qui ne nécessite aucune réponse, et qui requiert uniquement un silence en guise de respect. Le sourire et la tête enthousiaste de Ginny se transformèrent. Les étoiles qui brillaient d'espoir dans ses yeux firent couler quelques larmes, ses lèvres devinrent tremblantes et en quelques secondes seulement, elle avait craqué, se laissant redevenir la Ginny fatiguée d'avoir mal qu'elle haïssait tant.
Luna lança un regard à Seamus et à Dean qui comprirent aussitôt qu'ils devraient partir, ce qu'ils firent sans dire un mot.
Le reste de la soirée fut tranquille. Tout ce qui se faisait entendre, c'étaient les sanglots étouffés de quelques élèves, des gémissement de douleur et des chuchotements. On cherchait à s'ignorer pour favoriser l'intimité. À quelques endroits, des gens s'embrassaient, jamais trop certains de le partager pour une raison d'affection particulière, ou simplement que parce qu'il était réconfortant de sentir qu'il restait quelqu'un près de nous. La radio jouait à un faible volume, Potterveille annonçant les noms des défunts, comme à son habitude. Et parfois, un cri déchirait le silence, sans que personne ne songe à voler à son secours. Tous avaient besoin de leur solitude. Aussi pesante qu'elle fusse.
Si tous semblaient dormir, nul ne dormait vraiment. Tous étaient trop absorbés par leur propre malheur. Et c'était parfait comme ça.
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Haha. Bon. Si je me sentais mal à l'aise la dernière fois, je vous raconte pas mon malaise de cette fois-ci. Ça faisait depuis le mois de février que je n'avais pas vraiment écrit régulièrement. Panne d'inspiration générale, il faut croire. Je suis consciente que ce chapitre est court et qu'il manque un peu de viande, comme on dit, mais hein. J'ai eu de la chance ce soir, on dirait bien. Et puis, je pouvais pas continuer après la dernière phrase. Du moins, pas pour ce chapitre. Et pardon pour le début de chapitre bâclé et un peu brouillon. Faut que je me re-familiarise avec l'écriture tranquillement, ahah ! En espérant qu'il vous a quand même plu !
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