Ohlalala je suis désolée d'avoir mis autant de temps à poster la suite! Je n'ai aucune excuse, j'ai simplement zappé. Le temps passe beaucoup trop vite depuis la rentrée, c'est fou!
Merci de l'attente et pour vos reviews!
Un grand merci à Cathouchka31 pour ses corrections!
Bonne lecture!
Chapitre 10 : Obéis-moi... et retrouve-moi.
Les yeux cernés et les traits tirés par sa nuit d'insomnie, Harris attendait que celui qui s'acharnait contre sa sonnette se lasse enfin. Six heures du matin, nom d'un chien ! Hors de question d'aller ouvrir ! Il devait déjà supporter une sangsue toute la semaine, pas besoin d'y adjoindre des emmerdeurs le week-end. Depuis le temps qu'il rêvait de faire une grasse matinée ! Son manque de sommeil devenait ingérable, perturbant ses capacités de réflexion et son efficacité quotidienne. À cela s'ajoutait la frustration sexuelle qu'il gérait de plus en plus mal. Ce petit cocktail explosif finirait par causer sa perte.
La sonnette insistait.
Renonçant à poursuivre sa nuit, il soupira, mit ses lunettes et abandonna son lit.
-Quel chieur, maugréa-t-il en passant dans le salon avant de hausser le ton. J'arrive ! Lâchez donc cette sonnette !
Il enfila sa robe de chambre à la hâte et traîna ses pantoufles jusqu'à la porte. Voulant s'assurer qu'il n'avait pas affaire à une de ces stupides commères qui lui servaient de voisines, il lorgna par le judas et vit un logo inconnu collé contre la petite ouverture. Prenant ses précautions, il entrouvrit la porte en laissant la chaîne de sécurité en place.
-Le petit-déjeuner est servi ! S'exclama Stiles avec enthousiasme.
Harris referma la porte d'un claquement fatigué, récoltant aussitôt une exclamation indignée.
-Café noir un sucre, énonça Stiles, de particulièrement bonne humeur. Ça vous va ?
Harris posa sa joue contre son poing, fixant la table de sa cuisine d'un œil vide et éteint.
Au revoir paix du samedi. Bonjour emmerdeur de sa vie.
-Je voudrais pas insister mais...ça vous va ? Répéta Stiles en déposant le gobelet devant lui pour attirer son attention.
-Pourquoi poser la question alors que vous m'avez suffisamment espionné pour connaître la réponse ? Marmonna Harris, réprimant un bâillement derrière sa main. Des fois je me demande comment vous faites pour être si futé et si stupide à la fois.
Le sourire de Stiles ne souffrit pas de la remarque et le garçon acheva de déballer sur la table le petit-déjeuner royal qu'il venait d'acheter. L'ensemble présentait un impressionnant panel de graisse et de sucre. Harris fronça le nez devant tant de nourriture grasse à cette heure bien trop matinale.
-Bien. Parlons affaires. Comment ça s'est passé hier soir ? Débuta Stiles en froissant l'emballage en papier pour le jeter. Des nouvelles de la meute ?
-Ils m'ont appelé pour que je vienne les aider, répondit Harris en prenant machinalement une gorgée du café qui lui faisait de l'œil. Vous ne l'avez pas empoisonné au moins ?
Stiles s'assit tout naturellement face à lui, comme s'il connaissait cette cuisine depuis toujours et y disposait d'une place attitrée. Putain de squatteur. Et pourtant, Harris ne put s'empêcher d'imaginer cette scène devenir quotidienne... Avec quelques modulations... Comme le contexte, Stiles serait là, à la même place, mais il serait à moitié nu, après une nuit de sexe torride. Et ils baiseraient encore sur cette table, ou sur le plan de travail.
Harris déglutit et resserra sa robe de chambre sur lui, prenant bien garde à ce qu'aucun signe extérieur ne puisse trahir l'incongruité de ses pensées. Le contraire ne ferait que conforter l'adolescent dans sa toute puissance.
-Bien sûr, j'ai mis du GHB dedans, révéla Stiles tout à coup. Après tout, c'est moi le prof qui fais du détournement de mineur, n'est-ce pas ?
Harris n'afficha pas la moindre réaction et garda le nez dans sa tasse de café, dédaignant ostensiblement les aliments à l'odeur exécrable de friture, pour lesquels il avait au moins autant d'estime que pour l'humour de son élève. Sale petit con.
-Vous pouvez vous servir, vous savez ? Offrit Stiles en prenant sa part, piochant entre les toasts. Si vous en voulez pas, no problemo, ça en fera plus pour moi. Quoique ce n'est peut-être pas une bonne chose. M'enfin, autant profiter des petits plaisirs de la vie.
Harris grogna en le voyant lécher lentement sa cuillère avec application tout tandis qu'il le fixait droit dans les yeux, se moquant ouvertement de lui.
À force de trop jouer avec le feu...
-Hum, je pense que vous connaissez ça, le charria Stiles en se léchant les lèvres. J'ai pas raison ?
-Êtes-vous venu me déranger un samedi à six heures du matin dans l'unique but de discuter de ma vie sexuelle ? Rétorqua Harris, lui décochant un regard exaspéré.
-Non, répondit Stiles, l'air surpris, en écarquillant légèrement les yeux. C'était aussi pour vous emmerder.
Retour du sourire de petit con. Qu'il voudrait le lui arracher de la face celui-là. Et avec les dents, ce serait encore mieux.
-Ce n'est pas parce que vos petits amis vous ont quitté que vous devez me prendre comme substitut.
-Déjà, c'est moi qui les ai laissés tomber, nuance, rectifia Stiles en levant son index. Et après, je suis sûr qu'on pourrait être de très bons amis vous et moi. En plus, vous faites un très bon bouche-trou. Sans mauvais jeu de mots.
C'était définitif. Harris détestait le samedi.
-Il faut trouver comment Stiles arrive à le plier à sa volonté, déclara Derek, posté devant la baie vitrée.
-C'est arrivé du jour au lendemain, commenta Isaac, l'air pensif. Et s'il avait un moyen de pression ?
-Ce serait logique, affirma Scott, hochant la tête. Stiles a tout un cahier de menaces qu'il garde sous le coude en cas de pépin.
Aussitôt il se récolta deux regards perplexes.
-Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ? Demanda Derek. Savoir ça ne peut que nous faciliter la tâche.
-Bah je me doute depuis le début qu'il utilise un truc de ce genre sur Harris, mais je me suis dit que c'était pas important... Tant que Stiles était de notre côté. Et puis ça ne nous avance à rien du tout de savoir qu'il a quelque chose contre ce mec.
-Et pourquoi ? Questionna Derek, intrigué, en haussant un sourcil.
-Parce que cette liste, je sais pas où Stiles la cache. Et faites-moi confiance, quand Stiles ne veut pas qu'on trouve quelque chose, on peut toujours chercher jusqu'à la fin des temps.
-Ils ont refusé, c'est ça ? Demanda Stiles d'une voix lasse et légèrement peinée.
Harris hocha la tête. Stiles n'était pas surpris outre mesure par cette réponse...ou plutôt par cette non réponse à sa proposition. Pourquoi auraient-ils cédé ? Pour l'instant, ils ne percevaient certainement pas encore le manque que représentait son absence dans leur organisation. Mais ça ne tarderait pas.
Le garçon haussa les épaules et tourna la tête vers l'extérieur, observant la rue s'animer peu à peu au rythme ralenti du week-end. Une belle journée s'annonçait, propice aux sorties entre amis. Sauf que Stiles n'en avait momentanément plus un seul. Alors aujourd'hui, le soleil, il le regarderait à travers la fenêtre. Ou présentement, il observerait son absence par celle de Harris, dont le salon était orienté au nord-ouest. Il ne fallait donc pas espérer profiter de la chaleur du beau blond avant le soir...et encore. La fraîcheur du petit matin qui s'insinuait par le battant entrouvert lui permettait au moins de conserver les idées claires. Depuis la veille, ce baiser avorté l'avait beaucoup travaillé et il ne savait plus quoi penser. D'ailleurs ils avaient été gravement chanceux que personne ne les surprenne, parce que déjà, embrasser un prof c'était limite...mais que ce soit Harris, là...franchement...ça ne passait plus. Quant à son insatiable curiosité -maudite soit-elle- qui le poussait à chercher ce qui pouvait bien attirer les filles -ou les garçons- dans les bras de ce type, il aurait bien aimé pouvoir la fourrer sous un coussin et s'asseoir dessus. Bordel, en arriver à échafauder une théorie propulsant Harris au statut de dieu du sexe, fallait être cinglé.
Tout de même, cette Rachel avait l'air bien accrochée. Et elle était super mignonne. Il y avait anguille sous roche. Il se mordit l'intérieur de la joue, furieux du double sens éventuel. Saleté d'hormones qui agissaient sournoisement en le faisant glisser mentalement sur une pente ô combien dangereuse.
Car, oui... Il était grandement intrigué.
Pire...L'envie de trouver lui-même la réponse à cette question commençait à l'obséder.
Il soupira lourdement, brisant le silence qui s'était installé entre son hôte et lui.
-Derek a dit ce qu'il voulait vous demander exactement ?
-Non, répondit Harris, l'esprit distrait par sa contemplation du visage pensif de l'adolescent. Il souhaitait uniquement que je vienne au hangar.
Stiles se contenta d'un long soupir en guise de réponse et ses épaules s'affaissèrent. Les yeux instinctivement attirés par son hôte, Harris le reluqua par-dessus sa tasse, cherchant à deviner quelles pensées moroses pouvaient bien animer son esprit pour qu'il affiche une telle amertume. Sûrement était-il déçu que Derek Hale n'ait pas accouru la queue entre les jambes pour lui présenter ses excuses. Quel ennui ! N'avait-il pas d'aspirations plus grandes que celle de s'acoquiner avec cet ersatz d'alpha ? Ce sale gosse aurait mérité tellement mieux, tellement plus exaltant qu'une vie bâtie autour de cette sous-meute qui ne se rendait même pas compte de l'atout qu'il pouvait représenter. Mais Stiles était un grand sentimental. Aussi surprenant que cela puisse paraître, malgré le fait qu'il joue avec ses nerfs en le faisant chanter, ce môme avait des valeurs. Certes aussi insipides que la loyauté, l'amitié, l'abnégation totale de ses propres désirs et de son ambition...
Le visage de Harris pâlit.
Il venait de réaliser. Stiles était exactement comme Julia. En plus sombre, certes. Le Nogitsune avait nettement laissé sa marque, le chantage secret qu'il exerçait sur lui en était la trace la plus évidente. Mais hormis ce détail, ils étaient tout à fait semblables.
Était-ce pour cette raison que, contre toute volonté et tout bon sens, il commençait à s'attacher à ce gamin... ?
Arrête, ça ne fait pas partie du plan.
-Il faudrait le surveiller, proposa Isaac.
-T'es pas sérieux là ? Riposta Scott avant de perdre toute assurance en voyant son air grave. Mais c'est Stiles ! On ne peut pas surveiller Stiles quand même !
-Pourquoi pas ?
-Parce qu'il n'est pas un ennemi, répondit Derek. Il n'est pas une cible et encore moins un suspect. On ne peut pas faire ça.
-Donc tu préfères laisser ton oncle crever plutôt que d'espionner Stiles quelques jours ? Contra Isaac, curieux. T'as pas un petit problème de priorités ?
Derek poussa un soupir de lassitude.
-Je n'aime pas cette idée.
-Moi non plus, renchérit Scott, incertain. C'est Stiles. Même si déjà je n'aime pas l'idée de devoir le surveiller comme un suspect, en plus je pense qu'il va vite nous repérer.
-C'est un humain, soupira Isaac. Aucune chance qu'il nous remarque.
-Mais c'est l'humain qui traîne avec des loups-garous depuis presque deux ans...
Isaac leva les mains au ciel, irrité.
-Okay, alors laissons tomber. D'ailleurs Peter, on s'en fout tous assez honnêtement, non ? C'est un connard. Qu'on le laisse où il est, qu'il y pourrisse s'il veut. Comme ça, on n'aura pas à suivre mônsieur Stiles-je-ne-suis-pas-un-suspect-parce-que-je-connais-les-loups-garous-depuis-deux-ans !
Derek poussa un long soupir face au cynisme de son bêta. Ses remarques désobligeantes ne les aidaient vraiment pas. Même si elles contenaient un certain fond de vérité.
-On ne peut pas non plus faire ça... C'est trop dangereux de laisser Peter éventuellement entre les mains d'ennemis. Il détient beaucoup trop d'informations sur la meute et il n'hésiterait pas à les divulguer en échange de sa liberté.
-Ah...Oui. C'est problématique en effet.
-Bon, je pense que j'ai assez abusé de mon temps, déclara Stiles en s'étirant paresseusement. Je vais devoir vous laisser à votre ennui. Ça ne vous dérange pas j'espère ?
-Pas le moins du monde, répondit Harris promptement en se levant, raccompagnant de force l'adolescent vers la sortie.
-On devrait remettre ça un de ces jours, non ?
-C'est ça, c'est ça. Allez, voulez-vous bien dégagez de mon air !
Poussant fermement Stiles dans le dos, il posa sa main sur la poignée de la porte, prêt à le faire déguerpir le plus rapidement possible. Cette fois il s'était montré d'une patience inouïe, poussant le vice jusqu'à cordialement proposer à son invité inconvenant de rester déjeuner. Il ne comprenait toujours pas ce qu'il lui avait pris de faire cette suggestion ahurissante, mais il l'avait faite. Heureusement, l'adolescent avait poliment décliné l'invitation, paraissant tout aussi déconcerté que lui par cette initiative venue de nulle part.
La vérité... C'était que Stiles était son premier visiteur depuis des années. Depuis la mort de sa mère, cinq ans auparavant, pour être plus précis. Et ce n'était qu'après avoir passé une matinée entière en compagnie du garçon que sa solitude lui avait sauté au visage. Ça lui avait manqué en réalité. Et il venait de s'en rendre compte. Au fil des ans, il avait commencé à oublier petit à petit ce que l'on pouvait ressentir, à simplement déjeuner avec quelqu'un que l'on appréciait.
Bon, il n'appréciait pas entièrement l'adolescent, et celui-ci n'était pas là pour lui, il ne cherchait qu'un compte-rendu destiné à servir ses propres intérêts, mais rien ne l'avait obligé à rester après avoir obtenu ce qu'il souhaitait. Pourtant une fois que son interrogatoire en règle sur Derek Hale et sa meute s'était achevé, Stiles ne s'était pas rapidement éclipsé. Au contraire, il s'était proprement incrusté dans sa cuisine où ils avaient même réussi à entretenir une discussion cordiale !
Ça ne devait pas faire partie du plan.
Stiles devait lui extorquer des informations, puis partir, tous deux se détestant mutuellement et s'en accommodant fort bien.
Rien d'autre.
-À lundi, monsieur Stilinski, acheva-t-il en abaissant la poignée.
-Attendez, j'ai une dernière question ! S'exclama Stiles soudain, coupant Harris dans son élan.
-Non, ça suffit. Maintenant, il faudrait que vous rentriez chez vous !
Stiles s'accrocha fermement au mur derrière lui, se retenant de partir malgré l'impatience de ses jambes pour passer la porte. Punaise, cette malédiction voulait le couper en deux ou quoi ? Il lutta et sentit la pression de l'ordre s'amoindrir. Sans doute le conditionnel utilisé par son prof l'aidait-il dans cette lutte. N'y tenant pourtant plus, sa main se posa sur celle de l'enseignant et abaissa la poignée avant d'ouvrir la porte. De l'autre main, Stiles se retint au cadre de la porte et y planta ses ongles. Il haletait, déchiré entre ses envies et ses obligations.
-Je voulais juste savoir... Si vous me trouviez attirant... ?
La mâchoire de Harris descendit d'un cran tandis que son cerveau débloquait complètement.
Son ouïe lui jouait-elle un tour ou avait-il bien entendu ce qu'il croyait avoir entendu ?
Fébrile, Stiles parvenait à demeurer face à lui au prix d'un effort de volonté qui le faisait rougir.
Harris interpréta cet échauffement bien visible comme une manifestation de gêne devant ses propos incongrus. Il ne savait quoi répondre. Le visage de l'adolescent ne comportait pas trace de ses provocations habituelles lorsqu'il faisait des sous-entendus verbaux. Avait-il décidé de mettre Harris à l'épreuve ?
-Stilinski, voulez-vous bien rentrez chez vous maintenant, insista-t-il en ouvrant un peu plus le battant.
Qu'il parte avant qu'il ne perde patience.
-Mais monsieur ! Répliqua Stiles en franchissant le seuil à nouveau, échappant enfin à l'ordre initial et rentrant d'un pas dans le hall de l'appartement. Je vous-
-Non. Taisez-vous et écoutez-moi maintenant, s'impatienta Harris, les dents serrées à les en briser.
Stiles ne put qu'obtempérer, les lèvres hermétiquement scellées, pendant que Harris pointait un index menaçant vers son visage.
-C'en est assez pour aujourd'hui. J'estime avoir été plus que patient avec vous. Mais il faut que vous compreniez une bonne fois que vous n'êtes pas tout puissant. Certes, vous possédez un document compromettant à mon sujet, certes celui-ci pourrait ruiner ma carrière, ma vie sociale et m'envoyer en prison. Mais dites-vous bien que je pourrais également, au cours d'un accès de rage, vous assassiner violemment dans une ruelle sombre et maquiller ça en meurtre crapuleux et gratuit, compris ?
-« ...mais je pourrais aussi très bien au cours d'un accès de rage vous assassiner violemment dans une ruelle sombre- »
Non.
Il n'avait pas...
Harris écarquilla les yeux, choqué.
En face de lui, Stiles sourit en coupant l'enregistrement sur son portable et hocha amplement la tête, pointant d'un air fier son appareil électronique dans sa main droite.
Non.
Il s'était fait avoir... une deuxième fois... par ce gamin idiot ?
C'était pas vrai.
-Je ne m'attendais pas à des menaces, juste un aveu compromettant, mais là vous explosez mes espérances...
C'était pas vrai putain !
Stiles sourit un peu plus, son visage se fendant en deux alors qu'il semblait se retenir de rire à gorge déployée.
-Je vous ai eu... Encore une fois.
Le ventre de Harris se tordit de colère et de haine. Il expira brusquement, expulsant un souffle colérique, et chopa Stiles à la gorge pour le plaquer contre la porte. Son pouce s'enfonça dans sa trachée et Stiles griffa ses mains pour lui faire lâcher prise, la bouche grande ouverte à la recherche d'oxygène. Animés d'une lueur sadique, les yeux de l'agresseur le fixèrent durant ce début d'agonie, observant son visage rougir sous l'effort désespéré.
Stiles glapit pitoyablement, refermant la bouche et se débattant contre la poigne qui l'étouffait. Des étoiles colorées apparurent bientôt devant ses yeux.
Puis plus rien.
Jusqu'à ce que Harris plonge sur lui, ne le tenant plus que mollement par la gorge. Il l'embrassa furieusement, fourrant directement sa langue affamée dans sa bouche, la fouillant âprement, faisant fi des gémissements de protestation qui répondaient à l'ingérence.
Il l'avait cherché.
Il l'avait trouvé.
Harris pencha la tête sur le côté, pénétrant la cavité buccale plus profondément, la violant avec délectation, s'enivrant du pouvoir qu'il avait sur son jeune maître chanteur. Il s'appuya plus fortement contre le corps chaud et pantelant du garçon qui ne se débattait même plus, demeurant sans réaction, figé, le souffle court. Souriant férocement, Harris se retira d'entre ces lèvres rougies par l'assaut qu'il suçota une ultime fois avant de les abandonner.
Il se recula légèrement, juste ce qu'il fallait pour quitter la bouche entrouverte, plus attirante que jamais. Le garçon le fixait, les yeux écarquillés et le front rouge.
Putain. Deuxième boulette en moins de cinq minutes.
-Fous le camp d'ici, gronda Harris, menaçant. Et ne reviens plus dans les prochaines 48 h si tu tiens à la vie.
Stiles n'attendit pas une seconde de plus et partit au pas de course, fuyant, l'esprit à l'envers, complètement perdu.
Les deux partageaient la même pensée.
Ce n'était pas censé se passer de cette manière.
-Et si l'on imitait Stiles ? Proposa soudain Scott, attirant l'attention des deux autres. J'avoue que ses plans sont souvent foireux, mais la plupart du temps ils fonctionnent plutôt pas mal.
-À quoi penses-tu exactement ? S'inquiéta Derek, peu rassuré dès qu'on mettait « plan » et « Stiles » dans une même phrase.
-Bah, vous vous souvenez de ce qu'il a proposé avant qu'on surveille Harris ?
-Oh non, gémit Isaac en plaquant une main sur son visage. C'est débile comme plan. N'oublie pas ce qui s'est passé la dernière fois que vous avez fait ça.
Scott grimaça. Comment remuer le couteau dans la plaie selon Isaac Lahey !
-Cette fois, c'est pas la même chose puisque je ne serai pas distrait par Allison... Donc ça se passera bien.
-Pourrais-je avoir plus de détails ou vous avez décidé de me laisser délibérément de côté ? Intervint Derek, sentant monter l'exaspération.
-Bah...
Cinq jours passèrent dans le même brouillard d'émotions inextricable dont Stiles ne parvenait plus à se défaire. Lorsqu'il avait commencé à enregistrer leur conversation afin d'avoir un moyen de pression de secours, il avait vaguement conscience qu'un dérapage de cette nature était toujours possible. Après tout, Harris lui envoyait des signaux plutôt clairs depuis quelques temps. Mais ce qu'il n'avait pas prévu, était sa propre réaction.
Stiles se mordit la lèvre, fixant d'un œil distrait le bureau du professeur d'histoire, n'écoutant que d'une oreille le cours ennuyeux à mourir. Il n'avait pas l'esprit à ça, trop obnubilé par son baiser expérimental avec son professeur de chimie honni.
Ç'avait été... violent... Rien à voir avec l'appétit d'Heather... Rien à voir avec l'instinct de survie de Lydia... Rien non plus avec le bouche-à-bouche de Cora -bien sûr que ça comptait aussi ! Bref. Aucune comparaison possible avec toute autre expérience de..« contact labial.. » qu'il ait vécu. Et impossible de s'enlever de l'esprit les sensations éprouvées! Ce contact... Oh mon dieu, rien que d'y penser, il en frissonnait de la tête aux pieds. Et maintenant, c'était la galère. Car il n'avait aucune idée de la manière dont il devait réagir en sa présence. Enfin ça, c'était seulement si le professeur en question décidait un de ces jours à repointer le bout de ses lunettes. Parce que depuis leur dernière entrevue, c'était silence radio sur toutes les ondes. Ses cours n'étaient même plus assurés ! Stiles l'avait-il énervé à ce point ? Ou alors effrayé ? Ou peut-être craignait-il que l'enregistrement ne soit divulgué, à cause du... baiser ? On pouvait encore en parler comme ça... ? Parce qu'à ce stade, on se rapprochait davantage de l'acte sexuel, non ?
Putain. Plus il y pensait, et plus il idéalisait le moment. Bientôt, il commencerait à se monter des scénarios et ça, ce n'était pas vraiment une bonne idée, surtout avec son imagination plus que fertile. Merde, c'était Harris ! Il voulait bien avoir une sexualité incertaine, mais pas à ce point quand même ! Si seulement ça avait pu être Derek...
Derek passa le pas de la porte, un sac en papier dans la main d'où s'échappaient l'odeur et la chaleur du déjeuner récemment acheté chez un traiteur du quartier. Il lança un coup d'œil à son colocataire et haussa un sourcil en avisant le regard étrange posé sur lui. L'alpha fronça les sourcils et le fixa avec une perplexité teintée d'une légère trace de gêne.
Quelle était la signification de ce regard ? C'était très perturbant.
-Quoi ? Lâcha-t-il brusquement d'un ton bourru en disposant son achat sur la table bancale près de la porte.
-Rien.
Son hôte détourna la tête, retournant à son indifférence patiente alors que Derek le scrutait en silence, penchant légèrement le visage et plissant les yeux. Il avait eu l'impression que...
Inspirant profondément, il ferma les yeux, se concentrant sur ses souvenirs.
Non, ce n'était pas ça. Il avait forcément halluciné.
Stiles poussa un soupir irrité. Cinq jours à éviter la confrontation et finalement il avait perdu sa partie de cache-cache. La poisse.
-Pousse-toi s'il te plaît, tu me fais de l'ombre, grogna-t-il avec un regard noir.
-Stiles s'te plaît, implora Scott d'un ton pitoyable. Je suis désolé. J'aurais pas dû prendre parti. Toi t'es mon ami, Aiden non, j'aurais pas dû aller de son côté et te laisser. Pardonne-moi bro.
Stiles sentit son cœur faiblir et sa volonté flancher face à la supplique de son frère de cœur. Franchement, c'était chiant d'être si influençable. La malédiction, doublée de son incapacité chronique à en vouloir à Scott formait un duo extrêmement contraignant.
-C'est pour que je revienne vous aider ? Rétorqua Stiles avec déception et ennui alors qu'il combattait l'ordre.
-Non... Je suis sincère.
Stiles observa Scott un moment et le jaugea. Il connaissait le spécimen et sa désarmante sincérité. S'il s'était enfin bougé pour venir le retrouver, c'était qu'il lui manquait et parce qu'il était son meilleur ami.. Et sûrement pas pour son « utilité ». Normalement.
-Okay.
Scott le toisa en silence tandis qu'il attendait la suite. L'hyperactif lui rendit son regard sans rien ajouter et haussa les épaules.
-Alors on fait la paix ?
-Si tu veux, répondit Stiles, froid.
Scott se mordit la lèvre et observa Stiles avec inquiétude. Malgré son envie de lui demander des explications pour ce qui s'était passé avec Aiden, il se tut et se contenta de s'asseoir auprès de son ami. Il devait lui faire confiance. Stiles lui en parlerait lorsqu'il le voudrait.
-Bref, soupira Stiles en fermant son livre d'un claquement sec. J'imagine que les autres ne sont pas décidés à venir me voir, c'est ça ?
-Pas vraiment non... Je te l'avoue. Mais ça viendra. Je les ferai changer d'avis.
-Bon courage.
-Quand allez-vous me libérer ? Questionna Harris, assis en tailleur face à Derek. Vous n'aurez rien de moi, vous le savez. Alors, pourquoi s'acharner ?
-Vous finirez bien par vous trahir, répondit le loup-garou d'un ton neutre.
-Ou alors on finira par se demander où je suis et l'on me cherchera, proposa Harris, l'air de rien. Cessez donc cette mascarade. Elle ne peut que vous attirer des ennuis.
-J'en ai déjà de plus inquiétants.
Harris détailla l'homme face à lui, examinant son air fatigué. Manque visible de sommeil, irritabilité, tics nerveux -discrets- mais bien présents... Ces lettres de menaces commençaient clairement à faire leur petit effet. La disparition de Peter Hale tombait à point nommé dans ce plan brillamment orchestré. Et l'alpha qui n'agissait toujours pas, se contentait de contempler son enlisement...
-Vous devriez simplement aller vous excuser auprès de Stilinski.
Derek se leva sans rien dire et quitta la pièce, refermant la porte d'un claquement sec.
Hors de question d'aller voir Stiles. Il n'était pas encore prêt à lui faire face.
Quant à savoir pourquoi il ne se sentait pas prêt...Car enfin, ce n'était rien pour lui ! Stiles pouvait bien fréquenter qui il voulait. Il était un grand garçon et l'alpha n'avait rien à y redire. Surtout qu'il l'avait rejeté.
Malheureusement.
Derek interrompit net ses ruminations stériles et secoua la tête de droite à gauche. Il ne se comprenait plus lui-même.
-Bon appétit, souhaita Stiles à son tour en attaquant directement son assiette, son ventre criant famine depuis le déjeuner. Hum, je pourrais en engloutir des centaines comme ça. C'est trop bon.
Il s'empiffra, vidant la moitié de sa portion sous les brefs coups d'œil dépités et songeurs de son père qui observait pensivement l'écran de télévision éteint.
-Tu peux l'allumer si tu veux, hum ? C'est mieux quand elle l'est, commenta Stiles, railleur.
Le shérif soupira et entama son repas à son tour, sans grand appétit apparent.
-Quelque chose te tracasse ?
-Hum ? Non, non, rien. C'est juste le boulot, soupira le shérif d'un air préoccupé.
Stiles lui lança un regard plein de curiosité avant de reprendre son repas.
-Enfin si en vérité, reprit le shérif au bout d'un long silence. Est-ce que par hasard tu saurais où est passé ton professeur de chimie ?
Stiles releva brusquement la tête de son assiette, surpris que son père parle de son sujet d'obsession du moment. Avait-il eu vent de quoi que ce soit concernant leur relation ? Ou pire, Rachel était-elle impliquée ? Ses parents auraient très bien pu découvrir le pot aux roses, par quelque moyen que ce soit !
-C'est quoi cette question tout à coup ? Interrogea-t-il en tentant de maîtriser sa voix.
-Il est officiellement porté disparu depuis ce matin. Le lycée n'a pas de nouvelles depuis lundi.
Stiles fronça les sourcils, perplexe et légèrement inquiet.
-Ça fait déjà quatre jours, nota-t-il. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de signaler la disparition ?
-Il devait participer à un stage entre professeurs de différents lycées de la région et le proviseur n'a appris son absence qu'hier. J'ai déjà mis une équipe sur l'affaire et il n'est nulle part. En ce moment ils passent son appartement au peigne fin.
Stiles déglutit difficilement. Faites que Harris soit un maniaque de l'hygiène et que la police ne trouve aucune trace de sa venue du samedi matin.
-Et vous avez déjà trouvé des pistes ?
-Je n'ai pas le droit de t'en parler, avertit le shérif. Tu le sais bien.
La bouche sèche et le cœur battant à vive allure, Stiles se tut et se pinça nerveusement les lèvres. Cette enquête ne sentait pas bon pour lui.
-Tu penses que ça pourrait être... un meurtre ? Hésita Stiles, anxieux autant pour lui que pour Harris.
-Pour l'instant je ne peux pas encore me prononcer. Nous n'avons pas assez d'éléments pour pencher d'un côté ou de l'autre.
Il fallait absolument que Harris réapparaisse. L'idée que son père puisse apprendre ce qui s'était passé dans l'appartement de l'enseignant le terrorisait. Comment pourrait-il se justifier ? Et s'il était réellement arrivé quelque chose de grave...S'il était mort ? Non, il avait déjà fait le coup une fois, il n'allait tout de même pas recommencer ! Et puis qui aurait intérêt à l'éliminer ? Une idée germa dans son esprit et il fronça les sourcils. Et s'il en savait vraiment plus qu'il ne voulait le faire croire et que le corbeau de Derek l'avait appris ? L'aurait-il assassiné pour préserver son secret ?
-Tu es sûr que tu n'as rien à voir avec ça ? Questionna le shérif, l'air soupçonneux en avisant sa soudaine nervosité.
-Je t'assure que non ! Pour une fois c'est pas moi, se défendit l'adolescent d'une voix mal assurée.
Stiles se tut, prenant une mine réflexive. Il devait forcément y avoir une autre alternative. Harris ne pouvait pas être mort. Il ne voulait pas y croire.
-Tu as une idée ? Interrogea le shérif.
Stiles secoua la tête de droite à gauche avant de recommencer à manger comme si de rien n'était. Dès ce soir, il plancherait sur un plan d'attaque afin d'initier des recherches de son côté.
Il ne supportait pas que l'on vienne perturber ses plans.
Et voilàààà! J'espère que ça vous aura plu et surtout que je ne mettrai pas autant de temps la prochaine fois!
