Chapitre 09
Hermione et Draco, les deux préfets en chef, firent leur apparition à la porte de notre salle commune, suivis d'Harry et de Ron. Freya, les y accueillit et les amena devant la cheminée sous l'œil curieux des autres Enfants de Lumière.
J'avais élu domicile sur le mince tapis devant l'âtre tandis que Galahad, assis derrière moi avec élégance, tentait, avec une patience infinie, de démêler le foin qui me tenait lieu de chevelure. Il y mettait tout son cœur, ne prêtant aucune attention à mes cris de douleur ou aux bordées de jurons que je lâchais quand il s'acharnait sur un nœud particulièrement récalcitrant.
Je boudais. Je m'étais fait passer un savon pour mon comportement soi-disant odieux et hors de propos vis à vis du professeur Rogue. Ce qui m'agaçait par-dessus tout, c'est qu'ils savaient pertinemment que je l'avais fait exprès. Je pouvais difficilement leur cacher un truc pareil. Sous leurs assauts, mon sourire suffisant s'était effacé petit à petit.
Quand les quatre élèves firent leur apparition dans mon champ de vision, je crus être sauvée mais, à mon grand désespoir, ils paraissaient complètement insensibles à mon pauvre sort. Je restais donc aux mains de mon bourreau.
" Brianna ? Aurais-tu un instant à nous accorder ? "
Pendant une seconde, j'eu envie de leur répondre que je pouvais difficilement refuser alors qu'une brosse à cheveux particulièrement vicieuse me retenait en otage puis, l'instant passa, et je les invitais à s'asseoir d'un vague geste de la main. Ils prirent place dans les larges fauteuils à oreilles qui trônaient autour du feu et semblaient vivement intéressés par notre conception de la décoration.
Je les laissais un instant contempler l'étrange spectacle d'une salle décorée par autant d'ego surdimensionnés qu'il y avait d'Enfants de Lumière puis, je claquais des doigts sous leur nez (en fait, plus j'étais plus proche de leurs genoux) pour attirer leur attention.
" Bien, que puis-je pour vous ? "
Ils se tortillèrent tous sur leur siège, signe qui m'aurait suffit à comprendre qu'ils n'étaient pas là de gaieté de cœur, s'ils n'avaient tous dégagés le même parfum d'inquiétude résolue. Hermione se redressa, toussota légèrement et se pencha vers moi, un air décidé sur le visage.
" Le Professeur Rogue à fait savoir au Professeur Dumbledore qu'il te refuse désormais l'accès à son cours. Comme tu n'es pas une élève, le Directeur a accepté. "
" Oh. " répondis-je stupidement, ne trouvant rien à ajouter à cette condamnation sans appel. Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Mes frères me lancèrent un regard qui signifiait tellement de chose que je rosis légèrement, embarrassée.
" A moins que… " continua t-elle en tripotant un fil défait à l'ourlet de sa jupe, me regardant par en-dessous. Etrangement, j'avais l'impression de passer un examen particulièrement difficile. Hermione donnait toujours cette impression aux gens.
A moins que quoi ?
" A moins que quoi ? " répétais-je comme un perroquet, sous l'œil attentif des Dorés.
" A moins que tu arrêtes de te comporter comme -je cite- une sale petite morveuse… " termina la Préfete, souriant benoîtement.
Je lui lançais un regard outré, tandis que notre salle commune toute entière éclatait de rire.xoxoxoxox
Cette affaire réglée, l'ambiance était redevenue chaleureuse. Galahad avait cessé, à mon grand soulagement, de s'intéresser à mes cheveux. Je dois bien avouer qu'il avait fait du bon travail, même si je lui en voulais pour le coup de brosse final, asséné sur ma soi-disant tête de mule.
Olorun et Ron jouaient aux échecs version sorciers et je suivais d'un œil vaguement intéressé leur combat acharné. Izanami discutait tranquillement avec le petit prince des Serpentards et le Survivant.
" Hermione ? Nous aimerions savoir si tu as trouvé d'autres informations sur la légende ? " questionna Freya, rompant ainsi le confortable silence qui s'était installé.
" Hum… En fait, Draco et moi avons
découvert quelque chose d'intéressant. "
Elle
s'interrompit, jetant un coup d'œil incertain aux autres
occupants de la salle commune, plongés dans diverses activités
plus étranges les unes que les autres.
" Peut-être
faudrait-il rassembler tout le monde ? "
" Pas la peine. Ils sauront. " répondit Izanami, levant vers elle ses grands yeux sombres mais pétillants d'intelligence.
" Comment pouvons nous être surs qu'ils le sauront ? " questionna vivement Draco, se rappelant probablement d'une scène identique qui avait eu lieu dans notre dortoir et à laquelle il n'avait eu qu'une réponse laconique.
J'avais bien envie de lui répondre que ça ne le regardais pas mais Olorun, sans quitter le jeu des yeux, s'éclaircit la gorge pour prendre la parole.
" En fait, nous sommes tous branchés sur une seule et même conscience collective. Chacun d'entre nous a accès, à volonté, à une partie de la conscience des autres. Toutefois, une autre partie de nous reste inaccessible. Regardez ce qui c'est passé en cours de potion ce matin : Brianna a su qu'il allait se passer quelque chose et, à travers cet esprit commun, nous en a avertit avant même d'avoir pu formuler l'idée de danger. "
Ce fut
Hermione qui rompit le silence dubitatif, seulement troublé
par le léger grésillement d'une bûche dans la
cheminée.
" Ca me semble cohérent par
rapport à ce que nous avons appris. "
Tout le monde se tourna vers la jeune fille et elle plongea la main dans son vieux sac d'école pour en extraire un cahier de note, passablement fatigué, qu'elle ouvrit rapidement.
" D'après la légende, les Prêtres et les Prêtresses d'Avalon auraient créés, d'une façon qui nous échappe, un Esprit de Lumière, qui est si gigantesque qu'il est impossible à imaginer. C'est un fait unique dans les annales du monde magique et les Enfants de Lumière seraient, en quelque sorte, un mélange étrange entre une entité vivante et une émanation spirituelle de cet esprit. Ce qui expliquerait pourquoi vous êtes reliés en permanence les uns aux autres… "Un
Esprit de Lumière ? Hypothèse intéressante.
Toutefois, cette idée me mettait mal à l'aise et
je plongeais au fond de mon esprit, afin de décortiquer tout
ce que j'avais appris à notre sujet.
xoxoxoxox
Après un moment de réflexion silencieuse, je me levais, les muscles un peu raides à cause de ma station assise prolongée, et défroissais ma jupe du plat de la main. Ma réflexion ne m'avait mené nul part mais j'avais une autre question, plus personnelle, qui pulsait sous mon crane.
" J'aimerais parler au Professeur Dumbledore… Harry, tu m'accompagnes ? "
J'avais à peine ouvert la bouche que ma garde rapproché c'était mise debout et je vis une lueur incertaine dans leurs regards. Mes compagnons savaient que je n'avais pas besoin d'un guide pour trouver mon chemin mais ils nous étaient difficile de rester éloigné longtemps les uns des autres et cette demande les surprenaient, je le sentais.
Le jeune Potter hocha la tête et m'emboîta le pas. Nous parcourûmes les couloirs en silence puis, je l'entraînais vers une alcôve suffisamment discrète à mon goût.
Pendant quelques instants, le seul bruit que l'on entendait était celui, ténu, de la vie qui continuait à tourner autour de nous. Je me contentais de le fixer et il me rendait mon regard, sans crainte.
" De quoi voulais-tu me parler Brianna ? " questionna t-il d'une voix douce, qui gardait encore une trace infime de sa mue récente. Jamais je ne lui aurais donné ses 17 ans. Mon regard s'était immobilisé sur sa cicatrice et je dus faire un effort pour m'en détourner.
" Tu sais que je ne suis pas ton ennemie, n'est-ce pas ? " commençais-je, pas trop sur de la façon dont il allait prendre ce qui allait suivre.
" Oui, je le sais. " finit-il par dire et je décelais de la curiosité dans ses yeux.
" Et tu sais aussi
que je ne suis pas ton amie ? "
Je crois qu'il ne
s'attendait pas à ça et je lui laissais le temps
d'assimiler mes paroles avant de continuer. Je voulais le rassurer
et surtout, gagner sa confiance. Sans ça, il ne servait à
rien que nous restions. Le Survivant devait nous accepter ou il se
retrouverait seul.
Je pris ses mains dans les miennes, les serrant doucement et il ne sursauta pas à ce contact inattendu. L'alcôve était sombre mais je voyais briller ses yeux. Je sentais le pouvoir vibrer en lui, comme si j'avais été sa propre peau.
" Même si je le voulais, l'amitié entre nous est impossible et je crois que tu sais pourquoi. Je présume d'ailleurs que tu sais que je sais beaucoup de chose sur toi, des choses dont tu n'as même pas encore conscience… "
Ses mains étaient chaudes dans les miennes et, soudain, une peine immense m'envahie. Mais mes mains ne tremblaient pas et mes yeux restaient secs. J'avais, nous avions, une tâche à accomplir et il était trop tard pour nous. Mais pas pour lui.
" Tu es le Survivant, le Sauveur qu'ils attendent tous. Je sais que cette situation doit te peser et que notre apparition est probablement un poids de plus. " continuais-je d'une voix un peu rauque.
Il me sondait du regard et c'était un regard dur et froid, le regard d'un être qui avait trop perdu, puis il acquiesça et je lâchais ses mains, souriant à nouveau.
" Mais, Harry, saches une chose : les Enfants de Lumière ne sont pas là pour lutter à ta place. Tu devras te battre. Et seul. Mais nous serons là, nous serons à tes côtés, de mille et une façons. "
Je fis alors une courte pause, ne sachant comment lui dire qu'il n'avait pas à nous ajouter à la longue liste des gens pour lesquels il s'inquiétait.
"
Nous sommes les Guerriers du Temps Perdu et notre avenir est déjà
tracé… "
Il me
lança un regard perplexe puis, rapidement, je vis la
compréhension naître dans son esprit.
Sans attendre de réponse de sa part, je quittais notre refuge provisoire et prit la direction du bureau du Directeur. Il me rattrapa rapidement et saisit mon bras. Lentement, je me tournais vers lui, une question au fond des yeux.
" Merci
Brianna. Merci pour tout. "
Je hochais la tête et,
sans qu'aucun autre mot ne fut échangé, poursuivis
mon chemin.
L'avenir du Survivant se mettait lentement, mais
sûrement, en place.
xoxoxoxox
J'ai passé un long moment à parlementer avec la gargouille qui gardait l'entrée du bureau directorial mais je finis par avoir le dessus. Mais c'était une bien maigre victoire puisque je me doutais qu'il lui avait dit de me laisser passer, cependant elle avait semblé décider de me compliquer un peu les choses. Je lui tirais la langue alors que l'étrange escalier se déroulait devant moi. Je gravis les marches deux par deux et, hors d'haleine, je toquais frénétiquement à la lourde porte.
" Entre Brianna. "
Même quand on s'y attend, c'est toujours déroutant
de se dire qu'il sait tout.
Je poussais la lourde porte et pénétrais dans l'impressionnant bureau. Il n'était pas assez tard pour que les portraits des anciens directeurs dorment, mais la plupart ne me prêtèrent aucune attention. Ce qui faisait bien mon affaire.
" Professeur ? Veuillez pardonner cette intrusion mais je souhaitais vous parler. " commençais-je, les mains serrées l'une contre l'autre, le regard fixé sur mes chaussures.
" Bien sur, prend donc un siège. " me répondis le vieux sage, avec un doux sourire.
Je m'installais dans le large fauteuil face à lui. Je m'aperçu alors que je ne touchais pas le sol et que je devais avoir l'air d'une gamine, perdue ainsi au milieu de cet îlot de confort, chose que je n'avais pas remarqué lors de ma précédente visite des lieux.
Il repoussa sa plume vers un coin de son auguste bureau, plume qui continuait à écrire lentement, accompagnée de nombreux parchemins.
" J'imagine que tu voulais me parler d'Harry, n'est-ce pas ? "
Le Directeur de la plus prestigieuse école de sorcellerie du monde magique me souriait avec douceur, les mains croisées sous son menton. Je me contentais de hocher la tête, brusquement intimidée.
Je me demandais si, finalement, c'était une si bonne idée que ça, que de préparer sciemment le futur.
xoxoxoxox
Dans un
état second, j'avais repris le chemin de mon dortoir.
Tout ce
que j'avais appris ce soir tourbillonnait dans mon esprit et je
m'arrêtais dans un couloir sombre, appuyant mon front brûlant
contre la pierre froide.
Après
quelques instants, je me décollais du mur à contrecœur
et poursuivis mon chemin.
Quand
j'arrivais à notre Tour, le calme régnait, la plupart
des Enfants de Lumière dormaient.
Je m'assis devant la cheminée, sur le tapis, les yeux perdus dans le vague.
Je ne sais pas combien de temps je restais ainsi, à ressasser des choses qui ne seraient jamais, jusqu'à ce que la fine main de Freya se pose sur mon épaule. La jolie blonde me conduisit à notre dortoir, me soutenant comme si elle craignait de me blesser. Elle me mit au lit, me borda. Elle me caressa les cheveux, qui malgré les efforts de Galahad reprenait peu à peu leur aspect rebelle, me murmurant des mots doux, jusqu'à ce que je ferme les yeux.
Alors, elle m'embrassa sur le front, avec une douceur toute maternelle, tira les lourds rideaux de mon lit autour de nous, et l'obscurité m'accueillit dans ses bras apaisants.
