Chap 10 : Révélations

« Du calme ! Ecoutez ! Nous sommes des amis de Rodney Mc Kay ! » s'écria Amélia en repassant devant Ronon, les mains bien en vue face à elle.

« Connais pas ! »

« C'est le neveu de May Jenkins ! »

« Quoi ? La crevette ? Il est ici ? »

« Au chalet de May, oui… Je m'appelle Amélia Banks et voici Ronon Dex. Nous logeons chez elle en ce moment et elle nous a demandé de passer voir si tout allait bien pour vous… Mais la tempête nous a surpris alors nous avons été obligé de nous abriter ici. »

Amélia s'était approchée doucement de l'homme et alors qu'elle frôla le canon de son fusil avec son bras, ce dernier eut un geste étrange. Il abaissa son arme avant de plaquer brusquement sa main libre contre sa poitrine. Amélia n'avait toujours pas baissé les mains. Enfin, il rabattit sa capuche en affichant un visage étrangement intrigué. Il correspondait bien à la description qu'en avait faite Rodney. Le teint mat, les cheveux gris et courts.

« Vous êtes Ernest Matthews, je présume… »

L'indien d'une soixantaine d'année fixa Ronon d'un air méfiant avant de revenir sur le visage doux d'Amélia. Il bloqua encore quelques secondes sur la jeune femme avant de paraître se ressaisir.

« Oui, désolé pour ça, fit-il en désignant son fusil, mais un grizzli traîne dans les parages. Il a été vu ce matin de l'autre côté du lac. »

Il avait reposé sa main sur son torse et semblait palper quelque chose à travers son anorak fermé.

« Nous savons, il nous a attaqué hier soir » répliqua Ronon, un brin agacé par le regard insistant du nouveau venu sur Amélia. »

Le vieil homme détourna enfin le regard pour lancer un coup d'œil vers la winchester qu'Amélia avait remis en place au dessus de la cheminée.

« Elle vous a été utile ? »

« Et comment ! » fit Amélia en souriant.

« Vous l'avez… ? »

« Disons juste effrayé. Le seul blessé ici, c'est lui » répliqua la jeune femme en désignant Ronon. « Il a pris un coup de griffe… »

« Ça ira gamin ? » demanda Ernest en levant les yeux vers le satédien. Vous avez eu de la chance… »

Ronon répondit par l'affirmative d'un air amusé. La dernière fois que quelqu'un l'avait appelé comme ça, c'était son grand-père et il avait sept ans. L'ex-runner s'élança dehors en souriant. Amélia se retrouva seule avec le vieil homme.

« Par contre, Mr Matthews, je suis désolée pour la fenêtre de votre salle de bain, j'ai dû la forcer pour pouvoir entrer » s'excusa Amélia.

« C'est pas grave ! J'ai vu votre motoneige dehors. Je suis venu avec la mienne juste pour voir si tout était OK. J'ai prévenu mon ami Sam qui va venir déblayer les routes. Si vous voulez je vous accompagne jusqu'au chalet. »

Le vieil homme s'apprêtait à s'engager dans les pas de Ronon quand il fit brusquement demi-tour.

« Je suis quand même curieux de savoir d'où vous venez jeune fille, j'ai l'impression que vous et moi avons quelques…ancêtres en commun… »

« Je suis née à San Diego en Californie. Et il parait que mon arrière grand-mère maternelle était Cherokee… »

« Tiens donc…et, c'est votre…petit ami ce grand gaillard là-dehors ? »

« Bonne question… » répliqua Amélia en enfilant ses gants.

OoooooooooooO

La doctoresse tenta de se ressaisir en effectuant un autre scan. Mais la même image de son anatomie interne s'afficha devant ses yeux médusés.

En voyant l'air ahuri de la doctoresse, les deux hommes sentirent que cela n'augurait rien de bon.

Ils avaient réussi à contacter Atlantis voilà une heure et bien que Woolsey soit en visite à Washington, Sheppard avait ordonné qu'un jumper occulté soit immédiatement envoyé pour leur téléporter un scanner médical portable. Le moins de contact possible avec le personnel de la base était désormais le mot d'ordre.

« Mc Kay, si nous avons de mauvaises nouvelles, il faudra prévenir Woolsey. Le lieutenant Perkins attend dehors dans le jumper .» trancha Sheppard.

« Mon Dieu…. » souffla alors Jennifer, les yeux toujours rivés sur l'écran.

Mc Kay demeurait désespérément muet, craignant de prononcer la question fatidique.

« Rodney…. » Jennifer leva finalement la tête vers le scientifique.

La vision du physicien se troubla soudainement. Cela ne pouvait pas être vrai. Elle ne pouvait pas être malade. Pas maintenant qu'il l'avait trouvée. Pas maintenant alors qu'ils étaient si heureux…

La jeune femme prit une profonde inspiration.

« Je ne suis pas contaminée…" lâcha-t-elle de but en blanc. « Je suis enceinte. »

A cet instant précis, Rodney ressentit l'impression la plus étrange de sa vie. Il lui sembla à la fois qu'on lui ôtait un poids immense de la poitrine mais la seconde suivante, son cerveau supersonique parut se rétracter inexorablement jusqu'à atteindre la taille d'un petit pois.

« Co…comment enceinte…? Comme… enceinte ?…. Comme bébé…. ? » bafouilla-t-il

« Rodney…je suis aussi surprise que toi… » enchaina Jennifer en cherchant un peu de soutien auprès du militaire.

Le physicien sembla reprendre un peu ses esprits. La décharge d'adrenaline qu'il venait de recevoir l'avait complètement sonné.

« Mais comment c'est possible… » arriva-t-il encore à articuler.

Une réponse toute prête resta bloquée dans la gorge de Sheppard. Non, là, vraiment, ce n'était peut-être pas le moment de charrier McKay qui avait l'air d'un zombi momifié. Tout le monde était un peu abasourdi. Teyla arrivait au bas de l'escalier. Elle avait entendu la majorité de la conversation et s'avança vers le groupe l'air rassuré. Sheppard tenta quand même la question qui lui trottait dans la tête …

« Et si c'est pas indiscret, de quand daterait cette »… lança-t-il en omettant volontairement de finir sa phrase.

« Je crois que j'ai une petite idée sur date de conception » fit Jennifer en jetant un regard en biais vers Rodney. « Je pense être enceinte d'environ six semaines. Ça explique ma fatigue, ma perte d'appétit, mon malaise, mon estomac barbouillé… » souffla Jennifer les yeux soudain dans le vague. « Et moi qui ai mis mes symptômes sur le compte de mes nuits blanches passées à mettre au point la sérothérapie pour les patients de Carson ! Le docteur Callahan a constaté un taux un peu élevé de leucocytes dans mon sang ce qui est parfaitement normal pour une grossesse. »

« Mais pour…vous savez…euh…le truc…féminin….tous les mois…Enfin, je suis pas spécialiste mais bon… Vous auriez pas pu avoir la puce à l'oreille ? » ajouta John qui se demanda dans la seconde pourquoi il avait abordé un tel sujet.

« Il n'y a pas si longtemps, j'échappais à la mort par hypothermie et ma conscience a été transféré dans le corps d'une pilleuse de tombe avant de finalement regagner le mien, vous savez quel effet peuvent avoir ce genre de choses sur les cycles menstruels d'une femme ? »

« OK ! OK ! Je vous fais confiance là-dessus, désolé d'avoir abordé le sujet, on passe !» Sheppard avait levé les mains en signe de reddition.

« Rodney et vous n'aviez apparemment pas prévu cet évènement ? » osa Teyla.

Jennifer, qui avait retrouvé son visage calme et réfléchi, regarda le scientifique l'air hésitant.

« Je crains que non. » répondit-elle en se mordant la lèvre.

L'athosienne prit la main de son amie dans les siennes et lui adressa un sourire radieux.

« En tous cas, Jen, vous n'êtes pas contaminée ! C'est une excellente nouvelle ! ».

« Je vais prévenir Perkins qu'il peut retourner à la base ! » s'exclama le militaire en se levant

Malgré les efforts de Teyla pour détendre l'atmosphère, tous commençaient à se sentir très mal à l'aise devant la catatonie persistante de McKay. Alors, doucement, Jennifer s'approcha de Rodney, assis telle une statue au bord du canapé. Elle s'installa près de lui et posa les mains sur ses genoux. Ce n'est qu'à cet instant qu'il parut enfin réagir. Il la regarda dans les yeux avant de la serrer soudainement dans ses bras. Jennifer put alors sentir le cœur de Rodney qui battait à tout rompre.

« J'ai cru que tu…Que tu avais… Que tu allais… »

« Je vais bien Rodney… Je vais bien…regarde…. »

Rodney se saisit du scanner portatif qui représentait l'abdomen de la jeune femme. Une petite boule rouge s'affichait en son centre.

« Il faudrait juste que j'aille à l'hôpital faire une échographie pour voir si tout va bien. »

Le scientifique leva les yeux vers elle. Jennifer prit alors le visage de Rodney entre ses mains.

« Et puis je pense qu'après ça, nous devrons discuter tous les deux … »

OoooooooooooooooO

Le soleil du matin venait caresser le visage de Teyla. Elle avait fermé les yeux et savourait cet instant de calme où les esprits s'apaisaient doucement. Assise sur le banc de la véranda, face à la fenêtre du salon, elle en avait profité pour jeter un œil sur Torren quelques instants auparavant. Il s'amusait à quatre patte sur le tapis devant la cheminée, emprisonné dans un « parc » improvisé composé d'un côté par le canapé et de l'autre par des chaises et de gros coussins chamarrés. Le petit train de bois le fascinait apparemment toujours autant. Peut-être que May accepterait de le lui laisser emporter sur Atlantis.

Elle ouvrit soudain les yeux. John était debout devant elle, immobile.

« Quelle histoire ! Je peux m'asseoir ? fit-il en désignant la place libre à côté d'elle.

« Bien sûr John. Je suis heureuse que tout se finisse aussi bien. »

Le silence retomba un instant. Teyla sentait son cœur qui commençait à s'emballer. Leurs bras se touchaient. Leurs jambes aussi. John regardait l'horizon enneigé mais elle savait qu'il s'apprêtait à aborder le sujet qu'elle redoutait tant. Alors elle décida de prendre les devants.

« Ce que je ressens pour vous est sincère John. »

Sheppard fut coupé dans son élan. Il se força à fixer la forêt qui s'étendait devant eux et décida finalement de la laisser poursuivre sans répondre.

« Depuis quelques temps, Kanaan et moi ne sommes plus aussi proches qu'autrefois. Mes sentiments envers lui ont changé et ce que je ressens pour vous aussi. Je ne sais pas comment s'est arrivé. J'en suis la première surprise. J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour vous et beaucoup d'amitié aussi mais… Enfin… voilà, je crois que suis à présent…"

"Amoureux de vous. »

Ça y est, il l'avait dit…Teyla put apercevoir un léger sourire sur son visage tandis qu'il continuait de regarder au loin. L'athosienne se tut alors. Sheppard enchaîna.

« Je n'y comprends rien moi non plus Teyla. Moi aussi j'ai toujours eu beaucoup de respect pour vous, vous êtes forte, vous avez toujours été là, solide, apaisante, magnifique… »

Le militaire soupira. Exprimer ses sentiments n'avait jamais été sa tasse de thé. Fanfaronner, se moquer de Rodney ou lancer deux trois réparties rigolotes…ça c'était lui… Mais là, il avait l'impression que son estomac remontait jusque dans sa gorge. « Bon sang ce qu'elle était belle… Comment avait-il pu la côtoyer tous les jours sans succomber si longtemps… ». Ils se sentaient un peu gauches tous les deux. Ils avaient enfin ouvert les yeux et l'évidence leur faisait à présent peur. Après quelques secondes de silence, John se lança à nouveau.

« Quand je vous ai vue, dans la salle de contrôle avec Michael, quand j'ai cru qu'il allait vous emmener encore une fois**, j'ai réellement pris conscience que je tenais à vous beaucoup plus que je ne l'aurais cru… ».

Délicatement, Teyla posa sa main sur sa joue et l'amena à la regarder.

« Je ne sais pas ce qui va se passer après, John… Comment nous allons…gérer cela. Mais ce que je sais, c'est que je dois tout d'abord parler avec Kanaan. Il est le père de mon fils. Je lui dois cela avant tout. Lui aussi je crois a pris conscience que quelque chose s'est brisé entre nous. C'est quelqu'un de bien et d'honorable. Je ne pourrais pas commencer quoi que ce soit tant que tout ne sera pas réglé entre lui et moi. »

Kanaan… Soudain John eut l'impression d'être le pire individu que la Terre ait porté. C'est vrai que l'athosien était un type bien. Un type qui avait eu le bonheur de vivre une histoire avec Teyla, de lui faire un enfant. Il avait l'impression d'être un voleur de bonheur…

Teyla perçut le trouble dans le regard de Sheppard et resserra ses doigts sur le visage du militaire.

« Kanaan et moi, c'est fini depuis déjà un bon moment. C'est juste que tous les deux, nous ne voulions pas nous l'avouer, c'est tout. Alors pas de remords ou de culpabilité inutile ! »

Elle lisait dans ses pensées.

« Je ne l'aime plus. Je vous… »

Le choc d'un lourd sac à dos jeté à terre à leur pied les fit sursauter. Instinctivement, ils s'éloignèrent l'un de l'autre, chacun à un bout du banc. Ronon se tenait debout à quelques pas d'eux et leur jetait un regard noir.

« Ronon ! Bon sang ! C'est vous ! Ah, je savais bien qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter ! On ne vous a même pas entendu arriver !" fit Sheppard en bondissant sur ses pieds. Tout va bien ? Amélia et vous… »

Le satédien continuait à les fixer à tour de rôle sans parler. Sheppard détourna les yeux et chercha une aide silencieuse auprès de la jeune femme. Il les avait certainement vus, peut-être les avait-il entendus aussi… Il connaissait l'avis de Ronon sur une éventuelle relation entre lui et Teyla. Et là, bizarrement, il se sentait comme un enfant pris en flagrant délit, la main dans un bocal de bonbons…

« Amélia va bien Ronon ?" lança Teyla en soutenant sans brocher le regard inquisiteur de l'ex-runner.

Devant l'aplomb de l'athosienne et son air de dire « mêle-toi de tes affaires… », Ronon capitula.

« Tout est OK. On ramène même du monde… » grommela-t-il en se dirigeant vers l'entrée.

Tous se retrouvèrent dans le salon. Teyla et Jennifer saluèrent le retour d'Amélia en la serrant affectueusement dans leurs bras.

« Ernest ? Ernest Matthews ?" lança Rodney en dévisageant l'indien.

"La crevette ! Dis donc, tu as bien grandi depuis la dernière fois que je t'ai vu !" fit Ernest en encerclant avec enthousiasme les épaules du scientifique.

Une fois libre, Rodney pointa instantanément un index menaçant en direction de John.

« Taisez-vous Sheppard !"

"Mais j'ai rien dit !"

"Oui mais vous alliez le faire !"

"Enfin, MEREDITH, vous voyez le mal partout… C'est juste un petit surnom affectueux… D'ailleurs il me plait bien, je pense que je vais le garder en mémoire pour les jours où vous deviendrez vraiment trop insupportable. »

Face à l'état d'exaspération avancé de Rodney, Sheppard vint se présenter lui-même au vieil homme. Ils se donnèrent une poignée de main.

« Lieutenant colonel John Sheppard, ravi de vous rencontrer."

"Enchanté. »

Bizarrement, quand le militaire voulut mettre fin à l'échange, il sentit alors que l'étreinte du vieil homme tardait à se relâcher. Il plongea ses yeux dans les prunelles noires du squamish qui semblaient vouloir scruter le moindre recoin de son cerveau. Un sentiment de malaise le gagna alors. Puis, devant le silence gêné qui s'était installé, Ernest lâcha enfin prise en posant sa main sur sa poitrine comme l'avait déjà vu faire Amélia dans la cabane.

« Etrange ce type… » pensa John qui se pressa d'enchaîner

"Oui…euh… Mr Matthews… Bon, alors… Vous connaissez déjà Mc Kay, Ronon et Amélia et donc voici Teyla Emmagan et Jennifer Keller. »

Ernest leur adressa un signe amical de la tête quand un bruit de klaxon résonna à l'extérieur. Teyla alla ouvrir la porte et tous la suivirent à nouveau sur le perron. Un énorme chasse-neige vrombissant stoppa devant la maison. Derrière lui, Jeannie apparut au volant du pick up.

« Salut à tous "! lança-t-elle sur un air joyeux. "J'apporte les vivres ! Et voici Bud qui m'a gentiment ouvert le chemin ! »

L'homme les salua d'un signe de la main à travers la vitre de la cabine avant d'entamer un demi-tour pour repartir sur le sentier à présent dégagé.

« Oh ! Ernest comment vas-tu !" s'écria-t-elle en venant serrer le vieil homme dans ses bras.

"Jeannie ! Dis donc mais tu es une femme à présent ! Le temps passe vraiment trop vite ! Déjà enfant tu étais jolie comme un cœur, mais là, tu es carrément splendide ma belle !"

"Espèce de flatteur ! Pas de souci chez toi ?"

"Eh bien, tes amis ont semble-t-il veillé au grain" fit-il en désignant Amélia et Ronon. "J'étais descendu la veille de la tempête chez mon fils Davis à Whistler."

"Le téléphone est complètement rétablit alors !" fit la jeune femme en allant décharger deux gros sacs de provisions que Ronon s'empressa de lui prendre des mains. "Tout va bien ici ? Pas de bêtises en mon absence ? »

Des regards furtifs furent échangés…

« On parlera de tout ça au déjeuner si tu veux bien…" marmonna Rodney.

« Je vais vous laisser" ajouta Ernest. "J'ai été ravi de vous revoir…"

« Non Ernest ! Vous allez rester déjeuner avec nous "! lança Jeannie en le poussant vers l'intérieur. "Comme ça, nous pourrons reparler un petit peu des étés fabuleux que nous avons passé ici !"

« Oui, Ernest, vous allez nous raconter quelques petites anecdotes sympas sur notre cher Meredith… » ajouta Sheppard sur un air railleur en leur emboitant le pas.

Quand tous furent rentrés, Rodney demeura un instant seul debout sur le perron. Alors il ne put s'empêcher de penser que la journée allait être incroyablement longue…