Certains malheurs sont trop grands pour que le temps les efface
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Il ne fallut pas très longtemps à Clément et Luna pour revenir dans la Grande Salle. Leurs mains proches mais sans jamais vraiment se toucher, ils subirent un nouveau silence pesant alors qu'ils se rasseyaient aux places qu'ils avaient quitté quelques instants plus tôt, tentant d'afficher une expression de totale neutralité.
- Vous allez bien, tous les deux ? demanda James, les sourcils froncés.
Ce ne fut qu'à cet instant que Luna se rendit compte à quel point son départ avait été peu naturel. Le regard lourd de méfiance de Kya la transperça comme une épée et elle dut faire appel à toute sa volonté pour afficher un sourire sur son visage.
- Oui, très bien. Je suis désolée d'être partie comme ça, je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai eu un soudain vertige et je ne voulais pas me donner en spectacle devant tout le monde. C'est raté, on dirait !
Elle accompagna cette déclaration d'un petit rire calculé, qui ne dissipa pas une seule seconde les interrogations des autres adolescents. La jeune Gimmler s'apprêtait à dire quelque chose, mais la rapidité avec laquelle le pied de Lily frappa le sien sous la table l'en dissuada aussitôt. Elle croisa néanmoins les bras sur sa poitrine, comme pour bien signifier qu'elle n'en resterait pas là et qu'il faudrait plus que cette simple explication pour que ses soupçons s'amenuisent.
Le reste du repas se déroula dans une ambiance presque féerique. Comme dans un rêve, Luna sourit face à la complicité des deux meilleures amies et rit aux plaisanteries de Sirius. Elle se surprit plusieurs fois à observer James d'un air songeur, une boule au creux du ventre face à la frappante ressemblance avec son père, et à dévorer Lily des yeux. Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait devant elle ses grands-parents, des grands parents qui, certes, n'étaient toujours pas ensemble, mais qui ne semblaient pas se détester pour autant. Elle remarqua plus d'une fois le regard tendre que James posait sur la jolie rousse et le sourire qui venait parfois aux lèvres de Lily quand le jeune Potter se donnait en spectacle.
- Ils commencent à se rapprocher, chuchota t-elle vers la fin du repas à l'oreille de Hugo. Mon père m'avait dit qu'ils étaient sortis ensemble en dernière année, cela ne devrait plus tarder, je pense !
Son cousin lui répondit d'un clin d'œil amusé, heureux de voir sa meilleure amie aussi enthousiaste.
Le seul point négatif de cette soirée irréelle fut Peter Pettigrow. Luna eut du mal à garder son sang-froid lorsqu'il se présenta de sa voix aiguë et nasillarde. Elle se força à hocher poliment la tête et Hugo posa une main sur son épaule, comprenant son désir ardent de se lever pour crier à Lily et à James ne plus faire confiance à celui qui allait tous les trahir. L'intervention d'Alice Fergat et de Franck Londubat mis fin à cette tension perceptible. Hugo, Clément et Luna ne purent s'empêcher de sourire face à l'évidente tendresse qui liait ce couple au sombre futur et cette dernière apprécia immédiatement la gentillesse naturelle d'Alice et les farces enfantines du compagnon des maraudeurs. Encore une fois, cependant, l'envie de courir en dehors de la Grande Salle pour cacher les larmes qui menaçaient de l'envahir la gagna. Elle cacha cette détresse derrière un ton enjoué et ce ne fut que la présence de ses amis auprès d'elle qui l'empêcha de prévenir les deux jeunes gens de leur funeste destin.
- Vous êtes ensembles depuis longtemps ? demanda Clément, essayant vainement de distraire Luna.
- On peut dire ça, répondit Alice avec un grand sourire. Notre premier rendez-vous remonte à trois ans. Mais il m'avait fait de l'effet dès la cérémonie de répartition !
Cette réponse enthousiaste ne fit que renforcer le malaise de la rouge et or qui revoyait encore l'expression sur le visage de Neville à chaque fois qu'elle l'avait vu mentionner ses parents. Il avait beau être son professeur, il n'en restait pas moins un ami proche d'Harry et de Ginny, et c'était régulièrement qu'il était invité chez les Potter. Luna l'avait plusieurs fois surpris au bord des larmes, parlant avec peine de ses visites à Ste Mangouste, et la jeune fille avait du mal à s'imaginer ces deux adolescents rayonnants allongés, fous, sur des lits d'hôpital.
Les derniers plats disparurent plus tôt que ne l'aurait souhaité la Gryffondor, et Dumbledore se leva à nouveau. Le regard bienveillant, il attendit que le silence s'installe pour reprendre la parole et adresser aux élèves les mots qui clôtureraient cette soirée.
- Il est temps désormais de retrouver la paisible sécurité de vos lits. Bonne nuit à tous ! Que le repos vous trouve : demain sera une longue journée !
Il sourit et fit un petit geste de la main. D'un même mouvement, les élèves se levèrent et les conversations reprirent. Alors qu'elle imitait les autres et commençait à se diriger vers les dortoirs, Luna ne put s'empêcher d'admirer l'autorité naturelle que dégageait cet homme. Aucun de ses professeurs n'avait le pouvoir de diriger une importante foule aussi facilement : il semblait qu'un simple cillement aurait suffi à Dumbledore pour se faire obéir. Pour la première fois depuis son arrivée, la jeune fille sentit un faible espoir la gagner. Si quelqu'un était capable les ramener dans leur époque, c'était bien le directeur de Poudlard : une telle sensation de pouvoir émanait de son être que rien ne lui semblait impossible.
Un petit sursaut d'optimisme s'insinua en elle et elle décida de s'y abandonner. Après tout, qu'avait-elle à perdre à tenter de voir le bon côté des choses ? Un sourire aux lèvres, elle trottina joyeusement au côté d'Hugo qui la regarda d'un air amusé.
- Qu'est ce qu'il y a ? lui demanda-t-il à voix basse.
- Je ne peux pas m'empêcher de trouver des avantages à la situation, lui répondit Luna sur le même ton. J'ai enfin une chance de connaître mes grands-parents ! Et puis, j'ai confiance en Dumbledore. Il trouvera un moyen d'arranger tout ça.
Les lèvres d'Hugo s'étirèrent légèrement et Luna lui déposa un baiser sur la joue en riant.
- Il ne faut pas s'inquiéter ! Je suis sûre que tout va bien se passer.
A côté d'eux, Clément fronça les sourcils. Le comportement de son amie lui semblait étrange, elle qui, il y avait encore quelques minutes, pleurait presque devant son incapacité à dévoiler la vérité. Le bouleversement dont il avait été témoin contrastait fortement avec la soudaine gaité qui semblait avoir pris possession de la jeune fille. Il ne fit néanmoins aucune réflexion, devinant que cet optimisme était une façade que tentait de construire Luna pour occulter la réalité de leur situation.
- Venez, suivez-nous ! lança soudainement Sirius, brisant le fil de ses réflexions. La Salle Commune est par là !
Avec un petit sourire, les trois adolescents se placèrent au côté des maraudeurs et de leurs amis et affichèrent une expression émerveillée à chacun des couloirs qu'ils traversaient. Faisant mine d'être impressionné, ils prirent plaisir à tout observer : les tableaux animés, les immenses escaliers, les longues pièces éclairées aux bougies, les fantômes qui les saluaient chaleureusement, les armures qui semblaient vivantes… Ils se prirent très vite au jeu de redécouvrir le château et durant un bref instant, il leur sembla revenir à la première année, lorsque tout était simple et nouveau, et que rien ne pouvait les effrayer.
- Poudlard est vraiment immense ! déclara Luna. Notre école n'était pas aussi grande.
- Ah oui ? A quoi ressemblait-elle ? demanda Kya, la voix remplie de sous entendue.
Luna se contenta de sourire sans répondre, tout en continuant à suivre les maraudeurs, qui parlaient avec animation. La jolie blonde finit par hausser les épaules et se désintéressa de sa nouvelle camarade pour prendre part à la conversation apparemment passionnante de Sirius, James et Peter. Luna tenta de comprendre de quoi il s'agissait, mais elle se rendit compte très vite qu'ils ne faisaient que parler de leur vacance, et que rien de tout ça n'était censé l'intéresser, elle qui ne les connaissaient que depuis quelques heures. Les mains dans les poches de sa robe de sorcière, elle tourna légèrement la tête et aperçue Remus et Lily, qui s'étaient éclipsés pour montrer le chemin aux élèves de premières années. Cette dernière adressa au petit groupe un geste joyeux de la main, puis s'éloigna en compagnie des enfants apeurés, serrés les uns contre les autres.
Le trajet jusqu'au portrait de la Grosse Dame fut relativement court, car Sirius et James prirent un malin plaisir à les faire emprunter tous les passages secrets qui se trouvaient sur leur chemin. Luna ne put s'empêcher d'être admirative devant leur parfaite connaissance du château, et une douce mélancolie l'envahit lorsqu'elle songea que son père était l'un des seul à partager ce savoir. Elle-même n'avait jamais entendu parler de la moitié de ces raccourcis, et elle les observa donc avec attention, essayant de retenir leur emplacement pour pouvoir les emprunter de nouveau par la suite. Ils arrivèrent donc devant la Salle Commune de Gryffondor bien avant les autres et ce fut Sirius qui prononça le mot de passe d'une voix clair et dégagé.
- Menthe !
La Grosse Dame eut un sourire et le portrait pivota, laissant place au trou familier qui se trouvait derrière. Alors qu'il l'enjambait, James eut un petit rire moqueur, mais attendit que tous les autres soient rentrés dans la grande pièce accueillante pour énoncer sa réflexion qu'il jugeait apparemment désopilante.
- Ils auraient tout de même pu trouver quelque chose de plus original ! Menthe… Franchement !
Luna remarqua que Peter fut le seul à rire, tandis que les autres se contentaient de sourire poliment, apparemment habitués aux réflexions un peu enfantines de James. Sirius tapota le dos de son meilleur ami d'un air faussement condescendant, un sourire aux lèvres.
- On ne peut pas être drôle à chaque fois, Corn' !
Celui-ci haussa les épaules, amusé. Sa bonne humeur toujours intact, il posa une main sur l'épaule de Luna qui tressaillit mais tenta de ne pas laisser transparaitre la sensation étrange qui lui avait traversé le corps. Elle allait devoir s'y habituer, se dit-elle, car son grand père paraissait apprécier les contacts physiques et ne ratait jamais une occasion de passer un bras autour des épaules d'un de ses amis, ou d'embrasser sur la joue la première fille qui passait près de lui.
- Ca, ça c'est la Salle Commune ! déclara-t-il d'un ton grandiloquent, comme s'il faisait un discours de la plus haute importance. En haut, ce sont les dortoirs – vos bagages y sont déjà. A gauche, celui des filles, à droite celui des garçons. Vous allez voir, c'est vraiment agréable ! C'est ici qu'on passe la majeure partie de notre temps, quand nous ne sommes pas en cours. C'est le meilleur endroit pour étudier.
- Un peu bruyant à mon goût, le contredit Kya. Je préfère la bibliothèque. Je vous montrerai où elle se trouve, si vous voulez.
Elle semblait décidée à faire un effort, malgré son évidente suspicion à leur égard, et Luna lui en fut reconnaissante. Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire et la rousse répondit par l'affirmative d'un hochement de tête.
- Ce serait gentil, merci, ajouta-t-elle.
- Quoi qu'il en soit, déclara Franck d'un ton calme et apaisé qui paraissait être habituel chez lui, j'espère que vous vous sentirez chez vous dans ce château.
- Je crois que c'est déjà le cas, assura Hugo avec un sourire.
Luna songea que pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés ici, cette marque de tendresse et d'amusement n'était pas feinte. Cette pensée la fit sourire aussi, et elle adressa à son cousin un clin d'œil complice. Ce fut à cet instant que Lily entra à son tour dans la Salle Commune, accompagnée par les premières années, désormais plus curieux qu'apeurés. Elle expliqua rapidement le fonctionnement de la pièce où ils se trouvaient et des dortoirs, en utilisant sans même le savoir les mêmes mots que James quelques instants plus tôt. Puis, sur une dernière recommandation, elle laissa les nouveaux élèves découvrir seuls leurs appartements et rejoignit le petit groupe qui s'était installé devant la cheminée en l'attendant.
- Je n'ai pas été trop longue, j'espère ! dit-elle en rejetant ses longs cheveux en arrière, dans un mouvement que Luna ne connaissait que trop bien.
- Jamais, Lily-Jolie, affirma James avec un grand sourire.
Amusée, Luna vit sa grand-mère rougir légèrement, alors qu'elle essayait vainement de prendre une expression agacée.
- Arrête un peu, Potter ! répliqua-t-elle. A la longue, ça devient lassant.
- Tu t'ennuierais si j'arrêtais, répondit l'intéressé du tac au tac.
Cette scène semblait avoir été jouée tellement souvent que tous les adolescents soupirèrent d'un même mouvement parfaitement synchronisé. Sirius eut un petit rire.
- La prochaine fois que vous décidez de donner votre petite représentation, prévenez-nous, qu'on puisse s'éclipser. Excusez-nous, mais la scène devient légèrement répétitive.
Alors que tout le monde souriait, Peter hocha frénétiquement la tête et Luna sentit la colère s'emparer d'elle. Comment osait-il émettre des jugements ? Comment pouvait-il se le permettre ? Voyant que les yeux de son amie s'enflammaient, Clément entoura sa taille de son bras, la rapprocha doucement de lui et fit glisser une mèche de ses cheveux derrière son oreille, à laquelle il chuchota :
- Calme-toi, Lily, ça n'en vaut pas la peine. Il n'en vaut pas la peine.
Cela eut le mérite d'enlever toute trace de Peter de ses pensées. Trop troublée par leur soudaine proximité et par son souffle qui glissait sur ses lèvres, la Gryffondor ne releva même pas qu'il l'avait de nouveau appelé par son prénom. Elle avait une conscience assez déroutante de son corps près du sien, de son cœur qui battait rapidement et de ses doigts posés sur ses hanches. Elle déglutit, parvint à lui adresser un sourire et se détacha de lui, le plus naturellement qu'elle le put, espérant ainsi réussir à lui cacher à quel point il la déboussolait.
Lily fit une moue embarrassée et émit un petit son d'excuse, comme si elle savait à quel point ses disputes avec James agaçaient ses amis.
- Pardon, Sirius.
Presque comme si elle se sentait obligée, elle se tourna vers James, lui lança un regard noir néanmoins teinté d'une pointe d'amusement, et lui dit à contrecœur :
- Je suis désolée, Potter. Tu n'avais rien fait de mal, et je n'avais pas à réagir comme cela.
Abasourdi, James cligna des yeux plusieurs fois derrière ses lunettes rondes et passa machinalement sa main dans ses cheveux.
- Je rêve où tu viens de t'excuser ?
- Ca va ! s'emporta soudain Kya en voyant que Lily, de nouveau furieuse, s'apprêtait à répliquer. Si vous voulez vraiment vous crier dessus comme des enfants, allez le faire ailleurs ! Ça commence à bien faire, vos disputes incessantes ! Vous passez votre temps à reprocher quelque chose à l'autre, et peu importe si ce quelque chose n'a aucun fondement, ou si vous avez déjà eu la même dispute une dizaine de fois ! Je comprends que vous ne pouvez pas et ne pourrez jamais vous supporter, mais bon sang, allez régler vos problèmes ailleurs et laissez-nous respirer !
Ce discours amena un grand silence sur le petit groupe. Lily et James paraissaient gênés, Remus et Peter observaient avec amusement, Alice et Franck avait l'air de ne pas vraiment savoir comment réagir et Luna, Clément et Hugo ne savaient plus où se mettre. Ils avaient la désagréable impression d'avoir atterri au milieu d'une dispute qu'ils n'auraient jamais dû entendre, et n'avaient aucune idée de la façon de sortir de cette situation. Quant à Sirius, il affichait une expression interloquée et regardait Kya comme s'il la voyait pour la première fois.
- Et bah ! finit-il par déclarer. Je n'aurais pas dit mieux ! Depuis quand as-tu appris à parler comme ça à tes amis ?
- J'ai eu le meilleur des professeurs, répondit la blonde avec malice.
- Ah oui ? J'aimerais bien connaître son nom ! répliqua aussitôt le Gryffondor en rentrant dans le jeu de la jeune femme.
Celle-ci se contenta de lui sourire, une expression malicieuse sur le visage. Et le regard qu'ils échangèrent glaça Luna. Sans savoir pourquoi, sans comprendre vraiment ce que cela impliquait, sans même parvenir à définir clairement le sentiment que cet échange lui inspirait, elle sut que cela avait un sens. Elle ne le saisissait pas clairement pour le moment, peu aidée par son esprit embrumée de la fatigue émotionnelle causée par les derniers évènements, mais elle savait qu'il y en avait un, et qu'il était très important qu'elle le comprenne.
Un long silence s'installa alors entre les adolescents. Ce fut un moment de calme imparfait, comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton pause d'un jeu vidéo moldu, mais sans couper la musique de fond. Les rires des premières années résonnaient en effet dans la Salle Commune et se mêlaient aux crépitements du feu de cheminée et des retrouvailles joyeuses des autres élèves qui rentraient par le trou du portrait. Ce bref instant de répit fit étrangement frissonner Luna. Elle frotta ses bras à l'aide de ses mains mais cette étrange sensation l'avait entièrement envahie et il semblait bien qu'elle n'était pas décidée à s'en aller. C'était comme si toute la pression qu'elle avait accumulée durant cette soirée riche en émotions n'avait attendu que ce moment de calme pour enfin remonter à la surface et l'étouffer. Elle avait les larmes aux yeux, et sentait que la moindre nouvelle contrariété suffirait pour qu'elle s'effondre. Essayant d'esquisser le sourire le plus convainquant qu'elle le pu, elle chuchota d'une petite voix qui ne semblait pas être la sienne :
- Je suis exténuée. Je crois que je vais aller me coucher, la journée sera chargée demain.
Sous le regard intrigué de ses grands-parents et de leurs amis, elle s'éclipsa rapidement. Avant même que quiconque ait pu réagir, elle avait monté quatre à quatre les marches qui la séparaient du dortoir des filles et avait disparu, emportant avec elle la bonne humeur qui aurait pu encore régner parmi le petit groupe. Clément et Hugo se regardèrent, et la même détresse se lisait dans leurs yeux. Ils auraient voulu rattraper leur amie afin de l'aider, de la consoler, de lui faire savoir qu'ils étaient là pour elle, mais ils savaient pertinemment qu'ils n'étaient pas autorisés à aller dans le dortoir des filles.
- Je suis désolé, finit par déclarer Hugo. Elle met beaucoup de temps à s'adapter.
- C'est compréhensible, dit Lily avec gentillesse. Ce n'est pas facile de changer d'école en cours de cycle comme vous venez de le faire. Il faut que vous preniez vos marques.
De nouveau, Clément et Hugo échangèrent un regard. Si seulement elle savait !
Luna n'avait même pas pris la peine de se déshabiller. Elle s'était jetée sur lit, les larmes aux yeux, et avait fini par remonter les draps sur elle jusqu'à disparaître complètement sous eux, sa tête enfouie dans l'oreiller. Elle avait immédiatement regretté de s'être enfuie de cette façon. Elle savait pertinemment que cela allait éveiller les soupçons, surtout ceux de Kira qui avait déjà du mal à croire leur histoire. Mais tout cela était trop. Tout simplement trop. Elle n'arrivait pas à gérer toutes ces nouvelles émotions. Elle aurait voulu pouvoir tout avouer, crier la vérité, se jeter dans les bras de ses grands-parents, et pleurer. Elle aurait voulu leur parler, leur demander tout ce qu'elle avait toujours voulu savoir, les prévenir de leur funeste destin. Elle aurait voulu revoir ses parents et ses frères. Elle aurait voulu retrouver la sécurité si étonnante de la main de Clément dans la sienne. Le corps secoué de sanglots, elle se redressa légèrement dans son lit à baldaquin, si semblable à celui qu'elle aurait dû retrouver quelques siècles plus tard. Elle se pencha légèrement, et fouilla dans les quelques affaires que Dumbledore avait réussi à lui trouver. Le cœur lourd, elle attrapa la veste de James, seul vestige de son présent auquel elle s'agrippa comme à une bouée. Elle l'enfila par-dessus sa robe de sorcière et il sembla pendant un instant qu'elle l'étreignait, comme si elle espérait par un miracle improbable qu'il puisse la ramener chez elle.
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Ils laissent aux sourires et au cœur des cicatrices imparfaites
