Teddy allant encore de l'école et Harry n'étant pas encore rentré du travail, Draco se retrouvait seul au manoir cet après-midi là.

Désœuvré, il s'était finalement décidé à employer son temps à ranger la maison de fond en comble. Et Dieu sait qu'elle en avait bien besoin...
Les derniers jours avaient été plutôt chargés avec l'approche des fêtes et, il fallait bien l'admettre, les deux jeunes hommes préféraient de loin passer leur temps libre à jouer avec Teddy, pour le plus grand bonheur de celui-ci, plutôt que de se lancer dans un ménage de printemps (ou plutôt d'hiver).
Mais il fallait bien le faire et le blond préférait se lancer dans cette périlleuse aventure plutôt que de rester à buller sur le canapé devant une émission poubelle comme il en passait de temps en temps à la télé.

Enfin, ça, c'est ce qu'il pensait avant de se rendre compte de l'ampleur de la tâche...

Il savait déjà que Teddy était d'un bordélisme sans nom et, oh miracle, Harry était pareil !
C'était donc fréquent de retrouver une peluche dans le frigo, les clés de voiture dans le placard à conserves, le dentifrice dans le lit (sans bouchon évidemment) et des DVD dans le micro-ondes...
Draco s'en était assez vite rendu compte, mais, visiblement, il n'y avait que lui que cela choquait, les deux autres ayant l'air de trouver leur organisation de rangement parfaite et très logique, merci bien !

Il mit donc une bonne heure et demie à sortir tout un tas d'objets d'endroits totalement incongrus (mais à quoi avait pensé Harry pour ranger la télécommande dans sa vieille cage à hiboux ?) et à retrouver/remettre tous les DVDs à leurs places et dans le bon boitier.
C'est en ouvrant la porte de la chambre de son petit-cousin qu'un profond soupir lui échappa, la pièce n'ayant rien à envier à un souk de Marrakech...

Après avoir ouvert la fenêtre en grand pour chasser l'odeur de bête sauvage qui régnait dans la pièce, il passa encore un temps fou à remettre les jouets dans la grande malle enchantée avant de refaire les lits de toute la maison.

Alors qu'il terminait sa besogne avec un soupir de soulagement non feint, il posa la main avec surprise sur un objet qu'il avait presque oublié : son carnet...
Il l'avait caché sous son matelas, puis les jours avaient défilés se transformant en semaines puis en mois sans qu'il ne trouve le temps de repenser à son vieux compagnon de galère.
Une chance qu'il ait eu l'envie de changer les draps de ce qui était devenu petit à petit une chambre d'ami, ce n'était plus vraiment la sienne vu qu'il n'y dormait plus depuis quelque temps, préférant partager la couche du maître de maison...

En tout bien tout honneur, bien sûr ! Harry se comportait en véritable gentleman et ne cherchait pas à brusquer son compagnon dans quoi que ce soit...

Après un moment d'hésitation, il descendit au rez-de-chaussée avec l'ouvrage dans les mains dans le but de le détruire.
Cela lui faisait tout de même de la peine d'en arriver là, après tout ce qu'il avait réussi a traverser grâce a ce simple carnet, mais le risque était trop grand qu'Harry tombe dessus.
Il imaginerait alors que Draco avait tout manigancé et qu'il ne le voyait que comme le Sauveur, comme tous les autres...
Le risque de le perdre était trop grand. Ça ne valait pas le coup...

Alors qu'il s'apprêtait à allumer un feu dans la cheminée pour y jeter son carnet pages après pages, il entendit distinctement quelqu'un frapper à la porte.
Se figeant avec la boite d'allumettes en mains, se demandant s'il n'avait pas eu une hallucination auditive : la maison étant toujours sous Fidelias les visiteurs étaient rares.
Mais bien vite les coups reprirent, un peu plus fort.

Pestant contre le fait de ne pas avoir d'œilleton sur la porte d'entré, il coinça l'ouvrage sous son bras et alla ouvrir avec méfiance.
Il ne lui fallut pas plus d'une demie seconde pour reconnaître sa visiteuse inattendue et se retrouva muet de stupeur, les yeux écarquillés et la bouche béante...
Devant lui se tenait Ginevra Weasley.

-Malfoy ? S'exclama-t-elle, étonnée. Et bien ça pour une surprise...

Vêtue d'une robe a manches longues noire s'arrêtant juste au-dessus des genoux, ses yeux à peine maquillés et son abondante chevelure rousse lâchée au vent, elle était belle. Même lui devait bien l'avouer même s'il ne le dirait jamais tout haut...
Belle sans être vulgaire. Typiquement ce qui plaisait à Harry et Draco la détestait pour ça...

- Bonjour Ginevra. La salua-t-il. Que puis-je faire pour toi ?

- Appelle-moi Ginny, il n'y a que ma mère qui m'appelle par mon nom complet.

- Tu veux voir Harry, je suppose ?

- Et bien, comme je suis chez lui et qu'aux dernières nouvelles il vivait seul...

- Il n'est pas là. Il travaille.

- Ah oui, bien sur, j'aurais dû m'en douter... elle frissonna. Puis-je au moins l'attendre à l'intérieur ? Il ne fait pas très chaud...

Draco soupira fortement, mais se décala pour dégager l'entrée.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il conduisit la femme vers le salon. Même si cette dernière connaissait aussi bien la maison que lui pour y avoir vécu elle aussi, elle se comporta comme une parfaite invitée et le suivit docilement.

- Un thé ? proposa-t-il.

- Volontier, accepta-t-elle en s'assaillant. Bergamote ?

Le blond hocha avec un sourire crispé et se dirigea vers la cuisine.

- As-tu besoin d'aide? demanda-t-elle poliment.

- Non, merci Ginerva. Je ne suis peut-être plus utile à grand-chose, mais je sais encore faire du thé...

Il la vit grimacer à l'utilisation de son nom complet puis rougir à la dernière remarque.
Weasley était malgré tout une sang pur et son père travaillait au ministère, elle avait forcément du entendre parler du traitement qu'il avait subi. Peut-être le croyait-elle déjà mort, lui-même savait que sa survie n'était due qu'à beaucoup de chance...

Ayant besoin de sa complète mobilité, il posa son cahier sur le plan de travail à côté de l'évier et se lança dans la confection du breuvage.

Quand il revint dans le salon dix minutes plus tard, la rousse n'avait pas bougé d'un cil. Toujours assise à gauche du canapé, les mains posées sur les genoux et toujours un doux sourire aux lèvres.
Silencieusement, Draco déposa sur la table le contenu du plateau sur la petite table de verre : une théière, deux tasses de porcelaine et une assiette de shortbread.

Un silence pesant s'installa entre eux, interrompu seulement par les tintements des tasses que l'on repose sur leurs soucoupes à intervalles réguliers.

- Ces gâteaux sont délicieux... Murmura la rousse après de longues minutes.

- Oui. C'est Harry qui les fait. Il a vraiment un don pour la pâtisserie.

Ginny grimaça face au reproche sous-entendu. Elle n'avait jamais soutenu son ex-petit ami dans son choix de carrière, essayant même de le faire changer d'avis à plusieurs reprises...

Dix minutes s'écoulèrent de nouveau. Longues. Pesantes Inconfortables.
Alors que Draco avait l'air parfaitement serein, la jeune femme se sentait de plus en plus mal à l'aise.

- Tu comptes m'ignorer encore longtemps ? demanda-t-elle en tripotant machinalement l'ourlet de sa robe.

- Si tu souhaites une autre tasse de thé, je t'en prie, sers toi...

Elle regarda son acolyte indiquer la théière de la main avec un sourire des plus faux sur le visage.

- Comment peux-tu faire comme si de rien n'était ? soupira-t-elle. Cette tension est insupportable.

- Je suis issu de la haute aristocratie anglaise : j'excelle dans l'art d'ignorer l'éléphant qui se trouve dans la pièce...

- Et bien, c'est loin d'être mon cas!

- Ce n'est pas une surprise...

- Dis-moi Malfoy, reprit-elle en ignorant la dernière remarque, que fais-tu ici?

Elle regarda le jeune homme enlever de la poussière imaginaire sur un napperon brodé posé sur le plateau avant qu'il ne daigne lui répondre :

- Ma présence ici, ne te regarde en rien. De plus je pourrais te retourner la question.

- Moi ? Elle reprit son sourire innocent qu'elle n'avait perdu qu'un instant. Je suis là à la demande d'Harry voyons.

Il fallut toute la force de volonté et les souvenirs de son éducation pour que le blond garde un visage impassible face à la révélation surprenante.
Voulant prouver ses dires, la jeune femme sortit son smartphone de son sac griffé, chercha quelques instants avant de lire à voie haute :

- "Ginny, sache que je comprends ta réaction et que je te pardonne. J'attendrai le temps qu'il faudra pour que tu me reviennes. Tu es et resteras toujours la femme de ma vie. Avec tout mon amour. Harry."

Elle tendit l'objet à son acolyte pour qu'il puisse lire le message par lui-même.

- Loin de moi l'idée de te vexer, Ginevra, mais il t'a envoyé ce message il y a trois ans...

- Il a dit: "le temps qu'il faudra". Il m'a fallu trois ans, mais je suis revenue.

Elle le regarda avec sérieux et sans prétention, sûrs de ce qu'elle affirmait. Pas un seul instant elle n'imaginait que Harry puisse la repousser.
Seulement, elle ne s'attendait pas à se trouver face à l'ancien Serpentard, qui avait visiblement une rancune contre elle, mais différente de celle qu'il avait au collège.
Soudainement, la lumière se fit dans son esprit.

- Oh, mais attend...je crois que je comprends...

Draco haussa un sourcil, mais n'ajouta rien, se contentant de siroter son breuvage de manière sereine. Du moins en apparence...

- Tu es amoureux de lui, n'est-ce pas ?

Le blond soupira profondément, mais ne nia pas, sachant pertinemment que la manœuvre serait inutile.

- Mais si tu l'aimes... tu ne veux que son bonheur n'est-ce pas ?

- Rien de tout cela ne te regarde.

- Écoute, soupira Ginny, je sais ce que tu ressens : moi aussi je l'aime !

- C'est une bien drôle manière de prouver son amour que de s'en aller un beau matin quand son petit-ami a le plus besoin de vous...

- Je n'étais pas prête à assumer un enfant ! J'étais trop jeune ! Je ne connaissais rien aux enfants et ça me tombait dessus du jour au lendemain. Ose me dire que tu n'aurais pas fait pareil.

L'ancien aristocrate resta muet. Il ne pouvait affirmer à cent pour cent qu'il n'aurait pas paniqué avant de s'enfuir comme un lâche.
Si la rue lui avait bien appris quelque chose, c'était bien a ne pas juger, même si c'était parfois difficile.

- Mais maintenant, je le suis. Et Teddy a besoin d'une présence féminine après tout.

- Teddy va très bien, merci. De plus je ne crois pas à toutes ses fariboles de présence féminine ou masculine. Tout ce dont un enfant a besoin c'est qu'on l'aime et tu n'as pas pensé une seule fois à lui en quittant Harry. Tu n'as même pas pensé à Harry !

- Non, c'est vrai, j'ai été égoïste ! Mais je sais qu'il m'aime encore ! Il n'y a pas six mois, il me déclarait encore son amour sur ma boite vocale !

Draco était fou de rage. Comment osait-elle ? Comment, par Merlin, pouvait-elle faire preuve d'un tel aplomb ?!
Partir du jour au lendemain, sans prévenir, sans plus que quatre mots collés sur un frigo, sans même penser aux conséquences qui allaient suivre et revenir comme une fleur après plusieurs années sans nouvelles !

Ne voulant pas étaler ses états d'âme devant cette gourgandine, il se dirigea vers la salle de bain du rez-de-chaussée, sous un prétexte quelconque, pour se calmer et réfléchir loin de cet insupportable comportement.

Après vingt bonnes minutes d'aller-retour dans la pièce, il réussit enfin à calmer sa magie qui prenait un malin plaisir à crépiter autour de lui.
C'était étrange de la sentir à nouveau en lui. Il croyait l'avoir perdue depuis des années et d'un coup la revoilà sans prévenir.

"Comme cette peste de Ginerva, qui se croit tout permis !" ne put-il s'empêcher de penser en serrant les dents.

Se laissant glisser contre le mur, il s'assit enfin sur le sol froid en se passant les mains sur le visage, respirant à fond.
Bien vite, une conclusion sans appel ce fit dans son esprit embrumé de colère: il ne devait en aucun cas laisser Harry se rendre compte du retour de son ex petite-amie.

Car Draco avait beau tourner le problème dans tous les sens, tout ce qu'il voyait c'est qu'il ne ferait pas le poids face à cette fille:
Harry et elle avaient vécu des tas de choses, pendant des années, même avant de se mettre en couple. Le brun l'avait même sauvée d'un Basilic. Un Basilic !
Draco ne partageait la vie d'Harry que depuis quelques mois et avant cela ils ne ressentaient que de l'animosité l'un contre l'autre.
En retournant avec elle, le pâtissier retrouve la famille Weasley au complet à ses côtés.
En restant avec Draco, il ne gagne rien ni personne sinon la haine portée aux anciens mangemorts par la communauté sorcière.

Et surtout, argument imparable : Ginerva est une femme. Elle peut donner la vie. En retournant avec elle, Harry aura les enfants qu'il désire tant, depuis des années. Elle peut faire se réaliser ce rêve de famille nombreuse heureuse et unie.
Alors que Draco, peut importe combien il pourrait le vouloir, même en priant Merlin de toutes ses forces, son ventre restera stérile de toute vie. La génétique est ainsi faite et même la magie ne peut rien contre cela.

Le blond se remit prestement debout, respira à fond, se préparant à tout faire pour convaincre sa rivale de disparaître et ouvrit la porte.

Pour tomber sur Harry. Les yeux fermés. Embrassant à pleine bouche son ex petite-amie.

La dernière chose que Draco entendit avant de sauter par la fenêtre de la salle de bain pour s'enfuir en toutes jambes lui fit plus mal que tous les Doloris reçus pendant son adolescence :

"Ginny, tu es et resteras la femme de ma vie..."