Chapitre 10
Note de l'auteur: J'espère que vous avez tous passé un bel été! Voici le dixième chapitre de cette histoire. Bonne lecture et merci pour tous vos commentaires, qui me font chaud au coeur!
Edoras, printemps 3021, jour des épousailles de Lothiriel de Dol Amroth et d'Eomer Eadig, roi de Rohan.
Quand les premières lueurs du jour commencèrent à scintiller sur le toit de Meduseld, une grande clameur de cors monta depuis les six tourelles qui entouraient la ville. Les portes s'ouvrirent toutes grandes pour faire place au Roi, sortant à cheval en compagnie de sa garde; et derrière lui vinrent de nombreux Rohirrims en habits de fête, ainsi que le Roi du Gondor et son Intendant. A leur côté se tenaient leurs femmes. Dans les bras d'Eowyn, Elboron regardait tout de ses grands yeux étonnés.
Non loin de la cité se dressait un camp de tentes, encore grises dans la pâle lumière. Là avaient passé la nuit, selon la coutume, l'escorte de la fiancée du roi: les chevaliers du Prince, Imrahil et sa famille au grand complet, qui se tenaient debout devant les tentes pour accueillir Eomer-roi.
Quelques pas en avant, Camiel à ses côtés (qui était venue au camp avant l'aube pour venir l'aider à se préparer), Lothiriel attendait silencieusement. Elle était vêtue d'une robe blanche sertie de gemmes, présent de la reine Arwen. Ses cheveux de jais flottaient librement dans la brise matinale. Si elle éprouvait la moindre inquiétude, personne n'en sut rien en la regardant: son visage s'illuminait de plus en plus tandis qu'elle regardait approcher son futur époux.
Dans la plaine verdoyante, où le ciel d'un bleu profond semblait rejoindre la terre, ils échangèrent leurs promesses, symbolisées par des ceintures qu'ils se passèrent l'un à l'autre. La ceinture de Lothiriel était d'argent, et des saphirs y scintillaient; celle d'Eomer représentait des chevaux galopants, habilement travaillés dans un bel or bruni.
On présenta ensuite à Eomer une fine dague, avec laquelle il s'entailla légèrement la paume. Lothiriel tendit sa main sans trembler, et il fit de même avec elle, puis referma ses doigts sur les siens.
« Ne sois plus une étrangère, mais qu'à présent le sang de la Marche coule dans tes veines », dit-il en rohir.
Quand il se pencha avec respect pour baiser la paume de Lothiriel, une immense clameur s'éleva d'un coup, faisant broncher les chevaux. Elle ne cessa pas tandis qu'Eomer et Lothiriel, montés ensemble sur Piedardent, rejoignaient Meduseld sur la route à présent jonchée de fleurs.
Une fois dans la Grande Salle, dont les portes restèrent ouvertes pour que la foule restée dehors à cause de l'affluence pût voir, Eomer mena Lothiriel devant un petit trône installé à côté du sien. Aragorn s'avança, suivi d'Eofor, qui portait une cassette de bronze.
«- Il est d'usage au Rohan que les couronnes du couple royal se transmettent à chaque génération, dit Eomer en se tournant vers Lothiriel. Cependant, de nombreuses voix se sont élevées dans le peuple: humbles ou nobles, elles proposaient la même chose.
-Daignez donc recevoir, noble dame, dit Eofor, le fruit de l'art de nos meilleurs artisans, en hommage à votre beau nom et à l'affection que vous portez envers le peuple qui vous accueille aujourd'hui avec joie et amour. »
Il ouvrit la cassette, et Aragorn en sortit une couronne d'or pur, sans joyau, qui étincela quand il l'éleva pour l'exposer aux regards de tous. Lothiriel sentit les larmes lui monter aux yeux: la couronne était un entrelac de fines tiges au bout desquelles s'épanouissaient des fleurs délicates.
Aragorn posa la couronne sur la tête de Lothiriel, l'instituant reine du Rohan; puis elle se tint devant le peuple et prêta serment, jurant de mépriser la jouissance du pouvoir pour se mettre au service de ceux sur lesquels elle règnerait. Sa voix tremblait un peu, mais tous pouvaient voir la joie rayonner sur son visage.
Quand elle cessa de parler, les Rohirrims éclatèrent en chants; chacun d'eux vint s'incliner en famille devant sa souveraine, apportant d'humbles et touchants cadeaux: une peau d'agneau très blanche, une brassée de fleurs, un pot de miel blond… Leur joie augmenta encore quand elle les remercia en rohir.
« Soyez bénie, mon amie, murmura-t-elle à l'oreille de Camiel quand celle-ci vint à son tour s'incliner -avant d'oublier tout protocole et de l'étreindre avec affection. Grâce à vous, me voilà capable de parler à mon peuple dans sa propre langue! »
La vieille femme se releva, le visage empli d'émotion.
« C'est un honneur pour moi de vous connaître et de pouvoir vous servir, dit-elle d'une voix tremblante. J'ai longuement réfléchi au présent que je vous offrirai aujourd'hui, car aucun ne me semblait digne de vous. Je me suis alors souvenue du don qui est le mien: la chose la plus précieuse à mes yeux, dont je souhaiterais vous gratifier encore et encore, même quand je festoierai avec mes aïeux. »
Elles pencha vers le sac qu'elle avait apporté et Lothiriel remarqua brusquement qu'elle n'avait plus ses longues tresses de neige. Avec un sourire de fierté et de joie mêlées, Camiel lui tendit une longue écharpe d'un blanc pur, où des motifs étaient brodés ton sur ton.
« L'étoffe tissée avec la crinière des juments mearas est réservée à la famille royale, dit-elle. J'y ai ajouté un peu de moi, pour qu'une bénédiction repose sur nos souverains: beauté et fécondité pour vous, honneur et gloire à celui que vous aimez! »
Ceux qui l'entendirent reprirent ces mots, et la Salle fut emplie de clameurs. Prise par l'émotion, Lothiriel ne sut quoi répondre; mais Eomer répondit à sa place quelque chose qu'elle ne comprit pas dans le brouhaha. Il se pencha ensuite vers elle en souriant:
« Venez, bien-aimée! C'est l'heure de ferdah, la première danse. »
Lothiriel prit sa main offerte; ce contact ferme et doux la rassura, et elle sourit à son tour.
Ils s'avancèrent au milieu de la Grande Salle, et tous s'écartèrent pour leur faire place. Une viole commença à jouer, rejoint bientôt par une flûte au chant léger.
Lothiriel s'était longuement entraînée avec Erchirion, qui faisait à peu près la même taille qu'Eomer, tandis que Camiel leur enseignait les pas; mais quand elle sentit tous les regards posés sur elle, elle eut peur. Elle sentit sa main trembler dans celle d'Eomer, qui la serra un peu plus dans la sienne. Levant les yeux, elle vit que son époux n'était guère plus assuré qu'elle; mais ils étaient ensemble, ce qui leur permettait d'oser beaucoup plus qu'en étant chacun de son côté. Dès les premiers pas, ils leur sembla que le monde disparaissait dans un étrange brouillard. Il ne restait plus qu'eux seuls, ainsi que la musique qui les guidait. La danse devint l'expression de la joie et de l'amour qui les habitaient.
Quand finalement la musique s'acheva, ils regardèrent autour d'eux, et réalisèrent que leur bonheur n'était pas resté en eux: il semblait à présent se répandre tout autour, pour toucher ceux qui les entouraient. Et cela leur sembla la plus belle des choses.
Le festin qui suivit se déroula dans l'allégresse. Au coucher du soleil, le couple royal prit congé sans crier gare, selon la coutume; mais les chants et les danses se poursuivirent jusque tard dans la nuit, tant il était heureux de célébrer la fin des temps de peine.
