Chapitre 10.1 : Pinkie Pie (ligne du temps A)
Quand je me suis réveillée, il faisait nuit. L'horloge indiquait quatre heures cinquante-sept. J'ai refermé les yeux afin de retrouver les morceaux de mon rêve mais cela n'a seulement contribué à le mélanger encore plus. Je me suis rappelée que je n'étais plus chez moi mais à l'hôtel. C'est la réalité qui s'est rassemblée : Dash, l'avion, l'hôtel.
Il faisait chaud, je m'étais enroulée dans les draps durant mon sommeil. Lorsque j'ai ouvert la fenêtre, un vent nocturne est venu me caresser le visage, s'infiltrant dans l'air chaud de la chambre. Un souffle doux et gracieux qui me rappela les caresses des mains expertes de Dash. Ces mains qui commençaient toujours leur voyage sur mon ventre pour remonter dans la courbe lourde de mes seins où elles s'attardaient le temps d'une pression langoureuse. Ces mains qui se séparaient, l'une allant se perdre dans mes cheveux, l'autre… Ces mains qui ne s'arrêtaient que lorsque…
Je ne suis pas sortie de ma chambre pendant plusieurs jours. Pas trop, juste assez pour perdre le compte. L'hôtel m'apportait mes repas. C'était le seul rythme qui me restait : des repas. Des assiettes qui se suivaient, s'entassaient puis disparaissaient. Un jour, c'est l'odeur de Dash qui disparu avec les assiettes. La chambre m'était devenue étrangère. Et ainsi disparurent, un à un, les souvenirs de Dash, avec les assiettes.
Un jour, on vint toquer à la porte. Comme tous les jours, à la même heure. Je ne répondais pas, je laissais la personne s'en aller. Cette fois-ci, elle glissa un mot sous la porte. Je la posai avec les autres enveloppes au sceau de l'hôtel, sur le bureau.
Les jours ont passés, puis ce fut les semaines, puis les mois. Dash était partie et son souvenir s'effaçait doucement. Moi, je suis restée dans ce pays, loin de Dash. Loin de cette vie. Loin de ma vie. De mon ancienne vie. Je vivais toujours à l'hôtel. Je ne sus jamais pourquoi mais personne ne semblait me remarquer, je me baladais la nuit dans les couloirs silencieux sans rencontrer âme qui vive. La journée, je dormais ou je restais allongée dans mon lit à attendre que le soleil se couche. La saison touristique se terminait et les chambres se vidaient peu à peu de leurs occupants. J'allais voir régulièrement Octavia dans son bar. On parlait beaucoup, souvent jusqu'à l'aube. Une nuit, elle me dit quelque chose de différent :
- Tu devrais t'en aller de cet hôtel. Il n'est pas sain pour toi. Tu dois vivre ta vie et ne pas rester coincée dans le passé.
Je lui ai répondue que je m'en fichais, que ce n'était pas ces affaires et je suis partie. Je ne suis pas revenue pendant plusieurs nuits. Mais la couleur translucide, faussement blanche de ces escapades vint rapidement à me manquer et je me décidai à pardonner ses conseils paternalistes. Cependant. Lorsque j'arrivai, le bar était fermé et vide. Le lendemain aussi, ainsi que le jour d'après. Et le suivant. Ce fut ainsi pendant plusieurs semaines. Je m'inquiétai d'Octavia auprès de la direction de l'hôtel. On me répondit qu'il n'y avait jamais eu de serveuse de ce nom et que le bar fermait à une heure du matin. On rajouta que mes paiements étaient en retards et que si je voulais rester, il fallait que je paie.
Le soir même, je sentis comme un nouvel abandon dans mon corps, la même sensation que celle laissée par Dash. J'y étais habituée ainsi la tristesse fit long feu. Le lendemain, je m'acquittai enfin de mes dettes et sorti de l'hôtel pour la première fois depuis trop longtemps.
Il ne me fallut pas plus d'une journée pour trouver un appartement valable. Mes affaires se résumant à une valise, j'emménageai le lendemain.
Chapitre 10.2 : Pinkie Pie (ligne du temps A)
Trouver un appartement ne suffisait pas à créer une nouvelle vie. Il me fallait une nouvelle occupation. Danseuse ne me convenait plus : chaque matin je regardais mes tatouages avec plus d'indifférence. Les boîtes de nuit me rappelaient le souvenir, encore douloureux, de la relation avortée avec Rainbow Dash.
Perdue dans mes pensées durant mes longues journées de paresse, je me rappelai les discussions avec Octavia, comme on regarde de vielles photos lorsqu'on veut se replonger dans une époque révolue.
Qui était-elle ? Cette question, je ne m'en suis rendue compte que par la suite, des années plus tard, me fit oublier Rainbow Dash, ce qui me permit de me concentrer sur ma nouvelle vie. Elle commençait bien tristement : mes joues, à l'époque si roses, avaient perdues de leur couleur vivifiante pour une pâleur candide et quasi fantomatique. L'esprit de Pinkie Pie, reine de la fête, s'était mué en flegme molle et désespérée. Mes cheveux, eux-même, s'étaient effondrés sous le poids de ma déprime pour couler sur mes épaules, comme trempés par une éternelle pluie.
Un jour, alors que je buvais un café à la terrasse d'un café du centre-ville, un groupe de trois filles s'assit à côté de moi. Elles ne devaient pas dépasser la vingtaine et riaient sans arrêt en se racontant des histoires dont je ne discernais que des bribes. Les éclats de leur voix vinrent remuer en moi une peine nostalgique : celle des plus belles années de ma vie, celle de mes années à l'Université. Cette époque qui me sembla soudainement si lointaine et dont la protagoniste semblait si étrangère.
Le lendemain matin, je m'inscrivais à l'Université, en polytechnique. Rainbow Dash avait disparu de mes pensées et j'entamai ma nouvelle vie.
