Bonjour à tous,

la suite du rendez-vous...

Et un petit flashback en extra scene.

Bonne lecture.


Le chat qui dort

Shinjuku

Kise regarde avec curiosité le restaurant choisi par Kuroko comme s'il pouvait déceler des fragments cachés de la personnalité du joueur fantôme dans le choix de ce lieu voire dans les méandres du menu ou du choix de la décoration.

Un endroit simple et accueillant, chaleureux où le patron les accueille avec un sourire sincère.

- Kuroko kun, bonsoir. Votre table est prête.

Kise est réellement surpris de voir cet homme prêter une telle attention à Kuroko. Les personnes capables de remarquer ainsi Kuroko sont rares. Ils les installent à une table un peu à l'écart et Kise demande :

- Tu as l'air de bien connaître les lieux Kurokocchi.

- Pas vraiment, dit-il. Mais la seule fois où je suis venu, j'avoue que je me suis fait remarquer.

- Tu t'es fait remarquer ? Alors là, dire que je suis curieux est bien en-dessous de la réalité ! s'exclame Kise avec un regard flamboyant qui ne laisse aucune échappatoire à Kuroko.

Il allait devoir tout raconter.

- Avec l'équipe, nous avons fêté notre victoire de la Winter Cup ici même et j'ai pas pu m'empêcher de sourire comme un idiot toute la soirée.

Kise se mord les lèvres une seconde. Il l'avait amené à l'endroit où il avait fêté sa victoire avec Serin, son équipe. Il est heureux de la victoire de Kuroko, de Seirin. Mais quelque part dans les tréfonds noirs de son cœur, il se sent assez mal à l'aise de voir cette petite part sombre de son être tressauter.

- Ce soir-là, j'avais reçu des tas de messages de félicitations, même de la part de Midorima kun et de Murakasibara kun. Mais quand j'ai reçu le tien, dit-il, j'en ai pleuré de bonheur devant mon milkshake à la vanille.

Kise retrouve immédiatement son sourire. Quelque part, c'est sa façon de lui montrer qu'il avait aussi été présent lors de cette soirée, qu'il avait déjà eu une place spéciale dans sa vie depuis quelque temps.

- J'étais tellement embarrassé de réagir comme ça que j'ai dit à tous que j'avais jamais mangé un milkshake aussi bon. Et non seulement tout le monde m'a cru mais le cuisinier est sorti des cuisines pour me dire qu'il aurait toujours un milkshake pour moi.

- Tu as choisi ce restaurant pour me raconter cette histoire ?

Kuroko se met à rougir un peu gêné mais il ne détourne pas le regard.

- Oui. Je voulais te montrer que depuis longtemps, tu as eu une place à part dans ma vie. Et que je n'ai pas été très honnête envers moi-même. J'aurai dû m'en rendre compte plus tôt. Quand j'ai compris que j'étais une sorte d'enjeu dans ta compétition avec Aomine, je t'ai vraiment haït pace que tu étais mon rival. Même si j'étais le seul à le savoir. Le jour où je me suis levé au milieu de la foule alors que tu étais à terre face à Haïzaki. J'aurai fait ça pour personne d'autre que toi.

Kuroko a du mal à ne pas détourner les yeux devant les yeux d'or qui s'embrasent un peu plus à chacun de ses mots.

- Et je crois qu'à ce moment où j'ai lu ton message, j'ai enfin ouvert les yeux.

Kise prend la main droite de Kuroko dans la sienne et se penche pour prendre possession de ses lèvres lorsque le serveur arrive avec les menus.

Mauvais timing, pense Kise en dévisageant le serveur d'un regard déstabilisant alors qu'il prend les menus. Grâce aux conseils de Kuroko, ils choisissent rapidement des plats simples et bons servis avec diligence par le cuisinier en personne qui voulait voir en personne celui qui avait pleurer de joie devant un de ses desserts.

Kise s'amuse à en rajouter une couche en observant avec un sourire éclatant la gêne de Kuroko en disant qu'il avait hâte de goûter ce plat si révélateur.

- Kise kun ! proteste Kuroko.

- Oh, je peux bien me moquer un peu parce que je t'ai tellement attendu.

Kuroko s'empourpre un peu plus :

- Et comment je pouvais deviner que quelqu'un comme toi pouvait s'intéresser à quelqu'un comme moi.

Kise lève les yeux au ciel en ironisant :

- De la part de quelqu'un qui m'invite sur ses gages de modèle, de la part du célèbre joueur de l'ombre qui a mené une équipe inconnue à gagner la Winter Cup après avoir vaincu mon équipe et Rakuzan, de la part de quelqu'un qui…

Kise kun, l'arrête Kuroko encore plus rouge qui baisse les yeux.

Kise effleure sa joue de sa main gauche et le force à le regarder droit dans les yeux.

- Sérieusement, dit Kise, même quand je ne le savais pas encore moi-même, c'était tellement évident que je m'intéressais à toi. Et je n'étais pas le seul.

- Je sais, Momoi n'était pas des plus discrètes, dit-il d'une voix pleine de regret.

- Oh, je ne parle pas de Momoi, dit Kise.

Et encore une fois, Kise est surpris de voir que Kuroko n'a absolument aucune idée de la personne qui aurait bien pu s'intéresser à lui.

- Tu te moques de moi ? s'exclame Kuroko.

- J'aimerai bien, répond-il. Toi qui as développé tes dons d'observation au point de pouvoir prédire mes mouvements sur le terrain, tu ne vois vraiment pas de qui je parle?

Kise peut presque voir Kuroko passer en revue dans son esprit toutes les possibilités sans arriver à quoi que ce soit de concluant.

- Ca ne pouvait pas être une fille, à part Momoi, dit-il, car toutes les filles n'avaient d'yeux que pour toi à Teiko.

Pas toutes les filles, mes fans, dit-il. Et crois-moi des filles qui ne te voient que pour ton physique, ce ne sont pas des filles que t'as envie de croiser trop souvent.

- Ce serait une fille qui n'est pas une de tes fans ? Et qui m'avait remarqué ? Vraiment ?

- Je n'ai pas dit que c'était une fille.

- Un garçon ?

- Peut-être bien, dit Kise amusé.

- Ca ne peut être que quelqu'un de l'équipe parce qu'à part vous, personne ne m'avait jamais vraiment remarqué.

- Voilà qui réduit singulièrement le champ des possibilités, ironise Kise.

Voir Kuroko réellement réfléchir lui donne envie de rire. Comment pouvait-il être aussi aveugle ! Tout à ses déductions, le portable de Kuroko se met à vibrer mais il l'ignore en l'éteignant.

Un geste anodin mais qui touche Kise.

Kuroko n'avait pas tant de contacts dans son téléphone et toutes les personnes qui avaient son numéro sont des gens importants pour lui. Ce moment est leur moment.

- Je doute que Murasakibara ne m'ait jamais vu autrement que comme un enfant…

- Pour être honnête, dit Kise, de son point de vue, on doit tous lui apparaître comme des enfants. Mais j'ai vu une fois quelqu'un questionner ta place dans l'équipe principale en face de lui. Il ne m'a pas laissé le temps de réagir et crois-moi, plus personne n'a jamais osé parler sur toi devant lui après.

- Un seul regard de Murasakibara peut intimider n'importe qui, dit Kuroko.

- Oh, il ne s'est pas contenté d'un regard, dit sombrement Kise.

Kise aime voir la surprise dans les yeux du Kuroko. A vrai dire, depuis le début de leur rendez-vous, Kuroko avait montré plus d'émotions que pendant toutes ses années où ils avaient été équipiers.

Et il adore voir le visage d'ordinaire si impassible de Kuroko s'animer avec autant d'intensité. Il se sent prêt à tout faire pour voir toutes les émotions s'exprimer au fond de ses grands yeux bleus, étirer ses lèvres dans un sourire ou simplement le faire hausser les sourcils dans l'étonnement qu'il éprouve à ce moment même.

Il a vraiment hâte de se délecter de tout ce qu'il pourrait exprimer le jour où il ne se contenterait pas de dormir lors de la prochaine nuit qu'ils passeraient ensemble, pense-t-il en dévorant Kuroko des yeux.

- Midorima ne m'a jamais vraiment apprécié, continue Kuroko.

- C'est pas complètement vrai, dit Kise. Tu sais qu'il a assisté à tous tes matchs depuis que tu es à Seirin.

- Tous ?

- Même notre premier match à Kaijo.

La surprise encore et Kise est littéralement envoûté par cette lueur qui brille au fond de ces grands yeux clairs.

- Et regarde le tandem qu'il forme avec Takao. Il a reproduit ce que tu formais avec Aomine à Teiko, ils sont devenus l'ombre et la lumière de Shutoku. Il a aussi réappris comme moi à faire partie d'une équipe.

Kise n'est pas dupe. Kuroko a éliminé les évidences. Maintenant, il lui restait Aomine et Akashi.

- Aomine était mon meilleur ami, continue Kuroko.

- Oh, il me l'a bien fait comprendre, dit Kise, plus d'une fois. Il était particulièrement protecteur envers toi.

- Peut-être, dit Kuroko. Mais s'il y a une chose dont je suis sûr c'est qu'il aime les filles.

Kise rigole une seconde :

- Et pourtant, tu l'as déjà vu avec une fille ? Crois-moi, j'ai essayé plus d'une fois de lui présenter des filles qui correspondent à «ses critères »…

Kuroko s'empourpre un peu lorsque Kise lui montre clairement d'un geste qu'il les avait choisies avant tout pour leur tour de poitrine.

- Des filles jolies, pas bêtes et suffisamment intéressées par lui pour prétendre aimer le basket.

Kise n'ose pas ajouter qu'il avait essayé de détourner l'attention d'Aomine de Kuroko en lui mettant une fille entre les pattes.

- Et pourtant, aucune n'a trouvé grâce à ses yeux.

- Parce qu'à l'époque, pour lui comme pour moi, la seule chose qui comptait c'était le basket, dit Kuroko.

- Pour toi, je veux bien le croire, dit Kise. Pour lui, je serai moins catégorique. Je pense que tu as raison, il aime les filles. Mais vu la façon dont il te gardait jalousement de toute attention, il a dû quand même se poser quelques questions te concernant.

-Ce qui nous laisse…

- Je crois que tu viens enfin de comprendre.

- Akashi kun !?

A ce moment, le défilé des émotions sur le visage de Kuroko justifie à lui seul leur rendez-vous, pense Kise.

Tout y passe, du plus profond étonnement au déni, en passant par un court instant où il sent autant incrédule que flatté jusqu'à une soudaine et dévastatrice épiphanie.

- Oh mon Dieu !

- Tu comprends maintenant pourquoi j'aurai préféré avoir tort, dit-il. Il a beau être redevenu celui qu'il était, il n'en reste pas moins intimidant. Et s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est qu'il a encore des sentiments pour toi. Et qu'après tout ce que tu as fait pour lui pour qu'il redevienne celui qu'il était, celui qui t'as permis de développer ton basket, celui qui a repérer ton talent le premier, il est en droit de se poser des questions.

Kuroko baisse les yeux, choqué par cette révélation.

- Est-ce que tout le monde le savait sauf moi ?

- Non, je ne crois pas, dit Kise. Akashi a toujours été quelqu'un de discret. Je pense que seul Midorimacchi aurait pu le savoir, après tout c'est lui qui passait le plus de temps avec lui. Mais il avait même pas vu que Momoi te courait après, alors je ne parierai pas trop sur l'étendue de ses dons d'observation. Moi, je l'ai su assez vite quand il m'a fait clairement comprendre que tu appartenais au club de Teiko et que le club de Teiko, c'était lui. Et c'est là que j'ai compris que même si Akashi avait changé, ses deux facettes étaient toutes les deux attirées par le joueur de l'ombre.

Et l'un voulait l'aimer et le respecter tandis que l'autre voulait le posséder, pense Kise.

Deux sentiments qu'il comprend mieux qu'il l'aurait cru, puisqu'il ne cessait d'alterner entre ces deux extrêmes avec Kuroko.

L'arrivée du cuisinier qui leur présente avec émotion deux milkshakes à la vanille avec un grand sourire fier dissipe bien vite leurs sombres réminiscences.

Kise doit bien admettre que ce milkshake est de loin le meilleur qu'il n'ait jamais mangé. Et le sourire confondant de Kuroko rendrait n'importe quel cuisinier heureux. Il avait presque envie de se mettre à la cuisine tout d'un coup si cela lui permettait un jour d'obtenir une telle reconnaissance de sa part.

Décidément, Kuroko est vraiment capable de lui faire faire les choses les plus curieuses.

Mais ce milkshake annonce aussi la fin du repas et Kise n'a pas envie de voir cette soirée se terminer. Et il avait quelque chose à lui demander.

- Kurokocchi, un de mes amis abandonne son travail de mannequin pour monter son salon de massage à Shibuya. Je lui ai promis de l'aider en montant un petit coup de pub. C'est un des rares amis que je me suis fait dans ce milieu et j'ai vraiment envie d'être là pour lui. Il a organisé une petite rencontre avec des journalistes pour montrer que j'allais être un de ses clients réguliers. Tout est mis en scène, bien sûr, son salon n'ouvrira que lundi. J'aimerai vraiment que tu m'y accompagnes demain après-midi.

- Que je t'accompagne ? Alors qu'il y aura des journalistes ? répond Kuroko visiblement mal à l'aise.

- Oh, ils ne s'intéresseront qu'à moi, ne t'inquiète pas. Comme je te l'ai dit tout est déjà convenu d'avance. Mais Motoki m'a promis que je pourrais venir dans son salon n'importe quand si je lui donnais ce petit coup de main. Je suis sûr qu'il pourra étendre l'invitation pour toi. Et crois-moi, il a un don.

Kise lui offre son sourire le plus irrésistible et sait que Kuroko ne résistera pas longtemps à son invitation. Il attendrait le bon moment pour lui demander de porter le jean et le t-shirt de sa dernière séance photo, pense-t-il avec un grand sourire.

A la sortie du restaurant, Kuroko regarde enfin son portable qu'il avait plongé au fond de son sac et se met à rougir comme un idiot.

Kise ne s'embarrasse pas de scrupules, quiconque capable de provoquer une telle réaction chez son Kuroko n'est pas à prendre à la légère et lit le message.

Kuroko,

Demain on fait une petite soirée chez moi pour la deuxième partie de la finale de la NBA. J'ai invité les membres de l'équipe, Aomine et y aura aussi mon frère et son pote, le géant de Yosen qui sont sur Tokyo pour quelques jours.

Promis, j'interdis à la coach d'approcher à moins de dix mètres de la cuisine !

Ramène ta blonde :-p

Kagami


Extra scene

Teiko

3 ans plus tôt

Akashi regarde Kuroko avec fierté. Depuis le premier jour, il a dépassé toutes ses attentes. Il lui avait vaguement donné une direction pour utiliser ses talents si particuliers et il avait réussi à développer un style de basket unique et digne des meilleurs.

Et là encore, il n'avait pas failli alors qu'il regarde ses mains rougies et tremblantes et le ballon à terre.

Cette nouvelle passe qu'il lui dévoile est impressionnante et lui faudrait du temps pour apprendre à la réceptionner.

Kuroko inquiet court vers lui, prenant ses mains dans les siennes :

- Oh je suis désolé Akashi kun !

Pas moi, pense Akashi en rougissant un peu alors que Kuroko manipule avec précaution ses paumes.

- Il faut passer à l'infirmerie ! Je suis tellement désolé !

- Ce n'est pas ta faute Tetsuya. Je me suis laissé surprendre.

Qui aurait cru qu'une personne aussi frêle que Tetsuya puisse envoyer une balle avec une telle force ? Depuis combien de temps s'entraînait-il seul pour montrer une telle maîtrise de cette nouvelle technique ?

- C'est assez superficiel, cela passera vite, ajoute-t-il pour rassurer son passeur.

Il lui retourne un sourire timide qui lui coupe le souffle.

- Pour me faire pardonner, dit Kuroko, je te paye une glace après l'entraînement ! Mais il faut d'abord s'occuper de tes mains.

Il se sent tellement coupable qu'il l'entraîne à l'infirmerie, l'assoit avec autorité sur une chaise, sort des bandages et du désinfectant et s'accroupit devant lui en prenant ses mains. Akashi est trop perdu dans l'attention que lui procure Kuroko pour protester et il se laisse faire avec un petit sourire.

Les mains de Kuroko ne sont pas douces. Les entraînements avaient rendu ses doigts rugueux et donné une force peu commune dans les mains et les bras. Mais il met toute son attention à placer les bandages sur ses paumes et Akashi tente une approche :

- Je peux te poser une question personnelle Tetsuya?

Tetsuya

Un prénom qu'il adore tant prononcer qu'il n'hésite pas à trouver la moindre occasion pour pouvoir le faire. Et il aime être le seul à pouvoir l'appeler ainsi sans que cela ne choque personne.

- Bien sûr dit-il sans lever les yeux.

Encore une fois, la confiance aveugle que Kuroko lui témoigne l'étonne. Et le pousse à poursuivre…

- Qu'est-ce que tu penses de Momoi san?

Les mains de Kuroko s'arrêtent brusquement et il relève la tête gêné :

- Je sais bien qu'elle tente par tous les moyens d'attirer mon attention, mais…

- Mais ? insiste Akashi tentant vainement de cacher la curiosité dévorante.

- Elle n'est pas mon type, dit-ilen se mordant les lèvres.

Les yeux d'Akashi s'agrandissent. Il a tout à fait compris le message et les possibilités commencent à le rendre euphorique mais il joue le jeu.

- Et c'est quoi ton type ?

Kuroko réfléchit une seconde :

- Quelqu'un un peu comme moi, dit-il en rougissant. Et toi Akashi kun ?

Surpris par la question, Akashi prend une longue respiration pour calmer les battements erratiques de son cœur.

- Quelqu'un de passionné, prêt à tout donné pour accomplir son but, attentif aux autres et à leurs besoins, doué dans ce qu'il fait sans être arrogant. Quelqu'un que je pourrais respecter autant que je l'aime.

Kuroko esquisse un sourire et Akashi sent son cœur se serrer. Il avait été un peu trop direct dans sa description.

- Je m'y attendais un peu venant de ta part, dit-il…

Akashi pâlit un peu plus, son cœur prêt à exploser dans sa poitrine alors que Kuroko relève la tête vers lui.

- Tu places la barre vraiment haut, s'amuse-t-il sans pour autant se départir de son attitude impassible.

Kuroko se relève, vérifie ses bandages d'un geste assuré et l'invite à le suivre. Il lui devait une glace…

Akashi est encore trop choqué pour dire quoi que ce soit.

Mon Dieu, il est amoureux d'un idiot.