Il sonna à l'appartement 8, tentant de contrôler à nouveau sa nervosité. Une voix juvénile sortit de l'intercom. Il demeura une brève seconde perplexe puis il devina : c'était le petit frère de Léo.

-Hummm. Mikey, c'est ça? Je suis le garçon qui est venu hier et…

Le buzz l'avertit que le gamin avait déverrouillé la porte. Il monta rapidement les escaliers, souhaitant presque que le grand frère de Mikey n'y était pas. Ainsi, il aurait le mérite d'être venu, sans en subir les conséquences.

Le visage blême mais souriant du petit bonhomme l'accueillit.

-Léo est sous la douche. Il vient de terminer son heure de kata.

Afin de court-circuiter son cerveau avant qu'il se représente Léo sous la douche, il questionna Mikey sur ce qu'était un « kata ».

Sautillant, le petit se lança dans une explication décousue mais enthousiaste. Alors qu'il l'écoutait avec bienveillance, il avisa deux épées sur le canapé.

-Ce sont les katanas de Léo. Ils étaient à son père.

-Oh. Vous n'avez pas le même père?

-Non. Notre mère s'est remarié. A un Britannique. Il est mort quand j'avais deux ans. Il était malade lui aussi. Ma mère était très belle. Elle ressemblait beaucoup à Léo, mais en blonde. Léo a les cheveux de son père.

Le gamin lui montra quelques photos dans des cadres dans le salon.

-Tu vois? Ça c'est le père de Léo avec le père de Donny. Ils étaient de grands amis. Des frères. Et ça, c'est Léo et Donny. Leo avait huit ou neuf, là-dessus. Je ne vivais pas avec lui. J'étais en Angleterre, bébé.

Raphael reconnut sans peine le visage aux trais délicats et aux yeux clairs. Son expression était sérieuse pour refléter celle de son « cousin » asiatique à lunettes qui le dépassait déjà d'une bonne tête.

-Raphael?

Il se retourna vivement et rougis. Léo n'avait qu'une serviette nouée autour des reins, ses cheveux noirs dégoulinants d'eau. Ce n'était pas une mise en scène, Léo avait l'air sincèrement étonné.

-Salut, euh, puisque tu m'as offert de passer plus tôt…cela m'arrangeait car, j'ai des trucs à faire ce soir. Je vais au cinéma avec Lisa à 20h.

Léo sembla peser ses paroles quelques instants, puis il fit son sourire narquois.

-Je vois.

Il aurait voulu lui cracher à la figure « Non, tu ne vois rien, sale con, car y a rien à voir », mais il la boucla en considération du petit frère de Léo qui lui souriait.

-Est-ce qu'on va écouter un film? Ou jouer à un jeu?

-Non, Trésor, pas maintenant. Raphael et moi avons un travail à faire. Peut-être lorsque nous aurons terminé, s'il est encore tôt, et qu'il sera rentré chez lui.

Mikey geignit que les jeux étaient plus amusants à trois.

-Bah, on n'a sûrement le temps de jouer une petite partie de cartes, je ne suis pas si pressé.

Raphael regretta un bref instant son offre. Être à proximité de Léo était un martyr. Celui-ci venait justement d'enfiler rapidement des pantalons de sport et un T-shirt blanc qui collait à sa peau encore humide. Inconsciemment, il nota l'absence de ceinture, alors que Mikey courait en poussant des cris de joie, le plus que sa faiblesse lui permettait.

-J'allais préparer le repas. J'espère que tu aimes le macaroni au fromage congelé?

Sardoniquement, Léo sortit ledit plat du congélateur. Raphael fit une moue choquée. Il n'était pas un grand cuisiner mais il n'avait jamais mangé quelque chose qui n'était pas fraichement préparé. Sa mère faisait ses propres pâtes alimentaires, putain! et depuis sa mort, sans pousser à tenter de recrée les cannolis maternels ou son Tiramisu, il se débrouillait lui-même, son père étant souvent absent. Les mets déjà préparés était le Diable, point.

-Tu manges de cette merde et pire encore tu en donnes à ton petit frère? Ce n'est pas ainsi qu'il pourra reprendre des forces!

Leo rougit :

-Je ne sais pas cuisiner.

-Pousse-toi delà, il doit bien y avoir quelque chose d'autre.

Sans gêne, Raph ouvrit le frigo et les placards et en fit un bref inventaire.

-Bon, pas de quoi banqueter, mais je peux faire une omelette western. Tu as des œufs, du lait, des poivrons, des tomates, des oignons, du jambon et du fromage. Tu vois, avec ta sauce ranch, je vais étendre l'omelette dans ces tortillas. Elles expirent demain, autant les utiliser. Ça sera mieux pour moi et gamin. Toi, rien à foutre si tu veux manger ta merde orange radioactive.

Léo tenta un sourire narquois, mais, Raph vit à la façon dont les yeux bleus brillaient qu'il était touché. Il sentit des papillons dans son ventre et pencha sa tête pour que ses cheveux couvrent ses joues rougissantes.

Il fit donc le repas sous l'œil amusé de Léo qui jouait à l'ilot de la cuisine avec Mikey.

-Et voilà, dit-il en tendant à chacun une assiette. Avec un restant de laitue romaine qu'il avait arrosé d'un mélange d'épices, d'huile et de vinaigre balsamique et auquel il avait ajouté la tomate restante, il avait même créé une salade en accompagnement. Dans le frigo, il avait trouvé des Sapporo. Il s'en ouvrit une et en offrit une seconde à Léo.

Les yeux de Léo s'ouvrirent, vraiment surpris :

-Tu as vraiment fait quelque chose qui a l'air aussi délicieux en si peu de temps et avec les aliments que nous possédions déjà?

Jamais compliment ne lui avait fait si chaud au cœur. Ils mangèrent de bon cœur.

-Tu veux venir vivre avec nous? Léo est un horrible cuisinier!

Leo, faussement courroucé, protesta qu'il se débrouillait et que Mikey était un ingrat. Raph, ému, regarda le spectacle de tendresse fraternelle. Il regrettait de ne jamais avoir eu de petit frère. S'il avait quelqu'un à prendre soin et à protéger, sa vie aurait plus de sens. Peut-être aurait-il faire un meilleur père qu'il l'avait cru?

-Tu as raison, Léo. Tu es le meilleur des grands frères. J'espère que, quand je serai mort, tu trouveras quelqu'un qui te mérite et que tu seras enfin heureux.

Raphael s'étouffa avec sa gorgée de bière, alors que Léo blêmit au point d'en être presque translucide.

Le petit semblait inconscient de ses paroles et réclama un dessert. Raph se leva pour préparer un bol de crème glacé à Mikey qui l'accepta de grand cœur, sans paraitre remarquer son grand frère au bord de se trouver mal.

-Excusez-moi…j'ai quelque chose à aller chercher dans ma chambre.

Raph hocha la tête et prit une seconde bière. Il devinait que Léo allait tremper plutôt son oreiller de larmes, mais qu'il était trop fier pour l'admettre.

Quand le bel adolescent fut hors de vue, Raphael questionna doucement le blondinet.

-Pourquoi as-tu chagriné Léo en parlant de mort?

-J'ai entendu cousin Donny dire à Léo qu'il devait se préparer à me perdre. Léo a dit que, si ce malheur arrivait, il n'aimerait plus jamais personne car tout ceux qu'il aimait, mourraient. Moi, je ne veux pas que Léo soit malheureux après. Je veux qu'il aime, qu'il vive le grand amour que je ne vivrais jamais, qu'il ait un garçon qui porte mon nom. Je veux qu'il comprenne qu'il a ma permission de vivre et de rire après ma mort. Léo a déjà perdu trop de ses copines à cause de moi.

Raphael, bouleversé, était sur le point de prétendre une envie pressante pour aller lui aussi cacher des larmes, mais la dernière phrase suscita sa curiosité.

-Vraiment? Pourquoi? Il a eu beaucoup de petites amies?

-Je ne les aies pas toutes vues. Mais elles n'aimaient pas que Léo refuse de sortir aussi souvent. Quand notre mère était absente, Léo ne voulait pas me laisser seul. Et lorsque j'étais là, elles trouvaient qu'il m'accordait trop d'attention. Puis, je fais parfois des cauchemars et je me réveille la nuit. Sans compter que, plusieurs fois par nuit Léo se lève pour vérifier si je respire encore. Cela empêchait ses copines de dormir. C'est pour cela que j'ai dit à cousin Donny de ne pas perdre son argent pour mes pilules. Je suis fatigué d'être un fardeau.

-Arrête tes conneries. Tu n'es pas un fardeau pour Léo.

Raph ne savait que dire de plus. La vie, la mort, l'amour. Soudain ces concepts prenaient une dimension différente. La discussion était d'un niveau beaucoup plus sérieux que ce qu'il n'avait jamais entendu de sa vie. Même quand son père lui avait tendu une arme et dit…

Le petit retendit son bol, souriant. Raphael lui fit deux grosses boules, en refoulant ses larmes. Le gamin content, alluma la télévision et mangea avec enthousiasme son bol. Raph balança un instant sur quoi faire. Mikey avait l'air satisfait de son sort, avec son dessert devant les dessins animés. Léo par contre, devait être à l'agonie.

Il tourna dans le corridor où avait disparu Léo et frappa à la porte d'où il semblait provenir de légers sanglots.

-J'en ai pour un instant…je cherche quelque chose.

Raphael roula des yeux. Léo le prenait vraiment pour le dernier des cons. Il poussa la porte et entra. Comme il se l'était figuré le jeune homme avait le visage strié de larmes.

Il ne lui laissa pas le temps de s'offusquer de cette invasion de son espace privé. Il s'assit sur le lit et posa sa main sur le dos de Léo, en un geste de réconfort.

-Le petit n'a pas voulu te blesser. Il a parlé sans réfléchir.

-Je sais. C'est seulement que…il ne devrait pas penser ainsi. Je fais tout pour lui conserver le goût à la vie.

-Hé. Tu essayes peut-être trop justement. Il s'en veut que tu fasses tant d'efforts. Il t'aime et veut te voir profiter de la vie…à sa place.

Raphael n'avait jamais été bon à consoler. Cela ne lui venait pas naturellement. A son propre père, il n'avait accordé aucun mot de sympathie pour la mort de son frère Marcello. Mais pour Léo et Mikey, les mots coulaient plus facilement.

-Tu crois?

La tête de Léo se posa sur son épaule. Raph ne voyait que les cheveux noirs, mais il se doutait que l'attouchement n'avait pas comme but de le provoquer sexuellement. La poitrine tressautait de sanglots contenus et le garçon musclé s'en voulut de conserver une envie de prolonger ce contact et même, de l'approfondir. Il était vraiment devenu dérangé et il ne pouvait blâmer ni la coke, ni l'attitude séductrice de l'autre jeune homme.

Il décida de satisfaire à demi ce désir tout en réconfortant l'étudiant qui s'étouffait de pleurs. Il referma ses bras sur lui et posa un baiser sur les cheveux d'ébène, comme sa propre mère lui faisait lorsqu'il s'était effleuré un genou en tombant de vélo.

Pendant quelques instants, cela fut suffisant. Puis, à force que ses mains caressaient gentiment le coté du jeune homme, il ressentit un fourmillement. Malgré lui, ses mains mirent plus d'emphase dans leur mouvements, le geste n'étant plus uniquement consolateur et Léo dût le sentir car il releva la tête.

-Que vas-tu blâmer cette fois-ci? La pitié?

-J'ai pas pitié.

Sa voix était rauque, dégoulinante de désir. Il se hais non plus de l'éprouver pour ce garçon, mais de l'éprouver dans la situation actuelle.

Le visage de Léo n'était qu'à quelques centimètres et les yeux de Raph volèrent inconsciemment vers les lèvres du garçon encore dans ses bras, puis revinrent vers les yeux afin de lire leur expression, attendant un signe, un encouragement, n'importe quoi. Il se tenait au bord du précipice, prêt à y sauter à la moindre poussée. Léo mordit ses lèvres de nervosité, sans doute, mais cela le fit.

Il engloutit ses lèvres dans un baiser passionné. Ce n'était plus la petite expérimentation de la veille. Il avait pleine conscience de ses actions et savait qu'il allait passer la nuit et le lendemain et les semaines suivantes à le regretter, mais il n'arrivait pas vraiment à s'en soucier pour le moment.

Léo répondait avec plus d'ardeur aux baisers que la veille et bien que Raph se disait que cela ne pouvait mener bien loin, le petit frère de Léo n'étant qu'à quelques pièces de là, il ne pouvait se résoudre à abandonner ces lèvres souples au goût encore salé de larmes. Il ne les laissa aller qu'un bref instant le temps qu'il passe le t-shirt au-dessus de la tête de Léo. Il n'avait pas pris le temps de lui retirer la veille et il voulait baiser chaque cm de ce torse dénudé. Il le poussa doucement sur le lit et se mit à parcourir les pectoraux et le ventre musclé de ses lèvres. Étrangement, il ne se trouva pas rebuté par la fermeté du corps sous lui, là où habituellement, il rencontrait des chairs plus souples et des poitrines rebondies. Il n'y songea même pas. Sa bouche descendit jusqu'à l'élastique du pantalon sport de Léo. Il tira un peu dessus, et continua à embrasser la peau blanche, dont de fins poils noirs indiquait qu'il se rapprochait dangereusement de la limite de ce qui était vraiment sérieux et ce qui ne l'était pas autant. Léo dans sa précipitation n'avait même pas mis de sous-vêtements et cette pensée le brûla jusqu'à la moelle. Il leva les yeux pour croiser le regard lascif de Léo qui devait miroiter le sien. Les prunelles saphir lancèrent un éclat que Raph prit pour un défi. Léo le défiait d'aller plus loin et il ne tournait jamais le dos à un défi, surtout quand la récompense s'annonçait aussi délicieuse.

Il tira de nouveau le pantalon, le faisant descendre de plus de 5 cm, dévoilant entièrement la légère toison d'ébène. Il la fouilla de ses lèvres tout en regardant son partenaire. Il fut satisfait de voir que Léo n'avait plus la tête aux larmes, complètement consumé par le plaisir et l'anticipation de jouissances encore plus grandes.

Alors qu'il allait complètement descendre son pantalon et prendre en bouche le sexe qu'il devinait gonflé sous le coton.

-Léo! Cousin Donny a appelé. Il dit qu'il va finir plus tôt ce soir et que ton ami peut rentrer chez lui, car il t'a préparé une ébauche de projet à présenter. Elle est dans sa chambre. Il dit que le travail sera fini dimanche. Est-ce qu'on peut jouer à Scattergories avant que ton ami parte, stp?

Léo se leva comme s'il avait reçu une décharge.

-Heu, oui Mikey. J'arrive.

Léo remit son t-shirt à la vitesse grand V, toute trace d'excitation sexuelle ayant disparu de son expression. Sans regarder Raphael, visiblement nerveux, il énonça :

-Tu n'as plus de raison de venir ici. Mikey sera déçu. Il se voyait manger comme un roi à chaque fois.

Raphael se releva sans rien dire. Léo tentait de plaisanter, pour alléger l'atmosphère, mais un poids pesa lourd sur lui. Bien qu'il n'ait aucun droit légitime de le faire, Il voulait savoir qui était au juste pour son partenaire, le « cousin Donny ». il ne pouvait rien y faire, à part admettre l'évidence : la jalousie le consumait.