10. toxicomanie
-x-
Assise dans sa chambre d'hôtel, Masumi se grattait la tête en étudiant de près les documents qu'elle avait rassemblés sur la mort de Shinichi Kudo. On savait très peu sur sa mort, du moins dans le domaine public. Sa blessure au crane suggérait qu'on l'avait frappé dans le dos avec un objet contondant, donc quelqu'un l'avait attaqué. Selon son camarade de classe Ran Mouri, elle l'avait vu pour la dernière fois vers 6 heures du soir, quand il s'est soudainement éloigné dans la direction des toilettes publiques près de la grande roue, lui disant qu'il reviendrait bientôt.
"Son corps a été trouvé dans l'étendue d'herbe près de la grande roue," Masumi marmonna, son pied giguant. "A-t-il vu quelque chose ?"
Regrettablement, les caméras de sécurité du parc d'attractions n'avaient rien enregistré hors de l'ordinaire. Des séquences vidéo montrant Kudo Shinichi et Mouri Ran semblait corroborer avec les témoignages de la fille, et vue leur amitié proche, elle n'aurait eu aucune raison pour le tuer de toute façon. Il y avait eu un autre meurtre plus tôt ce jour-là, sur l'un des attractions Montagnes Russes du Mystère, mais il semblait bien que le détective lycéen avait résolu l'affaire sans accroc. Les amis de la victime, dont une qui était le coupable, avait déjà quitté le parc avec la police à cette heure-là, donc il était improbable que cela soit une forme de vengeance.
Etirant ses bras au-dessus de la tête, Masumi soupira et regarda au-delà de la fenêtre, vers les bâtiments gris de l'autre côté de la rue animée de voitures et piétons. Les médias avaient spéculé sans limite sur la cause possible de sa mort - le traumatisme au crane était plus sérieux qu'il n'avait paru, un poison rare que l'autopsie aurait manqué, l'extinction naturelle d'un génie, un assassinat gardé secret commandé par un politicien haut placé, l'œuvre d'extra-terrestres... Se mettant debout sur ses pieds, Masumi rassembla ses papiers dans une pile et les enfonça dans un dossier beige. Elle fronça des sourcils, sachant qu'elle avait besoin de parler aux personnes directement impliquées avec l'enquête, mais les convaincre, surtout Kudo Yusaku, qu'elle était capable allait être difficile. Saisissant son portefeuille et son chapeau, elle quitta de sa chambre d'hôtel.
-x-
Le soleil brillait de nouveau, et Masumi inspira un bon coup malgré l'humidité dans l'air qui donnait l'impression qu'il n'y avait pas d'air pour respirer. Essuyant la sueur de son front avec la manche de sa chemise et se sentant affreusement gluante, elle attendait que les feux changent et traversa la rue en courant, vers un distributeur automatique. Cela lui avait manqué aux Etats-Unis la commodité de ces machines, et elle soupira de soulagement lorsque l'eau fraiche de la bouteille frappa le fond de sa gorge.
Personne n'avait répondu à la porte lorsqu'elle été passée à la résidence Kudo plus tôt. Soit les Kudo étaient sortis, soient ils avaient ressenti que cela devait être un vendeur de porte-à-porte, peut-être même la presse. Aller directement à la police était hors de question, mais il restait l'Agence du Détective Mouri. Cela faisait maintenant six ans, mais peut-être que Mouri Ran se souviendrait encore d'elle. Refermant la bouteille d'eau, Masumi sortit son téléphone mais pausa avant d'y vérifier la carte pour trouver l'adresse de l'agence du détective. Cela fait six ans, pensa-t-elle découragée. Il n'y avait pas moyen que la fille de seize ans se rappelle elle. Même son petit-ami - ex-petit ami - l'avait oublié.
Cela fait vraiment six ans déjà ?
Elle leva les yeux, distraite, lorsqu'elle aperçut du mouvement du coin des yeux, et regarda fixement, lorsqu'elle reconnut la personne se trouvant devant elle. Ses émotions furent tourbillonnées, incapables de choisir entre désir ardent, colère, confusion, espoir et souffrance. Ne sachant pas comment réagir après l'encontre la nuit précédente, elle continua de le fixer, pensant que peut-être il était une apparition, le fruit de son imagination. Cela devait être du a la chaleur venant de la chaussée.
"Hé," dit Rei avec un petit sourire, le timbre de sa voix forçant son cœur à sauter un battement. Elle était tout comme elle se le remémorait, cousue d'une chaleur distante qui avait été absente de sa voix hier. "Quand es-tu rentrée ?"
Oh si impudent, fut la pensée immédiate de Masumi. "Hier," dit-elle, sa voix portant une qualité impitoyable et trahissant sa colère frémissante. "Tu étais là. Tu deviens amnésique ou quoi ?"
Une ombre lui traversa le visage, et Masumi détourna les yeux avec un gloussement nerveux, se sentant soudainement mal à l'aise. Il portait une chemise polo aujourd'hui, mais elle ne faisait rien pour dissimuler le fardeau qui l'accablait. Quelque chose s'est passé, réalisa Masumi, et cela le dévorait. Et s'il faisait du travail d'infiltration hier et elle avait failli le démasquer ? Se forçant à le regarder dans les yeux de nouveau, elle souffla et dit, "Laisse tomber. Cela me fâche mais je ne peux pas me fâcher envers toi. Pourquoi es-tu là ?"
"Est-ce que tu es très occupé la ?"
Masumi pausa. Peut-être que certaines choses avaient perdu leur importance. "Cela dépends," dit-elle. "Pourquoi ?"
"Je veux te parler," dit Rei. "Cela fait longtemps."
Rangeant son téléphone dans sa poche, elle marmonna, "Et c'est la faute à qui ?"
Rei sourit et rabaissa la tête. "Viens," dit-il, lui tendant la main. "Allons faire un tour. Je voudrai que tu me racontes ce que tu deviens. C'est un rendez-vous."
Et Masumi eu l'impression de nouveau qu'elle avait perdu son sens du temps, comme s'ils étaient retournés à une époque où le monde était plus simple et leurs sourires plus authentiques. C'était une illusion, et elle le savait, mais elle décida, en prenant sa main, qu'elle allait accepter cette illusion, cette délusion d'être rentrée à la maison.
-x-
