Nouveau chapitre! Je pensais pouvoir le traduire durant l'été, mais j'ai eu des imprévus qui m'ont retardée. Cela étant, je tenais absolument à poster quelque chose de nouveau, parce que je sais que ça faisait longtemps! Donc désolée pour l'attente!
Chapitre Dix
3 Juin 1536
Lorsque Boleyn avait écrit à sa fille aînée, il lui avait demandé de le rencontrer dans la cour, souhaitant lui parler avant de l'amener dans les quartiers d'Anne et préserver un peu de discrétion. Il y avait tant de personnes qui observaient Anne et sa famille avec des yeux avides, anxieuses de découvrir comment se passaient les choses entre le Roi et elle, et si les Boleyn étaient toujours puissants ou si ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne tombent encore en disgrâce, et il n'était pas désireux d'ajouter de l'huile sur le feu en faisant défiler sa fille reniée tout de suite.
Quand Mary arriva, il fut content de remarquer que sa fille avait l'air bien. Il s'était à moitié attendu à ce qu'elle semble rongée par les soucis et plus âgée que ce qu'elle n'était vraiment, s'était à moitié attendu à ce que son visage montre des signes de la difficulté qu'il s'imaginait qu'une vie coupée de la cour, devant se débrouiller toute seule avec un époux qui n'avait ni fortune à son nom ni la perspective d'en avoir une, montrerait sur son expression, mais au lieu de ça, Mary s'épanouissait.
Sa vie à la campagne lui convenait clairement.
Mary avait toujours été différente.
George et Anne étaient ambitieux, s'épanouissant dans l'atmosphère de la cour depuis leur plus jeune âge et, bien qu'ils appréciaient de séjourner à Hever de temps en temps et, bien qu'ils aimaient tous deux le petit château qui avait été la maison de leur enfance, il savait qu'aucun des deux ne pourrait jamais être capable de supporter l'idée de devoir passer toute leur vie là-bas, sans jamais séjourner à la cour.
En revanche, Mary préférait une vie plus calme et n'avait même pas profiter du fait que, en tant que sœur de la Reine d'Angleterre, elle aurait pu avoir le choix entre nombre de nobles prétendants qui n'auraient été que trop contents de s'allier à la famille. Elle aurait pu être une comtesse, peut-être même marquise ou duchesse si elle avait joué ses cartes sagement et qu'elle avait demandé à sa sœur de lui trouver un époux quand Anne avait toujours une place prioritaire dans les bonnes grâces du Roi et jouissait de son amour, mais elle était restée distante du reste de sa famille d'une certaine manière, ne cherchant jamais des faveurs pour elle-même, et elle avait choisir de se marier par amour, d'épouser un moins que rien.
Peut-être qu'elle était la plus sage de tous.
Elle n'était peut-être pas mariée à un homme riche, ou à un homme avec un titre mais, de toute la famille, Mary était la seule Boleyn qui n'avait pas été jetée dans la Tour et laissée là, à craindre pour sa vie, durant ces affreuses semaines de Mai quand ces immondes accusations avaient été portées contre Anne et George, et quand il était devenu clair que leurs ennemis avaient l'intention de les faire tomber, par quelque moyen que ce soit.
Elle avait été en sécurité, tranquillement cachée à la campagne avec son époux et son enfant.
La robe de Mary était simple, évidemment, comme il l'avait escompté ; son époux était un homme pauvre et Boleyn avait tenu parole, en coupant l'allocation de sa fille et en refusant de payer ne serait-ce qu'un penny de dot à son nouveau beau-fils, donc il pouvait imaginer qu'ils avaient des choses plus vitales sur lesquelles dépenser le peu d'argent qu'ils avaient que sur de nouvelles robes. Il allait devoir regarder pour qu'elle reçoive des fonds pour s'assurer qu'elle puisse se vêtir convenablement tant qu'elle était à la cour. La dernière chose dont il avait besoin ou envie était de provoquer de nouveaux ragots en permettant à sa fille d'apparaître à la cour comme une parente pauvre. Même s'il était connu à la cour que Mary avait été bannie et que sa famille avait coupé les ponts avec elle, sans un penny, il était important pour eux de montrer qu'elle était la bienvenue et que la famille Boleyn était à nouveau unifiée.
Ils avaient de nombreux ennemis qui ne seraient que trop désireux d'exploiter tout désaccord perçu dans la famille pour arrive à leurs propres fins, pour pouvoir essayer de les faire tomber.
Malgré la simplicité de sa tenue, cependant, Mary avait quand même l'air ravissante, sa couleur vive et un petit sourire sur le visage alors qu'elle entrait dans la cour et l'apercevait, s'avançant pour le saluer.
Il aurait été entièrement satisfait de son apparition, si ce n'était pour une chose.
Elle n'était pas seule.
Un bambin, une fille minuscule qui ne pouvait pas avoir plus de deux ans, si elle était même aussi âgée que cela, marchait à ses côtés, se cramponnant fermement à la main de Mary. Comme celle de Mary, la robe bleue en laine de la fille était froissée avec le voyage et des boucles noires s'échappaient de sous son bonnet blanc.
"Qui est-ce ?" Ce n'était pas comme cela qu'il avait eu l'intention de saluer Mary, surtout qu'il lui avait demandé de venir à la cour pour leur rendre à service, à lui et à Anne, mais Boleyn ne put s'empêcher de lâcher la question.
"C'est votre petite-fille, Père." Lui dit froidement Mary, se raidissant légèrement devant son ton brusque et serrant sa prise sur la main de sa fille. "Anne Stafford. Nous l'appelons Annie. William et moi ne pouvons pas nous permettre d'engager une nourrice pour notre fille, donc j'ai été obligée de l'emmener ici avec moi aujourd'hui." Il n'y avait aucune trace d'embarras dans la voix de Mary alors qu'elle donnait son explication pour la présence du bambin, bien que son père et elle étaient bien conscients du fait que n'importe quel autre courtisan aurait été profondément gêné d'avoir fait un tel aveu. La pauvreté n'était pas quelque chose que quiconque d'une famille noble voudrait admettre un jour, même si cela était la vérité. Les courtisans empruntaient largement s'ils ne pouvaient se permettre de répondre à leurs dépenses, contractant des dettes par fierté et le besoin de paraître prospère plutôt que d'essayer de se débrouiller sans les nécessaires préposés, vêtements et bijoux que leur position exigeait pour des raisons économiques. "Voici votre Grand-Père, Annie," expliqua-t-elle à la fillette, ne donnant pas l'occasion à son père de refuser de reconnaître sa petite-fille, quelque chose qu'elle savait qu'il pourrait être capable de faire s'il le choisissait.
Annie rayonna vers Boleyn avec l'affection ouverte d'un bambin, lui faisant signe avec une petite main potelée.
"B'jour G'père." Le salua-t-elle joyeusement.
Boleyn se força à sourire, tendant la main pour lui tapoter la tête. "Bonjour, Annie." La salua-t-il brièvement avant de tourner son attention vers sa fille. "Merci d'être venue aujourd'hui, Mary." Lui dit-il, passant son bras sous le sien et commençant à la guider vers le palais, se déplaçant aussi rapidement que le pas d'Annie le permettait pour éviter de rencontrer quelqu'un en chemin.
"Je serais venue plus tôt, si j'avais pu." Répondit Mary, sachant que son père comprendrait ce qu'elle voulait dire. Même si elle était la sœur d'Anne, elle avait été bannie de la cour et ne pouvait donc pas revenir quand cela lui chantait. Elle avait dû attendre de recevoir une invitation avant de pouvoir mettre à nouveau un pied à Whitehall et, si elle était honnête avec elle-même, elle devait admettre qu'elle était irritée que son père ait attendu deux semaines entières après la libération d'Anne pour lui envoyer un message qu'elle pouvait venir, au lieu de dépêcher un messager dès qu'il avait pu.
Ne comprenait-il pas comme les dernières semaines et les derniers mois avaient été inquiétants pour elle ?
Ne comprenait-il pas que, même à la campagne, les ragots sur la position affaiblie d'Anne, surtout après qu'elle ait perdu le prince longtemps espéré, avaient atteint leurs oreilles, de même que les nouvelles de son arrestation et du fait que George et elle étaient reconnus coupable d'inceste et condamnés à mort, par ordres du Roi ?
Ne comprenait-il pas ce qu'elle avait ressenti quand elle avait entendu que son frère et sa sœur allaient mourir ?
Au début, Mary n'avait pas pu croire que cela était vrai.
La dernière fois qu'elle avait été à la cour, elle avait pu voir par elle-même que la passion du Roi pour Anne avait un peu refroidi depuis l'époque de leur grande romance. Il était connu qu'il prenait des maîtresses – bien qu'il essayait au moins de rester discret, une tentative qui était plus que ce qu'il avait fait avec Katherine, quand il séduisait effrontément ses propres dames sous son nez – et qu'il était déçu que ses deux grossesses n'avaient produit qu'une seule fille vivante et un enfant mort-né, les laissant sans le fils dont il avait besoin pour garantir la survie de la dynastie des Tudor.
Cependant, il avait également agi pour s'assurer que la position d'Anne en tant que Reine était en sécurité, malgré sa déception, et pour s'assurer que la petite Elizabeth soit acceptée en tant qu'héritière légitime du trône, devant sa demi-sœur aînée, jusqu'à ce qu'elle ait un frère, allant même jusqu'à exiger que chaque sujet Anglais prête un Serment, jurant qu'ils acceptaient sa nouvelle épouse et sa nouvelle fille en tant que Reine et Princesse légitimes, promettant de punir ceux qui refusaient, donc Mary avait cru que l'amour du Roi pour sa sœur était toujours profond, même si elle n'était plus la seule femme au monde pour qui il avait d'yeux, et qu'elle était en sécurité.
Cela l'avait horrifié d'apprendre qu'elle avait eu tort.
Cela aurait été déjà assez grave si le Roi avait cherché à annuler son mariage avec Anne – et Mary était désagréablement consciente du fait que sa liaison avec le Roi, il y avait tant d'années, aurait pu être utilisée comme raisons pour dissoudre le mariage de sa sœur, rendant sa petite nièce illégitime et la dépouillant de ses droits en tant que Princesse – mais elle n'aurait jamais prédit qu'il aurait voulu voir Anne morte, surtout alors qu'il l'avait tant aimée et après tout ce qu'il avait fait pour faire d'elle sa femme en premier lieu.
Même s'il avait voulu se débarrasser d'elle, même s'il avait eu une troisième épouse en tête, Mary n'avait pas pensé qu'il aurait été capable de meurtre.
Anne n'avait probablement jamais imaginé que cela était une possibilité non plus.
"Comment va Anne ?" demanda-t-elle à son père d'une voix basse alors qu'ils marchaient. Elle s'arrêta et se baissa pour prendre la petite Annie dans ses bras quand la fillette devint fatiguée et commença à réclamer pour être portée, installant sa fille sur sa hanche avant de continuer leur chemin.
Boleyn baissa sa voix avant de répondre, regardant autour de lui pour s'assurer que personne n'était à portée de voix. "Cela a été très difficile pour elle, comme je suis certain que vous pouvez l'imaginer." Lui dit-il. "Je n'ai jamais vu Anne aussi silencieuse, ni si distante. Elle dit à peine un mot au Roi, ou à la plus grande partie de la cour. Elle ne quitte presque jamais son appartement, à moins que ce ne soit pour aller dans la nurserie pour voir Elizabeth. Je suis inquiet pour elle, Mary. Elle ne veut pas me parler de ce qu'elle ressent sur ce qui s'est passé. C'est pour cela que j'avais besoin que vous veniez."
Mary hocha la tête avec compréhension. Durant un instant, elle fut très tentée de demander à son père s'il avait pris la défense d'Anne quand l'enquête et le procès avaient commencé, mais elle pouvait deviner la réponse à cette question. Son père n'était pas un homme qui affronterait la colère de son souverain, même au nom de ses propres enfants. Au moins, si son père n'avait pas pris la parole pour Anne à l'époque, son inquiétude pour elle semblait sincère maintenant, et c'était plus important.
"Au moins il y a quelques bonnes nouvelles." Fit remarquer Boleyn. "Le Roi a clairement fait comprendre qu'il considère toujours la Lady Mary comme rien d'autre qu'une bâtarde ; il a ordonné que la fille obstinée continue de servir Elizabeth, que cela lui plaise ou non, et il refuse de la recevoir tant qu'elle n'aura pas prêté Serment. Il l'a déclaré devant toute la cour quand Lady Mary est arrivée d'Hatfield."
"La pauvre fille." Mary était bien consciente du fait que c'était dans l'intérêt d'Anne et Elizabeth qu'il avait dû être clairement montré à tout le monde que Mary n'était plus une princesse et qu'elle n'avait plus droit à une place dans la succession, mais cela ne voulait pas dire qu'elle prenait plaisir à savoir que la jeune femme qui avait été élevée en croyant être la Princesse de Galles était humiliée en étant forcée d'agir en tant que servante de sa petite demi-sœur, surtout qu'elle savait comme la fille devait pleurer la perte de sa mère bien-aimée et qu'elle n'avait pas besoin de souffrir davantage que ce qu'elle avait déjà enduré. Son désir de s'assurer que la position de sa sœur et de sa nièce était garantie ne signifiait pas qu'elle ne pouvait pas ressentir de la compassion pour la Lady Mary, qui avait enduré tant de souffrance ces dernières années.
"C'est ce qu'a dit Anne." remarqua Boleyn, se sentant assez perplexe devant sa réaction face à ce qu'il considérait comme d'excellentes nouvelles. Il semblait que ses deux filles étaient trop indulgentes pour leur bien, compatir avec Mary vis-à-vis des épreuves qu'elle allait endurées en conséquence directe de sa propre obstination et désobéissance au lieu de vouloir s'assurer que le Roi n'hésite pas dans son attitude sévère envers elle, dans l'intérêt de leur famille.
Bien qu'il était satisfait de voir le Roi montrer clairement qu'il n'avait aucune intention de restaurer sa fille aînée dans la succession, quoi que l'Empereur puisse en dire, et bien qu'il était content du fait que Mary allait apprendre sa place en étant ramenée à la cour en tant que servante d'Elizabeth, Boleyn n'était pas à l'aise avec la situation, loin de là.
Le Roi pourrait très facilement changer d'avis et seul un idiot ne tiendrait pas compte de cette possibilité. Il était un homme fier, et cela pourrait marcher en leur faveur, car il serait peu enclin de revenir sur ce qu'il avait dit sur le fait que Mary soit une bâtarde mais, en même temps, la possibilité ne pouvait être entièrement écartée. Quand il avait semblé que Jane Seymour allait être Reine dans un futur très proche, il avait été présumé qu'elle serait en mesure de persuader le Roi de déshériter la petite Elizabeth et de restaurer Mary en tant qu'héritière, au moins jusqu'à ce qu'elle ait un fils... bien que Boleyn aurait préféré voir Mary décapitée et n'importe quel morveux que Jane Seymour parviendrait à porter jeté dans la Tamise avant de voir l'un d'eux usurper les droits de sa petite-fille en tant qu'héritière du Roi.
Quand le Roi avait décidé de rappeler Mary, Boleyn avait ressenti un peu d'inquiétude, même si elle était rappelée en tant que servante et même si le Roi avait déclaré qu'il n'avait aucune intention de la restaurer, même si son refus mettait son alliance avec l'Empereur en danger. Il serait bien trop facile pour le Roi de se radoucir envers sa fille aînée si la maudite fille parvenait à se rapprocher de lui, lui rappelant à quel point il avait autrefois aimé et chéri la fille qui avait été son seul enfant vivant pendant si longtemps, et si cela se produisait, il pourrait changer d'avis quant à son statut.
Boleyn n'était pas assez bête pour penser qu'Anne était dans l'état d'esprit de se concentrer sur le fait de charmer le Roi, de regagner son attention et son affection et de veiller à ce qu'il ne songe aucunement à l'idée de la restauration de Mary par amour pour elle. Après tout ce qu'il s'était passé, on ne pouvait pas attendre d'elle qu'elle adoucisse son comportement envers le Roi, pas après la manière dont il l'avait blessée et trahie. Il allait falloir longtemps avant qu'elle ne soit prête pour une relation amicale avec son époux, encore moins plus que cela.
Il était donc vital pour lui de s'assurer qu'aucun des courtisans ne cherche à travailler au nom de la Lady Mary et contre les intérêts d'Anne et Elizabeth. S'il était capable de les convaincre qu'il ne considérait pas cela même un tant soit peu possible que le retour de Mary à la cour puisse mener à un retour de son ancien statut, s'il était capable de leur faire croire qu'il ne considérait pas que la maudite fille ait une quelconque chance de représenter une menace pour les intérêts de sa famille, que l'idée était tellement risible qu'il pouvait publiquement la qualifier de 'bâtarde' avec impunité, ils n'essayeraient pas de s'allier avec Mary.
N'importe quel courtisan avec du bon sens s'allierait toujours avec l'étoile montante, fuyant ceux qui étaient tombés en disgrâce par peur d'être entachés par association. Bien que beaucoup pourraient penser qu'il était noble de ne pas abandonner ceux qui étaient faibles et d'essayer de les aider, de quelques manières qu'ils le pouvaient, peu de courtisans seraient assez fous et peu pratiques pour promettre leur soutien à une cause perdue, surtout quand il y avait un risqué très réel qu'ils puissent eux-mêmes être entraînés vers le bas par la personne qu'ils cherchaient à aider et se retrouvent à partager leur disgrâce.
Même si Anne et le Roi ne s'entendaient pas spécialement bien ces jours-ci, il était vital que Boleyn soit en mesure de faire croire aux courtisans que c'était toujours elle qu'il fallait soutenir, et que c'était son enfant qui allait un jour succéder au Roi, pas la Lady Mary.
Tout en dépendait.
Anne n'était pas toute seule lorsqu'ils atteignirent son appartement mais Boleyn ne s'était pas attendu à ce qu'elle le soit, elle était trop prudente ces jours-ci pour le permettre, s'assurant toujours d'être correctement assistée. Elle se leva quand il entra, mettant sa broderie de côté et le saluant avec un petit sourire qui se transforma en une expression d'étonnement quand elle vit que Mary était avec lui
"J'ai invité Mary à la cour pour une visite." Expliqua Boleyn avant qu'Anne ne puisse demander.
"Bonjour, Votre Majesté." Mary salua sa sœur, faisant une révérence aussi gracieuse qu'elle le pouvait tout en équilibrant son enfant dans ses bras. Quand Anne ne dit rien, semblant trop surprise pour parler, elle continua. "Voici ma fille, Anne Stafford – Annie." Présenta-t-elle.
Annie gigota dans les bras de sa mère, tendant ses bras potelés vers sa tante. "Bisou !" Sa demande impérieuse tirant un sourire à sa tante, qui se déplaça jusqu'à elle pour embrasser ses joues joufflues.
"Elle est magnifique." dit Anne, souriant à sa nièce avant de lever les yeux vers sa sœur. "Comment allez-vous, ma sœur ?" demanda-t-elle doucement, plus soulagée de voir Mary qu'elle n'aimait le dire.
"Je vais bien." Mary ne répéta pas la question de sa sœur. Même si Anne proclamait qu'elle allait bien, Mary ne l'aurait pas crue. Après tout ce qu'elle avait enduré, il était impossible qu'elle en soit sortie indemne. Elle remarqua que son père congédia silencieusement la plupart des dames d'Anne, bien que Nan Saville, Madge Shelton et Maîtresse Gainsford restèrent toutes derrière, assises discrètement près des fenêtres. Dans ses bras, Annie bâilla largement, posant sa tête sur son épaule. "Elle est fatiguée," dit-elle à Anne, caressant le dos d'Annie. "Y a-t-il un endroit où je peux la coucher pour une sieste ?" Elle connaissait assez bien la petite Annie pour savoir que, bien qu'elle était joyeuse et sociable pour l'instant, ce n'était qu'une question de minutes, un quart d'heure tout au plus, avant qu'elle ne devienne trop fatiguée et de mauvaise humeur, et une fillette en pleurs n'allait certainement pas aider Anne à se détendre.
"Evidemment." Anne acquiesça automatiquement. "Elizabeth fait sa sieste maintenant. Annie peut la rejoindre dans la nurserie. Lady Shelton." Elle fit signe à Madge de s'avancer. "Veuillez amener ma nièce dans la nurserie de la Princesse et dites-leur qu'elle doit faire une sieste avec Elizabeth – et faites savoir à Lady Bryan que je leur rendrai visite cet après-midi, quand Elizabeth sera éveillée." Ajouta-t-elle, bien que le message était inutile. Elle rendait soit visite à la nurserie, soit envoyait un message instruisant qu'Elizabeth soit amenée dans son appartement pour lui rendre visite chaque après-midi après la sieste de sa fille, appréciant les heures supplémentaires de jeu avec son enfant et elle doutait que Lady Bryan s'attendait à ce qu'aujourd'hui soit différent.
"Oui, Votre Majesté." Répondit Madge avec une révérence.
Mary fit un sourire à sa cousine avant de lui passer la petite Annie. "Soyez une gentille fille, ma chérie." Dit-elle à sa fille, faisant signe alors que Madge la portait hors de l'appartement d'Anne. Une fois que le bambin fut partie, elle posa un bras autour des épaules de sa sœur, la guidant vers le fauteuil près du feu. Leur père resta en arrière, comme s'il était incertain de s'il devait se joindre à elles ou s'il valait mieux qu'il les laisse seules. Elle fit un signe de la tête vers la porte, presque imperceptiblement et, pour une fois, son père reconnut le signal et hocha la tête en réponse.
"Excusez-moi, Votre Majesté." Dit-il à Anne, inclinant respectueusement la tête et attendant qu'elle signale sa permission avant de sortir de l'appartement.
"Je serais venue plus tôt, je voulais venir dès que j'ai appris ce qu'il se passait." dit Mary à Anne une fois qu'elles furent installées. Bien qu'il était irritant de savoir que Nan et Maîtresse Gainsford allaient rester dans l'appartement, plutôt que de partir pour leur donner un peu d'intimité comme elles l'auraient fait avant, les deux dames semblaient respecter le fait que les sœurs Boleyn avaient besoin de parler en privé et elles restèrent à distance, se concentrant sur leur couture plutôt que sur elles. "Lorsque Père m'a envoyé son message, je suis venue aussi vite que j'ai pu."
"Merci." La voix d'Anne était douce lorsqu'elle parla, rencontrant les yeux de Mary durant un instant, avant de baisser le regard pour fixer le cœur du feu. C'était un soulagement d'avoir à nouveau sa sœur, de savoir qu'il y avait une personne de plus à la cour qu'elle pouvait être certaine d'être de son côté et qui allait les soutenir, elle et Elizabeth, mais elle ne savait également pas quoi dire à Mary maintenant qu'elle était là.
Que pouvait-elle dire ?
Mary savait déjà une bonne partie de ce qu'il s'était passé, elle devait savoir qu'Henry avait ordonné son arrestation et celle de George, de même que les arrestations des autres hommes accusés d'être ses amants. Elle devait savoir qu'ils avaient été jugés, avec leur propre oncle présidant, et qu'ils avaient été condamnés à mort, enfermés dans la Tour avec rien d'autre à propos de quoi penser que leurs exécutions imminentes... jusqu'à ce qu'Henry décide qu'il ne pouvait pas aller jusqu'au bout.
Relater les faits de la situation serait un exercice inutile alors que sa sœur connaissait déjà l'essentiel de l'histoire et elle ne pouvait se résoudre à raconter à Mary le genre de pensées et de sentiments qui lui avaient traversé l'esprit, que ce soit avant son arrestation, après son arrestation, quand elle avait attendu son exécution, ou après qu'Henry ait ordonné sa libération, ce qui était sans aucun doute ce pourquoi son père avait demandé à Mary de venir à la cour, afin d'en discuter avec elle.
Il était trop tôt pour qu'elle se sente prête pour partager cela avec n'importe qui, même avec la sœur aînée qui avait été sa plus proche confidente durant son enfance, l'une des deux seules personnes avec qui elle était capable de partager n'importe lequel de ses secrets, sachant qu'elle pouvait confesser la malice la plus outrageuse et être certaine qu'aucun des deux ne la trahirait jamais à leur bonne ou leur gouvernante.
George ne lui parlait jamais ces jours-ci, ne venait jamais près d'elle.
Il lui en voulait pour ce qu'il s'était passé, du moins en partie, elle le savait.
Elle avait peut-être perdu son frère et, bien qu'une partie d'elle avait très envie de pouvoir se confier à sa sœur, de raconter à Mary tout ce qu'il s'était passé, d'entendre sa sœur la réconforter et la rassurer et même pleurer dans les bras de Mary, relâcher les émotions qu'elle avait tenues en bride jusqu'à maintenant, une autre partie d'elle – la partie la plus forte ou la plus faible ? – ne pouvait pas l'autoriser à le faire.
Donc elle ne dit rien.
Elle sentit une main chaude encercler la sienne et leva les yeux pour voir que Mary la regardait, son expression bienveillante et ses yeux brillant de compassion.
"Ce n'est rien." La voix de sa sœur était douce. "Vous n'êtes pas encore prête pour en parler, n'est-ce pas ? Ce n'est rien." Répéta-t-elle de façon rassurante. "Quand vous voudrez parler, je serai là."
La fillette dans ses bras était un poids solide et la distance entre l'appartement de la Reine et la nurserie était non négligeable, donc Madge Shelton fut très contente quand elle atteint sa destination, faisant un signe de la tête à l'un des pages postés à l'extérieur de la nurserie pour qu'il ouvre la porte pour elle, la laissant entrer dans la nurserie ensoleillée de la Princesse.
"Voici Anne Stafford, Lady Bryan, la nièce de Sa Majesté. Elle s'appelle Annie." Expliqua-t-elle quand elle vit la gouvernante de la Princess Elizabeth la regarder avec un air interrogateur, curieuse de l'identité de l'enfant. "Sa Majesté m'a dit de l'amener ici pour qu'elle puisse faire une sieste avec la Princesse, et elle m'a demandé de vous faire savoir qu'elle viendra rendre visite dans la nurserie plus tard, lorsque la Princesse sera éveillée."
"Bien sûr." Acquiesça Lady Bryan avant de regarder la jeune fille de l'autre côté de la pièce qui était occupée à coudre une robe minuscule que Madge reconnaissait comme appartenant à Elizabeth, une robe que la petite princesse avait déchirée la veille durant un jeu avec la Reine. "Vous pouvez laisser ce raccommodage pour quelques minutes, Lady Mary," annonça la gouvernante, comme si elle conférait une énorme faveur à l'ancienne princesse. "Allez dans la chambre de la Princesse Elizabeth et tirez les couvertures de l'autre côté du lit pour cette petite dame." Commanda-t-elle, tendant les bras pour prendre Annie de ceux de Madge et installant le bambin sur sa hanche, la chatouillant sous le menton et lui souriant. "Sa Majesté peut être sûre que nous prendrons bien soin de la petite Maîtresse Stafford." Dit-elle à Madge. "Cela sera notre honneur de prendre soin de la nièce de la Reine – c'est-ce pas, Lady Mary ?" La question sans évoque était dirigée vers la fille du Roi, qui ne répondit pas, sauf par une contraction de la bouche qui suggérait qu'elle était loin d'être honorée par la présence d'une autre parente d'Anne, même quelqu'un d'aussi jeune qu'Annie.
La Lady Mary aurait été assez satisfaite si l'entièreté de la famille Boleyn, et tous ceux qui étaient associés avec eux, était bannie de la cour, avec l'interdiction de revenir un jour.
Lady Bryan était maintenant habituée à la maussaderie de Mary donc elle n'en dit pas plus alors qu'elle la suivait dans la chambre d'Elizabeth, attendant qu'elle ait rabattu les couvertures de soie et puis installant la fillette somnolente à côté de sa cousine, qui bâilla et se tourna sur le flanc, tendant un bras pour le poser sur Annie, comme elle aurait enlacé sa poupée contre elle. Elle borda les couvertures étroitement autour des deux enfants, les observant quelques instants pour s'assurer qu'Annie s'était calmée jusqu'au sommeil et qu'Elizabeth n'avait pas été dérangée par l'arrivée d'un autre enfant dans son lit avant de se faufiler hors de la pièce, faisant signe à Mary de la suivre.
"Retournez immédiatement à votre couture, Lady Mary." Dit-elle sèchement quand la fille hésita un bref instant avant de retourner à sa tâche. "Ne pensez pas éviter la tâche – il n'y aura pas de manquement ni de paresse parmi les servantes de la Princesse Elizabeth tant que je serai sa gouvernante." Déclara-t-elle sévèrement, regardant d'abord les autres dames qui servaient Elizabeth et puis Madge, comme si elle espérait qu'elle raconterait à Anne comme la petite domesticité de la Princess Elizabeth était bien dirigée, pour rassurer la Reine que la gouvernante avait la situation bien en main.
"La Lady Elizabeth." dit Mary de façon rebelle, jetant un œil dans la direction de Madge et voyant l'expression sur le visage de la jeune femme changer de la compassion au choc, puis à l'indignation, clairement consternée d'entendre Mary faire allusion à la fille de sa maîtresse avec un titre qui serait approprié pour une bâtarde royale mais pas une princesse. Elle s'en fichait si Lady Shelton se précipitait auprès d'Anne avec des histoires sur comment Mary avait indiqué qu'elle considérait qu'Elizabeth était une bâtarde – en fait, elle voulait qu'elle le fasse. Elle voulait qu'Anne sache que, peu importe la manière dont elle était traitée, peu importe les sorts qu'Anne jetait sur son père, elle ne cèderait jamais. Elle ne ferait jamais comme si Elizabeth était quoi que ce soit d'autre que la bâtarde qu'elle était. "Je suis la Princesse."
"Vous êtes une bâtarde effrontée, désobéissante, traitre, et rien de plus, fillette." Lady Bryan leva instinctivement sa main, comme si elle était prête à gifler Mary pour avoir osé insinuer que sa petite charge était une bâtarde, mais elle l'abaissa après un moment, pensant clairement qu'il valait mieux se garder de faire ce geste. Personne ne pouvait être certain de la façon dont le Roi réagirait à l'idée de sa fille se faisant frapper si l'information arrivait jusqu'à lui, après tout et, bien que Mary était clairement en disgrâce avec son père pour le moment, les choses étaient toujours incertaines... trop incertaines pour qu'une simple gouvernante franchisse le pas drastique de frapper la fille d'un Roi.
Ni la levée de sa main ni son hésitation n'avaient échappé à Mary, cependant. La jeune fille se permit un petit sourire triomphant, soulagée de voir que, malgré toutes les fanfaronnades de Lady Bryan qu'elle avait la permission de la frapper, la gouvernante n'avait soit pas reçu une telle permission, soit avait reçu l'autorité de la frapper mais n'osait pas en profiter, par peur d'être obligée de payer le fait d'avoir osé le faire plus tard, quand la position de Mary serait à nouveau puissante.
Elle avait raison de s'inquiéter.
Une fois que Mary serait à nouveau Princesse de Galles, elle avait l'intention de s'assurer que Lady Bryan soit punie pour la manière dont elle avait osé traiter l'héritière du trône ces dernières années. Bien que Mary savait que la gouvernante ne pouvait pas être blâmée qu'elle avait reçu l'ordre de servir de bonne pour sa demi-sœur, la bâtarde de son père par Lady Anne, et bien qu'elle savait que les personnes à Hatfield avaient dû être commandées de ne jamais s'adresser à elle avec son véritable titre de Princesse et de s'assurer qu'elle était obligée de travailler en sa qualité de servante d'Elizabeth, au lieu que sa position dans la domesticité de l'enfant ne soit que de nom, la manière dont Lady Bryan la traitait était toujours irrespectueuse dans le meilleur des cas et cruelle dans le pire.
Mary ne l'oublierait pas.
Lady Bryan se renfrogna quand elle vit cela. C'était sa responsabilité de garder l'ordre parmi les dames de la domesticité d'Elizabeth et cette responsabilité s'étendait au fait de garder la demi-sœur illégitime de sa petite charge sur le droit chemin et de s'assurer que la fille apprenne sa vraie place dans la domesticité, mais que pouvait-elle faire quand, bien que la Lady Mary était peut-être rejetée en tant que bâtarde maintenant, personne ne pouvait garantir qu'elle ne serait pas restaurée en tant que princesse un jour, peut-être bientôt?
Si elle traitait la fille trop durement, elle devrait probablement en payer le prix si la Lady Mary était un jour restaurée dans les bonnes grâces de son père, qu'elle soit restaurée en tant que princesse ou non, car le Roi serait outragé par n'importe quelle histoire de maltraitance, des histoires qui seraient sans aucun doute richement embellies si la Lady Mary avait un jour l'occasion de les raconter. Cependant, si elle traitait la fille de façon trop laxiste, lui permettant d'en faire à sa guise au lieu de la contrôler et de travailler pour étouffer sa fierté et sa vanité, alors le Roi pourrait être fâché que sa fille n'apprenne pas sa place, comme il l'avait ordonné, et il blâmerait Lady Bryan de ne pas avoir travailler de façon plus diligente pour guérir sa fille de son obstination et la forcer à comprendre sa nouvelle place dans la vie.
C'était un grand honneur pour elle d'être la gouvernante de la Princesse Elizabeth, Lady Bryan était fière de ce rôle et aimait la petite enfant de qui on lui avait confié de prendre soin mais, quand son rôle lui donnait aussi la tâche de gérer la Lady Mary, cela rendait sa position très difficile, et elle ne pouvait jamais être certaine de comment elle devait se comporter dans une situation comme celle d'aujourd'hui.
Si elle frappait Mary, et que le Roi en entendait parler, elle pourrait avoir des ennuis à cause de cela mais, d'un autre côté, si Lady Shelton racontait à la Reine ce qu'il s'était passé, rapportant qu'elle avait entendu la Lady Mary insulter la Princesse Elizabeth et que Lady Bryan ne l'avait pas punie pour avoir osé le faire, la Reine serait en colère contre elle à cause de cela.
Lady Bryan se contenta d'un compromis. Elle éleva la voix lorsqu'elle parla à nouveau, de sorte que toutes les employées d'Elizabeth puissent entendre ses paroles. "Comme punition pour son impolitesse envers la Princesse, la Lady Mary s'occupera de tout le raccommodage de son Altesse cette semaine." Annonça-t-elle avant de se tourner vers Madge. "Et comme la Lady Mary est trop sotte et trop mal élevée pour s'excuser de sa mauvaise conduite, je vous prie d'offrir à Sa Majesté la Reine mes sincères excuses en son nom – et dites-lui que si elle souhaite que je punisse la Lady Mary plus sévèrement, je le ferai."
"Oui, Lady Bryan." Madge se sentait mal à l'aise dans la nurserie et était impatiente de la quitter, donc elle se retira de la pièce aussi vite que les bonnes manières le permettaient.
Elle n'avait aucune intention de dire à sa cousine ce qui était ressorti de la nurserie, évidemment.
Comme toutes les dames d'Anne, elle savait que sa maîtresse était déjà très bouleversée par la pensée que son enfant bienaimée aurait pu être déclarée illégitime pour que sa demi-sœur puisse être appelée princesse une nouvelle fois et, comme elle tenait à sa cousine, elle ne voulait pas être obligée de la blesser en lui racontant que la Lady Mary avait osé insulter Princesse Elizabeth en sous-entendant qu'elle était une bâtarde – un sous-entendu qui signifiait qu'elle voyait Anne elle-même comme une concubine plutôt que comme la Reine légitime d'Angleterre. La Reine Anne avait déjà enduré tant de douleur durant ces derniers mois. Madge n'avait aucune intention d'en rajouter en lui disant ce que Lady Mary avait dit.
A en juger par l'échange dans la nurserie, Lady Bryan n'était pas une femme qui tolérait facilement un tel comportement de la part de la Lady Mary et, comme la gouvernante semblait avoir la situation bien en main, Madge pouvait se détendre facilement à l'idée de le cacher à la Reine.
Ce que la Reine Anne ne savait pas ne pouvait pas la bouleverser.
Mary ne s'autorisa à montrer aucun signe de colère ou de mécontentement devant la prononciation de sa punition par Lady Bryan, elle n'exprima également aucune protestation. Son père avait commandé qu'elle serve en tant que domestique d'Elizabeth et qu'elle doive effectuer toutes les taches que la gouvernante lui donnait l'ordre de faire, et Mary reconnaissait librement que, bien qu'elle ne souhaitait pas le faire, elle avait un devoir d'obéir à son père et de faire ce qu'il commandait, ce qui signifiait accepter la tâche que Lady Bryan avait décrété pour elle, même si elle avait été destinée comme une punition pour avoir dit la vérité et avoir refusé de dénoncer son droit d'aînesse.
Les autres dames qui servaient Elizabeth n'étaient que trop contentes d'entendre l'édit de Lady Bryan, évidemment. De toutes les tâches que les servantes d'Elizabeth se voyaient demander d'effectuer, il y avait un consensus général que le raccommodage était l'une des plus ennuyeuses, la tâche qu'aucune d'entre elles ne demanderait jamais volontairement. Elles étaient contentes de replier les vêtements qu'elles étaient en train de coudre ou de reprise et de les placer dans la corbeille à ouvrage à côté de Mary, aucune d'entre elles ne chuchotant une offre de l'assister une fois que Lady Bryan serait prudemment à l'écart, emmenant Elizabeth faire une promenade, bien qu'elles savaient qu'il lui faudrait presque toute la journée pour terminer le raccommodage sans aide. Aucune d'entre elles n'hésita même un instant avant de le faire.
Elles étaient sans aucun doute contentes de pouvoir abandonner la tâche, surtout que Lady Bryan aurait ordinairement insisté qu'elles continuent leur tâche jusqu'à ce qu'elle soit complétée, même si cela signifiait qu'elles étaient obligées de sacrifier un peu de leur temps de loisirs pour s'assurer que tout le raccommodage d'Elizabeth était terminé, et bien fait. Lady Bryan n'était pas une femme qui hésiterait à ordonner qu'un travail bâclé doive être décousu et refait, jusqu'à ce que le résultat satisfasse ses critères exacts.
Aucune supplication d'autres arrangements, ni d'un désir de marcher dans les jardins avant que la lumière du jour ne disparaisse, ni des promesses qu'elles finiraient leur raccommodage demain, sans faute, si seulement elles pouvaient avoir l'autorisation de le laisser pour aujourd'hui, n'avait jamais le pouvoir d'émouvoir Lady Bryan.
Cette semaine allait être plaisante pour les dames d'Elizabeth, une semaine sans travaux d'aiguille et une semaine où elles seraient autorisées à plus d'heures de loisirs qu'elles ne l'étaient habituellement – quelque chose qui était particulièrement bienvenu quand elles étaient à la cour, avec tant de diversions disponibles pour elles, qu'elles n'auraient pas eues à Hatfield. Elles en étaient enchantées et aucune d'entre elles ne semblait se soucier que leur liberté viendrait aux dépends de Mary.
Lady Bryan observa avec des yeux sévères le raccommodage être placé dans la corbeille à côté de Mary, ses mains repliées devant elle alors qu'elle regardait la jeune fille. Mary savait qu'elle attendait qu'elle s'excuse pour ce qu'elle avait dit, qu'elle retire ses paroles sur le fait d'être une Princesse et qu'elle reconnaisse, au moins, qu'Elizabeth était vraiment la Princesse légitime d'Angleterre, dans l'espoir que si elle admettait sa faute, elle gagnerait une remise de sa punition.
Si elle espérait cela, elle allait être déçue.
Mary n'avait pas cédé quand les agents de son père avaient menacé qu'elle payerait de sa vie son refus de prêter Serment. Elle n'avait pas cédé quand elle s'était fait promettre un retour à la cour et dans les bonnes grâces de son père en échange de sa reconnaissante d'Anne Boleyn en tant que Reine. Elle n'avait pas cédé quand elle avait su que sa mère était malade, qu'elle allait peut-être mourir, et qu'elles n'auraient pas la permission de se voir tant qu'elles n'auraient pas prêter Serment, acceptant que la mère de Mary n'avait jamais été mariée à son père et que Mary elle-même était une bâtarde.
Si elle n'avait cédé afin de pouvoir recevoir la bénédiction finale de sa mère mourante, alors Lady Bryan était une idiote si elle croyait que Mary allait céder afin d'échapper à un peu de couture.
Le garde en livrée posté devant la porte menant à la chambre Privée du Roi cogna son marteau trois fois sur le sol, un signe cérémonial pour faire savoir à ceux à l'intérieur qu'un visiteur approchait, puis il annonça d'une voix claire. "Sir Anthony Knivert."
"Anthony !" Henry sauta sur ses pieds aussitôt que son ami entra, ne laissant même pas l'occasion à Knivert de faire sa révérence avant de lui serrer la main et de le faire se redresser, tapant son autre main sur son épaule. Sir Thomas Audley était avec lui mais il rassembla silencieusement ses papiers et, au signal d'Henry, quitta la pièce. "Bon retour à la cour !" Après ces dernières semaines, Henry était ravi de revoir un vieil ami, quelqu'un qui n'avait pas été dans les alentours de la cour pendant que le procès d'Anne était en cours et qui, tel qu'il connaissait Knivert, n'était pas un homme qui serait excessivement curieux de ce qu'il s'était passé et qui essayerait de l'amadouer pour qu'il lui donne des détails.
Knivert avait toujours assez bien aimé Anne ; il ne l'appréciait pas tant qu'il aurait été amer de ce qu'il s'était passé en son nom, mais, en même temps, puisqu'il ne la détestait pas, il n'aurait jamais essayé de lui causer des ennuis en l'accusant d'un crime qu'elle n'avait pas commis dans l'espoir qu'Henry se débarrasse d'elle.
Il avait soutenu Henry quand il avait souhaité épouser Anne, allant jusqu'à offrir à son ami sa sympathie et son soutien lorsque la tension de l'attente rendait Anne, ou Henry lui-même, très irritable, quelque chose pour laquelle Henry avait été reconnaissant à l'époque, car il avait pu sentir que beaucoup de ceux qu'il avait appelé amis désapprouvaient ses intentions et auraient préféré essayer de le persuader de retourner auprès de Katherine et de se résigner à l'idée de n'avoir aucun autre héritier que Mary, s'ils avaient osé aborder le sujet.
Il n'aurait jamais permis à leurs opinons de modifier son plan d'action, évidemment. Il savait que son union avec Katherine était peccable et qu'il aurait été obligé d'y mettre fin même s'il n'avait jamais rencontré Anne, encore moins espéré de faire d'elle son épouse, et bien qu'il ait toujours beaucoup aimé Katherine et ait détesté l'idée de la faire souffrir. Néanmoins, cela ne signifiait pas que cela ne lui avait pas fait du mal de savoir que certains de ses propres amis avaient désapprouvé ce qu'il faisait – ou, encore pire, qu'ils avaient cru qu'il le faisait pour satisfaire ses propres désirs plutôt que parce que c'était la seule bonne chose à faire.
Il avait été très content du soutien sincère et indéfectible de Knivert.
Henry se souvenait encore de ce que Knivert avait dit le soir après qu'Anne, frustrée par le long retard, blessée par le mépris dont elle était couverte par les courtisans qui la voyaient comme la raison de son désir d'annuler son mariage avec Katherine et convaincue qu'il cèderait un jour aux supplications de Katherine de revenir vers elle et de rejeter Anne, avait quitté la cour pour retourner à Hever, malgré ses supplications pour qu'elle reste ; "Omnia vincit Amor... Personne ne peut résister à l'amour."
Bien que Knivert avait parfois un talent bizarre pour mettre les pieds dans le plat, dans d'autres occasions, il avait le don de dire exactement ce qu'il fallait dire et cela avait été l'une de ces fois.
Il ne résidait plus à la cour depuis un certain temps, car la gestion des propriétés qu'il avait héritées de son père le gardait occupé depuis avant qu'Henry n'ait épousé Anne mais cela allait bon de l'avoir à nouveau à la cour, d'avoir quelqu'un qui était son ami mais qui était aussi chaleureusement disposé envers Anne, et qui allait peut-être être en mesure de le conseiller sur ce qu'il devait faire avec son épouse maintenant.
Ce n'était pas qu'Henry n'avait pas cru ce que Brandon avait dit sur le fait d'avoir sincèrement cru que le comportement d'Anne était source d'inquiétude quand il avait abordé le problème avec lui.
Il était sûr que l'homme qui était son ami proche depuis l'enfance n'aurait jamais voulu le voir damner son âme en condamnant une femme innocente, son épouse irréprochable et la mère de sa chère petite fille, à mort et que, même s'il n'aimait pas Anne, même s'il la blâmait pour les ennuis qui étaient arrivés à l'Angleterre pour elle et qui avaient ombragé le pays pendant des années, Brandon n'aurait pas voulu la voir exécuter pour un crime qu'elle n'avait pas commis, surtout qu'elle était la mère d'une jeune enfant qui aurait été blessée par la perte de sa mère et laissée déshonorée par le savoir de sa soi-disant trahison.
Cela aurait été un fardeau difficile avec lequel vivre pour la petite Elizabeth, un fardeau qui aurait ombragé son enfance et le restant de sa vie, même s'il n'avait pas annulé son mariage avec sa mère et ne l'avait pas privée de son statut de princesse et héritière.
Quel mariage royal aurait-il pu trouver pour Elizabeth si, en plus d'être calomniée comme bâtarde par l'Evêque de Rome, elle avait été la fille d'une femme adultère et traître condamnée ?
Aucun prince n'aurait voulu ni accepté une telle future mariée.
Toutefois, il commençait à se demander si l'aversion personnelle de Brandon pour Anne, une aversion qu'il n'avait jamais été entièrement capable de cacher, l'avait prédisposé à croire que les accusations étaient réelles alors que quelqu'un comme Knivert, qui avait une assez haute opinion d'Anne, aurait été plus lent à ajouter foi à l'idée qu'elle ait pu prendre d'autres hommes dans son lit et aurait examiné les allégations de plus près, gardant un degré sain de scepticisme et voulant être certain qu'il y avait vraiment une raison de s'inquiéter avant d'amener l'affaire à l'attention d'Henry, sachant qu'une fois qu'il passait ce pas, Henry n'aurait d'autre choix que d'ordonner une enquête formelle sur la question et voulant s'assurer qu'ils ne prennent pas de mesures aussi drastiques s'ils n'en avaient pas réellement besoin.
Si c'était le cas et que Brandon avait permis à ses sentiments personnels envers Anne de le mener à faire des accusations sans enquêter correctement lui-même en premier – quelque chose qui aurait épargné beaucoup de mal à toutes les personnes concernées – alors Henry savait que, bien que l'autre homme était peut-être un bon ami et quelqu'un dont les conseils pouvaient être invoqués sur d'autres sujets, il n'était pas l'homme à qui il devait parler d'un sujet aussi délicat que son mariage.
Comme Brandon n'aimait pas Anne, il ne voulait peut-être même pas voir le couple royal réconcilié, même s'il savait que cela blessait Henry de savoir que son épouse était si fâchée contre lui.
Il pouvait déjà sentir que Brandon désapprouvait le fait qu'il avait publiquement dénoncé Mary comme la bâtarde qu'elle était et son refus de d'envisager l'idée de sa restauration. Il ne l'avait peut-être pas dit directement mais Henry pouvait sentir qu'à la fois Brandon et son épouse auraient aimé voir Mary légitimée et restaurée en tant qu'héritière légitime devant Elizabeth.
C'était comme s'il ne pouvait comprendre que, même si Anne et Elizabeth n'avaient pas été un problème, il ne pourrait jamais vivre un mensonge en prétendant qu'il considérait que sa fille était légitime, pas plus qu'il pourrait s'exposer au ridicule public en récompensant Mary pour ses années d'obstination et de désobéissance envers lui, son père et son souverain, en lui donnant exactement ce qu'elle voulait.
Aucun monarque ne pourrait jamais faire une telle chose pour aucun de ses sujets, pas même pour son enfant aimée de tout son cœur.
Il était disposé à être gentil avec Mary et généreux avec elle, comme un homme devait l'être à l'égard d'une fille aimante et obéissante, mais cela serait selon ses conditions à lui, pas les siennes, Anne ou pas Anne.
Une fois qu'elle aurait prêté Serment, il prendrait des mesures pour améliorer considérable sa situation et pour s'assurer qu'il serait clair pour la cour, pour le pays et même pour son fouiner de cousin l'Empereur qu'il allait l'honorer en tant que fille et qu'il allait subvenir à ses besoins en tant que telle, mais en attendant, elle allait continuer à être une domestique et elle ne jouirait ni de son amour, ni de sa protection.
"Je suppose que vous avez appris ce qu'il s'est passé." Ce n'était pas une question. Henry doutait qu'il avait un quelconque adulte dans son royaume qui ne savait pas ce qui était arrivé avec Anne, et il était sûr que la vaste majorité avait entendu parler des rumeurs qu'il avait projeté de faire de Jane la prochaine Reine d'Angleterre une fois qu'Anne serait morte. Il ne pensait pas que Knivert se révèlerait être l'exception à la règle. Il avait toujours eu le don pour apprendre ce qu'il se passait et, quand il était à la cour, il était habituellement l'un des courtisans les mieux informés.
"J'en ai entendu parler, oui." répondit doucement Knivert. "Si je peux... Comment allez-vous, Votre Majesté ?" demanda-t-il timidement. Henry le regarda avec surprise, comme s'il était étonné que quelqu'un puisse s'informer sur lui au lieu d'Anne. "Cela a dû être difficile pour Votre Majesté, d'être amené à croire que la Reine vous avait trahi." Incita Knivert.
"Ça l'était." Convint Henry, content du chemin que prenait la conversation. Il s'assit sur l'une des chaises à la table, faisant signe à Knivert de prendre place et leur servant à tous les deux un gobelet de vin. "Lorsque j'ai entendu dire... si cela avait été n'importe qui d'autre que Charles qui me l'avait dit, je n'aurais pas cru que cela puisse être vrai. Une fois que je l'ai entendu, j'étais obligé d'ordonner une enquête appropriée – l'honneur de la Couronne et l'intégrité de la succession étaient en jeu."
"Evidemment que vous l'étiez." S'accorda Knivert. S'il pensait qu'il aurait peut-être été plus sage pour Henry de se contenter d'une enquête plus discrète, peut-être en plaçant des espions dans la domesticité d'Anne afin de contrôler son comportement et de s'assurer qu'il y avait réellement des raisons de s'inquiéter avant de poursuivre, son expression n'en donnait aucune indication.
"Cromwell et Rich se sont occupés de l'investigation mais Cromwell la menait. Je croyais qu'il serait juste et impartial, surtout qu'il connaissait la Reine depuis si longtemps," continua Henry, ignorant résolument le fait qu'il avait su au préalable qu'Anne et Cromwell étaient en désaccord, et que Cromwell aurait pu avoir de plus amples raisons de vouloir se débarrasser d'Anne, par n'importe quel moyen. "Deux hommes avaient avoué, et Lord Rochford avait été impliqué par sa propre épouse – qui aurait cru qu'elle aurait menti ? – donc j'étais obligé d'ordonner un procès. Je ne pouvais simplement pas laisser tomber l'affaire, pas après tout ce que j'avais entendu dire sur elle." Insista-t-il, tant pour se convaincre lui-même que pour convaincre Knivert. "Elle ne comprend pas ce que cela m'a fait d'entendre ces choses, ce que cela m'a fait ressentir – J'ai même pensé qu'Elizabeth n'était peut-être pas mon enfant !" ajouta-t-il, se souvenant comme cela avait été dévastateur pour lui quand la pensée l'avait frappé pour la première fois.
Avait-ce été en partie la raison du pourquoi il avait décidé de faire annuler leur mariage par Cranmer ?
Pour lui-même, cela ne faisait que peu de différence si Anne allait au-devant de la mort en tant que Reine d'Angleterre, en tant que Marquise de Pembroke ou même en tant que simple Lady Anne, et il était conscient du fait que si elle n'avait pas été son épouse, alors elle n'aurait pas pu avoir commis d'adultère et que son exécution aurait pu être considérée comme injuste, mais s'il y avait une chance pour qu'Elizabeth ne soit pas son enfant, et il avait véritablement cru que cela était peut-être le cas, il n'aurait pas pu permettre que son mariage avec Anne reste valide, ce qui aurait voulu dire qu'Elizabeth allait continuer d'être honorée en tant que Princesse, même au-dessus de Mary, qui, il pouvait en être sûr, était sa fille... et, même s'il n'était pas marié avec Katherine, il savait qu'elle n'aurait jamais essayé de faire passer l'enfant d'un autre homme pour la sienne.
Knivert hocha la tête, son expression compatissante. "Vous leur avez fait confiance. Vous n'avez pas pensé qu'ils vous mentiraient, surtout à propos de quelque chose d'aussi important que cela. Pourquoi auriez-vous pensé qu'ils le feraient ?"
"Je n'aurais jamais pensé qu'ils mentiraient." répéta Henry, se renfrognant avec irritation. "Anne ne le comprend pas. Elle m'en veut pour ce qu'il s'est passé, alors que j'essaye d'arranger les choses pour elle, et pour Elizabeth." Anne avait dû entendre parler de sa déclaration que Mary ne devait être considérée comme rien d'autre qu'une bâtarde et comme la servante d'Elizabeth à l'heure qu'il était, et elle était certainement assez intelligente pour être en mesure de deviner qu'il l'avait fait pour qu'il ne puisse y avoir aucun doute sur le statut de leur fille, mais elle n'était pas venue le voir pour le remercier de ce qu'il faisait pour elle et pour leur enfant, elle ne lui avait même pas envoyé une note !
Est-ce que cela l'aurait tuée de poser la plume sur le parchemin pour lui écrire quelques mots de remerciement ?
Ne réalisait-elle que cela lui faisait mal de devoir traiter Mary si durement, de savoir que cela blessait sa fille aînée quand il lui faisait clairement comprendre qu'il n'était pas prêt à l'aimer comme un père ou de ne la considérer comme rien d'autre qu'une servante d'Elizabeth jusqu'à ce qu'elle se déclare être illégitime ? Ne pouvait-elle pas apprécier qu'il était prêt à le faire pour elle ?
"C'est une femme, Votre Majesté, elles ne voient pas les choses comme les hommes, elles n'y peuvent rien, même les malines." Dit Knivert, essayant de sembler rassurant. "Elle est probablement contrariée parce qu'elle pensait que vous la protégeriez du procès en premier lieu, et que vous auriez banni Charles lorsqu'il a suggéré qu'elle se conduisait peut-être mal."
C'était ce qu'Henry avait fait quand Brandon avait osé laisser entendre qu'Anne avait autrefois été l'amante de Thomas Wyatt et qu'elle n'était pas vierge, comme elle avait déclaré l'être quand elle refusait de devenir la maîtresse d'Henry. Knivert avait entendu toute l'histoire par son ami, qui avait été indigné à l'idée que, malgré son amitié de longue date avec le Roi, la parole d'Anne soit automatiquement acceptée devant la sienne, le Roi refusant de croire une parole contre elle, et qu'il allait être banni pour l'avoir offensé, mais il n'était pas assez bête pour le rappeler à Henry maintenant.
"Croyez-moi, je commence à souhaiter l'avoir fait." dit Henry d'un air sombre, pensant que la vie serait tellement plus simple pour lui s'il avait défendu la réputation d'Anne à l'époque, en réprimandant Brandon pour avoir suggéré qu'elle avait peut-être commis des crimes si révoltants, au lieu de l'avoir exposée au procès qui lui avait gagné le cœur de ce qui semblait être la plus grande partie de l'Angleterre.
Knivert ouvrit la bouche pour parler, voulant demander jusqu'à quel point les rumeurs qu'il avait entendues étaient vraies, qu'Henry avait sélectionné la dame dont il avait l'intention de faire la Reine d'Angleterre avant qu'Anne ne soit réellement reconnue coupable de trahison, avant même qu'Henry n'apprenne la possibilité de sa culpabilité, mais il la ferma avant de pouvoir dire un mot, sachant que sa question était importune.
Ses mouvements n'échappèrent pas à l'attention d'Henry, cependant, et il plissa les yeux, soupirant avec impatience.
"Qu'y-a-t-il, Anthony ? Il y a quelque chose que vous voulez demander, je peux le voir en vous regardant. Vous pouvez tout aussi bien cracher le morceau."
"Pardonnez-moi, Votre Majesté, je n'avais pas l'intention de vous offenser…" s'excusa rapidement Knivert, essayant de formuler une question diplomatique qui satisferait son ami. "C'est juste que… hé bien, il y avait des rumeurs, même à la campagne, et je me demandais… il était dit que votre mariage avec la Reine allait peut-être être annulé… ce n'était probablement rien, juste une stupide rumeur." Dit-il hâtivement, voyant la bouche de son ami se serrer devant ses mots. "Vous savez comme elles se répandent rapidement."
"C'était juste un malentendu." Déclara fermement Henry. "L'Archevêque Cranmer a effectivement examiné la validité de mon mariage, et il a trouvé qu'il s'agit d'une véritable union – comme je l'escomptais et l'espérais, évidemment," mentit-il. Il fronça les sourcils avant de continuer. "Je ne lui aurais pas demandé de l'étudier en premier lieu, si certaines personnes n'avaient pas suggéré que j'avais peut-être des raisons d'en douter."
Quand il lui présenta le bracelet doré, simple et sans fioritures hormis le pendentif de lui en miniature parée de bijoux, un remplacement pour le collier qu'Anne lui avait arraché du cou, le sourire de Jane fût lumineux et elle le remercia avec profusion pour sa générosité, insistant qu'elle était indigne d'un cadeau aussi magnifique et de son attention. Elle rougit avec une modestie bienséante quand il la contredit, lui disant que c'étaient le cadeau et lui qui étaient indignes d'elle, lui permettant d'attacher le bracelet autour de son mince poignet.
Son père et son frère étaient dans la pièce avec eux, évidemment. Henry n'aurait jamais rêvé de risquer la réputation de Jane en la voyant seule, surtout que plus de quelques courtisans avaient déjà remarqué son attention vers elle. Les deux hommes Seymour étaient assis à une table près de la fenêtre, plongés dans un jeu d'échec, donc il était facile d'oublier qu'ils étaient là et de parler librement avec Jane.
Elle l'admira un instant mais son expression devint sérieuse, troublée et Henry se hâta de lui demander quel était le problème, de la colère surgissant en lui à la pensée que quelqu'un avait peut-être rendu sa douce Jane malheureuse. Il se résolut intérieurement à parler avec Anne s'il apprenait qu'elle en était la raison, de lui faire clairement comprendre que, peu importe les sentiments qu'elle avait à ce sujet, il escomptait qu'elle traite Jane avec la courtoisie et le respect avec lesquels une femme si douce et vertueuse méritait d'être traitée, ou elle devrait en répondre devant lui.
"Qu'y a-t-il, ma chérie ?" demanda-t-il gentiment, inclinant son menton avec une main pour qu'il puisse regarder son visage et ses yeux bleu pâle. Il voulait l'embrasser mais il ne le ferait pas sans sa permission. "Quelque chose vous trouble-t-il ?"
"Ce n'est rien, Votre Majesté, vraiment," essaya de le rassurer Jane, mais il était clair pour Henry que quelque chose l'inquiétait. "C'est juste…" Elle hésita, lançant un regard vers son frère durant le plus bref des instants avant de regarder Henry et de partager ses pensées. "J'ai entendu mon frère et mon Seigneur Suffolk parler et…" Elle hésita encore, comme si elle craignait de continuer.
Elle ne devrait jamais avoir de raison d'avoir peur de lui parler !
Ce jour-là, Henry avait pensé qu'il n'y avait rien que Jane puisse dire qu'il ne voudrait pas entendre. Que chaque parole de ses lèvres serait de la musique angélique pour ses oreilles.
"Qu'y a-t-il ?" demanda-t-il très gentiment, souriant pour montrer qu'elle pouvait parler librement. Il avait autrefois dit à Anne que c'était la véritable définition de l'amour… pourquoi pensait-il à Anne ?
"Pardonnez-moi, Votre Majesté, je ne veux créer d'ennui à personne." S'excusa Jane avant de dire ce qu'elle pensait. "Ils disaient que certaines personnes doutaient de la validité de votre mariage avec la Reine Anne – ce qui m'a surprise, surtout que Sa Majesté vous a donné une douce petite fille – et je me suis demandée…" Elle sembla sentir qu'elle était allée trop loin, essayant de revenir sur ce qu'elle avait dit, insistant qu'elle n'avait jamais eu l'intention de suggérer qu'il y avait un doute dans son esprit sur la validité de son mariage et qu'elle n'avait pas l'érudition pour comprendre la question, le suppliant d'oublier qu'elle avait parlé et se tracassant à la pensée que des hommes bons puissent être punis parce qu'elle lui avait mentionné la question.
Il se hâta de la rassurer qu'il n'était pas fâché contre elle, qu'il ne pourrait jamais être fâché contre elle, et il jura qu'il ne punirait pas ceux qui avaient parlé mais, intérieurement, il sentit un frisson d'excitation devant ses paroles. Quand Anne avait perdu leur fils, quand elle avait osé reporter la faute sur lui, il avait été furieux contre elle et, dans sa colère, avait déclaré à Cromwell qu'il avait fait ce mariage sous l'emprise de la sorcellerie et donc qu'il le considérait nul et non avenu.
Maintenant, de par les lèvres de Jane, il recevait un signe.
Il était certain que c'était la manière de Dieu de montrer à Henry la voie qu'Il souhaitait qu'il suive.
Il était certain que c'était un signe qu'il devait dissoudre son mariage avec Anne et prendre une nouvelle épouse.
Quand Jane avait mentionné pour la première fois la suggestion que son mariage avec Anne pourrait ne pas être valide, cela n'était simplement pas venu à l'esprit d'Henry qu'elle avait peut-être un motif inavoué pour le suggérer. Même Anne n'avait pas été aussi effrontée, en suggérant qu'il devrait annuler son union avec Katherine pour elle ; il avait déjà décidé de le faire bien avant de lui demander d'être sienne, et elle n'aurait pas pu savoir qu'il envisageait l'idée de se libérer de Katherine afin de se remarier quand elle avait refusé de devenir sa maîtresse, car c'était un secret connu uniquement de Wolsey et lui-même. Il avait cru que Jane avait parlé sans ruse, qu'elle était sincèrement perturbée par les rumeurs qu'elle avait entendues et qu'elle ne lui en avait parlées que parce qu'il l'avait pressée.
Maintenant il en savait plus.
Maintenant il savait que les Seymour avaient espéré qu'il mette Anne de côté et qu'il fasse de Jane la Reine à sa place, et que c'était quelque chose qu'ils projetaient depuis longtemps, probablement depuis qu'il avait fait connaître son affection pour Jane pour la première fois, bien qu'Anne portait son fils à l'époque, un fils qu'ils avaient été contents de voir mourir parce que son arrivée saine et sauve aurait garanti la place d'Anne en tant que Reine. Ils avaient posé les yeux sur la couronne de Reine pour Jane et il était probable qu'ils l'avaient entraînée pour qu'elle aborde le problème de la validité de son mariage avec lui, dans l'espoir qu'ils pourraient semer le doute dans son esprit concernant Anne pour qu'il la mette de côté et qu'il épouse Jane à la place.
Aussi frustré qu'il l'était par le comportement d'Anne et aussi difficile que c'était de savoir que, en la reprenant, il avait peut-être abonné sa chance d'avoir un fils légitime, Henry préférait être marié avec elle quand il songeait que, dans d'autres circonstances, il serait peut-être marié avec Jane maintenant, innocemment inconscient de la magouilleuse impitoyable qu'elle était.
"La Reine sait-elle que l'Archevêque investiguait la validité de votre mariage avec elle?" demanda doucement Knivert, abordant la question diplomatiquement comme si c'était contre Cranmer qu'Anne devrait être en colère, si elle avait des raisons d'être en colère, même s'il était bien conscient du fait que le timide Archevêque n'aurait jamais osé enquêter sur le mariage royal s'il ne lui avait pas été indiqué que cela était le souhait d'Henry, surtout qu'il était connu pour avoir une grande estime pour Anne, sa compatriote réformatrice.
"Elle sait – bien que je ne sais pas comment elle est parvenue à le découvrir." Répondit Henry, fronçant les sourcils. "Elle m'en veut pour cela aussi. Elle est fâchée contre moi parce qu'elle pense que je voulais que la Princesse Elizabeth soit déclarée illégitime."
"Il est compréhensible qu'elle soit bouleversée." Fit remarquer Knivert avec circonspection. Il pouvait compatir avec Anne d'une certaine façon, et comprendre pourquoi cela la mettait en colère d'apprendre que son mariage aurait pu être annulé. N'importe quelle femme dans sa position aurait ressenti la même chose, surtout une femme qui était la mère d'un enfant. Knivert était d'avis que Katherine n'aurait pas lutté aussi fort contre l'annulation de son mariage si elle n'avait pas eu une fille dont la position était en danger si le mariage était annulé. "Si l'Archevêque s'était prononcé contre le mariage, alors la petite Princesse aurait été déshéritée. Les mères sont comme cela." Ajouta-t-il en connaissance de cause, bien qu'il n'était pas marié et qu'il n'avait pas d'enfant. "Même lorsque cela n'a aucun sens."
"Mais j'ai essayé de lui montrer qu'elle n'a pas besoin de s'inquiéter pour la position d'Elizabeth !" protesta Henry. "J'ai même ordonné que la Lady Mary vienne à la cour pour servir Elizabeth, et je lui ai commandé d'admettre qu'elle est une bâtarde et qu'Elizabeth est mon héritière. Que veut-elle de plus ?"
"Mais, vous voyez, vous ne pensez pas comme une femme, Votre Majesté." Fit remarquer Knivert, faisant un sourire désabusé à Henry. "Elles voient les choses différemment. Peut-être que la Reine ne voit pas que la position de la Princesse Elizabeth est garantie parce qu'elle ne voit pas de changement tangible dans la situation ; Elizabeth était déjà une princesse et Mary était déjà une bâtarde pour commencer, donc elle ne verra peut-être pas que la position d'Elizabeth s'est améliorée tant qu'elle ne pourra pas en voir une preuve."
"Vous le pensez ?" demanda Henry de façon dubitative. Anne était intelligente, il le savait, donc il aurait cru qu'elle aurait reconnu ce qu'il essayait de faire quand il avait rappelé Mary à la cour pour servir leur fille mais, si Knivert avait raison, elle voulait peut-être quelque chose de plus de lui, une sorte de garantie supplémentaire que la position de leur fille était en sécurité. Cela avait du sens. Mary agissait comme domestique d'Elizabeth depuis que leur fille était bébé, après tout, donc peut-être qu'Anne n'était pas aussi convaincue par le fait que la fille servait Elizabeth à la cour au lieu de juste Hatfield, comme il l'avait pensé.
"Je pense qu'elle sera probablement plus heureuse si elle sait que sa fille est en sécurité." Dit Knivert. "Elle s'en remettra probablement beaucoup plus vite si vous pouvez lui montrer qu'elle l'est."
Henry acquiesça, pensant que le conseil de Knivert était peut-être la meilleure suggestion qu'il avait entendue sur comment gérer l'attitude d'Anne.
Brandon avait été capable de lui offrir peu de conseil, sauf pour suggérer qu'il serait peut-être plus sage de ne pas satisfaire la bouderie d'Anne en se pliant à ses exigences et suggérer que, si Henry ignorait ses humeurs irritables et ne faisait aucun effort pour l'exhorter à lui parler à nouveau, ce serait elle qui ravalerait sa fierté en revenant vers lui.
Brandon n'avait clairement pas la moindre idée de comme Anne pouvait être obstinée quand elle avait une idée en tête ; si elle croyait qu'elle avait un grief contre lui, elle continuerait à se renfermer dans ses appartements et refuserait d'en bouger ou de se mêler à la cour, choisissant de s'affamer si sa seule autre alternative était de manger avec son époux. Peu d'autres avaient été capables d'offrir des suggestions constructives, et la plupart de leurs idées ne serviraient qu'à empirer les choses – comme la remarque qu'il avait entendue de Thomas Wriothesly, qui parlait à quelques compagnons, inconscient que son souverain était à portée de voix, et qui avait recommandé une bonne raclée pour raisonner Anne.
Même si Henry était disposé à franchir ce pas, il connaissait assez bien sa femme pour savoir que cela n'apporterait rien de bon à sa cause. Anne était déjà assez en colère contre lui sans empirer la situation.
Knivert avait raison.
S'il voulait persuader Anne de laisser le passé derrière eux et de prendre un nouveau départ en tant que mari et femme et en tant que Roi et Reine, Elizabeth était la clé. Anne aimait Elizabeth et ferait n'importe quoi pour leur enfant. Il devait lui montrer qu'il ressentait la même chose, qu'il voyait Elizabeth comme la seule Princesse de l'Angleterre et qu'il allait protéger sa position, quoi qu'il arrive. Il n'allait pas pouvoir se permettre de faiblir à l'égard de Mary et d'être tenté d'améliorer la position de sa fille tant qu'elle ne cèderait pas à sa volonté. Il allait devoir s'assurer que chaque sujet anglais acceptait Elizabeth comme étant son unique héritière légitime, du moins pour le moment. Pas même la perspective d'une alliance avec l'Empereur ne pouvait l'autoriser à se détourner de sa route, pas s'il voulait arranger la situation.
Il tendit le bras, posant une main sur l'épaule de Knivert, reconnaissant pour le conseil de son ami. "Merci, Anthony. Je pense que vous avez raison."
Si Anne voulait le voir garantir la sécurité de la position d'Elizabeth, c'était ce qu'il allait faire.
"Il y avait une prophétie, vous savez."
"De quoi parlez-vous ?" demanda gentiment Mary. "Vous n'avez jamais mentionné de prophétie."
Anne était restée assise en silence durant la plus grande partie de la soirée, depuis que les deux petites filles avaient été portées au lit. Elle avait joué avec Elizabeth et Annie dans l'après-midi, et elles avaient diné avec les enfants dans la nurserie, mais après cela, les sœurs avaient passé la soirée dans la chambre d'Anne. Trois des dames d'Anne étaient avec elles, assises de l'autre côté de la grande pièce, chacune occupée à coudre ou lire. Mary avait une broderie sur les genoux, comme sa sœur, mais bien qu'elle cousait industriellement, Anne avait à peine soulevé son aiguille, son attention dirigée vers les flammes qui dansaient dans la cheminée au lieu du tissu dans ses mains.
Quand elle parla, sa voix avait un ton doux, rêveur, qui fit frissonner intérieurement Mary.
"C'était il y a plusieurs années, avant que le Roi et moi ne soyons mariés – juste après que Katherine ait été renvoyée." Anne sourit avec nostalgie devant le souvenir des mois qui avaient immédiatement suivi le bannissement de l'autre femme. Après avoir passé si longtemps à vivre sous le même toit que la femme qui refusait fermement de renoncer à sa revendication qu'elle était l'épouse véritable d'Henry, cela avait été un tel soulagement d'être libérée de la présence de Katherine, et des yeux désapprobateurs des dames qui la servaient. Katherine partie, Anne avait été Reine en tout sauf en nom, et peu de personnes avaient fait l'erreur de douter que le titre allait bientôt être à elle en vérité, beaucoup des courtisans se ruant pratiquement dans ses appartements pour lui promettre leur soutien, voulant s'assurer que quand elle serait Reine, elle aurait des pensées affectueuses à leur égard et promouvrait leurs intérêts. Ils avaient été si heureux à cette époque. Comment tout avait-il pu tourner aussi mal en aussi peu de temps ? "Je l'ai trouvé sur mon bureau un jour, après être revenue d'une ballade avec Henry."
"Trouvé quoi ?" demanda Mary, perplexe.
"Un livre de prophétie – ce n'était pas vraiment un livre," corrigea Anne, voyant l'expression perplexe sur le visage de sa sœur. "Il y avait trois cartes ; une pour le Roi, une pour Katherine et une pour moi. Ma tête était coupée." Elle gloussa sans humour. "Je n'y ai pas prêté attention à l'époque."
"Vous aviez raison de ne pas le faire." Dit fermement Mary. "C'était juste quelqu'un qui essayait de vous effrayer et de vous bouleverser, c'est tout. Cela ne voulait rien dire, c'est juste une coïncidence."
"Vraiment ?" demanda Anne de façon morne, levant les yeux pour rencontrer le regard de sa sœur. "Quelqu'un voulait que je pense que si je continuais à me dresser entre Henry et la Princesse Douairière, j'en mourrais. Quand nous roulions dans la procession de mon couronnement, quelqu'un a essayé de me tirer dessus – et pendant que je portais Elizabeth ! Le mois dernier, des gens m'ont accusée d'adultère pour que je sois exécutée afin d'ouvrir la voie pour que cette putain de Seymour prenne ma place. Ce n'est pas une coïncidence, Mary, vous savez que ça ne l'est pas. Il y avait tellement de personnes qui voulaient se débarrasser de moi, ils ne peuvent pas tous avoir abandonné l'idée, même après ce qu'il s'est passé." Ses yeux se remplirent de larmes mais elle se mordit la lèvre inférieure, fort, peu disposée à leur permettre de s'échapper. Elle ne pouvait pas être faible, même devant sa propre sœur. Elle avait trop d'ennemis à l'affût, impatients d'avoir une opportunité pour la détruire. Elle devait être forte si elle voulait un quelconque espoir de se défendre, elle-même et son enfant, contre leur malice. Elles ne pouvaient clairement plus compter sur la protection d'Henry. "Je n'aurais cru qu'Henry aurait fait partie des gens qui voulaient me voir morte, même lorsque les choses ont dégénéré entre nous. Je n'aurais jamais cru que ça en arriverait à cela."
"Anne..." Mary hésita, incertaine de comment formuler sa question au mieux. Elle ne voulait pas bouleverser Anne et elle ne voulait certainement pas que sa sœur pense qu'elle prenait le parti du Roi sur ce sujet mais elle voulait également être juste avec lui, malgré la tentation de penser le pire de lui après ce qu'il s'était passé. "Etes-vous certaine que le Roi... Je veux dire, pensez-vous qu'il voulait que cela se produise ? Il vous a libérée, après tout, et a déclaré que vous étiez innocente. Pensez-vous qu'il est possible que des personnes comme Cromwell ont été capable de le convaincre que vous étiez coupable et qu'il croyait que vous l'étiez quand il vous a fait passer en justice ?"
Anne ricana de façon peu élégante. "Je suis certaine qu'il le croyait. Je suis certaine qu'il voulait le croire. Cela aurait très bien arrangé Henry si j'étais coupable ; il aurait été en mesure d'épouser sa putain aussitôt que ma tête aurait été coupée. Personne n'aurait pu prétendre que le mariage était invalide si Katherine et moi étions toutes deux mortes et il le savait. Il n'est jamais venu m'en parler, et il ne voulait même pas m'écouter quand j'ai essayé de lui parler. Il a simplement accepté tout ce que Brandon et Cromwell lui ont dit, même s'il savait qu'ils me détestaient tous les deux. Il savait que les nobles qui servaient de juges au procès voudraient rendre le verdict qu'il souhaitait. Ils n'étaient pas intéressés par la vérité, juste à faire plaisir à leur Roi et il était obligé de savoir que cela arriverait."
Mary hocha involontairement la tête. Ce qu'Anne disait avait beaucoup de sens. Une fois qu'il avait été connu que le Roi voulait se débarrasser d'elle, son verdict aurait été une conclusion courue d'avance et son procès rien de plus d'une formalité, une pure moquerie du système judiciaire avec un objectif à l'esprit : sa mort, avec la mort des hommes accusés avec elle comme dommages collatéraux, des sacrifices innocents pour atteindre le but du Roi.
"Il y a mis un terme, cependant, avant qu'il ne soit trop tard." Rappela-t-elle timidement à Anne, frissonnant intérieurement à la pensée que, sans l'intercession du Roi, son frère et sa sœur seraient morts à l'heure qu'il était. Evidemment, il n'y aurait pas eu besoin de son intercession s'il n'avait pas permis que des accusations aussi infectes soient portées contre eux en premier lieu. Elle ne pouvait pas oublier cette partie.
"Parce que sa conscience l'a emporté et ne voulait pas l'autoriser à aller jusqu'au bout." Déclara platement Anne, se renfrognant. "Même Henry n'était pas en mesure de se convaincre que j'étais coupable, sachant à quel point toute cette chose était ridicule. Cela ne change pas le fait qu'il l'ait laissé aller aussi loin en premier lieu, ni pourquoi il l'a laissé se produire. Je pourrais le comprendre si Brandon et Cromwell avaient pu construire un dossier solide, un dossier qui était assez convaincant pour faire croire à Henry que j'étais coupable – ça m'aurait quand même fait mal qu'il puisse croire un jour que je pourrais un jour le trahir de la sorte mais au moins j'aurais pu comprendre pourquoi il l'avait cru. Mais les accusations étaient juste du non-sens, Mary, n'importe quel idiot pouvait le voir. Tous les roturiers dans la cour pouvaient voir qu'il n'y avait pas de vraies preuves. Ils pouvaient voir que c'étaient juste des mensonges."
"Mais le Roi l'a cru."
"Parce qu'il le voulait. Il voulait croire que j'étais coupable afin de pouvoir se débarrasser de moi sans devoir avoir un procès pour enquêter sur la validité de notre mariage, après tous les ennuis qu'il a eus quand il a voulu dissoudre son mariage avec Katherine – bien qu'il projetait quand même de l'annuler une fois que j'aurais été partie pour pouvoir déclarer Elizabeth comme illégitime," ajouta-t-elle, son expression s'assombrissant avec colère à la pensée de la plus grande trahison d'Henry, "et parce qu'il voulait le croire, il s'est oblige à le croire. Il ne voulait pas me parler parce que, au fond, il savait que j'allais lui dire que j'étais innocente et que c'était la vérité. Ce n'était pas ce qu'il voulait entendre. La vérité lui importait peu. Tout ce qui lui importait était ce qu'il voulait. Il était disposé à croire peu importe ce qu'ils lui diraient tant que cela voulait dire qu'il pouvait se débarrasser de moi."
Il n'y avait rien que Mary puisse dire. Elle posa sa couture sur le côté, se déplaçant à côté d'Anne et prenant sa sœur dans ses bras, l'enlaçant gentiment et souhaitant qu'il y ait quelque chose qu'elle puisse dire ou faire pour apaiser sa souffrance évidente.
Deux larmes s'échappèrent de sous les paupières d'Anne mais elle les essuya aussi rapidement qu'elles étaient tombées, comme si elle avait honte de laisser qui que ce soit, même Mary, la voir pleurer.
"Je n'avais pas cru à la prophétie quand j'ai vu les cartes." Dit doucement Anne, plus pour elle-même que pour Mary. "Et si quelqu'un m'avait dit à l'époque – ou même il y a quelques mois – qu'Henry aurait été disposé à me laisser mourir, je ne les aurais pas cru. Même lorsqu'il a arrêté de m'aimer comme autrefois, je n'aurais jamais cru qu'il aurait pu me blesser de la sorte."
A suivre…
