Chapitre 10 :
Appartement du Dr Lorenz, le même soir…
Abby allongée dans le lit réfléchissait à sa situation. La jeune femme de six ans de moins qu'elle en train de dormir à ses côtés commençait à vraiment lui plaire… Raven, la propriétaire d'un bar qu'elle n'avait jamais vu, une de ses patientes et l'amie de Carrie… Non, l'amie de Clarke, se reprit-elle, celle qui lui avait dit de lui laisser une chance. Abby sourit à la femme endormie, heureuse de l'avoir écoutée. « Clarke » avait vraiment le don de s'insinuer dans sa vie et de la changer, de la rendre meilleure. Abby reporta son attention sur le dos nu à quelques centimètres et soupira, se sentant terriblement coupable. Raven n'était pas idiote, elle avait l'intuition qu'il se passait quelque chose entre Clarke et elle, que son amie et son Docteur se connaissaient… Abby lui avait précisé que ce n'était pas le cas, elle lui avait menti pour le bien de Carrie, cependant, le médecin avait révéler une petite partie de la vérité. Elle appréciait Clarke car la jeune femme lui rappelait sa sœur morte des années auparavant et Raven s'était contentée de cette explication pour le moment, se doutant qu'autre chose restait dans l'ombre.
Abby ferma les yeux prête à replonger dans le sommeil quand la sonnette de l'entrée retentit, pas un petit coup, non, une plainte longue, stridente et… urgente. Elle se leva en maugréant, enfilant son jean qui trainait sur le sol, se prenant au passage les pieds dans les sous-vêtements de Raven étalés sur le plancher. Abby se tourna constatant que la forme dans le lit se mettait à bouger et se précipita dans le salon allumant le plafonnier, jurant en se bagarrant avec le verrou de la porte d'entrée, le tournant dans le mauvais sens pour finalement se retrouver face à une femme en noir portant quelqu'un de visiblement blessé.
– Carrie a besoin de vous, Dr Lorenz, déclara l'inconnue pour toute explication.
Abby reconnut enfin son amie dans les bras de cette femme et resta un instant interdite devant le spectacle. L'étrangère n'en revint pas de son attitude, elle la bouscula et entra dans l'appartement et déposa Clarke sur le canapé en ordonnant :
– Dr Lorenz, Carrie est en train de mourir, bougez-vous !
Abby referma la porte et vint s'agenouiller près du corps de la blessée.
– Il faut appeler le 911, dit-elle en levant le visage vers Lexa, pourquoi ne l'avez-vous pas fait ?!
Lexa sortit son pistolet et pointa le médecin en déclarant froidement :
– Soignez-la, Dr Lorenz où elle va mourir, je vous expliquerai ce qu'il en est, mais vous savez que les secours arriveront trop tard si vous ne faites rien…
Abby regarda l'arme puis Clarke et prit sa décision.
– Je reviens, dit-elle, en courant vers la salle de bain.
Lexa s'approcha du canapé ne s'inquiétant pas plus de l'absence du médecin, elle savait qu'elle l'avait convaincue, elle écarta délicatement une mèche de cheveux du front de Clarke en murmurant :
– Tiens le coup, Clarke, je t'en supplie.
Elle s'écarta rapidement en voyant Abby revenir avec une trousse et différents instruments.
– Je n'opère pas chez moi d'habitude, expliqua-t-elle mais j'ai toujours un minimum de choses ici… Au cas où.
Abby mentait, la panoplie d'instruments de bloc opératoire qu'elle avait, était un cadeau pour leur dixième année de mariage de la part de Jake, un présent qui avait certainement coûté une fortune. Son époux avait fait graver son nom sur chacun et Abby avait refusé de les laisser à l'hôpital quand elle était partie du Kentucky, préférant les garder chez elle plutôt que de les utiliser dans cette nouvelle ville où elle prenait encore ses marques, et puis elle valait aussi mieux éviter le côté un peu « m'as-tu vu » qu'aurait engendré l'arrivé de ces instruments auprès des infirmières de son bloc. Abby était quelqu'un de discret et ces ustensiles faisaient parti du passé.
Le chirurgien découpa le chemisier de Clarke et observa la plaie, elle tourna la jeune femme sur le côté et jura en remarquant qu'il n'y avait pas de trou de sortie, la balle était toujours à l'intérieur, conclut-elle.
– Que puis-je faire, demanda Lexa ?
– Baissez ce pistolet et appelez le 911, commanda froidement Abby.
Lexa s'assit dans le fauteuil à quelques mètres du canapé et répondit calmement, le canon de l'arme toujours en l'air et rassurée qu'Abby s'occupe de Clarke.
– Non. Vous n'avez pas dû faire attention au prénom que j'ai employé en arrivant ici…
Abby suspendit ses gestes et tourna la tête vers elle :
– Carrie, chuchota-t-elle.
– Exactement. Nia sait où elle se trouve et qui elle est, qui croyez-vous qui lui a fait ça… Je ne sais pas combien de personnes sont après elle, mais si elle va à l'hôpital, elle risque de ne pas passer la nuit…
Le docteur baissa la tête commençant enfin à comprendre la situation et secoua la tête. Elle fixa le visage en sueur de Clarke qui ouvrait péniblement les yeux en délirant. Abby passa une main sur son visage en murmurant :
– Je suis désolée, Carrie, ça va faire mal…
Lexa scrutait le médecin qui l'avait parfaitement entendue et aussi parfaitement saisi ce qu'il se tramait, Clarke l'avait donc prévenue… Elle capta la silhouette qui se cachait derrière la porte de l'entrée de la pièce et se leva pour dénicher celle qui essayait pathétiquement d'appeler les secours en insultant son portable qui refusait d'appeler l'extérieur, il y avait pourtant du réseau ! Elle faillit crier en apercevant la femme en noir devant elle qui la menaçait et la regardait froidement tout en disant d'un ton glacial.
– Venez donc vous joindre à nous… Raven.
Cette femme connaissait son nom ! Elle était foutue ! Raven hocha la tête en déglutissant et obéit. Quand elle comprit que la personne sur le canapé était Clarke, elle se retourna prête à désarmer celle qui lui faisait peur et se confronta à une femme qui lui souriait gentiment, s'amusant de son air déterminé.
– Asseyez-vous, Raven, je n'ai nullement l'intention de vous faire du mal et j'ai amené Clarke pour que le Dr Lorenz la sauve…
Elles furent interrompues par le cri de douleur de Clarke qui s'évanouit, Lexa accourra vers le canapé en demandant :
– Que s'est-il passé ?!
Abby regardait l'instrument couvert de sang dans ses doigts puis examina la balle déposée dans le bol en plastique. Elle expira de soulagement, le projectile était intact.
– J'ai retiré la balle, dit-elle tout simplement.
– A-t-elle fait des dégâts ? Demanda Lexa.
– Je ne sais pas, il faudrait faire des examens, il faudrait l'emmener à l'hôpital…
– C'est trop dangereux. Vous le savez.
Abby secoua la tête, tâtant les organes autour de la plaie d'un air concentré et répondit.
– Je pense que ça va aller. Je vais la recoudre mais je ne peux rien faire de plus, dit-elle lamentablement.
– Je vais surveiller, Carrie, si son état empire je vous promets de moi-même l'emmenez dans une clinique…
– Qui êtes-vous ? Demanda Raven à qui toute cette situation échappait complètement et ne qui ne supportait plus qu'on l'ignore aussi effrontément. La personne blessée était son amie, elle avait le droit de savoir ce qu'il se passait !
Lexa la regarda un long moment et soupira en se focalisant à nouveau sur Abby :
– Dr Lorenz, pouvez-vous lui expliquer, et me donner une liste de médicaments pour Clarke ?
Abby hocha la tête finissant son pansement, en se demandant pourquoi elle acceptait si facilement de faire confiance à cette femme.
– Très bien, mais je veux d'abord savoir pourquoi vous aidez « Clarke ».
Lexa ferma les yeux, elle n'avait pas le temps de s'expliquer, cependant devant l'expression d'inquiétude profonde du médecin, elle décida de lui dire la vérité.
– Carrie vous a-t-elle parlé de Finn, son fiancé ?
Abby fronça les sourcils puis hocha la tête en signe d'acquiescement.
– Ce n'est pas possible, je dois être invisible ?! Grogna la voix de Raven sur leur gauche.
Lexa fixait Abby qui, comme elle, ne s'occupait pas de la jeune femme qui râlait.
– Nia a fait tuer une personne que j'aimais, avoua Lexa, Carrie est moi avons quelque chose en commun, la même haine pour la famille Givens, sauf que contrairement à elle, je suis en mesure d'en finir avec toute cette histoire…
Abby haussa les sourcils.
– Vous allez tuer cet homme qui la menace, ce Roan Givens ? Demanda Abby n'en revenant pas.
Lexa cligna des yeux pour confirmer.
– Oui, lui et tous les Givens, dit-elle sans la moindre once de pitié dans la voix.
Raven en proie à l'énervement le plus total, toujours menacée par l'arme d'une folle en noir, qui elle le voyait bien, était capable de « faire la causette » tout en continuant à la surveiller du coin de l'œil, avala sa remarque en entendant les deux femmes parler. Son ouïe lui faisait-elle défaut, avait-elle mal compris ? Cette inconnue venait de confesser qu'elle allait tuer toute une famille comme si c'était la chose la plus banale au monde ?! Raven dans un état second, observa Abby donner un papier à cette étrangère qui venait de vérifier son portable et ne s'étonna même plus de la suite de leur dialogue.
– Pourquoi, ais-je le sentiment étrange de pourvoir vous faire confiance ? Questionna Abby en aidant Lexa à reprendre Clarke dans ses bras.
Le médecin remarqua la grimace de Lexa et reconnut l'expression de la douleur.
– Vous êtes blessée ?
– Juste une égratignure, la rassura Lexa. Changeant de sujet revenant à la première crainte du médecin. Pourquoi me faire confiance ? Répéta-t-elle. Parce que je veux la même chose que vous. Je veux que Carrie puisse vivre normalement, sans plus avoir peur pour sa vie, et qu'elle soit à nouveau heureuse…
Abby observa les traits de cette femme qu'elle ne connaissait pas, saisissant qu'elle ressentait quelque chose pour la blessée dans ses bras… un besoin de protection ? Ou peut-être autre chose, un sentiment plus fort…
– Donnez-moi des nouvelles, implora-t-elle.
– Oui, je vous le promets, répondit Lexa en s'éloignant pour se retourner une dernière fois vers elle. Merci, Abby, pour votre aide.
Raven s'était levée, prête à s'interposer puis recula d'un pas devant le regard de Lexa, elle se tourna vers Abby qui venait de lui prendre le bras l'empêchant d'intervenir, laissant partir la tueuse et son amie dans ses bras.
– Raven, il faut qu'on parle, lui dit doucement Abby.
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Williamsburg, quelques jours plus tard…
Clarke se réveilla dans une chambre qu'elle ne connaissait pas. Encore à moitié assommée par les médicaments, elle se demanda si la rangée de peluches assise dans un coin de la pièce qui la fixaient gentiment était une illusion. Elle porta une main à son abdomen, nota le pansement et souleva doucement les draps pour vérifier son état. Clarke fronça les sourcils en constatant qu'elle portait… une couche !
Depuis combien de temps était-elle dans ce lit ?!
Elle se mit debout tout doucement, évitant les gestes brusques, en remarquant la perfusion dans son bras. La jeune femme s'approcha d'une chaise aussi rapidement qu'une tortue agonisante et mit une éternité à passer le bas de pyjama en grimaçant chaque fois qu'elle se baissait, sentant les points de sutures tirer sur son ventre.
Clarke leva la tête en entendant les premières notes de piano. Quelqu'un était en train de jouer dans la pièce d'à côté ? Mais que s'était-il passé ?! Elle essaya vainement de se rappeler des jours précédents pour finalement abandonner devant le trou noir complet et énervant parmi ses souvenirs – une première ! – et aussi pour éviter la migraine qui menaçait d'arriver si elle persistait dans ce sens.
Tout en faisant rouler la potence métallique sur laquelle une poche de liquide suspendue continuait à se déverser lentement dans son bras, Clarke traîna des pieds et sortit de la chambre, se dirigeant vers le morceau de musique qu'elle avait déjà entendu mais qu'elle n'arrivait pas à reconnaître.
Foutus médocs, jura-t-elle intérieurement en atteignant le salon, s'arrêtant devant celle assise face à l'instrument, qui absorbée par la mélodie, fermait les yeux en appuyant sur les touches, ne l'ayant visiblement pas remarqué.
Lexa ? S'interrogea intérieurement Clarke en reconnaissant la pianiste et en continuant sa longue traversée vers le canapé afin de se reposer un peu. Le divan confortable n'était qu'à quelques mètres mais paraissait aussi éloigné qu'un fichu puits dans le désert.
La pauvre convalescente se prit les pieds dans le tapis et manqua de tomber, s'accrochant comme une désespérée à la potence qui roulait dangereusement et perturbait encore plus son équilibre délicat. Au moment où Clarke sentit qu'il était trop tard, qu'elle allait embrasser le sol avec « délectation », elle fut tirée en arrière et étreinte doucement pendant que murmurait à son oreille une voix qu'elle n'avait pas entendue depuis plusieurs jours.
– Vraiment, Capitaine ? J'essaie de te sauver la vie et toi tu t'apprêtes à saboter tout mon travail à cause d'un tapis ? Commenta Lexa amusée et surtout rassurée de l'avoir rattrapée à temps.
Clarke se détendit, heureuse de l'avoir échappée belle et cligna des yeux pour reprendre un peu ses esprits avant de demander d'une voix rauque :
– Pourquoi je porte une couche ?
Lexa se mit à rire et recula pour la regarder, elle lui prit le bras gentiment la guidant hors du salon.
– Viens, je te ramène à la chambre, il faut que tu te reposes, Clarke.
Clarke hésita, voulant résister, mais elle abandonna vu l'état déplorable de fatigue dans lequel elle se trouvait. Lexa avait raison, elle devait encore dormir quelques heures. Elle écouta vaguement ce que la jeune femme disait.
– Abby a vu juste, elle pensait que tu te réveillerais bientôt. C'est bon signe, on a cru que tu ne t'en sortirais pas...
– Où est Abby ? Demanda Clarke d'une voix pâteuse, oubliant un instant que Lexa et le médecin ne se connaissaient pas.
– Elle sera là ce soir, répondit simplement Lexa en l'aidant à se remettre au lit.
La tueuse borda Clarke à moitié endormie, et posa une main sur son front :
– Dors, Clarke, tu as encore besoin de repos.
La jeune femme ferma les yeux en se disant qu'elle n'avait pas eu la réponse à sa question sur la couche et s'endormit.
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Abby assise dans le canapé de la petite maison de Williamsburg un verre de vin à la main, souriait en écoutant Lexa, Clarke s'était réveillée ! Elle fronça les sourcils en entendant la suite du récit, et elle avait joué au parcours du combattant dans son état !
– Lexa ! Gronda-t-elle, Carrie n'aurait pas dû marcher toute seule jusqu'au salon !
La jeune tueuse leva les yeux au ciel.
– Abby, je ne l'avais pas entendue et tu la connais mieux que moi, non ? Est-ce qu'elle m'aurait écouté ? Franchement ?
Le docteur secoua la tête en confirmant.
– Non, elle est aussi têtue qu'une mule.
– Alors c'est vrai, les médecins font toujours les plus mauvais patients, observa avec malice Lexa.
Abby la regarda gentiment. La femme buvant un verre de scotch devant elle était une tueuse professionnelle, mais également « l'ange gardien » de Carrie. Clarke, se reprit-elle pour la énième fois. Nom d'une pipe, elle n'y arriverait jamais ! Lexa l'avait rappelée dès le lendemain soir, lui expliquant que Clarke avait de la fièvre et l'avait guidée jusqu'à Williamsburg dans cette petite maison. Abby s'était occupée de la jeune femme et une fois ses soins administrés, Lexa et elle avait longuement parlé.
En d'autres circonstances, le Dr Lorenz n'aurait pas hésité à appeler la police, sauf que dans cette situation, un simple coup de fil pouvait condamner son amie. Lexa semblait réellement tenir à elle et la présence du médecin dans ce lieu le lui prouvait. Lexa lui avait tout raconté et l'avait aussi avertie que si elle venait à révéler à qui que ce soit sur l'existence de cette maison, Abby ne survivrait pas un mois de plus sur cette terre. Elle se ferait tuer. Oh, pas par Lexa, par égard pour leur nouvelle alliance et surtout par égard pour Clarke, la jeune tueuse ne ferait rien contre elle, mais une certaine Anya se chargerait de son cas.
Abby n'avait donc rien dit sur ses sorties nocturnes, à personne, même pas à Raven qui la bassinait et la harcelait pour qu'elle parle, usant de pratiques plus qu'inattendues qui avait mis le pauvre docteur à rude épreuve.
Lexa observait le médecin perdue dans ses pensées qui terminait son verre de vin, en se disant qu'elle avait eu raison de lui faire confiance, comprenant pourquoi Clarke l'appréciait. Abby l'avait agréablement surprise par son sang froid et la façon dont elle avait gérer toute cette histoire. Lexa ne regrettait pas sa présence, même si elle générait du travail en plus pour Monty qui effaçait ses traces et tous ses allers-retours entre Richmond et Williamsburg, guidant le médecin par téléphone ou changeant son itinéraire régulièrement. Une besogne qui énervait le jeune homme, bien que Lexa le soupçonna de jouer la comédie et, d'en secret, adorer parler avec la belle Abby Lorenz.
Abby se leva du canapé et déclara qu'elle allait voir Clarke. Lexa hocha la tête en guise d'acceptation et replongea dans ses réflexions sur la suite des évènements.
Une des lampes de la chambre était allumée, Abby entra en souriant à la femme endormie, elle fit le tour du lit et s'approcha doucement de Clarke. Que n'aurait-elle pas donné pour un scope dans cette pièce afin de connaître les constances de la jeune femme en directe au lieu de le faire manuellement !
Le médecin posa sa sacoche sur le sol et en sortit le stéthoscope, l'accrocha à son cou, attrapa le poignet de la jeune femme toujours assoupie, et compta les battements de son cœur en regardant sa montre, satisfaite, elle vérifia avec le stéthoscope le son régulier de l'organe et les poumons, regrettant que la patiente soit en train de rêver. Abby ne pouvait pas valider complètement l'absence de crépitement aussi bien que si Clarke avait été réveillée et respirée profondément pendant l'examen. Le docteur soupira, se pencha vers ses affaires, à la recherche de son tensiomètre et sursauta aux mots prononcés par Clarke dans son dos.
– Salut, Dr Lorenz, dit-elle d'une petite voix.
– Carrie… répondit, Abby en se tournant vers sa patiente et en la regardant tendrement. Comment te sens-tu ?
– Clarke, la corrigea doucement la jeune femme en s'asseyant lentement dans le lit. Elle grimaça et continua d'un air désespéré. Je porte une couche !
Abby éclata de rire. Lexa avait raison les médecins étaient vraiment les plus mauvais patients.
– Blâme Lexa, pour ça, elle a refusé que je te pose une sonde urinaire. Entre nous, je crois qu'elle avait peur que je ne sois pas là pour te l'enlever et il était plus facile de te débarrasser d'une couche…
Clarke la regarda sans vraiment comprendre et demanda :
– Que s'est-il passé ? Où sommes-nous ?
Abby reprit un air sérieux :
– Je pense que tu devrais avoir une conversation avec Lexa…
– Qu'est-ce que Lexa vient faire là-dedans ? Questionna Clarke.
– C'est à elle de te répondre… Maintenant « Clarke », laisse-moi finir de t'examiner. Inspire profondément que je vérifie correctement tes poumons.
Clarke obtempéra, ne prêtant plus attention au docteur qui continuait machinalement son inspection, satisfaite par le son clair des organes respiratoires, elle continua passant un brassard autour de son bras. La jeune femme commençait à avoir quelques flashs de la nuit où elle avait été blessée. Lexa était présente et…
– Ta tension est bonne, l'interrompit Abby en arrachant le scratch du brassard, rangeant le tensiomètre manuel dans ses affaires. Comment va ton ventre ? Tu as mal ? Demanda Abby tout en palpant doucement son abdomen.
– Non ça va, répondit Clarke, mes points de sutures tirent un peu.
– Je vois, fais attention, tu n'en as pas beaucoup mais évite de les arracher. Je vais te faire une prise de sang, expliqua Abby en prenant le nécessaire dans sa trousse. Tu as failli développer une septicémie il y a quelques jours et…
– C'est pour ça que j'ai ce remède de cheval, termina Clarke en montrant la poche accrochée à la potence au trois quart vide.
– Oui. C'est la dernière poche du traitement que je t'ai prescrit, à la fin de celle-ci, tu arrêtes pendant quelques jours, et en fonction de ton bilan sanguin on continuera ou non.
– Et les couches ?
– Les couches, c'est fini pour toi, répondit aussi sérieusement Abby qu'elle le pouvait. Je vais t'aider à enlever celle que tu portes.
Le médecin se leva et souleva les draps, tirant doucement sur le bas de pyjama de Clarke pour le lui retirer.
– Ça t'amuses, hein ? Demanda Clarke légèrement boudeuse.
– Oui, répliqua Abby.
Jetant l'objet si détesté dans un sac poubelle avec d'autres déchets. Elle aida Clarke à remettre le pantalon et à se recoucher dans le lit.
– Tu vas pouvoir marcher un peu, mais vas-y doucement, lave-toi sans mouiller le pansement et change-le toutes les soixante douze heures, expliqua le médecin. Lexa a récupéré ce qui il fallait, n'hésite pas à lui demander de l'aide ou à…
– Je connais la musique, Abby, répondit Clarke d'un air excédé.
– Carrie…
Clarke croisa son regard et baissa les yeux.
– Je sais, Abby, excuse-moi, je te remercie pour tout. Je… je suis en danger, n'est-ce pas ? Ils m'ont retrouvé ?
– C'est avec Lexa que tu dois en parler, je ne connais pas toute l'histoire.
Clarke hocha la tête en signe de compréhension.
– Tu vas revenir ?
– Pas tout de suite, il vaut mieux que j'espace nos « entretiens », tu es en train de guérir et j'ai de plus en plus de mal à expliquer mes sorties nocturnes ou ne serait-ce qu'à empêcher Raven de me suivre, ou encore de réussir à la semer…
– Raven essaie de te suivre ?!
– Oui, elle est au courant pour toi et voudrait te voir.
– C'est trop dangereux, même toi, tu ne devrais pas être là, expliqua Clarke, commençant enfin à avoir une légère éclaircie dans ce brouillard qui lui encercler le cerveau depuis son réveil.
– Je sais, approuva Abby.
Clarke regarda son amie et plissa les yeux en comprenant enfin :
– Non ?!... Toi et Raven ?
Abby rougit malgré elle, et se défendit :
– C'est toi qui me la mise dans les pattes !
Clarke souriait.
– Elle te rend heureuse ?
– Oui, murmura Abby.
– Alors, c'est l'essentiel…
Abby regarda la jeune femme alitée et déclara les larmes aux yeux :
– Tu crois que nous nous reverrons ?
– Je vais tout faire pour, répondit Clarke d'une voix émue.
Abby la prit dans ses bras.
– Tu vas me manquer, Carrie.
– Toi aussi, Abby… Dis à Raven que je vais bien, d'accord ?
– Je te le promets.
Le médecin se dégagea doucement et observa longuement la jeune femme comme pour graver son visage dans sa mémoire.
– Je vais bien, Abby, il faut que tu y ailles, l'avertit doucement son amie.
Abby renifla et se leva. Elle lui jeta un dernier coup d'œil en rendant son sourire à Clarke.
– Puissions-nous nous revoir, Carrie.
– Puissions-nous nous revoir, Doc'.
Le docteur referma la porte et pénétra dans le salon où Lexa l'attendait.
– Prends soin d'elle. Et appelle-moi si besoin.
– Je te le promets, Abby.
Le médecin hocha la tête en signe d'adieu et sortit de la maison sous le regard songeur du Commander.
.
Clarke ouvrit les yeux et observa le plafond au-dessus d'elle. Le jour était levé, elle s'assit doucement dans le lit encore groggy et son cœur manqua un battement quand elle aperçut la silhouette assise à l'ancienne place des peluches. Elle soupira en la reconnaissant et croassa :
– Lexa… Ça fait longtemps que tu es là ?
– Depuis qu'Abby est partie…
Clarke n'essaya même pas de calculer dans sa tête le nombre d'heures que la jeune femme avait dû passer à la veiller. Elle se racla la gorge et demanda :
– J'ai besoin de me rafraîchir, tu peux m'aider ?
– À prendre une douche ?
Clarke cligna des yeux et fixa Lexa imperturbable qui attendait la réponse. La jeune femme se demanda si elle plaisantait puis fronça les sourcils remarquant quelque chose qui lui avait échappé la vielle. Dieu qu'elle était lente à cause de ses médicaments ! Pensa-t-elle avant de lui poser la question.
– Qu'est-il arrivé à ton accent ? Je croyais que tu étais australienne… ?
– Ah, oui… mon accent, répéta Lexa. Je l'ai perdu sur la route entre Richmond et ici, plaisanta-t-elle.
Clarke secoua la tête, elle voulait plus de détail sur ce point, mais à cet instant, plus que tout, elle avait terriblement envie de prendre une douche, elle était sale et… odorante.
Elle leva la tête vers Lexa devant elle qui lui tendait la main, Clarke n'avait même pas remarqué qu'elle s'était approchée. Elle espéra vivement que le côté brumeux que lui donnait le remède d'Abby s'estomperait rapidement car elle commençait en avoir assez d'être complètement au ralenti.
– Viens, je vais t'aider à aller jusqu'à la salle de bain, lui expliqua Lexa en la tirant doucement vers elle.
Clarke se mit sur ses pieds et testa son équilibre, elle remarqua que sa tête tournait un peu trop, pendant que Lexa reprenait :
– Abby a appelé, les tests sanguins sont bons. Elle m'a aussi expliqué que ton traitement pouvait te rendre encore un peu « faible », ton état devrait s'améliorer dans les prochaines heures, mais il est possible que ta tête tourne un peu ou encore que tu ais l'impression de peser trois tonnes.
– J'ai surtout l'impression d'avoir deux de tension, grogna Clarke.
Lexa sourit et la soutint tout le long de son expédition vers la douche. Elle l'aida à s'assoir sur le bord de la baignoire et expliqua :
– Je vais te chercher des affaires propres…
La jeune femme se leva et nota que Clarke partait légèrement en arrière. Lexa se précipita vers elle et la retint.
– Tu sais quoi, Clarke ? Je vais te ramener dans ton lit, on va attendre encore un peu pour que tu te laves…
– Non… murmura, Clarke, Lexa s'il te plaît, j'ai besoin de me débarrasser de…
Clarke ne termina pas sa phrase sentant les larmes couler sur ses joues. Lexa comprit que le meurtre dont Clarke avait été témoin, Finn, Richmond, Nia et la deuxième tentative d'assassinat sur sa personne menaçaient de remonter à la surface et de la faire complètement craquer dans cette salle de bain si elle n'intervenait pas rapidement. La jeune tueuse ferma brièvement les yeux et prit le visage de Clarke dans ses mains l'obligeant à la regarder.
– Je suis là, Clarke. Je suis là, dit elle fermement. Je vais t'aider.
Lexa boucha la cuve en céramique, tourna le robinet d'eau chaude et aida Clarke à enlever ses vêtements avec toute la douceur dont elle était capable.
– Assieds-toi dans la baignoire, ordonna-t-elle gentiment continuant à la soutenir jusqu'à ce qu'elle soit installée pendant que Clarke n'osait pas la regardait.
Lexa attrapa un gant de toilette et le mouilla sous le jet en demandant si l'eau n'était pas trop chaude. Clarke la tête baissée, les bras encerclant ses genoux remontés contre sa poitrine ne répondait pas. Lexa soupira face à son attitude.
– Clarke, arrête tu veux, il est vrai que la situation pourrait être embarrassante, mais j'ai décidé de laisser mon désir incommensurable pour ta petite personne dans l'autre pièce. De toute façon, tu sais quoi, Capitaine ? Je ne voulais pas te le dire… et puis… finalement je préfère tout t'avouer. Je suis désolée, mais je te trompe avec l'Amiral…
Lexa observa le petit sourire sur le visage de Clarke et sut qu'elle avait réussi, avec elle il valait mieux retourner la situation, la rendre un peu grotesque pour qu'elle s'accroche à quelque chose. Clarke avait du mal à gérer ses émotions et l'humour entre elles, avait eu une place importante dès le début. Il fallait continuer, lui montrer que rien n'avait changé, du moins jusqu'à ce que Clarke apprenne la vérité sur son compte et l'existence du Commander.
– L'Amiral… répéta Clarke. Depuis combien de temps, matelot ?
Lexa passa doucement le gant savonneux sur le dos de Clarke qui se détendait un peu en continuant leur petit jeu.
– J'ai pris du gallon, Capitaine. Je ne suis plus matelot. Je suis, Sergent, maintenant…
Clarke émit un petit rire et attrapa le pommeau de la douche en déclarant tout bas :
– Tu peux m'aider à me laver les cheveux ?
Lexa soupira, feignant l'exaspération.
– Si c'est une ruse pour me faire revenir vers toi, ça ne marchera pas… Mon cœur appartient à l'Amiral… Penche la tête un peu en arrière s'il te plait, Clarke, et ferme les yeux.
La jeune femme s'exécuta en esquissant un sourire. Lexa massa doucement son cuire chevelu avec le shampoing en écoutant Clarke contre-argumenter :
– Tu crois que tu es le premier matelot que l'Amiral prend dans ses filets…
– Je m'en fiche, et je suis Sergent…
– Tu sais ce qu'on dit à son sujet ?
– Je ne veux pas savoir… Mais, vas-y, réfléchis donc à une méchanceté, Capitaine, pendant que je te rince les cheveux, penche à nouveau la tête en arrière s'il te plaît, répondit Lexa.
Clarke obéit, essayant désespérément de trouver plutôt quelque chose de loufoque. Lexa déposa le pommeau dans le fond de la baignoire attendant la répartie de Clarke.
– Alors, qu'est-ce qu'on dit à son sujet… ?
– Je croyais que tu ne voulais pas savoir, la taquina Clarke.
– Tu as raison, répondit Lexa en se levant. C'est bien ce que je pensais, l'Amiral l'emporte haut la main sur le Capitaine et…
– Attends ! Cria, Clarke.
Clarke regardait autour d'elle à la recherche d'une idée brillante et lâcha.
– Il parait que c'est une fausse blonde !
Lexa haussa les sourcils et éclata de rire.
– C'est nul ! C'est indigne de toi, Capitaine, dit-elle avec une moue désapprobatrice.
– Je suis sous médicaments, se justifia Clarke en marmonnant, mon cerveau est plus lent que d'habitude.
Lexa s'accroupit et la regarda tendrement.
– Ça va aller, Clarke ? Ou tu veux que je t'aide pour le reste de ta toilette ? Demanda-t-elle sérieusement.
Clarke détourna le regard en murmurant.
– Non, je devrais m'en sortir, merci, Lexa.
La jeune tueuse se leva et expliqua :
– Je vais te chercher des affaires propres et changer les draps du lit. Cris, si besoin.
Clarke sourit et hocha la tête, Lexa lui rendit son sourire et sortit de la pièce, heureuse d'avoir insisté pour l'aider, Clarke n'avait pas craqué et il lui fallait toutes ses forces pour faire face à la réalité qui lui tomberait dessus.
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Clarke se réveilla à nouveau dans le lit, constatant qu'elle était seule et que la nuit était tombée, elle referma les yeux à la recherche du sommeil dont elle avait encore besoin, pour finir par soupirer en voyant qu'il la fuyait malgré ses efforts. Elle s'assit dans le lit et attendit. Les effets dévastateurs de son traitement semblaient avoir disparu. Clarke se leva, fit quelque pas et remercia le ciel de pouvoir avoir accès à son cerveau normalement. Elle chercha dans sa mémoire les derniers souvenirs avant son arrivée dans cette maison et porta une main à son front manquant de tomber. Elle se rattrapa au dossier d'une chaise et inspira profondément pour se calmer. Après un temps qu'elle jugea suffisant, Clarke sortit dans le couloir et marcha en direction du salon. Lexa assise dans le fauteuil face à la cheminée regardait les flammes, pensive. Clarke l'observa en se demandant son rôle dans toute cette histoire, craignant d'avoir en partie deviné. Si elle avait raison alors elle devait fuir, pourtant la présence d'Abby le jour précédent changeait la donne.
– Il vaudrait mieux que tu t'assieds, Clarke, proposa Lexa sans tourner la tête.
Clarke pénétra dans la pièce et s'avança vers le canapé sous les yeux de la femme qui avait hésité à se lever pour lui venir en aide et s'était abstenue devant son signe de tête négatif. Quand la jeune femme fut enfin installée dans le divan, Lexa lui demanda :
– Tu as faim ?
– Oui.
– Abby, m'a dit que pour ton premier repas, tu avais droit à du bouillon, ou de la soupe…
– Pourquoi pas une compote et un yaourt aussi pendant que tu y es ? Râla Clarke.
– Ça ce sera le dessert, répondit sérieusement Lexa en se levant pour aller réchauffer à manger à la jeune femme. Tu veux que je t'apporte une couverture ?
– Non… Merci.
Lexa disparut et Clarke observa les flammes en l'attendant. Les deux femmes savaient que le temps des explications était venu mais aucune d'elle ne paraissait si pressée d'avoir cette conversation. Qu'il était facile de se voiler la face, remarqua Clarke intérieurement, ce pouvait être si rassurant… Elle entendit Lexa revenir et étudia la jeune femme qui posait le bol de soupe sur la table basse en expliquant.
– C'est trop chaud, pour le moment, laisse-le refroidir un peu, d'accord ?
– D'accord.
La jeune tueuse se rassit dans son fauteuil et scruta les traits de Clarke qui avait reporté son regard vers la cheminée, puis Lexa suivit des yeux la fumée qui s'échappait du liquide trop chaud sur la petite table. Après quelques instants, elle sourit et déclara :
– Capitaine, je tiens à préciser une chose sur l'Amiral, ce que tu as dit sur elle est totalement faux…
– Qui est le Commander ? La coupa Clarke en la fixant, durement.
Lexa inspira profondément :
– Tiens-tu vraiment à avoir cette conversation maintenant ? Tu ne veux pas te reposer encore un peu ?
Clarke tergiversa, le ton de sa voix trahissait une réelle anxiété. Elle ferma un instant les yeux et répéta.
– Qui est le Commander ?
– Moi, souffla, Lexa.
Clarke avala sa salive et continua :
– Quel est le métier du Commander ?
– Clarke…
– Lexa, s'il te plaît.
Lexa expira et répondit :
– Je suis une tueuse professionnelle et j'ai été engagée par Nia Givens pour te retrouver et te tuer… Carrie Johnson.
Clarke pâlit, ce dont elle avait peur prenait forme d'une manière vraiment désagréable.
– Qui est Carrie Johnson ? Demanda-t-elle innocemment.
Lexa sourit et la regarda d'un air qui voulait dire qu'elle n'était pas dupe sur le rôle qu'elle jouait. Clarke était fatiguée et en avait assez de mentir. Si ce soir était son dernier sur Terre alors elle acceptait d'arrêter d'incarner Clarke Griffin pour connaître la vérité sur la femme qui l'épiait calmement.
– Tu sais qui je suis, depuis tout ce temps ? Depuis notre première rencontre ?
– Oui.
– Pourquoi suis-je toujours en vie ? Murmura-t-elle.
– Parce que je n'aime pas Nia Givens.
Clarke fronça les sourcils.
– Et c'est tout ? Tu n'aimes pas ton employeur donc tu décides de refuser de me tuer et de m'aider à la place ? Je ne te crois pas… Il y a autre chose.
Lexa se leva et attrapa une bûche qu'elle déposa sur les braises. Elle souffla longuement sur celles-ci jusqu'à ce qu'elle soit satisfaite du résultat et se rassit dans son fauteuil, reportant son regard sur Clarke.
– Ta soupe va être froide, Clarke…
– Non, mais dites-moi que je rêve ?! Bougonna Clarke en se saisissant du bol. Elle but la soupe sous les yeux toujours aussi calme du Commander.
Elle reposa le bol vide un peu violemment sur la table basse et demanda :
– Alors ? Pourquoi n'aimes-tu pas Nia Givens ?
– Peu importe, Clarke, ce qui compte aujourd'hui c'est que je suis en mesure de t'aider contre cette femme…
– Qu'est-ce qui me prouve que tu me dis la vérité ?
– Je te donne ma parole de te protéger des Givens tant que je serai en vie…
Clarke allait répliquer de manière acerbe que sa parole ne valait pas grand-chose quand elle comprit que Lexa était des plus sérieuses.
– Pourquoi ? Répéta-t-elle. Pourquoi est-ce que tu m'aides ?
Lexa détourna le regard.
– Tu n'as pas eu de chance… Je sais ce que les Givens ont fait à ton fiancé, je sais que tu te caches… Clarke tu es quelqu'un de bien et tu ne mérites pas tout ça…
– Depuis quand les tueurs à gages ont en quelque chose à faire de ce que mérite ou non leur cible ? Commenta Clarke, ne voulant pas se laisser entrainer sur le terrain de Finn…
– Clarke…
– Pourquoi tu continues à m'appeler ainsi ? Tu sais qui je suis ! S'énerva Clarke.
Lexa continuait à la fixer toujours aussi inébranlable.
– Je trouve que ça te va bien comme prénom, dit-elle doucement.
Clarke soutint son regard, se doutant qu'il y avait autre chose :
– Lexa… Dis-moi la vérité, je t'en supplie, j'ai besoin de savoir pourquoi tu m'aides.
Lexa détourna les yeux en sentant les larmes monter, refusant de les laisser sortir, elle confessa :
– Parce que Nia Givens m'a fait subir la même chose qu'à toi… Clarke, Nia Givens a tué, celle que j'aimais, elle a tué Costia.
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Clarke se réveilla pour la cinquième fois dans cette chambre qu'elle appréciait. La chambre d'une enfant qui avait dû être heureuse ici. Elle s'assit dans le lit laissant ses yeux caresser les tulipes sur les murs qui avaient une côté rassurant, en se demandant pourquoi elle restait là. Mais où pouvait-elle aller ? Retourner à Richmond, avertir les autorités ? Continuer à avoir peur que de nouveaux tueurs viennent s'en prendre à elle ? Au moins ici, elle pouvait souffler un peu, enfin, Clarke n'oubliait pas que la personne qui la protégeait, le Commander était à la base celle qui devait lui ôter la vie.
Quand Lexa lui avait confessé que Nia Givens était responsable de la mort de son ancienne compagne, Clarke n'avait rien dit. Elle savait que Lexa ne mentait pas, Clarke s'était simplement levée et avait précisé qu'elle était fatiguée, puis elle était repartie dormir. Ça faisait beaucoup pour une seule soirée, ça, et le fait qu'elle voyait que Lexa avait besoin d'être seule après cet aveu.
Clarke se leva et se dirigea vers la salle de bain. Elle aperçut à travers la petite fenêtre entrebâillée au verre poli, Lexa dans le jardin sous un chêne en train de finir de nettoyer… des armes. Clarke secoua la tête et ferma la fenêtre préférant se concentrer sur son état physique qui s'améliorait. La jeune femme se lava en faisant attention à son pansement, s'habilla, puis prit la direction de la cuisine pour prendre un petit déjeuné.
Lexa derrière les fourneaux se retourna en l'entendant entrer.
– Bonjour, Clarke.
– Bonjour, Lexa.
– Tu veux des œufs au plat ?
– Pourquoi pas, répondit platement Clarke en s'asseyant sur une chaise.
– Brouillés ou non ?
Clarke qui fixait la table d'un air vide, leva la tête vers elle sans comprendre.
– Tes œufs, tu les veux brouillés ? Répéta, Lexa.
La jeune femme failli éclater de rire et secoua la tête à la place. Lexa fronça les sourcils devant son expression et demanda :
– Que se passe-t-il, Clarke ?
– Tu es sérieuse ?! S'étonna sincèrement la femme assise. Tu ne vois pas tout le côté absurde de cette histoire ? Je suis un témoin protégé, recherché par une Reine de la mafia, et je papote comme si de rien été sur la cuisson des œufs de mon petit déj' avec la tueuse qui a été engagée pour me tuer !
Lexa la regarda sans ciller :
– C'est sûr que dit comme ça…
– Comment veux-tu que je le dise ?!
– Je ne sais pas, répondit franchement Lexa.
Clarke se passa la main sur la figure en soupirant.
– Je vais avoir besoin de ton aide pour mon pansement...
– Bien sûr.
La jeune femme posa les coudes sur la table et se prit la tête entre les mains.
– Je commençais enfin à émerger, à retrouver un semblant de vie en tant que Clarke Griffin.
– Je sais…
– Ça ne finira jamais, pas tant que Nia Givens ou même Roan ne seront pas morts…
– Non.
Clarke secoua à nouveau la tête.
– Je préférais quand tu étais une touriste australienne…
– Vraiment ?
Clarke croisa son regard et demanda de but en blanc.
– Tu as tué beaucoup de gens ?
– Oui.
– Merveilleux, ironisa Clarke.
Lexa attrapa un œuf et avant de le casser dans la poêle, interrogea Clarke du regard qui finit par répondre.
– Brouillés, merci.
Lexa s'affaira en lui tournant le dos pendant que Clarke réfléchissait à toutes les fois où elle avait rencontré la tueuse ces dernières semaines. Elle ouvrit la bouche découvrant quelque chose et déclara :
– Tu étais là pour me tuer, lors de notre première rencontre…
Lexa s'arrêta et se retourna, scrutant le visage de celle qui devinait les dessous de l'histoire.
–… mais tu as appris la mort de Costia avant de passer à l'acte… Et c'est pour ça que je suis encore en vie... Sans cette terrible nouvelle, je serais morte aujourd'hui, n'est-ce pas ? Demanda Clarke en fixant Lexa.
La jeune tueuse, parfaitement inébranlable, répondit doucement :
– Oui.
– Mais pourquoi m'avoir parlé dans ce parc ?
– Je n'étais pas censé le faire, et puis cet homme m'a abordé et m'a proposé de jouer aux échecs avec toi. J'ai trouvé ça intéressant de parler avec un de mes contrats, ça changeait de ce que je faisais d'habitude… Et pour être honnête je voulais voir si tu te trahirais…
– Si je me trahirais ? Répéta Clarke incrédule.
– Oui, si j'arriverais à déceler Carrie Johnson sous les traits de Clarke Griffin.
Clarke n'en revenait pas.
– Tu es venue me parler pour ça ? Pour assouvir une espèce de curiosité malsaine ? Voulut-elle savoir sentant une colère sourde monter en elle.
Lexa leva les yeux au ciel.
– Tu as vraiment l'art de dramatiser les choses…
Clarke se leva et vint se placer devant elle, commençant à s'énerver :
– Tu plaisantes, j'espère ?!
Lexa se tut et la dévisagea, puis baissa les yeux, Clarke avait raison.
– Clarke, soupira-t-elle. Je ne vais pas te présenter mes excuses pour ce que je suis. Ce que je peux faire, en revanche, c'est t'aider…
Clarke cligna des yeux, hésita et recula pour se rassoir devant la maîtrise incroyable de Lexa.
– Mes œufs sont en train de cramer, l'avertit-elle.
Lexa esquissa un sourire et attrapa une assiette lui servant son petit déjeuné. Clarke se mit à manger en silence pendant que Lexa expliquait :
– Je n'avais pas pour but de te revoir. Quand tu m'as reconnue dans cette librairie, ce n'était pas prémédité, je pensais que tu travaillais, et puis tu m'as invitée au restaurant.
– Oui, tu t'es bien foutue de moi… Tu pouvais largement payer ta part, marmonna Clarke.
Lexa sourit en révélant :
– Tu vois, c'est exactement pour ça que j'ai accepté le repas avec toi…
Clarke la regarda en haussant les sourcils.
– Ton humour, précisa Lexa, tu me faisais rire, et… ça me faisait du bien. Tu plaisantais aussi souvent en tant que Carrie Johnson ?
Clarke qui s'apprêtait à répliquer du tac au tac par une petite pique sur « la dure vie sans humour des tueurs à gages » ravala sa remarque en entendant la question. La femme payée pour la tuer voulait en savoir plus sur son ancienne vie, sur son ancienne elle ?! Vraiment tout ceci était incroyable ! Se dit-elle pour la énième fois de la journée. Oh et puis, pourquoi ne pas lui dire ? Elle n'était plus à ça près, réalisa-t-elle en observant Lexa éteindre la cafetière, lui laissant le temps de lui répondre.
Clarke s'appuya contre le dossier de sa chaise repoussant l'assiette vide sur la table. Elle hocha la tête en signe d'acquiescement à Lexa qui lui proposait de lui servir une tasse de café et posa ses mains autour du mug chaud réfléchissant, jetant un coup d'œil à sa « colocataire » qui soufflait doucement sur le liquide noire de sa propre tasse.
– En fait, non… Commença Clarke.
Lexa abandonna sa contemplation et la fixa sans rien dire.
– Je n'étais pas très drôle avant, continua Clarke. J'étais chef de service des urgences du Bristow's Hospital à Chicago… Je ne sais pas si tu étais au courant ?
– Si, je le savais, répondit Lexa.
Clarke eut un petit sourire désabusé et reprit :
– Je crois que mes internes avaient peur de moi, je les reprenais tout le temps, eux ou mes collègues d'ailleurs, je pense que je passais pour la chieuse du service… J'avais aussi un côté distant, intransigeant, mais je ne pouvais pas faire autrement… Je devais trancher, prendre des décisions parfois si difficile à assumer… Il m'arrivait de rire pendant les pauses, de montrer enfin mon côté « sympa et pas si coincé » avec une seule personne, celui qui me connaissait depuis des années… Wells, mon frère… et hors du travail avec Finn bien sûr …
Lexa hocha la tête.
– Quand je suis arrivée ici et que j'ai dû « construire » le personnage de Clarke Griffin, je me suis dit qu'elle aurait plus d'humour que Carrie, plus de liberté, qu'elle se ficherait de l'opinion des gens et vu que je n'étais plus médecin, je pouvais me laisser aller à parfois dire n'importe quoi face à quelqu'un qui n'attendait plus ce côté professionnel qui allait de paire avec la blouse blanche…
– Ça te manque ? La médecine.
– Tous les jours, avoua Clarke, parfois dans les rues de Richmond, je voyais passer une ambulance et je me demandais de quoi pouvait souffrir le patient en plein transport vers l'hôpital…
– Quel a été ton dernier cas ? Ce soir-là, avant que tu ne sois témoin du meurtre…
Clarke ferma les yeux un instant puis répondit :
– Une femme en hypothermie avancée, elle est morte pendant que je tenais son cœur dans mes mains.
– Alors, elle n'est pas morte seule…
Clarke leva les yeux vers Lexa qui la fixait avec tendresse, Clarke détourna les siens puis esquissa un sourire.
– Comme c'est étrange de parler de la vie et de la mort avec toi… Dans la petite cuisine d'une maison perdue sur cette planète, un médecin qui sauvait des gens, moi, est en train de déblatérer sur son ancien métier à une femme qui supprime des êtres humains…
– Tu veux partir sur un débat philosophique, nous comparer au Yin et Yang ?
– Plutôt à une sorte de gentil et méchant.
– Clarke, je te l'ai déjà dit, je ne me justifierai pas, soupira Lexa.
L'ancien médecin inspira profondément et appuya sa tête contre le mur derrière elle.
– Tu veux que je regarde ton pansement ? Proposa Lexa.
– Pourquoi pas… Répondit sans grande conviction Clarke.
– Très bien, va t'installer au salon, je vais prendre ce qu'il faut dans la salle de bain. Je m'occuperai de la vaisselle plus tard.
Clarke se leva, récupéra sa tasse encore chaude et sortit de la cuisine.
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Lexa se concentrait, elle tirait doucement sur le sparadrap.
– Dis-moi si je te fais mal…
Clarke éclata de rire.
– Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? Demanda Lexa en arrêtant son geste, levant la tête vers elle.
– Toi ! Il y a moins d'un mois, tu m'aurais abattu sans cligner des paupières et aujourd'hui tu t'inquiète de me faire mal ou de m'arracher des poils en enlevant mon pansement…
Lexa la regarda d'un air blasé :
– Passe à autre chose et remets-toi. Je ne vais pas te tuer d'accord ? Dit-elle d'un air excédé. Les choses ont changé, même si je le voulais je ne pourrais plus te faire du mal, je tiens trop à…
Lexa s'arrêta, elle n'avait pas prévu d'aller si loin.
Devant une telle confession Clarke en oublia de respirer, elle se racla la gorge puis répondit en plaisantant devant l'air embarrassé de Lexa :
– Sergent, que dirait l'Amiral si elle te voyait ?! Toi, prendre soin de la sorte d'un Capitaine, en soutien-gorge en plus…
Lexa sourit et répondit avec malice.
– C'est vrai que ce n'est pas comme ci je t'avais déjà vu nue…
Clarke en resta coite, elle avait voulu l'aider avec une pirouette et Lexa prenait plaisir à l'enfoncer ! Foutue tueuse à gages !
Lexa regardait la plaie sans se soucier de la réaction de Clarke.
– Elle est belle et propre, nota-t-elle.
Le côté médecin de Clarke prit le dessus sur la conversation antérieure et examina son abdomen.
– Oui, approuva-t-elle. La plaie est saine, Abby a fait du bon travail.
– Oui, j'ai bien fait de t'emmener chez elle, moi je t'aurais massacrée…
– Tu étais en mesure de m'enlever la balle ? Demanda Clarke.
Lexa la regarda avec suspicion, se demandant si Clarke se fichait d'elle.
– Euh… vu mon métier, ce n'aurait pas été la première fois que j'extrayais une balle. Je l'ai fait plusieurs fois sur moi ou Anya, mais avec toi c'était plus délicat, je préférais qu'Abby s'en charge. Et j'ai bien fait, se complimenta Lexa en souriant, les yeux sur les points de sutures.
– Oui, murmura Clarke, préférant ne pas savoir pour le moment qui était Anya.
Lexa changea le pansement et alors que Clarke se levait pour se rhabiller, elle reprit la parole.
– Clarke, est-ce que ça te dérangerais de… m'examiner ?
Clarke la regarda sans comprendre.
– J'ai été blessée dans le dos, Abby m'a recousu car la plaie ne se fermait pas et j'aimerais bien avoir ton avis dessus…
– Euh… d'accord…
– Merci ! S'enthousiasma Lexa en sortant de la pièce et criant qu'elle revenait tout de suite.
Clarke en profita pour remettre son T-shirt et suivit des yeux Lexa de retour, une vieille sacoche de médecin dans les mains, qui s'accroupit et en sortit un stéthoscope qu'elle donna à Clarke en souriant comme une enfant. Clarke s'accrocha à ce sourire sur son visage en se rappelant qu'elle n'était pas insensible à la femme en noir qui se débarrassait de son propre T-shirt et s'approchait d'elle. Avant que Clarke ne puisse dire quelque chose Lexa lui tourna le dos et le regard du médecin fut attiré par le nombre de cicatrices impressionnantes sur sa peau, ses yeux dévièrent sur pansement au niveau de l'omoplate droite, pendant que Lexa expliquait :
– J'ai eu beaucoup de chance, la balle n'a fait que m'effleurer, si elle m'avait pénétrée à cet endroit nous n'aurions sans doute pas cette conversation… En tout cas c'est ce que m'a confirmé Abby, dit-elle d'un air mystérieux.
Clarke qui se demandait qui l'avait blessée dans leur petite « altercation » de cette nuit-là, fronça les sourcils au diagnostique d'Abby.
– Pourquoi Abby t'a-t-elle dit ça ?
Le sourire de Lexa illuminait à nouveau son visage en répondant à moitié de tournée vers elle :
– À toi de trouver, Doc' !
Clarke fixa la plaie de Lexa qui avait repris sa place initiale dos à elle et attendait. L'ancien urgentiste observa l'instrument dans ses mains, un stéthoscope d'une autre époque, elle détailla le pavillon et la membrane de celui-ci avec minutie en murmurant :
– C'est un stéthoscope de cardiologue…
– Oui c'était celui de mon père, la sensibilité acoustique est parait-il extraordinaire…
Le père de Lexa était cardiologue ? Clarke regarda la vieille sacoche et balaya le salon du regard, le piano dans le coin sur lequel Lexa avait joué avec tant de familiarité, comme si… Clarke reporta son attention sur le dos à moitié nu devant elle et souffla :
– Tu habitais ici…
La tension qui apparut dans les muscles du dos, la contraction des trapèzes d'une Lexa silencieuse la trahirent et Clarke sut qu'elle avait raison. Elle décida néanmoins de ne pas continuer dans cette direction et s'approcha en expliquant.
– Je vais regarder ta plaie.
Elle souleva le pansement et examina les points.
– Tu cicatrises bien… Observa-t-elle, ne comprenant toujours pas l'information d'Abby puis ajouta. Je vais écouter tes poumons, inspire profondément.
Lexa s'exécuta et attendit. Elle esquissa un sourire ravi en sentant l'hésitation dans les gestes de Clarke qui faisait bouger le stéthoscope dans son dos. Elle suivit du coin de l'œil le médecin qui vint se placer devant elle et recommença en écoutant avec attention, fronçant les sourcils face à quelque chose qui la perturbait.
– Tout va bien ? Demanda innocemment Lexa.
Clarke écarta les oreillettes du stéthoscope, le mit en écharpe autour de son cou, retrouvant dans ce geste l'attitude du chef urgentiste de son ancienne vie et fixa Lexa en murmurant :
– Stitus Inversus.
– Bravo, répondit simplement Lexa. Peu de gens le remarque, ajouta-t-elle. Abby a mis beaucoup plus de temps que toi et il a fallu que je l'aiguille un peu, révéla la jeune femme avec un sourire tendre sur les lèvres.
Une lueur d'admiration brilla dans les yeux de Clarke.
– Tu es la première personne que je rencontre avec cette particularité…
– Je sais. Je suis unique en mon genre, plaisanta Lexa. J'étais la fierté de mon père. Tu te rends compte pour un cardiologue, avoir une fille qui avait le cœur à droite et les organes inversés, c'était incroyable.
– C'est si rare…
– Oui, répondit Lexa, quand j'étais petite je me disais que c'était aussi cool que d'avoir le sang noir…
Clarke fronça les sourcils.
– Je ne comprends pas.
– Ce n'est rien, expliqua Lexa c'est juste que j'étais unique comme quelqu'un qui aurait eu le sang noir, je ne sais pas pourquoi je me disais que c'était mon cas, genre un super héros. Mais en fait, je le sang rouge comme tout le monde…
Clarke arqua un sourcil préférant ne pas s'aventurer sur les délires d'une gamine et de sang noir et réexamina la plaie en commentant.
– Abby avait raison, le cœur aurait été touché si la balle avait pénétré ton dos, elle aurait traversé le poumon et atteint une des artères...
– Oui.
Clarke revint lui faire face et posa la main sur son pectoral droit souriant avec émerveillement en sentant le battement sous ces doigts de ce côté inhabituel. Elle se rapprocha, un air sérieux sur le visage.
– Ton cœur bat vite…
Lexa apposa un sourire rassurant sur le visage.
– Le syndrome de la blouse blanche, plaisanta-t-elle, ça ou le fait que je sois impressionnée par l'autorité, un Capitaine si près de moi…
Clarke leva les yeux vers elle y lisant un calme qui contrastait fortement avec le cœur qui tambourinait sous ses phalanges. Clarke jeta un coup d'œil aux lèvres du Commander et fit un pas en arrière en avalant difficilement sa salive, ce n'était pas une bonne idée, vraiment pas, pensa-t-elle.
Lexa toujours aussi calme remettait son T-shirt et se dirigeait vers la sortie du salon. Elle avait senti l'hésitation et la réticence de Clarke à son égard. Elle ne pouvait lui en vouloir.
– Lexa… L'appela Clarke.
La jeune femme se retourna et le courage de Clarke s'évanouit comme la neige au soleil.
Elle détourna les yeux et… s'attarda un instant sur le piano.
– Euh… Tu me jouerais un morceau ? Demanda-t-elle pour la retenir encore un peu dans ce salon qui aurait été tout à coup bien vide si Lexa partait dans une autre pièce.
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Richmond, hôpital Bon Secours, le lendemain…
Octavia Blake frappa doucement à la porte et attendit. Devant l'absence de réponse, elle entrebâilla légèrement la porte et jeta un coup d'œil à l'intérieur, l'homme dormait encore. Elle pénétra dans la chambre et s'installa sur le fauteuil sans un bruit. Octavia but son café en silence, détaillant les traits du Marshal Lincoln Walnut à la lumière du petit matin. Le début d'un semblant de barbe lui allait plutôt bien et les traits reposés de son visage avait quelque chose de rassurant.
Octavia but une nouvelle gorgée en lisant les gros titres d'un magazine à scandale un peu plus loin sur une petite table, puis sourit aux ballons ringards et de mauvais goût, illustrant les blagues potiches de la part de ses collègues qui étaient venus le voir. « Une réunion de famille » pendant laquelle Octavia s'était éclipsée, préférant revenir quand le Marshal serait seul.
Octavia s'interrogea sur sa présence dans cet hôpital. Elle ne connaissait pas l'homme allongé, et pourtant, elle restait là assise sur ce fauteuil pas vraiment confortable, attendant qu'il se réveille en sirotant un café tiède. Elle aurait dû être à Washington en train de se faire passer un savon monumental par Pike. Mais à quoi bon ? Elle avait merdé magnifiquement et le savait parfaitement.
Une personne était morte, Luna Gardot, une femme inconnue des forces de l'ordre. Certes la légitime défense n'était pas remise en compte, en revanche, que le cadavre soit la victime d'un agent du FBI en congés et qui plus est que l'arme de service d'Octavia en soit responsable faisait grincer des dents dans les hautes sphères. La jeune femme se doutait bien de son avenir au sein du Bureau s'était grandement assombri. L'enquête sur son compte avait commencé. Désobéir à un ordre directe était souvent signe de l'arrêt de mort d'une carrière, aussi brillante fut-elle.
Face à ce constat sinistre, Octavia aimait mieux rester ici à s'assurer de l'état de celui qui l'avait accompagné dans cette situation, plutôt que d'affronter les regards faussement compatissants de ses collègues qui se délectaient en silence que la « chouchoute de Pike » ait si incroyablement dégringolée en si peu de temps.
Octavia leva la tête vers Lincoln qui bougeait et ouvrait les yeux. Il fronça les sourcils en l'apercevant.
– Salut, dit-elle.
– Salut, répondit-il d'une voix cassée.
– Comment va ta jambe ?
– Bien, les médecins m'ont dit que je pourrai sortir aujourd'hui.
Octavia sourit, heureuse d'entendre cette bonne nouvelle. Contrairement à elle, leur action avait eu un effet bénéfique sur la carrière de Lincoln. Même si, malheureusement il n'avait pas pu sauver Clarke Griffin du Commander, le fait qu'il ait eu des soupçons, qu'il fut présent et qu'il ait prévenu sa hiérarchie sur ses doutes depuis un petit moment le lavait de toute inquiétude. Il avait échoué mais avait prouvé qu'il avait encore de bons instincts et l'ouverture de l'enquête sur la disparition de ce témoin protégé lui revenait avec toute la confiance du bureau des Marshal et prochaine réussite de celle-ci. Octavia espérait qu'il accepterait de la garder à ses côtés, même en tant que simple observatrice. Elle voulait le Commander, voulait en finir avec toute cette histoire, voir Nia tomber d'une manière ou d'une autre. Le problème était que maintenant que Clarke avait disparu, Nia allait gagner…
– Qu'est-ce que tu fais encore là ? Lui demanda Lincoln.
– Je vais certainement me faire virer du FBI, alors je me suis dit que j'allais rester un peu… J'aimerais être présente pour la suite de cette affaire, du moins si tu veux bien…
Lincoln la regarda en silence et répondit :
– Je vais y réfléchir.
Il ferma les yeux pour mettre fin à leur conversation et écouta Octavia quitter la pièce.
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La nuit était tombée, Octavia avait trop bu. La jeune femme avait bien essayé de ramener un compagnon pour le reste des heures sombres dans son hôtel minable, avant « l'aube purificatrice » mais la sélection de mâles présents dans ce bar lui avait mis le moral à zéro, ça ou son reflet que lui renvoyait le miroir derrière le bar qui ne lui plaisait guère.
Elle pénétra dans sa chambre d'hôtel, marcha jusqu'à l'interrupteur et se figea sans allumer la pièce. Octavia pivota portant une main à sa hanche droite, dans un réflexe inutile, pour attraper son arme qu'elle ne portait plus.
La femme en noir assise sur la chaise à côté d'une petite table souriait d'un air suffisant, amusée par le geste de l'agent du FBI.
– Agent Blake, cessez ces enfantillages et asseyez-vous, nous devons parler.
Octavia surprise de découvrir la personne qu'elle recherchait si ardemment, le Commander affublé de ses peintures de guerre, tranquillement assise dans sa chambre, pointant une arme dans sa direction, aussi confiante que si elle buvait une tasse de thé en compagnie d'une vielle amie, obéit sans un mot, s'asseyant sur la chaise en face d'elle.
– Vous êtes une épine dans le pied, agent Blake, vraiment vous ne m'avez pas facilité la tâche en arrêtant Anya. À cause de vous, mon associée n'est plus en mesure de m'aider pour le moment. Je regrette presque de ne pas l'avoir laissée vous tuer dans cet ascenseur, pensa tout haut Lexa.
– …
Lexa la détailla à travers la vague obscurité de la chambre et continua.
– Mais vous m'avez aidé avec Luna, même si ce n'était pas intentionnel… Et votre dévouement dans cette histoire m'a fait réfléchir sur votre compte. Je sais que vous aimiez réellement Costia…
L'évocation du nom de son ancienne collègue raviva la colère d'Octavia qui répondit d'une voix où la menace de s'en prendre physiquement au Commander dès qu'elle en aurait l'occasion empestait comme un parfum bon marché et tenace.
– Je vous interdis de dire son nom, dit-elle en serrant les dents.
Le même sourire figé sur ses lèvres, Lexa arqua un sourcil face à l'agressivité de la jeune femme.
– Je ne suis pas responsable de la mort de Costia, répondit simplement la tueuse, testant les limites de l'agent qui, comme elle s'en doutait, se leva et se positionna devant elle en respirant de manière saccadée.
Octavia bouillonnait de rage et oubliait d'être prudente, se fichant comme d'une guigne de l'identité de celle toujours assise parfaitement calme, pointant inlassablement son pistolet dans sa direction et dont le regard plus qu'éveillé, analysait froidement le moindre de ses mouvements.
Plusieurs secondes s'écoulèrent dans cette ambiance tendue où les deux femmes se jaugeaient, guettant qui allait esquisser le geste de trop, celui qui conduirait à une bataille qui n'avait pas lieu d'être.
Lexa capitula, l'agent Blake était au bord de la crise de nerfs, elle avait perdu une amie et ne connaissait pas tous les dessous de l'histoire. Persuadée d'être en présence de l'ennemie, elle risquait de l'attaquer pour rien et la jeune tueuse n'était pas là pour ça.
Lexa soupira et abaissa son arme.
– Agent Blake, vous et moi voulons la même chose…
– Quoi ? Demanda Octavia toujours sur le qui-vive.
– Détruire Nia Givens.
Octavia cligna des paupières et plissa les yeux, fixant toujours le Commander, qui attendait qu'elle daigne lui répondre.
– Je ne vous crois pas, vous travaillez pour elle.
– C'est vrai, j'ai été engagé par Nia Givens pour retrouver Carrie Johnson, mais Nia a commis une erreur, elle a tué quelqu'un que j'aimais…
Octavia recula tout en observant la jeune femme qui paraissait des plus sincères, qui semblait aussi extrêmement fatiguée tout à coup et portait les traces d'un chagrin véritable. L'agent se rassit en demandant :
– Qui a-t-elle tué ?
– Costia, souffla Lexa.
La jeune femme aux yeux bleus étudia la tueuse à gages qui venait de confesser qu'elle connaissait et aimait sa partenaire.
Son cerveau lui chuchota ce qu'elle avait oublié dans toute cette histoire, une bagatelle mise de côté quelques mois auparavant. De ses souvenirs émergea un prénom entendu plus d'une fois. La première fois dans la bouche même de Costia, qui les yeux brillants, lui parlait d'une femme qu'elle avait rencontré dans un hôtel et qu'elle avait envie de revoir, puis quelques mois plus tard, le même prénom cette fois-ci associé aux larmes de sa coéquipière au cœur brisé, et finalement moins de quinze jours auparavant dans cette cage d'ascenseur, prononcé par Anya qui la menaçait et parlait au téléphone avec le Commander, qu'elle appelait… Lexa.
Comment cet élément essentiel avait pu lui échapper jusqu'à maintenant ?!
– Vous êtes Lexa, murmura Octavia n'y croyant pas.
– Oui, répondit tristement le Commander, Costia vous avait parlé de moi, comme elle m'avait parlé de vous. Elle vous respectait et se languissait de finir sa mission auprès d'Ontari Rackam ne serait-ce pour retrouver des horaires de bureaux et sa partenaire qui lui manquait, plaisanta à moitié Lexa. C'était la vérité, Costia lui avait bien révélé ce qu'elle venait de dire.
– Elle n'aurait jamais dû vous parler de sa mission, c'était confidentiel, répondit automatiquement Octavia.
Lexa la regarda durement.
– Vous n'êtes qu'une idiote. Qu'est-ce que cela peut faire aujourd'hui qu'elle m'ait parlé de son travail ? Elle savait qui j'étais et a continué à être avec moi. Sa mission en a-t-elle été entachée quand nous étions ensemble ? N'a-t-elle pas été en mesure de récolter des preuves contre Ontari Rackam parce qu'elle couchait avec moi ?!
– Si, confirma Octavia. Mais vous avez rompu, se justifia-telle pauvrement, acquiescent intérieurement à l'insulte du Commander, Costia avait été réellement heureuse avec Lexa.
– Oui, soupira Lexa, mais ce n'était pas fini entre nous, je voulais la revoir…
Les deux femmes se turent puis Octavia reprit :
– Je suis un agent du FBI et je pourrais vous faire arrêter là tout de suite.
Lexa se mit à rire et répondit :
– Vous seriez morte avant d'atteindre votre portable.
– …
– Je vous l'ai dit, agent Blake, nous voulons toute les deux la même chose… J'ai pour intension de tuer Nia Givens… et j'ai besoin de votre aide.
Octavia ouvrit la bouche, quand Lexa avait parlé de « détruire » Nia Givens un peu plus tôt, l'idée de l'assassiner ne faisait pas partie de la définition qu'elle se faisait de ce mot.
– Je suis un agent des forces de l'ordre, je ne tue pas les gens comme vous.
Lexa inspira doucement laissant le temps à Octavia de croire qu'elle avait marqué un point puis répondit :
– C'est vrai, excepté que si nous le faisons « à votre manière », Nia Givens vous échappera encore et toujours…
– Vous n'en savez rien, elle…
– Réfléchissez, agent Blake, elle glisse entre les doigts du FBI depuis vingt ans. Vous avez essayé et vous avez échoué. Si vous voulez la voir tomber, il faudra me suivre… dans ma démarche.
– Celle de la tuer ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Pour Costia.
Octavia ferma les yeux, restant silencieuse. Cette femme lui demandait son aide pour tuer un être humain, oui mais pas n'importe qui, celle responsable de la mort de son mentor, de son amie…
– Vous détenez Carrie Johnson, dit-elle évitant de répondre à l'invitation du Commander. Est-elle morte ?
– Non. Nia veut la tuer de ses propres mains…
– Vous allez lui livrer ?
– Oui, mais je tiens à être claire. Carrie Johnson a accepté de jouer l'appât, mais je ferai tout pour qu'il ne lui arrive rien. Elle me permettra simplement d'approcher Nia Givens…
Octavia acquiesça lentement à cette explication et prit la parole :
– Vous êtes une... professionnelle, vous pourriez la tuer comme vous le voudriez…
– C'est vrai, mais je pense que la Reine de Chicago s'attend à une action contre elle de ma part. Nia se préparera et me mettra des bâtons dans les roues si je viens… sans invitation. Avec Carrie Johnson en ma possession je peux apposer mes conditions à notre entretien.
– Qui vous dit qu'elle acceptera ?
– Parce qu'elle croit détenir toutes les cartes, elle croit m'avoir affaiblie avec son appel au FBI, en vous livrant Anya Gibson…
Octavia la regarda étonnée.
– Comment avez-vous su qu'il s'agissait d'elle, personne n'a pu retracer l'appel ?!
– La personne qui travaille pour moi est plus efficace que vos agents, répondit froidement Lexa.
Octavia se rembrunie, savoir que le Commander avait un hacker – car c'était forcément un hacker – de son côté ne l'amusait guère.
– Alors, Nia a raison, elle vous a affaibli.
– Oui, mais elle n'avait pas prévue une chose.
– Quoi ?
– Vous, agent Blake, la possibilité d'une alliance entre nous.
Octavia plissa les yeux et répondit :
– Je n'ai pas dit oui…
Lexa se leva et déposa une petite carte sur la table.
– Voici un numéro où vous pourrez me joindre quand vous aurez envie de « dire oui ». Au revoir, agent Blake, conclut Lexa en disparaissant à une vitesse fulgurante, ne laissant pas le temps à Octavia de répondre.
L'agent du FBI s'empara de la carte et la fit tourner dans ses doigts. Elle réfléchissait pesant le pour et le contre dans toute cette histoire.
L'image de Costia lui souriant lors de son entrée au FBI surgit devant ses yeux et elle soupira. Sa carrière était foutue et elle désapprouvait beaucoup de décisions prises trop vite dans sa vie, mais celle-ci ? Elle ne la regretterait pas.
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Williamsburg, deux heures plus tard…
Lexa pénétra dans la maison et entendit les pauvres notes jouées avec maladresse. Clarke était levée. La jeune femme s'injuria, elle se dit qu'elle aurait dû au moins laisser un mot, n'importe quoi, mais elle était persuadée que Clarke dormirait jusqu'au moins en milieu de matinée.
La jeune tueuse marcha jusqu'à elle, parlant pour éviter de la surprendre.
– Je ne savais pas que tu jouais aussi bien du piano, se moqua-t-elle.
Clarke sursauta et se retourna.
– J'ai cru que tu étais partie, murmura-t-elle.
Lexa s'arrêta et la regarda, n'étant pas certaine d'interpréter correctement ce qu'elle venait de dire. Elle vint s'assoir à côté d'elle en silence et caressa les touches sous ses yeux.
– S'il te plaît… Joue-moi quelque chose, demanda Clarke.
Sa précédente requête un peu plus tôt avait été refusée par Lexa qui avait secoué la tête et était sortie du salon, laissant seule Clarke qui ne comprenait pas. Lexa avait passé le reste de la journée loin d'elle, se préservant et voulant avant tout que Clarke réfléchisse, remette ses idées en place. Lexa sentait bien que toute cette histoire la bouleversait et qu'elle-même la troublait. Clarke était perdue et Lexa ressentait de la culpabilité à être en partie responsable de son conflit intérieur. Qu'elle, Lexa, éprouve des sentiments pour Clarke était déjà compliqué, mais que Clarke trop fragile commence à l'apprécier n'était pas ce qu'il fallait. L'ancien médecin méritait une vie loin de toute cette violence, loin d'une tueuse à gages, qui, si elle avait bien fait son boulot, aurait dû la kidnapper dès leur première rencontre…
– S'il te plaît, répéta Clarke.
Lexa ferma les yeux et hocha la tête.
– D'accord…
– Est-ce que tu peux me rejouer le morceau que j'ai entendu quand j'ai failli tomber ?
Lexa fronça les sourcils et sourit en s'en rappelant.
– C'est un bon choix, dit-elle.
– Oui, j'ai toujours aimé Chopin…
Clarke se leva et s'installa dans le canapé pendant que Lexa se repositionnait sur le siège et prenait la partition de l'impromptu pour piano n°1 en La majeur. Elle n'en avait pas vraiment besoin, elle le connaissait par cœur, mais cela la rassura de lire les notes devant elle.
Lexa ferma les yeux, inspira profondément et se mit à jouer les premiers accords.
Clarke écoutait le morceau suivant des yeux les gestes de la pianiste puis ferma les paupières et se mit à pleurer doucement.
À la fin de l'impromptu, Lexa encore hantée par la mélodie et les émotions qui l'accompagnaient, baissa la tête et ferma les yeux aux mots prononcés par Clarke :
– L'homme qui a tué Finn, celui qui a manqué de me tuer également, faisait le même métier que toi… Je devrais te détester et pourtant je n'y arrive pas, dit-elle pathétiquement.
– Clarke…
Clarke s'essuya les yeux, avala sa salive et se redressa, reprenant d'une voix ferme.
– Dis-moi ce qu'il faut que je fasse. Dis-moi comment t'aider pour te débarrasser de Nia Givens.
Lexa soupira et se retourna. Elle observa Clarke aux yeux rougis et déclara :
– Je trouverai un autre moyen…
– Il n'y en a pas. Dis-moi ce qu'il faut que je fasse.
– C'est trop dangereux, les choses pourraient mal tourner et si…
– Je ne veux plus vivre dans la peur, confessa Clarke. Je veux t'aider à vaincre Nia ou mourir en essayant.
Lexa lut la détermination infaillible dans le regard de Clarke, quoi qu'elle dise, elle ne pourrait pas la convaincre de renoncer à son idée.
– Très bien… Je… Je vais devoir te livrer à elle.
Clarke tressaillit et hocha la tête en signe de compréhension.
– Je l'empêcherai de te faire du mal, ajouta Lexa pour la rassurer.
Clarke eut un pauvre sourire en répondant :
– J'espère bien, matelot…
Lexa sourit également et précisa.
– Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter qu'il t'arrive quelque chose, mais je te l'ai dit et te le répète, les choses peuvent déraper…
– J'ai pris ma décision.
– Tu en es sûre ?
– Oui.
Lexa ferma brièvement les yeux en signe d'acquiescement et se leva. Elle se dirigea vers sa veste, récupéra le téléphone et vint se placer face à Clarke lui tendant l'appareil.
– La ligne est sécurisée et le numéro préenregistré, il te suffit d'appuyer sur la touche une, expliqua-t-elle à Clarke qui la fixait sans comprendre. Si les choses se gâtent… continua-t-elle, tu devrais avoir l'occasion de lui parler une dernière fois, de lui dire au revoir, moi je n'ai jamais pu avoir cette chance, murmura-t-elle.
Lexa jeta un dernier regard à Clarke qui regardait le téléphone et s'éloigna. Clarke pressa la touche, écouta les sonneries et retint sa respiration en entendant la voix à moitié endormie :
– Allo ?
– …
– Allo ?
Clarke comprit qu'elle allait raccrocher si elle ne parlait pas très vite.
– Linda, murmura-t-elle. C'est moi…
– Ca… Carrie ? Souffla la voix de sa mère adoptive.
Lexa sortit dans le jardin, laissant seules la mère et la fille à leur conversation et s'approcha du chêne. Elle caressa l'écorche et sourit à l'arbre qu'elle aimait. La jeune femme s'adossa au tronc et admira le lever du soleil.
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Merci à PaB384 pour ta review de la semaine dernière, je n'ai pas pu t'envoyer de MP, alors je le fais ici.
