Posté le : 23 Mars 2011 - exceptionnellement pour fêter ce chapitre 10. Bave d'avoir trouvé une photo de Blaise nu sur le web.


NE JAMAIS COMPTER SUR LA CHANCE. NE PAS SE FIER AU TALENT. NE PAS FUIR LE TRAVAIL.

Le poing G de l'artiste : Bordel, j'ai de la chance. Samedi, j'ai pu relooker ma culture pour douze euros. J'ai trouvé une cave à vinyles en plein Paris, et en plus des livres pour 20 cents ! Si ce n'est pas merveilleux, ça ? J'ai pu m'acheter un collector de Nirvana et de Pixies. En plus, je me suis acheté un chef d'oeuvre de la littérature que je n'avais pas revu depuis des lunes : Le Diable au Corps. Putain, quand je vois ce bouquin ça me fait tout drôle. Le mec, il avait dix-huit ans en l'écrivant et il est mort l'année suivante. Le génie n'a pas d'âge. J'ai pioché des bouquins au hasard et je suis rentrée chez moi avec mon poids en culture. Je me dis que, finalement, le pire c'est de mourir con. Et le pire du pire c'est de mourir sans avoir profité de sa vie. Donc j'apprends à vivre. Je pense qu'il faut trouver sa voie et... comme dirait Hank Moody dans Californication, saison 2, "Ecris sur ce qui te fait bander". Nous sommes des vivants en sursis. On passe trop de temps à faire des conneries, et plus je lis, plus je me dis que je pourrai faire autre chose pendant ce temps. Plus j'écris pour Baba O'Riley, plus je me dis que je fais trop n'importe quoi et n'importe comment. Le plus drôle dans tout ça, c'est que vous aimez cette histoire et la manière dont elle est écrite ! Pourtant, je prends tout à la rigolade. Pour moi, pour ce faire une idée véritable de mon pseudo-potentiel, de ma personnalité, de ma plume, il faudrait lire mes romans qui ne sont disponibles nulle part. Je trouve que mes écrits hors-fanfiction sont moins contre-plaqués. Tout ça pour dire que... ce que vous allez lire relève du pur délire. Jamais je ne tenterai de publier Baba O'Riley (comme certaines personnes me l'ont conseillé). Mon but ultime en écriture n'est pas de voir mon bouquin à la Fnac (à mes yeux, publier ne veut plus rien dire. cf, Oui oui est bien un livre et pourtant c'est de la merde). Mon but ultime, la quintessence du plaisir, le point G de l'artiste, c'est de se faire jouir soi-même, rien qu'en contemplant à nouveau son travail. Pour le moment, je n'en suis qu'à de vagues spasmes et des fourmillements dans les jambes. Je me laisse le temps de mûrir. Peut-être qu'un jour je grimperai au rideau en relisant ma prose. Je ne trouve pas cela prétentieux - au contraire. Ecrire sur ce qui nous plaît aura plus de chance de plaire à autrui, non ?

Post-it publicitaire : La totalité des réponses aux reviews anonymes pour les chaps 9 et 10 seront consultables sur le blog de la fanfiction jeudi soir au plus tard. Le lien est disponible depuis mon profil !

Mot de la Bêta - Eve JHoang : Rooooh, ce single marque le chiffre rond avec panache, si c'est pas beau, ça… 8D [Dairy : Je dirai même plus : c'est très beau]

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~ Suite de la série - épisode 2/4. Je vous souhaite une excellente lecture !


Baba O'Riley

Single 10 : « Baba O'Riley »


"Baba O'Riley" - The Who. 1971. Piste de 5 min 10. Notes frénétiques sur un piano-jouet tapant sur le système. Déboire et accordement. Un méli-mélo d'instruments appartenant à des familles totalement différentes. Superposition de séquences musicales. Des notes dépareillées qui s'unissent sous la voix du chanteur, faisant le lien. Des univers qui se heurtent : le psychédélisme, le rock, le classique, la soul. Un melting-pot redonnant de l'entrain aux malheureux. Et une reprise donnant le nirvana.

Sally, take my hand

Travel south crossland

Put out the fire

Don't look past my shoulder

The exodus is here

The happy ones are near

Let's get together

Before we get much older

Teenage wasteland

Gainsbouromania - le néologisme qui devrait entrer dans le dictionnaire.

« Ex-fan des sixties, petite Baby Doll comme tu dansais bien le rock'n roll. Ex-fan des sixties, où sont tes années folles, que sont devenues toutes tes idoles ? », Gainsbourg, Pensées, provocs et autres volutes, p-120.

« L'amitié est imbaisable et c'est là que je me fais baiser », Gainsbourg, Pensées, provocs et autres volutes, p-18.

« Docteur Jekyll un jour a compris que c'est ce Monsieur Hyde qu'on aimait en lui. Mister Hyde ce salaud a fait la peau du Docteur Jekyll », Gainsbourg, Pensées, provocs et autres volutes, p-36.

« Red Bull à la fête. Un cadavre repêché, complètement baba », F. M., à partir de coupures de presse (sans prétention aucune).

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Et Bill vit Théodore.

Le Baba O'Riley était plein à craquer ce soir-là. Les adeptes de la librairie se bousculaient pour obtenir une bonne place dans le living-room, où des artistes se produisaient sur la légère estrade, près du poêle.

C'était soirée spéciale comédies musicales et dessins animés, pour l'anniversaire de Luna.

Cette dernière était entièrement couverte d'un déguisement en fourrure blanche, un museau rosâtre dessiné sur son nez ainsi que des petites moustaches. Elle s'était déguisée comme dans la comédie Cats, et miaulait dès qu'on lui apportait un verre autre que du lait demi-écrémé.

Woodrow arborait une tenue sophistiquée de bourgeoise américaine du dix-neuvième siècle à la Scarlett dans Autant en emporte le Vent. Son ombrelle propageait des ombres chinoises par où elle passait.

Tonks - revenue un peu plus tôt de son voyage en Roumanie - était en robe de mariée et chantait à tue-tête Mama Mia avec Lee en reversant un peu de whisky partout.

Un drag-queen mania de la mode représentait la comédie Hair et posait pour une photo au milieu d'un couple déguisé en Sandy et Danny de Grease. Harry, qui était près d'eux, vêtu comme Aladin, tira la langue à l'objectif.

Le couple, qui semblait être des amis à lui, le repoussa vivement, prétextant qu'il gâchait la photo.

Draco regardait un peu partout, affolé de ne pas avoir été prévenu du programme.

Mel s'était déguisé en une représentation stupide du mille-pattes dans Alice aux Pays des Merveilles et fumait la shisha dans un fauteuil en forme de feuille courbée. Il regardait d'un œil amusé un couple d'adolescents reproduire sur l'estrade la danse mythique de Dirty Dancing.

Draco se sentit un peu tâche, là, au milieu de tous ces gens qui semblaient rattraper Halloween avec fureur.

- Excusez-moi, dit une jeune fille que Draco avait déjà croisé au Baba une ou deux fois. Pourriez-vous me porter jusqu'au salon. J'ai du mal avec mon déguisement.

- En même temps, qui vous a demandé de vous déguiser en sirène ? J'espère que vous avez quelque chose en-dessous... enfin, je dis ça, je ne dis rien...

Les paroles de Draco furent comme absorbées par le néant.

Bill était dans le living-room, près de l'étagère violette, déguisé en prince pur produit Disney : les cheveux noués en catogan, le manteau bleu-nuit brodé de fil d'or et un nœud blanc autour du cou. Face à lui, Théodore était dans un costume sombre, chemise grise cendre, cravate noire et gourmette au poing.

Il n'y eut plus de bruit dans le Baba O'Riley. On ne sentait plus cette chaleur étouffante due au surpeuplement, ni la musique assourdissante au rythme jazzy et le tintement des verres.

Tout devint flou.

Théodore s'avança et Bill fit de même. Ils se regardèrent longtemps, gravant dans leur esprit chaque détail de ce visage inconnu.

- C'est comme si nous nous étions déjà vus dans un rêve, murmura Théodore.

- C'était le plus beau des rêves, répondit Bill en lui prenant la main.

C'est alors qu'une douce musique les enveloppa et ils se mirent dos à dos, commençant à claquer des doigts, exécutant une chorégraphie de West Side Story à l'exactitude...

- Théo ? THEO ? s'écria une voix en lui secouant l'épaule.

Théodore papillonna des paupières et ses yeux rencontrèrent le visage de Draco, à quelques centimètres du sien. Il semblait inquiet.

- Tu t'es évanoui, ajouta Draco. Je me suis retourné quelques minutes pour aider la sirène et tu es tombé par terre, comme ça.

- Oh, euh, ça doit être la chaleur, prétexta Théodore en fixant résolument les boutons de sa chemise.

Il pouvait sentir les regards appuyer sur sa nuque.

La musique c'était bel et bien éteinte au Baba O'Riley. Sa chute avait attiré tous les regards. Il était allongé sur le canapé où quelques instants auparavant un couple était enlacé.

- Tiens, voilà de l'eau, prononça une voix inconnue.

Théodore prit le verre et voulut remercier la personne d'un regard mais il s'agissait du prince charmant. Décidément, il avait le chic pour qu'on s'apitoie sur son sort. Harry s'approcha doucement de lui et murmura :

- Blaise t'a frappé ? Si c'est ça, tu dois partir à l'hôpital : ça doit être soigné, sinon tu peux porter des séquelles. J'ai une amie qui s'est faite frappée toute son enfance sans se faire soigner, et depuis, elle a des malaises constamment...

- On ne t'a rien demandé le déluré des milles et une nuits, cracha Draco en surprotégeant Théodore. C'est moi qui dis qu'est-ce qu'on va faire. Bon, Théo, je t'emmène à l'hôpital, dit-il en ignorant superbement le regard agacé d'Harry qui croisait les bras sur sa poitrine. Voir de beaux médecins juifs, ça te fera du bien, crois-moi. Peut-être même qu'il t'auscultera...

- Je vais bien, coupa Théodore en se redressant. J'avais juste la tête qui tournait à cause du choc thermique - le froid glacial dehors et la fournaise à l'intérieur. Il y a de quoi, non ? Et puis, non Harry, je n'ai pas encore eu le privilège d'être battu par Blaise.

- Que Black Sabbath soit loué, grogna Mel en joignant ses deux mains. Bon, Harry, par mesure de précaution, débarbouille-le dans la salle de bain. Je crois que j'ai quelques médocs dans la pharmacie.

Harry acquiesça tandis que Woodrow chuchota dans son oreille : "Je t'avais bien dit qu'il profiterait de toi." Théodore se leva et suivit Harry dans les escaliers en hélice et l'avertissement de Draco fut étouffé par la musique qui rebattait son plein.

- Qu'il n'abuse pas de lui, maugréa le magicien en terminant le verre d'eau qu'avait laissé Théodore.

Durant de longues minutes, Draco resta assis à lever frénétiquement les yeux au plafond comme s'il pouvait y voir quelque chose.

Woodrow tournoyait dans les bras de Bill sur La Javanaise de Gainsbourg. Le vinyle glissait sous l'aiguille du phonographe se trouvant près de la fenêtre ouverte.

Les paroles parvinrent jusqu'au premier où Harry était appuyé contre la porte de la salle de bain, laissant à Théodore le soin de se passer de l'eau sur le visage.

- Draco m'a dit que tu vivais maintenant ici, déclara-t-il en se séchant la figure avec une serviette propre qu'il lui tendait. A ta place, je n'aurais pas pu : tout ce monde, tout ce bruit constamment. Comment fais-tu pour réviser tes examens ?

- J'ai décidé de ne plus réviser, répondit Harry en un haussement d'épaule. L'art ne peut pas s'apprendre et puis, même si j'essayais de tout mon être, je n'arriverais pas à retenir quoi que ce soit. Je préfère me détendre, m'amuser avec mes amis, profiter de la vie... je me suis inscrit dans cette école juste parce qu'il faut avoir un métier plus tard. Mais si ça ne tenait qu'à moi...

- Ouais, c'est bon, je ne t'ai pas demandé ta biographie, grogna Théodore en buvant encore un peu d'eau.

Le silence retomba.

On entendait clairement cette chanson française qui montait par salve depuis le salon.

- Ça ne te dérange pas si je pisse ? demanda Harry en désignant les toilettes.

- Tu sais, je l'ai déjà vu, maugréa Théodore.

- Ah, oui, c'est vrai, dit-il en ouvrant sa braguette.

Théodore fouilla dans la pharmacie à la recherche de comprimés contre la migraine.

Son cœur faisait des battements affolés et ses veines étaient saillantes. Ses sens exacerbés et à fleur de peau, tout semblait décuplé puissance mille : son ouïe amplifiée, son acuité visuelle perçante, son odorat aiguisé, son toucher sensible et une folle envie de goûter.

- Comment va Blaise ? interrogea Harry en se lavant les mains.

- Je ne sais pas. On ne s'est pas revu.

- Pourquoi ?

- J'ai démissionné. Je me faisais du mal à rester auprès de lui.

- Peut-être que si tu lui avais donné un peu de temps pour qu'il ouvre les yeux...

- Le temps, c'est la seule chose que je peux lui offrir, depuis toutes ces années. Si je l'attends encore, j'aurais cinquante ans et je serai toujours célibataire. Je ne veux pas foutre ma vie en l'air pour quelqu'un qui ne sait pas reconnaître l'évidence. Je me suis rendu compte que je souffrirais toujours à cause de lui, il est trop...

- Présomptueux ? devina Harry. Ecoute, il n'est pas si mauvais que ça au fond. Blaise est con, je te l'accorde. Mais j'ai eu de très beaux moments aussi avec lui, au tout début. Tu en auras peut-être la chance un jour...

- Je ne veux pas vivre avec l'idée, qu'un jour peut-être, un homme puisse m'aimer. Un jour seulement ne me suffira pas. Je n'ai pas envie de miser mon bonheur avec une côte de un pour dix milles... et puis, j'ai comprit que si je restais avec lui, je devrais à tout moment m'attendre à ce qu'il parle de toi ou me compare à toi, qu'il me frappe, qu'il se moque de moi, qu'il me trompe. Je ne sais pas si j'aurais la force de supporter tout ça. C'est stupide mais... je m'étais toujours dit que je vivrai une vie tranquille, normale, sans anicroche. J'ai besoin de quelqu'un de stable dans ma vie.

En bas, Dynamite de Jamiroquai résonnait contre les murs, suivi de peu par la bande son mythique de Pulp Fiction.

On entendit un cri d'euphorie et Théodore baissa les yeux. Il n'avait pas le cœur à danser ce soir. Il avait accompagné Draco au Baba O'Riley pour en savoir davantage sur lui, son univers, sa façon de voir la vie. Il voulait avoir une vue entière sur Draco...

En chemin, Draco lui avait tout expliqué du Baba et qu'il y faisait de temps à autre des tours de magie. Théodore avait trouvé cela fabuleux d'assumer pleinement sa passion. Tout le monde avait des passions, n'est-ce pas ?

Alors pourquoi lui, Théodore, ne parvenait pas à faire le grand saut ?

- Tu sais, je ne connais aucun mec stable, prononça Harry au bout de longues minutes de réflexion. Ils ont toujours un truc qui fait qu'au fond, ils sont un peu fous... ou peut-être je ne tombe que sur des timbrés mais, je n'ai pas eu cette chance. Tu connais un mec stable, toi ?

- Draco, avant, répondit calmement Théodore. Mais tout a changé, je ne sais pas pourquoi, ni comment. Il s'est métamorphosé et nous a rien dit de ce qu'il se passait. Il devait certainement penser qu'il pouvait régler le problème tout seul.

Harry fut soudainement mal à l'aise en repensant à la première et seule nuit qu'il avait passé avec le magicien. Il lui avait parlé d'abus sexuels, sans tabou.

Peut-être que c'était ça, le changement dont parlait Théodore sans le savoir... Harry n'était pas le mieux placé pour en parler.

- Parfois, reprit Harry d'un ton qui se voulait léger, on a besoin de faire une cassure avec notre ancien nous. On a besoin de... rompre dans ses habitudes et essayer d'être quelqu'un d'autre. Même si nos amis ne comprennent pas ce qu'il peut bien se passer dans notre tête, on doit aller de l'avant. Et je crois que Draco n'a pas envie d'être comprit pour l'instant. Il vit sa vie, dans sa bulle. Il ne doit pas être prêt pour l'amour : il doit d'abord apprendre à s'aimer lui-même.

- Toi, tu le comprends vraiment bien, dit Théodore, surprit.

- Je me retrouve en lui. On se ressemble un peu, sur certains points, banalisa-t-il. Il n'y a rien d'exceptionnel. Je disais juste ce qui me passait par la tête.

- C'est bizarre quand même. Tu connais le Draco de la nuit et moi le Draco du jour. Mais ni toi, ni moi, nous le connaissons vraiment - je veux dire, en entier.

- Il est comment dans la vie de tous les jours ?

- Très carré, déclara Théodore de but en blanc. Il ne se laisse pas marcher sur les pieds et contrôle un peu tout le monde depuis son bureau. Les gens ne l'aiment pas trop. Il dit qu'il s'en fiche, mais je ne pense pas que cela soit vrai.

- Ici aussi il y a des personnes qui ne l'aiment pas trop, appuya Harry. Mais je pense que ses insultes et son comportement désagréable sont juste là pour dire "Eh, oh, je suis là. Ne m'oubliez pas." C'est un gamin au fond, plus gamin que moi.

- Tu l'as bien cerné. Enfin, c'est rare que quelqu'un prenne son temps pour essayer de savoir ce qu'il se cache derrière tout ça. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Ici, au Baba O'Riley ?

- Entre autre. Nous nous étions déjà croisés dans la rue peu de temps auparavant. On n'a pas du tout accroché. Les rares fois où l'on s'adresse la parole, cela tourne mal.

- C'est plutôt bon signe. Draco a tendance à ne pas répondre aux personnes qui ne méritent pas son intérêt, résuma Théodore.

La porte s'ouvrit sur Woodrow qui les fusilla du regard.

- Vous dégagez ou je change de tampon devant vous ?

- Je vais prendre l'option une, grogna Harry en se précipitant vers la sortie, Théodore sur les talons.

La porte de la salle de bain se referma violemment et Théodore éclata de rire.

- C'est la furie féministe ? Draco m'a beaucoup parlé d'elle : il l'adore, elle et sa grande gueule.

- Ils ne font que de se disputer !

- Oh tu sais, Draco a une drôle de manière de montrer son affection. C'est un grand maladroit, au fond.

Ils descendirent les escaliers rapidement.

Sur scène, Tonks chantait une chanson de sa composition : Bambi's Mother is Dead [1]. Mel criait des encouragements en propageant d'énormes nuages de fumée avec sa shisha saveur menthe. Théodore toussota et ouvrit une autre fenêtre. Il contempla ensuite l'état du sol et étouffa un glapissement.

- C'est dégueulasse ! s'écria-t-il.

- Oh, ça doit être un mélange de soda, de pop-corn écrasé, de porridge et de pâté pour chien. C'est pour ça qu'on glisse. Je nettoierai tout ça avant de me coucher. Mel dit qu'il peut se déplacer les lombaires en se baissant. Tu parles, juste un glandeur.

- La saleté ça m'angoisse, chuchota Théodore. Je peux nettoyer quelque chose, non ? Je me sentirai mieux après avoir gratté le plancher ou fais un peu de vaisselle...

- De la vaisselle ? demanda Bill derrière leurs dos. Je ne juge pas : tout le monde a ses passe-temps favoris (Théodore rougit). Ma mère n'est pas maniaque du tout : ça me changerait un peu de vivre avec quelqu'un faisant une obsession sur la poussière. Moi, par exemple, j'adore ranger mes vêtements par couleur...

- Je vous laisse, dit Harry en s'éloignant pour s'approcher d'un groupe conséquent autour de Draco.

En s'approchant, il vit que Ron le tenait par les bras et qu'Hermione était assise à califourchon sur lui et essayait de lui passer de l'eye-liner.

- HORS DE QUESTION ! s'étouffa le magicien. Je ne me maquillerai jamais de mon vivant. Je... enlève ce fard à paupières de... MEL, AIDEZ-MOI !

- C'est la règle, bonhomme. Aux soirées à thème, on vient déguisé ou sinon... on en subit les châtiments.

- Et pourquoi Théodore n'a rien, lui ? argua-t-il.

- Il est nouveau : on ne voudrait pas le traumatiser, prononça doucereusement Luna en collant des strass en forme d'étoile aux coins de ses yeux. Tu ressembles presque à Lady Gaga avant un concert. Passez-moi le pot de peinture bleu : on va lui tracer un éclair sur la joue à la David Bowie.

- Tu fais ça Luna, je te crame tes poils pubiens avec ma cigarette.

- Woodrow te fichera une droite, déclara-t-elle d'une voix rieuse. Et puis, pour ta gouverne, je suis déjà complètement rasée. Je n'ai pas envie d'avoir un nid de Nargoles entre les jambes...

Harry pouffa de rire et Draco lui envoya un regard meurtrier.

- Vous oubliez le blush, précisa-t-il innocemment en tendant la trousse à maquillage.

- J'avais prévu d'aller en boîte de nuit après, et je ne sortirai pas comme ça !

- Oh que si ! appuya Ron en le tenant fermement. Il fallait bien un travesti au Baba O'Riley.

- Regardez, cria Luna en lui mettant du gloss. Il est plus beau en fille qu'en garçon. Tu aurais été magnifique... une très belle femme.

Hermione éclata de rire et déposa ses mains sur le torse de Draco pour bien le maintenir en place. Quand ils eurent finit de le maquiller, Lee tendit un miroir et Draco se regarda.

Il fit la mimique exacte d'un clown triste.

- Je vais vous le faire payer, menaça-t-il en se levant.

- On attend que ça, David Copperfield, provoqua Harry avec un sourire rayonnant.

Woodrow arriva sur ces entrefaites, réajustant les plis de sa robe, et se figea en voyant Draco, son pire ennemi, affublé de généreuses couches de maquillage.

Elle eut un fou rire nerveux et des larmes. Woodrow failli s'étouffer avec sa salive à deux reprises et Luna dut lui éventer le visage avec sa queue en fourrure blanche.

- Si on m'avait dit que je vivrai assez longtemps pour voir ça, hoqueta-t-elle. Par la barbe de Merlin, que lui avez-vous fait ! Vous venez de détruire un sex-symbol. J'entends d'ici les cœurs de toutes les londoniennes se briser.

- La ferme, grogna Draco en cherchant des serviettes démaquillantes.

- Le châtiment c'était ça ou te forcer à porter un bracelet multicolore pour montrer à tout le monde que tu appartiens à la communauté homosexuelle. Mais puisque tu n'as jamais voulu signer la pétition de Woody, on a pensé que tu préférerais quelque chose d'un peu plus à ton image, prononça sournoisement Mel. Satisfait ?

- Ça ne part pas, dit Draco, dans un élan de panique. L'éclair bleu ne part pas ! Luna je vais te...

- Tu as un problème avec ma femme ? cria Woodrow en se postant juste devant lui. Parce que si c'est le cas, on règle ça à la sortie. Je te plante sans aucun problème !

- Je ne tape pas sur les gamines d'un mètre soixante qui se prennent pour Calamity Jane.

- Dis plutôt que t'as peur que je te foute à terre. Lâche !

- Elle ne sait plus ce qu'elle dit. Elle a ses règles, plaida Luna en la tirant en arrière.

- Je te défie en duel sale con ! hurla Woodrow. On va bien voir si le maquillage a détruit toute ta testostérone !

- Tu veux te battre avec moi ? répéta lentement Draco. Tu es sérieuse ? Tu veux vraiment que je te frappe comme si tu étais un homme ?

- Il en serait capable, informa inutilement Théodore qui était apparu dans le cercle qui s'était formé autour des deux antagonistes.

- Sa kryptonite sont ses cheveux, murmura Luna à l'oreille de Woodrow. Il les touche tout le temps.

- Je vais le scalper, gronda la féministe en lançant des éclairs de fureur. Je vais en faire une Barbie chauve.

- Woodrow, si j'étais toi... commença Harry.

- Tu n'es pas moi, trancha-t-elle. C'est trop bien d'être moi et tu n'as pas cette chance.

Draco eut un rire froid et la toisa de ses orbes métalliques et s'approcha en une enjambée.

- Mel, faites quelque chose ! s'exclama Hermione. Ils vont s'entretuer dans votre salon.

- Cela devait sûrement être écrit quelque part, dit-il d'un air détaché en grattant sa barbe grise.

- Je vais t'éclater, prétentieuse. Il ne restera que tes ovaires de goudou par terre, persifla Draco. Viens dehors, si t'as des couilles. Enfin, ça je n'en doute pas une seule seconde…

- HORS DE QUESTION, cria Harry en se postant à l'entrée du living-room, leur barrant alors le chemin. C'est une fête, je vous interdis de tout gâcher. Arrêtez de faire vos frimeurs qui n'ont peur de rien. Vous êtes ridicules !

L'intrépidité stupide d'Harry s'évanouit à la vue des regards assassins que lui lançaient Draco et Woodrow - et des deux, c'était certainement Woodrow en pleine période d'ovulation qui était la plus dangereuse.

- Bon, on se calme les enfants. ON SE CALME, intervint Mel. Arrêtez la musique et on va régler cette histoire. Asseyez-vous, je vais vous expliquer comment, de mon temps, on réglait les conflits d'égo.

- Cela doit remonter à un siècle au moins, chuchota Ron en se peignant à la Travolta.

- Asseyez-vous tous, continua Mel qui n'avait pas entendu la remarque, nous allons régler cette histoire et toutes celles qui ont été créées à cause de ces deux-là. Draco, Woodrow, vous allez jouer au Tourniquet Camembert.

- Le Tourniquet Camembert ? répétèrent-ils tous les deux en chœur.

- Je vous explique la règle. Dans cette boîte... Lee, tu peux me prendre la boîte verte se trouvant sur l'étagère derrière toi... Ah, voilà le jeu. Le Tourniquet Camembert a été inventé par deux amis et moi-même lors d'un long voyage en train. Albus et Gellert ont toujours eut l'esprit particulièrement imaginatif. Bref, quoi qu'il en soit, le Tourniquet Camembert est une manière comme une autre de devenir le chef. Après avoir joué à ça, on ne vous regardera plus pareil. Vous serez des héros au sein du Baba O'Riley. Avant ça, je dois savoir si vous êtes prêts à tout pour tenter une prise de pouvoir ? (Woodrow et Draco acquiescèrent immédiatement) Bien, alors je veux que vous nommiez deux seconds - deux personnes pouvant prendre le relais à tout moment et dignes de confiance. Honneur aux dames...

- Draco, on parle de toi, charria Woodrow en le désignant du menton. Oh, excuse-moi, c'est le maquillage qui m'a trompée. Eh bien, je prendrais Luna et Hermione.

- Et toi mon garçon ?

- Eh bien... je... Harry et Théodore, je peux compter sur vous ?

- Ce n'est pas comme s'ils pouvaient se rétracter, gronda Mel. Ils ont fait un Serment Inviolable à partir de maintenant.

Mel semblait prendre le jeu très au sérieux et tout le monde était penché vers le petit groupe. Draco et Woodrow étaient assis sur le sofa et Mel sur un petit pouf, le carton sur les genoux.

- La boîte, reprit-il, contient une série d'actions à exécuter. Vous en piochez une à tour de rôle. Mais vous n'exécutez pas toutes les actions maintenant, vous les ferez à la fin, quand il n'y aura plus de surenchère. C'est celui ou celle se refusant à exécuter une action qui est le perdant et devra faire toutes les actions écrites sur les petits bouts de papier et... et… se délecta Mel. Manger le camembert, vieux de dix ans que je conserve dans cette boîte. Regardez comme il a l'air frais...

Draco se pinça violemment l'arête du nez et Woodrow ouvrit de grands yeux.

- Et les seconds servent à quoi ? demanda la jeune fille d'une voix chevrotante.

- Eh bien, si vous vous sentez incapable de faire une action, vous consulter vos seconds pour savoir si l'un d'entre eux peut le faire à votre place. Si c'est le cas, vous continuez de surenchérir et dans le cas contraire, c'est l'autre qui gagne.

- En gros, on aurait tout intérêt à accepter, résuma Hermione.

- En gros, oui, s'amusa Mel. Mais si vous refusez un défi, vous réaliserez tous les autres sauf celui-là.

- Mais si elles perdent... avança Draco.

- On ne perdra pas ! s'écria Woodrow.

- Si elles perdent, c'est elle qui mangera le camembert et ses secondes devront exécuter les petits papiers qu'elles ont choisi de prendre ? C'est exact ?

- C'est exact, confirma Mel. Et il en va de même pour ton équipe. Bon, êtes-vous prêt pour le Tourniquet Camembert ? Qui veut commencer ? Woodrow ?

La jeune fille tendit une main hésitante vers le carton et tira un petit bout de papier. Elle lut à haute voix :

- « Parler pendant une journée en commençant sa phrase par la fin ».

Ce fut au tour de Draco qui piocha :

- « Dire à quelqu'un dans la rue qu'il ou elle devrait faire un régime ». Dis, Mel, ils sont gentils tes papiers.

- Pour l'instant, corrigea le propriétaire du Baba O'Riley. Woodrow, encore à toi.

- « Embrasser un garçon sur la bouche avec la langue », grommela-t-elle. Mais... je suis lesbienne réactive ! J'ai une sainte horreur des mâles. Rien que les toucher ça me file des boutons. Oh, toi, Hermione, tu es hétéro. Tu pourras prendre mon deal et embrasser Ron, comme ça tout est réglé.

- Ce n'est pas drôle comme ça, constata Lee. Et puis, tu n'avais le droit d'utiliser tes secondes que pour un deal chacune : c'est du gaspillage je trouve.

- Je fais ce que je veux de ma langue, rouspéta Woodrow en donnant le papier à Hermione. Bon, à toi Lithium.

- « Se balader en kilt dans Londres pendant deux jours », dit-il en affichant une grimace. Si c'est avec ça que vous croyez m'avoir, c'est mal parti. Je surenchére.

Woodrow piocha encore une fois. Pendant près d'un quart d'heure, les défis plus ou moins saugrenus défilèrent comme :

"Avaler une page entière du journal dans le métro en prétextant vouloir la sauvegarder", "Se déguiser en momie pour aller au travail", "Ecrire et envoyer une lettre d'amour enflammée à la Reine d'Angleterre", "Foncer droit dans un mur d'une gare en prétextant qu'il s'agit d'un portail magique multidimensionnel", "Cracher dans le verre de son meilleur ami", "Gifler la personne que vous admirez le plus"

"Arracher un panneau sens interdit dans la rue pour décorer le Baba O'Riley" "Sauter en habits de plongée dans la Tamise avec comme excuse à donner aux curieux qu'on recherche son wapitis albinos qui est tombé dedans", "Voler une bouteille de whisky douze ans d'âge chez le meilleur caviste de la ville", "Entrer dans un magasin de produit surgelé habillé en mafieux et demander s'ils n'ont pas un grand modèle de frigo à prêter pour y mettre un corps", "Sniffer un rail de sucre dans un café et dire ; 'Y'a pas à dire, c'est de la bonne", "Demander à un perceur professionnel de faire un piercing au museau de son chien", "Demander à l'accueil d'un aéroport un billet pour le Paradis", "Dire à un Skinhead : Trop classe le crâne rasé. Tu ressembles à mon grand-père" [*]

"Porter ses sous-vêtements par-dessus ses vêtements pendant quelques jours", "S'épiler le torse à la cire", "Se teindre les cheveux en bleu", "Réussir le grand-écart faciale", "Ecrire une thèse pour prouver que Dieu n'existe pas et en lire l'introduction dans une cathédrale bondée lors de la Messe de Minuit", "Brandir une pancarte : Tuons les bébés pandas, en plein meeting de WWF"

"Se rendre dans une nurserie et prétendre que l'on loue son bébé à mi-temps", "Dessiner une cicatrice en forme d'éclair sur son front et se prendre pour le nouveau Jésus-Christ, sauveur de l'humanité"

"Etre prit de convulsions en plein métro et hurler qu'on est la réincarnation de Jimi Hendrix et entamer Dolly Dagger avec entrain", "Se rendre dans un karaoké et déclarer sa flamme sur du Mariah Carey à un ou une inconnue", "Courir dans un parc avec un couteau en plastique en s'attaquant aux pigeons", "Réussir une illustration de l'expression 'l'ironie du sort' sans utiliser le moindre mot"

"Se déguiser comme le sexe opposé toute une journée", "Réaliser un flash-mob en pleine capitale", "A la sortie de l'aquarium national, s'allonger par terre sur le côté et être pris de spasmes. A l'approche d'un enfant, glapir : "Je suis un poisson hors de l'eau"

"Enlacer tendrement quelqu'un dans la rue et lui expliquer par A + B que vous êtes fait l'un pour l'autre", "A un feu rouge pour véhicules, se mettre à danser puis repartir le plus normalement du monde une fois que le feu est vert"

"Demander à un inconnu un autographe et prendre une photo avec", "Dans un magasin de jouets, se battre avec une énorme peluche et lui ouvrir le ventre dans un rire sadique", "Brûlé des livres de Lévy en place public et éviter de se faire coffrer", "Arriver habiller en bourgeois - ou bourgeoise - du XVIIIème siècle dans un café et demander en quelle année nous sommes", "Fumer un joint devant un politicien", "Demander à un chien où se trouve une rue avec l'appui d'une carte de la ville"

"Hurler de peur dès que quelqu'un sortira son téléphone portable en public et se cacher en précipitation", "Se prendre en photo tout seul devant des monuments londoniens et parler avec quelqu'un d'invisible qui serait lui aussi sur les photos", "Demander en mariage une vieille dame"

"Dessiner un pentagramme en pleine rue piétonne et invoquer les démons du rock'n'roll", "Prendre un gendarme pour cendrier", "Courir après un cheval de la garde royale avec une serviette autour du cou, des couverts et une assiette"

"Se mettre à genoux devant un vendeur de légumes et hurler : enfermez-moi dans votre garde-manger !", "Se rendre chez les médias de presse à scandales et prétendre que vous aviez eu une relation torride avec Mick Jagger", "Demander à quelqu'un dans la rue de percer ses points noirs", "Entrer dans un magasin spécialisé dans l'électronique et tenter de rentrer dans un écran plasma", "Faire sa douche, nu(e), sous la pluie à Trafalgar Square"

"Faire l'amour dans une cabine téléphonique", "Pénétrer sur un chantier et aller voir un ouvrier travaillant avec une démolisseuse à béton et demander innocemment : Vous le prêtez votre sex-toy ?", "Se balader avec un scotch sur la bouche toute une journée et un tee-shirt : Je suis censuré par l'état"

"Faire la promo du Baba O'Riley en distribuant des flyers réalisés à ses frais", "Pointer du doigt quelqu'un au hasard dans son travail et dire : Toi, tu vas mourir dans cinq jours, c'est ma voyante qui me l'a dit", "Prétendre lire l'avenir dans les anus dans une conversation très sérieuse avec son supérieur hiérarchique", "Se déguiser en Peter Pan et prétendre pouvoir s'envoler pour le Pays Imaginaire", "Entrer dans un Starbucks et récolter les miettes en prétendant que le magasin les réutilisent pour faire de nouveaux gâteaux"

"Parler comme un droïde toute une journée", "Demander une fessée à un inconnu dans un supermarché", "Prétendre que vous vous êtes échappé d'un laboratoire de la NASA et qu'on vous a implanté un embryon bien que vous soyez un homme"

"Mimer l'acte sexuel dans une galerie marchande en faisant le bruit d'une Kalachnikov en finissant par un orgasme aux consonances d'un bazooka", "Creuser dans un bac à sable et crier que l'on va régler son compte à Satan"

"Faire un lap-dance contre un lampadaire", "Entamer une parade nuptiale devant une vitrine de magasin", "Mettre une prise électrique dans son nez en prétextant être en charge", "Aller voir son boucher et demander le plus sérieusement du monde qu'il vous rende votre rein", "Essayer de jouer de la guitare électrique avec son sexe en érection"

"Se rendre à un meeting sur la prévention du tabagisme passif et se coller à quelqu'un avec une cigarette allumée", "Entraîner un ou une inconnue à danser le tango sur un air de techno", "Lécher la joue de votre banquier en prétendant que dans votre pays d'origine, c'est un signe de grande confiance et de productivité"

"Aller aux alcooliques anonymes avec une bouteille de vodka à la main pour la première réunion et dire : Je vous présente, George.", "Se rendre à un commissariat et porter plainte contre votre balai pour viol", "Essayer de cracher du feu après avoir avalé une allumette", "Aller voir une femme enceinte et parler à son ventre en disant d'un air sombre : On va bientôt te sortir de là mon pauvr' vieux"

De nombreuses fois, Draco grimaça ou se révolta de son sort.

Woodrow devenait de plus en plus livide en comprenant qu'elle allait certainement se ridiculiser.

Finalement, elle piocha le défi que jamais elle ne pourrait réaliser en tant que féministe lesbienne : « Se mettre à genoux et demander à un homme de vous prendre là, tout de suite, parce que vous avez le cul en feu ».

Woodrow grimaça et rejeta le papier.

- Je ne peux pas faire ce défi, maugréa-t-elle.

Lee étouffa un éclat de rire et Hermione se révolta :

- Non, tu ne peux pas laisser tomber. On est à deux doigts de le faire plier !

- Je ne m'agenouillerai JAMAIS devant un homme.

- C'est ce que tu es en train de faire ma chérie, dit sagement Luna.

- Peu importe, ce défi je ne le ferai pas ! s'exclama Woodrow d'un air résolu. Je préfère mille fois avaler un camembert pourri de dix ans d'âge plutôt que… que de dire une chose pareille. Je crois en mes principes.

Draco la regarda intensément et dit :

- Tu m'impressionnes. Moi qui ne sais pas ce que c'est que d'avoir des principes, je dois dire que je prends une bonne leçon. Mais en attendant, allez chercher les couverts pour lui faire manger le fromage ! s'écria-t-il avec un sourire goguenard.

- Le fromage ! Le fromage ! Le fromage ! scanda Mel avec délectation.

Woodrow ouvrit la boîte avec une grimace qui tordit sa bouche. Une odeur nauséabonde se répandit dans toute la pièce en un quart de seconde. Woodrow en avala une bouchée tout rond.

- Je t'aime plus que je ne t'ai jamais aimé, dit Luna, émue, tandis que Woodrow réprimait un vomissement.

Woodrow avala un bon tiers du fromage avant de se ruer vers les toilettes se trouvant près de la cuisine.

Draco éclata de rire, rejetant sa tête en arrière. Harry ne l'avait jamais vit aussi beau, aussi euphorique, aussi vrai.

Sans réfléchir, il prit la main du magicien et l'entraîna au centre du living-room tandis qu'une musique de techno résonnait. Harry plaça ses mains sur son torse sans le quitter des yeux et commença à fredonner la chanson Barbara Streisand de Duke Sauce.

Draco battait le rythme avec sa tête, secouant ses cheveux.

Étonnamment, il bougeait sacrément bien pour un mec se faisant passer pour un patron psychorigide le jour. Harry avait toujours pensé que la danse était l'aboutissement d'une forme de liberté irrationnelle, incompréhensible et pure.

Draco regardait parfois leurs bassins se frôler en se mordant les lèvres. Il passa sa main dans le bas du dos d'Harry et commença à chanter avec le sourire.

Apparemment, le fait de gagner au moindre jeu le rendait fou de joie. Fou était certainement le mot juste : Draco entraîna Harry sur la table basse et ils dansèrent au milieu de tout le monde. Ce dernier s'agrippa à la chemise pour ne pas tomber en arrière tant l'espace était étroit.

On se serait cru dans une boîte de nuit new-yorkaise bruyante.

Mais on emmerdait les voisins qui voulaient sûrement dormir à deux heures du matin. On emmerdait les gens qui étaient trop timides pour danser. On emmerdait la municipalité de Londres.

Ce soir-là, au Baba O'Riley, on fêtait l'anniversaire de Luna et c'était la fête du millénaire pour tous ceux qui étaient présents.

Mel avait laissé sa shisha pour imiter les rappeurs aux côtés de Lee.

Tonks faisait virevolter les pans de sa robe de mariée, dévoilant alors son string blanc en dentelle.

Luna était revenue avec Woodrow des toilettes.

Elles étaient assises sur le canapé, un seau sur les genoux de la féministe qui arborait un teint laiteux. Luna dodelinait de la tête en fredonnant « Ouh ouh ouh », s'abstenant de danser pour consoler sa petite-amie.

Woodrow fusillait toujours Draco du regard, qui était collé à Harry du haut de la table basse. Mais même si elle avait une rancune profonde envers le magicien, elle dut s'avouer que tous les deux, ils étaient magnifiques quand ils dansaient.

Et dans la cacophonie du Baba O'Riley, Théodore se perdit une nouvelle fois dans le regard de Bill.

A Suivre


[1] Bambi's Mother is Dead : Chanson que j'ai écrite vers trois heures du matin. Je crois que j'ai paumé les paroles. Mais je dépose un copyright dessus tout de même.

[*] Ce paragraphe sont des délires trouvés par Sebarrya – le reste provient de moi-même et d'une overdose de coca. D'ailleurs, je mets un copyright sur le jeu du Tourniquet Camembert. Si vous souhaitez y jouer lors d'une soirée, je ne fournie aucune garantie. C'est un jeu dangereux - mentalement et physiquement. A vos risques et périls.

300 reviews pour fêter le dixième chapitre ? L'espoir ressuscite les morts.