Allez, on se lance dans le neuvième chapitre, moment clé de l'histoire, j'en dis pas plus!

Réponses aux reviews, remerciements etc...:

Chaussange: voilà la suite, on en apprend vraiment plus...

The Deadly Nadder: ça y est, on SAIT! Et moi aussi, j'aime pas la phrase du "tu vas bien", c'est pour ça que je voulais le faire remarquer ^^

Mr Insom: Tu as déjà eu le chapitre en avance, je n'ai donc rien à t'apprendre je pense ;)

Merci à vous trois de me suivre et de laisser des commentaires et au Dieu Fougère de me faire l'honneur de me lire :)

Vous pouvez applaudir Mr Insom et The Deadly Nadder qui ont toutes les deux gagné le chabadabada du chapitre 8!

Je dédicace donc ce chapitre à Mr Insom, qui a même trouvé l'astuce des chapitres, le prochain sera pour The Deadly Nadder ;)

Bravo Insom!


Chapitre 9 : I know the path to choose

Ange se leva la première, comme toujours, et s'installa dans le canapé. Son portable à la main, elle hésitait depuis hier à envoyer un sms déjà écrit. En fermant les yeux, elle finit par appuyer sur la touche envoi. Dans un état de fébrilité extrême, elle tenta de se calmer, sachant pertinemment que son correspondant devait encore dormir. Elle ne pouvait s'empêcher tout de même de consulter son portable à tout instant, priant pour que la réponse soit positive. Totalement concentrée, elle n'entendit pas Stoïck descendre lourdement les marches.

L'homme s'arrêta pour la regarder. Assise dans le canapé, elle ouvrait et refermait le clapet de son téléphone. Il ne put s'empêcher de la comparer dans un sourire à la petite fille qu'elle avait été autrefois, à s'agiter devant la caméra avec sa sœur et Harold. Sa mère ressemblait tellement à celle d'Harold, à chaque fois que Stoïck revoyait ce film, il avait l'impression de voir sa femme. Cette dernière était morte à la naissance d'Harold et Stoïck avait pris un soin particulier à ne jamais rompre le contact avec la famille de Wendy, sa défunte épouse. Ainsi, il avait gardé le contact avec Alice, la mère d'Ange, et avec la vieille Gisèle, la grand-mère un peu toquée. La troisième fille de la fratrie, Hansel, était elle aussi décédée dans des circonstances tragiques et Aurore, la grande sœur d'Ange, avait subi le même sort. Non, dans cette famille, ils n'avaient pas de chance avec les hommes…

Ange se tourna soudain vers son oncle et lui sourit. Sans un mot, ils se dirigèrent tous les deux vers la cuisine. Ange fit chauffer du lait pour elle, attrapa une pomme verte qu'elle croqua et garda entre ses dents alors que le bacon frétillait dans la poêle. Elle y ajouta deux œufs et chantonna. Stoïck était étonné de la voir si joyeuse, ce n'était pas arrivé depuis la tentative de suicide d'Harold. Il mit sa bonne humeur sur le compte du retour de son cousin à la maison.

Ange lui servit ses œufs et son bacon et lâcha sa pomme un instant pour regarder son portable. Puis elle la remit entre ses dents, baissa le feu sous le lait, et continua sa chanson. Stoïck laissa un sourire s'épanouir sur son visage alors qu'Ange sortait de la cuisine. Il y eut du remue-ménage à l'étage et le portable, abandonné sur la table de la cuisine, en profita pour recevoir un message. Stoïck lança un regard plus ou moins discret pour apercevoir l'expéditeur. Mais l'intervention de deux jeunes surexcités l'empêcha d'en savoir plus.

- Tu vas me le payer petite peste !

- Faudra d'abord que tu m'attrapes, tu te traînes la limace !

Harold, sans sa prothèse, sautillait à cloche pied derrière Ange, essayant visiblement de l'attraper. Bien que boiteuse, la jeune femme était plus habile que lui et elle le jaugea du regard par-dessus la table. De l'autre côté, essoufflé, son cousin attendait le bon moment pour lui sauter dessus. Stoïck, portant parfaitement bien son nom, les observa avec un léger sourire. Avisant le téléphone portable d'Ange, plus près d'Harold que de la jeune femme, l'adulte décida d'apporter son grain de sel :

- Ange, tu as reçu un message. Tu semblais tellement l'attendre…

Les yeux d'Harold brillèrent et il se saisit du petit appareil avant qu'Ange n'ait eu le temps de réagir. Pianotant, réussissant à garder hors d'atteinte le téléphone, Harold réussit à lire le début du message avant qu'Ange ne le fit tomber. Au sol, ils se tortillèrent en riant bêtement.

- Allons les enfants, un peu de calme. Le lait va déborder en plus.

Ange se releva la première et attrapa la main d'Harold pour l'aider, récupérant au passage son téléphone. Encore riant, les deux jeunes s'attablèrent sagement pour boire leur lait au chocolat. Gisèle mangeait à petites bouchées sa bouillie, observant sa petite-fille du coin de l'œil, comme si elle comprenait un peu ce qu'il se passait. Ange en profita pour lire le message. Son cousin sourit en voyant sa joie déborder et faire briller ses yeux. N'importe qui aurait eu la même réaction en voyant le message qu'elle venait de recevoir.

OoO

Il était tôt. Trop tôt. En tout cas, bien trop tôt pour un samedi matin de vacances. Pourtant Sandy fit l'effort de tendre le bras jusqu'à son portable pour voir qui pouvait lui envoyer un message à cette heure. Lorsqu'il vit le nom d'Ange, il ne put s'empêcher de sourire. Depuis l'hospitalisation d'Harold, la jeune femme semblait éviter le moindre contact avec presque tout le monde. Il décida aussitôt de lui répondre.

.

Destinataire : Sandy :)

Hey, je sais que je te parle plus beaucoup mais ça me manque… Je pensais aller à la plage aujourd'hui, pour voir le soleil, tu viens avec moi ?

Destinataire : un Ange ?

T'as vu l'heure espèce de folle ? Tu m'as réveillé ! Mais ok pour la plage, j'irais vers 15 h. à tout'.

.

En s'étirant, le blond tenta de décrypter un peu mieux le message d'Ange. Tatiana lui avait dit un jour qu'il y avait toujours des messages cachés et que les filles en utilisaient beaucoup. Il tenta de se rappeler pourquoi Ange s'était éloignée de lui, en plus de l'hospitalisation d'Harold. Ils s'étaient engueulés. Mais pourquoi ? Ah oui. C'était ça.

Ange allait mal ce matin-là. Vraiment mal. Il l'avait regardée alors qu'elle s'installait, des valises sous les yeux. Elle semblait se guérir de certaines blessures tout en étant obligée d'en ouvrir d'autres. Et ces blessures mal cicatrisées et en voie de guérison l'empêchaient manifestement de dormir.

L'après-midi, ils s'étaient croisés sur la plage, celle qu'il lui avait montrée. Les pieds dans l'eau, ses chaussures abandonnées sur le sable, Ange ouvrait les bras. Elle était encore habillée et en cette froide journée de fin novembre, l'eau devait être glaciale. En l'entendant, elle s'était retournée vers lui. Des larmes coulaient sur ses joues mais elle les avait essuyées avec délicatesse pour lui sourire.

Et il s'était énervé. Pourquoi est-ce qu'elle ne lui parlait pas ? Hein ? Elle n'avait pas confiance ? Eh bien tant pis alors, tant qu'elle ferait semblant d'aller bien, ou en tout cas pas trop mal, il ne lui parlerait plus !

Et il était parti sans se retourner, l'abandonnant. Il en avait marre de porter sa douleur à bout de bras alors qu'elle ne se confiait pas à lui. Il en avait marre de la voir souffrir sans raison. Ou sans en connaître la raison.

Depuis qu'il avait eu son coup de colère, leurs rapports s'étaient considérablement refroidis. Ils se voyaient en cours mais Ange, adepte de la vérité et ne voulant pas tricher, ne jouait pas le jeu de l'amitié. Tout le monde avait donc pu constater qu'elle s'entendait bien avec Sandy, avec qui sa période de froid avait été plus que visible. Et maintenant, sans plus d'explication, elle lui demandait de la rejoindre ? Pour n'importe qui d'autre, il aurait hésité. Pour elle, il sauterait sur son vélo et arriverait même en avance. Parce qu'il tombait lentement amoureux d'elle et que le retour en arrière semblait impossible.

OoO

Harold, ayant remis sa prothèse, entra dans la chambre d'Ange alors qu'elle semblait en pleine réflexion. Hésitante, elle avait posé sur son lit plusieurs tenues. Le jeune homme jeta un œil aux trois pantalons et aux cinq tee-shirts étalés sur la couette. Dans un sourire, il s'assit au bureau de sa cousine, attendant qu'elle s'adresse à lui et tripotant une antique peluche qu'Ange nommait Mr Insom. La bestiole ne ressemblait plus à grand chose et était en fait constituée de deux poupées grossières entrelacées : l'une avait de longs cheveux roux et une robe verte, c'était la fille, et l'autre des cheveux blancs plus courts, un haut bleu et un pantalon marron. Il se fit la courte réflexion que les poupées ressemblaient beaucoup à Merida et Jack mais la voix de sa cousine l'arracha à sa comparaison :

- Bon, qu'est-ce que je mets ?

Harold sourit en entendant cette phrase, faisant danser Mr Insom sur le bureau de sa cousine. Ange ne se posait la question de ses vêtements que lorsqu'elle avait un rendez-vous. Et depuis l'Accident elle n'en avait plus eut…

- Je sais pas, répondit Harold, un short ?

- Nan, pas aujourd'hui. Manches courtes ?

- Pourquoi pas, il t'a déjà vue en manches courtes non ?

- Mais il va faire peut-être froid au bord de l'eau, y a pas de soleil aujourd'hui.

- Ça lui fera une bonne raison pour te prendre dans ses bras.

- Pas faux.

Un ange passa. Harold attendit patiemment que sa cousine reprenne la parole, comme toujours après un "pas faux", penchant la tête de Mr Insom vers Ange. Alors comme ça, Sandy l'intéressait ?

- Et si… je lui raconte tout ?

- Tout sur ce que tu as fait ?

- Tout ce que j'ai vécu.

Ange se détourna des vêtements sur son lit pour figer ses yeux noirs dans le regard vert d'Harold. L'enjeu était important, ils le savaient tous les deux. Si Ange se livrait, Sandy pouvait ne plus jamais la voir de la même façon. Ou l'accepter. Dans tout les cas, se livrer signifiait sceller leur relation. C'était comme une demande, en plus subtil.

- Tu es sûre de toi ?

- Non. J'ai l'impression de devenir folle. Tu veux bien me rendre Powa et Incognito ?

- Quoi ?

- Ma poupée s'il te plait. Powa c'est la meuf et Incognito c'est le mec. Mr Insom c'est le tout. Tu me la rends ?

- Mais c'est pire que de la schizophrénie, marmonna-t-il en riant

Harold lui envoya le morceau de chiffon, amusé par les prénoms, et Ange l'observa avec des yeux interrogateurs, frottant les bras enlacés d'Incognito et Powa contre sa joue. Harold finit par la sauver :

- Mets le tee-shirt manches courtes, avec une veste.

La jeune femme lui sourit. Ce n'était pas pour rien qu'il était son cousin. Il la connaissait mieux qu'elle ne se connaissait. Et c'était vraiment pratique.

I'm gonna be a mighty king, so enemies beware!

I've never seen a king of beasts

With quite so little hair

I'm gonna be the mane event

Like no king was before

I'm brushing up on looking down

I'm working on my roar

Thus far a rather uninspiring thing

Oh, I just can't wait to be king!

Le téléphone d'Harold sonna dans sa chambre et Ange réussit à l'attraper avant sa limace de cousin, qui n'arrivait pas encore à se déplacer habilement avec sa jambe artificielle. Harold ne put donc qu'entendre, impuissant, sa cousine répondre à sa place :

- Oui vous êtes bien sur le téléphone d'Harold la limace, il vous répondra quand il aura réussit à mettre un pied devant l'autre.

- Ange, arrête tes conneries et passe-moi Harold, j'ai trop une bonne nouvelle à lui annoncer !

- Vous allez être mis en relation avec votre correspondant dans quelques instants, patien-

- Oui, qui est à l'appareil ?

- Ah, Harold, tu pourrais dire à Ange de cesser ses imbécilités, ma mère va se demander ce que je fais.

- Alors Merida, Maman ours te surveille toujours ?

- C'est ça, moque-toi le boiteux ! A part ça tu vas bien ?

- Je vais bien oui, et toi ?

Harold s'assit sur son lit et Ange se colla immédiatement contre lui, tentant d'entendre la conversation des deux amis.

- J'ai des griffures sur toute la surface de mes bras et de mon cou, même quand je fais de l'équitation à travers bois je m'en sors mieux ! Mais ça va.

- Qu'est-ce qu'elle dit ? souffla Ange.

- Attends Merida, je te mets en haut parleur j'ai une curieuse qui me colle.

- Ange, ce que tu fais es malhonnête ! Te laisses pas faire Harold ! Je vais lui taper dessus à la boiteuse ! Je suis déjà en haut parleur ?

- Oui Merida, la boiteuse t'entend, se moqua Ange. Tu avais une trop bonne nouvelle non ?

- Une bonne nouvelle ? demanda Harold

- Ah oui ! Tu rêvais d'avoir un chat non ? Et bien devines quoi, nos voisins ont une portée de chatons et ils veulent bien nous en donner un ! Génial non ?

- J'ai plus qu'à convaincre mon père, rit Harold en masquant sa bonne humeur avec peine.

- Ça devrait pas être très difficile, affirma Merida avec assurance.

- C'est ça, compte là-dessus ! Tu l'as jamais vu en présence d'un chat, se moqua Ange

- Et c'est quoi la cause des blessures ?

- C'est une excellente question Harold ! C'est un des chatons, c'est un vrai monstre alors qu'il est pas plus gros qu'une souris ! Mais j'en ai trouvé un autre plus calme à te ramener.

Après un débat autour des chats, des chiens, des caméléons, des lapins et des chevaux, Ange décida de s'éclipser pour préparer le repas et laisser un peu d'intimité à son cousin.

OoO

Après manger, Ange devint fébrile. Elle allait et venait, boitant, Rüle sur les talons, sans savoir quoi faire. Harold riait sous cape avec son père, dans une complicité qu'ils avaient rarement connu. A trois heures moins le quart, elle jeta une bise sur la joue de Stoïck, fit tanguer Harold en passant à côté de lui, pour rire, et se mit en route. Rüle voulait absolument la suivre mais elle réussit à l'enfermer dans le jardin. Elle avait hâte. Et pourtant, une angoisse sourde battait dans son ventre, immuable. Elle ne savait pas si elle faisait bien de se confier ainsi…

En arrivant à la plage, le temps sembla s'assombrir : en milieu d'après-midi on pouvait se croire en début de soirée. Ange pensait arriver la première mais elle aperçut le vélo de Sandy, jeté contre le muret de pierre qui bordait la plage. Le jeune homme était debout, face à l'océan. Elle s'approcha silencieusement, profitant du bruit du vent et des vagues qui masquait celui de ses pas. Lorsqu'elle l'appela, elle rencontra ses yeux dorés et il lui sembla qu'elle allait abandonner. Juste laisser tomber cette idée stupide et s'abandonner… dans ses bras. Mais elle prit une longue inspiration, emplissant son corps de l'odeur apaisante du sable et du sel. Elle allait tout lui dire.

Sandy la regarda, attendant qu'elle lui parle. Il avait senti, dès qu'elle avait signalé sa présence, que cette rencontre ne serait pas innocente. Le sérieux qui émanait d'elle lui fit presque peur.

- Sandy, tu m'as demandé de te parler si j'allais mal. J'ai besoin de tout te raconter pour aller mieux. Si tu veux bien… m'écouter.

Ange s'arrêta en voyant Sandy s'asseoir patiemment et l'inviter près de lui en tapotant le sable à côté de lui.

- Ok, souffla Ange. Je vais tout te dire alors.

Sandy lui lança un regard attentif, et elle eut un petit rire nerveux. Elle posa sa main sur celle du blond, pour ne pas perdre prise avec la réalité, et commença son récit :

« Ma mère s'appelait Wendy, elle était l'ainée d'une fratrie de trois sœurs. Ma grand-mère, Gisèle, leur a donné des noms issus des histoires de son enfance. La mère d'Harold, Alice, était la cadette. Et Hansel, la benjamine. Quand Alice a rencontré Stoïck, ils ont vécu une très belle histoire. Ma mère n'a pas eu cette chance. Mon père était violent.

« En tant qu'ainée, elle a pris sa mère chez elle lorsqu'elle a montré les premiers signes de faiblesse. Elle avait élevée seule ses trois filles et quand elles ont toutes quitté la maison, elle a décidé d'emménager chez l'une d'elles.

« Ma sœur ainée, Aurore, avait quatre ans de plus que moi. Et mon petit frère, Peter, onze ans de moins. Aurore est un jour tombée amoureuse du mauvais garçon, selon mon père. Alors il l'a violentée. Plusieurs fois. Il frappait ma mère aussi. J'avais quatorze ans et elle dix-huit, l'âge de quitter la maison. Elle avait prévu de s'enfuir, avec ce garçon. Elle était venue nous dire au revoir, un par un, dans le secret. Mais quand elle a voulu sortir, mon père a réussi à l'attraper. Son copain devait partir, il a pensé qu'elle l'avait planté à la gare et il s'en est allé. Elle ne s'en est jamais remise tout à fait, elle était un fantôme. Et un jour elle s'est jetée dans l'océan.

« Ma mère en a été détruite. Le corps d'Aurore s'est échoué sur la plage où nous venions jouer petites. Jamais je n'ai plus revu sourire ma mère… Mon père, déçu de ne plus pouvoir la choquer par ses gestes, a commencé à s'attaquer à moi. Et pour protéger mon frère des coups, je me taisais. J'ai encore des cicatrices, dans le dos, à cause de lui.

« Un jour, mon père s'est mis à hurler sur ma mère. Plus fort que d'habitude. C'était comme si elle était sortie de sa léthargie et elle lui a reproché la mort d'Aurore. Je l'ai entendue tomber. Et ne plus rien dire. Alors je suis descendue dans la cuisine. Mon père était comme fou et ma mère avait le crâne brisé. Je suis entrée et il a vu que j'avais vu. Alors il a essayé de me frapper mais cette fois je ne me suis pas laissée faire. J'ai attrapé un couteau. Le couteau à viande. Et… J'ai… Je l'ai juste tenu devant moi et comme il s'est avancé, le couteau a pénétré son flanc. »

Ange s'était arrêtée, avait soufflé plusieurs fois et avait enfoui son visage dans ses bras, ses genoux repliés, tremblante. Sandy ne la pressa pas de recommencer, attrapant à nouveau sa main comme elle l'avait fait avant de commencer son récit. Les yeux noirs de la jeune femme, embués de larmes, réapparurent et Ange continua de raconter, cette fois en le regardant droit dans les yeux, pas vers l'horizon :

« Il saignait. Il saignait beaucoup. J'avais encore le couteau dans la main, couvert de sang. J'ai à peine senti ma grand-mère me le prendre et le poser sur une table. Le souvenir de ce couteau dans ses mains de vieille femme, tremblantes… ça me hante. C'était comme si elle l'avait tué. Mais il n'était pas mort. Il s'est relevé et m'a crié dessus. J'ai pris peur, le courage que j'avais ressenti s'est envolé et j'ai obéi, fébrile et stressée. Mon petit frère était descendu pour voir ce qu'il se passait. J'avais dix-sept ans et lui juste six. Mon père hurlait des ordres, j'ai obéi, on a tous fini dans la voiture. Je conduisais parce qu'il était blessé. C'est une des rares choses que ma mère m'avait apprise. Mais il faisait nuit, j'étais fatiguée et en panique, il continuait d'hurler. Et j'ai dérapé sur la route.

« Mon père ne bougeait plus quand j'ai ouvert les yeux. Mais il a ensuite bougé. J'avais mal à la jambe et au bras et le sang sur mon œil m'empêchait de voir. Alors je lui ai demandé de s'occuper de Peter pendant que j'aidais la grand-mère à descendre. Lorsque je me suis retournée, il était seul, debout. Je lui ai demandé où était Peter, pourquoi il l'avait laissé dans la voiture et… J'avais mal. Ma voix s'est brisée au moment où il s'est finalement effondré. Il était mort. La grand-mère gémissait, c'était… c'était oppressant. J'ai essayé de me relever, d'aller vers la voiture pour en sortir Peter, mais je n'y arrivais pas. J'ai vu la voiture s'enflammer et je n'ai rien pu faire je… »

Un tremblement secoua son dos et elle se laissa glisser contre Sandy, retenant ses sanglots. Des larmes coulaient déjà sur ses joues mais elle ne voulait pas se laisser aller plus que ça. Le jeune homme, referma presque inconsciemment ses bras autour du corps tremblant d'Ange et attendit, sans bouger, qu'elle se calme.

« Après ça, ma grand-mère est devenue quasiment folle. Mon seul témoin était donc une vieille dame définitivement achevée par la mort de sa fille. Elle avait déjà très mal supportée la mort d'Alice, la mère d'Harold, et la disparition d'Hansel, dont je ne sais rien. Le procès qui a suivi n'était pas équitable et je ne m'en suis sortie que parce que j'étais mineure au moment des faits. Puis plusieurs médecins ont fini par avouer que je n'avais aucun dérangement mental et ils nous ont envoyé chez Stoïck. »

Ange se releva et tourna le dos à Sandy. Elle avait peur d'être mal acceptée, qu'il la regarde maintenant avec ce mélange de pitié et de dégoût dans les yeux. Et elle ne supporterait pas de tâcher ainsi son regard doré si doux. Puis elle sentit qu'il se levait aussi derrière elle. Elle l'imaginait en train d'épousseter sa veste jaune qui n'allait bien qu'à lui. La main du jeune homme se posa sur son épaule et elle frissonna. Elle ne voulait pas se tourner vers lui, elle ne voulait pas…

Un soupir lui échappa alors qu'elle prenait son courage à deux mains pour se retourner et affronter la réaction de Sandy. Elle savait quelle voie elle devait choisir et elle l'avait fait.


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