Et voilà un de plus^^ On progresse dans l'intrigue mais on ralentit au niveau du temps^^ On fait arrêt sur un jour là^^
Bref, j'espère que ca vous plaira^^ Bonne soirée tout le monde! (Ouf je suis à l'heure)
Chapitre Neuf
8 Avril CE 81
Il se délectait du fabuleux spectacle qui s'offrait à lui : les flammes dévoraient petit à petit leur voiture et d'épais nuages de fumée noire ne cessaient de s'échapper de sous leur capot. Il devinait plus qu'il ne voyait leur voiture car elle était masquée par l'écran de fumée qui devenait de plus en plus opaque au fil des secondes. Bientôt il ne verrait plus que des flammes danser derrière cet écran gris-noirâtre. Bientôt aussi le feu allait atteindre le réservoir d'essence et engendrer une explosion.
Il se mit à rire comme un fou furieux. Son pire ennemi allait mourir d'ici peu ! Mort, brulé vif avec sa fille ! Enfin vifs… ce n'était pas certain vu qu'ils pouvaient déjà très bien être décédés intoxiqués par la fumée ou encore lors du tonneau… Oh et puis de toute façon cela n'avait aucune importance vue que les flammes continuaient de se propager une peu plus chaque seconde ; ce n'était plus qu'une affaire de minutes, voire de secondes, avant qu'ils ne partent en cendres.
Il ria de plus belle. Il n'avait jamais imagé qu'un tel spectacle puisse être aussi hilarant. Il fallait être complètement givré pour rester là à regarder une voiture flamber alors que ses passagers étaient encore à l'intérieur. Ca tombait plutôt bien parce qu'il était fou ! Au moins on ne pourrait pas lui reprocher que ses actions ne soient pas en accord avec sa nature profonde !
Il partit dans un fou rire incontrôlable. Il arrivait même plus à s'arrêter, c'était plus fort que lui : il se sentait tellement bien, tellement détendu, libre et heureux. Un bonheur complet l'avait envahi subitement au moment où leur voiture s'était écrasée lamentablement contre la falaise.
En plus, la satisfaction de la réussite avait été au rendez-vous et il planait à présent dans les zéniths de la plénitude. Il se sentait enfin en paix avec lui-même, il était purifié. L'accident qu'il avait provoqué était son sauveur, il l'avait libéré de tout. La frustration s'était tue, sa rage s'était évanouie, ses pulsions et ses pensées malsaines avaient presque toutes disparues. Il était redevenu un homme -quasiment- normal.
Maintenant il allait reprendre une vie normale : d'abord il allait quitter ce pays qu'il avait en horreur, puis lorsqu'il serait loin d'ici il épouserait Airi et il fonderait ensemble une famille. Il serait à son tour père et mari d'une femme formidable. En quelques sortes il aurait bientôt pris sa place, sauf que sa femme ne serait pas la sienne et qu'il ne serait pas aussi influent que lui. Ce n'était pas très grave, des petits détails sans intérêt tout ça ! Du moment qu'il était heureux, c'était le principal.
Oui heureux, il allait l'être. Il n'aurait pas pensé pouvoir tomber un jour amoureux. Il n'avait vécu que pour sa vengeance pendant sept ans ; Airi n'avait jamais fait partie de son plan mais il était vraiment très ravi d'avoir croisé sa route. Et puis il fallait avouer qu'elle était encore plus belle que cette pauvre Cagalli !
Il toussa et manqua de s'étouffer en avalant une grande bouffée d'air pour arrêter sa crise de rire. Il n'en pouvait plus. Il n'avait plus l'habitude, lui, de se marrer de la sorte ! Il souffla et inspira profondément pour retrouver une respiration normale.
Puis tout d'un coup, elle se bloqua. Une silhouette venait de se détacher à travers l'épais nuage de fumée qui entourait la zone de l'accident. Une silhouette mince qui portait un petit corps dans ses bras. Il écarquilla les yeux et hurla. Lui ! Avec sa fille ! Encore en vie ! Mais ils étaient increvables ces monstres-là ! Satanés coordinateurs !
Une explosion retentit quelques dizaines de secondes plus tard et il fut aveuglé. Il cligna des yeux et vit la silhouette s'écrouler au sol.
Bien fait ! Il aurait mieux valu pour vous que vous bruliez comme des chiens dans cette voiture ! Maintenant vous allez mourir comme des cons sur la route à quelques kilomètres de chez vous ! Pensa-t-il.
Un gémissement brisa le silence de l'après-explosion. Il se tourna vers son passager et l'observa reprendre connaissance lentement. Il ouvrit faiblement les yeux et battit plusieurs fois des paupières pour éclaircir sa vision. Puis il releva la tête vers le pare-brise et son regard balaya la portion de route devant eux. Il s'attarda sur leur voiture en proie aux flammes puis fut attirer par leurs deux corps étendus sur la chaussée. Une expression d'horreur pure traversa son visage et un hurlement lui déchira les oreilles.
« Mais t'es complètement cinglé ! Tu les as tués !
Il éclata de rire.
« Même pas ! Mais ça ne serait tardé ! »
Hiroto se tourna vers lui et il put distinguer dans son regard de l'effroi. L'angoisse lui tiraillait les entrailles à cause de son comportement complètement détaché et totalement inapproprié à la situation. Il était épouvanté par sa cruauté !
Il sourit. Même si ce n'était pas Elle qu'il avait en face de lui, il jubilait. C'était tellement plaisant de voir ce genre d'expressions sur le visage des personnes normales. Cette soudaine prise de conscience et la peur qui lui succédait étaient exactement ce qu'il avait recherché dans son projet. Ce n'était pas Elle et pourtant cela lui procurait l'effet qu'il attendait. Il aimait voir pâlir de crainte ses victimes, percevoir l'affolement qui les pousse à agri de façon déraisonnée.
D'ailleurs c'était précisément ce qu'était en train de faire son ancien coéquipier : il paniquait et ne réfléchissait plus à ce qu'il faisait. Il fouillait dans ses poches à la recherche de son portable ! Non mais franchement comme s'il allait le laisser prévenir le SAMU...
Profitant de son inattention, il sortit du bas-côté de sa porte son arme qu'il chargea et la pointa vers lui. Il l'appuya contre la tempe du jeune homme et le menaça :
« Compose un seul chiffre et tu es mort ! »
Hiroto s'immobilisa et déglutit difficilement. Ca y est il avait compris qu'il n'avait pas envie de jouer ! Ce n'était pas trop tôt !
Il attrapa la lame courbée de sa femme, qu'il avait également glissée dans sa portière, et descendit de la voiture. Il commença à se diriger lentement vers eux, pour admirer son œuvre. Pour contempler leurs cadavres et s'imprégner de toute la joie que leur mort leur apporterait. Il allait mémoriser cette scène horrible, se souvenir de son regard vitreux perdu dans le vide, se délecter de ce sentiment de puissance, de domination. Il allait tout simplement pouvoir atteindre le point culminant de sa vengeance et ça il ne voulait surtout pas s'en priver, il n'avait attendu que ça pendant sept ans ! Sept années, c'était long tout de même !
Derrière lui, il entendit le naïf qui lui avait servit de coéquipier s'exciter sur la poignée de sa portière. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres. Qu'il court, il finirait pas par le rattraper tôt ou tard ! Il était de toute façon hors de question de laisser le moindre témoin derrière lui !
Bizarrement il s'avança doucement, la gorge nouée, vers les deux corps étendus sur le sol. Plus il s'approchait et plus il se sentait mal. Pourtant il était descendu de sa voiture bien décider à les achever, s'ils étaient encore en vie, mais à présent il y allait presqu'à reculons. C'était vraiment très étrange...
C'était comme si l'idée de les trouver peut-être encore vivant le mettait mal à l'aise, comme si il était un peu effrayé à l'idée de se retrouver confronter à son ennemi. C'était stupide puisqu'il était en position de force : c'était lui qui avait la situation sous contrôle, lui qui était armé, lui qui serait debout et qui le dominerait, lui qui aurait sa vie entre ses mains. Oui c'était lui qui pourrait à tout instant changer le cours de son futur et pourtant il se sentait mal.
Sûrement la part d'humanité qui survivait encore au plus profond de lui, songea-t-il.
Il se reprit. Non il ne méritait pas une once de pitié. Il n'était qu'un monstre qui corrompait tout autour de lui, et les individus nocifs pour la société comme lui devaient être éliminés. C'était pour le bien des Naturels. Oui pour le bien de tous ces pauvres gens qui souffraient à cause d'eux ! De ces erreurs de la nature qui n'avaient pas leur place sur Terre, et encore moins à ORB ! Oui il devait mettre un terme à sa misérable existence !
D'un pas décidé, il vint se planter devant ses futures victimes et s'exalta devant la scène qui s'offrait à lui. Il était étendu sur la route et tenait encore sa fille contre lui. Ses yeux étaient clos et son thorax se soulevait faiblement. Sa fille était allongée sur lui, ses bras autour de son cou. Elle aussi était inconsciente.
En apparence ils avaient l'air tous les deux indemnes mais il savait que ce n'était qu'une impression. Il ne pouvait pas ne rien avoir après été heurté en pleine tête par un débris de sa voiture. Et puis surtout, il avait forcément dû protéger la petite pendant leur tonneau vu qu'elle n'avait aucune égratignure.
Mais quel père formidable ! Faire bouclier de son corps comme ça sans la moindre hésitation, c'était admirable. Lui n'aurait jamais eu le courage…
Un petit gémissement le sortit de sa contemplation. La petite reprenait connaissance. Elle se détacha du cou de son père en l'appelant.
« Papa ? »
Il ne bougea point et son bras, qui enserrait sa taille quelques instants plus tôt, retomba lourdement le long de son corps. Il sentit la panique envahir la petite fille lorsqu'elle le rappela :
« Papa… ? »
Toujours aucune réaction... Quelle tristesse ! Il était déjà certainement en train de sombrer lentement vers un sommeil éternel. Elle se mit à pleurer et le secoua faiblement.
« Papa ! Papa réveille-toi ! Papa, réveille-toi s'il te plaît… »
Sa petite voix saccadée par les pleurs laissait transparaitre tout son désespoir : elle savait que ce n'était pas normal qu'il ne lui réponde pas, qu'il n'ouvre pas les yeux alors qu'elle le secouait. Elle était peut-être encore jeune mais elle avait compris qu'il n'était pas au meilleur de sa forme ! Pauvre petite ! Elle était en train d'assister au dernier instant de son père sans rien pouvoir faire. Que c'était déchirant !
« Papa… S'il te plait ouvre les yeux Papa ! Papa…»
Des bruits de pas se firent entendre derrière lui et une voix d'homme qu'il connaissait parfaitement s'écria :
« Oh mon Dieu ! Ils sont encore en vie ! Mais ne reste pas plantez-là Yuuna ! Appelle le SAMU ! »
Hiroto le dépassa et il s'enragea. Quel abruti fini celui-là ! Il n'avait compris qu'il n'avait pas remord à l'idée de le descendre lui aussi ! Il le menaça à nouveau :
« Fais un pas de plus et je te fais sauter la cervelle ! »
Il se retourna brusquement vers lui et hurla :
« T'es complètement taré mon vieux ! Faut que tu ailles te faire soigner ! Tu vois bien qu'il est gravement blessé ! »
Il commença à composer un numéro en marmonnant :
« Il a une chance de s'en tirer s'il reçoit des soins rapidement… »
Il chargea son arme et la repointa vers lui. Il était tellement concentré sur la sonnerie qu'il ne le remarqua même pas. Bon allez, il aillait quand même lui laisser une autre chance ! C'était vraiment parce que c'était lui !
Il tira vers le sol, juste entre ses deux pieds. La petite hurla tandis que le jeune homme se stoppa net :
« Je t'ai déjà dit de ne pas jouer avec moi Hiroto, lui rappela-t-il.
- SAMU de Yamagata, je vous écoute…, annonça une voix féminine à travers son téléphone. »
On avait décroché ! Son sang se mit à bouillir. Non il n'allait pas le laisser briser tout ! Il touchait presqu'au but !
Il redressa son pistolet vers lui et lui ordonna :
« Eteins moi ça ! »
Paniqué son ancien coéquipier s'exécuta immédiatement et il baissa lentement son arme.
« Voilà, tu vois quand tu veux ! »
Une idée lui traversa subitement l'esprit. Et si…
Un sourire machiavélique se dessina sur son visage. Il s'avança vers Hiroto encore stupéfié puis se dirigea vers la gamine qui pleurait. Il l'attrapa par le bras et la força à se lever. Elle se débattit, vainement, et il la traîna vers son ex-camarade de cellule.
« Tiens la moi quelques secondes le temps que j'abrège ses souffrances ! »
Il se retourna ensuite vers son pire ennemi qui gisait là juste en face de lui, à sa merci et chargea son arme. Il visa son cœur. L'accident ne l'avait pas tué, mais une balle en plein poitrine aurait raison de son admirable volonté de vivre ! Il appuya lentement sur la gâchette. Il tremblait un peu. Sûrement l'excitation à l'idée de tuer l'homme qui avait détruit toute sa vie.
Ou alors la preuve même qu'il était récalcitrant à tuer un homme sans défense devant les yeux d'une enfant, de sa fille qui plus est, lui proposa sa conscience.
Les quelques secondes qui s'écoulèrent ensuite lui parurent se dérouler au ralenti. C'était comme si, le temps s'était arrêté de suivre son cours normal et qu'on lui avait donné la possibilité de ne pas commettre de meurtre. Trop tard maintenant. La roue du destin était enclenchée, le coup allait partir très bientôt…
Il vit quelqu'un se jeter sur son bras et entendit la détonation l'instant d'après. La balle toucha le monstre en plein ventre en lui arrachant un faible gémissement de douleur.
Il fit volte-face vers celui qui avait osé l'interrompre. Hiroto ! Encore ! Il pointa son arme vers lui et le jeune homme plaça la petite fille derrière lui comme l'aurait fait un grand frère envers sa sœur. Il la protégeait …de lui !
« Tu vas le regretter, Hiroto ! »
Sa main se remit à trembler. Il n'arrivait plus à garder le bras tendu et à appuyer, même faiblement, sur la gâchette pour le menacer. Merde ! S'écria-t-il intérieurement. Ce n'était pas si dur pourtant de tirer sur quelqu'un ! Il venait de le faire à l'instant…
Il entendit au loin des bruits de moteur et tourna la tête à droite puis à gauche. Une voiture arrivait ! Il fallait qu'ils partent. Maintenant !
« Prends la petite et monte dans la voiture ! » Lui ordonna-t-il en continuant de le menacer avec son arme.
Il resta planter là, la gosse toujours derrière lui.
« Dépêche-toi ! »
Il le fixa droit dans les yeux. Une bataille de regard c'était ça ? N'importe quoi ! C'était lui qui tenait sa vie entre ses doigts, ne s'en rendait-il pas compte ! Elle dura quelques secondes et il finit par lui obéir. Il se retourna vers la gamine et la prit dans ses bras. Elle sortit subitement de son état de choc et se mit à se débattre. Elle hurla :
« Non ! Papa ! Papa !!! »
Sa voix se fit lointaine et il jeta un dernier coup d'œil à son pire ennemi qui se vidait lentement de son sang. Sa chemise commençait à être rougie et une petite marre de sang à s'étendre sur la chaussée.
Il hésita une seconde. Non finalement, il n'allait pas l'achever. Il allait le laisser mourir à petit feu, c'était tout ce qu'il méritait ! Abréger ses souffrances serait faire preuve de pitié et de la pitié il n'en avait pas pour ces ratés-là !
Il jeta la lame prés de son corps en murmurant :
« Adieu Athrun Zala. Dites bonjour à vos parents pour moi. »
Elle tourna pendant quelques instants et il la regarda. Voilà qui était fait !
Puis il se retourna et courut rejoindre Hiroto. Il monta dans la voiture et démarra en quatrième vitesse. Il recula et entendit ses pneus grincés contre le béton. Puis fit demi-tour et crû apercevoir la silhouette du frère de son ancienne « promise » se diriger difficilement vers son beau-frère. Pile à l'heure lui !
Il s'engagea sur la route qu'il avait prise plusieurs dizaines de minutes plus tôt et appuya comme un malade sur l'accélérateur. Ses pneus grincèrent une seconde fois et la voiture fila droit devant.
(POV Kira)
Comme d'ordinaire, le spacioport de Yamagata était bondé. Je n'en revenais pas ! Même la veille des vacances de Pâques et à cette heure-ci de l'après-midi cet aéroport était très fréquenté... C'était vraiment stupéfiant le nombre de personnes qui prenaient des navettes ou l'avion de nos jours ! Le spacioport était beaucoup plus petit que celui de December City et pourtant il était tout aussi animé. Je me croyais sur les Plants tant il était bondé.
Je soupirai. J'attendais depuis une heure mes bagages et je commençais à perdre patience. L'heure tournait et aucune annonce n'avait été encore faite. S'il y avait des problèmes qu'ils nous le disent plutôt que de nous faire poireauter comme des cons ! Ah je vous jure, la politesse était en plein déclin… Ce n'était pourtant pas difficile de prendre un micro et de parler dedans !
Je grognai. Si j'étais en retard à cause d'eux, j'allais aller leur botter moi-même le cul ! Non mais vraiment, ils abusaient… Ils pensaient un peu aux personnes qui avaient des rendez-vous ? A celles qui avaient des patrons tatillons sur la ponctualité ? Aux femmes enceintes qui étaient obligées de rester debout parce qu'il n'y avait pas de siège dans le hall ? Non !
Mais comment faisait Cagalli pour rester calme lorsqu'elle était en déplacement et que ce genre d'ennui lui arrivait ? Elle qui s'énervait dés que quelque chose allait de travers, elle devait tourner chèvre lorsqu'elle rentrait dans cet aéroport !
« Enfin ! Ce n'est pas trop tôt ! S'exclama un des passagers de mon vol. »
Je vis des bagages pointer le bout de leur nez sur le tapis roulant et soufflai de soulagement. J'allais pouvoir être à l'heure ! Je serais même sans doute en avance. Heureusement d'ailleurs, parce que je ne me voyais pas me garer dans leur cour et frapper à leur porte… Quel effet de surprise j'aurais fait tiens !
Ma valise fut dans les premières à arriver et je quittai rapidement ce maudit aéroport. Par chance, je n'y remettrais pas les pieds avant deux semaines. Le temps des vacances scolaires, quoi ! J'allais enfin pouvoir passer un peu de temps avec ma famille ! J'étais si heureux, cela faisait au moins depuis Août que je ne les avais pas vus… Nous n'avions même pas pu descendre pour fêter Noël…
J'arrivai enfin dans le parking et composai le numéro de Dearka tout en cherchant sa voiture des yeux. C'était en effet lui qui me prêtait son véhicule pour la durée de mon séjour et qui l'avait déposée ici la vieille avec Miri avant de prendre l'avion à leur tour. Ils partaient pendant une semaine en Angleterre pour le travail de Miriallia.
La sonnerie retentit plusieurs fois et je craignis un instant qu'il ne décroche pas. Puis sa voix résonna à l'autre bout du fil :
« Allo ! Dearka à l'appareil.
- Tu en mets du temps à décrocher toi ! Le taquinai-je.
- Très drôle Kira ! Tu sais qu'il est un peu minuit ici !
- Oups pardon… Je t'ai réveillé ?
- Non du tout. Qu'est-ce qui t'amène ?
- Je suis dans le parking là. Dis-moi, ta voiture tu l'as planquée où ? »
Il éclata de rire.
« Tu changeras jamais toi ! Laisse-moi me souvenir. Hummm…Allée F me dit Miri. Et elle râle !
- Comme toujours quoi !
- Ouais exact, merci pour ton soutien ! Je me sens moins seul... Aie ! Voilà maintenant elle me bat…Bon faut que je raccroche sinon elle va m'étriper sur place !
- Ca marche Dearka !
- Dis-leur bonjour de notre part. Ah oui et Miri me dit de te dire de leur dire qu'elle voudrait les inviter pour les vacances d'été. Tu leurs transmets ?
- Compte sur moi ! Allez, je te laisse, embrasse Miri pour moi ! »
Je raccrochai le sourire aux lèvres. Le pauvre Dearka ! Si il avait su ce qu'il attendait, il n'aurait jamais épousé Miri je crois. Terrible notre chère amie : elle ne se laissait pas faire et lui avait fait vivre le même cauchemar qu'Athrun avec Cagalli quand elle avait eu leur petit Katsuo, maintenant âgé de trois ans. Les deux même !
Je parcourus le parking et trouvai sa voiture après quelques minutes supplémentaires de recherches. Mal garée comme d'habitude ! Il n'avait jamais vraiment réussit à se faire à la conduite en ville. Miri me racontait même qu'il était un danger public et qu'elle préférait conduire dés qu'elle en avait l'occasion. Elle en avait marre de recevoir des contraventions. Heureusement il s'était un peu calmé depuis la naissance de leur fils mais le stationnement était toujours sa bête noire.
Je montai dans la voiture et refis les réglages. Puis quand je fus habitué de nouveau aux commandes de sa voiture, je démarrai et sortis prudemment du parking.
J'atteignis l'école de Léonore une demi-heure après et me garai pratiquement au bout de la rue. Il n'y avait plus beaucoup de place vu que j'étais arrivé avec un quart d'heure de retard sur l'heure que je m'étais fixé et que presque tous les parents étaient déjà là. D'ailleurs Athrun était lui aussi arrivé, j'avais vu sa voiture en passant.
Je sortis et le rejoignis en veillant à ne pas me faire repérer. Cela gâcherait tout de suite ma surprise s'il me découvrait avant…
J'avançai lentement vers lui et je n'eu finalement pas besoin de faire très attention. Il ne regardait pas autour de lui et semblait même sur le point de s'endormir. Il était adossé à l'une des rambardes au bord du trottoir et fixait le sol, le regard perdu. Quelque chose n'allait pas… C'était mon impression en tout cas.
Je m'approchai de lui et l'interpellai :
« Athrun ? »
Il se redressa vivement, comme si je l'avais surpris, et se tourna vers moi
« Kira ! Que fais-tu là ? S'étonna-t-il. On ne t'attendait que demain »
Je laissai échapper un sourire. Malgré toutes ces péripéties, j'avais réussi à le surprendre comme prévu ! J'étais plutôt fier de moi, je n'étais pas très doué pour ça d'habitude : j'étais souvent découvert avant…
« J'ai réussi à négocier une permission plus longue, lui expliquai-je, alors je me suis dit que ce ne serait pas plus mal d'être avec vous un jour de plus. J'ai pris le premier avion ce matin et me voilà ! »
Un petit sourire forcé se dessina sur lèvres.
« C'est Cagalli qui sera contente de te voir, elle trépigne d'impatience depuis ta dernière lettre. »
Oui, quelque chose n'allait pas : il était distant et je n'aimais pas du tout sa petite mine.
« Tout va bien Athrun ? M'inquiétai-je. Tu as l'air…
- Epuisé. Oui je sais. »
Bon s'il savait, c'était déjà bien. Mais la question du pourquoi était encore en suspend. J'allais bien réussir à l'apprendre en utilisant des moyens détournés…
« Oui, ça se voit à tes cernes, acquiesçai-je. C'est Cagalli qui te fait passer des nuits de folies ?
- Non… J'ai juste eu beaucoup de boulot, c'est tout. »
Houlà. Il évitait mon regard. Et en plus il me mentait… Comme s'il croyait pouvoir me duper ! Il ne se rendait pas compte que cela se voyait comme le nez au milieu de la figure ? Il n'avait jamais su mentir…
« Toujours aussi perfectionniste dans tes cours, toi ! Plaisantai-je.
- Oui… »
Bon c'était certain là : rien n'allait bien. Sa petite voix, son teint pâle, ces cernes et son regard perdu. Tous ces signes étaient amplement suffisants pour me convaincre qu'il se passait quelque chose. Un problème. Mais avec qui… ? Telle était la question à laquelle je devais trouver une réponse. Et rapidement vu son état…
Il me donnait l'impression d'avoir un énorme poids sur ses épaules et semblait à bout, sur le point de s'effondrer. Exactement comme quand il avait appris que Cagalli pouvait perdre Léonore. Je n'avais jamais revu cette expression sur son visage depuis ce jour-là et la revoir là maintenant ne présageait rien de bon....
Son regard se perdit de nouveau dans le vide et je commençai à sérieusement m'affoler :
« Athrun ? Tu es sûr que tout va bien ?
- Oui je t'assure. »
Il ne voulait pas en parler… Tant pis, il faudrait bien car je n'allais pas le lâcher avant qu'il m'ait dit la vérité. Il se passait quelque chose, de grave, c'était évident.
« Bon d'accord. Je ne te crois pas, mais si tu ne veux pas parler je n'insiste pas.
- Merci. »
Il reporta son attention sur la grille de l'école. Il avait l'air tellement fatigué, aussi bien physiquement que moralement…
La sonnerie retentit et je le vis froncer des sourcils. La sonnerie ne lui faisait quand même pas mal à la tête ?! Elle était faible…
Des cris lui firent échos et la cour de récréation fut remplie, quelques instants plus tard, par des enfants qui courraient vers la sortie. Je crus reconnaître ma nièce mais je la perdis de vue lorsque les autres parents s'approchèrent de la grille pour les accueillir.
Athrun resta à sa place et je compris qu'ils avaient l'habitude de faire ainsi. C'était vrai que c'était beaucoup plus simple si l'une des deux parties ne bougeait pas.
« Papa ! Tonton ! » S'écria une petite fille qui se frayait un chemin entre les personnes amassées devant la grille.
Le regard de mon beau-frère s'illumina lorsqu'elle se précipita vers lui. Elle se jeta à son cou et il posa son front contre le sien en fermant les yeux. Ces problèmes avaient l'air d'ordre familial…
Il les rouvrit un instant plus tard et une lame roula sur sa joue pâle. Elle l'essuya de sa main en lui souriant.
« Pardonne-moi ma puce, murmura-t-il à l'intention de ma nièce. »
Elle lui sourit à nouveau et je le sentis sur le point de fondre en larmes. Il m'inquiétait beaucoup. Que s'était-il passé donc depuis mon dernier coup de fil ?
Il la reposa et elle se jeta dans mes bras. Je la réceptionnai et mis mon inquiétude de côté. J'allais avoir toute la soirée devant moi pour savoir ce qu'il se tramait. Et puis, il ne voulait pas parler maintenant, je n'allais pas le forcer. Autant faire comme si j'avais oublié ce que j'avais vu pour ensuite remettre l'histoire sur le tapis et lui faire comprendre que je n'abandonnerais pas !
« Coucou ma petite nièce adorée ! Alors tu vas bien ? »
Je lui fis un grand sourire. J'étais si heureux de la revoir. Huit mois sans la serrer dans mes bras, ce fut terriblement difficile… C'était ma petite princesse, tout de même ! Qui ressemblait beaucoup à sa maman d'ailleurs.
Comme ma famille m'avait manquée… J'avais trépigné d'impatience toute la soirée d'hier tant j'avais hâte d'être avec eux. Ce que je pouvais être gamin quand je m'y mettais moi !
« Oui ! Et toi Tonton ?
- Moi, ça va bien. Très bien même ! Je suis très très content de te voir. »
Nous éclatâmes de rire et j'en profitai pour l'admirer un peu. Elle était vraiment belle. Elle portait un petit ensemble qui la rendait très mignonne : une jupe beige composée à trois étages qui lui descendait sous les genoux, un top bleu turquoise par-dessus lequel elle avait mis une courte veste noire pour ne pas attraper froid. Toujours aussi bien habillée ! On ne pouvait pas nier que ma sœur et mon beau frère avaient bons goûts, même de très bons goûts il fallait avouer.
Ses fins cheveux blonds bouclés étaient coupés en dégradé et lui arrivaient aux épaules. Elle n'avait pas de frange et ses plus courtes mèches étaient retenues par deux petites pinces-papillons assortis à ces magnifiques yeux émeraudes qu'elle tenait de lui.
Son visage était très agréable, elle allait devenir une très belle jeune femme c'était certain. Quel garçon pourrait rester à sa peau légèrement hâlée, à ses traits fins, à son nez droit et ses petites lèvres qui rendaient son visage encore plus délicat ? Aucun !
Ma sœur trouvait qu'elle avait beaucoup pris d'Athrun mais personnellement je trouvais qu'elle avait pris d'eux deux et le résultat était vraiment parfait. Une vraie petite princesse, notre princesse à tous les quatre.
« Tu as bien grandi depuis la dernière fois, dis-moi ! M'étonnai-je
- Oui ! Sept centimètres !
- Waow tout ça ! Eh ben ! A cette allure là, tu vas être plus grande que ta maman ! »
Elle rit et je l'imitai. Nous nous arrêtâmes cependant rapidement lorsque nous remarquâmes que mon beau-frère ne nous suivait pas. Il avait l'air parti sur une autre planète et semblait désespéré… C'était l'heure de rentrer, là. Il avait besoin de tranquillité, et d'un peu de solitude sans doute aussi.
« On rentre ? Proposai-je pour abréger son calvaire.
- Oui, approuva-t-il.»
Il était d'accord avec mon idée, c'était plutôt une bonne chose. Tout n'était pas perdu, peut-être qu'il irait un peu mieux quand nous serions chez eux…
« Dis Papa, je peux me mettre devant ?
- Non Léonore, tu n'as pas encore l'âge.
- Allez s'il te plaît ! Juste aujourd'hui ! »
Elle lui fit ces yeux doux et je vis bien qu'il n'avait pas la force de lui résister. Je m'apprêtais à lui porter secours lorsqu'il lui répondit :
« D'accord, juste aujourd'hui. »
Trop tard…
« Si Maman nous voit, elle va m'étriper…
- Je dirais rien ! C'est promis.
- Je te fais confiance alors. »
Malgré mon envie, je n'intervins finalement pas. C'était sa fille pas la mienne et si il avait dit oui, je n'allais pas le contredire, il savait ce qu'il faisait. Et puis elle ne risquait rien, Athrun était un conducteur prudent.
Elle attrapa sa main et nous traversâmes au passage piéton. Une fois sur le trottoir d'en face, elle la lâcha et courut jusqu'à la voiture.
« Tu es sûr que tu vas arriver à conduire ? Voulus-je m'assurer. »
Ce n'était pas que je n'avais pas confiance en lui, mais vu son état de fatigue il était peut-être plus prudent qu'ils montent avec moi.
« Oui, il n'y a qu'une petite demi-heure de route, c'est rien. »
Bon, il ne voulait pas. Il se sentait certainement capable de conduire, je n'allais quand même pas remettre en cause sa capacité de discernement…
Néanmoins, je préférai quand même insister. J'avais un mauvais pressentiment.
« Certain ? Parce que tu n'as pas l'air en forme du tout. Ca ne me dérange pas de revenir chercher ta voiture demain, tu sais.
- Ne t'en fais pas. J'ai conduit à l'aller, alors au retour avec Léonore qui va me parler tout ira bien.
- D'accord. Je te fais confiance. Mais si tu ne te sens pas bien, arrête-toi d'accord ?
- Promis Kira. »
J'étais un peu plus rassuré. Je n'avais plus aucune raison de douter maintenant qu'il m'avait promis ça. Il connaissait parfaitement ses limites et saurait quand il serait temps de s'arrêter. Il n'irait pas mettre sa fille en danger juste pour avoir le plaisir de la ramener lui-même.
Je m'éloignai et il me retint quelques secondes :
« Attends moi pour démarrer, il y a des travaux dans l'avenue principale. On va prendre un autre chemin, sinon on va mettre trois heures pour rentrer.
- Ca marche ! Lui lançai en continuant mon chemin.»
Encore des travaux… Décidément, Yamagata était en pleine métamorphose ces derniers temps ! Il ne valait mieux pas s'absenter aussi longtemps dans cette petite île où il se pouvait qu'un jour on ne soit même plus capable de rentrer chez soi! Fort heureusement je n'allais plus jamais rester aussi longtemps sur les Plants. Bientôt, je serais de nouveau prés d'eux, tous les jours.
Je montai dans ma voiture et attendit qu'il passe devant moi pour m'emboiter à sa suite. Je le suivis et veillai à ne laisser aucun véhicule se mettre entre nous tant j'avais peur de me perdre dans les petites rues qu'il me faisait prendre.
Lorsque nous arrivâmes à la sortie de la ville, je soupirai et me détendis. Nous étions enfin sortis de ce véritable labyrinthe, youpi ! Je pouvais me calmer maintenant, je connaissais la route par cœur ensuite.
Nous nous engageâmes sur la route sinueuse qui menait à leur manoir et je regardai distraitement autour de moi. J'admirai le paysage et les champs à ma droite. Je quittai un instant la route des yeux pour régler la radio et lorsque je relevai la tête, j'assistai à un spectacle auquel je n'aurais jamais crû un jour être témoin. Un malade grilla le stop et heurta de plein fouet le côté passager. Léonore !
Je hurlai et perdis le contrôle de ma voiture en voulant éviter la camionnette qui venait de leur foncer dessus. Je vis leur véhicule faire un tonneau sur la route et perdis connaissance quand mon pare-choc avant rentra en contact avec la falaise.
« Papa ! Papa réveille-toi ! »
Léonore ! Athrun ! Je repris conscience brutalement et refermai les yeux immédiatement. Ma tête…
Je m'adossai au siège et inspirai profondément. J'avais l'impression que tout tournait autour de moi, j'avais beaucoup de difficultés à rester éveillé. J'oscillai entre conscience et inconscience. J'essayais de m'accrocher mais je peinais. Il fallait que je sorte de cette voiture, que j'aille rejoindre Léonore…
« Oh mon Dieu ! Ils sont encore en vie ! Mais ne reste pas plantez-là Yuuna ! Appelle le SAMU ! S'écria quelqu'un. »
Yuuna… Le SAMU… Athrun... Léonore…
« Non ! Papa ! Papa !!!
- Léonore ! Hurlai-je. »
J'ouvris les yeux. Non… J'avais encore perdu connaissance…
Elle cria de nouveau et je m'acharnai sur ma portière. Ils étaient en danger !
Sa voix se fit plus lointaine et je continuai à la forcer comme un fou. Il fallait que je sorte ! Il allait leur faire du mal !
Elle finit par céder sous mes assauts répétés et je me précipitai hors de mon véhicule. Encore complètement sonné par le choc, je tenais à peine sur mes jambes mais je m'appuyai sur la carrosserie pour avancer.
Je contournai ma voiture en les appelant. Aucune réponse… Non, ils ne pouvaient pas…
Des pneus grincèrent et je vis la camionnette qui leur était rentré dedans faire demi-tour. Non…
Je tournai légèrement la tête et découvris un corps étendu sur la route.
« Athrun ! »
Je courus vers lui et me laissai tomber prés de lui. Je me figeai. Une mare de sang s'étendait sur le sol au niveau de son bassin. Il lui avait tiré dessus…Je retirai ma veste en quatrième vitesse et appliquai une forte pression sur son ventre en l'appelant.
« Athrun ! Athrun ! »
Il gémit faiblement et je continuai à l'appeler.
« Athrun… Ouvre-les yeux, s'il te plaît… »
Léonore ! Où était Léonore ?! Non ! Non !!! Il ne l'avait quand même pas emmenée ! Non il n'avait pas le droit !
« Léonore ! Léonore où es-tu ? Léonore !!! »
Une portière claqua derrière moi et j'entendis deux personnes accourir vers moi. Une femme hurla et un homme la calma.
« Chérie, appelle le SAMU ! Ordonna-t-il. Je m'occupe de sécuriser la zone. »
Des talons claquèrent contre la chaussée…
« Ki…ra…
- Athrun ! »
Il avait ouvert les yeux…
« Non ! Reste éveillé ! »
Non… Il était de nouveau en train de perdre conscience ! Il fallait qu'il tienne…
« Accroche-toi ! Tu m'entends je t'interdis de mourir !
- Ca…li …par…don…
- Non ! Non ! Athrun tiens-bon ! Ne te laisse pas aller ! Ca va aller tu m'entends, tu vas t'en sortir ! »
Il referma les yeux.
« Non Athrun ! Ouvre les yeux ! Voilà, regarde-moi ! Bats-toi, d'accord… Ne nous laisse pas… Ma sœur a besoin de toi, ta fille aussi….
- Ki…ra… protège-les…
- Non, ne dis pas ça ! Tu vas vivre tu m'entends ! Tu vas vivre, tu vas te battre d'accord ? »
Sa respiration commença à se saccader et ma veste, elle, était imbibée de sang… J'étais en train de le perdre…
« Athrun, tiens encore un peu s'il te plaît… Les secours arrivent…Accroche-toi… Tu es un battant hein… ? »
L'ambulance arrivait. J'entendais la sirène résonner…
« Tu vois ! Ils sont là, ils vont s'occuper de toi ! Non Athrun ! Encore quelques secondes, s'il te plaît ! Juste quelques secondes… »
Des ordres fusèrent et des hommes se précipitèrent vers nous. Quelqu'un posa sa main sur ma veste et comprima sa blessure.
« Je m'en charge. Eloignez-vous, Monsieur. »
Je refusai d'un signe de tête. Si je la lâchai, c'était lui que je perdais…
« Tout va bien, je ne lâcherai pas. »
Une seconde personne vint m'éloigner de lui et il fut entouré par plusieurs autres. Je fus conduit à l'intérieur de leur véhicule et les ambulanciers amenèrent Athrun quelques secondes plus tard. On l'avait intubé et ses yeux étaient clos. Il était pâle…si pâle…
« Démarre, on est en train de le perdre ! »
Le conducteur s'exécuta et la sirène retentit de nouveau. Je perdis toute notion de ce qui m'entourait et restai prostré, muet devant lui. Etat de choc...
Les portières s'ouvrirent brusquement et me tirèrent de ma prostration. Un homme énuméra :
« Homme, la vingtaine. Blessure par belle à l'abdomen. Trauma crânien. Exposition prolongée à des gaz toxiques… »
Sa voix s'éloigna et j'entendis le bruit des roulettes sur le sol. Il l'emmenait…
Quelqu'un monta dans l'ambulance et se dirigea vers moi
« Monsieur ? M'appela-t-on. »
Je relevai la tête. Une jeune femme se tenait devant moi.
« Venez Monsieur, m'invita-t-elle en me tendant la main.
- Non ! Je vais bien ! »
Je la repoussai. Athrun…Il avait besoin d'elle.
« Mon beau-frère…Occupez vous de lui.
- Calmez-vous Monsieur ! Ne vous inquiétez pas, votre ami est entre de bonnes mains. Tout ira bien, venez.
- Je vais bien, je vous assure.
- Monsieur, vous saignez… »
Je l'interrogeai du regard et elle approcha sa main de mon front. Elle passa ses doigts sur ma peau et me les montra :
« Vous voyez. Vous êtes blessé vous aussi. Il faut qu'on vous examine. »
Je repassai ma main à l'endroit qu'elle m'avait indiqué et grimaçai de douleur en effleurant mon cuir chevelu.
« Ce n'est rien, affirmai-je.
- Peut-être mais devons en être certain. Allez, venez suivez-moi. Ca ne prendra pas longtemps je vous promets. »
Elle me fit un sourire qui se voulait rassurant et j'attrapai sa main. Elle m'inspirait confiance. Elle m'aida à me relever et me fit descendre de l'ambulance. Je marchai d'un pas chancelant et ne dus ma stabilité qu'à son aide.
Nous entrâmes dans les urgences et je m'arrêtai subitement. Léonore !
« Monsieur ?
- Ma nièce ! Il faut que je retrouve ma nièce !
- Votre nièce ? Mais il n'y avait que vous deux Monsieur…
- Léonore… Il a enlevé Léonore ! »
Je m'écartai d'elle et me rattrapai au mur pour ne pas tomber. Elle s'affola.
« Calmez-vous Monsieur ! On va lancer une alerte enlèvement, d'accord ?
- Non ! Hurlai-je »
Je savais que c'était un mensonge. Elle n'allait rien faire, elle ne me croyait pas. Elle pensait que c'était ma blessure à la tête qui me faisait raconter n'importe quoi. Elle pensait que j'étais en plein délire, cela se voyait dans ses yeux.
Elle s'avança vers moi et essaya de m'éloigner de la sortie. Elle me tira vers un brancard en m'aidant à tenir debout.
« Non, laissez-moi ! Il faut que je la retrouve ! Il va lui faire du mal…
- Harumi, appelle la police ! Léonore, c'est son prénom c'est ça ?
- Oui Léonore…
- Je leur dis quoi Ikumi ?
- Léonore Athha Zala…, » ajoutai-je faiblement alors qu'elle lui annonçait en me faisant asseoir sur l'un des lits disponible :
« De venir tout de suite ! Alerte enlèvement ! »
La jeune femme de l'accueil poussa un cri d'épouvante :
« Oh mon Dieu mais c'est horrible ! »
La dénommée Ikumi me lâcha et j'essayai de me lever. Il fallait que la retrouve. Cet homme était complètement malade ! Il avait délibérer griller le stop et tiré sur Athrun alors qu'il était inconscient…
« Non Monsieur, vous n'irez nulle part ! »
Elle me fit rasseoir en m'appuyant sur les épaules.
« Harumi, c'est bon ?
- Oui. Ils arrivent, ils seront là dans dix minutes.
- Monsieur, écoutez-moi. Des agents ne vont pas tarder, ils vont venir prendre votre déposition et lancer des recherches. On va retrouver votre nièce, ne vous inquiétez pas. Alors calmez-vous et laissez-moi vous examiner d'accord ? »
Je hochai la tête. L'assurance et le calme qui se dégageait d'elle me rassurait. Mon instinct me disait que je pouvais lui faire confiance, qu'elle gérait la situation.
« Tournez la tête vers la droite et ne bougez pas. »
Je m'exécutai et me mordis les lèvres quand elle toucha ma blessure.
« Bon, vous aviez raison ce n'est rien de grave. Juste une petite commotion à cause du choc. Je vais vous bandez ça et vous irez faire une radio et un scanner pour s'assurer que tout va bien dés qu'ils auront pris votre déposition. Voulez-vous que je contacte quelqu'un ?
- Ma sœur. Appelez ma sœur.
- Qui est votre sœur Monsieur ?
- Cagalli Yula Athha-Zala.
- Vous êtes le frère …de la Représentante ?
- Oui ! Vérifiez dans mes papiers si vous ne me croyez pas !
- Calmez-vous Monsieur ! Calmez-vous !
- Non je ne me calmerai pas ! Vous pensez que ça m'amuse d'usurper l'identité des gens ?! »
Je me redressai et lui lançai un regard noir en fouillant dans mes poches à la recherche de mes papiers.
« Tenez ! Voyez par vous-même ! »
Elle me dévisagea, stupéfaite, et prit dans ses mains ma carte d'identité qu'elle tourna et retourna en me jetant de rapide coup d'œil. Elle me rendit ma carte et s'excusa platement :
« Je suis désolée, Monsieur. Je ne voulais pas vous offensez. Vous savez vous n'êtes pas le premier à nous avoir dit que vous étiez liés à la Représentante… Je ne voulais pas l'inquiéter pour rien... »
Je me rassis, choqué par mon comportement. Comment avais-je pu oublier que ma sœur était une personnalité importante qui avait aussi son lot d'admirateurs prés à tout pour la rencontrer en personne… ?
« Pardon excusez-moi, je n'aurais pas dû vous hurler dessus…
- Je comprends, ne vous en faites pas. Je vais l'appeler…
- Ikumi ! On a besoin de toi en réa 1 !
- J'arrive ! Restez-là Monsieur. Harumi, appelle la Représentante et dis lui que son frère vient d'être admis ! Akiko, emmène Monsieur, ici présent, dans une chambre ! »
Elle partit en courant et je la suivis du regard. Réa 1… Sûrement là où ils avaient emmené Athrun…
Une infirmière vint vers moi et m'invita à la suivre :
« Venez Monsieur, je vais vous installez dans un endroit calme en attendant que votre sœur arrive.
- Madame ?
- Oui ?
- Mon beau-frère où est-il ?
- Votre beau-frère ? Le jeune homme que l'on a amené avec vous ?
- Oui…
- En Réa 1, Monsieur.
- Pourriez-vous… ?
- Oui. Mais vous ne pourrez pas rentrer...
- Je m'en fiche… Je veux être là… »
Elle me hocha faiblement la tête et me conduisit silencieusement devant la salle où il se trouvait.
Ca ne pouvait pas être possible… Je devais faire un horrible cauchemar… Cet accident, ce n'était pas vrai…
Des ordres se firent entendre et je vis ma mère passer devant la porte. Elle vint se placer à côté de lui et le ballonna fébrilement. Elle était aux bords des larmes…
Lui…Cet hôpital…L'accident…L'enlèvement…Tout était réel…
Je quittai la salle des yeux et partis m'asseoir sur les siège en face de la porte. Comment tout ceci avait pu arriver… ? Quand Yuuna était sorti de prison… ? Pourquoi après toutes ces années s'en était-il pris à eux ? Pourquoi tout ça… ? Pourquoi notre famille… ?
