X- Epilogue
Malgré le fait qu'il fallait demeurer discret en toute circonstance, la rumeur du retour du Mage Noir terrifiait et grisait les sympathisants libres. A l'instar de cette première bonne nouvelle depuis 1981, Lucius Malfoy n'avait eu de cesse de préserver sa propre pensée et incarnait ses principes et préjugés de classe, son Maître absent ou non.
Le membre éminent du Ministère se déplaçait avec cette grâce typique de noble de bonne famille, son nom lavé de toute tâche suite au procès qui avait ébranlé tous les Death Eaters à la chute de Voldemort en 1982. Il était parvenu à se hisser dans les hautes sphères, frayait avec les grands de ce monde, usait de son pouvoir et de son argent pour se rendre indispensable et influençable. Que ce soit lui ou d'autres, les différents services avaient tous un avis circonspect sur le Department of Magical Education. Les robes bleu-cyan avaient un fonctionnement et une ligne de conduite qui leur étaient propres. Alors qu'ils avaient conservé quelques traditions désuètes qui portait à sourire tout employé extérieur, en parallèle, ils étaient les plus modernes et les plus ouverts. Ils appliquaient à la lettre leur serment d'entrée ridicule, mais au moins pouvait-on se satisfaire d'être le pays d'Europe le plus au point sur la question de l'éducation des sorcières et sorciers, Hogwarts entre-autres étant la meilleure école de Grande-Bretagne. Cependant, cet élan de modernité mettait à mal quelque uns des concepts qui régissaient les sorciers, à savoir le statut de sang et l'accès à l'éducation de tout individu qu'importe son rang social et son ascendance. Les quelques Sangs-Purs qui observaient cela dans leur coin craignaient que cela sonne le début de la fin quant à la suprématie des sorciers sur le reste du monde.
Lucius Malfoy espérait que son Maître puisse reprendre du pouvoir pour remettre le bon sens et les choses à leur place, car le monde magique s'affaiblissait trop à son goût. Il refusait que son fils puisse être un jour prochain entouré de personnes issues de classes moins élevées que la sienne et, pis encore!, qu'il sympathise avec eux. Ce mélange de mœurs et ce laxisme qui en découlait n'avait rien de bon.
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William Melbourne ne reprit le travail qu'en février. Ses collègues s'étaient démenés pour remplir les tâches qui lui étaient imposées en temps normal pour qu'il ne croule pas sous une quantité astronomique de travail à peine revenu. En dépit de cette attention, le jeune homme avait une pile conséquente de dossiers sur son bureau et il ferma les yeux un bref instant, un mal de tête carabiné depuis la veille au soir qui lui vrillait les tympans. Il se prépara un thé et se plongea dans ces fichiers l'air de rien, sans un mot et ne vit pas le temps défiler, ni les personnes qui le saluaient au passage lorsqu'ils remarquèrent qu'il était de retour parmi eux.
L'attentat avait été vite étouffé par la presse, et même entre ces murs, on n'osait l'évoquer à haute voix. Au pire, les gens marmonnaient du bout des lèvres le «17 décembre», cependant ils n'allaient pas plus loin dans leurs conversations – surtout quand un des blessés par l'explosion était dans les parages.
En sus, la sécurité avait été revue dans le Ministère. Le Bureau des Aurors avait établi un protocole en un temps record, validé en commission aussi rapidement, et depuis chaque sorcier qui pénétrait dans le hall se devait de montrer patte blanche, chacun ayant un badge accroché à son costume ou sa robe qui spécifiait de la nature de sa présence en ces lieux. Cela concernait également les visiteurs. Quelques patrouilles circulaient en civils tout au long de la journée et de la nuit pour veiller au grain. Il ne fallait pas non plus effrayer la population qui se déplaçait au quotidien dans ces couloirs sombres.
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Severus Snape était plongé dans son quotidien d'enseignant et se retenait par moments de plonger la tête de ses élèves peu attentifs dans leurs chaudrons lorsqu'ils commettaient une bourde inconcevable à ses yeux. Heureusement pour lui qu'il avait le défi de la Wolfsbane Potion qui stimulait son intellect et lui donnait le goût de continuer dans cette voie de rédemption que Dumbledore lui avait offert parce qu'il n'y aurait pas que des animaux coincés dans des bocaux ou fioles...
Un soir, alors qu'il corrigeait des copies d'élèves, le jeune homme fut bientôt interrompu par une émanation bleutée. C'était un Patronus, soumis au Sortilège de Message, qui lui demanda de la voix expresse du Directeur de venir à son bureau.
Lorsqu'il arriva dans la grande pièce au septième étage, le Maître de Potions sut qu'il ne s'agissait pas d'affaires concernant l'école. Shackelbolt, Mad-Eye Moody, McGonagall et Dumbledore étaient assis tous les quatre et avaient un visage soit grave soit sévère.
- Monsieur, murmura le Corbeau, les mains derrière le dos, resté au seuil, observateur de la scène devant lui.
- Severus, lui répondit le vénérable sorcier en tournant son regard bleu perçant et l'invitant à les rejoindre d'un signe de main. Bien, je souhaitais que tu sois également présent. Kingsley et Maugrey viennent du Ministère pour nous tenir au courant quant au recrutement de William... Enfin, ils sauront mieux le dire que moi.
Snape les regarda à son tour et haussa un sourcil interrogateur pour leur signifier qu'il était toute ouïe.
- Il a décliné, résuma l'homme à la voix de velours, sans laisser transparaître un quelconque émoi.
- Pas étonnant, renifla Mad-Eye. Il n'est pas taillé pour le combat et l'espionnage. Qu'aurait-il fait s'il avait accepté? Nous servir le thé?
- Il a seulement exprimé qu'il ne se sentait pas légitime à entrer dans ce genre de cercle et qu'il serait plus raisonnable qu'il se contente d'être un contact indépendant, nuança Shackelbolt, passant outre la pique de l'Auror.
Le Corbeau hocha la tête tout en gardant le silence. Il décortiquait l'information. Certes, il partageait l'avis de Mad-Eye: qu'aurait fait Melbourne au sein de l'Ordre? Il avait sans doute des aptitudes de combat (en attestait son fameux Cercle, qui avait un double-tranchant malgré tout), cependant ces mêmes aptitudes étaient trop scolaires. De plus, c'était avant tout un garçon qui réfléchissait. Non, il serait mieux comme contact indépendant. Là-dessus, pour une fois, il n'avait pas foncé tête baissée. Il avait mesuré le pour et le contre. Enfin, pour avoir été présent lors de l'attentat-suicide, le Maître de Potions n'avait que peu de doutes concernant un besoin de demeurer en retrait de la part du jeune homme, car il n'avait pas dû se remettre complètement des séquelles de l'explosion. Entre autres brûlures, blessures, commotions cérébrales, tympans en partie déchirés, il y avait eu de quoi occuper Saint Mungo un bon moment. Sans parler des conséquences psychologiques.
- Il vaut mieux un indépendant vif qu'une jeune recrue morte, finit-il par dire en détachant au mieux ses syllabes, ce qui rallongeait sa prise de parole. En dehors de l'Education, vous aviez dit qu'il pourrait nous être utile par ailleurs, me semble-t-il Shackelbolt.
- Oui, oui, en effet, approuva l'homme. Il connaît le système judiciaire, au-delà de ses propres champs de travail et limite mieux que la plupart des personnes qui y travaillent. Bref, dès qu'un truc attire son intérêt, il l'apprend littéralement. Une véritable éponge.
Snape esquissa un sourire en coin, et parut pouffer, mais c'était tellement bref que les trois hommes et la femme autour de lui crurent l'avoir rêvé. Il y avait des traits de personnalité qui ne changeaient pas avec l'âge et la soif de connaissances de Melbourne en faisait partie. Il n'était guère étonnant qu'il ait été à Ravenclaw. A observer au fil du temps.
Le Death Eater rejoint ses cachots un peu plus tard et se remit au travail.
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L'organisation des subalternes de Voldemort était digne d'une armée d'un quelconque chef politique Muggle: il y avait en bas de l'échelle tous ceux qu'on missionnait des tâches les plus ingrates, recrutés pour leurs compétences à exécuter des ordres sans réfléchir à deux fois à ceux-ci, les fameux coupe-gorges. Ils étaient nombreux et un peu éparpillés partout en Grande-Bretagne. Puis, il y avait d'autres exécutants, qui avaient des rôles un peu plus à risques, tels que l'espionnage, la contre-bande, la traque d'individus. On faisait appel à eux pour compléter le tableau des premiers dès que les personnes ciblées étaient jugées à problèmes. Ils avaient le droit de parole lors de certaines réunions pour qu'on ait une meilleure vision du terrain et qu'on adapte les missions au mieux en prenant en compte les paramètres subtils qui ne pouvaient être fixés par des schémas génériques. Les renseignements étaient utiles par ailleurs pour connaître au mieux tous les tenants et aboutissants du marché noir, ou parallèle, qui ne se restreignait pas à l'Allée des Embrumes au Diagon Alley. Pour que toutes ces commissions se déroulent avec le moins d'anicroches possibles, on avait les penseurs, les décisionnaires, qui étaient une poignée d'individus connus pour leur sens d'analyse et leur capacité à jouer double-jeu et qui pouvaient prendre à revers l'ordre établi en le détournant de manière plus ou moins légale, quelques concepts juridiques étant assez flous pour le saboter en se prenant à son propre domaine. Parmi ces Death Eaters ci, nous pouvions compter ceux qui travaillaient au Ministère de la Magie et qui, suite à la chute du Mage Noir, avaient été blanchis lors du procès de 1982. Enfin, la panacée des fidèles à Voldemort étaient ces gens recrutés pour leurs talents particuliers, formant le cercle «intime» autour de leur leader.
Snape faisait partie du haut du panier, cumulant à lui seul l'art des potions, la maîtrise de l'Occlumencie et de la Legilimencie, un poste dans le système éducatif comme enseignant à Hogwarts, une intelligence toute Slytherin et un courage exemplaire pour même se salir les mains. Il avait achevé de gagner ses galons de bon Death Eater en ayant révélé la prophétie à son Maître, bien que cela ait causé sa disparition.
La rumeur d'un retour de ce dernier sur le sol britannique fut confirmée courant été 1991. Or, même parmi les plus loyaux d'entre-eux, le retour de Lord Voldemort fut tenu secret. Le Mage n'avait pas souhaité ébruiter cela, trop affaibli, réduit à être l'hôte du corps d'un autre, un fidèle acquis depuis peu qui avait désiré gagner en estime et en importance en sacrifiant sa personne comme telle. Et, après la prophétie, être en quête de la pierre philosophale aurait pu être jugé absurde – encore un domaine de la magie fondé sur des croyances populaires. C'était, hélas, la seule meilleure solution que Voldemort avait trouvé pour se remettre sur pieds, lassé de devoir se repaître de sang de licorne. Malgré toute cette discrétion, la plupart des informations avait fuité parmi les quelques thuriféraires et le Corbeau s'en méfiait. Il aviserait une fois qu'il aurait assez d'éléments concrets pour faire de son mieux, surtout lorsque cette nouvelle manœuvre de son leader allait se jouer dans l'établissement scolaire où il travaillait.
Le jeune homme soupira. Pour le moment, il était assis à la table professorale avec ses collègues. Nous étions le premier septembre et les nouveaux élèves venaient de rentrer dans la Grande Salle pour la Répartition. Les yeux noirs de Snape se glissèrent sur la tête blonde de Draco, et son cœur se pinça à cette vue. Il nota que le garçon s'était déjà allié des rejetons Crabbe et Goyle. Son père en serait ravi, tiens, songea le Maître de Potions, amer. Très vite, son attention fut arrachée de cette alliance de fils de Death Eaters lorsque Minerva McGonagall appela «Potter, Harry». Là, ce ne fut pas son cœur qui se pinça, mais son corps entier qui se figea. Il coulissa un regard dur, analytique sur le garçon qui s'avançait apeuré jusqu'au tabouret.
Potter ressemblait à s'y méprendre à son satané père, cependant ses orbes... Ses orbes...
Snape monta en toute hâte un excellent rempart d'Occlumencie pour ne pas se laisser engloutir par ses émotions les plus dévastatrices.
Fin
