Merci à tous ceux qui lisent cette fic. Merci beaucoup pour les reviews et les messages.
Cette histoire approche de sa fin...
CHAPITRE 9
La visite au docteur Tash se passa comme Julia l'avait espéré. Isaac accepta volontiers d'accomplir la « mission » d'infiltration au club. Il proposa d'y aller le soir même, une fois ses consultations terminées.
C'est avec un sentiment d'impuissance qu'il avait suivi les tous récents évènements. La condamnation de Julia l'avait particulièrement bouleversé ! Jamais il n'avait douté de son innocence! Il était heureux de pouvoir maintenant lui rendre service, au nom de leur amitié.
Pendant que Julia s'entretenait avec lui, William attendait patiemment dans la calèche. Il en profitait pour faire le point sur le déroulement de l'enquête.
Est-ce que Darcy menait une « double vie »? se demandait-il.
« Si vraiment il était en relation avec les services secrets américains, ses activités auraient pu mettre en danger la vie de Julia ! »
Cela, William ne le lui aurait jamais pardonné !
Toutes sortes d'idées se bousculaient dans la tête de l'inspecteur:
« Et si Darcy avait épousé Julia simplement pour être dans la place pour espionner ? Et si ses fréquents voyages à Buffalo pour affaires ou pour visiter la famille n'étaient en fait que des prétextes pour transmettre ou recevoir des informations ? »
A échafauder toutes ces théories, William ressentit le besoin de sortir un instant de la calèche pour se dégourdir un peu les jambes.
Cette partie de la ville, proche de la campagne, était plutôt tranquille et peu passante. William fit quelques pas tout en s'étirant.
C'est alors que quelque chose au loin attira son attention. On aurait dit le reflet … d'une vitre, mais il se trouvait à une trop grande distance pour en être sûr.
William n'eût pas le temps de s'interroger davantage sur ce qu'il avait aperçu : Julia était là, près de la calèche, toute souriante.
Il se précipita vers elle.
-Isaac est d'accord ! lui cria-t-elle.
-Bonne nouvelle ! lui répondit-il tout joyeux. Cela va sûrement nous aider pour l'enquête!
Je te raccompagne chez toi maintenant, si tu le veux bien. Tu en as déjà beaucoup fait pour aujourd'hui ! ajouta-t-il avec douceur.
Julia hocha la tête. Oui, cette journée avait eu son lot de surprises et de rebondissements en tous genres ! Il lui tardait maintenant de prendre un bon bain puis de s'allonger.
Comme d'habitude, William l'aida à monter dans la voiture. Ils s'assirent l'un à côté de l'autre.
Sur le chemin les menant à sa maison, Julia épuisée, retira son chapeau et entoura le bras de William de ses deux mains. Puis elle appuya la tête contre son épaule, ferma les yeux et s'assoupit un instant.
William lui caressa doucement le front de son menton puis il dégagea délicatement son bras et le passa autour de ses épaules tout en l'attirant tout près lui pour qu'elle soit plus à l'aise.
Julia, dans son sommeil, poussa un soupir de satisfaction et s'appuya tout contre sa poitrine.
William sourit et déposa un baiser sur son front.
Il continua à la regarder dormir, admirant sa beauté.
Il remit délicatement en place une de ses boucles et se promit intérieurement de tout faire pour l'aider à être heureuse, enfin.
Tandis qu'ils avançaient tranquillement sur la route, il y eut brusquement un cahot. William se pencha un peu par la fenêtre pour voir quelle était la cause de cette secousse. Il regarda vers l'arrière de la voiture. C'est alors qu'il remarqua de nouveau le reflet au loin ! Il se déplaçait comme eux !
Une évidence s'imposa alors à lui : ils étaient suivis ! Mais par qui ?
« Il vaudrait mieux retourner au poste de police » se dit-il, réfléchissant rapidement.
Il signala aussitôt au cocher le changement d'adresse et lui demanda de presser l'allure.
A cause de la vitesse, la calèche secouait beaucoup. Julia se réveilla en sursaut.
- Que se passe-t-il William ? demanda-t-elle.
- Je crois que nous sommes suivis. Nous allons revenir au poste de police pour plus de sécurité !
- Qui suit-on ? Toi …ou moi ?demanda-t-elle encore.
Cette question laissa William perplexe.
- Heu… je l'ignore répondit-il en secouant la tête. Probablement nous deux, j'imagine, ajouta-t-il.
- Et si au lieu de fuir, nous nous approchions pour savoir de qui il s'agit, reprit-elle.
- Julia ! s'exclama William, surpris mais en même temps impressionné par la témérité de la jeune femme. Cela pourrait être dangereux ! Rappelle-toi ton agression !
- William, s'"ils" avaient voulu nous faire du mal, je pense qu'"ils" n'auraient pas attendu aussi longtemps ! "Ils" avaient tout le temps nécessaire quand je me suis arrêtée chez Isaac !
Il ne put que reconnaître qu'elle avait raison. Ordre fut alors donné au cocher de s'arrêter.
L'autre calèche s'arrêta, elle aussi.
Alors William demanda d'aller dans sa direction. Ils parvinrent ainsi, le cœur battant, à la hauteur de leurs poursuivants.
- Inspecteur Murdoch, maréchaussée de Toronto ! Qui êtes-vous ? Pourquoi nous suivez-vous ? cria William.
Un homme passa la tête par la fenêtre de la calèche.
- Services secrets canadiens, répondit-il calmement. Nous avons ordre de vous suivre pour recueillir des informations et assurer votre protection si nécessaire.
- Et contre qui ? demanda William, les Américains ?
L'homme hocha la tête.
- Nous savons maintenant que vos recherches à la résidence Garland les intéressent, répondit-il. Nous avons remarqué des mouvements de surveillance.
- Ah oui ! Seulement maintenant ! répondit William avec indignation. Vous n'avez rien fait pour aider le docteur Ogden quand elle a été agressée ce matin !
Julia intervint alors :
- William, s'il te plaît, pourrions-nous retourner au poste de police. Toute cette affaire prend une telle ampleur ! Les services secrets américains, les services secrets canadiens! Je veux savoir maintenant ce que représentent exactement les documents que nous avons trouvés chez Darcy. Je ne peux plus attendre que toute cette histoire ne soit éclaircie !
William soupira puis acquiesça de la tête. Lui aussi était impatient de découvrir le fin mot de cette affaire. Il souhaitait plus que tout que Julia puisse enfin retrouver un peu de calme et de répit après tous ces évènements tumultueux.
- Messieurs, dit-il en inclinant la tête, vous avez entendu le docteur Ogden. Avez-vous l'intention de continuer à nous escorter?
- C'est notre mission, inspecteur !
Les deux calèches reprirent donc leur course et quelques bonnes minutes plus tard, elles s'arrêtèrent devant le poste de police.
Pendant ce temps, Georges et les autres agents étaient parvenus à destination sans incident.
Ils mirent la précieuse boîte en carton dans la salle aux pièces à conviction.
L'inspecteur-chef Brackenreid fut ensuite informé des derniers développements de l'affaire. Après avoir félicité ses hommes pour leur bon travail, il prit la décision d'appeler lui-même le docteur Sullivan.
Quelques instants plus tard, il l'accueillit en personne dans le hall d'entrée :
« Ah ! Docteur, par ici je vous prie. »
Il le conduisit jusqu'à son bureau.
« Merci de vous être déplacé, docteur, reprit l'inspecteur Brackenreid. Je vous en prie, asseyez-vous. »
Le docteur s'exécuta et demanda pourquoi il avait été convoqué.
« Mes hommes ont trouvé divers documents à la résidence Garland, répondit l'inspecteur chef. Nous aimerions savoir s'il s'agit des travaux dont vous nous avez parlé précédemment. »
Crabtree, s'il vous plaît ! »
Georges entra alors dans le bureau avec le carton de feuilles. Il les en sortit puis les étala par petits lots sur la table.
Le docteur se leva précipitamment et se rua littéralement vers les documents ainsi disposés.
Les deux policiers retinrent leur souffle, guettant la réaction du docteur.
Celui-ci ne fit pourtant aucun commentaire. Il s'installa au bureau de l'inspecteur Brackenreid et examina avec soin les différentes feuilles.
Au bout d'un moment qui leur parut avoir duré une éternité, il finit par dire :
« Ce sont bien les travaux que j'ai remis au docteur Garland. Mais il manque quelques feuilles, en particulier mes dernières conclusions ! Est-ce tout ce que vous avez trouvé messieurs ? »
« A ma connaissance, oui , docteur» répondit l'agent Crabtree, un peu désolé.
On entendit alors du bruit dans le hall d'entrée. Georges se retourna pour voir ce qui se passait.
« L'inspecteur Murdoch et le docteur Ogden viennent d'arriver ! s'exclama-t-il. Je pense que vous pourrez leur poser vous-même la question, poursuivit-il. Ce sont eux qui ont trouvé tous ces documents grâce à la caméra thermique. »
« Une caméra thermique ? » répéta le docteur Sullivan, surpris.
Sans attendre ni répondre, Georges sortit de la pièce et se précipita au devant de William. Il le mit rapidement au courant des observations du docteur Sullivan.
L'inspecteur se rendit aussitôt dans le bureau de l'inspecteur Brackenreid en compagnie de Julia.
- Docteur Sullivan ! salua-t-il en inclinant légèrement la tête. Je crois que vous connaissez le docteur Ogden ?
- Oui, en effet. Madame, répondit le docteur Sullivan, en s'inclinant à son tour.
- L'agent Crabtree vient de m'informer, à propos des documents trouvés à la résidence Garland, qu'il s'agit bien de vos travaux mais qu'il manque quelque chose, reprit William.
- Oui inspecteur, c'est en effet ce que je viens de dire. Il n'y a pas en particulier les dernières feuilles que j'avais remises au docteur Garland, au début du mois dernier, répondit le docteur Sullivan.
William observait attentivement les réactions du médecin. Il fut frappé par son calme et par sa maîtrise.
- Docteur, reprit-il peu après, pouvez-nous dire quelle est l'importance réelle de ces travaux? Surtout, ne nous dites pas qu'il s'agit d'informations confidentielles! Nous n'en sommes plus à ce stade, vu le tour pris par cette enquête!
- Inspecteur, soupira le docteur Sullivan, je constate que vous ne renoncez pas! Soit! Je vais répondre à votre question!
Devant un auditoire très attentif, le médecin commença à expliquer comment à l'université de Toronto, son équipe et lui-même cherchaient à produire des médicaments pour lutter contre la diphtérie, maladie mortelle pour beaucoup d'enfants.
- Si nous réussissons, ajouta-t-il, nous pourrons déposer un brevet et nos laboratoires pourront fournir les hôpitaux de notre pays, voire ceux de d'autres pays! Imaginez ce grand pas pour l'humanité!
- Oui, en effet, ce serait une belle avancée, répondit William qui resta songeur un moment.
Il fronçait le sourcil et se tenait la mâchoire tout en faisant quelques pas. Tous ceux qui le connaissaient savaient qu'il ne fallait surtout pas interrompre ce moment de réflexion intense grâce auquel il parvenait bien souvent à la résolution des enquêtes!
Soudain le jeune inspecteur reprit d'un ton ferme:
-Docteur, je vous confirme qu'il y a là devant vous tout ce que nous avons trouvé à la résidence Garland mais… je crois que c'est ce que vous espériez : vous souhaitiez que l'on ne retrouve pas vos dernières feuilles!
Les propos de William laissèrent tout le monde abasourdi !
- Que voulez-vous dire ? demanda le docteur Sullivan.
- Je pense, reprit William qu'en fait, vous aviez tendu un piège au docteur Garland en lui remettant de faux travaux : vos soit-disantes dernières conclusions. Vous le soupçonniez probablement de trahir vos recherches et pour confirmer vos doutes, vous lui avez remis un faux document pour qu'il le transmette.
- Alors docteur ? demanda l'inspecteur Brackenreid, qu'avez-vous à répondre à cela ?
- Je ne sais pas comment votre inspecteur est parvenu à cette conclusion, répondit lentement le docteur Sullivan, tout en fixant William d'un regard interrogateur. Vous savez, je me suis renseigné à votre sujet, inspecteur Murdoch, et on m'a parlé de vos qualités de déduction. Je dois reconnaître que ceux qui m'ont informé disaient vrai! Je suis impressionné !
William ne réagit pas à son compliment.
-Bon, et bien au point où nous en sommes, je crois qu'il ne me reste plus qu'à tout vous révéler! continua le médecin en soupirant.
Oui, c'est vrai, vous avez vu juste et je regrette d'avoir à vous le dire madame, dit-il en se tournant vers Julia, j'ai eu des doutes concernant le docteur Garland quand en lisant la revue JAMA, j'ai retrouvé un jour, la description et le compte rendu de l'une de mes expériences avec en plus les mêmes dosages ! Pour voir si mes soupçons étaient fondés, j'ai donc écrit ce faux. Je voulais voir s'il serait publié lui aussi.
-Est-ce qu'il l'a été ? demanda William.
-Il est encore trop tôt pour le savoir mais je peux vous assurer que celui qui en signera la publication se couvrira de ridicule !
Brusquement des applaudissements retentirent. Tout le monde se retourna pour voir entrer… Terence Meyers qui avait été prévenu par ses hommes. Il était arrivé suffisamment tôt pour entendre les explications du docteur Sullivan, tout en restant discrètement dans le couloir.
- Bravo ! Bravo !docteur. Vous avez bien eu ces Américains ! s'exclama-t-il. Beau travail messieurs ! ajouta-t-il à l'adresse des policiers.
Il y eut un silence. Tous se regardèrent un instant, encore surpris par ce dénouement inattendu.
Finalement l'inspecteur Brackenreid leva les sourcils et dit:
- Et bien, madame, messieurs, je crois que cette affaire est résolue !
- Dans ce cas, pourrais-je récupérer mes documents ? demanda aussitôt le docteur Sullivan.
- Crabtree ! s'il vous plaît ! ordonna l'inspecteur chef.
Georges rassembla rapidement les feuilles, les rangea dans le carton qu'il remit ensuite au docteur. Celui-ci le remercia.
-Heu... Inspecteur Murdoch, encore un mot, dit le docteur Sullivan avant de partir. Votre collègue a fait mention que vous avez utilisé une caméra... thermique. En tant que scientifique, je suis très intrigué et je souhaiterais réellement vous revoir pour en apprendre davantage sur cette invention!
William hocha simplement de la tête.
Finalement, tous sortirent du bureau.
Julia n'avait rien dit depuis son arrivée et elle demeurait encore silencieuse. William lui tendit le bras et ils sortirent ensemble du poste de police.
Une fois seul dans son bureau, l'inspecteur Brackenreid se servit un bon verre de whisky et il le savoura tranquillement, assis dans son fauteuil. Il avait toutes les raisons d'être satisfait des résultats obtenus par le poste numéro quatre!
A SUIVRE…
Chers lecteurs et lectrices, quelle sera à votre avis la réaction de Julia ?
Plus qu'un chapitre !
A bientôt!
